I. là
Charles V (1), soit qu'ils aient été punis dans les Gaules ou ailleurs ; parmi les incrédules, César Yanini fut supplicié pour les crimes qu'il avait commis , surtout pour avoir débauché la jeunesse (2); il en est de même de quelques autres, que les
Prague, Lyon, 1682; il faut aussi lire celles des Quakers, par Gérard Groesius, liv. III, Amsterd., 1695.
(1) Grotius parle des protestants qui périrent sous Charles V, dans ses Annales belges, p. 112, édit. in-folio; Paul Sarpi en parle aussi dans son Hist. du concile de Trente, liv. III ; Gibbon en parle, lui aussi, dans l'ouv. cit., c. 16; il y rapporte, au milieu d'une foule de mensonges et de subtil-tés destinés à diminuer le nombre des martyrs chrétiens, sur l'autorité de Grotius et d'après le témoignage de Sarpi, qu'il périt cent mille, ou au moins cinquante mille protestants par la main du bourreau, sous le règne de Charles V. Mais il est notoire que ce nombre a été prodigieusement exagéré ; c'est ce que prouvent les supputations de Grotius et de Sarpi eux-mêmes; ensuite, les Belges,* qui avaient secoué le joug de l'empereur, périrent dans la guerre ou furent immolés comme des rebelles. Quant aux calvinistes qui périrent ensuite dans les supplices en France, il est certain que partout leurs partisans excitèrent des révolutions contre l'autorité légitime. J'ai dit chez leurs partisans. François I affirmait en effet, au rapport de Brantôme : « Le calvinisme et toute » autre secte nouvelle tendaient à la destruction des royaumes , monarchies » et dominations. » Calvin se récrie souvent contre l'autorité tyrannique des rois et contre leur licence effrénée; il voudrait qu'ils fussent soumis aux divers ordres de leurs sujets; il ne les appelle que les tuteurs des peuples, et il leur reproche leur inertie comme une perfidie. Les principes de Paris sont connus; on connaît aussi les vindictes de Hubert Languet, qui est plus connu sous le nom de Junius-Brutus ; il a écrit cet ouvrage de l'aveu du protestant d'Aubigné lui-même, pour animer les réformés à former la conjuration d'Amboise. On connaît, dit Grotius, le livre exécrable de Boucher et du ministre Sureau de Rosier, dans lequel l'auteur tente de démontrer, dit un certain protestant, « qu'il leur est loisible de tuer leurs rois et reines ne voulant obéir » à la religion prétendue réformée et porter le parti protestant. » Sans nous arrêter à d'autres citations, de l'aveu du ministre Jurieu, « le cardinal de » Richelieu, ôtant aux prétendus réformés leurs places de sûreté, agit plutôt » par une sagesse politique que par un zèle de religion. Il voyait que c'était » un Etat dans un Etat, et que ces villes étaient des retraites de rebelles et » de mécontents. » Il y a à peine eu, depuis trois cents ans, une révolution qui n'a pas été leur œuvre. Ils ont toujours conservé le même esprit, puisque, il y a peu d'années , un protestant célèbre écrivait : Si la réforme a fait la récûlution, c'est son plus bel ouvrage. Consult. le Mémorial cathoUque, 2e aimée, tom. IV, juillet, 1825, p. 21 et suiv.; consultez en outre l'Histoire du fanatisme, par Mgr de Brueys, Utrecht, 1837, 2 vol. in-8. C'est ce à quoi conduit, comme nous l'avons observé, le principe, la doctrine de la réforme du protestantisme, par l'application de son principe d'indépendance fondamentale religieuse de l'état politique. Il n'est donc pas possible, comme le font certains écrivains protestants, d'attribuer aux catholiques les révolutions qui se produisent dans certains pays, puisque ces révolutions se font contre le prmcipe catholique, et qu'elles doivent être regardées comme le fruit du protestantisme, et qui a rejailli sur certains catholiques. Certes, les auteurs de ces mouvements révolutionnaires sont presque partout les ennemis les plus acharnés de la religion cathoUque ; ce sont des persécuteurs des prêtres.
