‹ Théologie dogmatique (volume 2)Chapitre 29 sur 74 · CONTRE LES HÉRÉTIQUES · texte numérisé non relu

CONTRE LES HÉRÉTIQUES

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Sous le nom d'hérétiques ou hétérodoxes, on comprend toutes les sectes, de quelque communion qu'elles soient, quelque nom qu'elles portent ; soit qu'elles soient séparées par un plus ou moins grand nombre d'articles de foi de l'Eglise catholique et de son enseignement, à quelque époque qu'elles s'en soient séparées ou qu'elles s'en séparent chaque jour. C'est ce qui fait qu'il serait trop long, qu'il serait même presque impossible de réfuter une à une les diverses erreurs des différentes sectes. Aussi nous ramènerons toute notre discussion à un principe général, duquel découle comme d'elle-même toute la controverse. Or, après avoir prouvé l'existence d'une révélation divine contre les incrédules, et l'avoir mise hors de leurs attaques , il nous reste à rechercher si Dieu , qui a si merveilleusement jeté les yeux sur les hommes, leur faisant connaître et sa volonté et sa doctrine, a abandonné cette même révélation à chaque homme en particulier et à l'esprit privé de chacun, ou s'il l'a confiée à une réunion de personnes, à une société instituée par lui-même, publique, infaillible, perpétuelle, chargée de la conserver et de l'interpréter. Dans cette dernière hypothèse , il reste à discuter quelle est la société qui possède des titres légitimes pour revendiquer avec fondement cette autorité divine. C'est à examiner ces questions , qui sont du plus haut intérêt, que nous consacrerons cette partie de notre traité.

Cette double discussion sert à éclaircir et à résoudre toutes les difficultés particulières, puisque, lorsque ces deux choses seront établies, il ne s'agira plus, sur toutes les questions de ce genre, que d'entendre l'autorité infaillible que Jésus-Christ a instituée pour les trancher. Nous mettrons donc tous nos soins à développer solidement cette thèse, et, afin d'y parvenir, nous embrasserons toute la question dans une série de propositions parfaitement enchaînées les unes aux autres.

PREMIÈRE PROPOSITION

De très-puissantes raisons pj^ouvent que ce doit être ordinairement une autorité divine et infaillible qui doit conserver et proposer la révélation que Dieu a faite aux hommes.

Comme le prouve l'énoncé même de la proposition, il ne s'agit point ici de la révélation actuelle elle-même , ou de la manifestation actuelle de certaines vérités, mais bien d'une révélation qui a déjà été faite, qui est consignée dans un livre, ou qui est transtnise de vive voix, ou de la collection ellemême, du corps, si je puis m'exprimer ainsi, de la révélation qui a déjà été faite.

Ces principes posés, 1 . la nature même de la chose dont il est ici question prouve la proposition que nous venons d'énoncer. Si ce n'était pas, en effet, une autorité pubUque, extérieure, infaillible qui nous proposât la révélation, nous ne serions jamais infailliblement sûrs de l'identité de la révélation divine; nous flotterions continuellement dans le doute pour savoir si Dieu a révélé telle chose ou ne l'a pas révélée, si on n'y a rien ajouté ou si on n'en a rien retranché, et cela, surtout parce que les autographes périrent bientôt après qu'ils eurent paru (1). Mais comme la foi ne doit pas être moins infaillible dans son objet et son motif que dans le moyen pour lequel elle nous est proposée, il est évident qu'elle doit nous être proposée par une autorité infaillible et divine.

La nécessité qu'il y a de déterminer exactement le sens

(1) Nous ne savons absolument rien des autographes de l'Ancien-Testamenij quant aux autographes du Nouveau, Gelléricr, daus son Essai d'une introduc* tion du Nouveau-Tcslament, Genève, 1823, sect. 111, pense qu'ils ont été écrits sur de Técorce de pajl^rus, qui était alors fort en usage , et qu'ayant été reproduits, il disparurent rapidement, au point que, du temps de Tertullien, de Clément d'Alexandrie, d'Origèue, il n'en restait plus de traces.

légitime de cette révélation établit aussi notre proposition. Comme, en effet, la révélation a été faite pour le bien et dans l'intérêt de l'homme , elle a nécessairement du être exprimée , exposée par des paroles et des signes. Or, les paroles ont souvent des significations diverses, et parfois non-seulement elles expriment des sens divers, mais elles en expriment même d'opposés (1); elles sont équivoques, ou elles sont sujettes à faire prendre une chose pour une autre ; c'est pourquoi, s'il n'y avait pas une autorité divine et infaillible pour nous proposer la révélation, nous hésiterions continuellement, nous serions dans le doute sur le véritable objet, sur le sens et la manière d'entendre la révélation, surtout lorsqu'il s'agit des mystères qui sont au-dessus de la raison humaine, et sur lesquels il est facile de se faire illusion. On en trouve un exemple frappant et désastreux dans la personne de tous ceux qui renoncent à la voie de l'autorité et qui veulent se conduire eux-mêmes. Ils en sont venus à un tel point que, bien qu'ils feuillettent assidûment les livres sacrés , en désespoir de cause , ils ne savent ce qu'ils doivent croire, entraînés qu'ils sont par le nombre, la diversité et l'opposition des interprétations, tantôt d'un côté et tantôt de l'autre (2) .

(1) n serait facile de le démontrer par une foule d'exemples, puisque les protestants eux-mêmes ne le mettent pas en doute ; mais à quoi bon nous arrêter à une chose inutile. Certes, ils ont continuellement recours eux-mêmes, pour déterminer le sens des paroles de l'Ecriture sainte, à ce qu'ils appellent Vusage de parler, où ils se servent des langues qui y ont quelque rapport; quelquefois même ils interprètent les phrases de l'Ecriture au moyen des phrases analogues des profanes; ils hésitent continuellement, néanmoins, ils flottent incertains; et une chose qu'un écrivain donne pour vraie, l'autre la rejette comme fausse. La simple lecture de ces commentateurs ou exégètes, ou plutôt de ces philologues, suffît pour montrer à chacun à combien d'incertitudes ils sont exposés. Leurs ouvrages ne sont, le plus souvent, qiic dâtt passages tirés d'auteurs hétérodoxes, qui affirment ou qui nient que tel soft te sens naturel du texte qu'ils expliquent. On peut, outre les critiques sacrés, voir Kuinoël, Rosenmuller, Eichhorn, etc.

(2) L'éghse de Genève (pour ne pas en citer d'autres exemples), dans son statut du 12 mai 1817, défend à qui que ce soit de parler, dans les écoles, des questions agitées chez elle, relativement aux deux natures de Jésus-Cluist, au péché originel, à la grâce et la prédestination. Voyez Précis des débats ihéologiques de Genèce, par J.-J. Chenevière, 1824, p. 22. Il en est absolument comme d'un commandant ou d'un général qui, lorsqu'il se voit réduit à la dernière extrémité, dit à tout le monde de jeter les yeux sur lui. De même, les églises réformées sont pressées par tant de doutes, d'hésitations, de contradictions interminables qui fourmillent dans leiu" enseignement, qu'elles en sont enfin venues à dire à leurs meml^res : Voici la Bible, lisez, examiuez, failos-vous une religion, qiuî chacun voie ce qu'il a à faire. Voyez les Mélanges catholiques du mois de juillet 1826.

Enfin, la perpétuité de la révélation divine démontre la même chose. La révélation divine n'a pas été faite pour ceux seulement qui étaient présents, elle a été faite pour tous les hommes de tous les âges; par conséquent, s'il n'y avait pas une autorité perpétuelle et toujours vivante établie de Dieu pour la conserver intacte et la préserver des innovations humaines et des interpolations 5 les interprétations ultérieures, comme le prouve en maintes occasions l'expérience (1), ne nous laisseraient jamais la certitude de la vérité et de l'intégrité de cette révélation; de là des discussions et des querelles perpétuelles, interminables. L'idée seule de laisser le texte et le sens des lois à la libre interprétation de chaque homme répugne à un législateur sage et sensé. Pour démontrer plus clairement cette vérité par un exemple, représentons-nous un voyageur qui visite, en passant, deux villes se glorifiant également l'une et l'autre des sages lois et des excellents règlements qui les gouvernent, et d'avoir, l'une et l'autre, un excellent législateur, qui est le même pour toutes deux ; si notre voyageur leur demande quel est le magistrat, quel est le tribunal que ce sage législateur a établi pour veiller à la conservation de son code, ou quel est l'interprète qu'il a chargé de vider les discussions que ces lois suscitent souvent, l'une fera connaître les magistrats et les juges qui ont été institués pour cela, l'autre prétendra , au contraire , que le législateur n'a établi d'autre juge, d'autre interprète de ses lois que le code qui les contient; quels sont ceux que croira notre voyageur, quelle est celle des deux cités au langage de laquelle il ajoutera foi? Il croira certainement celle qui lui affirme qu'elle a établi des juges et des magistrats, vu que ceci est beaucoup plus en rapport avec la sagesse et la prudence d'un bon législateur, qualité qu'elles lui reconnaissent toutes deux, car la nature même de la chose l'exige, puisqu'il s'élève souvent des discussions sur le sens même de la loi ; mais il est absurde d'affirmer que le texte même de la loi soit chargé de trancher la difficulté, quand la discussion a pour objet le sens de ce texte même.

Il y a donc de fortes preuves pour établir que si Dieu luimême n'y pourvoit pas par un moyen extraordinaire quelconque , il est naturellement nécessaire qu'il y ait une autorité

(1) Kou» citerons plus bas une foule d'innovations et d'interpolations de ce genre.

divine quelconque établie pour cela, qu'elle soit infaillible et perpétuelle, que ce soit elle qui ait la garde de la révélation divine , qu'elle soit chargée de la proposer et d'en faire connaître le sens vrai.

Objections.

Avant l'avènement de Jésus-Christ , il n'y avait pas d'autorité infailHble de ce genre pour proposer la révélation. Donc :

Rép. D. A. Parce que Dieu y suppléait par un acte de sa providence ou par un moyen quelconque, C. autrement, N. Ou il s'agit ici du temps des patriarches, ou de celui qui suivit Moïse , et il est question des Juifs et des païens. Mais il est certain que Dieu, pendant cette première époque, pourvut, par des apparitions fréquentes, à l'intégrité et l'explication légitime de la révélation. Quant aux temps postérieurs, outre que la synagogue avait été établie, de même que le sacerdoce d' Aaron , qui fut le dépositaire public et perpétuel de la loi de Moïse , il est certain aussi que Dieu pourvut par lui-même à la conservation de la révélation par la série non interrompue des prophètes jusqu'à Jésus-Christ, et qu'il prit un soin particulier de son peuple , pour que le dépôt de la révélation fût conservé dans toute sa plénitude (1). Nous ajouterons à cela que les

(1) Flavius Josèphe a dressé le catalogue des souverains pontifes dont la succession n'a pas été interrompue depuis Aaron jusqu'à Anne et Caïphe, sous le pontificat desquels est mort Jésus-Christ; et, depuis eux, jusqu'à Jean Giscale, qui fut le dernier des souverains pontifes; ce fut sous son pontificat que les Romains prirent Jérusalem et brûlèrent le temple. Ils furent au nombre de quatre-vingt-neuf. 11 les divise comme il suit :

D' Aaron à Salomon, qui construisit le premier temple, 13 ans 614

De Salomon jusqu'à la captivité de Babylone, 18 — 466

De la captivité de Babylone jusqu'à Antiochus Eupator, 15 — 412

D'Antiochus, qui dépouilla du sacerdoce Onias III, surnommé Ménélas, jusqu'à Hérode II; tous les Assamonéens, dont Aristobule , qui fut créé pontife par Hérode , qui le priva plus tard

de la vie, fut le dernier, 15 — 113

Depuis lui jusqu'à Titus il y en eut 28 — 107

Voy. Antiquités, liv. XX, c. 10 ; voyez aussi Salvador, Histoire des institua' tioiis de Moïse, etc., liv. II; des Fonctions législatives, c. 1, de la Magistrature sacerdotale, p. 128 et suiv.; il observe que le but de l'institution lévitique, c'est de veiller à la conservation de la loi. Le sanhédrin était aussi chargé de la même fonction. Ajoutez à tout cela la suite des prophètes jusqu'à Malachie. Josèphe rapporte, liv. I cont. Appion, c. 2, n. 3, que les livres que nous appelons deutérocanoniques furent fidèlement inscrits dans le canon des Ecritures, bien qu'ils n'aient pas la même autorité que les livres protocanoniques, parce

articles de foi qu'il fallait croire explicitement pour être sauvé étaient fort peu nombreux; il fallait croire à l'unité d'un Dieu créateur et rémunérateur, et à la venue future du libérateur (1) ; il était par conséquent facile de les transmettre jusqu'à la postérité la plus reculée. La révélation n'était pas encore complète. S'il y en eut quelques-uns qui en perdirent le souvenir, ce fut leur faute ; quoique s'il y en eut quelques-uns qui ignorèrent surtout le dernier de ces articles sans cfu'il y eut de leur faute, pourvu qu'ils observassent la loi naturelle, il est hors de doute que Dieu, par un acte de sa providence, a pourvu à leurs besoins d'une manière quelconque; de même que s'il en est encore aujourd'hui qui soient dans le même cas, il y pourvoit, en leur donnant la foi, l'espérance et la charité surnaturelle habituelle , sans lesquelles personne ne peut atteindre la fin surnaturelle ou la béatitude pour laquelle il a été créé; ce qui est tout le contraire de ce que pensent les rationaUstes, sur les traces desquels n'a pas rougi de marcher Franc. Brenner, chanoine de Bomberg, dans son ouvrage intitulé du Dogme (2).

Au reste, Dieu n'a jamais tellement abandonné sa révélation à l'arbitraire et à l'interprétation privée des hommes, qu'il ait été permis à chacun de l'interpréter et de l'exposer à son gré.

I. Inst. 1. Les païens n'ont pu avoir la révélation que par la tradition domestique et privée, et par conséquent sans cette autorité publique et infaillible; 2. d'après les Juifs eux-mêmes, il n'y eut qu'un petit nombre de personnes qui virent les prophètes, qui les entendirent immédiatement; on doit donc dire qu'ils furent privés de la foi divine. Donc :

Rép. 1. D, Ils obscurcirent cette révélation, ou ils la corrompirent par une foule de fables, (7. ils la conservèrent dans son entier, Subdist. il y en eut quelques-uns qui la conservèrent en particulier dans son entier par la tradition, et d'une manière extraordinaire, Tr. les nations entières la conservèrent, iV.. La révélation divine, dans les premiers temps, se conserva

que la succession des prophètes n'est pas assez claire. Ceci prouve que le dépôt 'de la révélation n'a pas été abandonné, dans l' Ancien-Testament, au caprice des hommes privés.

(1) L'Apôtre, Hébr,, XI, G, donne comme le résumé de ce qu'il fallait croire dans les paroles suivantes : Celui qui vient à Dieu doit croire qu'il récompense ceux qui le cherchent.

(2) lansdau, 1832.

plus entière même chez les païens; mais, par la suite des temps, elle s'obscurcit, elle se corrompit de telle sorte qu'il n'en resta que quelques débris, comme il ne reste, après le naufrage d'un vaisseau, que quelques planches à moitié brisées; et les hommes les plus érudits ne l'y ont recueillie qu'avec beaucoup de peine (1). Ces débris prouvent deux choses, c'est que les hommes furent autrefois gratifiés d'une révélation; c'est aussi que cette révélation s'est corrompue par la négUgence et l'incurie de ces mêmes hommes. Ce qui fait que, si Dieu n'en avait pas spécialement confié la garde à un peuple choisi exprès pour cela, c'en était fait; comme de nos jours encore, sans l'Eghse catholique, à peine resterait-il quelques débris, quelques lambeaux de ce qui a été fondé par la révélation (2). Si, parmi les païens, il y eut quelques hommes, encore le nombre en fut-il petit, qui conservèrent dans son entier la révélation que Dieu leur avait faite , il faut l'attribuer soit au petit nombre d'articles de foi qu'ils devaient croire, soit à un secours spécial que Dieu accorda pour cela, et qui fit qu'ils n'en perdirent pas entièrement le souvenir. Nous ajouterons en outre qu'il ne s'agissait nullement, à cette époque, du code entier de la révélation, comme il le faut maintenant; ils n'auraient donc pu ni

(1) Surtout Eusèbe de Césarée, dans ses deux magnifiques ouvrages intitulés Préparation et démonstration éuangélique. Dans les temps modernes, plusieurs voyageurs ont réuni les débris, les fragments, si je puis ainsi parler, de cette révélation éparse chez les peuples barbares et sauvages. Parmi eux, il importe surtout de lire ce cpi'en dit le comte Charles Rubi, dans ses Lettres sur l'Amérique, 2 vol.; on peut aussi lire avec intérêt l'ouvrage intitulé Croyances, superstitions, et restes des traditions, observées par Dumont d'Urville, dans son voyage autour du monde, à bord de V Astrolabe, dans la Nouvelle-Zélande et les îles de Tonga, etc.; Ann. de philos, chrét., recueil périodique, 5^ année, tom. Vlll, n. 43, 31 janvier 1834; voyez les Nouvelles éphémérides théoL, Vienne, 1833; van Joseph Pletz, liv. II, p. 189-210; 3e liv., p. 305-329; 4e liv., p. 26-30. Il est constant, d'après cela, que toutes les nations ont eu l'idée de l'existence de Dieu, des demi-dieux ou des anges, de la lutte de Caïn et d'Abel, de l'action de la Trinité dans la création, de la création de la femme au moyen d'une côte de l'homme, de la chute de nos premiers parents, etc.

(2) Comme chacune des sectes qui se sont élevées depuis les temps apostoliques jusqu'à nos jours, et le nombre en est presque incalculable, a nié une partie de la révélation, et que de plus chacun y a ajouté quelque chose du sien; comme il n'est pas im article de foi qui n'ait eu quelques adversaires, quelques détracteurs, sans la stcibilité de l'Eglise catholique il y aiu-ait eu, après l'avènement de Jésus-Christ, en toutes choses, une confusion semblable & celle qui existe chez tous les peuples (les Juifs exceptés), relativement aux traditions primitives ; si elles ne périrent pas entièrement elles furent tellement altérées que, sans leur prototype, on ne pourrait rien y reconnaître de certain. Ce que nous dirons plus bas le prouvera plus clairement encore.

Tinterpréter ni l'altérer; il ne s'agissait, comme nous Tavons observé, que de retenir de mémoire quelques articles seulement. Ces choses, loin donc d'infirmer ce que nous avons dit, ne font que donner une nouvelle évidence à ce que nous avons entrepris de prouver. Comme, en effet, il s'agissait de cette révélation simple , claire et partielle transmise par la tradition , si elle ne s'est pas conservée tbut entière parmi les Gentils, la seule cause, c'est parce qu'ils n'avaient pas d'autorité, de magistrature chargée de la conserver dans sa pureté et dans son intégrité -^^is à combien plus forte raison cette autorité estelle né * ;^our conserver dans sa plénitude cette révélation eiiuere et écrite, sans même parler de la partie de cette révélation qui n'est transmise que par la seule tradition?

Rép. 2. N. Conseq, Le but principal de la mission des prophètes fut de contenir les hommes dans le devoir, de conserver pure et intacte parmi eux la révélation divine qui leur avait été faite, et de manifester une volonté particulière de Dieu; mais ce but n'était pas de proposer une révélation divine particulière nécessaire au salut. Toutes les fois qu'il fut nécessaire d'envoyer des prophètes aux Juifs , ce fut pour leur rappeler qu'ils étaient obhgés de garder la loi, ou pour leur faire connaître la volonté particulière de Dieu ; Dieu leur envoya indépendamment de l'approbation même de la synagogue ; ce ne futpas, toutefois , pour proposer de nouveaux articles de foi , mais bien plutôt pour confirmer, pour exposer plus clairement ceux qui étaient déjà reçus , pour redresser les interprétations particuhères et embarrassées , et pour trancher les difficultés qui auraient pu surgir (1) ; c'était aussi pour les exciter à mettre leur confiance dans l'avènement prochain du libérateur. Nous trouvons, au reste, dans la mission des prophètes, qui étaient fréquemment envoyés pour conserver dans toute sa pureté la révélation qui avait été faite primitivement, une nouvelle preuve du besoin d'une autorité chargée de veiller à la conservation

(1) Les prophètes envoyés de Dieu eurent toujours pour mission, non-seulement d'annoncer l'avenir, mais encore de réprimander les Juifs de ce qu'ils violaient la loi, et de renverser les vaines interprétations de quelques-uns d'entre eux, interprétations qai souvent étaient mauvaises, et qui avaient pour >ut de soustraire à la loi et de faire espérer je ne sais quelle exemption des oLûtiments dus à leurs crimes. Les écrits des prophètes, surtout ceux d'Isaïe, ùi Jérémie, d'Ezéchiel, etc., sont des réprimandes de ce genre. Ets'il venait à s'élever quelques doutes, quelques difficultés, les prophètes les tranchaient (1 Mal., IV, 46; IV Kois, XJCII, 14, etc.).

de cette révélation. Quant aux écrits des prophètes, à mesure qu'ils les publiaient, la synagogue ou sanhédrin les transcrivait sur les registres de l'Etat pour les conserver sans altération (1). Comme les autres nations furent privées de ces ressources là, voilà pourquoi se perdirent ou s'altérèrent, chez ces mêmes nations, les vérités révélées, bien qu'elles les eussent reçues de Noé ou de ses enfants, de qui elles descendaient; ceci nous prouve de plus en plus la nécessité d'un pouvoir chargé de veiller à la garde et à l'interprétation de la révélation divine.

II. Inst. Excepté nos premiers parents, qui reçurent immédiatement de Dieu la révélation, les autres ne la connurent que par eux; or, nos premiers parents, non plus que leurs descendants, ne constituaient pas cette autorité publique infaillible. Donc :

Rép. D. Min. De manière cependant cpie Dieu ait, comme nous l'avons dit, par une action extraordinaire de sa providence , veillé a leur conservation pleine et entière , C. autrement, iV. Car nos premiers parents, les patriarches et les autres hommes auxcpiels Dieu se manifesta , et à qui il proposa les articles de foi que nous avons énumérés , les tenaient évidemment de foi divine ; quant aux autres, ils avaient de ces mêmes faits la certitude morale la plus grande qu'il soit possible d'avoir ; ce qui fait cpie ces derniers les croyaient de la même foi que les premiers. La providence de Dieu ne cessa jamais, pendant tout cet intervalle, comme l'exigeaient ces temps d'enfance, de les lem^ rappeler, afin que la foi qu'on y avait s'en conservât vive jusqu'à la plénitude des temps où devait venir le Fils de Dieu, qui compléta et cpii perfectionna la révélation. En outre, on ne doit pas oublier la distinction que nous avons établie plus haut (rép. à la V inst.), qu'autre chose est la transmission orale de certains articles , autre chose est la transmission du corps entier de la révélation, soit cpi'elle soit écrite, soit qu'elle soit transmise par la tradition; bien que, dans le premier cas. Dieu ait dû veiller à sa conservation et à sa transmission parfaite, et qu'il ne l'ait pas abandonnée au libre arbitre et à l'interprétation des hommes privés.

(1) Voyez Histoire critique du Vieux-Testament, par le P. Richard Simon, Rotterdam, 1G85, tom. I, liv. I, cliap, 4; il y a cependant bien des choses qu'un catholique sensé ne saurait approuver.

PROPOSITION IL

La seule Eglise instituée par Jésus- Christ est revêtue de cette autorité infaillible.

Nous n'entendons point ici, par Eglise, l'assemblée de tous les fidèles qui vivent sous l'obéissance des pasteurs légitimes, sous celle du pontife de Rome , qui font profession de la même foi qu'eux et qui participent aux mêmes sacrements; nous entendons plutôt l'épiscopat tout entier, ou, si je puis m'exprimer aiD«i, l'épiscopat dans toute sa plénitude, à savoir le corps des pasteurs réunis au pontife de Rome.

L'épiscopat a reçu de Jésus-Christ et du Saint-Esprit , dans la personne des apôtres , et surtout de Pierre , leur prince et leur chef, la plénitude de la révélation ; Jésus-Christ , de plus , a envoyé ses apôtres dans toutes les parties du monde , pour faire connaître aux hommes la révélation divine , et il leur a promis de les assister jusqu'à la fin du monde. Les paroles de Jésus-Christ sont claires (Matth., chap. dernier) : Allez, enseignez toutes les nations,.., apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai confié, et voici que je suis avec vous (enseignant et baptisant), tous les jours, jusqu'à la consommation des siècles. Il dit aussi, dans saint Jean, XIV, 16, 17 : Je prierai mon Père, et il vous donnera un autre Paraclet, pour qu'il demeure éternellement avec vous l'Esprit de vérité, ... il demeurera en vous, il sera en vous, ibid., XYI, Î3 ; Jésus-Christ poursuit : Mais lorsque cet Esprit de vérité sera venu, il vous enseignera toute vérité; et encore, ibid., XX, 21 : Comme I mon Père m'a envoyé, je vous envoie.

Nous ne rapportons ces passages que comme monuments historiques et comme émanant d'auteurs qui les tenaient immédiatement de Jésus-Christ, et qui sont dignes de foi; nous ne les considérons point ici comme des auteurs inspirés de Dieu. En un mot , nous établissons le fait d'une société fondée et établie par Jésus-Christ , qui est dépositaire de la doctrine qu'il a lui-même établie, et à laquelle il a confié la charge d'instruire de vive voix toutes les nations. Jésus-Christ n'a point dit aux apôtres, allez, écrivez, mais bien, allez, enseignez, non pas pour un temps seulement, mais toujours, tant qu'il y aura des peuples à convertir, tant qu'il y aura des nations à maintenir dans la foi qu'elles auront reçue. Cette magistrature doit

être en outre continuelle et perpétuelle. Les apôtres et les disciples ne produisirent au jour leurs commentaires que lorsque Toecasion s'en présenta. Il faut surtout ne pas perdre de vue une chose , c'est que les évangélistes ne se proposèrent pas de livrer à la postérité le code entier et complet des lois de Jésus- Cbrist et de sa doctrine, mais bien un commentaire historique de ses paroles et de ses actions , et encore n'est-il ni entier ni parfait , au point que l'on ne peut pas regarder les Evangiles comme le code , ou au moins comme la règle parfaite et adéquate de tout ce qu'il faut croire et faire. Par conséquent, la seule règle que Jésus-Christ a voulu laisser aux nations converties ou à convertir pour fixer d'une manière immédiate ce qu'H faut croire et ce qu'il faut faire , c'est l'autorité publique, perpétuelle et vivante de l'Eglise.

Il suit de là que le système d'autorité est tellement lié à la révélation, qu'il faut en rejeter toute révélation qui impose à l'homme l'obligation de croire, en dehors de vérités de l'ordre naturel, des vérités surnaturelles, et de garder des préceptes positifs; ou, si on l'admet, il faut pareillement admettre un moyen certain et sûr, perpétuel même, par lequel il est possible aux hommes de connaître, sans crainte de se tromper, ces vérités et ces préceptes. Or, c'est là l'autorité établie de Dieu même, c'est-à-dire l'Eghse, qui nous apprend que les livres que nous appelons Livres saints sont véridiques , qu'ils sont inspirés de Dieu, et que les paroles qu'ils contiennent ont tel sens et non pas tel autre.

C'est pourquoi les paroles de Jésus-Christ apprennent trois choses : 1 . c'est que les apôtres ont eu pour mission immédiate d'instruire les peuples des choses de la foi et de la règle des mœurs; 2. elles nous apprennent que Jésus-Christ a promis aux apôtres et à leurs successeurs légitimes de les assister dans leur mission jusqu'à la consommation des siècles; 3. elles nous apprennent enfin le ministère éternel que le Saint-Esprit remplit avec eux.

Les apôtres ou plutôt l'Eghse tient donc de Jésus-Christ, non-seulement la révélation, mais elle tient en outre du même Jésus-Christ et du Saint-Esprit le sens vrai de cette même révélation.

Donc, ce ne sont pas les apôtres seuls, mais ce sont encore leurs successeurs légitimes, ou plutôt c'est l'Eghse qui use et qyù jouit de ces mômes prérogatives d'infaillibilité et d'autorité

pour proposer, interpréter et conserver cette même révélation et qui constitue une personne morale qui doit vivre jusqu'à la consommation des siècles (1); chargée pareillement de conserver dans son intégrité et sa pureté primitive la révélation, à qui seule est promise la vie éternelle, et qui est aussi chargée de conserver l'unité dans son gouvernement.

Donc les apôtres ou l'Eglise était déjà constituée et enrichie des promesses de Jésus-Christ avant qu'aucun des livres de la sainte Ecriture ne fût écrit, et, par conséquent, elle jouissait du don de perpétuité, d'après les promesses solennelles de Jésus-Christ (les paroles de Jésus-Christ ne sont pas vraies parce qu'elles sont écrites, mais bien parce qu'elles sortent de sa bouche) ; l'Eghse, dii^-^Q ^ prescrit (2) contre l'Ecriture ellemême , puisque c'est elle qui l'a approuvée comme divine , et elle a eu le véritable sens des divins oracles, soit de la bouche même de Jésus-Christ , soit au moyen d'une assistance divine spéciale; elle a reçu de Dieu lui-même les traditions divines, avec mission de les conserver jusqu'à la consommation des siècles.

La pétition de principe, le cercle vicieux tant objecté par les protestants à l'Eglise, et qui consiste à dire que l'Eglise se prouve par l'Ecriture, et l'Ecriture par l'Eglise, non-seulement n'a pas lieu, mais ne peut pas même avoir lieu; la nature de la chose et les faits s'y opposent formellement. L'Eglise, en effet, a admis et approuvé les Ecritures elles-mêmes (à savoir le Nouveau-Testament) parce qu'elle a vu qu'elles contenaient ce qu'elle avait appris de Jésus-Christ, et qu'elles étaient con-

(1) 11 importe d'observer ici que, dans quelque corps moral que ce soit, la mort enlève chaque individu, de manière que la société subsiste toujours, et que quand un individu vient à périr, elle ne perd rien de ce qui la fait subsister. C'est pourquoi, dès que l'Eglise eut été établie par Jésus-Cbrist dans le collège des apôtres sur le modèle d'une société, d'un corps moral, et qu'elle se fut presque aussitôt étendue de tous Jes côtés, parce que les apôtres établirent d'autres évèques qui ont eu, dans l'univers entier, des successeurs jusqu'à nos jours, le corps épiscopal ayant Pierre et ses successeurs pour chefs, s'est perpétué jusqu'à nos jours par la succession non interrompue des évèques, et existe encore. Du vivant de l'apôtre saint Jean, il y avait des églises de fondées dcms l'univers entier. Lorsque mourut le dernier des évèques qui avaient vu les apôtres, il y en avait un bien plus grand nombre; il en fut ainsi par la suite. Le dernier des évèques apostoliques fut saint Polycarpe, disciple de saint Jean l'Evangéliste ; il souffrit le martyre sous Marc-Aurèle. Hégésippe et [renée vécurent presque en même temps, et ils furent martyrisés sous Commode; voy. Eusèbe, Hist. eccl., liv. II, c. 23, édit. Valois.

(2) Nous prenons ici le mot prescrire dans le même sens que le prend TertuUien, dans son livre des Prescriptions des liérétiques, et dans le même sens que le prennent Irénée et plusieurs autres Pères.

formes à ce qu'elle professait. Car les Ecritures ne sont que des instruments qui, comme elle le reconnaît, reproduisent les actes de sa possession, et qui en sont comme les tables publiques, qui tirent toute leur force probante de son propre témoignage, et où sont consignées par écrit les prérogatives que Jésus-Christ lui a conférées, et dont elle usait avant qu'elles ne fussent écrites, qu'elles ne fussent approuvées et divulguées. L'Eglise avait déjà sa mission divine, son gouvernement, son infaillibilité et son autorité ; Pierre était déjà revêtu de la primatie, les autres apôtres lui étaient soumis avant que les Evangiles fussent publiés (1) ; car, comme l'Eglise est toujours la même, qu'elle est immuable, elle se suffit à elle-même. Quant à la divinité de l' Ancien-Testament , c'est Jésus-Christ lui-même qui l'a instruite sur ce point.

Donc , comme l'Eglise a toujours entendu les divins oracles qne nous avons rapportés comme désignant les prérogatives d'infaillibilité et d'autorité qui lui ont été accordées, elle use de son droit lorsqu'elle a proposé ou lorsqu'elle propose aux infidèles qu'elle a admis ou qu'elle admet dans son sein les dogmes de la religion chrétienne, comme autant d'articles de foi qu'ils sont obUgés de croire , ou lorsqu'elle les a préservés , en tous temps, et qu'elle les préserve des innovations de quelques-uns de ses enfants peu soumis , et lorsqu'elle a frappé ou qu'elle frappe d'anathème les opiniâtres qui persistent dans leur opinion, et qui ont tenté ou qui tentent de lui ravir la possession de ces mêmes vérités.

