EXISTENCE DUSE RÉVÉLATION
loppe, ils se réduisent à ce qui suit : l'homme se suffit à luimême comme se suffisent les autres animaux. La révélation ouvre la porte à im grand nombre de déceptions. Il y a de fausses révélations, donc elles le sont toutes. Il y a de faux miracles, de fausses prophéties, donc il n'y en a pas de vrais. Plusieurs personnes ont abusé de la religion, donc il ne faut en admettre aucune. Le paganisme, le mahométisme, le protestantisme se sont propagés promptement , et ils se sont conservés par des causes naturelles; donc il en a été ainsi pour le christianisme. Chaque secte a eu des fanatiques qui sont morts pour elle j donc il faut tenir pour tels tous les martyrs chrétiens. Il y a eu et il y a encore de grands abus, de grands crimes dans la reUgion chrétienne ; donc la religion chrétienne n'est tout entière qu'une grande séduction, qu'une immense déception (1).
Or, quel est celui qui ne voit pas que ces arguments, loin d'infirmer les preuves du christianisme, ne les atteignent même pas? Si la religion chrétienne tout entière est un fait, il est évident que ses ennemis n'auront rien fait contre elle, tant qu'ils n'auront pas ruiné les monuments sur lesquels elle repose; mais comme ces monuments s'appuient sur la certitude la plus parfaite, on ne peut les ébranler qu'en ruinant les bases de la certitude elle-même.
De plus, il y a entre les faits de la religion chrétienne une connexion telle, qu'en admettant qu'elle est vraie, qu'elle est divine , tout s'explique ; si au contraire on ne l'admet pas , il y a sur tous les points une indécision telle, qu'il semble que ce soit autant d'effets sans causes.
Mais comme cette manière d'agir est contraire à la nature humaine elle-même, ceux qui la suivent sont dans l'obligation de se faire continuellement violence ; il n'y a pas de repos possible pour eux. Les incrédules, entraînés par la violence des
(1) Il est facile de démontrer que telles sont les assertions des princes de Tincrédulité, Boulanger, Bolingbrocke, Fréret, Rousseau, Voltaire, etc., qui, dit-on, travaillèrent tant à interroger, examiner, analyser le christianisme; telles sont aussi les assertions de leurs disciples, qui les copièrent et les analysèrent, et qui sont plus obscurs et moins connus qu'eux ; telles sont enfin celles des rationalistes, bien qu'ils suivent une autre voie; ils sont usés, eux surtout. Telle est la condition de tous les adversaires et de tous les ennemis de la religion, soit princes, soit écrivains : Voici que vos ennemis. Seigneur, voici que vos ennemis périront; leurs noms sont écrits sur la poussièrp, bien qu'en leur temps ils aient fait beaucoup de bruit.
passions, pourront pendant un temps se faire illusion; la raison, néanmoins, reprend toujours ses droits un peu plus tôt ou un peu plus tard. Ce qui fait que lorsqu'enfîn les incrédules examinant avec sang-froid les motifs de crédibilité de la religion chrétienne, un grand nombre vient à résipiscence; la plupart au moins rentrent dans son sein à l'article de la mort. Il n'y en a qu'un petit nombre qui aient le cœur assez endurci pour persévérer jusqu'au dernier soupir, et encore ou ils soni fous, ou ils sont plongés dans la plus affreuse dépravation, et ils ne pensent jamais ou presque jamais à la fin pour laquelle ils ont été créés; et, pour ne pas troubler cette fausse paix dont ils semblent jouir, ils ont plus d'horreur d'un examen quelconque de la religion que d'un chien enragé ou d'un serpent (1).
Qu'ils examinent donc les fondements de la religion chrétienne , et qu'ils se donnent la peine de comparer ses motifs de crédibilité avec leurs arguments; qu'ils mettent de côté leurs préjugés, comme le demande une chose de cette importance; qu'ils prient Dieu avec sincérité de les éclairer, et, à coup sur, fls reviendront à cette religion de laquelle, se précipitant dans l'erreur, ils se sont éloignés.
(1) îi serait facile de dresser un long catalogue des incrédules qui, depuis deux siècles, sont revenus à la religion catholique, soit après un sérieux examen, ou qui au moins se repentirent de leur incrédulité à l'heure de la mort, et se réconcilièrent avec l'Eglise, ou qui employèrent tous les moyens pour le faire, bien que leurs amis, par un juste jugement de Dieu, aient tout mis en œuvre pour les en empêcher, et qu'ils leur aient suscité toute espèce d'obstacles pour le leur rendre impossible. M. Emery, dans un opuscule édité par lui, s'exprime en ces termes sur ce sujet : « On ferait une longue liste des » esprits forts qui ont rendu hommage à la religion au moment de la mort. Nous » ne citerons que quelques-uns de ceux dont le nom est plus connu : Boulanger, » Toussaint, Boulainvilliers, le marquis d'Argens, Montesquieu, Maupertuis, » Buffon, Dumarsais, Fontenelle, Domilaville, Thomas, Bouguer, de Langle, » Tressan, Mercier, Palissot, Poulavie, Larcher; Diderot voulait se confesser, » on lui en ôta les moyens. « Sans moi, disait Gondorcet, en parlant de » d'Alembert, sans moi, il faisait le plongeon. » Il parait qu'on se précautionna » également contre la faiblesse de Voltaire, qui mourut, au rapport de Tron- » chin, dans les convulsions de la rage, en poussant ce cri sinistre : '.(Je suis » abandonné de Ûicu et des hommes. » J.-J. Rousgeau, selon toutes les vraigemblances, termina lui-même sa vie...