(2) Quant à Jules-César Vanini, le prétendu martyr de l'athéisme, il faut consulter ce qu'eu a écrit Barth. Gramondus, ^i en fut témoin oculaire,
EXISTENCE d'une REVELATION. 195
încrédiiles oa les protestants nous donnent orgueilleusement pour des martyrs. Il s'en faut qu'ils soient doués des autres dons surnaturels qui brillèrent d'un si vif éclat dans les martyrs chrétiens! Quant au confirmatur, c'est ce qui produisit les martyrologes, etc., D. qui donnent pour des martyrs et des saints des criminels et des scélérats suppliciés pour leurs propres crimes, C. des martyrs proprement dits, A^ Qu'auraient en effet pu attester ces faux martyrs , si ce n'est leurs propres opinions, leur manière de voir? Que l'on se rappelle ici ce que nous avons dit plus haut des caractères du véritable martyre (1). Rép. 2. Z). En tant que ce n'est pas le châtiment, mais la cause, comme nous l'avons dit précédemment, qui fait le martyre, C. autrement, N, Les premiers Pères de l'Eglise, saint Clément de Rome, saint Justin, saint Irénée, saint Jérôme, Lactance, et un très grand nombre d'autres Pères trèsillustres , donnèrent toujours le véritable martyre comme une
Hist. des Gaules, liv. III; il rapporte la fureur dans laquelle il tomba lorsqu'il eut appris qu'il ne lui avait servi de rien, pour échapper au châtiment qu'il méritait, de feindre qu'il était catholique. Tels sont, plus ou moins, les héros qu'inscrivent dans leurs fastes, soit les incrédules, soit les protestants.
(1) Quant au JMartyrologe de Fox (et on peut en dire autant de celui de Geddesius), voici ce qu'en dit, dans une brochure sur la religion, Boddeley, édit. de Boston, Amérique, 1831 : « Ce livre des saints et des martyrs four- » mille de mensonges, car il est rare de trouver, dans cet énorme volume, » une seule histoire (jui n'ait pas subi, pour telle ou telle raison, quelque fal- » sification, quelque changement;... je parcourerai, néanmouis, les sLx premiers » mois du calendrier de Fox, et j'indiquerai le véritable caractère de ces » saints, de ces martyrs protestants. » Pour ne pas nous laisser entraîner à de trop grandes longueurs, nous ne citerons que les exemples suivants de la bonne foi de Fox, et nous le ferons d'après l'auteur que nous venons de citer : Le 2 janvier, Jean Wikleff, martyr. Or, ce Wikleff n'a pas été mis à mort, il n'a pas même été jeté en prison pour hérésie ; il est mort dans son lit à Lutterworth, dans Leicestershire. Le 5 janvier, Wilhelmus Swinderby, martyr, année 1400. Fox lui-même confesse qu'il est mort en 1401, après douze mois des plus cruelles souffrances, et il ne sait pas lui-même ce qu'il est devenu. Le 7 janvier, Roger Acton, martyr. Ce Roger Acton conspira contre la vie de Henri V, et il fut surpris en flagrant déht de révolte ; ce fut cette trahison qui le fit pendre, non pas le 7 janvier 1401, comme le rapporte Fojc, mais le 10 février 1414. Le 8 janvier, Jean Brown, martyr. 11 était du nombre de ceux qui s'étaient révoltés, et il fut pendu pour la même cause. On peut en dire autant de tous les autres hommes de la même trempe , ou conspirateurs ou voleurs, etc., et que Fox a iuscrits dans le catalogue des Baiuts et des martyrs. Voyez l'ouv. cit., p. 34 et suiv. Pearson lui-même reproche à Fox de fausses citations, des raisonnements vicieux, et4.; voyea Feller, Dictionnaire historique, article Fox. Mais il faut surtout lire, pour connaître le calendrier de Fox, l'ouvrage du Père Person, S. J., siu" les conversions opérées en Angleterre, publié en 1G04, tom. II, p. 3, c. 1 et suiv.; il démontre, en outre, que Fox a inséré dans sou Martyrologe des personnagei e&core vivants I