(1) Presque tous les savants conviennent que saint Matthieu écrivit son Evangile, de huit à dix ans après l'ascension de Jésus-Christ, en faveur des Juifs qui avaient embrassé la foi chrétienne ; c'est ce qu'atteste Eusèbe, dans son Hist. eccl., liv. III, c. 24. Il en est d'autres, parmi lesquels se trouve Millius, dans son Prol. du Nouveau-Testament, qui ne sont point du même avis; ils soutiennent que l'Evangile de saint Matthieu fut publié plus tard ; ils s'appvdent surtout, pour cela, sm' saiut Irénée, qui enseigne, dans son li\Te Contre les hérésies, liv. III, c. 1, que saint Matthieu l'écrivit lorsque Pierre et Paul portèrent l'Evangile à Rome et qu'ils en fondèrent l'église, ce qui eut lieu longtemps après. Mais quoi qu'on puisse dire sur ce point, dont nous abandonnons à d'autres la discussion, il est certain, d'après les Act. des apôtres, I, 13, n, 14 et suiv., IX, 33, que saint Pierre avait déjà usé de l'autorité qui lui avait été conférée de Dieu (Matth., XVI, 18; voy. Jean, XXI, 15 et suiv.). Saint Jean û'écrivit son Evangile qu'après la mort de saint Pierre, lorsqu'il fut de retour de l'Ile de Patmos à Éphèse, après la mort de Domitien, comme nous l'apprend Irénée, liv. III, Cont. les hérétiques, pass. cit., par conséquent vers l'an 97 ou 98 de l'ère vuliiaire, de l'avis de tout le monde, excepté Semler, préf. de la paraph. de l'Evang. de saint Jean, et çà et là dans les notes, iomme aussi de ses disciples rationalistes.

Ce qui rend plus évidente encore cette vérité, ce sont les sentences par lesquelles Jésus-Christ enseigne qu'il faut considérer comme des païens et des publicains ceux qui refuseraient d'écouter l'Eglise (Matth., XYIII, 17) ; lorsqu'il dit cpie celui qui écoute l'Eglise l'écoute lui-même, et cpie celui qui méprise l'Eglise le méprise lui-même (Luc, X, 16), il condamne, par conséquent, ceux qui se révoltent contre l'Eglise, comme se révoltant contre lui-même. C'est en se rattachant à cette doctrine, que l'Eglise a toujours entendue dans ce sens, que l'apôtre Paul livra îlyménée et Alexandre à Satan pour leur apprendi^e à ne pas blasphémer, vu qu'ils étaient du nombre de ceux qui avaient fait naufrage dans la foi (I Tim., I, 20). C'est aussi pour cela que souvent il exhorte Timothée et Tite à éviter les novateurs et les hérétiques comme ayant fait naufrage, et comme étant condamnés par leur propre jugement (Tite, m, 10; Il Tim., III, 5, IV, 15) ; telle fut aussi la conduite de Pierre, surtout dans sa seconde épître (IlPetr., I et suiv. ) ; de saint Jude , dans son épître catholique , qui ne traite que de ce point ; de saint Jean, soit dans ses épîtres, soit dans l'Apocalypse (Il Jean, YII et suiv.; Apoc, II, 6, 14, 15). C'est en s'attachant à cette doctrine, à cette autorité que, dès le premier siècle, 1 Eglise condamne les disciples de Simon le Magicien, les ébionites, les cérinthiens, les gnostiques et les autres novateurs et protestants, et qu'elle les rejeta de son sein (1) ; et, comme nous le verrons plus bas, elle ne s'est pas départie de cette manière d'agir depuis ce temps jusqu'à nous.

Donc la seule Eglise instituée par Jésus-Christ, ou le corps entier des pasteurs, c'est-à-dire le corps des pasteurs avec son chef, le pontife de Rome, dont nous parlerons plus bas, est revêtue d'une autorité infaillible pour proposer, interpréter et conserver intacte la révélation.

(1) Voy. Eusèbe, Hist. eccL, liv. Ilï, c. 18, ou c. 26, 27, comme aussi plusieurs autres passages, surtout liv. IV, c. 22, où, après avoir parlé des ménandristes, des valentiniens, etc., il s'exprime comme il suit : « C'est d'eux que » sont sortis les faux christs, les faux prophètes, les faux apôtres, qui établirent j> une nouvelle doctrine contre Dieu et son Christ, qui brisèreut l'unité de » l'Eglise. » Il avait dit, peu avant, les basiliens,... qui mirent en avant chacun leur oyiniya. Ces paroles nous apprennent que l'esprit privé fut le principe détentes les hérésies. Eusèbe fait la même observation à l'occasion des encratites, liv. IV, c. 29 ; il dit qu'ils admettaient les Ecritures, mais qu'ils les interprétaient à leur façon.

Objections.

Obj, Cette proposition repose sur une fausse supposition; elle suppose, en effet, a) que Jésus-Christ a établi l'Eglise sous la forme d'un corps, d'une société dont les divers membres ont des rapports réciproques, ou au moins sont sous la dépendance d'un chef; b) que la mission divine est la prérogative exclusive de ce corps ; c) que ce gouvernement est presque perpétuel et ordinaire; d) et que c'est un tel corps qui est chargé de proposer la révélation; or, toutes ces choses là sont fausses, car 1 . les apôtres proposèrent la révélation chacun en particulier et indépendamment les uns des autres, et ils fondèrent autant de sociétés indépendantes (1); 2. les apôtres, au moment où ils reçurent de Jésus-Christ leur mission, ne représentaient pas seulement l'épiscopat, ils représentaient encore l'universalité des fidèles, qui par conséquent reçurent immédiatement de Jésus-Christ leui^ propre mission; 3. ce gouvernement ne fut que temporale , puisque les paroles par lesquelles Jésus- Christ promet son assistance ne regardent que les temps où les apôtres avaient besoin de prodiges pour propager l'Evangile; c'est ce que nous apprend saint Marc, chap. dern.; 4. enfin, ce sont toujours de simples particuliers qui proposent la révélation, quelquefois même ce sojit des laïques. Donc :

Piép, N. A. Quant à la preuve, iV. Min. Sous cette observation générale que les apôtres ou rEghse reçurent de Jésus- Christ la révélation divine ou mission divine elle-même, on a toujours, dans la pratique, entendu et apphqué les paroles et l'institution de Jésus-Christ dans un sens opposé à celui de nos adversaires, comme nous l'avons démontré dans les preuves.

Mais nous allons répondre à chaque objection en particuher. Quant à la première , Z). les apôtres chacun pris à part comme autant de membres d'un même corps, où tous sont convenablement subordonnés à leur chef, c'est-à-dire à Pierre, comme nous le prouverons plus bas, proposèrent la révélation, C. dans tout autre sens , lY. Nous nions pareillement qu'ils aient institué autant de sociétés indépendantes, puisque Jésus-Christ

(1) Tel est le sentiment de Gibbon, Hist. de la chute de l'empire romain, c. la, n. 5; d'après le même Gibbon, les apôtres ne revendiquèrent pas pour eux seuls l'autorité législative ; les évêquos et les prêtres avaient la môme autorité ; les Eglises, dès le principe, formaient autant de républiques qui, plua tard, prirent la forme fédérative, et ce fut là le principe d'unité, etc.

confia aux soins de Pierre son troupeau tout entier (Jean, XXI, 17); ainsi, chacun des apôtres pris à part acquérait, si je puis m*exprimer ainsi , pour Pierre ; toutes ces sociétés ou églises particulières se confondaient dans une seule Eglise universelle gouvernée par Pierre ; elle fut, par conséquent, appelée catholique dès le temps des apôtres (i).

Quant, 2. D. Les apôtres, sous un certain rapport et parfois, représentaient l'assemblée des fidèles , C, ils la représentaient toujours, et surtout dans les fonctions de leur propre ministère et de la mission de prêcher l'Evangile , iV. S'il n'en avait pas été ainsi, c'eut été en vain que Jésus-Christ eut établi un ordre particulier de ministres; c'eût été en vain que le Saint-Esprit eut séparé Paul et Barnabe pour l'œuvre du ministère (Act., XIII, 2); les apôtres auraient inutilement ordonné des évêques pour leur confier le dépôt de la foi (I Tim., YI, 20) ; en vain l'Esprit-Saint les aurait chargés du gouvernement de l'Eghse (Act., XX, 28); enfin c'eût été en vain que Jésus-Christ aurait enjoint aux fidèles d'écouter ses ministres et de leur obéir (Luc, X, 16), et de leur être soumis; c'est ce que recommandent les apôtres, dans presque toutes leurs lettres (I Thess., V, 12; àTite, I; aux Hébr., XIII, 17, etc.). Et, d'ailleurs, si tous étaient maîtres, où seraient les disciples? Si tous étaient pasteurs , où serait le troupeau?

Quant, 3. N. Car l'Eglise de Jésus-Christ a toujours besoin de son appui et de son assistance. Saint Marc, dans le passage cité, n'insinue nullement que les prodiges et les miracles doivent cesser dans l'Eglise. Ajoutez à cela que Jésus-Christ a promis aux apôtres et à leurs successeurs Y Esprit de vérité, qui doit toujours leur enseigner toute vérité , et qui doit demeurer avec eux pendant toute l'éternité; ajoutez encore la

(1) Saint Ignace, dans sa lettre aux habitants de Smyrne, c. 8, s'exprime en. ces termes : « Que partout où paraîtra Tévêque, là aussi la foule se réunisse; )) comme là où est Jésus-Christ, là aussi est l'Eglise catholique. » On lit aussi ce qui suit dans l'épitre de l'église de Smyrne, à l'occasion du martyre de samt Polycarpe : « C'est pour cela qu'il a acquis la couronne de l'immortalité » (saint Polycarpe); il est réuni aux apôtres et à tous les saints; il glorifie » Dieu le Père et il bénit Notre-Seigneur, le gouverneur de nos corps et de » l'Eglise catholique, qui est répandue dans l'univers entier, » (Voyez Usserius.) On lit dans les Actes de saint Pion, qui souffrit le martyre sous Dèce : « Alors » Palémon lui dit : Es-tu chrétien? Pion répondit : Oui, je le suis. A quelle » église appartiens-tu, dit Palémon? J'appartiens à l'Eglise catholique, ré- » pondit Pion : Jésus-Christ n'en a pas d'autre. » (Voyez Valois, dans ses notes sur le c. X du liv. Vil de l'Hist. ccclés. d'Eusèbe; voyez aussi les Actes des saints, des boUandistes, 1^^ février.)

promesse de Jésus-Christ rapportée par saint Marc, chap. ult., qui s'accomplit chaque jour dans l'Eglise (1).

Quant. 4. D. La révélation est toujours proposée par de simples particuliers , en leur nom propre et privé , N. en leur qualité d'hommes publics, de ministres de l'Eglise, de délégués de cette même Eglise , C. Un prince , un sénat ne font pas toujours connaître en personne leurs ordres et leur volonté à leurs sujets et aux puissances étrangères ; ils ne le font , le plus souvent, que par leurs délégués et leurs ambassadeurs; de même , c'est par ses ministres que l'Eglise annonce l'Evangile de Jésus-Christ aux nations, et qu'elle leur propose la révélation divine.

Inst. Donc , même un hérétique pourrait annoncer la foi au nom de l'Eghse, et les peuples seraient obhgés de le croire ; or, ceci est absurde.

Rép. D. M, Un hérétique pourrait annoncer mensongèrement la foi au nom de l'Eglise, C. il pourrait véritablement, proprement le faire, N. Si les infidèles le regardaient de bonne foi comme un ministre de l'Eglise, ils seraient tenus de le croire; mais, dans ce cas, ce ne serait pas pour lui qu'ils le croiraient; ils le croiraient à cause de l'Eghse, au nom de laquelle il prêche, nom qu'il usurpe; et les peuples instruits de la sorte appartiendraient à l'Eghse de Jésus-Christ, de même que les enfants baptisés par les hérétiques, et les adultes de bonne foi ou qui sont sous les coups d'une ignorance invincible. L'Eglise, comme le dit saint Augustin, enfante des fils à J ésus- Christ , même par des concubines (2).

II. Inst. Il n'y a au moins aucun motif extrinsèque et infaillible pour porter les infidèles à faire un acte de foi et à croire de foi divine ce qu'on leur propose. Donc :

Rép. D. A. Si Dieu n'y suppléait pas par un moyen quelconque, Tr. ou C si Dieu y supplée, N. Mais Dieu, soit par le don des miracles, qu'il accorde aux ministres de son Eghse, soit par sa grâce, qu'il répand intérieurement dans les cœurs, soit par l'une et l'autre à la fois, éclaire les infidèles auxquels

(1) Comme le prouve ce que nous avons dit dans la première partie de ce traité, n. 392 et suiv.

(2) Tel est l'argument des sept livres quo saint Augustin a écrits contre les douatistes, sous ce titre : du Baptême contre les donatistes, et ou il prouve qu'il peut se faire parfois que quelqu'un ait quelque chose de catholique eu dehors de l'Eglise catholique; il le fait surtout liv. I, c. 10.

on annonce TEvangile, les pousse, les persuade et les porte à croire et à donner leur assentiment aux articles de foi qu'on leur propose , avec autant de force et avec la même foi divine que si l'Eglise elle-même les leur proposait. En un mot, les peuples peuvent acquérir la certitude parfaite de l'existence de l'Eglise et des prérogatives dont elle jouit.

III. Inst. Ils pourraient cependant, par cette raison, être trompés, être induits en erreur. Donc :

Rép. D. S'ils agissent de mauvaise foi, C. s'ils cherchent sincèrement la voie du salut , N. La bonté de Dieu ne permet pas , en effet , que ceux qui le craignent et qui cherchent de cœur la vérité soient trompés ou induits en eiTeur (1).

PROPOSITION m.

L'Eglise seule, par conséquent, est la gardienne et l'interprète infaillible de la révélation divine, soit qu'elle soit transmise de vive voix, soit quelle soit écrite.

Cette proposition n'est pour ainsi dire que le corollaire de la précédente; en effet, si Jésus-Christ a confié au corps des pasteurs ou à l'EgUse , et non à de simples particuliers, le soin de propager et de conserver intacte la religion qu'il a étabhe; s'il a promis à cette même Eglise de l'assister d'une manière spéciale et perpétuelle dans l'accompUssement de cette œuvre ; s'il lui a donné pour toujours l'esprit de vérité; si les apôtres ont confié le dépôt de la révélation, pour le conserver, à des successeurs qu'ils se sont choisis à ces fins, comme le prouvent les paroles suivantes, par lesquelles l'Apôtre exhorte Timothée, qu'il a institué évêque d'Ephèse : Conservez le dépôt précieux que vous avez reçu par le Saint-Esprit , qui habite en nous (II Tim., I, \i)-, pour vous, vous savez quelle est la doctrine que j'enseigne, quel est mon genre de vie, ce que je me propose,

(1) Car (dit admirablement saint Augustin, dans son livre des Mœurs de VEglise, liv. I, c. 17, n. 31, 32) la vérité et la sagesse, il est impossible de les trouver, si on ne les désire de toutes les forces de son âme. Mais si on cherche l'une et l'autre comme il convient, on les trouve iulailliblement... C'cot par l'amour qu'on les demande, c'est par l'amour qu'on les cherche, t'est i)ar l'amour qu'on frappe à la porte, c'est par l'amour qu'elles se révèlent, et c'est l'amour enfin qui les rend permanentes dès qu'elles se sont révélées... Oh! puissioz-vous comprendre ce qui a été dit! Vous renonceriez aussitôt à l'ineptie de vos fables, à ces vaines images corporelles, et vous vous réfugeriez tous, avec empressement, dans le sein de l'Eglise catholique; vous voua attacheriez à elle de cœur et avec la toi la plus vive.

quelle est ma foi... Pour vous, soyez fidèles à ce que vous avez appris et à ce qui vous a été confié, rappelez-vous de qui vous tavez appris; ce que je vous ai enseigné en présence de plusieurs témoins, confïezr-le à des hommes fidèles qui soient aptes à en instruire les autres (Il Tim., II, 2); il y ajoute encore : 0 Timothée ! conservez le dépôt qui vous a été confié, fuyez les nouveautés du langage et ce qui a le vain nom de science; il en est qui, pour ravoir promis, ont fait naufrage dans la foi (I Tim., VI, 20 et 21). Il inculque les mêmes choses à Tite, évêque de Crète , qui est aussi son disciple. Il suit évidemment de là que l'Eglise seule est la gardienne et l'interprète perpé— tuelle et infaillible de la révélation divine qui lui a été confiée, et que ce ne sont pas de simples particuliers qui en sont chargés, puisqu'il leur est continuellement enjoint d'obéir, dans les choses surtout qui concernent la foi et les mœm's, s'ils ne veulent pas se séparer de l'Eghse , s'ils ne veulent cpi'on les considère comme des publicains , des païens et des hérétiques.

Mais la révélation a été en partie consignée dans des livres et en partie transmise par la tradition , d'après les paroles suivantes de l'Apôtre : Conservez les traditions cjue vous avez apprises soit de vive voix, soit par notre lettre (IIThess., II, 1 i). C'est pour cela que saint Jean déclare, dans le dernier chapitre de son Evangile, qu'il a omis un grand nombre des choses que Jésus-Christ a faites; il dit aussi, dans sa seconde et sa troisième épître, qu'il aurait encore beaucoup de choses à écrire, mais qu'il aime mieux les dire de bouche à bouche (II Jean, 12, et III Jean, 14). C'est aussi ce qui fait que l'apôtre saint Paul, pour calmer les esprits processifs, les engage à imiter l'Eghse, qui tient une toute autre ligne de conduite ; il leur dit : Ces usages sont inconnus chez nous et dans l'Eglise de Dieu.

L'Eghse que Jésus-Christ a établie est donc seule dépositaire et de l'Ecriture et de la tradition; elle en ^ été la gardienne et l'interprète infaillible dès son origine , et elle le sera jusqu'à la consommation des siècles, parce qu'elle en retient toujours la possession , qu'elle prescrit toujours et qu'elle possède toujom's les titres légitimes de son droit.

n découle donc de là 1 . que les hommes ne doivent reconnaître et admettre, comme canoniques et divins, que les seuls livres que l'Eglise admet et reconnaît comme tels , mais qu'ds doivent tous les admettre. Le concile de Trente les éuumère dans sd session lY.

2. Que les disciples de Jésus-Christ doivent admettre et vénérer comme divines toutes les traditions que l'Eglise admet et vénère comme telles, exclusivement. '

3. Que TEglise use de son droit lorsqu'elle ne permet pas et qu'elle n'approuve pas indifféremment toutes les versions de TEcriture, mais qu'elle n'admet et n'approuve que celles qu'elle reconnaît pour authentiques et fidèles; et qu'elle ne permet de jSublier et de lire les versions en langue vulgaire- qu'autant qu'on se conforme à ses prescriptions (1).

4. Que les hérétiques n'ont aucun droit sur l'Ecriture et la tradition , et qu'à plus forte raison il ne leur est pas permis de l'interpréter, puisque, comme nous le prouverons plus bas, ils sont réfractaires et en dehors de l'Eglise.

5. Que les Ecritures peuvent procurer aux fidèles des fruits très-abondants, puisque tout dans l'Eglise a pour but et le bien et l'avantage des fidèles; ou qu'il leur est permis de les interpréter selon les règles de l'Eglise , mais à la seule condition que leurs explications et leurs interprétations se renferment dans les bornes d'une opinion particulière, et qu'elles soient soumises au jugement de l'Eglise, puisque seule elle peut en donner une interprétation authentique et qui fasse autorité.

Objections.

I. Obj, 1. L'Ecriture est l'héritage commun; Dieu l'a léguée en héritage à ses enfants; les évangélistes, se conformant aux

(1) L'Eglise ne défend donc pas absolument aux fidèles de lire les Ecritures en langue vulgaire, comme l'en accusent mensongèrement les hérétiques , et après eux les jansénistes, comme le prouve la 111« règle de l'Index des livres prohibés; mais comme elle est la dépositaire et la gardienne fidèle des saintes lettres, elle défend d'abord les versions qu'elle n'a pas reconnues, puisque dans une version il est facile, comme chacun le sait, de corrompre le sens, et comme il l'a réellement été dans un grand nombre de versions faites pa.r des hérétiques, et dont Lelong a dressé le catalogue dans sa Bibliothèque sacrée (2 vol. in-fol., Paris, 1723). Gomme on se garde bien de donner aux enfants qui ne peuvent manger que du lait une nourriture plus solide, de même l'Eglise ne permet aux fidèles la lecture de l'Ecriture qu'autant que les passages les plus difficiles sont annotés, et cela, pour ne pas les exposer à quelque malheur. Le comte de Maistre se sert de cette belle comparaison : « La douce » colombe, d'abord avalant et triturant à demi le grain qu'elle distribue en- » suite à sa couvée, est l'image naturelle de l'Eglise expliquant aux fidèles » cette parole écrite, qu'elle a mise à leur portée ; lue sans notes et sans ex- » plications, l'Ecriture sainte est un poison. » Soirées de Saint-Pétersbourg soirée XI, tora. Il, p. 344, édit. d'ÀDvers. Nous développerons exprofesso ce ds^xxniani dans les lieux thé

usages, écrivirent l'Evangile à la prière des fidèles (1); 2. les apôtres adressèrent leurs épîtres à différentes sociétés de fidèles; 3. ils recommandèrent à tout le monde la lecture de l'Ecriture ; 4. l'apôtre saint Paul enjoignit à tous les fidèles de Thessalonique de conserver les traditions, etc.; donc ce n*est pas le corps des pasteurs, mais bien le corps des fidèles qui est le gardien de la révélation divine, et qui, par conséquent, en est l'interprète légitime.

I. Rép. en général, D. A. Sous la direction de l'Eglise, qui a reçu de Jésus-Christ lui-même la révélation, et du Saint- Esprit, qui lui en a donné le sens légitime et l'intelligence, C. indépendamment de l'autorité et de la direction de l'Eglise, N^ Car il est certain que Jésus-Christ les éclaira pour quils comprissent les Ecritures (les apôtres) (Luc, XXIV, 45), à savoir, l'Ancien-Testament ; quant aux Ecritures de la nouvelle alliance, il est encore certain, d'après ce que nous avons dit, que l'Eglise a prescrit , et qu'elle les a approuvées comme authentiques et divines. Ainsi, le prince des apôtres a approuvé toutes les épîtres de saint Paul, et il a blâmé en même temps les interprétations données par certains hommes en partieuher (nPetr.,m, 15).

n. Rép. à chacune des objections en particulier. Quant à la première, D, en tant que Dieu l'a donnée pour le bien commun et l'avantage général, sous la direction de l'Eglise, C en tant que chacun a le droit et le pouvoir de la conserver et de l'interpréter, iV. Les sacrements sont aussi un héritage et un patrimoine commun; il ne s'ensuit pas, néanmoins, que tous aient le droit de les administrer. D'ailleurs, quel est le législateur qui abandonne le code de ses lois à la garde et l'interprétation de tout le monde? S'il en était ainsi, il en serait fait, assurément, de la législation elle-même tout entière.

Rép. 2. D. fis les leur adressèrent en même temps et sous la subordination et la dépendance de leurs pasteurs, C. ils ne les adressèrent qu'aux fidèles seuls, iV. Les apôtres écrivaient leurs lettres ou à l'Eglise universelle , ou à des égUses particulières composées et des pasteurs et des fidèles, et ils recommandaient toujours à ces derniers la soumission et l'obéissance à leurs propres pasteurs; s'ils les adressaient à de simples particuliers,

(1) C'est ce qu'attestent les auteurs de l'Histoire ecclésiastique, dans divers passages de leurs écrits.

226 TRATTÈ DE LA VRATE RELIGION.

ils ne les soustrayaient nullement à l'ordre général, qui les obligeait d'obéir à ceux que le Saint-Esprit a établis évêques pour gouverner l'Eglise de Dieu (Act., XX, 28) , et auxquels était dit : Obéissez à ceux qui sont préposés à votre garde, soyezleur soumis, ils veillent sur vous parce cjiiils rendront compte de vos âmes (Hébr., XIIÏ, 17).

Bép. 3. Z). Je fais ici la même distinction que plus haut; sous la direction de l'Eglise, C. en dehors de l'Eglise, N.

Rép. 4. D. C'est à dire à l'Eglise, dans le sens que nous avons dit plus haut, C. aux fidèles pris à part, N. J'ajoute que les apôtres s'acquittaient de leur ministère pastoral lorsqu'ils écrivaient ces épîtres pour prémunir les fidèles contre les séducteurs, et, par suite, leur manière d'agir est une nouvelle preuve qu'il faut une autorité légitime de laquelle on dépende, de peur de tomber dans l'erreur, soit à cause de sa propre faiblesse, soit par la malice des autres.

Inst. L'Ecriture est la manifestation de la volonté de Dieu • or, tous les enfants ont le droit d'interpréter la volonté de leur père. Donc :

Rép. D. Min. Conformément aux règles que le père a prescrites, et selon que l'exige la nature de la chose elle-même, C, selon la libre volonté de chacun, iV. S'il n'en était pas ainsi, dans le cas où il s'élèverait une discussion sur les dispositions du père entre les enfants , rien ne pourrait y mettre fin. C'est pourquoi l'apôtre Pierre inculque a tout le monde ce qui suit : Sachez d'abord que toute jjrophétie de l'Ecriture ne vient pas de l'interprétation privée ; la prophétie ne fut point apportée sur la terre à un moment donné par la volonté de l'homme, mais les hommes de Dieu furent inspirés par l' Esprit-Saint lorsqu'ils parlèrent {Il Ei^isi., I, 20, 21).

U. Obj, Si l'Eglise eut été réellement la dépositaire, la garrdienne et l'interprète infaillible de la révélation , il n'y aurait jamais eu de controverse sur le nombre et l'authenticité des. livres canoniques, jamais aucune question n'eût été soulevée sur les traditions; or, il y eut autrefois , et même dès les premiers siècles de l'Eglise, des discussions sur ces points entre les diverses églises , et les Pères ne furent pas d'accord non plus sur ce point. Donc (1) :

(1) Voyez Fran. Marcliini, Traité de la divinité et canonicité des livres saints; voy. tom. !II du Cours complet d'£criturc sainte.

Rép, D. Maj. Si l'infaillibilité de l'Eglise s'exerçait par mode de révélation ou d'inspiration, C. si ce n'est que par mode d'assistance et pour cpi'elle ne se trompe pas, N, Or, les apôtres communiquèrent la révélation qu'ils avaient reçue de Jésus-Christ, ou à de simples particuliers, à savoir aux évêques, ou aux églises particulières qu'ils fondèrent et auxquelles ils écrivaient de temps en temps; et ils ne la proposaient pas, de plus , tout entière et comme d'un bloc , si je puis m'exprimer ainsi , comme un corps de doctrine , mais Ûs ne leur faisaient connaître, suivant les circonstances, que les articles qu'ils étaient obligés de croire d'une manière explicite , comme nous le voyons dans la I Cor., III, 1, 2, et dans plusieurs autres endroits. C'est ce qui fait que chaque évêque, non plus que chacune des églises particulières dont se compose l'Eglise universelle , ne surent pas d'abord tout ce que les apôtres avaient confié à chaque évêque ou chaque éghse. Yoilà d'où vinrent les controverses relatives au nombre des livres canoniques ou à la vérité de certaines traditions, ou enfin relativement au sens de certains passages des Ecritures, juscpi'à ce qu'on eût réuni les suffrages et que l'Eghse universelle, appuyée du secours de Dieu, en eût déterminé le sens et eût jugé en dernier ressort (1).

Inst. Donc la foi de l'Eglise ne fut pas toujours uniforme.

JRép, S'il s'agit de quelque dissentiment positif, de manière qu'il y en ait eu cpii aient cru des choses contraires ou opposées, N. s'il s'agit d'un dissentiment négatif, je distingue encore ; pour ce qui est de quelques églises particulières ou de quelques individus privés , et pour des points non encore dé-

(1) Ceci prouve la vérité du célèbre aphorisme de Vincent de Lérins, qu'il faut croire ce qui a toujours été' cru, ce qui a été cru partout et par tout le monde; il le développe longuement lui-même dans son Avertissement aux hérétiques, n. 3, 4, 5. Certains écrivains modernes en ont abusé pour établir je ne sais quelle autorité universelle du genre humain comme base du christianisme ; il ne faut l'entendre que dans un sens positif, disent-ils, en tant que ce qui est toujours, etc., ne peut pas ne pas être vrai, ou ne pas venir de la tradition apostoUque ; mais qu'il ne faut pas l'entendre diins un sens négatif, de sorte qu'il ne faut pas en moins considérer comme vrai ce qui n'a pas été cru explicitement partout et toujours ; autrement il en serait fait de la canoïiicité et de l'authenticité de tous les livres que nous appelons deutérocanoniques. Cette interprétation est absiu-de et est tout-à-fait opposée à la pensée de Vincent de Lérins, qui savait assurément qu'il y avait de son temps, et qu'il y avait eu avant lui des discussions sur la canouicité des livres saints; il est constant, d'ailleurs, que dans la suite des temps l'Eglise a défini six cents articles qui, avant qu'il y eût des hérésies pour provoquer ces définitions, c'étaient crues qu'implicitement.

finis j TV. ou C. pour ce qui est de l'Eglise universelle, N. J'appelle dissentiment négatif cette diversité d'opinions qui avait et qui a encore pour principe certaines questions qui ne sont point encore définies , et ce dissentiment vient plutôt du défaut de connaissance que d'une science positive ; tous cependant étaient, et le sont toujours, dans la disposition de croire implicitement tout ce que l'Eglise tenait et tient pour révélé de Dieu, et ils étaient disposés à le croire explicitement, si l'Eglise l'eût défini ou le définit plus tard.

PROPOSITION IV

L'Eglise de Jésus-Christ est une , elle est visible et perpétuelle.

Notre intention n'est pas de traiter ici des notes de la vraie Eglise; nous en parlerons ex professa dans le traité des lieux théologiques; nous ne voulons parler que de ses propriétés intrinsèques et essentielles qui touchent à notre sujet, et cela, conformément à la méthode que nous nous sommes proposés de suivre dans nos discussions contre les hérétiques.

Pour en revenir donc à notre sujet, l'Eglise est une société instituée par Jésus-Christ pour professer la religion qu'il a étabhe lui-même, dont il est lui-même l'auteur et le chef invisible. Mais comme Jésus-Christ a établi la religion pour le bien commun et l'utilité générale des hommes, il s'ensuit que l'Eglise ou la société que Jésus-Christ a établie doit être une, visible ^\ perpétuelle.

Elle est une, parce que la foi et la religion que Jésus-Christ a enseignée aux hommes, et qu'il a voulu qu'ils pratiquassent, est une. Mais la religion et la foi, de même que la vérité, est une; elle est indivisible dans son essence, elle ne souffre ni mélange ni transaction avec l'erreur, puisque l'une exclut l'autre; car la vérité, comme l'observe parfaitement saint Augustin, est ce qui est véritablement (1), et la fausseté est ce qui n'est pas véritablement; par conséquent, quiconque s'éloigne de la foi que Jésus-Christ a donnée à son EgUse, s'éloigne, par le fait même , de la vérité et de l'unité ; donc l'Egfise de Jésus- Christ est essentiellement une, comme la foi est essentiellement ime, de même que la vérité.

(1) Traité XXXVh/ sur saint Jean, u. 10, p. 5!i9, édit. Bénédic.

C'est pour cela que Jésus-Christ appelle son Eglise un troupeau (Jean, X, 16); il l'appelle son royaume (1), son Eglise {Matth., XYI, 18), etc. L'Apôtre dit aussi un seigneur, une foi, un baptême (Ephés., lY, 5); le symbole nous ordonne aussi de croire que l'Eglise est une (2).

De plus, toute société composée d'hommes doit nécessairement être visible et extérieure; or, telle est l'Eglise que Jésus-Christ a instituée. Donc l'Eglise de Jésus-Christ, non-seulement est "une, mais elle est encore visible. C'est pourquoi Jésus-Christ ne demande pas seulement aux hommes une profession de foi intérieure, il veut encore qu'elle soit extérieure : Celui qui me confessera devant les hommes, dit-il, je le reconnaîtrai devant mon Père; celui qui rougira de moi et de mes paroles, je rou-girai de lui devant mon Père, qui est clans les deux (Matth.,

(1) Matth., XVI, 28 ; il appelle en plusieurs autres endroits l'Eglise, le royaume de Dieu, le royaume des cieux, etc.

(2) Nous remarquerons ici, en passant, que la plupart des protestants qui conservent encore le symbole des apôtres , en ont retranché le mot cathO' lique, de peur d'y reconnaître, toutes les fois qu'ils le récitent, la condamnalion de leur propre secte. Us ne sauraient cependant échapper à cette condamnation, lorsqu'ils confessent qu'ils croient V Eglise, l'Eglise une; cette dénomination n'indique-t-elle pas l'Eglise catholique? N'est-il pas ridicule de penser que les apôtres ou les anciens auteurs du symbole, qui remonte au moins aux temps apostoUques, et qui contient la doctrine des apôtres, aient eu l'intention de proposer comme objet ou article de foi : Je crois l'église luthérienne, ou Yéglise réformée, ou V église protestante, etc.? 11 en est quelques autres qui ont cherché à cacher le vice de leur origine en travestissant le mot catholique en ces deux mots allemands : Allgemeine Christliche; c'est ce qu'a fait le roi de Prusse, qui est le chef sphituel de-s protestants de son royaume, dans son agenda ou rituel, composé des anciens rituels et ordres catholiques, et cpi'en vertu de son autorité royale il a dernièrement imposé aux protestants (voyez l'Agenda de l'église évangélique du royaume de Prusse, avec les dispositions spéciales pour les provinces rhénanes et la Westphalie, Berlin, 1834). 11 y exprime plus formellement la pensée de sa secte, que s'il avait entièrement retranché le mot catholique. J'ai dit de très-anciens auteurs, car, bien que certains critiques modernes exagérés semblent douter que les apôtres aient composé eux-mêmes cette règle de foi que nous appelons le symbole des apôtres, il est néanmoins très-certain qu'il est de la plus haute antiquité, puisque Tertullien le cite dans son livre intitulé de Virginihus velandis, c. 1, où il l'appelle la règle de la foi; il le cite aussi dans son livre des Prescriptions, c. 13 ; de même que dans celui Contre Praxeas, c. 2. Saint Irénée le cite aussi dans son livre Contre les hérésies, c. 2; le savant Père Pétau prétend même que saint Paul en appelle à cette formule de foi qui, du temps des apôtres, était déjà reçue partout, dans sa I Ep. aux Cor., VIII, pour tout ce que l'on proposait aux catéchumènes et à ceux que l'on formait à la rehgion avant qu'ils eussent reçu le baptême, et pour tout ce que l'on avait coutume d'exiger d'eux, Théol. dogm., t. Il, liv. III; dans le Traité de la. Trinité, c. 1, § 5; voyez Borgier, Dict. de théol., art. Symbole; voyez aussi Noël Alexandre, diss. XI sur le I" siècle de l'Eglise.

f.SSO TRAITÉ DE LA VRAIE RELIGION.

X, 32) ; l'Apôtre dit aussi^ dans i'épître aux Piomains : On croît de cœur pour la justice, et on confesse de bouche pour le salut v(X, 10). Jésus-Christ leur a de plus donné des symboles extérieurs, un sacerdoce extérieur, des ministres extérieurs, et il a ordonné à tous d'obéir aux pasteurs préposés à leur garde ; il a ordonné aux pasteurs, à leur tour, de prdtre le troupeau confié à leurs soins ; il a voulu que tous les hommes entrassent dans le giron de l'Eglise, et cela sous peine des supplices éternels; et lil a voulu, par contre, que ceux qui ne lui obéiraient pas, que iles prévaricateurs en fussent véritablement retranchés ; et plu- : sieurs autres choses du même genre, qui toutes supposent une '^société visible et extérieure. Donc, comme l'Eglise de Jésus- Christ est nécessairement une société , de même elle est nécessairement une société visible et extérieure.

La perpétuité de l'Eglise découle tout naturellement de ces mêmes principes. Jésus-Christ, en effet, l'a instituée généralement pour tous les hommes; par conséquent, il l'a instituée pour les hommes de tous les pays et de tous les temps ; il a voulu que les infidèles de tous les temps , auxquels on annoncerait l'Evangile, entrassent dans le sein de l'Eglise, qu'ils divinssent ses membres , comme aussi que l'on en chassât en tous temps les contumaces et les rebelles ; il faut par conséquent en conclure que ] 'Eglise ou société , que Jésus-Christ a instituée pour le bien et dans l'intérêt de tous les hommes, doit subsister sans fin (1).

(1) Par là se trouve réfutée ropinion de certains critiqpies modernes qui ont osé affirmer que Jésus-Christ n'avait pas pu instituer une religion positive, parce qu'elle est tout-à-fait, contraire au caractère de l'homme , tant il est enclin à la liberté. C'est pourtant une chose vraiment ridicule, car, parce que certains esprits rebelles refuseront de se soumettre à une autorité que Dieu a légitimement constituée, laudra-t-il que Dieu se prête à leur détestable façon d'agir et de penser? Bien qu'il soit écrit dans le Prophète : Qui vous imputera la perte des nations qui sont votre œuvre? Jésus-Christ pourrait aussi leur dire : Voulez-vous vous en aller, vous aussi? J'avertirai encore ici, en passant, que îa raison sur laquelle s'appuie le critique moderne Hermès, pour prouver au ./Jioins indirectement cette impossibilité, n'est pas d'un plus grand poids. Hermès était, il y a peu de temps, professeur à l'université de Bonn, et c'est ^ans son introduction à la Théologie chrétienne catholique, écrite en allemand, qu'il la donne, p. 1, Introd., philos., 2« édit.. Munster, 1831; après avoir, dans la que^t. III, p. 504 et suivantes, exposé une foule de choses obscures et embrouillées sur la possibilité d'une révélation surnaturelle, touchant enfin aux conditions générale-s qui doivent faire considérer la révélation comme réelle, p. 525, il y établit ce critérium général : « Là, et nulle part ailleurs, » il faut admettre la réalité d'une révélation surnaturelle et divine, ou de » quelque miracle que ce soit, ou la négation de cette révélation ou de ce » miracle forcerait la raison théorique de rejeter un principe nécessaire, ou

Mais comme il pouvait se faire que , par la faiblesse , la méchanceté et la perversité des hommes , les vérités qu'il a enseignées fussent en tout ou en parties attaquées, ou que la société qu'il avait établie fut dissoute, aussi lui a-t-il promis de la protéger et de la défendre partout et toujours, de telle sorte qu'elle résistât à toutes les attaques des hommes et de l'enfer; voilà comment il s'exprime dans saint Matthieu : Les pointes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle (Matth., XXYIII, .28); il tient encore le même langage dans divers autres passageSo L'Eglise a toujours entendu ces oracles et autres semblables de l'assistance indéfectible et de l'infaillibilité que Jésus-Christ lui a accordée juscpi'à la fin du monde. Et, par conséquent, comme l'Eglise de Jésus-Christ est nécessairement une et visible de sa nature, de même elle est nécessairement, par son institution, c|ui est l'œuvre du Christ, perpétuelle et indéfectible.

n suit de ce que nous venons de dire 1 . que, comme Jésus- Christ a accordé toutes les prérogatives dont nous venons de parler, l'infaillibihté , l'autorité, etc., à l'unité, il s'ensuit, dis-je, que ces mêmes prérogatives ne conviennent point à chaque individu en particulier.

D suit de là 2. que les sectes, cpielles qu'elles soient et quel que soit le nombre de leurs adhérents , peuvent moins encore les revendiquer, puisqu'à un moment donné elles ont rompu avec l'unité, et qu'on doit les considérer comme autant de rameaux détachés de l'arbre, de ruisseaux séparés, isolés de la

» la raison pratique un devoir indiibitable ; car, dans l'un et l'autre cas, îa » raison est le garant de la vérité et de la réalité de ce fait. » Aucim ^Tai catholique ne peut admettre ce piincipe, car il s'ensuivrait que la raison humaine, soit théorique, soit pratique, serait le juge de ce que Dieu a ou à faire ou à révéler. Qu'arrivera-t-il alors, s'il s'agit de choses qui surpassent la portée de notre intelligence, ainsi que le font im grand nomlDre de celles qui sont contenues dans la révélation surnaturelle? Les motifs extrinsèques, comme ils les appellent, doivent suffire pour les admettre; autrement, ce ne serait pas la raison que nous soumettrions à la révélation, nous soumettrions bien plutôt la révélation et les mystères à la raison; et c'est là le principe des sociniens et des incrédules. Mais nous discuterons en son lieu de ce système , qui a coûté vingt ans de* travail à son auteur. En attendant, nous éprouvons une douleur profonde de voir que le système subversif d'Hermès est reçu et défendu même dans les écoles catholiques de Westphalie et de Prusse. Voilà où en étaient les choses lorsque parut (en 1833) pour la première fois cet ouvrage; mais dès qu'il eut été condamné par im décret du saint Siège, il ne fut plus ni enseigné ni défendu par aucun catholique. L'archevè(;[ue de Cologne, qui s'opposa comme un mur d'airain à toutes ces nouveautés, ne put pas en arrêter le cours, ni en purger les esprits. Mais, hélas! coupable d'un courage et d'une constance inébranlable , il subit une dure captivité ; puisse-t-elle ne pas enhardir les novateurs, et ne pas être préjudiciable à la saine doctrine.

source, de membres détachés d'un corps vivant, selon le gage des Pères de l'Eglise, et surtout de saint Gyprien (1), par conséquent, que les sectes manquent de vie et même principe de vie (2).

Il suit de là 3. que tous ceux-là rêvent qui opposent, pour justifier leur schisme d'avec l'Eglise, je ne sais quelle succession et quelle communion invisible avec les justes (c'est-à-dire avec les hérétiques) de tous les temps, et desquels, suivant eux, se compose la véritable Eglise que Jésus-Christ a étabUe (3).

n suit de là 4. qu'elle est mensongère cette distinction des articles fondamentaux et non fondamentaux inventée par Jurieu (4), et prônée par les protestants comme la seule planche

(1) « L'Eglise est une, dit le saint martyr (liv. de l'Ucité de l'Eglise), s.^ » fécondité fait qu'elle s'étend au loin par le grand nombre de ses membres. » De même que le soleil, qui n'a qu'une lumière, bien qu'il ait plusieurs » rayons ; que l'arbre qui a plusieurs branches, bien qu'il n'ait qu'un tronc » profondément enracbié dans la terre ; qu'il s'échappe de l'abondance des eaux » d'une source plusieurs ruisseaux, et que cependant cette source est unique » dans son principe. Détachez le rayon du corps du soleil, la lumière n'en » souffre pas de division dans son unité. Retranchez le rameau de l'arbre, il » ne portera pas de fruit. Coupez le ruisseau à sa source, il se dessèche. 11 » en est de même pour l'Eglise du Seigneur, etc., » édit. IBénéd., p. 195.

(2) De même que les branches coupées, que les rayons séparés du soleil, etc., de même, concluait le saiat docteur, celui qui ne tient point cette unité, ne tient point la foi du Père et du Fils, il ne tient ni la vie ni le salut, ibid., p. 190. Il est impossible que les sectaires jettent les yeux sur les écrits des Pères sans y trouver leur condamnation. Mais ils méprisent les Pères, dont la sagesse est immense, et ils n'en tiennent aucun compte. Ils verront si cette audace les excusera devant Dieu; les anciens hérétiques aussi, au rapport de saint Irénée, faisaient peu de cas même des apôtres (liv. lil, Gont. les hérés., c. 2, vers la fin).

(3) Le professeur Neander, de Berlin, a posé pour principe, dans son Histoire de l'Eglise, que, pour bien connaître l'histoire et les événements de la religion chrétienne ou de l'Eglise, il faut poser pour point de départ l'idée d'une église invisible. Cette opinion a rencontré un grand nombre d'adversaires, même parmi les réformés. Les Ephémérides évangéliques, qui se pubhent à Berlin, ont reproduit un article qui a pour titre ISeander, où le pasteiu* Grundwich dit que cette église invisible a été inventée ou imaginée par les protestants pour répondre aux catholiques, qui leur reprochaient de ne plus appartenir à l'Eglise, hors de laquelle il n'y a point de salut; ils ne purent leur répondre qu'en donnant ce nom à l'Eglise des élus, que ne distingue aucune marque sensible. Mais, ajoate-t-il, si rien n'aide les hommes à distinguer la véritable Eglise, ce ne sera plus qu'un être imaginaire, et il sera impossiljle d'affirmer avec certitude si ce fut saint Etienne ou ses bourreaux qu; appartinrent à l'Eglise, puisque nous ne pouvons les distmguer que par leurs paroles et par leurs actions, c'est-à-dire par des choses sensibles.

(4) Voyant que les protestants réformés étaient pressés par les catholiques par l'argument irréfutable de la pfirpétuité do l'Eglise et de la succession non interrompue des évéqaes et par l'idontitô de la doctrine, etc., Jurieu imagina la distinction de» aiiiclas fondameniaux et non fondamentaux; et il développa

de salut, et à laquelle ils se sont fortement attachés pour se soustraire à un naufrage imminent et pour établir que tous ceux qui admettent les articks fondamentaux appartiennent à l'Eglise de Jésus-Christ, rejetassent-ils tous les autres articles de foi. I] est facile, sans en donner d'autres raisons, de saisir la futilité de cette distinction, qui porte atteinte à l'unité et à l'intégrité de la foi , dont Jésus-Christ a proposé , à tout le monde indistinctement, la croyance par l'Eglise qu'il a fondée lui-même, lorsqu'il a dit : Allez, enseignez toutes les nations à garder tout ce que je vous ai confié ;.., celui qui ne croira pas sera condamné (Matth., chap. ult.; Marc, XYI, 16).

n suit de là 5. que l'unité doit se perpétuer telle que Jésus- Christ l'a établie ; son intention n'a pas été qu'elle consistât seulement dans l'unité ou l'identité de foi et la participation aux mêmes sacrements, mais il a encore voulu qu'il y eut unité de gouvernement; il a spécialement voulu qu'il n'y eut qu'un chef visible placé par lui à la tête de son Eglise; j'ai nommé Pierre, à qui Jésus-Christ dit : Et moi, je te dis que tu es pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle; je te donnerai les clefs du royaume des deux, et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans le ciel (Matth., XVI, 18). Il dit encore à Pierre, dans saint Jean : Pais mes agneaux,.,, pais mes brebis (Jean, XXI, 15 et suiv.). L'Eglise a toujours entendu ces paroles de la supériorité de puissance, d'honneur et de juridiction conférée à Pierre et à ses successeurs. Il faut, par conséquent, conclure de là que tous ceux qui se sont séparés et qui, de temps en temps , se séparent de ce chef, de ce centre d'unité sont schismaticpies, et que, par conséquent, il n'appartiennent sous

longuement cette thèse dans l'ouvrage intitulé : le Vrai système de l'Eglise, in-8, 16S6; il la développa aussi dans son ouvrage de l'Unité de l'Eglise^ 1688, où il s'efforce de prouver que l'Eglise est composée de toutes les sociétés chrétiennes qui retiennent les fondements de la foi. Les dyptiques de ce même Jurieu renferment les noms des fanatiques de tous les siècles condamnés par l'Eglise catholique. Bayle lui-même, effrayé de l'ampleur du système de ce mi« nistre protestant, l'attaqua violemment dans son traité intitulé : la Pointe du cie ouverte à toutes religions, par Pierre Jurieu, homme célèbre jusqu'à ce jour; L prit pour épigraphe ces mots ; Que la porte soit ouverte, et qu'elle nesoit fermi.. à aucun honnête homme. Mais ce système, qui d'ahord eut une grande vogue^ est aujourd'hui complètement oublie, même chez les protestants. 11 n'est pae une secte qui n'avoue (j[ue cette doctrine ruine les fondements de la foi. Qui sera juge? Voy. FeUcr, Dict. hist., art. Jurieu; Bayle, dans son article Jurieu, le traite aussi irès-duroment.

aucun rapport à l'Eglise de Jésus-Glirist ceux qui ne sont point attachés à Pierre non plus qu'à ses successeurs; et que les évêques n'ont dans l'Eglise le pouvoir de gouverner qu'autant qu'ils sont soumis à Pierre et qu'ils gouvernent avec lui, puisque ce n'est qu'à cette condition qu'ils jouissent des prérogatives et privilèges dont Jésus-Christ a doté l'épiscopat. Jésus- Christ, en effet, n'a accordé ces prérogatives, ainsi que nous l'avons démontré, qu'à l'unité (1).

Objections,

I. Obj, L'Eglise est sainte de la même manière qu'elle est une; donc, comme la dépravation des mœurs dans les individus ne nuit pas à la sainteté de la vraie Eglise, de même la diversité ou la corruption de la foi et de la doctrine ne nuit pas à son unité.

Rép, J'acc. YAntec. et je N, la Conseq. Quant à la parité, D. si la dépravation des mœurs est personnelle, C. si elle est doctrinale, ou je le nie, ou je distingue encore; si elle est privée, C, si elle est publique, c'est-à-dire si elle est le résultat de l'enseignement de l'Eglise, N. Car la sainteté de l'Eglise, de même que son unité, dépend autant de la règle de la foi que de la règle des mœurs; ce qui fait que si l'Eglise enseignait une fois à ses enfants l'immoralité, il est évident qu'elle cesserait d'être sainte; il en serait absolument la même chose, si elle leur enseignait des dogmes corrompus. Mais si quelques particuliers péchaient contre la foi ou contre les mœurs, leur erreur, leur ignorance ou leur méchanceté ne nuiraient nullement soit à l'unité, soit à la sainteté de l'Eglise; ils ne nuiraient qu'à eux seuls.

I. Inst, L'unité est quelquefois le résultat d'éléments divers, parfois elle est le résultat d'éléments et <le principes contraires; donc il en est de même de l'unité de la foi.

Rêjj. D. L'unité physique, C. l'unité doctrinale, l'unité de foi, de religion, N. (2).

U. hist. La religion ancienne, soit naturelle, soit judaïque, était une et entière, bien que ses sectateurs eussent des senti-

(1) C'est une chose évidente par le fait et de l'aveu des incrédules Gibbon et Hume, que nous citerons plus bas.

(2) Car l'unité de foi et de religion, c'est la vérité immuable elle-même, simple, indivisible, éterutdle, qui vient de Dieu, qui, comme le dit en plusieurs endroits saint Augustin, est la vérité subsistante elle-même; c'est aussi une chose claire par elle-même.

ments divers , bien même que sur certains articles ils eussent des sentiments tout-à-fait opposés; pour ce qui est des païens, c'est une chose connue; quant aux Juifs, il est certain que les sadducéens ne partageaient pas le sentiment des autres sur la .résurrection future; les pharisiens n'avaient pas non plus la même manière de voir que les autres sur la liberté et certaines traditions , non plus que les samaritains sur les livres canoniques. Donc (1) .

Rép, Je N. VAntec. dans toutes ses parties; et d'abord, pour ce qui est des païens, les erreurs dont ils se souillèrent insensiblement n'étaient que les erreurs de certains particuliers qui s'étaient écartés de la règle de la foi. ^lais comme l'erreur allait croissant de joiu* en jorn*, pour empêcher la religion de périr, Dieu se choisit, dans Abraham et ses descendants, un peuple . particulier pour être le dépositaire public de la foi et de la vraie religion, pour que la vraie religion ou l'Eglise se conservât chez lui sans souillure ; et ceux-là étaient membres de cette re- .ligion qui, parmi les gentils, professaient la vraie religion qui leur avait été transmise par une ancienne tradition de famille. ;Et si, parmi les Juifs, il y en avait quelques-uns qui s'écartaient du sentier de la vérité et qui s'opposaient aux articles de foi que professait la véritable Eglise , par le fait même ils étaient coupables et ils cessaient au moins d'appartenir par l'esprit à cette véritable Eglise; parfois ils cessaient de faire partie (2) du corps de cette même Eglise. Yoilà pourquoi la religion ou la véritable Eglise demeura toujours une, indivisible et immuable, malgré ces défections particulières qui, à vrai dire, nuisaient à ceux qui étaient coupables d'erreur, mais qui ne nuisaient nullement à l'unité et à l'intégrité de la foi et de l'Eglise, sur laquelle Dieu veilla toujours et qu'il conserva intacte, par une ction de sa providence, jusqu'à Jésus-Christ. U. Obj. On objecte ici, avec Bretschneider (3), 1 . l'uniformité

(i) Voyez Flavius Josèphe, Antiq., liv. XYIII, c. 1 et suiv.; il y expose les gmes particuliers de chaque secte, des pharisiens, des esséniens, des saducéens et des galiléens, qui tiraient leur nom de Juda de Galilée.

(2) Flavius Josèphe rapporte, dans le même passage, que les sadducéena étaient obligés, lorsqu'ils étaient chargés de quelque fonction pubhque, de se conformer à la volonté des pharisiens; sans cela, le peuple ne les eût point souffert; voilà ce qu'il dit des sadducéo "is : « Si parfois ils reçoivent quelque » emploi public, ils sont obligés, contre leur gré, d'obtempérer à la manière S) de voir des pharisiens; sans cela, le peuple ne les supporterait pas. »

(3) Dans son ouvrage intitulé Henri et Antome, ou des Prosélytes de l'Eglise

dans le mode de concevoir les vérités de foi est absolument impossible; 2. l'bistoire des dogmes bibliques et des dogmes particuliers nous apprend qu'en ce point il y a continuellement eu des divergences; 3. l'unité, dont l'Eglise catholique fait si grand bruit, se réduit à une simple unité de mots, et cette unité existe pareillement dans les confessions de foi de l'Eglise évangélique; 4. mais la parole est un vain son qui ne constitue pas l'unité intellectuelle; 5. ainsi nous prononçons tous de la même manière ces mots : Je crois en Dieu; combien cependant y a-t-il de divergences dans la manière dont nous concevons Dieu? 6. comme, en dernière analyse, la force et l'autorité ne constituent qu'une suite de paroles , il vaut beaucoup mieux n'admettre que la seule autorité de la raison, qui seule peut s'accorder avec l'esprit de la religion et la dignité de 1 homme raisonnable; 7. chaque homme doit jouir de la véritf^ par luimême; 8. priver tous les hommes de ce droit naturel parce que quelques-uns en ont abusé, serait aussi absurde que d'interdii'e à tout le monde la navigation parce qu'il en est quelquesuns qui ont fait naufrage. Donc :

Rép. \. D. Quant au degré de compréhension, C. quant à la substance , N. Il peut y avon* uniformité pour tous dans la manière de croire les mêmes articles de foi quant à la substance; mais selon que l'esprit de chacun est plus ou moins perspicace^ il les connaît ou les saisit plus ou moins bien, comme cela arrive dans les sciences naturelles; ainsi, le paysan et l'astronome ont la même idée du soleil et de la lune quant à la substance, mais l'astronome en connaît les lois, et le paysan les ignore, etc.

Rép. %. D. Chez ceux qui se sont soustraits à l'autorité de l'Eglise , C. chez les fils soumis de l'Eglise , et sur les articles de foi qu'elle a définis comme tels, N. L'Eglise catholique a toujours tenu et enseigné sur les articles de foi la même chose; et si les dissidents hérétiques, soit protestants, soit rationalistes, ont sans cesse flotté tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, et sur le sens de l'Ecriture et sur les dogmes particuliers, il ne faut l'attribuer qu'au manque d'autorité qu'il ont rejeté, et non à l'autorité qui seule empêche de voguer incertain à tout vent de doctrine (Eph., IV, 14),

romaine et do l'Eglise évangélique, auquel répond D. Handschuh, dans la continuation du même ouvnige, Vienne, 1828.

Rép. 3. N, Les paroles ne sont pas seulement un vain son vide de sens, mais elles sont, de l'av's de tous les logiciens, les signes des conceptions de l'esprit. Jésus-Christ et les apôtres, en livrant et en confiant à l'Eglise le dépôt sacré à^ la foi, n'eurent nullement la pensée de ne lui confier qu'un simple son de la voix; leur intention fut de lui confier les choses signifiées par les paroles; ce n'est pas non plus pour conserver la forme matérielle de paroles n'exprimant aucune idée que les martyrs versèrent leur sang. L'apôtre saint Paul recommandait à Timothée de garder soigneusement la forme des saines instructions quil avait reçues de lui touchant la foi (II Tim., I, 13). Elle eût été vaine, cette recommandation, si les paroles n'eussent été que de vains sons vides de sens. Lorsque les législateurs font des lois, lorsque les princes puHient des décrets, ils ne donneraient, dans le sens de notre adversaire, que des mots vides de sens; lorsque les médecins prescrivent un remède aux malades, ce ne serait qu'une formule matérielle de mots ; lorsque les enfants demandent du pain à leurs parents, ils pourraient leur donner des pierres, un scorpion pour un œuf, un serpent pour un poisson. Telle est la fohe de ceux qui attaquent l'Eglise ! Nous nions en outre que l'église qu'ils appellent évangélique conserve cette unité de foi qui brille dans î'Eghse catholique , soit parce que la notion du protestantisme, comme nous le dirons plus loin . est dénuée d'une autorité qui puisse prescrire cette unité de foi , soit parce que chaque église particulière a sa profession de foi spéciale , et que ces professions, de leur propre aveu, varient selon les progrès des temps et des sciences; soit parce qu'ils n'admettent déjà plus, en divers endroits, de livres symbohques (1).

(1) Les églises évangéliques des provinces rhénanes, dans leur décret d'union, § 3, résolurent de ne prendre pour base de la doctrine théologique que la seule écriture, et de rejeter toute espèce de symbole ; ce décret fut confirmé, après une nouvelle délibération du mois de novembre 1825, par le troisième synode général de l'église protestante de la Bavière rhénane. L'église de Genève, elle aussi, rejeta toute espèce de symbole dans son statut du 3 mai 1817. Nous rapporterons ces docmnents et une foule d'autres un peu plus bas. On voit néanmoins, en attendant, que les impies marchent dans une voie vraiment ténébreuse; ils ne savent où se jeter; il y a chez les protestants tant de confusion, d'incertitude dans les choses de la foi et de la religion, qu'ils ne savent où poser le pied, ni où s'arrêter. J'ai dit qu'en divers lieux les protestants n'admettaient aucun livre symbolique, parce que je ssiis qu'il est encore des communions protestantes qui retiennent ces livres ; bien plus, le roi de Prusse a promulgué une liturgie nouvelle qui est son œuvre, et cela, afin d'établir une uniformité extérieure dans le culte de la foi; et il a astreint

Rcp. 4. N. Car tous les hommes, jusqu'à ce jour, ont regardé les paroles comme les signes des notions de Tesprit, et, par conséquent, comme un moyen nécessaire pour se communiquer muluellcxnent leurs idées. Si l'on retranche les paroles, il n'y a ni société ni science possible ; il faudrait rejeter tous les livres de physique, de mathématiques, etc., s'ils n'avaient aucun sens , s'ils n'exprimaient pas l'unité de la science ; dès-lors, nous retomberions dans la confusion de Babel. J'ajouterai qu'il est des mots qui ont un sens déterminé, unique, tels sont, F. G, les noms qu'emploient les géomètres, lorsqu'ils désignent le cercle, le triangle, etc.; il en est d'autres dont la signification a une certaine latitude, de manière toutefois qu'ils expriment, de l'avis de tout le monde, une idée fondamentale (1).

Rép. 5. D. La connaissance que les hommes ont de la divinité n'atteint pas chez tous le même degré pour ce qui est de la conception , C. quant à la substance , N. Tous ceux qui prononcent ces paroles : Je c?^ois en Dieu, entendent seulement par là la notion générale de Dieu, l'Etre souverain, l'Etre partous les ministres, par serment, à l'accepter. Mais il est pareillement évident qu'il a la persuasion qu'il n'est pas possible d'astreindre les ministres, qui jiu'ent d'observer ce qui est renfermé dans ces livres, à enseigner et à croire tout ce qu'ils contiennent. Cette manière d'agir peu honnête semble même mettre les ministres dans l'impossibilité de s'excuser aux yeux des gens sincères, et religieux, puisque leur pontife, leur pape les y oblige non pas par les censures, mais par le bannissement ou la force armée, ce qui est arrivé sur la fin de 1834. Gomme un grand nombre de ministres luthériens, ainsi que plusieurs sociétés luthériennes refasèrent d'accepter le nouvel agenda ou la nouvelle liturgie prescrite le 28 février 1834, pour laquelle ils avaient une horreur profonde, de môme que leur réunion avec ce qu'ils appellent Véglise unie, dont nous dù-ons un mot plus bas; il y eut un grand nombre de miûistres qui furent chassés de leurs paroisses et soumis à des peines par la loi du statut, et qui furent remplacés par de nouveaux vicaires. Mais comme, dans une certaine ville de Silésie, appelée Oels, la foule ferma le temple, y mit les scellés pour empêcher les nouveaux vicaires d'y entrer, on dépêcha cinq cents soldats et le préteur de la ville en tète, pour charger le peuple et le disperser. 11 y eut dans ce tumulte, qui arriva pendant la nuit qui précède la Nativité du Seigneur, environ vingt personnes de blessées; on plaça, dans chaque maison, dix ou quinze soldats pour ramener, par des arguments pleins de mansuétude, les plus opiniâtres au devoir et à l'obéissance. C'est certainement là un excellent échantillon de cette liberté de conscience tant prônée par les protestants. 0 l'admirable liberté de conscience! Il valait bien la peine de secouer le joug du pontile de Rome pour y arriver! 11 y a cependant pour nous un autre '■■ Bujet d'étonnoment jjIus grand encore; c'est que, dans les pays dont nous parloas, les luthériens appellent dissidents om protestants ceux qui se séparent de l'église unie ou évangélique; quelquefois môme ils leur donnent le nom de secte, voy. Ephém. univ. d'Augsbourg, n. 26, 27, édit. extraord., 1" janvier 1835, n. 21, p. 102, 103.

(1) Vojez Manzoni, Catal. moral, c. 17, p. 335, édit. Rome.

fait et principe de tout ce cpii existe, etc. , bien qu'ils ne saisissent pas dans leur espèce ses perfections infinies et tout ce qui peut être considéré en Dieu; il n'y a que les savants qui puissent le faire, et encore ne le font-ils c{ue suivant le degré de leur science.

Rép. 6 . N. pour les raisons déjà données. Quant à ce cju'ajoute notre adversaire, qu'il vaut beaucoup mieux n'admettre que l'autorité de la raison, je réponds que la raison n'a aucune autorité dans les choses de la foi, ne remplit ici que les fonctions de suivante, c'est-à-dire que, les dogmes étant admis, elle peut les éclaircir par certaines preuves qui lui appartiennent à elle ; elle peut servir à les corroborer, à prouver qu'ils ne répugnent nullement, etc.; voilà ce à quoi seulement s'étend le domaine de la raison sur les objets de la foi. Ceci prouve qu'il a Y'ance une fausse assertion lorsqu'il dit que les hommes raisonnailles doivent accepter, comme des machines, les vérités de foi et leur donner leur assentiment; l'esprit de la rehgion a toujours été, en effet, de ne diminuer en rien la dignité de l'homme raisonnable, puisque la raison elle-même nous enseigne d'accepter, avec la plus profonde vénération , tout ce qu'une autorité infaillible nous propose en nous-mêmes de Dieu et comme révélé par lui; et nous avons prouvé que telle est l'Eglise de Jésus-Christ.

/?(?};. 7. /). De la vérité de l'oni^e naturel, Tr, ou C. de l'ordre surnaturel et révélé , iV.

Rép. 8. Je nie la supposition, que de droit naturel les hommes jouissent de la faculté de rechercher les vérités que Dieu a révélées; les hommes ne jouissent point ici d'un droit; ils sont obligés, au contraire, d'assujétir leur intellect à la foi (II Cor., X , 5 ; Phil. , II , 17); et tous ceux qui se sont arrogé ce droit mensonger et y ont vogué en paix, ont, pour me servir de la comparaison de notre adversaire, fait naufrage dans la foi (I Tim., I, 19), tels que le firent Ilyménée et Alexandre, au rapport de l'Apôtre. Certes, quand Jésus-Christ envoya ses apôtres prêcher, il ne leur dit pas un mot de ce droit ; il leur dit simplement : Prêchez l'Evangile à toute créature; celui qui croira sera sauvé, celui qui ne croira pas sei^a condamné ; que notre adversaire prenne garde de n'être pas du nonibre de ceux-là.

m. Obj, tirée de Benjamin-Constant (1). Jésus-Christ n'a

(1) De la Religion considérée dans sa source, ses formes et ses développements, paàs. cit.

240 TRAITÉ DE LA VRAIE RELIGIOi>\

pas institué d'Eglise spéciale déterminée ; il n'a pas institué de sacerdoce extérieur et proprement dit non plus; il n'a envoyé pie des ministres seulement, encore étaient-ils indépendants ies uns des autres, prêcher aux nations sa doctrine, qui s'adresse plus au cœur qu'à l'esprit. La religion consiste essentiellement, disent-ils, dans l'affection du cœur, et cette iffection est purement sentimentale; elle est, par conséquent, immuable en soi, bien qu'elle puisse revêtir diverses formes accidentelles, ce qui fait que cette diversité de formes ne nuit point à l'unité de la religion. Il faut en outre, ajoute Bretschneider, distinguer entre l'Eglise et la chrétienté (1); Jésus-Christ a fondé, il est vrai, le christianisme^ mais il n'a pas constitué la forme catholique ou grecque, non plus que la forme évangélique du christianisme. Aussi Félix Bodin en conclut-il avec raison (2) que les églises fondées par les apôtres étaient autant de sociétés distinctes et indépendantes les unes des autres, pour le gouvernement desquelles on choisissait le plus distingué des fidèles -, et toutes ces républiques aristocratiques et sacrées avaient des rapports avec le président, qui résidait à Rome, comme les divers états de la confédération américaine en ont avec le président général qui est à leur tête. Donc :

Rép. Je nie VAntec. dans toutes ses parties. Constant, Bretschneider et Bodin ont imaginé trop tard ces systèmes, dont le but est d'anéantir toute révélation et de propager l'irréligion. Les apôtres ne les connurent pas, l'antiquité tout entière les ignora, elle ne songea même pas à ces fictions. Saint Pierre exerça une juridiction réelle sur toute l'Eglise ; ses successeurs l'exercèrent aussi (3). L'Eglise a une possession que ne peuvent lui ravir ni les hérétiques ni les rationalistes ou incrédules. Tous les monuments ecclésiastiques protestent contre

(1) Ouvrage cité.