des meilleures preuves de rinstitution divine de la religion chrétienne et de l'Eglise (1); nous nous contenterons de rapporter les paroles de saint Jérôme : Lorsque quelqu'un voit, dit-il , la persévérance inébranlable des martyrs au milieu des supplices , aussitôt il lui vient en pensée que si l'Evangile nétait pas vrai, on ne le défendrait pas au prix de son sang,
Rép. 3. Z). Dans un mouvement violent et de peu de durée de l'esprit, Tr. pour un long temps, et lorsque ce mouvement violent s'éteint petit à petit, N. Ces passions ardentes et ces commotions, comme le prouve l'expérience, ne s'emparent pas d'abord de tout le monde ; elles cessent bientôt et font place au calme et à la réflexion. Les martyrs des chrétiens ont été célébrés dans l'univers entier, pendant plusieurs siècles, par des hommes de tous les rangs : Ceux que l'on tourmentait vainquaient leurs bourreaux , dit saint Cyprien ; les membres frappés, déchirés, vainquirent ceux qui les frappaient , de même que les ongles de fer qui les déchiraient (2). Quant à ce que l'on ajoute touchant les hommes éloquents, la seule conséquence que l'on en peut tirer, c'est que l'iniquité se ment à elle-même, lorsque les incrédules affirment qu'à l'origine du christianisme il n'y eut que des ignorants et des hommes du peuple qui embrassèrent l'Evangile. Quelque puissante que soit l'éloquence, elle ne saurait faire supporter aux hommes, çà et là, et pendant des siècles, la perte de leurs biens, l'exil, les tourments les plus raffinés.
Rép, i, D, Lorsque les persécutions cessèrent, C. toutes les fois qu'elles se rallumèrent, N, Il y eut toujours des martyrs dans l'Eglise catholique, comme on le voit par ceux qui souffrirent sous les empereurs, sous les princes ariens et iconoclastes, etc.; il y en a même de nos jours, car les persécuteurs n'ont jamais manqué (3). Sans nous arrêter aux temps anciens,
(1) Saint Clément, Ep. I, Cor.; saint Justin, Apolog., II, n. 10 et 12; saint Irénée, Cont. les hérés., liv. IV, c. 33, n. 9; saint Cyprien, Ep. LVIIl; Lact., Inst. div., liv. V, c. 13; saint Jérôme à Hedic, q. II.
(2) Ep. aux martyrs et aux confesseurs.
(3) C'est ici le cas de rappeler ces martyrs sans nombre qui ont succombé sous les coups do leurs persécuteurs, en Chine, au Tonquin, en Cochincliine, en Corée. Dans ce dernier pays, on a vu de faibles filles de huit, neuf et douze ans souffrir la mort plutôt que de renier leur Dieu. La peinture nous a reproduit les traits des soixante-douze plus illustres d'entre eux. Quel est le Français qui n'y reconnaît la figure de quelqu'un de ses compatriotes? Voyez les Ann. de la prop. de la foi. N. T.
EXISTENCE d'une RÉVÉLATION. 197
les Japonais rivalisent avec les anciens martyrs, soit que l'on considère le nombre, la condition, Tatrocité des tourments (1). En Angleterre et en Irlande, il y a eu pareillement des milliers d'hommes, surtout dans le clergé et la noblesse, qui, jusqu'à ces derniers temps, ont souffert toutes sortes de tourments pour la foi catholique (2). H y eut en France, sur la fin du dernier siècle, des myriades de catholiques qui, ainsi que nous l'avons précédemment observé, endurèrent le martyre ; parmi eux, les religieux, les religieuses, les prêtres, les évêques montrèrent un courage vraiment héroïque (3). C'est pour cela que toutes les fois que les ennemis de l'Eglise l'ont attaquée, ils ont été toutes les fois vaincus, et l'Eglise a toujours célébré de nouvelles victoires; et toutes les fois qu'ils l'attaqueront, ils seront vaincus toutes les fois (4).