(2) Résumé de l'Histoire de France, augmenté d!un Coup d'œil sur l'Histoire de la civilisation, Paris, 1825.

(3) Act. IX, 32. Pierre, en qualité de chef de l'Eglise universelle, parcourait toutes les églises, c'est-à-dire qu'il ne se contentait pa* de visiter les églises établies de son temps , mais il approuvait même les épitres de saint Paul (Ep. H, c. 111, 15, 16). Il fut le premier, comme nous le voyons au livre des Actes, XV, à dire, au concile de Jérusalem, son avis sur la question à décider. Nous voyons encore, dans le même livre (I, 15), qu'il proposa le premier, dans une réunion des apôtres, de donner un successeur au traître Judas; et ce sont là autant d'actes de juridiction que Pierre exerça en vertu de sa primauté.

ces aberrations. Saint Clément de Rome exerça une véritable autorité sur l'église de Corinthe (1); Yictor l'exerça, cette autorité , contre les cjuartodécimants ; Etienne l'exerça contre les rebaptisants (2); saint Irénée et les évêques d'Asie reconnurent cette supériorité de l'Eglise de Rome, ils l'attestent (3); je passerai même sous silence les pontifes qui vinrent après. Les appels que l'on faisait de toutes parts au siège de Rome en sont une preuve irréfragable (4). Il n'est d'ailleurs pas possible d'interpréter autrement, sans en forcer le sens, les paroles par lesquelles Jésus-Christ a établi son Eglise , comme le font nos adversaires.

Je dis, quant à la distinction que Bretscbneider fait entre

(1) Il est important d'observer ici que, d'après le sentiment commim des critiques, il est très-probable que les Corinthiens s'adressèrent au pontife de Rome, saint Clément, pour mettre un terme aux dissensions qui s'étaient élevées dans leur église ; ils eurent recours à lui, bien que l'apôtre saint Jean fût encore vivant; il gouvernait alors les églises d'Asie qu'il avait fondées. On en conclut que la suprématie de l'Eglise de Rome et de ses pontifes était admise du temps même des apôtres, et que ces mêmes pontifes l'exerçÊiient déjà.

(2) On connaît la réponse ou décret qu'il publia contre saint Gyprien et son concile d'Afrique : S: Quelqu'un revient de quelque hérésie que ce soit, il ne faut rien innover; il faut s'en tenir à ce que les Pè'>^es nous ont appris; il faut lui imposer les mains pour la pénitence (lettre de saint Cyprien 74e à Pompée).

(3) Voyez l'éclatant témoignage de saiut Irénée (Contre les hérésies, liv, III, c. 3) : « 11 appelle l'Eglise romaine, fondée par les apôtres Pierre et Paul, la » p)l^is grande, la plus ancienne de toutes les églises; elle est connue de tout » le monde, dit-il, etc. Tous doivent faire partie de cette Eglise à cause de sa » primauté, c'est-à-dire que tous les fidèles de tous les pays doivent se réunir 3) dans son sein, parce qu'elle a conservé, au moyen des fidèles de tous les » pays, la tradition des apôtres eux-mêmes. » Il dit ensuite de Clément, le troisième pontife après les apôtres : « Comme sous ce même Clément qui a vu » les apôtres, qui a conféré avec eux,... il s'éleva de graves dissensions » parmi les frères de Corinthe, l'Eglise de Rome leur adressa des lettres » pleines de force pour les pacifier et les affermir dans la foi. » Il est évident, d'après ces paroles, que saint Irénée reconnaissait la suprématie de l'Eglise de Rome sur les autres Eglises. Nous observerons ici, en passant, que l'éditeur bénédictin a pu suivre la leçon qui porte potiorem, préférable, au lieu de potentiorem, plus puissante; mais il l'a fait sans raison plausible, car il ne s'appuie que sur le manuscrit de Clermont, qui est très^défectueux; il porte en eSet potiorem, et sur celle du protestant Saumaise, pendant que tous les anciens manuscrits portent potentiorem; le manuscrit de Clermont l'insinue même par ce mot pontiorem, mot imparfait qui indique qu'il y a ici une abréviation typographique, comme cela se pratique souvent.

(4) Saint Cyprien nous fournit plusieurs exemples de ces appels dans ses Lettres : on connaît les appels au siège de Rome de saint Athanase, de Paul, etc.; les appels de saint Jean Chrysostôme; on connaît aussi celui de samt Denis d'Alexandrie ; comme on l'accusait de sabellianisme , il s'adressa au pontife de Rome , saint Denis.

l'Eglise et la chrétiePxté ou le christianisme, que cette distinction n'a aucun fondement. Qu'est-ce que le christianisme, en effet, si ce n'est la société chrétienne dans sa plénitude, telle que Jésus-Christ l'a fondée et a confié à ses apôtres le soin de Fannoncer à toutes les nations? Mais cette société n'est, ni ne peut être autre que l'Eglise. On ne lit d'ailleurs nulle part que Jésus-Christ a fondé le christianisme; il ne l'insinue même nulle part, pendant qu'on lit en plusieurs endroits qu'il a fondé son Eglise. J'édifierai, dit-il, mon Eglise;.., que celui qui n'écoute pas l'Eglise soit pour vous comme un païen et un publicain; au point que la controverse qui a existé pendant trois siècles entre les protestants et les catholiques a consisté à savoir quelle est la vraie Eglise de Jésus-Christ , et non pas à SsWoir si Jésus-Christ a fondé ou institué l'Eglise , comme le prétend de nos jours Benjamin-Constant, et avec lui les rationalistes et les membres des sociétés bibliques, qui, après avoir perdu la foi, se réfugient dans les affections du cœur, qu'ils appellent sentimentales, dans la charité, etc., pendant que Jésus-Christ a dit : Celui qui ne croira pas sera condamné.

Quant aux formes diverses qu'ils n'appellent qu'accidentelles, la forme catholique, la forme grecque et la forme évangélique (luthérienne et calviniste), je réponds que Jésus-Christ n'a réellement fondé qu'une seule Eglise, et que cette Eglise professe toute sa doctrine et la professe seule sous les pasteurs légitimes et sous le chef qu'il lui a donné lui-même : Je bâtirai mon Eglise sur cette pierre, dit-il. Comme nous l'avons précédemment observé, cette Eglise a été appelée catholique dès les temps apostoliques, et cela, parce qu'elle renferme le christianisme tout entier et dans tous les temps et dans tous les lieux ; et c'est là une propriété intrinsèque et essentielle de la vraie Eglise de Jésus-Christ ; ce n'est pas , comme le pensent nos adversaires , une propriété accidentelle et de circonstance. Quant à toutes les autres sociétés qui ne professent que partiellement le christianisme, elles ont dû prendre un nom particulier, revêtir une forme déterminée, en tant qu'elles sont des sociétés locales et temporaires; nous dirons, dans la proposition suivante , ce qu'il faut penser de ces diverses formes.

Inst.X . Si Jésus-Christ a accordé les prérogatives d'autorité, d'infaillibilité, de perpétuité à l'unité, donc saint Pierre et ses successeurs, en tant que partie du tout, ne jouissent d'aucune prérogative spéciale; 2. ajoutez encore que les promesses de

Jésus-Christ peuvent être conditionnelles; 3. c'est ce qu'insinuent ses paroles : Le Fils de l'homme venant sur la terre, pensez-vous qicily trouvera un reste de foi (Luc, XVIÏÏ, 8)? de même ([ue celles de l'Apôtre , qui , en parlant du temps qui précédera l'avènement de l'anteclirist , s'exprime en ces termes : // 7ie viendra pas sans qiiait eu lieu la grande apos" tasie; 4. c'est ce qui fait dire sans hésitation à saint Jérôme, de son temps, que lorsque la foi de Nicée fut condamnée par acclamation, l'univers entier poussa un long gémissement, et qu'il fut étonné d'être arien (1). Donc :

Réjo. 1. D. Si l'on considérait Pierre et ses successeurs comme des personnes privées, C. si on les considère comme chefs de l'Eglise, pasteurs universels, centres de l'unité, N, Car, comme nous l'observe judicieusement saint Ambroise, là où est Pierre, là est l'Eglise (2) ; ou, comme dit saint Cyprien, t Eglise ^st dans l'éveque (3); et, par conséquent, toutes les prérogatives de l'unité ou de l'Eglise résident en la personne de Pierre par une raison de haute convenance, parce qu'en Pierre est l'Eglise, et l'Eglise est dans Pierre ; et il est impossible que, lorsque Pierre ou le pontife de Rome s'acquitte de son ministère, l'Eglise n'agisse pas en lui et par lui, ne définisse pas, etc.; il en est en effet le chef vivant et actif. Telle est la raison qui a fait que Jésus-Christ conféra à Pierre toutes les prérogatives qu'il conféra au collège apostolique ou à l'Eglise, qui doit être régie, dmgée, conduite par son chef, et qui ne peut rien sans lui.

Rép, 2. N. Car l'Eglise les a toujours entendues, les a toujours possédées d'une manière absolue. J'ajouterai qu'une cAception de ce genre ouvrirait la porte à toutes les révoltes; tout hérétique, tout contumace pourrait, par ce moyen, se soustraire à quelque définition de l'Eglise que ce fût.

Rép. 3. D. Ces paroles doivent s'entendre de la défection partielle de membres particuliers, TV. de la défection générale de l'EgUse, N. Nous avons passé sous silence le premier membre de l'antécédent, parce qu'il y a un grand nombre d'interprètes qui entendent dans un autre sens les passages objectés.

'(1) Dialogue cont. Lucifer, n. 19, édit. de Vallarsius et de Migne. (2) Explication du psaume XL, n. 30, (3 De l'Unité de l'Eglise, pass. cit.

Rép. 4. Z). Les paroles de saint Jérôme sont hyperboliques, et il faut les entendre d'une défection apparente et momentanée (1), C. d'une défection générale et véritable, iV. Le saint docteur écrivit ces paroles à l'occasion de la souscription des Pères de Rimini, ou mot homoiousiou, dont ils ne comprenaient pas le sens, soit qu'ils eussent été trompés par les ariens ou qu'ils y eussent été contraints par la force ; aussitôt que la fraude fut découverte, la plupart se rétractèrent sur-le-champ, n manquait à ce concile le pape ou ses légats ; le plus grand nombre des évêques de l'Eglise catholique n'y prirent pas part non plus (2) . On peut ajouter que ce ne fut que sur les violences de Constance que la plupart des évêques y souscrivirent. Certes, personne ne gémit d'être ou d'avoir été, ce qu'il sait, ce qu'il veut être; donc, comme d'après saint Jérôme, les évêques gémirent, ils furent étonnés de voir qu'on les considérait comme des ariens; il est évident qu'ils ne furent pas tels même dans

(1) On peut, pour avoir l'intelligence de ces paroles, voir une note de dom Martène, insérée dans l'édition de saint Jérôme, par l'abbé Migne. Cette note éclaircit parfaitement ce qu'il y a d'obscur dans ce passage ; nous ne la citerons point ici; elle est d'ailleurs assez longue; nous renverrons le lecteur au tom. VIII de saint Jérôme, cdit. Migne. N. T.

(2) Ce fut surtout par les intrigues d'Ursace et de Valens, évêques ariens, que les Pères de Rimini furent poussés à souscrire la formule de Sirmium qui, si on lui conteste d'être catholique, peut au moins s'interpréter dans ce sens. On peut en effet dire du Fils, dans le sens catholique, qu'il est semblable au Père, mais dans ce sens qu'il y a similitude substantielle provenant de la participation à une seule et même nature divine. Mais on a fait un crime aux Pères de ce concile d'avoir négligé la formule de Nicée, qui était le mot d'ordre de tous les catholiques contre les ariens et leurs partisans, qui la rejetaient unanimement. Au reste, les satellites de Constance firent subir aux Pères de Rimini les vexations les plus nombreuses et les plus insupportables, au point qu'il n'est pas possible d'admettre que ce soit librement qu'ils ont souscrit à cette formule ; ils n'y souscrivirent en effet que vers la fin du concile, quand déjà il avait dégénéré en conciliabule. J'ai dit, en outre, que l'immense majorité des évêques catholiques n'y assistèrent pas, non plus que les légats du pontife de Rome; car, bien qu'aucun auteur ancien ne nous ait transmis le nombre exact des évêques qui existaient au temps de Constanthi et de Constance, cependant, d'après le recensement des sièges épiscopaux de l'empire romain, dû aux soins de Charles de Saint-Paul et de Luc de Holsteiu, etc., il est constant que leur nombre s'élevait alors à 1,800, dont 1,000 dans les provinces grecques, et 800 dans les provinces latines. Nous ne souscrivons toutefois pas à ce nombre, car, d'après des documents authentiques, il est certain que le nombre en fut bien plus grand, surtout en Occident. On ne parle pas non plus ici des sièges qui existaient eu dehors de l'empire romain, et pourtant le nombre en était grand. Il n'y eut, au concile de Rimini, que 400 évoques, encore il y en avait 50 d'Orient, d'après saint Athanase [de synodis) ; Sulpice-Sévère en compte même 80. Voyez la Collection Ues conciles de Labbe, tom. II, col. 792 et suiv.

leur confession extériem-e, car, s'il en avait été ainsi, ils n'auraient pas poussé de gémissements, ils n'auraient été stupéfaits.

PROPOSITION V

Cest ce qui fait que la seule Eglise catholique est la vraie Eglise

de Jésus-Christ.

Cette proposition est une conséquence nécessaire de la précédente. Car si la vraie Eglise de Jésus-Christ est la seule Eglise qu'il a fondée avec une seule foi et un seul gouvernement, et que cette Eglise doive durer, par une succession non interrompue, jusqu'à la consommation des siècles; comme l'Eglise catholique est la seule qui soit parvenue des apôtres juscpi'à nous avec son unité de foi et de gouvernement sous un seul chef, comme l'attestent tous les monuments, il est évident qne la seule Eglise catholique est la vraie Eglise de Jésus-Christ.

1. Quant à l'unité de foi, ce qui prouve son existence, c'est que les hérétiques de tous les siècles l'ont combattue cette foi dont l'Eglise était déjà en possession avant qu'ils ne surgissent et ne protestassent tantôt contre un article et tantôt contre l'autre; l'Eglise, néanmoins, les a toujours conservés tous, rejetant comme profanes et novateurs ceux qui tentèrent de lui en ravir quelques-uns, comme elle eut en exécration ceux qui tentèrent audacieusement de confondre avec son héritage les dépouilles des Egyptiens; elle les rejeta pareillement de son sein comme des novateurs (1). Elle a donc toujours prescrit

(1) Ceci se prouve même par les écrits des apôtres. Saint Pierre engage lei premiers chrétiens à ne pas oublier les paroles des apôtres et des prophètes, pom* se prémmiir contre les nouveautés des hérétiques (II Pierre , III, 2) ; saint Jude exhorte pareillement les fidèles à s'attacher fortement aux saintes traditions de la foi; saint Paul reprend, dans sa I Ep. aux Cor., 15, ceux qui disaient que la résurrection avait eu lieu, ou que la chair ne ressusciterait pas; saint Jean dit (I Ep., IV, 3) que ceux qui enseignaient que le Christ n'est pas venu dans la chair, déchiraient Jésus-Clu-ist, etc. Quant aux Pères apostoliques, leurs témoignages et leurs écrits sont si formels, qu'il est aussi impossible de les nier que la lumière en plein midi. Ou peut lire la lettre de saint Ignace, celle de saint Polycarpe, les écrits de saint Justin, de Clément d'Alexandrie, d'Irénée, d'Origène, etc. Presque à chaque page ils s'élèvent contre les novateurs et ils les condamnent sous ce nom. Mais une chose vraiment étonnante, c'est que les novateurs modernes (les protestants) disent que les anciens novateurs étaient des insensés, etc., et qu'ils ne remarquent pas qu'ils sont dans le même cas. Il n'y a, entre les novateurs modernes et les anciens, qu'une différence de temps et d'erreurs ; quant au principe, il est le même ; la diversité de temps et d'erreurs ne change pas la nature des hérésies.

contre leurs innovations, soit positives, soit négatives. C'est pourquoi l'Eglise a toujours été la spectatrice tranquille et de l'origine et de la chute de toutes ces sectes , et toutes les fois elle a pu redire : Ils sont morts ceux qui en voulaient à la vie de l'enfant; ou encore répéter ces paroles du Psalmiste : J'ai vu l'impie qui s'élevait au-dessus des nuées , je n'ai fait que passer et il n était plus,

2. C'est une chose évidente de l'aveu même des hérétiques. Car les hérétiques, qui ne s'accordèrent jamais entre eux, ne laissaient pas que de s'accorder avec l'Eglise sur les points ou articles de foi qu'ils admettaient avec elle, bien qu'ils s'en séparassent sur les points ou articles qu'ils rejetaient; par conséquent, tous les hérétiques ont avoué que, sauf les points sur lesquels ils erraient, l'Eglise catholique avait retenu la vraie foi , ce qui fait que si nous parcourions les articles que chaque secte hérétique particulière a admis avec l'Eglise catholique ou qu'elle admet encore, nous y retrouverions le corps complet de la doctrine catholique ou la collection de tous les dogmes de notre foi , ce qui fait que les hérétiques sont euxmêmes, bien qu'involontairement, des témoins irréfragables de la vraie foi qu'a toujours professée l'Eglise catholique. Quant. aux vérités combattues à part par chacun d'eux, il n'y a pas de raison pour que nous croyions celles-ci plutôt que celles-là. Car si on réunissait tous les articles qu'ils ont nié chacun en particulier, il ne nous resterait pas un seul article de foi, et sur plusieurs points il faudrait admettre des contradictions flagrantes.

3. Cette vérité n'est pas moins clairement démontrée par rimpossibilité où ont été les hérétiques de s'accorder, et sur la véritable époque, et sur l'auteur de l'innovation qu'ils soutiennent avoir été introduite à un moment donné dans l'Eglise catholique. Les centuriateurs de Magdebourg se contredisent eux-mêmes (1); Hespinien accuse saint Grégoire-le-Grand d'être l'auteur de la superstition et de l'idolâtrie (2) ; le ministre Claude compte encore le YIP siècle parmi les siècles d'or de l'Eglise (3); André Rivet assure que, d'après le sentiment commun des calvinistes, l'antechrist dressa ouvertement son

(1) Voy. Centurie, l,liv. II, c. 4, p. 138; ou Cent., III, c. 5, p. 145, édit. de Basile, 1562, etc.

(2) Voyez l'adversaire anonyme do Gibbon, édit. de Rise..

(3) Ihid&ra.

étendard dans l'Eglise six cents ans après Jésus-Christ (1); les autres placent communément l'âge d'or de l'Eglise vers le V^ ou VP siècle (2) ; d' Aubigné prend, du consentement des ministres calvinistes, les quatre premiers siècles pour règle de foi; Gil^bon afSrme qu'il n'est pas un homme qui puisse résister à l'évidence qui démontre que les principaux points de la doctrine papiste (catholique) n'aient été déjà admis et théoriquement et pratiquement pendant les quatre premiers siècles (3) ; Newton avoue que les germes du papisme remontent aux temps apostoliques (4). L'aveu de nos adversaires, leur manière d'agir nous fournissent donc une preuve irréfragable de l'unité perpétuelle de la foi dans l'Eglise catholique, sans que nous ayons à recourir pour chaque article particulier, dont nous aurons à traiter dans cet ouvrage, à des témoignages positifs et particuliers. J'ajouterai, avec Bellarmin, que toutes les Iiypothèses que peuvent faire les hérétiques sont en contradiction avec les promesses de Jésus-Christ, et par conséquent impossibles; on peut dans tout changement, quelque léger qu'il soit, établir ces cinq choses : son auteur, le dogme dont il s'agit, l'âge auquel il s'est opéré, quels ont été et ses défenseurs et ses adversaires.

Quant à l'unité de gouvernement ou à la succession non interrompue des pasteurs ou des évêques depuis Jésus-Christ jusqu'à nos jours, la série des pontifes romains avec lesquels furent en communion les évêques de toutes les églises particulières est un monument irrévocable, irréfragable de la perpétuité et de l'unité du gouvernement de cette Eglise.

Tertullien, Irénée, Eusèbe de Césarée, Optât de Milève, Augustin ont dressé le catalogue de tous les pontifes de Rome, depuis saint Pierre jusqu'au temps où ils vivaient, et les écrivains qui les ont suivi en ont fait autant jusqu'à nos jours (5).

Les manuscrits de tous les siècles attestent pareillement que

(1) Les critiques sacrés.

(2) Bellarmin, liv. IV, Notes de l'Eglise militante, c. 6*

(3) Mém., tom. 1, c. 1, version française.

(4) Voyez Newton, édît. in-8, tom. Ill, c. 10, p. 148, Londres; voyez aussi Hume, Hist. de Henri Vlll, c. 29, an 1521 ; « il affirme que les pouvoirs exercés par l'Eglise romaine sont en grande partie antérieurs à presque tous les établissements politiques de l'Europe. »

(5) Voir toutes les histoires ecclésiastiques.

-dans tous les temps on a regardé le pontife de Rome comme le chef de l'Eglise catholique, le principe, la racine, la source, le centre de l'unité du gouvernement ecclésiastique.

Saint Irénée écrit à cette Eglise (l'Eglise romaine) qu'il faut quà cause de sa 'primauté toutes les autres églises, tous les fidèles de tous les pays se réunissent à elle; et après avoir exposé la série de tous les pontifes de Rome, depuis saint Pierre jusqu'à Eleuthère, il conclut en ces termes : C'est par cette succession non interrompue que sont parvenues jusqu'à nous et la tradition et la prédication des apôtres (1).

TertuUien, bien que déjà montaniste, appelle le pontife de Rome l'évêque des évêques (2) , et dès lors, ou cette locution était communément reçue dans l'Eglise pour désigner le pontife romain , ou, suivant la remarque de Fleury, la suprême autorité du pontife romain, désignée par cette locution, était imiversellement admise (3).

Origène affirme que la pierre ou le pontife romain et l'Eglise sont une seule et même chose; voilà comment il s'exprime : A-t-il établi la pierre et t Eglise comme une seule et même chose (le Christ)? Je pense que oui, et les portes de l'enfer ne prévaudront pas plus contre la ptierre sur laquelle Jésus- Christ a établi son Eglise, qu'elles ne prévaudront contre l'Eglise (4).

Saint Cyprien appelle l'Eglise romaine la mère et la maitresse de l'Eglise catholique (5), et il appelle le pontife de Rome le chef et le principe de l'Eglise (6) ; il appelle encore

(1) Contre les hérésies, liv. III, c. 2 et suiv.

(2) Livre de la pudicité, c. 1 : « J'apprends que l'on vient de" publier un » édit péremptoire ; il a été porté par le souverain pontife, c'est-à-dire l'évêque » des évéqaes, et je pardonne les crimes d'adultère de fornication à ceux qui » font pénitence, » édit. Rigal.

(3) Voyez Histoire ecclés., liv. V, n. 46, Paris, 1713; il s'y exprime en ces termes : « Les papes ne prenaient point alors ces titres, et c'est par ironie que » TertuUien les leur donne ; mais cette raillerie eût été sans fondement, si le » pape n'eût été en effet regardé, par tous les catholiques, comme le chef de » la religion et le pasteur des évôaues mêmes. » 11 lui donne ensuite les titres de pape et d'apostolique, que les i atholiques lui donnaient.

(4) Voyez tom. XII, Gomment, sur saint Matth., n. 2; voyez encore Homélie V sur l'Exode, n. 4, il s'y exprime ainsi : « Voyez ce que Jésus-Chrisl » dit à ce grand fondement de l'Eglise, à cette pierre inébranlable sur laquelle » il a fondé son Eglise : Homme de peu de foi, dit-il, pourquoi doutez-vous? »

(5) Epitre 45 à Gorneill

(6) Epître 73 à Jub.

aillours l'Eglise romaine l'Eglise principale, d'où découle l'unité sacerdotale (1).

Le concile d'Aquiléê^ tenu en 381, et présidé par saint Ambroise, parlant du siège de Rome, s'exprime en ces termes : C'eu de Là que découlent tous les droits de la vénérable communion (2). De là ce mot célèbre de saint Ambroise, là où est Pierre j là est l'Eglise (3).

Saint Jérôme compare l'Eglise ou le siège de Rome à l'arche de Noé, hors de laquelle tout le monde périt; il la compare aussi à une maison , et celui qui mange l'agneau pascal hors de cette maison est un profane ; voilà en quels termes il écrit au pape Damase : « Je suis en communion avec votre béatitude, c'est-à-dire avec la chaire de Pierre; je sais que c'est sur cette pierre qu'a été fondée l'Eglise. Quiconque mange l'agneau pascal en dehors de cette maison est un profane. Quiconque ne fut point enfermé dans l'arche de Noé pendant le déluge périt au milieu des flots (4). »

Voilà comment s'exprime saint Optât de IMilève : La chaire, dit-il, est unique, elle est la preinière des qualités ; Pierre le premier s y est assis; il a eu pour successeur Lin, auquel a succédé Clément, et à Clément Anaclet,... à Damase a succédé Sirice, avec lequel nous sommes en communion, et par lui nous ne formons dans l'univers entier qu'une société (5).

Saint Augustin, parlant dans le même sens et de la succession des pontifes de Rome et du siège de Pierre, afin de confondre les donatistes schismatiques , s'exprime ainsi qu'il suit : C'est là la piéride contre laquelle se briseront les orgueilleuses portes de l'enfer (C).

Saint Pierre Chrysologuo .«^^'exprime en ces termes : Parce que le bienheureux Pierre, dit-il, vit et préside sur son

(1) Epître 55 à Corneille.

(2) Collection des conciles, Labbe, première épître à l'empereur Gratien, tom. 11, col. 99.

(3) Commentaire du psaume XL, u. 30.

(4) Epitre 15 au pape Damase, épître 57, édit. Vallarsi , n. 2; il dit encore, dans son dialogue contre Lucifer, n. 9 : « Le salut de l'Eglise repose sur la » dignité du souverain pontife ; s'il n'est pas revêtu d'un pouvoir supérieur » à celui de tous les autres, il y aura dans l'Eglise autant de schismes que dô » prêtres, n

(5) Liv. II contre Parménion, édit. de Gabr. Albaspiu, Paris, 1631.

(6) Explication des psaumes contre le parti de Donat, vers la fin, tom. IX de ses œuvres.

propre siège, il donne la véiité à ceux qui la cherchent [\), Le concile œcuménique de Chalcédoine^ s'associant à cette doctrine, s'écrie dans sa seconde session : Pierre a parlé par la hoiiche de Léon (2); le sixième concile général, parlant dans sa XYIîP session de la lettre d' Agathon , tient le même langage : On voyait la lettre, l'écrit d'Agathon, mais c était Pierre qui variait par lui; les évêques d'Orient, écrivant au pontife Symmaque, lui tenaient ce langage : Yous qui enseignez tous les jours les brebis de Jésus-Christ dont vous avez la garde, et qui sont répandues dans tout l'univers habitable par votre saint docteur Pierre (3).

C'est ce qui a fait émettre au lY* concile général de Latran, tenu en 1213, la définition suivante : Nous définissons qii après l'Eglise romaine, qui, par un acte spécial de la volonté du Seigneur, a la primauté sur toutes les autres églises , en vertu de son pouvoir ordinaire, en tant que mère et maîtresse de tous les fidèles de Jésus-Christ, etc. (4).

Les Grecs dressèrent au concile œcuménique de Lyon, tenu en 1274, la profession de foi suivante, qui les fit admettre dans l'Eglise catholique : « L'Eglise romaine est en possession » de la primauté complète de pouvoir sur l'Eglise catholique tout entière, et elle reconnaît avec humilité qu'elle l'a réellement reçu avec la plénitude du pouvoir de Jésus-Christ lui-même , dans la personne du bienheureux Pierre, chef et prince des apôtres , dont le pontife de Rome est le successeur (5). » Enfin, le concile œcuménique de Florence définit : « Que le saint siège apostolique et le pontife de Rome ont la primauté sur tout l'univers ; que le pontife de Rome est le successeur du bienheureux Pierre, prince des apôtres, qu'il est le véritable vicaire de Jésus-Christ, le chef de toute l'Eghse, le père et le docteur de tous les chrétiens, et que c'est dans la personne du bienheureux Pierre qu'elle a reçu de Notre-Seigneur Jésus-Christ le plein-pouvoir de paître, de régir et de gouverner l'Eglise tout entière (6). Ces témoignages et une foule d'autres de tous les siècles >

(1) Biblioth. des Pères, de la Bigne, tom. IX.

(2) Actes du conc. de Ghalcéd., tom. IV, édit. Labbe, <3) Voy. Labbe, tom. IV, coL 1305.

(4) Ibid., tom. XI, part. I, c. 153.

(5) Ibid., coL 9CC.

(C) Ibid., tom. XIII, col., 11C7.

que nous pourrions citer, prouvent donc que l'Eglise a toujours consïd^^ré le pontife de Rome, le successeur de Pierre, comme le principe, l'origine, la source et le centre de l'unité de l'Eglise. Aussi, bien qu'il y ait eu un grand nombre d'évêques dispersés dans les différentes régions de l'univers, leur union intime avec le pontife de Rome fît qu'il n'y eut jamais qu'un épiscopat et une Eglise, à l'exemple de la sainte Trinité, comme le dit Symmaque (1), dont la 'puissance est une et individuelle, et le sacerdoce un, bien qu'il soit divisé dans plusieurs pontifes. Saint Cyprien (2) s'est aussi servi de cette comparaison soit pour expliquer l'unité de l' épiscopat clans la midtitude des évêques, soit pour rendre compte de l'unité de cet épiscopat, dont chaque partie est solidement unie au tout (3); il conclut ensuite en ces termes : C'est joourcptoi le Seigneur^ nous insinuant que l'unité vient de l'autorité divine, pose en principe et dit : Le Père et moi ne sommes qu'un ; réduisant son Eglise à cette unité, il ajoute : Il n'y aura qu'un seul troupeau et un seul pasteur (4) ; et il en tire cette conséquence : Mais si le troupeau est un, comment peut-on considérer, comme faisant partie du troupeau, celui qui 7i est pas dans le troupeau?

C'est par conséquent avec raison que nous concluons de ces prémisses que l'Eglise de Jésus-Christ a été constituée avec l'unité de gouvernement dans la personne de Pierre et de ses successeurs; or, l'Eglise catholique est la seule où l'on trouve cette succession perpétuelle et non interrompue des pontifes romains , et de tous les autres évêques qui ont été en communion avec eux, en remontant de Grégoire XV (5), qui gouverne aujourd'hui l'Eglise, jusqu'à Pierre, c'est-à-dire jusqu'aux apôtres, jusqu'à Jésus-Christ. Donc l'Eglise catholique seule est en possession de cette unité de gouvernement.

Ou encore, la conséquence à tirer de là, c'est que si la vraie Eglise de Jésus-Christ est nécessairement et par son institution une, visible et perpétuelle, comme la seule Eglise catholique peut revendiquer ces propriétés, la seule Eglise catholique, par conséquent, est la vraie Eglise de Jésus-Christ. Et c'est là ce qu'il fallait prouver.

(1) Lettre 1, voir Labbe, tom. IV, c. 129.

(2) Lettre 52 à Antonin.

(3) Traité de l'Unité de l'Eglise.

(4) Lettre 76 à Slagnus.

(o) AuiQurd'liui Pie IX. N. T.

252 TRAfrè DE LA VRAIE RELIGION.

Il suit de là 1 . que toutes les communions séparées de cette Eglise sont , pour me servir des paroles de saint Jean , autant de synagogues de Satan; elles ne sont pas les églises de Jésus- Christ, mais bien des monuments de l'orgueil humain (1).

Il suit 2 . que c'est là surtout la raison pour laquelle la seule Eglis3 romaine ou catholique, qui s'est perpétuée de Jésus- Christ jusqu'à nous, s'est attribuée le nom d'Eglise catholique, pendant que pas une seule secte n'a osé se l'attribuer, dominées qu'elles ont été par le témoignage invincible de leur conscience; elles ont laissé intacte cette dénomination à l'antique Eglise, de laquelle elles se sont séparées, et elles ont tiré leur nom de leur auteur ou de la faction elle-même, F. G. les sahelliens, les ariens, les macédoniens, ...les luthériens, les calvinistes, les jansénistes, etc., ou encore d'un nom qu'elles se sont imposées elles-mêmes, F. G. les gnostiques, les nestoriens , . . . les réformés, les apostoliques, les évangéliques, les protestants. Telles sont les sectes que Bretschneider et Benjamin-Constant appellent des formes accidentelles; elles sont assurément, dans le sens rigoureux du mot, des formes accidentelles produites par l'esprit d'orgueil. Par conséquent, ils se jugent, ils se condamnent toutes les fois qu'ils récitent le symbole des apôtres; ils confessent qu'ils croient à l'Eglise, pendant qu'ils ne constituent que des factions séparées des sectes particulières (2).

Il suit 3 . que si le principe, la source de l'unité de l'épiscopat et de l'Eglise est dans le pontife de Rome , les grecs schisma-

(1) Apocalypse, IJ.I, 9.

(2) Il est, de loin en loin, certains hérétiques qui cherchent à donner aux catholiques d'autres noms, tels que ceux de papistes, de pontificiens, de romanistes, etc.; mais ce sont de vains efforts; en ce point, comme sur tous les autres, ils marchent sur les traces de leurs prédécesseurs, ainsi qu'ils les appellent, et qui agirent dans le même sens, mais sans succès; le nom de catholique, dont jouit et jouira toujours l'Eglise romaine, est un nom glorieux. Voilà ce que saint Augustin écrivait des anciens hérétiques (liv. I, Operis imper fecfi, n. 75) : « Les ariens, dit-il, appellent les catholiques athanasiens, » homousioniens , noms que ne leur donnent pas les autres hérétiques. Mais, » pour vous, ce ne sont pas les cathohques seuls qui vous appellent pélagiens, » ce sont encore tous les hérétiques, qu'ils vous ressemblent ou non; comme » les ariens ne sont pas seulement appelés ainsi par les catholiques seuls, ils » le sont encore par tous les autres hérétiques. Vous seuls nous appelez tra>- » ducianiens ou traditeurs, comme ceux-là nous appellent homousioniens, » comme les donatUtos nous appellent macariens; les manichéens, pharisiens » et les autres hérétiques nous donnent des noms divers. Il n'est pas étonnant » que les nouveaux hérétiques donnent un nom nouveau aux catholiques , ») desquels ils viennent de se séparer. C'est ce que firent onssi les autres quand )> ils se séparèrent. »

licpies, les ruthènes, l'église anglicane, l'église hollandaise, ainsi que tous les autres évêques qui sont séparés du pontife de Rome n'appartiennent pas à l'unité indivisible de l'Eglise, et que par conséquent ils n'appartiennent pas à l'Eglise de Jésus-Christ.

Il suit 4. qu'il ne peut pas y avoir de concile véritablement œcuménique ou représentant l'Eglise universelle, sans le pontife de Rome, qui, en sa qualité de chef de l'Eglise, est par le fait même chef du concile œcuménique qui doit la représenter, et qui autrement serait acéphale ou sans tète.

n suit, en dernier lieu , qu'ils débitent des inepties les écrivains factieux qui soutiennent que le pontife de Rome est le signe, r étendard, le porte-enseigne de l'unité, ou le chef ministériel, et non simplement la tête, le centre, la source de l'unité elle-même (1).

I. Obj. 1 . Il a pu se faire que la foi ait changé peu à peu et insensiblement dans l'Eglise , comme cela se fait ordinairement, jusqu'à ce que le changement ait été total ; il n'est donc pas étonnant qu'on ne puisse pas assigner d'époque certaine à ce changement. 2. Ajoutez à cela que le cours des temps a obscurci certaines vérités, certains dogmes, et que, par conséquent, au moyen de cette obscurité générale qui enveloppait certaines vérités , l'erreur a pu facilement se glisser dans l'Eglise . Donc :

Rép. 1. N. vS'il n'en était pas ainsi, Jésus- Christ aurait manqué à sa promesse , et il est impie de soutenir cette assertion. L'ignorance et l'erreur peuvent se trouver dans des individus privés, mais dans l'Eglise, jamais; car Jésus-Christ, comme nous l'avons dit précédemment, n'a pas fait ses promesses , accordé ses privilèges à de simples particuliers ; c'est

(1) Tels sont les noms employés çà et là par les jansénistes et les partisans du synode de Pistoie; Taraburiniles emploie surtout dans son Ethique, tom. I, p. 252 et suiv., comme aussi dans son Analyse des prescriptions de Tertullien, §§ 40, GO, 69, etc.; et, dans le Catécli., Gourlin, tom. 1, c. 9, § 3, p. 273. La dénomination de chef ministériel, attribuée au pontife de Rome, fut proscrite dans la constitution de Pie VI, Amtorem fidei , proposition III, en ces termes : « La dénomination de chef ministériel donnée au pontife de Rome, » entendue dans ce sens que le pontife de Rome n'a pas reçu le pouvoir du » ministère de Jésus-Christ dans la personne de saint Pierre, mais qu'il le » tient de l'Eglise, et que, par ce pouvoir, en tant que successeur de Pierre, » véritable vicaire de Jésus-Christ et chef de toute l'Eglise, il a ^pouvoir sur » toute l'Eglise ; cette proposition est hétvtigue. »

à l'unité qu'il les a accordés. S'il n'en était pas ainsi ,^ nous serions les vains jouets d'une perpétuelle incertitude.

Rép. 2. N. Pareillement, cette obscurité universelle n*esty en effet, qu'une invention mensongère des jansénistes, justement condamnée par Pie VI dans sa Constitution Aitctorem fldei (1). Jésus- Christ, en effet, veille continuellement sur son Eglise; il a toujours ses regards fixés sur elle, il est toujours avec elle.

Inst, Comment se fait-il donc que, lorsqu'il s'élève une nouvelle controverse , on se livre à tant de recherches, il y ait tant de divergences d'opinions ?

Rép. C'est parce que, ainsi que nous l'avons observé, Jésus- Christ n'éclaire pas son Eglise par mode d'inspiration, mais bien par mode d'assistance; et qu'il n'exclut pas les moyens qui sont au pouvoir de l'homme, tels que l'étude et les talents humains, etc., pour arriver à la fin qu'il a proposée. Il en est absolument comme lorsque quelqu'un est en contestation avec autrui sur la possession de ses biens ; il met tous ses soins à rechercher les titres et les actes sur lesquels reposent sa possession , afin de revendiquer ce qui lui appartient ; de même l'Eglise met tous ses soins à rechercher les monuments de l'Ecriture et de la tradition , qui attestent ses droits , pour les opposer à l'audace des novateurs, et raffermir les faibles, qui sont en grand nombre. Et d'ailleurs n'y eut-il pas, au concile de Jérusalem, un examen approfondi ^divmi les apôtres et les anciens ( Act., XV, 7), pour trancher la controverse qui s'était élevée sur l'observance légale, bien que tous et chacun des apôtres fut infaillible.

n. Obj, Les évêques sont les successeurs des apôtres , qui tenaient immédiatement et d'une manière illimitée leur mission de Jésus-Christ, qui édifia sur eux, comme sur Pierre, son EgUse, puisque l'Apôtre dit que les fidèles son^ édifiés sur le fondement des apôtres et des prophètes (Eph., II, 20); saint Jean atteste, en outre, que la cité de Jérusalem (l'Eglise) a douze fondements y et que sur ces douze fondements sont écrits les noms des douze apôtres de ï Agneau ( Apoc, XXI, 14 ). Il €st donc faux de dire que l'unité du gouvernement ecclésias-

' (1) Première proposition : « La proposition qui affirme que dans ces der- » niers temps une obscurité générale règne sur les vérités d'un grand intérêt » qui ont la reli(Tion pour objet, et qui sont la base de la foi et de la morale » de la religion .Va t^éaua-Ghrist, est h4r< tique. »

tique vient de l'unité de son chef, du pontife de Rome, et qu'elle dépend de lui.

Ré p. D. Le sens de la première proposition. Les évêques forment un seul corps, et, pris ensemble, senties successeurs des apôtres ou du collège apostolique, C. pris chacun en particulier, Subdist. quant au pouvoir d'ordre, C, quant au pouvoir de juridiction, N. J'ajouterai encore que, bien que le pouvoir des apôtres ait été extraordinaire , il ne fut ni illimité ni indépendant pour cela. Les apôtres reçurent ce pouvoir extraordinaire de Jésus -Christ, mais il était subordonné à ^Pierre , qui seul reçut la plénitude du pouvoir pour le transmettre à ses successeurs, comme pouvoir ordinaire. La différence du pouvoir conféré à Pierre et à chacun des autres apôtres vient, bien qu'ils eussent tous reçu un pouvoir plein et universel, de ce que celui de Pierre fut \m pouvoir ordinaire, suprême, indépendant ; pendant que celui des autres apôtres fut un pouvoir extraordinaire, dont l'exercice était subordonné à Pierre ; de plus , il ne devait pas se perpétuer après eux. Ce pouvoir extraordinaire, les apôtres le reçurent pom^ fonder l'Eglise ; il était même nécessaire dans ces premiers temps. Le pouvoir que reçut Pierre avait en outre, pour but, de conserver l'unité dans l'Eglise; il fut par conséquent perpétuel , et, comme le dit Tertullien, il emportait le droit de transmission.

C'est encore ce qui fait écrire à Tertullien : Rappelez-vous que le Seigneur a donné les clefs à Pierre, et que par lui il les a laissées à l'Eglise (1). Les autres Pères appellent Pierre, çà et là dans leurs écrits, le chef, le coryphée, le président, le prince, le pasteur suprême des apôtres et de l'Eglise (2), parce que, comme dit saint Cyprien, l'Eglise est mie dans sonprinicipe, Pierre reçoit la primatie pour prouver que l'Eglise de Jésus-Christ est une, quil n'y a qu'une chaire; c'est aussi pour prouver que les apôtres sont tous pasteurs, et qu'il ny a qu'un troupeau, et que tous les apôtres paissent ce troupeau dun commun accord; c était aussi pour démontrer que l'Eglise

de Jésus-Christ est une (3); l'Eglise est dans l'évêque Le

Seigneur donna d'abord à Pierre le pouvoir, et emuite il

(1) Uv. à Scorp., c. 10,

(2) Voyez Balgeni, l'Episcopat, 1789, part. I, c. 3,

(3) De l'Unité de l'Eglise.

S adressa aux autres apôtres... Il bâtit son Eglise sur Pierre, voilà d'où découle la subordination des évêques et la raison de l'Eglise (1). Le même saint dit encore : Jésus-Christ fonda son Eglise sur Pierre, pour prouver que par son principe elle est une (2) . Il répète la même vérité dans une foule d'autres endroits. Saint Augustin est absolument du même avis que saint Cyprien, lorsqu'il dit : Et nous hésiterions à nous réfugier dans le sein de cette Eglise, qui, jusqu'à la confession du genre humain p>ar le siège apostolique, au moijen de la succession des évêques, et malgré les criailleries des hérétiques, ...a toujours W7îservé le pouvoir souverain (3) ! Nous passerons ici sous silence une foule d'autres passages semblables des Pères.

Répondant à la deuxième partie : Elle n est pas moins fondée sur eux , etc. D. Oui, mais ce n'est pas pour la même raison, comme nous l'avons déjà dit, C. c'est pour la même raison, N,

Rép. 3. C'est-à-dire aux preuves tirées de l'Ecriture. D. Les fidèles sont édifiés sur le fondement, c'est-à-dire sur la foi prédite par les prophètes, et prêchée par les apôtres , qui fondèrent diverses églises par leurs prédications, C de toute autre manière , iV.

L Inst. Saint Cyprien dit : Vépiscopat est un, et chaque évêque en constituait une partie stable (4). 2. Il ajoute encore : Les autres apôtres étaient ce qu'était Pierre; ils jouissaient et du même honneur et du même pouvoir (5) ; et 3. saint Jérôme

dit bien que tous (Ms apôtres) reçoivent les clefs du

royaume du ciel, et que la puissance de l'Eglise repose également sur eux (6). Donc :

(1) De rUnité de l'Eglise.

(2) Lett. LXX à Janvier.

(3) De l'Utilité de croire, c. XVII, n. 35. Si les protestants eussent, ou même s'ils faisaient attention à ces témoignages presque innombrables de l'antiquité que nous pourrions citer, ils ne fussent pas épuisés, ils ne s'épuiseraient pas à inventer tant de nouveaux systèmes pour trouver la vraie Eglise de Jésus- Christ, la religion qu'il a fondée. Les Pères, à l'unanimité, nous donnent un moyen très-simple d'y arriver ; l'Eglise de Jésus-Christ, c'est celle que préside, comme chef, le pontife de Rome, le successeur de saint Pierre et le vicaire de Jésus-Christ, et qui s'est perpétuée, par une succession non interrompue, jusqu'à nous. Voilà la voie royale exempte de toute erreur, de toute déception. Elle jouit de l'autorité souveraine. Si on s'en écarte, il n'y a plus rien de certain, il n'est plus moyen d'échapper au désespoir, comme nous le démontrerons plus bas.

(4) De l'Unité de l'Eglise.

(5) Ibid.

(G) Liv. contre Jovinieu, n. 26.

BEUXIÈÎIE PARTIE. CONTRE LES HÈRÈTIOUES. 257

Kép. \. D. A. Chaque évèque en constitue une partie stable; quant à l'unité individuelle de l'épiscopat ou de l'Eglise , que ne divise pas la multitude des évêques ^ qui remplissent et tiennent, sous Pierre et avec Pierre, la partie qui leur est confiée, C. dans ce sens qu'ils constituent chacun un épiscopat stable, N. Or, tel paraît être, d'après les paroles qui précèdent immédiatement, le sens de ce passage; voici ces paroles : Nous devons, dit-il, tenir et revendiquer cette unité, nous surtout, évêques, qui présidons dans l'Eglise, afin de prouver

aussi que l'épiscopat est un et indivisible l'épiscopat est

un, etc. Le saint martyr lui-même, écrivant à Corneille, l'appelle la chaire de Pierre, l'Eglise principale, d'où vient l'unité sacerdotale (1). C'est là ce qui a donné lieu à ces comparaisons du soleil, d'où émanent les rayons ; de la source, d'où viennent les ruisseaux qui s'en échappent ; de l'arbre , duquel naissent les rameaux, et dont il se sert çà et là pour prouver l'unité de l'Eglise (2). D. Ils étaient ce qu'était Pierre , à cause de leur dignité d'apôtre et du pouvoir extraordinaire qu'ils tenaient de Dieu, D. à cause de leur pouvoir d'évêques, Subdist. Dans leur ensemble, C. chacun en particulier, N. Saint Cyprien semble ne considérer, en effet, que la seule dignité apostolique; et, sous ce rapport, on pouvait, en quelque façon, dire des autres apôtres qu'ils étaient les égaux de Pierre, bien que, d'après saint Cyprien lui-même, Us fussent subordonnés à Pierre, même dans cette dignité; H ajoute, en effet, aussitôt après : Mais le principe part de l'unité^ et la primauté est donnée à Pierre, pour prouver qu'il n'y a quune Eglise de Jésus-Christ et une chaire. Si néanmoins nos adversaires prétendent qu'il est ici question , d'après le saint martyr, de la dignité ou du pouvoir épiscopal, nous répondrons que Ion peut considérer à un double point de vue, soit les apôtres, soit ' les évêques , en tant qu'ils constituent un corps et un individu avec leur chef , et en tant que, pris chacun à part, ils sont les membres de ce même corps; au premier point de vue, ils jouissent tous du même pouvoir; tels que des sénateurs qui, dans le sénat, sous et avec leur président, jouissent tous du

(1) Epit. LV.

(2) De l'Unité de l'Eglise, pass. cit.; voy. aussi, sur ce passage de sainl Cyprien, Bolgeni, VEpiscopat, c. 2, n. 20; c. 6, n. 68 et suiv., édit. de Rome, 1824; et Pierre Ballerini, Raison et force de la primauté du pontife de Rome, c. 13, § 3 (Goiu:3 complet de théol., tom. III, col. 1021).

pouvoir suprême, du pouvoir législatif, etc.; au second point de vue, ils n'ont de pouvoir que celui qui leur est accordé, qui leur est communiqué ; quant à ce pouvoir extraordinaire que Jésus-Christ accorda aux apôtres , l'usage en était subordonné à Pierre, comme nous l'avons précédemment observé ; quant au pouvoir qu'ont les évêques dans leurs diocèses , c*est le pontife de Rome qui le leur donne, ils le tiennent de lui (1).

Rép. 3. D. Comme précédemment; saint Jérôme ajoute, en efiPet, aussitôt après: Jésus -Christ e?i choisit un parmi les douze, afin de faire disparaître toute cause de schisme en établissant un chef

n. Inst. Les églises orientales et les églises apostoliques ne dépendirent pas de l'Eglise romaine ou du pontife romain. Donc :

Rép. Je N. VAntec. Car les pontifes romains exercèrent leur autorité sur les églises orientales toutes les fois que l'occasion s'en présenta ou que ce fut nécessaire, comme l'attestent une foule de monuments, de l'aveu même de Fleury (2). Les recours au siège apostolique furent aussi fréquents. Les patriarches d'Alexandrie, d' Antioche, de Jérusalem s'adressèrent fréquemment au siège apostolique; fréquemment aussi ils en appelèrent à ce siège, et parfois même les pontifes de Rome les déposèrent. Saint Athanase, chassé de son siège par les manœuvres ariennes, en appela au siège de Rome; saint Sophronius de Jérusalem, et Serge de Constantinople, déférèrent à Rome la cause des monothèlites. C'est aussi ce cpii eut lieu pour le schisme d' Antioche (3). C'est ce qui eut lieu de temps en temps pendant les premiers siècles de l'Eglise, de l'aveu de Wetsteiuius, dont Gibbon admet roi)inion (4).

(1) Voyez Muzzarelli, Diss. le souverain pontife a-t-il le pouvoir de destituer les évèques malgré eux? etc., parmi le choix de ses dissert., Rome, 1807..

(2) Voyez le môme ouvrage; voyez encore l'opuscule de Marchitti, le Concile de Sardique, vol. 1, in-8; voyez aussi les savants frères Balleriui, soit dans l'ouvrage cité, de la Force et de la raison de la prim. des pontifes de Rome, soit leurs annotations des ouvrages de saint Léon-le-Grand, ouvrages que l'on ne saurait assez recommander.

(3) Ouvrage cité.

(4) Gibbon, dans son Histoire de la chute de l'empire romain, c. 21, parlant de rappf;l intr-rjeté par saint Athanase devant le siège de Rome, n. 1, rapporte la remarque pleine de sagesse que fait à ce sujet Wetstein (Proleg,, n. 1, p. 19) : « fei nous consultons l'histoire ecclésiastique, nous y verrons que, dès » le IVe siècle, lorsqu'il s'élevait des discussions dogmatiques, les docteurs D de l'église grecque se divisaient en deux parties inégales, et en talent, et en

in. hist. Il est difficile, parfois, de savoir cpiel est le vrai pontife romain; en outre, souvent l'Eglise romaine est privée de pasteur par la vacance du siège; donc, dans ces cas, l'Eglise est privée de son chef, de son centre.

Rép, Je N. la Conseq, Car, dans ces cas, toutes les églises particulières sont en communion avec le siège de Rome, qui tient lieu de centre, comme le prouve la pratique de tous les siècles. Les affaires qui passent peuvent être expédiées par le concert général des tribunaux ou congrégations des cardinaux toutes les fois qu'il n'est pas besoin de l'autorité spéciale du pontife de Rome ; autrement il faut attendre jusqu'à ce cpi'on ait élu im souverain pontife^ ou que l'on sache d'une manière certaine quel il est. Ceux qui s'attachent de bonne foi, pendant un schisme , à un pontife douteux plutôt qu'à un autre qui l'est aussi, sont parle fait exempts de péché, et sont attachés au moins virtuellement au chef réel et véritable de l'unité (1).

» nombre, et en éloquence, et que la partie qui voulait triompher avait recours » à Rome, qu'elle faisait la cour à la majesté pontificale, et que, par ce » moyen, ils triomphaient de leurs adversaires opprimés et par le ponlife de » Rome et par les évêques latins, et que, par là, ils consolidèrent l'orthodoxie » dans les conciles; et c'est ce qui fit que saint Athanase vint à Rome avec » un nombreux cortège, et y passa plusieurs années. » En admettant, sur l'aveu de nos adversaires, que les églises d'Orient en appelaient au souverain pontife dès le IVe siècle, il nous est permis de demander à Wetstein et à Gibbon quel est le parti qui n'a pas désiré de triompher? Nestorius désirait de vaincre, lui aussi, et, dans ce dessein, il s'adressa, mais inutilement, à Rome; et la raison, c'est parce qu'il était l'auteur d'une hérésie, et que l'hérésie ne peut pas monter sur la chaire de Pierre : voilà pourquoi il ne triompha pas; il fut vaincu par la résistance du pontife de Rome. Nous demanderons, en second lieu, comment le pontife de Rome et les évêques latins purent opprimer les dissidents d'Orient au temps des persécutions, bien que cependant il soit certain que, dès le llle siècle, Paul de Samosate fut accusé à Rome, 80U3 l'empereur Aurélien, pour les nouveautés qu'il avait commencé à répandre, et que Paul fut déposé par le pontife de Rome ; et l'empereur Auré- Ûen, qui en avait appelé au pontife de Rome pour les querelles qu'on lui avait déférées, le condamna à l'exil. Voy. Eusèbe, Hist. ecclés., liv. YII, c. 30.

(1) L'Eglise a inscrit, assurément, dans ses fastes, les noms de certains hoiûmes qui s'attachèrent par erreur à de faux pontifes. Nous allons ici en citer quelques-uns. Il est fait mention, le 31 mai, dans le martyrologe romain, de saint Paschase , qui, surpris par l'erreur, s'attacha à l'antipape Laurent contre saint Symmaque, duquel saint Grégoire-le-Grand dit, dans son liv. IV des Dialog., c. 40, 41 : « Car, comme ce n'était pas par méchanceté, mais » bien par ignorance qu'il était tombé dans l'erreur, sa faute put lui être par- » donnée après sa mort. » Voyez les notes de Baronius sur le mailyrologe romain, pass. cit. On fait aussi mémoire, au 5 avril, de saint Vincent Ferrier, qui s'attacha momentanément, par erreur involontaire, au schisme de l'antipape Benoît XlII. Le bienheureux Pierre de Luxembourg mourut aussi pendant qu'il était attaché au parti de l'antipape Clément VII, qui l'avait créé cardinal; cependant, le véritable pontife du môme nom, Clément VU, l'in-

IV. Inst. Les conciles de Baie et de Constance furent privés du pontife Romain en tant que chef et centre de l'unité. Donc :

Rép. Je iV. YAntec. Car ces conciles, si toutefois on peut dire qu'ils sont œcuméniques pour les questions qui concernent l'autorité du pontife romain, ce qu'en droit nient la plupart des auteurs, ils admirent d'eux-mêmes que le pontife de Rome est le centre de l'unité. Toute la contestation reposait sur l'étendue du pouvoir pontifical. Au reste, généralement on considère le concile de Bâle comme schismatique en ce point: quant à celui de Constance, il eut lieu pendant le schisme , et plusieurs auteurs rejettent les décrets qu'il a faits sur ce point, ou du moins on en regarde l'autorité comme douteuse, par conséquent comme n'étant d'aucun poids (1) ; mais nous traiterons plus amplement, et ex professa, de ces questions dans le Traité des lieux théologiques , lorsque nous parlerons du pontife romain .

PROPOSITION VI

Tous ceux qui, en quelque temps que ce soit, suivant les inspirations de leur esprit privé, s opposent aux enseignements de l'Eglise , sont des rebelles, des sectaires et des novateurs»

Toutes les hérésies découlent du même principe, c'est-àdire qu'elles partent toutes du système du sens privé ou des hommes pris individuellement qui s'érigent contre l'autorité légitime que Dieu a instituée pour enseigner, propager et conserver intégralement la foi jusqu'à la consommation des siècles; nous avons démontré , dans la proposition précédente , que la seule Eghse jouit de ce pouvoir, et qu'ils n'agissent ainsi que pour suivre leurs propres sentiments (2).

Ecrivit au catalogue des saints. Voyez Raynald, année 1387, n. 11 ; saint Antonin, 3e part., tit., c. 2, § 1, dont le même Raynald rapporte les paroles, pas3. cit.; Giacconius, Vies et actions des pontifes romains et des cardinaux de la sainte Eglise romaine, vol. I, fol. col. 1012, Rome, 1630; BoUaud., Acte.^ des saints, 2 de juillet, § 12, Justifications, etc.

(1) Voyez l'ouvrage de Schelestrate, des Conciles de Constance et de Bâle, in-4; voyez aussi les notes de Roncalia et de Mansi sur l'Hist. ecclés.; Noël Alexandre, IV dissert., XVe et XlVe siècle, sur les décrets des sessions IV et V du concile de Constance, §§ 1 et suiv.

(2) Nous ferons observer ici que la plupart des auteurs modernes ont confondu deux choses essentiellement dilFérentes en prenant l'une pour 1 autre ces deux expressions : le sens privé, et la raison individuelle, comme si elles signifiaient la même chose, bien qu'il y ait une grande différence entre elles.

Jésus-Christ, comme nous Favons va, n'a donné de mission qu'à la seule Eglise qu'il a instituée, c'est-à-dire à l'Eglise enseignante, et il l'a constituée dépositaire perpétuelle de la foi et maîtresse pour toutesles nations. Et l'Eglise, usant de ce droit par l'organe de ses ministres avec une pleine autorité, comme on dit , a enseigné en tous temps, au nom de Jésus-Christ, et à tous les peuples les vérités qui lui avaient été confiées , et elle les enseigne encore à ses enfants. C'est ce cpii fait que comme l'Eglise a pour mission, pour but à' enseigner, de même, le devoir des simples particuliers est d'être enseignés, de croire, ou, comme dit l'Apôtre, de réduire l'intellect en captivité pour obéir à Jésus-Christ (II Cor., X, 5) ou à la foi chrétienne, et obéir à la foi (Rom., I, 5, etc.). La foi, par conséquent, ou la vérité découle nécessairement d'une autorité légitime (1); l'hérésie, par contre, ou l'erreur vient nécessakement de Y esprit privé, qui est opposé à cette autorité légitime. Mais cette opposition, de la part d'hommes privés, impHque nécessairement révolte, et tous ceux, sans exception, qui abandonnent l'Eglise catholique pour embrasser les élucubrations d'hommes privés, par le fait même tombent dans la révolte, deviennent sectaires, novateurs ou partisans de novateurs (2).

Les apôtres, réunis en concile à Jérusalem^ s'exprimaient

En effet, on peut prendre la raison individuelle dans im bon sens, puisque l'homme, pris individuellement, pput légitimement user de sa raison pour rechercher la vérité; quant au mot sens privé, il se prend toujoiu-s en mauvaise part; il s'entend de l'opposition de la raison à l'autorité que Jésus-Christ a établie, c'est-à-dire à la religion catholique; aussi Bellarmin, Bécan, Bossuet, etc., et une foule d'autres controversistes n'ont-ils jamais combattu la raison individuelle, et ont-ils toujours combattu le sens privé des protestants.

(1) Voici les paroles dont Hégésippe se sert pour indiquer la source de toutes les hérésies : Ceux-ci (les hérétiques), chacun en particulier, riiettcnt en avant leurs propres opinions. Voy. Eusèbe, Hist. ccclés., liv, IV, c. 22; il rapporte on outre, d'après le même Hégésippe, qui florissait sous l'empereur Adrien, que, lorsqu'il partit pour Rome, il visita plusieurs évéques, et qu'il reconnut que tous professaient la même doctrine, etc.; ce qui prouve qu'il y a toujours eu unité dans l'Eghse, et que la division et les dissensions ont été le partage des sectes hétérodoxes.

(2) Saint Augustin, après avoir clairement établi, dans son livre sur l'Avantage de croire, c. 9, que la différence qui existe entre l'Eglise cathoUque et les hérétiques, c'est que l'Eglise catholique ordonne à ceux qui viennent à elle de croire, et que les hérétiques leur promettent qu'ils n'auront qu'à suivre leur raison, conclut : « 11 n'est aucun moyen d'embrasser la vraie religion, » si l'on ne croit pas d'abord sur une autorité grave ce que l'on atteindra et » l'on percevra par la suite, si on se conduit bien et si on est digue. » Edit. des Bénéd., tom. VIII.

déjà ainsi qu'il suit sur ces novateurs : Comme nous avons appris quil en est qui se séparent de nous qui vous ont troublés par leurs paroles, ruinant vos âmes, et auxquels nous n avons pas C07Î fié le soin, etc. (Act.jXV, 24); T Apôtre écrit aussi aux Galates : Jl en est qui jettent le trouble parmi vous, et qui veulent ruiner l'Evangile de Jésus-Christ ; mais quand même nous, quand un ange vous enseignerait autre chose que ce que nous vous avons enseigné, quil soit anathème (Gai., I, 8); et

aux Thessaloniciens : Nous vous en supplions, ne vous

laissez séduire par personne , en quelque manière que ce soit (Il Thess., Il, 3); et à Timothée : Il y aura des hommes amateurs d'eux-mêmes, cupides, ambitieux, orgueilleux, blasphémateurs; ces hommes là résistent à la vérité, leur esprit

est corrompu, ils sont réprouvés cpiant à la foi (II Tim., IIï, 2 et suiv. ) ; enfin, pour passer sous silence une foule d'autres témoignages semblables, Jésus-Cbrist lui-même gourmande, au livre de l'Apocalypse, il blâme l'évêque de Pergame parce qu'il y avait dans son église des partisans des nicolaïtes. Par conséquent, d'après les enseignements de Jésus-Clirist et des apôtres, tous ceux qui s'insurgent contre l'autorité légitime, pour y substituer leurs propres inspirations , doivent être anathématisés comme de.s perturbateurs, des séducteurs, des corrupteurs de la doctrine évangélique, des orgueilleux, des esprits corrompus, dont la foi est réprouvée ; on doit les tenir, sans distinction, pour des sectaires, des bérétiques; car l'Apôtre parle aussi de ceux qui devaient, dans la suite des âges, s'insurger contre cette autorité; il écrit en etfet à Timothée : Dans les derniers jours, il y aura des temps malheureux , etc. (II Tim., III, 1). Donc, tous et chacun de ceux qui, en quelque temps, en quelque manière et sous quelque prétexte que ce soit, ont marché sur les traces des premiers novateurs et ont remplacé la doctrine de l'Eglise par leurs propres inspirations, tous, dis-je, sont, sans distinction, des rebelles, des séducteurs, des perturbateurs dont la foi est et sera réprouvée, par le fait même, jusqu'à la consommation des siècles.

Il faut assurément, dans les choses de la foi, s'en tenir ou à l'autorité ou au sens privé. Si on s'en tient au premier de ces partis , comme l'Eglise catholique que Jésus-Christ a instituée est la seule autorité légitime , ainsi que nous l'avons déjà démontré, et que tous et chacun des novateurs, sans distinction, ont été condamnés, proscrits par l'Eglise, ils sont donc pareille-

ment tous, sans distinction, des rebelles, des sectaires, à partir des nicolaïtes, que Jésus-Christ a condamnés lui-même, jusqu'aux unitaires et aux méthodistes. Quelle est, en effet, la raison pour laquelle les méthodistes , les unitaires , les protestants osent se préférer aux nicolaïtes, aux gnostiques, aux cérinthiens , aux carpocratiens , aux ariens et aux autres hérétiques, comme si ces derniers s'étaient écartés de la vérité , et comme s'ils y étaient, eux, demeurés fidèles? Qui pourra en être le juge? Donc, ou ils doivent tous être condamnés, réprouvés, ou il faut tous les tenir pour les adorateurs de la vérité et les vrais disciples de Jésus-Christ; et on ne peut pas dire la dernière de ces choses, à moins d'avancer cette impiété, que Jésus-Christ, que les apôtres se sont trompés lorsqu'ils les ont poursuivis de leurs anathèmes, qu'ils les ont retranchés de la communion de l'Eglise ; il faut donc s'en tenir à la première de ces choses. Il n'y a pas de milieu.