III. Obj, Les martyrs chrétiens ne sont pas morts pour la religion, ils le sont pour des causes qui lui sont étrangères; plusieurs , en effet , furent mis à mort parce qu'on les accusait d'être incendiaires, athées , de se livrer à la magie ; ils furent encore punis de mort sous l'empereur Adrien, parce qu'à l'occasion de Carpocrate on les accusait de se livrer à des incestes contre nature, de célébrer des banquets où ils mangeaient leurs dieux, et où ils immolaient des enfants, ou ils le furent enfin parce qu'ils se révoltaient contre les lois. Donc :
Rép. D, Antec. Parfois on feignit, pour les mettre à mort, d'autres causes, T7\ on les mit à mort pour d'autres causes réelles, N. 1 . Saint Justin tenait en effet le langage suivant aux empereurs -. Punissez comme criminels, nous vous en sup^ plions, ceux qui seront convaincus, mais ne les punissez pas comme chrétiens (5). Tertullien dit aussi (6) : Il ny a là de
(1) Voyez Bartoli, Hist. du Japon; Grasset, Histore de l'église du Japon; Segueri, VIncre'dule sans excuse, 2e part., c. 16.
(2) Voyez Bartoli, l'Angleterre. Que l'on se rappelle ici, en outre, ce que nous avons dit précédemment de la cruauté des hérétiques. Voyez aussi Lingard, Hiàtoire d'Angleterre, traduction de Grégoire.
(3) Barruel, Histoire du clergé de France pendant la révolution.
(4) Segnori expose admirablement, dans V Incrédule sans excuse, part. H, c. 10, le double effet produit dans l'Eglise par les persécutions.
(5) Apologétique, I, n. 7.
(6) Tertullien, Apol, c. 44; voyez Ansaldi, diss. citée; Causes du défaut de monuments, contre Dodwel, p. 4; Eusèbe, Hist. ecclésiast., liv. HI; Noghera, Réflexions sur le caractère divin du christianisme, réflexion 20«.
chi'étiens que ceux qui y sont pour cette raison (1) ; c'est aussi le langage que tiennent les autres apologistes, et c'est ce qui se lit dans les Actes des martyrs. 2. Ils désignaient, et c'est là ce que tout le monde sait, d'après les opinions préconçues des païens, par athéisme et maléfice, la doctrine chrétienne. 3. Tacite (2) lui-même rapporte que Néron prétexta l'incendie de Rome pour persécuter les chrétiens. 4. On reprochait aux chrétiens le crime d'inceste, etc., ou c'était des calomnies évidentes, forgées par les païens pour exciter la hame contre la confession çhrétiemie ; ou si ces accusations mensongères prirent naissance à l'occasion des carpocrates et des autres hérétiques, elles ne prévalurent que peu de temps, car, comme le rapporte Eusèbe (3), les païens eux-mêmes reconnurent et avouèrent que l'Eglise catholique diffère de toutes les autres sectes , et ils lui donnèrent le nom de x'jaropcrav ou qui prévaut. 5. Pourvu que les chrétiens abjurassent leur foi, on les absolvait facilement de tous ces crimes. 6. On les traitait de rebelles, parce
, (1) On peut, pour l'explication de ce texte, consulter les notes explicatives de l'édit. de Tertul., par l'abbé Migne, Cours de Patrol. N. Tr.
(2) Annal., liv. XV, n. 44.