Si, comme le disent nos adversaires, il faut s'en tenir au sens privé, ou plutôt, comme ils le disent de préférence aujourd'hui, s'il faut s'en tenir à la raison individuelle de chacun dans les choses de la foi , ce serait vainement alors qu'auraient été condamnés tous les novateurs ou hérétiques, depuis les temps apostoliques jusqu'à nos jours; il nous serait permis d'admettre toutes les erreurs et contraires et contradictoires enfantées par la raison en délire de l'homme; il n'y aurait plus, par suite, aucune vérité; on ne pourrait plus admettre aucun dogme. Il y am-ait trois personnes en Dieu et il n'y en aurait qu'une; Jésus-Christ serait et ne serait pas Dieu en même temps ; il y aurait deux natm^es en Jésus-Christ et il n'y en aurait qu'une; il y aurait en lui deux personnes et il n'y en aurait qu'une ; Dieu serait et ne serait pas auteur du péché; l'homme jouirait de son libre arbitre et il serait soumis à la nécessité, etc.; ou au moins serait indifférent à chacun de croire et de sentir des choses diverses et même si opposées; et comme ces hommes ne ssent pas, parfois, que d'introduire des nouveautés dans la orale ou l'application pratique de leur doctrine, il serait permis à chacun de considérer comme permis les homicides les adultères, la fornication, l'inceste, et enfin toutes les monstruosités qu'ont approuvées et les anciens et les modernes (1). L'Eghse que Jésus-Christ a établie serait donc et

(1) D'après le Fletchet^s Warlis, vol. III, p. 10, les moggletoulaniens et les

26i TRAITÉ DE LA VRAIE RELIGION.

sans dogme et sans morale? A quoi bon, par conséquent, la révélation? Il faudrait donc mettre sur le même pied et les catholiques et les rebelles , et l'Eglise catholique et la synagogue de Satan, et l'Eglise de Jésus-Christ et celle de Bélial, et la foi catholique et les délires de l'esprit privé, quels qu'ils fussent; les choses les plus contradictoires seraient également vraies, il faudrait également les louer !

Il suit de ce que nous venons de dire 1 . que tous ceux qui ont protesté contre l'Eglise catholique ont protesté et contre la vérité et contre Dieu lui-même.

2. Que, comme le protestantisme est un acte de rébellion contre l'autorité de l'Eglise , tous les hérétiques qui ont existé et qui existent ont tous été et sont tous des protestants; qu'ils sont tous coupables du même crime , et qu'ils sont tous aussi dignes du même nom.

3. Que, comme \^ protestantisme est une expression négative qui désigne une protestation contre les articles de foi définis par l'Eglise , il en résulte que moins quelqu'un croit ou

labbadistes, qui sont des sectes méthodistes, se livrent aux plus criminelles impiétés, sous prétexte d'obéir à la lumière intérieure ; c'est aussi ce que font d'autres sectes méthodistes. « L'adultère et l'homicide, dit Richard Hill, que » nous avons cité plus haut, ne nuisent point aux enfants de Dieu; ils leur » sont même utUes. Mes péchés peuvent lui déplaire, mais ma personne lui » sera toujours agréable. Quand même je pécherais plus que Manassès, je » n'en serai pas moins le fils bien-aimé de Dieu, parce qu'il me voit toujours » dans le Christ ; c'est ce qui fait que , même au milieu des adultères, des » incestes et des homicides, il peut m' adresser ces paroles : Vous êtes toute » belle, ma bien-aimée, il n'y a pas de souillure en vous (ibid., vol. IV, p. 97). » Bien que je blâme ceux qui disent loèchons, pour que la grâce abonde en » nous, cependant, malgré cela, l'adultère, l'iiiceste, l'homicide me rendront » toujours plus saint sur la terre et plus glorieux dans le ciel. » [Fletcher Duybem/s Guide to the church., p. 82.) Milner rapporte aussi qu'un certain ministre, du nom de Salmon, enseignait le peuple à jurer, à blasphémer et à donner un libre cours à tous les excès. L'esprit se révolte ici, au récit de tous ces excès, et celui qui serait désireux d'en connaître davantage peut consulter les auteurs protestants, Trambley, Considérations sur l'e'tat présent du christianisme, p. 239 ; le baron de Stark, Entretiens philosophiques sur la réunion des différentes communions chrétiennes, traduit de l'allemand, Paris, 1818, surtout p. 285, où il rapporte un passage d'une dissertation sur le christianisme de saint Paul, par un auteur anonyme, renfermée dans le répertoire de Semler, et où l'auteur préfère le paganisme au christianisme ; il cherche, § 3, « si le rétablissement de la religion des Grecs et des Romains ne serait » point le meilleur parti que l'on put prendre. » C'est ce que firent les /jrecepfeurs du pjeuple ou pasteurs, comme le prouve la note 72 de l'ouvrage de Thiess; ils ont, en cela, imité certains philosophes français, et surtout Raynal, qui, dans son Histoire philosophique, se plaint amèrement de ce que la croix de Jésus- Christ avait remplacé les divinités récentes de Rome et de la Grèce, si toutefois cet ouvrage est l'œuvre de l'auteur cité.

plus il rejette d'articles de foi, plus aussi il est protestant^ et plus il mérite de porter ce nom ; de manière que celui qui est entièrement incrédule est un parfait protestant , de même que le rationaliste.

4. Que le protestantisme partiel est une incohérence pleine et entière ; car, si l'esprit privé est la règle de la foi, il n'y a pas de raison pour que l'on admette même un seul article de foi sur l'autorité de l'Eglise. Le protestantisme partiel n'est donc pas un état stable, car quiconque s'éloigne du catholicisme ne peut pas demeurer longtemps dans un état intermédiaire : il deviendra bientôt ou déiste ou rationaliste ; aussi , le déisme et le rationahsme sont-ils le dernier résultat, le résultat naturel du protestantisme (1).

I. Ohj. Saint Cyprien et plusieiu-s autres évêques d'Afrique n'étaient pas du même avis que le pontife de Rome, et, par conséquent, que l'Eglise universelle, sur la valeur d,u baptême conféré par les hérétiques ; cependant, ils n'ont pas été considérés comme des rebelles. Bien, pareillement, que les semipélagiens errassent sur la nécessité de la grâce pour le commencement de la foi, ils n'ont pas, néanmoins, été condamnés. n y a, dans l'Eglise cathohque, de fréquentes discussions sur les articles de foi; les écoles des thomistes, des congridstes, des augustiniens , etc., sont divisées entre elles; cependant on ne considère aucune de ces écoles comme rebelle. L'Apôtre luimême avait déjà dit : Que chacun abonde dans son sens (Rom., XIV, 15); donc il n'est pas nécessaire, en matière de foi, d'acquiescer à l'autorité.

Rép. D. Avant la définition expresse de l'Eglise, portée sous peine d'anathème, C. après une définition de ce genre, N, Autre chose est se tromper, autre chose persister dans son sentiment ou résister aux définitions de l'autorité légitime. Quant

(1) C'est avec raison que Leibnitz a prédit, dans sa lettre inédite à Arnaud, que rathéisme, ou au moins le naturalisme, serait la dernière des hérésies : « Il est vraiment à craindre que la dernière des hérésies ne soit l'athéisme, » ou du moins le naturalisme. » Voy. Exposition de la doctrine de Leibnitz sur la rehgion, Paris, 1819, p. 415; l'événement a justifié sa prédiction.

n le justifie (le protestantisme) de plus en plus; poiu* s'en convaincre, il suffit de suivre de l'œil la marche des esprits en Allemagne, aux Etats-Unis, etc. Bientôt le naturahsme et le déisme seront beaucoup pour eux; l'athéisme pur et l'épicuréisme : voilà quelle seraleuj? dcMitrine. N. T.

aux évêques d'Afrique que l'on vient de nous citer, ils se trompaient, il est vrai, mais c'était avant qu'il y eut une définition formelle; tant qu'il fut possible de douter si leur doctrine était opposée à la doctrine de l'Eglise, ils furent innocents, mais il n'en fut pas ainsi lorsqu'elle eut porté une définition formelle; aussi lui firent-ils leur soumission. Nous devons aussi faire observer ici que la question des rebaptisants a été considérée par eux, d'après un grand nombre de savants, plutôt comme une question de discipline que comme une question de foi (1). C'est ce qui nous porte à croire qu'il y en eut plusieurs , même après le concUe de Nicée, qui retinrent cette coutume qui s'était invétérée dans leurs églises, comme nous le dirons en son lieu.

Les semi-pélagiens ne constituèrent jamais une secte, car à peine le pape saint Célestin eut-il donné son rescrit pour trancher leur controverse, qu'aussitôt tous ceux qui avaient été infectés de cette erreur souscrivirent d'eux-mêmes à son décret.

Il est facile de voir, par là, quelle réponse il faut faire à la difficulté tirée des controverses des théologiens. Ces controverses domestiques, en efî'et, qui s'agitent librement dans les écoles catholiques, salvâ charitate, n'atteignent nullement les articles de foi définis par l'Eglise, elles ne concernent que la manière de prouver et d'expliquer certains points de doctrine; et , de plus , les théologiens catholiques , sans exception , sont prêts à soumettre leur sentiment particuher à la décision de l'Eglise, si elle en portait une (2).

Quant aux paroles de l'Apôtre : Chacun, etc., /). Pour certaines pratiques , surtout disciplinaires , que l'EgUse laisse à la libre détermination de chacun , C. pour les choses de la foi et qui ont été définies, iV. C'est là, en efî'et, une chose inouïe dans l'Eglise; l'Apôtre ne parle ici, comme le prouve le con-

(1) Voyez Bolgeni, dans son ouvrage intitulé Réponse à la question d'un ap» pelant, c. 10.

(2) Ici perce la mauvaise foi de ceux qui cherchent à justifier les divisions de leurs propres sectes sur les articles de la foi, en mettant en avant les controverses des théologiens catholiques; car ils ne font point attention qu'il y a une grande différence entre les divisions et les opinions des hérétiques, divieions qui viennent de ce qu'ils se sont soustraits à l'autorité légitime et qui ruincDt la foi; et les dissensions accidentelles et légères, si je puis ainsi parler, des th.'iologiens, qui sont unanimes sur les articles de la foi, et dont les con« troverses ne touchent qu'à ce qui n'a pas été défini par l'Eglise , et dont l'objet consiste b. exposer diversement les questions de foi, tout eu conservant néanmoins intégralement et toujours la foi elle-même.

texte , que du libre choix des mots et de certaines pratiques légales.

n. Obj, L'esprit de l'Evangile est un esprit de liberté, et Jésus-Christ en venant au monde fit, pour la religion dégénérée des Juifs , ce que Luther tenta plus tard de faire pour la religion catholique, qui avait été souillée par les usurpations des papes et l'esprit absolu des moines du moyen-âge (1) . Donc :

Rép. D. A. L'esprit de l'Evangile est un esprit de liberté, relativement à la loi mosaïque et aux observances légales , ou par opposition à l'esprit de servitude et de crainte de la loi mosaïque, C. Il est un esprit de liberté, dans ce sens qu'il est hbre à chacun de croire, de penser, et même d'innover selon son bon plaisir sur les choses qui sont de foi, N. La liberté de croire ce que l'on voudrait, le vrai et le faux, serait absurde et ruinerait complètement la foi.

Quant à la preuve, je nie la comparaison infâme et blasphématoire sur laquelle eUe repose. Il n'y a, en effet, qu'un déiste ou Tin athée qui ait l'audace de comparer au Fils unique de Dieu, qui n est pas venu violer, mais bien accomplir la loi (Matth., V, 17), un apostat impur et criminel, dont l'arrogance farouche a tenté de déchirer le vêtement sans coutm-e de Jésus-Christ, c'est-à-dire l'Eglise , en soulevant les enfants contre leur mère et la sienne, et en bouleversant de fond en comble toutes choses. Quelles sont les marques de sa mission? Où sont ses miracles, ses prophéties? A moins que vous ne veuilliez (chose affreuse) compter au nombre de ses miracles une fureur vraiment satanique, les fornications, les adultères, les sacrilèges (2) !

Si Jésus-Christ a abrogé la loi cérémonieUe et judicieUe en substituant la vérité à ce qui n'en était que l'ombre et la figure, il dut aussi abroger l'ancien sacerdoce, car il y a corrélation

(1) Toi est le sentiment de l'auteur de la Chronologie universelle, vol. 100 de la Bibliothèque du citoyen du XIX^ siècle.

(2) Voyez Lessius sur cette question : Quelle foi, quelle religion faut-il embrasser? consid. IX, raison cinquième, tirée de la Vie et de la condition morale, où il met à nu la vie infâme de Luther et de Calvin. Quant aux miracles de Luther, tout le monde sait ce que rapporte un témoin oculaire, Fréd. Stqîhyle, dans son Apologie complète, p. 404, de Luther exorcisant une jeune fille de la Misnie wittemburgcoise, en Tannée 1545. Le démon posséda Luther et ses compagnons, et leur causa même de graves dommages, pour la raison qui l'avait fait posséder les enfantas de Sceva (Act., XIX, 16). Staphyle, voyant que le démon prenait son maître à la gorge et qu'il ne pouvait ni fuir ni se soustraire à ses étreintes, se saisit d'une hache qu'un clerc lui avait lancée par la fenêtre, et pourvut à son salut et à sa sûreté en brisant la porte. Voyez Baddcley, Boston, 1831, p. 66.

entre la loi et le sacerdoce; il institua, néanmoins, un sacerdoce nouveau en soi , un sacerdoce éternel dont les ministres doivent, d'après un acte de sa volonté, se perpétuer dans l'Eglise , par une succession non interrompue, jusqu'à la consommation des siècles, avec la plénitude du pouvoir qu'il a placé dans l'épiscopat, dans le sens que nous l'avons précédemment exposé.

Si , en outre , il se glisse de temps en temps dans l'Eglise des abus (1) relatifs à la discipline eu aux mœurs privées, qui pourra extirper ces abus, si ce n'est l'Eglise, qui seule en a reçu de Jésus-Christ le pouvoir? Les simples particuliers seront toujours impuissants à exercer le pouvoir dans l'Eglise. On doit donc considérer ceux qui s'arrogent ce pouvoir comme des sacrilèges et des rebelles, on doit les haïr comme de vils usurpateurs toutes les fois qu'ils veulent changer quelque chose à la foi de l'Eglise.

III. Obj. L'Ecriture suppose partout que les fidèles sont libres d'examiner et de discuter la doctrine , puisque , d'après saint Jean (I Ep. IV, 1) , ils doivent se convaincre si les esprits viennent de Dieu; et saint Paul ajoute : Eprouvez toute chose , et attachez-vous à ce qui est bon (I Thess., V, 21 ) ; ils doivent prendre garde de ne pas se laisser séduii^e par qui que ce soit (Coloss., II, 28) ; il leur est ordonné de rejeter tout enseignement extérieur, puisque le Saint-Esprit enseigne intérieurement à chacun les choses nécessaires à la foi : Vous n avez pas besoin, dit saint Jean, que quelqu'un vous instruise; l'onction de Jésus-Christ vous apprendra tout, c'est une vérité, et ce n est pas un mensonge. Et, comme il vous a instruit, demeurez en lui (I Jean, II, 27). Ceci est parfaitement en rapport avec l'ancienne prophétie où il est dit : Je rendrai tous vos fils

(1) Voyez Muzzarelli, du Bon usage de la raison en matière de religion, tom. I, édit. de Florence, 1821, 2« ouvrage intitulé Abusinella Chiesa. Notre illustre auteur remarque judicieusement entre les abus de l'Eglise et les abus dans l'Eglise; il nie avec fondement qu'il y ait ou qu'il puisse y avoir des abus de l'Eglise, ou du corps entier de l'Eglise, à moins que Jésus-Christ ne puisse manquer à ses promesses; l'Eglise, loin d'approuver les abus, les a toujours condamnés et procrits, comme le prouvent les paroles de saint Augustin : « L'Eglise, qui a été établie au milieu de beaucoup de paille et » d'ivraie, supporte beaucoup de choses ; cependant, elle n'approuve, ni ne » fait, ni ne tait ce qui est contre la foi et les bonnes mœurs. » (Lett. à Janvier.) Mais il avoue qu'il y a des abus dans l'Eglise, qu'il y en a toujours eu, et qu'il y en aura toujours quelques-uns, parce que, comme l'Eglise se compose d'hommes qui sont faibles et fragilfs, il est impossible qu'il n'y en ait pas quelqu'un qui ne paie son tribut à la faiblesse humaine.

instruits par le Seigneur (Jean, YI, 45; voy. Is., LIY, 13); cette prophétie s*est parfaitement accomplie dans le Nouveau- Testament, au témoignage de Jésus-Christ, qui pour cela a défendu à tous ses disciples de ne jamais prendre le nom de maître, parce que vous navez, dit-il, de maître que Jésus- Christ (Matth., XXIIÏ, 10). Donc :

Rép. \, N. A. Car les textes cités ne prouvent rien, TEglise les a toujours entendus dans un autre sens.

Rép. 2. N. A. Pour ce qui est des quatre premières preuves, D . Les témoignages cités tendent tout particidièrement à exclure le système de l'esprit privé, C. à mettre en relief cet esprit et à ruiner l'autorité de l'Eglise, N. En effet, le but des textes que l'on vient de citer est de prémunir les fidèles contre les docteurs suspects et isolés qui, du vivant même des apôtres, avaient déjà commencé à semer ces fausses doctrines et à corrompre la doctrine sans tache des apôtres. C'est pourquoi, pasteurs vigilants , ils avertissent sans cesse le troupeau qui leur est confié du péril imminent qui les menace et de l'obligation où ils sont d'obéir à l'autorité légitime s'ils veulent se préserver de l'erreur et de la séduction. Voilà entre autres ce qu'ajoute saint Jean : Je vous ai écrit ces choses sur ceux qui vous séduisent (I J., II, 26). Bellarmin dit entre autres choses, avec justesse, dans son livre de la Parole de Dieu (liv. III, c. 10, preuv. 12) : « Saint Jean écrit ici comme un catholique qui écrirait à des catholiques obsédés et troublés par des catholiques : Vous n'avez pas besoin d'être instruit de la doctrine de Jésus-Christ par quelque luthérien ou quelque calviniste, car tout ce que vous devez savoir, vous l'avez appris par la prédication de l'Eglise aidée de l'onction du Saint-Esprit. »

Quant à la cinquième, D. Jésus-Christ, parles paroles citées, exclut la vaine gloire, C. il exclut les maîtres dans l'Eglise, N. S'il n'en était pas ainsi, comment aurait-il dit aux apôtres : Allez, enseignez les nations? De ce qu'il dit, qu'il est le seul maître, il ne s'ensuit pas qu'il n'y a pas d'autorité enseignante dans l'EgUse. Saint Augustin observe ici avec justesse que celui-là s'appelle proprement et surtout maître ^ qui tient sa doctrine de lui-même, mais qu'il n'en est pas ainsi de celui qui enseigne une doctrine qu'un autre lui a enseignée. Mais l'Eghse n'enseigne à ses enfants que ce que Jésus-Christ lui a enseigné.

Inst. L'Apôtre dit : 1. Nous ne prétendons point donuner votre foi (II Cor., I, 23), et 2. l'homme spirituel juge toutes

choses, et il nest jugé lui-même par personne (I Cor., H, 15). Donc :

Rép. 1. D, Nous ne sommes point les maîtres, c'est-à-dire nous ne prétendons point exercer, avec l'appareil extérieur du pouvoir, d'autorité sur votre libre arbitre à cause de la foi que nous vous annonçons , C. Nous ne prétendons point conserver entière en vous la foi, N. C'est ce que prouve le but et le contexte même du chapitre , comme l'explique Rosenmuller luimême (1). Dieu seul assurément est le maître de notre foi; l'Eglise ne nous enseigne que ce que Dieu lui a révélé.

Réj:). 2. Z). Il juge toutes choses d'un jugement privé, et sans se séparer de l'enseignement de l'Eglise, Tr. d'un jugement définitif et indépendamment de l'autorité de l'Eghse , A"". Nous ajouterons qu'il y a un grand nombre d'auteurs qui explicpient ainsi ce texte pour prouver que les païens ou les profanes jugent faussement la religion chrétienne, car on ne peut convaincre aucun chrétien de se tromper sur la doctrine qu'il professe (2), et c'est assurément là le sens du contexte. Mais en admettant même qu'il s'agit du chrétien intérieurement instruit par l'Esprit-Saint, il n'est pas possible de savoir d'une certitude de foi quel est cet homme spirituel.

IV. Obj. Chacun doit peser et discuter avec le plus grand soin tout ce qui touche au salut, à moins que nous ne veuillions violer le droit naturel ; il est libre par conséquent à chacun de suivre le jugement de l'Eglise ou de s'en écarter toutes les fois que sa conscience lui conseille de le faire.

Rép. D. A. Avant que quelqu'un n'ait embrassé la foi chrétienne, en tant qu'il est infidèle il a le droit de rechercher les motifs de crédibihté, Tr. après qu'il a embrassé la foi, N. On ne permet point au fidèle d'examen dubitatif, comme on dit; cet examen est incompatible avec la foi. On permet cependant à ceux qui ont l'aptitude voulue un simple examen de discrétion, et cela afin au'ils se confirment de plus en plus dans la foi.

Inst. L'examen dubitatif sur la vraie Eglise est au moins

(1) Rosenmuller, expliquant ce passage, Bernard, de Picquigny l'avait dit avant kii; car, si les protestants ont quelque chose de bon dans leurs commentaires, ils l'ont emprunté à nos commentateurs, mais sans presque jamais en indiquer la source. C'est ce que prouve clairement le Df Pierre Fourer. Ackermann, chanoine de Latran, dans l'ouv. qui a pour titre Annotatioti perpétuelle des petits propltètes. Vienne, 1830.

(2) Voyez l'auteur cité sur ce passage.

permis à chacun, car s'il n'en était pas ainsi, il s'ensuivrait que chacun pourrait, devrait même demeurer attaché à la secte dans laquelle il est né, si elle porte le nom de secte chrétienne, ce qui est absurde. Mais si l'examen dubitatif est nécessaire pour connaître la vraie Eglise de Jésus-Christ , pourquoi ne serait-il pas permis de discuter pour les autres dogmes.

Rh. D. M. L'examen dubitatif sur la vraie Eglise est permis, il est même nécessaire à tous ceux qui sont hors de la vraie Eglise, C, aux catholiques, N. Ce qui prouve qu'il y a entre les uns et les autres une grande différence, c'est que les catholiques peuvent, par l'examen de discrétion, acquérir l'évidence morale de la succession perpétuelle et non interrompue des évêques, depuis les apôtres jusqu'à nos jours, comme nous l'apprennent tous les monuments publics. L'évidence morale, au contraire, constate l'époque à laquelle les ancêtres de tous les sectaires se sont séparés de la même Eglise pour former une nouvelle société en opposition et à la foi et à l'autorité dont ils se sont séparés , ou de laquelle leur entêtement les a fait exclure. C'est pourquoi les premiers sont certains , même d'une certitude de foi, que leur Eglise est infaillible, Jésus-Christ lui ayant promis de l'assister jusqu'à la consommation des siècles ; quant aux autres sectes, elles ne peuvent jamais se promettre une telle infailhbilité , à moins qu'elles ne s'arrogent ce qu'elles refusent à l'Eglise universelle, de laquelle elles se sont séparées. Les catholiques ne peuvent donc pas douter d'après \e,uvspropres 'principes, pendant que les sectaires doivent douter d'après les leurs. Mais nous développerons ailleurs cette preuve.

PROPOSITION VU

Ceitx qui rejettent l'autorité de l' Eglise catholique pour suivre les caprices de l' esprit privé , sont privés de toute foi véritable; l'opinion ou le doute : voilà leur partage.

Afin de faire disparaître toute espèce d'amphibologie, avant de prouver la vérité de la proposition que nous venons d'énoncer, nous ferons les observations suivantes :

1 . D'après l'enseignement admis de tout le monde, l'acte de foi est composé de deux choses ; il est composé , comme on dit, de l'objet matériel; telles sont les vérités révélées et de l'objet formel ou du motif, savoir, de l'autorité et de la véracité de I)ieu qui révèle ; et ces deux choses unies au secours de la

grâce divine sont requises et suffisent pour constituer un acte de foi. Par conséquent, lorsque nous disons de ceux qui rejettent l'autorité de l'Eglise catholique, pour suivre les fantaisies de leur esprit privé, qu'ils n'ont aucune foi, nous entendons par là qu'ils n'ont aucune règle prochaine, universelle et infaillible pour nous proposer d'une manière sûre, soit les vérités révélées, soit le sens véritable de la révélation ; de sorte que nous ne puissions en aucune façon être trompés sur l'objet matériel. Car, que la révélation ait été surnaturelle, qu'elle vienne de Dieu, que tel soit son sens et qu'il ne soit pas autre, cest là un fait dont nous ne pouvons avoir la certitude que par ceux que Dieu lui-même en a rendus les témoins , les dépositaires et les interprètes; tels furent dès le principe les apôtres réunis à Pierre, dans la personne desquels a commencé l'Eglise enseignante, qui vit toujours et qui se perpétue dans l'enseignement vivant des pontifes de Rome , successeurs de Pierre , et dans les évêques qui leur sont unis et subordonnés (1).

2 . Nous ne considérons point ici tel ou tel acte de foi particulier produit par quelqu'un sur telle ou telle vérité révélée indépendamment de l'enseignement de l'Eglise, parce que, au moyen de ce qu'ils appellent les motifs de crédibilité, ou de la certitude qui provient de l'évidence morale, on peut acquérir la certitude de quelque vérité révélée, comme aussi du sens exact de cette même révélation : quant à nous, nous parlons du système entier de la foi, ou de tous les articles que nous sommes obligés de croire comme révélés de Dieu. Car Jésus-Christ, ainsi que nous l'avons vu, a confié dans son entier le dépôt de la foi à son Eglise, pour enseigner jusqu'à la consommation des siècles cette même foi qui lui a été confiée : Leur apprenant, dit-il, à garder tout ce que je vous ai confié, nous entendons par conséquent l'objet matériel de la foi tout entier, et non pas seulement une partie. Quoique personne, et c'est là une remarque digne d'attention, d' émette positivement un acte de foi, indépendamment de l'autorité de l'Eglise, de laquelle au moins dès le principe il a appris soit qu'il y a révélation, soit que tel est le sens de la révélation sur telle vérité particulière. Si parfois, en effet, les protestants croient positivement une vérité quelconque, c'est,

(1) Voyez Balgeui, ouvrage intitulé Economie de la foi chrétienne Brescia, 1790, c. 1, art. 1 et suivants.

si je puis m'exprimer ainsi, d'après un principe catholique qu'ils croient, et sous ce rapport ils sont catholiques; il faut aussi entendre cette vérité dans le même sens pour les autres hérétiques, car personne n'est hérétique ou protestant, à moins qu'il n'ajoute ou ne retranche quelque chose aux vérités qu'enseigne ou qu'a enseigné l'Eglise.

3. Nous avons établi qu'il est impossible à ceux qui opposent les fantaisies de l'esprit privé, ou qui substituent ce même esprit privé à l'enseignement ou à l'autorité de l'Eglise que Jésus-Christ a établie, d'avoir cet objet matériel de la foi dans sa plénitude, et cela pour deux raisons ; et d'abord, il leur est impossible, indépendamment du témoignage de l'Eglise, de connaître d'une manière certaine les règles éloignées de la foi, comme l'Ecriture et la tradition, soit encore parce qu'ils ne peuvent pas connaître, sans l'enseignement de l'Eglise, le sens réel de l'Ecriture et de la tradition. C'est ce que nous nous proposons de prouver, et a 'priori et a posteriori, c'est-à-dire et en droit et en fait, ou selon qu'en agissent les protestants eux-mêmes. Ces observations faites, nous allons prouver la proposition que nous avons précédemment énoncée.

Le système de la foi, c'est le système de l'autorité. La foi en général, en effet, n'est que l'assentiment que l'on donne à quelqu'un à cause de son autorité. Mais les apôtres ayant recueilli de la bouche même de Jésus-Christ les vérités de la foi, les transmirent aux successeurs qu'ils s'étaient choisis, afin qu'ils les transmissent, eux aussi, jusqu'à la postérité la plus reculée, telles qu'ils les avaient reçues et sans aucune espèce de discussion. Les apôtres et leurs successeurs proposèrent ensuite à la croyance des infidèles ces mêmes vérités, et comme tout ce système était surnaturel et surpassait les bornes intellectuelles de la raison, ils firent des prodiges ou ils donnèrent des motifs de créduhté, afin de rendre raisonnable leur soumission à la foi. Cependant, quant à ces vérités en elles-mêmes, ils exigèrent toujours qu'ils y soumissent leur intellect et qu'ils les crussent, menaçant de peines éternelles ceux qui refuseraient de les admettre. Tout ce qu'ils crurent, ils le crurent donc sur l'autorité de l'Eghse, qui attestait l'avoir reçu de Jésus-Christ ou de Dieu.

C'est à cause de cette autorité infaillible et divinement étabhe de l'Eglise catholique que tous les fidèles ont cru toutes ces vérités comme autant d'articles de foi et n'en ont pas cru d'autres, qu'ils ont admis comme venant de Dieu ces traditions

et n'en ont pas admis d'autres , ont reçu comme canoniques et inspirés de Dieu ces livres et n'en ont pas reçu d'autres , conformément à cette parole célèbre de saint Augustin :Poi^?« moi, jene croirais pas à l'Evangile si l' autorité ciel' Eglise catholique ne me poussait à le faire [1) . Saint Irénée avait exprimé la même pensée avant saint Augustin ^ lorsqu'il dit qu'il ne faut pas chercher la vérité hors de rEglise, 2misque les apôtres, dit-il, y ont déposé pleinement , comme dans un riche trésor, toutes les vérités, de manière que celui qui le veut peut y aller puiser le breuvage de la vie. Elle est le vestibule de la vie, etc. (2). Ensuite , après avoir exposé la succession des églises apostoliques, et surtout de l'Eglise de Rome, auxquelles il faut demander la vérité, il conclut en ces termes : C'est au moyen de cette organisation et de cette succession que sont arrivés jusqu'à nous la tradition et l'enseignement de la vérité qui nous vient des apôtres (3). Tel avait été aussi, avant Irénée, le sentiment de saint Poly carpe , qui, au rapport du même Irénée , est un homme d'une plus grande autorité, un témoin plus fidèle de la vérité que Valentin Marcion et les autres, dont le sentiment est perverti. Il enseigna toujours ce qu'il avait appris des apôtres, ce que l'Eglise a enseigné, choses qui seules sont vraies (4). Clément de Rome avait précédé saint Polycarpe, et, d'après saint Irénée, il avait vu les apôtres eux-mêmes, (lavait conversé avec eux lorsqu'il avait encore sous les yeux la prédication des apôtî^es, quelle retentissait encore à ses oreilles (5). Saint Ignace, martyr, l'avait précédé lui-même, et Eusèbe rapporte qu'il exhortait les fidèles à demeurer fortement attachés à l'enseignement des apôtres -(6).

Il en était de même d'Oi^igène, dont Eusèbe dit : S'attachant au canon ecclésiastique, il atteste en ces termes qu'il n'y a que quatre évangiles, comme je l'ai appris de la tradition, dit-il; il n'y a que quatre évangiles reçus dans l'Eglise universelle qui est répandue dans le monde entier, et ils sont reçus sans difficulté (7). Eusèbe lui-même, rappelant au même endroit la

(1) Liv. contre la lettre du fondement, c. 5, n. 6.

(2) Contre les hérésies, liv. III, c. 3.

(3) Saint Irénée, Contre les hérésies, liv. III, c. 3, p. 176, édit. des Bénéd.

(4) Ibid., p. 177.

(5) Ibid., p. 176.

(6) Hiot. eccl., liv. III, c. 36.

(7) Ibid., liv. IV, c. 23.

première épître de saint Pierre, lui rend ce témoignage : ]\Iais Pierre est le fondement inébranlable sur lequel est bâtie l'Eglise de" Jésus=Christ5 contre laquelle ne prévaudront pas les portes de Tenfer (1). Je passerai sous silence Tertullien, qui a consacré tout son livre des Prescriptions à développer ce principe contre tous 1p9 hérétiques, comme aussi ceux qui combattirent ces 0l)inJDnSj Cyrille d'Alexandrie, Capréolus de Carthage (2), ViTiceiit de Lérins, etc., qui tous sont unanimes à établir ce

{)riîiei})Ê5 d'autorité de l'Eglise catholique, soit pour connaître es vrais livres de l'Ecriture, comme aussi les traditions apostoliques, Boit pour en connaître le sens véritable (3). C'est pourquoi le motif universel, qui des infidèles a fait des chrétiens qui ont cru toutes et chacune des vérités proposées par l'Eglise , ce même motif a fait que ces chrétiens sont devenus catliolîques à cause de l'autorité infaillible de cette même Eglise.

Donc, si l'autorité de l'Eglise, qui propose ou qui nous applique l'autorité divine, est la règle prochaine de notre foi et la condition sans laquelle nous ne pouvons pas savoir d'une manière certaine et infailHble les choses qu'il faut tenir comme' de foi, il est évident que quiconque rejette cette autorité ou proteste contre ne peut pas avoir la vraie foi. Car, en dehors du sens {iiivé, il n'y a pas plus de raison de croire ceci que de ne pas croire cela; et en rejetant un article on peut en rejeter un autre, de manière à n'en conserver aucun ou presque aucun, d'après cette parole de TertuUien : Les disciples de Valentin peuvent en faire autant que lui; les marcionites peuvent j comme Marcion, au gré de leur caprice, innover dans la foi (4). Mais comme l'esprit privé est par lui-même faillible, sujet à l'erreur et à la déception, il est évident que ceux qui rejettent l'autorité de l'Eglise, sont privés

(1) Eusèbe, passage cité.

(2) Ou plutôt Cj-prien de Carthage. N. T.

(3) Voyez Gerdil, Comment, contre Boliémérus, édit. de Rome, tom. XI,

(4) Prescriptions, c. 42. Voici le texte tout entier : « Je ments, s'ils suivent s ( les hérétiques ) tous invariablement leurs règles, lorsque chacim d'eux » module sur sa libre volonté ce qu'il a reçu, de même que celui de qui il » le tient l'a modulé sur la sienne. Il reconnaît sa nature, les coutumes de » ceux de qui il descend, les progrès de la chose. Ce que put Valentin, les » valentiniens le peuvent... Au reste, si l'on examine attentivement toutes lies » sectes hérétiques, elles différent toutes de leurs auteurs, » p. 217, édit. de Rigalt, Paris, 1CC4. On dirait que Tertullien écrit ici surtout pour les hérétiques des temps modernes, et particulièrement pour les protestants. N. T.

de toute règle infaillible qui puisse les guider dans ce qu*il& doivent croire comme de foi, et par conséquent que tout ce qu'ils admettent ou qu'ils rejettent ne sort pas des limites de l'opinion humaine. Déplus, personne ne pouvant défendre son sentiment comme certain et rejeter d'une manière absolue celui d'autrui qui lui est opposé comme faux, surtout dans des choses qui surpassent la portée de l'esprit humain, on en conclut que cette substitution de l'esprit privé à l'autorité engendre nécessairement une espèce de doute universel , et que personne ne pourra jamais faire un véritable acte de foi, que nécessairement on sera réduit pour les choses qui sont de la foi à un doute absolu, ou si quelqu'un fait un acte de foi, il ne le fera, d'après l'observation que nous en avons faite, que d'après un principe cathohque.

Ce qui confirme surtout ce que nous venons de dire, c'est la doctrine et la manière d'agir des protestants. Luther, dans le principe, rejeta quelques dogmes, Calvin en nia d'autres,' Zwingle d'autres, les anabaptistes d'autres, enfin les sociniens les rejetèrent tous, de même que le font les méthodistes, les rationalistes et les déistes. Les pasteurs de Genève se sont tellement écartés de ce qu'admettait Calvin, que, dans ces derniers temps, ils ont déclaré une guerre qui dure encore à certains docteurs et certains ministres qui s'écartaient du système qu'on leur avait tracé, et qui s'efforçaient de défendre ou de retenir certains dogmes, tels que ceux du péché originel, de la Trinité, de la divinité de Jésus-Christ (1).

Aussi le protestantisme est-il défini, dans une Revue protestante : Un acte d'indépendance de la raison humaine en matière de religion (2). D'après l'anglican Watson, le protestantisme est un acte par lequel quelqu'un croit ce quil veut, et professe ce quil croit (3) ; ou, comme il est dit dans le catéchisme anglican publié depuis peu : Le pjrotest autisme, c est la haine du papisme (catholicisme), l'exclusion des papistes (cathohques) de toute charge civile ou ecclésiastique (4) . D'après

(!) Voyez l'édit porté par le sénat de Genève contre ceux qu'on appelle vulgairement momiers; Mém. cathol., fév. 1824.

(2) Revue protestante

(3) Voynz Milner, Controverses religieuses, part. 3, p. 125.

(4) Cat.^cbisme protestant, p. 12. Le protestantisme, d'après le professeur protC3tantdeLeipsig,Tzscliiruer,e5fMncAr25^mwzsme<i^^û^^c?<?5/brwes5rew«n/e?. D'après des théologiens de Zurich , le protestantisme consiste dans la triple

deuxiè:me partie, contre les hérétiques. 277

cette définition, quand même on rejetterait tous les dogmes de la foi, quand on renverserait tous les principes de la morale, pouvu que l'on rejette l'Eglise catholique , on pourra être protestant, et par conséquent le juif, le musulman, le païen même le sera. Le protestantisme est défini par Breckenridge dans la controverse qui a eu lieu dans les provinces unies de l'Amérique du Nord : La religion réformée est opposée à l'Eglise catholique romaine, quant à la doctrine, aux moeurs, à la discipline et au culte; et ailleurs : C'est une religion révélée qui repose tout entière sur les saintes Ecritures, qui sont les seules règles de la foi et des mœurs, et qui proteste contre les erreurs et la corruption de l'Eglise romaine (\). Ces définitions sont parfaitement en rapport avec celles que nous avons déjà citées, lorsqu'elles établissent que l'essence du protestantisme consiste dans l'interprétation privée des Ecritures et dans la protestation contre l'Eglise catholique. D est certains protestants qui s'appuient sur ces principes pour rejeter soit tel chapitre, soit tel hvre des saintes Ecritures (2) ; il en est même qui rejettent toute espèce d'inspiration pour les livres saints ; il en est qui affirment que le christianisme n'est bon qu'à former les

liberté d'examen, d'interprétation et de profession. On voit par là conabien peu les protestants sont d'accord sur la définition qu'ils donnent du protestantisme.

(1) Controverses du Rêver. Messers, Hughes et Breckenridge; Philadelphie, 1833, n. 20, p. 2-26. Ce provocateur ne s'en tient jamais aux règles admises de part et d'autre ; il mêle et confond tout. On peut parfaitement lui appliquer les paroles de de Maislre : « Sur tous les points où il n'est pas possible » de bien raisonner, l'esprit de secte fait tout ce qu'il peut; U divague, il » donne le change, et surtout il s'étudie à laisser les choses dans un certain » demi-jour favorable à l'erreur.» Soirée 8^, p. 96. Il se retranche, lui aussi, sur la Saint-Barthélemi et l'inquisition, etc.

(2) Nous allons en donner, comme spécimen, quelques exemples. Les deux premiers chapitres de saint Luc ont été rejetés par Evansou, dans son Examen des dissidences des Evangiles (Ipswich, 1793, 8); par J.-E.-G. Schmidt, dans son livre intitulé l'Evangile authentique de Luc; par Henc dans sa Collection philosophique, exégétique et historique ecclésiastique, part. 5«, sect. 3e, p. 473 et suiv.; par Horst, des deux premiers chapitres de saint Luc; Toyez Musée de Henc, Authenticité de la dernière section des Evangiles. Il y en a aussi un grand nombre qui ont attaqué celui de saint Marc, à partir du verset 8« jusqu'à la fin, voyez Âlichaëlis dans son Histoire de la sépulture et de la résurrectioii , p. 179; Telleri, Nouvelle collection des orateiu's, Vol. 3, § 5, et une foule d'autres, dont on peut voir les noms clans Xuiuoël, Commentaires sur les livres du Nouv.-Tcst. Hist. Outre les i^^inpla- Jiens, qui n'admettent pas dans leur texte publié, 1831, et intitulé Levitiken, le chapitre XXI de sahit Jean, il est rejeté aussi par presque tous les protestants modernes qui font partie des sociétés bibliques, ou au moins ils le révoquent en doute. Voyez Kuiuoël, ouvr. cit., Le Clerc, etc.

mœurs; il en est, enfin, qui soutiennent qu'il n'est pas d'actions immorales par elles-mêmes, ou qu'il n'y a pas d'actions subjeotivement immorales, qu'elles sont simplement illégales, en tant qu'elles sont moins en rapport avec les lois et les usages de la société humaine. Ils affirment que tout est soumis à la nécessité, et qu'il ne peut pas y avoir de lutte entre l'âme et la sensihilité (1). Quel est l'homme qui ne voit pas que cette manière d'agir renverse la religion chrétienne de fond en comble, ou qu'au moins on ne retient du christianisme que le nom et l'ombre?

Il suit de ce que nous venons de dire, 1 . que le protestantisme, pour me servir ici du langage des chimistes, n'est qu'un principe dissolvant de la religion chrétienne, qui n'a de vie que dans la seule Eglise catholique, avec laquelle elle est pour ainsi dire identifiée (2).

Il s'ensuit 2. que les protestants, et par conséquent tous les hérétiques, n'ont aucun lien d'unité religieuse ; ils ne peuvent donc y pourvoir que par l'autorité politique ou civile (3), ou

(1) Voyez le baron de Stark, ouvr. cit.; Trembley, ouvr. aussi cité. Nous citerons plus bas quelques-uns des documents que nous indiquons ici. Nous nous contenterons, pour le moment, sans nous arrêter à ce qu'enseignent les sociniens, les antinomiens et une foule d'autres, de rapporter ce que dit Trembley, dans l'ouvrage que nous avons cité, page 262etsuiv. : « On enseigne au j» sein de la réforme, dit-il, qu'il n'y a point d'actions immorales par ellesi> mêmes, quoiqu'elles puissent être illégales , d'après les lois et les convcn- » tions de la société; il n'y a point d'actions subjectivement immorales, mais » tout est soumis à la nécessité de la nature, et il ne peut pas y avoir d'op- » position entre la sensibilité et la raison. »

(2) C'est avec infiniment de justesse que le comte de Maistre dit, iiv. da Pape, Iiv. 11, c. 5 : « Si le protestantisme porte toujours le même nom, » quoique sa foi ait immensément varié , c'est que son nom, étant purement » négatif, et ne signifiant qu'une renonciation au catholicisme, moins il croira, » ^lus il -protestera, plus il sera lui-même. Son nom, devenant donc tous les » jours plus vrai, il doit subsister jusqu'au moment où il périra, comme » l'ulcère périt avec le dernier lambeau de chair vivante qu'il a dévoré. » Ce qui est parfaitement en rapport avec ce que dit l'Apôtre : Leur discours ( des hérétiques) se propage comme un cancer (Il Tim., II, 17).

(3) L'expérience de plusieurs siècles prouve que les sectes qui ont secoué le joug de l'autorité spirituelle légitime sont tombées sous l'empire séculier ou civil , qui a exercé sur elles une autorité bien plus dure que n'en exercèrent jamais les pontifes romains avant qu'elles se fussent séparées. Ce qui fait dire avec justice à Fcller, Dict. hist., tom. Vil, p. 262 : « Tous ceux qui se sont » séparés du grand corps de l'Eglise et de son chef, n'ont jamais manqué de » tomber sous une autorité profane et arbitraire. » Mélanchton avait déjà fait depuis longtemps cette observation dans la préface de ses œuvres, où il se plaint amèrement qu'au joug du pape, qui n'était qu'un joug de bois, a succédé le joug de fer des politiques ou des laïques, qui se sont arrogés une autorité plus terrible que celle du pape. Les centuriateurs de Magdebourg s^

DEUXIÈaiE PARTIE. COISTRE LES HÉRÉTIQUES. 279

par la haine commune qui les anime contre l'Eglise catholic[ue dont ils se sont séparés (1).

Il s'ensuit 3. que s'il reste encore parmi les hérétiques quekpies traces de christianisme, et que le protestantisme n'ait pas encore produit tous ses fruits parmi le peuple , il faut uniquement l'attribuer à la désunion qui règne parmi les pasteurs et les ministres qui ont substitué leur propre autorité à l'autorité de l'Eglise catholique, ou à la puissante influence cp'exerce encore au moins indirectement l'Eglise catholique sur ces sectes, bien qu'elles se soient révoltées et séparées d'elle.

n s'ensuit 4. que c'est avec raison que nous avons affirmé que le rationalisme et le naturalisme, etc., sont le fruit véritable, naturel et nécessaire de ce principe, sur lequel repose la réforme ou le protestantisme tout entier, c'est-à-dire de cette indépendance complète et absolue de l'autorité légitime ou de l'autorité de l'Eglise catholique, que Jésus-Christ a constituée seule la gardienne, l'interprète infaillible, la dépositaire et le témoin de sa doctrine et de sa religion.

Objections,

I. Obj. Ce n'est pas l'autorité de l'Eglise que Jésus-Christ a instituée que les protestants rejettent, c'est seulement l'abus qui s'y est glissé, dans les derniers siècles, qu'ils repoussent. Bien plus, les correcteurs des saints enseignements (2) qu'ont produit

plaignent amèrement, eux aussi, du môme mal, dans l'Introduction de la Vile Centurie. Ainsi les Anglais n'ont pas eu honte de substituer au pape la reine Elisabeth, et d'en faire une papesse. Ailleurs, pareillement, ce sont les premiers magistrats qui dirigent toutes les aflaires spirituelles, les synodes, la liturgie , etc. Les ministres n'ont qu'à baisser l'oreille et à se soumettre honteusement, bon gré, mal gré, sur tous ces points.

(1) On peut dire, de toutes les sectes, que leur vie consiste dans la haine qu'elles ont pour l'Eglise catholique. C'est là leur aliment. De là naissent toutes ces macliinations, ces persécutions, ces supercheries sur lesquelles on peut consulter Lessius, Diss. cit. Quelle religion faut-il embrasser? Septième raison, tirée de, la supercherie et de la fraude. Nous avons vu plus haut que le protestantisme est défini, dans le catéchisme anglican, la haine da papisme. Les députés de Genève au synode de Dordrccht déclarent, au nom de tous : l\ous ne voulons avoir aucune sorte d'union avec les catholiques ; au C07ïfraire, nous les méprisons et nous les haïssons (§ 15, sess. XIV et XV).

(a) Telle est la manière dont Wegscheider, et les autres protestants , aésigneut cà et là Luther et Calvin. ^lais le comte de Maistre les peiut parfaitement et ironiquement eu ces termes, daus le livre du Pape , liv. IV : « Jésus- » Chi'ist reparut parmi nous pour assurer solennellement à son Eglise une » assistance aussi duraljle que le monde. Mais, hélas! cet effort de l'amour » tout-puissant n'eut pas, à beaucoup près, tout le succès qu'il annonçait. Par

tous les siècles n'ont rien innové dans les matières de la foi ; ils n'ont fait que protester contre les nouveautés qui, de temps en tempSj se sont introduites furtivement dans cette même Eglise, ramenant la foi à la simplicité de l'Eglise primitive , qui était plus pure. Donc :

Méj). N. A. Comme aussi la supposition de nos adversaires. Car, d'après la promesse de Jésus-Christ , son Eglise ne peut pas abuser de cette autorité dans les choses qui touchent à la foi et à l'intégrité des mœurs. Cet appel de l'Eglise présente à l'Eglise primitive et plus pure des premiers siècles, n'est qu'un manteau dont on cherche à se couvrir en tout temps (non pas les correcteurs j mais bien les corrupteurs des saints enseignements, c'est-à-dire les hérétiques), afin de justifier leur révolte, afin de faire illusion aux peuples. Les ébionites, les elcéséites, les simoniens, les nicolaïtes, les cérinthiens, les gnostiques s'élevèrent contre les nouveautés des apôtres, et dans l'hypothèse de nos adversaires, ils en eussent appelé à l'Eglise plus pure, telle qu'elle était pendant que Jésus-Christ était encore vivant sur la terre (1).

II. Obj. 1. L'indépendance religieuse des protestants n'est pas absolue ; elle est circonscrite dans les saintes Ecritures, qui sont le code de la révélation. Par conséquent, lorsqu'ils tiennent quelque chose comme de foi, ils ne le tiennent pour tel que sur l'autorité de l'Ecriture sainte, qui contient clairement les articles que les protestants croient comme tels ; donc , dans le sens des protestants, l'indépendance rehgieuse de l'autorité de l'Eglise ne s'oppose pas à ce que l'on croie certaines choses comme de foi (2). 2. Ceci fait même comprendre comment il se fait que l'église protestante est une, comme l'est l'Eglise romaine, puisqu'elle réunit tous les fidèles dans une seule et même croyance et par une même administration des sacrements, selon l'esprit de son fondateur (Jésus-Christ), comme le prouve parfaitement Otto (3). Ou comme l'explique parfaite-

» défaut de science ou de force , ou par distraction peut-être , Dieu manqua » son coup, et ne pat tenir sa parole... Bientôt cette religion sainte, révélée » à l'homme par l'Homme-Dicu, ne fut plus qu'une infâme idolâtrie qui du- » rerait encore, si le christianisme n'eût été brusquement ramené à sa pureté » originelle par deux misérables. »

(1) Voyez saint Irénoe , Contre les hérésies, pass. cité.

(2) Tel est le langage de la Revue protestante, ù laquelle on peut ajouter Breckenridgc, coulrov. Améric, pass. cit.

(3) Voyez l'ouvrage qui a pour titre Catholique et Protestant.

ment le docteur ïittmann, 3. l'Eglise protestante revendique tellement pour elle l'unité a), qu'elle ne reconnaît pour source de la révélation que la seule Ecriture sainte b) ; elle admet la propagation perpétuelle de la vérité et c) le progrès continuel de l'Eglise chrétienne (1). Donc :

Bép. 1. Je nie l'assertion de nos adversaires, je nie de plus l'antécédent et la supposition. Si l'on rejette l'autorité de l'Eglise catholique, qui est-ce qui prouvera aux protestants que les livres de la sainte Ecriture ont été inspirés et sont divins, ou qu'une partie quelconque de ces livres a été inspirée , si ce n'est l'esprit privé qui dès-lors est le seul juge indépendant de la révélation? Luther n'a-t-il pas retranché des Uvres entiers du canon des Ecritures inspirées? Et après Luther certains protestants, tout récemment en Allemagne, ont rejeté l'inspiration de plusieurs livres de l'Ecriture; il en est même qui l'ont rejetée formellement pour tous les livres saints (2)? Benjamin-Constant n'appartenait-il pas à la réforme, lui qui est approuvé par la Bévue protestante, et qui enseigne ouvertement que les livres de l' Ancien-Testament ont été en partie corrompus par

(1) De l'Unité dans l'Eglise évangélique, Leipsig, 1826.

(2) De l'Etat de la religion protestante eu Allemagne, R. Hughes James Rose. L'auteur, quoique protestant, y déplore l'état où est tombé le protestantisme en Allemagne ; là, il est quelques protestants qui accusent saint Paul de judaïsme ; Semler , au contraire , aff rme qu'il fut gnostique ; d'autres , tels qu'Ammon, Wegsclieider, Hensse, etc., refusent aux auteurs des livres saints toute révélation surnaturelle ou toute inspiration du Saint-Esprit; l'Ecriture sainte tout entière n'est même, selon eux, qu'une espèce d'introduction à la raison pure. Le baron de Stark, ouv. cit., p. 133, après avoir rapporté certains passages du docteur protestant Clodius, surintendant de Hildesheim, qui, dans ses Aperçus primitifs du christianisme, publiés en 1808, accuse Jésus-Christ d'avoir été un faussaire et un parjure en face de la mort, comme ayant trahi la vérité par un serment solennel en présence des Juifs, etc., rapporte enfin le trait en ces termes : « D'après l'Evangile de saint Matthieu, la doctrine est i) exposée avec beaucoup de suppléments étrangers et de changements ; il ne » peut par conséquent servir de règle de foi. L'Evangile de Jean et ses lettres » ne sont pas de lui, mais l'ouvrage de quelque Juif. On y trouve plusieurs » choses blâmables et contradictoires; la doctrine en est gnostique. Paul, dans » ses lettres, n'a point quitté ses idées judaïques; il continue de croire à la » divinité de la religion juive, d'admettre une résurrection réelle de la chair, » et on ne trouve point chez lui la doctrine de la Providence. Les lettres de » Pierre et de Jacques, et celle aux Hébreux, sont comme celles de Paul; en » général, les écrits du Nouveau-Testament ne peuvent produire aucun corps » de doctrine bien Ué et bien avéré, etc. » Mais il suffit de jeter les yeux sur les livres des modernes partisans de la Bible pour savoir jusqu'où sont eufin allés les protestants. Nous n'en avons rapporté que quelques faibles traits, et pourtant ce sont là les hommes qui se fiattout de ne prendre pour base de leur croyance que la seule Ecriture!

Tesprit sacerdotal d'Esdras, qu'avait exaspéré son infortune (1)?

Je nie en outre la conséquence. En effet, si Tesprit privé est le seul interprète et Finterprète indépendant des livres saints , tout ce cpie quelqu'un aura trouvé et qui lui semblera de foi, sera de foi, mais tout ce qu'il ne considérera pas comme de foi, il le rejettera complètement. Il y aura alors autant de S}^mbole que de têtes, et, qui plus est, comme le même individu change souvent d'opinion, une chose qui aujourd'hui sera de foi, demain sera fausse. Il n'y a donc de fixe, dans un tel système, que l'inconstance et la variation. La seule règle de foi consistera dans la persuasion subjective et privée de chacun, ou plutôt ne consistera plus que dans l'opinion ou le doute. C'est ce que prouvent clairement l'expérience et l'histoire (2).

Rép, 2. D. Que l'Eglise protestante soit une négativement et nominalement, Tr, qu'elle le soit réellement et positivement, N,

(1) Ouv. cit., de la Eeligion considé^^ée dans ses sources, etc.,tom. Il, p. 242 : « L'Histoire des Juifs, écrit-il (et son affirmation est toute gratuite), ayant été D recomposée de nouveau par Esdras, qui était de race sacerdotale, et qui, dans X) son zèle, aigri par le malheur, exagérait la sévérité des lois de Moïse, les » écrivains des livres des Hébreux durent se pénétrer de l'esprit sacerp dotal, etc. »

(2) Voyez Lettre de M. Laval, ci-devant ministre à Gondé-sur-Noireau, à ses anciens coreligionnaires, Paris, 1823 ; il y prouve invinciblement, entre autres cboses, que les protestants sont dans l'impossiljilité d'affirmer en quoi consiste la vraie foi, ou ce que c'est que la Bible, parce qu'on peut, du même droit que les premiers réformateurs, rejeter quelques-uns des livres saints, et, pour la même raison, en rejeter d'autres, sans qu'on puisse ni être blâmé ni cesser d'être protestant pour cela, puisqu'on n'agit de la sorte qu'en vertu de la persuasion subjective et conformément à la liberté dont usèrent les premiers réformateurs, et comme en usent, ainsi que nous l'avons vu, les nouveaux protestants partisans de la Bible. Il nous faut ici prévenir, en passant, une objection que l'on pourrait nous -faire ; c'est que, parmi les catholiques, il y a eu et il y a encore des hommes qui ont émis, et sur la religion et sur les livres saints, des aberrations qui ne sont pas moins grandes, et que cependant on ne doit pas imputer ces aberrations à la religion catholique. Doue on ne peut pas non plus imputer au protestantisme les aberrations de certains individus. Nous répondons qu'il y a une grande diilércnce entre les catholiques et les protestants; ceux-ci, en effet, agissent contre les principes de leur propre religion, qui condamne et proscrit de semblables aberrations; ils résistant à l'autorité, etc. Les protestants, au contraire, agissent conformémentaux prmcipes de la réforme, dont la nature et l'essence consistent, comma. nous l'avons si souvent répété, dans la liberté d'examen dont jouit l'esprit privé, puisqu'il est indépendant de toute autorité, et que, par suite, personne ne peut l'accuser d'erreur, pendant qu'il en est tout autrement dans la communion catholique, qui a pour fondement le principe d'autorité de l'Eglise enscij^nante •

DEUXIÈaiE PARTIE. CONTRE LES HÉRÉTIQUES. 283

à moins que l'on ne veuille embrasser dans une même foi l'ensemble de toutes les contradictions, tel, par exemple, que si quelqu'un disait : Jésus-C/mst est Dieu, et qu'un autre dît aussi, Jésus-Christ n est pas Dieu, et que l'on reconnût là la même foi, et que, par conséquent, on dit nous professons la même foi, notre église est la même, elle est une, et cpie l'onea dit autant'des autres articles. On n'a jamais pu amener les protestants à faire une seule et même profession de foi , bien que souvent on les ait poussés à le faire; et pourquoi en est-il ainsi, si ce n'est parce que la base même du protestantisme s'y oppose? Si, en effet, le fondement, la nature même et l'essence du protestantisme , comme l'ont souvent avoué les protestants eux-mêmes, consiste dans l'indépendance individuelle religieuse en matière de foi, évidemment il est de toute impossibilité qu'il possède l'unité de foi, il est même de toute impossibilité qu'il ait la foi, puisque, d'après ce système, la foi dépend de la persuasion subjective de chaque individu; elle est, par conséquent, individuelle, fausse et inconstante. Il découle donc de là que le protestantisme ne peut posséder qu'ime unité négative, unité qui consiste dans la négation d'un article de foi quelconque.

Rép, 3. iV. n n'est pas possible d'établir l'unité de la foi ou de l'Eglise, soit que l'on prenne simultanément les trois raisons sur lesquelles s'appuie Tittmann , ou qu'on les prenne à part, et cela, par la raison que nous avons déjà donnée» Il ne suffit pas a) que l'église protestante considère la sainte Ecriture comme la seule source de la révélation pour atteindre ce but, car, s'il en était ainsi, les sociniens et les méthodistes, les unitaires et les rationalistes, etc., qui rejettent tous les dogmes, tels cpie ceux de la Trinité, de la divinité de Jésus- Christ, de l'Incarnation, de la transmission du péché originel, de la présence réelle, etc., constitueraient une seule église, et professeraient une seule et même foi avec les luthériens et les protestants spnitualistes , qui prétendent admettre encore ces dogmes, car tous les sectaires dont nous venons de parler considèrent l'Ecriture comme la seule source de la révélation. On pourrait même dke, ce qui est plus extraordinaire encore, que presque tous les hérétiques, depuis le commencement de l'Eglise jusqu'à nos jours, bien qu'ils aient émis une foule de paradoxes, ont conservé l'unité de foi et ne constituent ([u'une Eglise, puisqu'ils ont tous considéré l'Ecriture comme la seule

soui'ce de la révélation ; or, qui ne voit Tabsurdité d*un tel principe?

On doit en dire autant de la propagation éternelle de la vé-^ rite, que notre adversaire donne comme son second principe ; qu'entend-il /?ar la propagation éternelle de la vérité? Q^diV^ en effet, ou ces paroles sont vides de sens, ou, si elles en ont un, elles n'expriment que la propagation éternelle du chaos et de la confusion; car, comme nous l'avons déjà vu, il y a presque autant d'opinions que de têtes dans le protestantisme; l'un d'eux affirme ce que nie un autre ; il en sera ainsi jusqu'à ce que, poussé par le désespoir, le protestantisme ait rejeté presque tous les livres symboliques , de même que toute profession de foi ; et, malgré cela , Tittmann vient nous parler de la propagation éternelle de la vérité, bien qu'il ne sache pas même quel est l'objet de cette vérité.

Le troisième principe de notre adversaire, qui consiste à admettre le progrès continuel de l'Eglise chrétienne, est tout aussi insuffisant, car le seul progrès du protestantisme consiste à tomber d'une erreur dans une autre erreur. Le protestantisme actuel diffère tant, en effet, du protestantisme primitif, que, sauf le principe fondamental de l'indépendance individuelle, il y a, entre le premier et le dernier, la différence du ciel à la terre, puisque ce dernier a rejeté toutes les vérités que retenaient avec l'Eglise catholique les premiers protestants ; et c'est pour donner à cette défection un vernis d'honnêteté, que les protestaùts modernes ont imaginé le principe de \d, perfectibilité, c'est-à-dire de la destruction.

J'ai dit en outre que les trois principes de Tittmann, pris ensemble , ne constituaient pas cette unité , puisqu'il n'est pas une seule secte qui ne puisse se les approprier; les disciples de Simon, les nicolaïtes, etc., auraient pu, eux aussi, revendiquer cette unité, bien que, depuis longtemps déjà, ils aient disparu de dessus la scène du monde, comme disparaîtra le protestantisme , lui aussi , malgré le progrès et la propagation continuelle et éternelle de la vérité,

Inst. Il suffira au moins de croire implicitement tout ce que Jésus-Christ a enseigné, ou, selon le langage d'Otto, de croire conformément à l'esprit de son fondateur. Donc (1) :

(1) Ouvrage intitulé Der Cathoîik und der Protestant, où il ressasse toutes les objections de ses devanciers, surtout celles de la baronne de Staël, dans ses Considérations sur les principaux événements de la révolution française.

Rép. N. Car il faut croire ce que Jésus-Christ enseigne par le ministère de l'Eglise, et tel a été le dessein du fondateur de la religion chrétienne, comme il l'a exprimé en maintes circonstances, ainsi que le prouvent les témoignages que nous avons précédemment rapportés. S'il n'en était pas ainsi, sa révélation eût été complètement inutile, et nous ignorerions entièrement l'objet de notre foi; les vérités de la religion n'auraient plus sur nous aucune influence; le doute perpétuel, voilà quel serait notre partage ; d'autant plus que cette ignorance est volontaire, et qu'elle procède de la révolte et de l'opiniâtreté.

PROPOSITION VIII (a).

Les hérétiques et les schismatiques dénoncés n appartiennent pas à l'Eglise de Jésus-Christ,

Nous ne parlons point ici , comme l'indique le texte même de la proposition, de ceux qui ignorent invinciblement qu'ils sont schismatiques ou hérétiques, ou(pii en fontpartie de bonne foi, selon le langage ordinaire. Car ils appartiennent évidemment à l'âme ou à l'esprit de l'Eglise ; tels sont tous les enfants qui ont été baptisés selon les règles de l'Eghse ; sur ce point,

tom. III, p. 15. Elle s'exprime en ces termes : « Il n'est aucune question, ni » de morale ni de politique, daus laquelle il faille admettre ce qu'on appelle » autorité. La conscience des hommes est en eux une révélation perpétuelle, » et leur raison un fait inaltérable. Ce qui fait l'essence de la religion cliré- » tienne, c'est l'accord de nos sentiments intimes avec les paroles de Jésus- » Christ. » Et ailleurs : « Le droit d'examiner ce qu'on doit croire est le » fondement du protestantisme. Les premiers réformateurs ne l'entendaient » pas ainsi. Ils croyaient pouvoir placer les colonnes d'Hercule de l'esprit » humaÏQ aux termes de leurs propres lumières, mais ils avaient tort d'es- » pérer qu'on se soumettrait à leurs propres décisions, comme infaillibles, » eux qui rejetaient toute autorité de ce genre dans la reUgioa catholique. » De l'Allemagne, par M^e de Staël, IV© part., chap. 2, in-12, p. 13.

[a) Cette partie du Traité de la vraie religion, à savoir les propositions VIII, IX, X, XI, XII, a été reproduite dans le Cours complet do théologie (tom. VI, col. 1213-1268), du consentement de l'auteur, et à la grande joie des lecteurs. Comme ce grand ouvrage a été stéréotj^é, on n'a fait ici que le reproduire tel qu'il se tr-ouve dans l'ouvrage précédemment indiqué. Cette observation s'applique aussi aux autres Traités que nous y avons aussi insérés. Ainsi on trouve, tom. VII, col. 891, 912, le traité intitulé Commerce des démons avec les hommes; ibid., col. 1337, 1582; du Monde et de l'homme, tom. VIII, col 14 S4- 1498; de la Dévotion au sacré cœur de Jésus, tom. XXV, col. 9 , 00 ; de l'Ordre, ibid., 63-102; du Célibat ecclésiastique, ibid., col. 227-38G; du Mariage. Comm»? tous ces Traités ont été déjà intégralement reproduits par nous, nous les publions ici dans leur ordre naturel et premier. Migne.

il n'y a de doute pour personne. Nous ne parlons pas non plus des hérétiques ou des incrédules cachés, et qui n'ont pas encore été déclarés tels par un jugement solennel de l'Eglise. Tant qu'ils n'ont pas été chassés, repoussés par un jugement solennel de l'Eglise, ils appartiennent au moins à son corps. Notre proposition ne comprend donc que ceux qui sont séparés extérieurement de l'Eglise, et qui forment une société distincte et séparée de cette même Eglise, société qui provient d'une scission volontaire et coupable.

Mais il est facile de prouver que ces derniers n'appartiennent, selon le langage de l'école, ni au corps ni à l'âme de l'Eglise. Les schismatiques et les sectaires ressemblent à des branches séparées de l'arbre gigantesque que Jésus-Christ a planté et qui doit grandir jusqu'à la consommation des siècles; ce sont de petits ruisseaux isolés de la source qui les alimentait ; ce sont des membres séparés du corps. L'Eglise, parce qu'ils ont rejeté ses décisions, qu'ils se sont révoltés contre elle et qu'ils ont persisté dans leurs sentiments pervers, les a condamnés et les a séparés de l'unité qu'elle constitue. L'Eglise, selon le précepte de Jésus-Christ, les considère comme des publicains et des païens, et, conformément à la doctrine de Paul et des autres apôtres et à la pratique, après les avoir frappés par son propre jugement, elle les fuit et les évite comme des personnes dangereuses; elle ne communique sous aucun prétexte avec eux, et elle ne permet pas à ses enfants de communiquer spirituellement avec eux. Les hérétiques et les schismatiques volontaires sont donc aussi étrangers à lame de l'Eglise que la vérité l'est à l'erreur, la division et la confusion à l'ordre et à l'unité individuelle ; ils sont pareillement aussi étrangers au corps de l'Eglise que l'est un membre coupé au corps dont il est séparé , que l'est le rameau à l'arbre duquel il a été retranché, que l'est le ruisseau à la source de laquelle il a été séparé, que le sont les rebelles et les réfractaires à la société de laquelle ils ont été bannis. Ainsi, comme il n'y a aucun rapport entre Jésus-Christ et Bélial, aucune société entre la lumière et les ténèbres, de même, les hérétiques et les schismatiques n'ont aucune part avec Jésus-Christ et son royaume, c'est-à-dire avec la vraie Eglise de Jésus-Christ.