(3) Hist. eccl., liv. IV, c. 7. Après avoir rapporté que les gnostiques (sages OU illuminés, comme s'appellent plusieurs sectes de nos joinrs) descendaient de Carpocrate, et qu'ils enseignaient que chacun devait se rendre coupable des crimes les plus obscènes pour se concilier ceux qui gouvernent le monde, et que c'est de là que sont venues tant de calomnies des païens, accusant les chrétiens de vivre avec leurs mères et leurs sœurs, comme aussi celles qui concernaient la consécration des aliments, il rend de l'Eglise catholique le beau témoignage qui suit : « L'Eglise catholique, dit-il, qui est la seule vraie B Eglise, qui est toujours semblable à elle-même, qui toujours demeure ferme, p qui chaque jour prend un nouvel accroissement; qui, par sa gravité, sa sin- D cérité, sa liberté, sa modestie et enfin une certaine sainteté de vie, et la » divinité de sa philosophie , attira les regards de tout le monde, non-seulep ment ceux des barbares, mais encore ceux des Grecs; la calomnie qui pesait D sur notre religion s'est aussi en même temps éteinte ( Sismondi dira, je D pense, que ce fut le fer et le feu de l'Eglise qui l'étoulfèrent), et, du consenp tement de tout le monde , notre doctrine seule est demeurée , a été victo- B rieuse ;*et, de l'avis de tout le monde, elle l'emporte sur toutes les sectes p par sa modestie, sa gravité, et par ses préceptes d'une sagesse vraiment p divine. » C'est pour cela que l'Eglise a été appelée catholique, et ses enfants Oi.t pris le même nom. Damascius lui donne le môme nom dans sa Vie
: d'Isi'lore, p. 1058; dissertant d'Ammonius, il dit la même chose, au rapport de Suidas, p. 1072. Ils étaient appelés de la même manière, même avant Porphyre, dans le livre de la Philosophie des oracles, cité par Eusèbe, Prép. évang., c. 10 ; Tliéodorct fait la même observation dans le livre intitulé Remède contre la supersiilion rjrerjpj.e; Julien lui-mêine le remarque dans son MisO' pofjone, p. 99; il parle de ceux qui prévalaient; voyez aussi les notes de Valois sur le passage d'Eusèbe que nous venons de citer. Je suis étonné que les protestants érudita n'aient pas vu cela!
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qu'ils répondaient qiiil vaut mieux obéir à Dieu qiiaux hommes (Act., V, 29). 7. J'ajoute : Si on mettait à mort les chrétiens pour des crimes supposés de ce genre, afin d'avoir un prétexte apparent, donc ce n'était pas pour un intérêt temporel, par un désir de vaine gloire, dans le but d'accroître leuï secte, par exaltation, comme le prétendent les déistes, cpit moiu'aient les chrétiens, puisqu'ils n'en retiraient que de l'infamie , mais c'était pour la vérité seule que ces hommes sobres et prudents donnaient leur vie.
Inst. n y eut, en tous temps, une foule d'apostats. Donc : Rép. Tr. Antec. Quant à la conséquence, je la nie ou la distingue. L'apostasie de ces hommes là prouve ou leur faiblesse, ou leur amour des richesses , des biens de ce monde, des plaisirs, C elle prouve l'insuffisance des preuves sur lesquelles s'appuie la religion chrétienne, qu'ils ont abandonnée, N. Leur lâcheté exalte bien plutôt la force d'âme toute divine des autres, n est de l'homme de se laisser vaincre par les tourments, mais il est du chrétien de vaincre les tourments. Il est deux choses qui prouvent clairement qu'ils sont tombés par lâcheté et contre leur propre conscience, leur conviction : 1. c'est que ces hommes, après avoir réparé leurs forces, sont revenus au combat, et qu'après avoir été vaincus d'abord, ils ont ensuite remporté la victoire;. 2. c'est qu'à peine l'Eglise avait-elle recouvré la paix, qu'ils venaient en foule trouver les évêques et les suppliaient, par leurs larmes et leurs prières, de leur accorder le pardon du crime dont ils s'étaient rendus coupables, et que, pour obtenir ce pardon, cette paix, ils se soumettaient aux dures exigences d'une pénitence publique (1).
Sommaire et conclusion de tout ce que nous avons dit
jusque là.
L II nous importe maintenant de résumer la dissertation que nous venons de faire contre les incrédules, soit pour faire voir l'enchaînement et la force des arguments sur lesquels repose notre doctrine , soit pour tirer une série de conséquences des principes que nous nous sommes efforcés d'établir; soit enfin
(1) Voyez Morin, de la Pénitence; Pétau, de la Pénitence; Mamacliins, Origine du christianisme, et les Lettres de saint Cyprien, Le schisme de Novatien vient de ce qu'il accusait l'Eglise romaine de donner la paix ou de réconcilier ceux qui avaient failli, quand ils avaient fait pénitence, et de ce qu'elle les recevait encore parmi ses membres.
pour prouver combien sont faibles les arguments de nos adversaireSj qui refusent de croire à la religion^ par le parallélisme que nous établissons dans la lutte.
Quant à la première chose, il est évident, d'après ce que nous avons dit, qu'une révélation divine et surnaturelle est possible, soit du côté de Dieu, soit du côté de l'homme, soit enfin du côté de la chose révélée (1). Il existe des preuves trèscertaines qui distinguent cette révélation surnaturelle et divine de toute supercherie humaine; nous avons prouvé qu'elles sont telles, soit par elles-mêmes, soit du consentement de tous les peuples; il y en a d'extrinsèques, ce sont les miracles et les prophéties dont la vérité a été prouvée par l'événement; il y en a aussi une , la sainteté de la doctrine qui est intrinsèque ;■ et on tient pour révélée une doctrine qui contribue à la gloire de Di^u et qui est utile à l'homme (2). Nous avons conclu nonseulement l'utilité, mais même la nécessité au moins morale de cette révélation, sous le seul rapport qu'elle embrasse les devoirs de l'homme envers Dieu, de l'homme envers lui-même, et de l'homme envers la société; devoirs qui ne surpassent pas absolument la portée de l'esprit humain; et cela sous trois points de vue qui sont autant de faits attestés par tous les monuments historiques, et 1. parce qu'il n'y a pas eu et qu'il n'est pas une seule nation qui, privée de cette révélation surnaturelle, ait rendu à Dieu un culte digne de lui, ou qui ne soit tombée dans des erreurs plus ou moins graves sur les principes de la morale; 2. parce qu'il n'y a jamais eu de philosophes ou de sages qui aient été ou qui soient aptes, à cause d'un triple défaut intrinsèque qui est inhérent à leur personne, à retirer les hommes des erreurs graves, pernicieuses que nous avons énumérées, et à les retenir dans le devoir; 3. enfin, parce que la raison, abandonnée à elle-même, n'a pas de motifs suffisants pour contenir les hommes dans le devoir et les soustraire au vice même dans les choses que la raison avec ses lumières naturelles peut nous faire connaître (3).
Ces choses là une fois établies, nous avons recherché si la bonté divine, après avoir placé les hommes dans un tel besoin, les a abandonnés à eux-mêmes, ou si elle leur est venue en aide
(1) Voir c. 1, prop. 1,
(2) Chap. 2.
(3) Chap. 3.
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en leur proposant une révélation ; et nous avons démontré que réellement Dieu n'avait pas abandonné les hommes, mais qu'il avait rappelé tous les peuples, surtout par Jésus-Christ, au culte du vrai Dieu et à la saine morale. Nous avons par conséquent établi que la mission de Jésus-Christ a été surnaturelle et divine , ou nous avons dégagé de toute espèce de doutes le fait de la révélation, et cela par des preuves intrinsèques et extrinsèques, par les miracles et les prophéties de Jésus-Christ, surtout par sa résurrection glorieuse , qui fut le plus grand de ses miracles, la plus importante de ses prophéties; elle fut comme la confirmation , le sceau de tous les autres. Voici pour les arguments extrinsèques; nous avons rapporté la sainteté de la doctrine évangélique aux arguments intrinsèques; cette sainteté contribue au plus haut point à la gloire de Dieu; elle contribue aussi grandement au bonheur de l'homme, par l'ensemble de son système , dont les parties sont intimement liées entre elles; elle y contribue soit du côté de la doctrine proposée, soit par les motifs que l'on a de la suivre ou par la sanction qui l'accompagne, de sorte qu'elle ne laisse rien à désirer; il n'y a rien à y ajouter. Enfin, par des preuves subsidiaires , s'il nous est permis de parler de la sorte , que nous avons empruntées soit à la propagation merveilleuse de la rehgion chrétienne , soit à sa conservation non moins extraordinaire, soit au témoignage des martyrs, toutes choses, si on tient compte de tous leurs accessoires, qui ne conviennent et ne pourront jamais convenir qu'à une révélation divine et surnaturelle, ou à la seule religion chrétienne; nous avons, par ce moyen, obtenu une certitude telle, qu'il n'est pas permis à un homme sage et sensé d'en désirer de plus grande. Comme ces trois dernières preuves ne sont autre chose que l'accomplissement des prophéties de Jésus-Christ, facilement on pourrait les rapporter aux preuves extrinsèques que nous avons énumérées plus haut (1).
II. Comme Jésus-Christ est la fin de la loi, et que la loi mosaïque et les prophètes se rapportent à lui, il s'en est servi pour prouver contre les Juifs la divinité de sa mission (2); comme de plus la vérité est une, et que l'erreur seule est opposée à la vérité, nous en concluons avec justice :
(1) Chap. 4.
(2) Voyez saint Jean, V, 46; saint Luc, XXIV, 44.
1 Donc la mission de Moïse et celle des prophètes de l'ancienne loi est divine, et la doctrine qu'ils proposèrent au nom de Dieu aux hommes l'est aussi.
2. Si le Christ fut la fin de la loi, si en lui s'accomplirent la loi et les prophètes, donc la loi mosaïque est abrogée depuis longtemps, et ne fut qu'une préparation à l'avènement du Christ; c'est par conséquent en vain que l'attendent les Juifs, puisqu'il est venu depuis longtemps; et la conséquence de cela , c'est que la condition présente des Juifs est une preuve irréfragable de leur perfidie, de l'accomplissement des anciennes prophéties et de la vérité de la religion chrétienne.
3. Donc les païens, les musulmans, les déistes, les incrédules, enfin, sont tous en dehors des voies de la vérité.
4. Comme les preuves qui se tirent de la propagation du christianisme, de sa conservation et du martyre, ne se sont vérifiées que dans l'Eglise catholique, et que néanmoins elles ont été l'objet des prophéties de Jésus-Christ, on en conclut aussi, avec justice, soit que les hérétiques ne peuvent pas se servir de ces preuves contre les incrédules sans nuire à leur propre cause (1); soit que l'Eglise catholique seule constitue le christianisme entier, et que les sectes n'en sont que des débris, des restes et des parcelles, que par conséquent les caractères divins de la religion établie par Jésus-Christ ne peuvent en aucune manière leur convenir (2) ; soit enfin que les preuves qui font de quekpi'un qu'il est chrétien, font aussi qu'il est catholique.
m. Si on analyse les arguments par lesquels les incrédules et les rationalistes attaquent la révélation surnaturelle et divine, après les avoir dégagés de toutes les railleries, calomnies, mensonges, et de tout l'apparat d'érudition dont on les enve-
(1) A peine est-il une preuve que les hérétiques puissent faire valoir, en faveur du christianisme, qui ne se tourne contre eux et qui ne vienne à l'appui de l'Eglise catholique. Il n'en est pas une qui favorise un christianisme tronqué ; c'est ce qui fait que Grotius lui-piême, qui a écrit l'admirable ouvrage qui a pour titre de la Vérité de la religion chrétienne, hésite lorsqu'il 86 propose l'objection tirée de la multitude des sectes; il n'est plus luimême. C'est ce qui est arrivé à Abbadie; c'est ce qui est arrivé à tous les autres- Voyez sur ce point la 2e dissert, de Gerdil, édit. de Rome, tom. XL
(2) Il suffit, pour établir que les diverses sectes sont privées de ces caractères divins, de rechercher leur origine, l'époque à laquelle elles ont pris naissance, les motifs qui leur ont donné le jour, quelle est leur doctrine, quels ont été leurs progrès, pour démontrer, clair comme le jour, qu'elles sont le fruit des passions humaines, et qu'elles ont passé par toutes les vicissitudes des œuvres humaines, et qu'en elle tout est vil et abject.