Tel, par conséquent, a toujours été le sentiment et la pratique de l'antiquité, sentiment et pratique fondés sur la révélation. Jésus-Christ lui-même, ainsi que nous l'avons

précédemment observé, blâme vivement, dans l'xVpocalypse, l'ange ou l'évêque de Pergame de ce qu'il soufTrait dans son église quelques bommes imbus de la doctrine des nicolaïtes, et lui impose pour cela une pénitence (1). Saint Paul, dans son épitre aux Galates, anatliématise aussi ceux qui enseigneraient une doctrine contraire à celle qu'il leur a enseignée luimême. Saint Jean écrit à Electa et à ses enfants : Si quelqu'un vient à vous et qu'il vous apporte une doctrine différente de celle-ci, gardez-vous de lui donner l'hospitalité; ne le saluez même pas. Celui, en effet, qui le salue prend part à ses mauvaises œuvres (2) . Aussi, dès son berceau, l'Eglise rejeta-t-elle de son sein les cérintbiens, les ébionites, etc., comme le rapporte saint Irénée (3). Le même saint Jean, ayant rencontré Cérintbe dans un étabbssement de bains, s'écria : Fuyons d'ici, dans la crainte que le bain dans lequel se trouve l'ennemi de la vérité, Cérinthe, ne s'écroule (4). Eusèbe rapporte aussi de saint Poly carpe, disciple de saint Jean, qu'il répondit en ces termes à Marcion , qui était venu au-devant de lui à Rome , et qui lui disait : Reconnais-nous l Je vous reconnais, dit-il, joowr le fi^ls aîné de Satan; et ce même auteur ajoute, aussitôt après avoir raconté ce fait ; « Tous les apôtres et leurs disciples pre- » naient garde de ne pas se mêler aux conversations de ceux » qui corrompaient la vérité (5). » Origène quitta la maison d'une ricbe dame qui le nourrissait, et préféra être sans abri et sans ressource, plutôt que de prolonger cbez elle son séjour, parce qu'elle donnait aussi l'bospitalité à un bérétique, bien qu'il fit tout ce qu'il put pour ne jamais se trouver en face de lui (6). Yoilà quelle est la question que Tertullien adressait à

(1) Voy. 2-15.

(2) II Ep. de saint Jean, v. 10-11.

(3) Liv. m, Contre les héréaies, c. 28. C'est aussi ce qu'affirme clairemeEt fiaint Jean, dans sa première épître ; y parlant des hérétiques, il s'exprime ainsi, c. 2, 18, 19 : « Et maintenant il s'est élevé un grand nombre d'ante- ^hrists... ils se sont élevés au milieu de nous, mais ils n'étaient pas des nôtres; car s'ils en eussent été, ils seraient restés avec nous, etc.» Saint Jérôme, dans son livre des Ecrivains ecclésiastiques, assure que ce même apôtre se détermina, siu" la demande des évéquos d'Asie, à écrire son Evangile pour l'opposer à Cérinthe et aux autres hérétiques, et surtout aux ébionites, qui commençaient ù publier leur doctrine. Voyez, en outre, l'ouvrage de Tertulheo Contre Marcion, c. 8.

(4) Voyez Eusèbe, Hist. eccl., Uv. IV, c. 14. Saint Irénée rapporte aussi lea mêmes paroles de saint Jean.

(3) Eusèbe a emprunté ces paroles à saint Irénée, Uv. III, Contre les hérésies, c. 3, édit. des Bénéd, (6) Eusèbe, Hist. eccl., Uv. VI, c. 2.

tous les hérétiques : Qui êtes-vous et d'où venez-vous, etc. (1)? n les apostrophait encore en ces termes : Qu'ils nous montrent, disait-il, l'origine de leurs églises, l'ordre dans lequel se sont succédé leurs évêques, de sorte qu'en parcourant cette succession, ils nous fassent voir que ce premier évèque a fondé ce siège, ou qu'il a eu pour prédécesseur immédiat un apôtre ou un des hommes apostoliques qui est toujours demeuré en communion avec les apôtres (2). C'est ce qui a donné lieu aux catalogues des hérésies, dressé par saint Irénée, saint Epiphane, saint Augustin, et un grand nombre d'autres jusqu'à nos jours (3). Donc les hérétiques et les schismatiques ont été considérés, de tous temps, comme étrangers à l'Eglise de Jésus- Christ.

La cause en est claire. Car, s'il n'en était pas ainsi, l'Eglise de Jésus-Christ n'eût été qu'un mélange de la vérité et de toutes les erreurs et de toutes les absurdités que purent jamais inventer l'ignorance et la perversité humaine unies ensemble, et qu'ont réellement imaginé les hérétiques anciens et modernes (4) ; et si chacun pouvait impunément innover, il ne resterait, par conséquent, aucun moyen propre à aider, à connaître ou à conserver la vérité que Jésus-Christ a apportée du ciel, et qu'il a confiée à son Eghse pour qu'elle en instruisît les peuples; et il y aurait dans l'Eglise une confusion et une perturbation absolue d'opinions, et cette variété, cette dissidence de sentiments ne laisserait aucun moyen de reconnaître la vérité; tous hésiteraient sur ce qu'ils doivent croire, sur ce qu'ils ont à faire pour obtenir le ciel, ou au moins il serait permis à chacun de croire et de faire à son gré tout ce qui lui semblerait bon.

(1) Liv. des Prescript., c. 37.

(2) Ibid., c. 32.

(3) Voyez l'Hist. des hérésies de Bernini, celle de P. Paletta, de la S. de J., Vérone, 1797; le Dictionnaire des hérésies de Pluquet, bien que ces ouvrages ne renferment pas un grand nombre d'hérésies modernes.

(4) On peut réellement dire des hérétiques de tous les âges ce que Tullius disait dos philosophes : « 11 n'y a pas d'absurdité qui n'ait été dite par quelque » philosoijhe. » Il n'est pas non plus d'absurdité, d'impiété qui n'ait été dite, soit touchant la foi ou les mœurs, par quelque hérétique; et, comme nous l'avons observé , c'est une conséquence des principes de la nature des hérésies, principe qui consiste à remplacer l'autorité par l'esprit individuel. Nous n'en avons cité qu'un petit nombre d'exemples, pour ne pas être trop long; mais, par ces quelques exemples que nous avons cités et que nous citerons, chacun pourra se faire une idée des absurdités dans lesquelles précipite la nature et le principe fondamental de l'hérésie.

n suit 1. de ce que nous venons de dire, qu'il y a folie, de la part des protestants comme de celle de tous ceux qui portent le nom de chrétien, de croire qu'ils appartiennent à l'Eglise de Jésus-Christ, parce qu'ils font profession de croire en lui. Il faut en effet, en outre, pour qu'ils appartiennent soit à l'unité de la foi, soit à celle du gouvernement de l'Eglise telle que Jésus-Christ l'a instituée , qu'ils tiennent dans toute sa plénitude la doctrine que Jésus-Christ a enseignée aux hommes par son Eglise.

H suit 2. de ce que nous venons de dire, que les protestants, désespérant de trouver la vérité, et, en raison de variations et de fluctuations incessantes naturelles à leur système, ont été conduits à proclamer le tolérantisme religieux universel de tous les sentiments , de toutes les opinions , de tous les paradoxes, de toutes les sectes, qui s'appuient sans distinction sm* le même principe d'indépendance absolue, et qui sont ses fruits légitimes (1).

n s'ensuit 3. que c'est là la cause véritable de cette haine commune dont les protestants , quel que soit leur nom , poursuivent l'Eglise catholique qui, à chaque instant, leur objecte ces paroles de Jésus-Christ : Je ne vous connais pas ^ et qui ne leur permet pas d'entrer dans son unité, non plus que dans sa communion.

H s'ensuit 4 . que les schismatiques et les hérétiques se sont à la vérité séparés de l'Eglise , ou qu'elle les a retranchés ellemême de son unité , sans que toutefois leurs erreurs ou leurs révoltes aient jamais pu rompre ou même endommager l'unité de l'Eghse de Jésus -Christ.

I. Obj. Si les schismatiques et les hérétiques ne faisaient pas partie de l'Eghse, elle ne pommait exercer aucune juridiction

(1) « Les protestants, dit Sismondi (Revue encyclop., Paris, mars 1826, art. » Opinions religieuses), n'ont pas toujours bien compris leur propre système; » ils n'ont pas toujours senti que l'indépendance des opinions individuelles » était l'essence de leurs églises (les héréticpies ont des églises, mais n'ont pas » une église); ils n'ont pas toujours renoncé à l'uniformité de croyance, et ils » ont paru quelquefois embarrassés de ce qu'on leur reprochait leurs varia- » tions et les nombreuses dissidences qu'on trouvait parmi eux. Encore au- » jourd'hui, une moitié des protestants persiste dans la môme erreur, combat » pour l'unité des doctrines, quoique avec bien peu de chance de l'obteuir, » puisque chacun cherche cette unité dans un système différent. »

290 TRAirÊ DE LA VRAIE RELIGION.

siir eux; or, de l'avis des catholiques, l'Eglise peut exercer sur eux une véritable juridiction. Donc :

Rép. D. M. S'ils n'appartenaient à aucun titre à l'Eglise, (7. autrement, N, Mais les hérétiques et les schismatiques sont devenus les sujets de l'Eglise par le baptême, et comme le caractère que leur confère le baptême est perpétuel et indélébile, il s'ensuit que l'Eglise a sur eux un droit perpétuel d inaliénable, malgré qu'ils soient rebelles et réfractaires , et ce droit subsiste pendant tout le temps qu'ils vivent; et ce pouvoir est plus grand que celui que possède un prince sur ses sujets rebelles.

Inst. C'est l'Eglise elle-même qui parfois repousse et rejette de sa société les schismatiques et les hérétiques. Donc :

Rép. Z). A. L'Eglise rejette, repousse les schismatiques et les hérétiques, pour les punir et les corriger, pour préserver ses enfants du danger de la contagion, C. elle renonce par là au droit qu'elle a sur eux, iV.

II. Obj. 1. Bien que les sadducéens errassent gravement sur la foi, 2. et que les dix tribus fussent schismatiques, relativement à l'église juive, elles ne cessaient pas pour cela, non plus que les sadducéens, d'appartenir à la véritable Eglise, donc, a pari, les hérétiques et les schismatiques, bien que séparés par la foi de l'Eglise cathoHque et de son unité, ne cessent pas pour cela non plus de faire partie de la vraie Eglise de Jésus-Christ.

Répondant à la première de ces assertions, D, Es appartenaient au corps de la véritable Eglise, parce qu'ils n'en avaient été séparés par aucun jugement solennel ; soit : mais je nie qu'ils appartinssent à l'âme de la vraie EgHse. Es appartenaient, en effet, au corps de l'Eglise, comme de nos jours un grand nombre d'incrédules appartiennent au corps de l'Eglise, bien que ceux-ci n'aient jamais, non plus que ceux-là, appartenu ni n'appartiennent à l'âme de l'Eglise. Mais il n'est pas àors de propos de rapporter ici ce que Flavius Josèphe dit des sadducéens : c'est que les autres Juifs ne leur confièrent jamais aucun emploi public, à moins qu'ils n'enseignassent ouvertement que les âmes survivaient aux corps (1), ou à moins qu'ils n'embrassassent l'opinion des pharisiens.

Répondant à la seconde assertion, 2). Ils étaient civilement

(l)Voy. Josèphe, Aiitiq.,1. 18, c. l,n. 4; nous ne rapporterons point ses paroles.

OU politiquement schismatiques, C. ils Tétaient l'eligieusement, je distingue encore : la plupart, je le veux bien, mais je nie qu'ils le fussent tous. Il y en eut toujours, en effet, plusieurs dans les dix tribus qui observèrent exactement les prescriptions mosaïques, et qui, aux jours déterminés, se rendaient à Jérusalem pour y adorer Dieu, à moins qu'une force majeure ne les en empêchât (1); quant à ceux des dix tribus qui s'adonnèrent à l'idolâtrie, ils n'appartenaient ni à l'âme ni au corps de l'église judaïque.

Rép. 2. Je nie et la conséquence et la parité, parce que Jésus-Christ a clairement établi, dans son Eghse, un autre ordre de choses.

ni. Obj. 1 . Tous ceux qui croient en Jésus-Christ et qui pratiquent la charité envers le prochain sont de vrais disciples de Jésus-Christ, puisque le Seigneur dit : Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi (2) ; ou encore : Celui qui croit en moi a la vie éternelle (3) ; il tient encore le même langage çà et là. 2. n dit encore : Ils vous reconnaîtront pour mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres (4). Donc, tous ceux qui croient en Jésus-Christ et qui aiment le prochain font partie de la vraie Eglise de Jésus-Christ.

Rép. 1. D. A. Tous ceux qui croient en Jésus-Christ et à tout ce qu'il a enseigné, et à tout ce que l'Eghse propose à notre croyance de sa part, ou qui le croient comme le veut Jésus- Christ, C. qui le croient comme l'entendent les hérétiques, N* C'est en effet Jésus-Christ qui a dit aux apôtres : Leicr apprenant à garder tous les préceptes que je vous ai donnés (5). Donc il ne suffit pas d'en garder une partie quelconque, suivant le bon plaisir de chacun. J'ajouterai encore que les hérétiques ne savent pas ce qu'est Jésus-Christ ; ils ignorent s'il est Dieu ou s'n est seulement homme , etc.

Rép. 2. D. Ils connaîtront qu'ils sont de vrais disciples, s'ils ne se contentent pas d'une simple profession de foi, mais s'ils y

(1) Ceci prouve de combien peu de sens a fait preuve Voltaire, lorsqu'il a avancé, Quest. sur l'encyclopédie, £irt. Prophéties, que plusieurs prophètes avaient été schismatiques. Ici, comme en maintes autres circonstances. Voltaire a plutôt fiiit preuve de perfidie et de méchanceté que de sottise ; c'était sa tactique. N. T.

(2) Saint Jean, XIV, 1.

(3) Ibid., Vï, 47.

(4) Ibid., XIII, 35.

(5) Saint Matthieu, dernier chapitre.

joignent encore les oeuvres , qui sont le point capital de la charité, (7. qu'ils sont ses disciples d'une manière absolue, N. Jésus-Christ veut, en effet, que l'on reconnaisse ses disciples aux bonnes œuvres qui recommandent la foi. Il en est, en effet, desquels l'Apôtre dit : Quils confessent par leurs paroles reconnaître Dieu, mais quils le nient par leurs actions (1). Ajoutez à cela que les hérétiques n'ont ni ne peuvent avoir le véritable amour de la charité. Il ne peut, de fait, y avoir de charité véritable sans la foi, car il ne faut pas confondre la charité avec la libéralité, vu que l'Apôtre dit : Quand même je donnerais aux pauvres tout ce je possède,.,, si je n ai pas la charité, cela ne me servira de rien (2).

rV. Obj, Il s'en est même trouvé parfois plusieurs qui ont vécu et qui sont morts dans le schisme, et que pourtant l'Eglise n'a pas rejetés de son sein; il en est même qu'elle a inscrits au catalogue des saints, tels que saint Mélèce et saint Paulin, évêques d'Antioche; tel aussi que Lucifer de Cagliari, et un certain nombre de ceux qui participèrent au schisme d'Acace. Donc :

Rép. D. A. Plusieurs, etc., qui le firent de bonne foi, et qui ne savaient pas exactement quel était le véritable évêque, l'évêque légitime, C. dans tout autre sens , N. Il faut en dire autant des schismes particuliers et des schismes généraux, lorsque l'évêque est douteux; c'est ce que nous avons déjà précédemment observé. Mélèce et Paulin étaient de saints personnages, et l'un et l'autre était, au moins médiatement, en communion avec l'Eglise universelle. Quant à Lucifer de Cagliari, ou il n'est pas mort dans l'unité de l'Eglise, et l'Eglise universelle ne le compte pas au nombre des saints, ou au moins, comme il en est qui le prétendent, il a fait pénitence avant sa mort (3).

n n'est pareillement aucun de ceux qui prirent part au schisme d'Acace, qui ait été inscrit parmi les saints; on a même effacé du livre des dyptiques les noms d'Euphémius et de Macedonius, évêques de Constantinople, parce qu'ils y maintinrent le nom d'Acace (4).

(1) Epît. Tite, ï, 16; Jacq. II, 18.

(2) I Cor., XllI, 3.

(3) Voy. Nat. Alex., Hist. eccl., sect. IV, c. 6, art. 11.

(4) Ibid., siècle V, c. 3, art. 16, sur la fin. On peut aussi voir l'appendice d*»» Pierre Ballerini, § 1, c. 2, ouvrage intitulé Raison de la primauté, etc.

PROPOSITION IX

La source et les diverses phases du protestantisme accusent

sa fausseté.

Comme la source, la stabilité et la perpétuité de l'Eglise catholicjTie établissent invinciblement la divinité de son institution , de même la source, les vicissitudes et les phases par lesquelles a passé le protestantisme, ainsi que toutes les autres sectes qui ont pris naissance au sein de l'Eglise, l'accusent invinciblement de fausseté.

L'œuvre divine, quelle qu'elle soit, est revêtue de caractères qui la font facilement distinguer de l'œuvre humaine ; or, telle est l'Eglise catholique, qui, dès son principe, est toujours immuablement demeurée la même ; toujours inébranlable, portant toujours le cachet de l'assistance divine, des promesses que Dieu lui a faites et des preuves dont il l'a revêtue, comme chacun peut s'en convaincre par ce que nous avons dit jusqu'à présent. Les œuvres de Dieu sont parfaites; il ny a en lui ni changement ni l'ombre de vicissitudes (1).

L'origine du protestantisme remonte au XVP siècle; il eut pour père l'apostat Luther, qui lui donna son nom, et il fut le fruit de la jalousie particulière qu'il éprouvait pour un ordre rival de celui auquel il appartenait; ce qui ensuite le fit grandir, ce fut sa révolte acharnée contre la constitution dogmatique de Léon X, qui condamnait les erreurs monstrueuses qu'il avait avancées. C'est alors f[ue, pour la première fois, ce restaurateur des choses saintes proclama le principe du protestantisme , en vertu duquel l'esprit privé est complètement indépendant de l'autorité de l'Eglise. Ce principe ime fois établi, l'édifice de la religion chrétienne commença à crouler au gré de ses caprices. Il rejeta les indulgences, le purgatoire, les messes privées, la nécessité des bonnes œuvres; il établit l'article de la justification par la foi seule; il raya presque tous les sacrements. Il ajouta à tout cela que les livres saints avaient été corrompus. Il retrancha du catalogue des livres saints plusieurs hvres hagiographi.pes, sans pour cela avoir la moindre fixité dans sa manière de voir ; tantôt il affirme ce qu'il avait nié , et nie ce qu'il avait

(1^ Deut., c. 32, 4; Jacq., I, 17.

affirmé (1); il se livra à tous les désordres de ses passions; il se laissa dominer par l'orgueil, au point de paraître souvent possédé du démon (2).

Ce principe destructeur du protestantisme , semblable à un nouveau cheval de Troie , vomit bientôt quatre collecteurs des livres saints; ce furent Zwingle, en Suisse ; Calvin, en France ; Carlostadt, en Allemagne; Munser, en Westphalie, etc.; ils corrigèrent à leur façon ce que Luther n'avait pas corrigé, ou plutôt ils renversèrent ce qu'il avait encore laissé debout (3). Mais ces derniers engendrèrent de nouveaux correcteurs dans les quakers, les frères de Bohême, les piétistes, les herrnhutanistes, les swedenborgiens, les arminiens et les sociniens, qui furent précipités à leur tour du piédestal sur lequel ils s'étaient placés, et furent corrigés par les illuminés et les philosophes, et, en dernier lieu, par les rationalistes et les naturalistes. Le protestantisme s'est divisé en une multitude presque innombrable de sectes et de fractions qui, de prime abord, se condamnaient mutellement, s'anathématisaient et se punissaient réciproquement de mort, selon qu'elles le pouvaient (4).

Ces réformateurs agirent ainsi jusqu'à ce que, revenus à des sentiments plus conformes à la saine doctrine , ils com-

(1) Voyez le Catéchisme chrétien de Martin Luther, recueilli dans ses propres œuvres, par Louis Upleher, 1744, publié de nouveau à Augsbourg en 1828, avec ce titre : « Diss. où Christophe Besold expose les motifs de son retour à » l'Eghse catholique romaine, recueillies et publiées par P.-V. K., second » appendice. »

(2) Voyez Lessius, Diss. cit., avec son appendice.

(3) Comme nous l'avons dit, on donne aux hérétiques du XVl^ siècle le nom de protestants. Simon le Magicien fut le premier qui imagina de corriger lea livres saints, et il a eu, jusqu'à Luther et Calvin, plus de trois cents imitateurs. Enfin les rationalistes, ou pour mieux dire les athées, ont, les derniers, cor' rigé les livres saints, et ils l'ont fait de telle façon qu'ils n'en ont rien laissé.

(4) Tout le monde sait que Luther, Mélanchton, Bugenhagen, Régius et les théologiens d'Ulm et de Tubingue déclarèrent que l'on pouvait punir de mort les anabaptistes, comme hérétiques, et que Muller, Krautz et Peisker subirent la peine capitale, sur la proposition de Mélanchton; tout le monde sait les supplices et les noyades des enthousiastes suisses; on sait aussi que Servet fut brûlé par ordre de Calvin ; il est encore avéré que Gentilis eut la tète tranchée. Poet, le coryphée des réformés français, décréta aussi qu'il fallait appliquer aux catholiques le supplice que Calvin avait infligé à Servet, et imiter son exemple (et ils osent accuser les catholiques d'intolérance!). Les éréques, les prêtres et les religieux catholiques furent aussi Tnis à mort par eux en maintes circonstances, surtout pendant la guerre des paysans, que dirigeaient les apôtres de la reforme; c'est ce qu'établissent des preuves irréfragables; on peut consulter à cet égard le baron de Stark, ouvrage cité, p. 406, etc.

mencèrent à agiter sérieusement comment ils pourraient consommer une alliance entre les deux principales sectes réformées, savoir, les luthériens et les calvinistes. L'un et l'autre parti publia un grand nombre d'ouvrages pour opérer cette réconciliation (1), mais tous ces efforts n'aboutirent pas; à plusieurs reprises aussi on tint des colloques religieux, surtout à Leipsig, en 1654; mais ces colloques ne produisirent pas non plus l'effet que l'on en attendait. Au commencement du XYIIP siècle , on tenta de nouveau d'opérer cette paix et cette réconciliation ; le roi de Prusse^ qui fît construire et dédia un temple à l'une et l'autre confession, fit surtout tous ses efforts pour y parvenir ; mais l'opposition des luthériens l'empêcha d'aboutir.

On écrivit encore plus tard d'autres livres dans le même sens, et Guillaume l, roi de Prusse, publia en 1736 plusieurs édits pour y parvenir; il ordonnait aux calvinistes, par ces édits, de renoncer à la doctrine de la prédestination, et aux luthé-

(1) Les conditions d'union, posées en 1614 par David Pareus, théologien d'Heidelberg, dans Irenicus, furent rejetées avec dédain par les luthériens^ d'après eux, les points de doctrine sur lesquels les diverses sectes différaient les unes des autres étaient considérés comme des points fondamentaux, et quiconque osait le nier était considéré comme un syncrétiste. Gustave-Adolphe profita d'une réunion de plusieurs princes d'Allemagne pour proposer une conférence entre les TT. luthériens et calvinistes; cette conférence se tint en 1634; on y prit pour base la confession d'Augsbourg, et comme un point de départ que pouvaient admettre tous les réformés, sans préjudicier en rien à leurs propres doctrines; cette conférence n'eut pourtant aucun résultat, non plus que celle tenue à Cassel, en 1661, entre les TT. de Magdebourg et ceux de Wittemberg. On y décréta néanmoins que, quoiqu'il y eut des points' sur lesquels les diverses sectes ne fussent pas d'accord, elles ne devaient pas s'injurier, se calomnier, se haïr, mais que l'on devait considérer chacun des membres de ses diverses sectes comme membre de la vraie église. On donna à cette réunion le nom de réunion conservatrice ; seulement, quant aux TT. luthériens qui y prirent part, ils furent soupçonnés de syncrétisme. Ce furent absolument les mêmes principes que proposa le Th. de Tubingue, PsafF, dans ses divers opuscules, réunis et publiés en 1723, 2 vol. in-4, intitulés Collection destinée à établir la concorde, etc. L'un et l'autre parti, disait-il, a des articles nécessaires au salut; qu'ils s'aiment donc entre eux comme des frères, qu'ils supportent avec résignation ce qu'il peut y avoir de différent dans leur manière de voir, de manière que, par la suite, il soit libre à chacun de recevoir la cène de la main d'un ministre luthérien ou d'un ministre calviniste. Mais ce conseil n'eut point de partisans parmi les luthériens, il fut même combattu par Leibnitz et Molanus. Voyez le calviniste Amiraldus, ouv. intit. Schisme d'avec l'Eglise romaine, et de la paLx qui doit régner entre les diverses sectes évangéUques, 1647; voyez aussi Ylrenicus, 1662; Callixte, Consultation sur la tolérance que les réformés doivent pratiquer entre eux sur les articles controversés qu'ils professent, et sur la confession d'Augsboiu*g, 1697; voyez l'Hist. eccl. de Hortig, continuée par J.-Jos.-lgn. Dœlliuger, professeur de théol. à l'université de Munich,

riens de renoncsr aux coutumes qui leur étaient encore communes avec les catholiques; enfin, Frédéric II rendit en 1740, à toutes les sectes, une pleine et entière liberté. Bien que Frédéric n'ait rien fait directement en cette circonstance pour opérer ce rapprochement, cependant, comme le philosophisme moderne, le rationalisme et le naturalisme se répandaient de tous côtés, il semblait avoir effacé tous les obstacles. On n'avait pourtant pas encore obtenu cette paix tant désirée. Son successeur, Guillaume III, publia le 18 juin 1798 un édit par lequel il prescrivit une nouvelle liturgie à l'usage des deux confessions; cependant il n'imposait à personne l'obligation de prendre cette liturgie ; le seul effet que produisit cet édit, c'est qu'un grand nombre d'écrivains rationalistes publièrent à son de trompe et persuadèrent à un grand nombre d'individus que cette union était consommée. Mais, en .1817, lorsque se célébrait le jubilé de la réforme, ceux qui étaient chargés de régler les choses saintes déclarèrent publiquement, le 27 septembre, que leurs vœux étaient que cette réconciliation eût lieu ; on fit même plusieurs édits dans ce sens dans le synode qui se tint à cette occasion, et les luthériens et les calvinistes célébrèrent, h Berlin et dans plusieurs autres endroits, la cène dans le même temple, en observant toutefois que chacun croirait, sur la présence réelle de Jésus-Christ, ce dont il était auparavant persuadé, c'est-à-dire qu'il croirait que Jésus-Christ y est réellement présent, ou bien qu'il n'y a que du pain. Cette union, qui ne fut que partielle, prit en 1818 le nom d'église évangélique. Les synodes proposèrent à l'Eglise une nouvelle constitution, et en 1820 on publia une nouvelle liturgie qui constitua le livre symbolique de l'Eglise unie, et on la recommanda à toutes les églises ; on la proposa de nouveau en 1834 (1); toutefois, D.-J.-G. Scheibal écrivit, la même année 1834, contre cette liturgie (2).

(1) On parvint cependant à concilier, au moins en partie, au point de vue religieux, les luthériens et les calvinistes, bien qu'ils ne s'accordent pas sur plusieurs points essentiels relatifs à la doctrine et à l'organisation religieuse, et qu'au témoignage de Schrœkius, Hist. du temps de la réforme , vol. 4, p. 292, les luthériens aient voué aux calvinistes la même haine, et les aient poursuivis avec la môme violence que les catholiques eux-mêmes. Quant aux documents relatifs à cette entente, on peut consulter la publication intitulée Der Katholik, c'est-à-dire le Catholique, publiée par M. Weiss, h Spire, année 1834, avril, n» 4, p. 1-2G, mai, 5, p. 141-181, juin, G, p. 280-310.

(2) Histoire authentique des efforts faits pour concilier les églises luthériennes et réformées, au moyen d'un urjenda, etc., Leipsig, 1834.

Telles sont les variations des sectes protestantes en soi ; quant à la doctrine, elle a eu les siennes aussi ; c'est d'ailleurs ce qui découle du principe posé par Luther, et qui consiste dans l'indépendance complète de l'esprit de chaque individu de l'autorité de l'Eglise (1). Luther, comme nous l'avons vu, rejeta un grand nombre de dogmes; ses disciples en rejetèrent un plus grand nombre encore, jusqu'à ce qu'enfin, en France et en Angleterre surtout, les naturalistes et les latitudinaires , de même que Frédéric II, roi de Prusse, et, en dernier lieu, les disciples du philosophe Kant, en sont venus à détruire dans son entier la foi et la religion révélée, dont ils n'ont retenu que le nom.

En effet, d'après le système de Kant, on doit distinguer la vraie religion de la reUgion ou foi ecclésiastique. La vraie religion, c'est la religion de la raison, que seule on peut admettre ; la foi ecclésiastique , c'est la foi que l'on a pour les vérités de la révélation positive. La religion révélée ne peut et ne doit être qu'un simple moyen d'arriver plus facilement à la religion de raison, à laquelle on donne le nom de foi religieuse, dont l'objet peut se tirer de la propre raison de chaque homme. Et plus cette foi religieuse sera pure et universelle , plus aussi disparaîtra insensiblement la foi ecclésiastique. C'est ce qui fait que, d'après le canon admis par eux pour l'explication des saintes Ecritures , on ne doit y chercher que la seule religion de raison ; quant au reste, ce n'est qu'une enveloppe en rapport avec l'opinion qui avait vulgairement cours lorsque les saintes Ecritures furent publiées, ou bien une enveloppe conforme à la manière particulière de voir de celui qui a écrit la Bible. D'après Jacobins et ses disciples, la religion, comme toute autre science philosophique, consiste dans la foi naturelle et immédiate, dans la perception du vrai et du surnaturel, sans qu'on ait besoin de le prouver, c'est-à-dire dans la science intuitive ; cette révélation interne est la seule qui existe : la rehgion n'a pas de forme extérieure (2). Cette doctrine est en rapport, du moins en partie, avec \à philosophie de l'identité, qui a eu pour auteur Schelling et son disciple Daub ; elle est aussi conforme, partiellement au moins, avec la doctrine de

(1) C'est ce qu'avaient prédit depuis longtemps, parmi les catholiques, Bossuet et Fénelon , et, parmi les protestants, Leibnitz.

(2) Dans le livre du Culte divin.

r absolu, qui consiste uniquement dans l'histoire de la con-\âction du soi (c'est-à-dire de la personnalité), fet dans celle du retour qui se fera un jour de tout ce qui est séparé de l'identité et, par conséquent, de l'annihilation de toute personnalité (1). C'est ce qui a donné lieu à cette nouvelle exégèse des livres saints, qui a supprimé tous les miracles et les prophéties, et qui a introduit les mythes, qui a fait adopter, ainsi qu'ils l'appellent, le système de t accommodation (2), ce sont Pa«l Hetzel, Eichhorn, les deux Rosenmuller (3), Koppe, Heinrichs et Kuinoël, qui occupent le premier rang dans cette école.

(1) Quand nous disons que du principe de l'indépendance de l'esprit particulier de toute autorité légitime découlent toutes les sectes et toutes les erreurs au milieu desquelles flottent les protestants, sans en excepter les partisans du rationalisme et du naturalisme, dont les croyances sont, aiuii que nous l'avons affirmé, le fruit naturel de la réforme, nous ne devons pas pourtant confondre ces deux choses qui ont donné lieu aux protestants de faire entendre des plaintes amères. Plusieurs d'entre eux, en elTet, se plaignent de ce que les catholiques imputent injustement aux principes du réformateur saxon des erreurs qui, non-seulement ne découlent pas de ses principes, mais qui leur sont aussi opposés que le ciel l'est à la terre ; car Luther admet que le péché d'Adam a complètement ruiné le libre arbitre de l'homme, et enveloppé d'épaisses ténèbres sa raison, pendant que les rationalistes re* poussent l'une et l'autre de ces choses, et prétendent que la raison seule se suffit. C'est ce qui fait que nous partageons le sentiment du docte professeur Moehler, qui démontre, dans sa Symbolique, p. 352, publiée en 1832, que la nouvelle théologie protestante est une réaction pleine et entière contre l'ancienne, et que la raison s'est cruellement vengée de l'oppressisn que les réformateurs avaient fait peser sur elle; elle s'est, de plus, chargée de contredire en tous points leur doctrine. 11 n'est pas moins vrai, malgré tout cela, que le principe formel préconisé par les réformateurs est le même que celui sur lequel Luther, lui aussi, a bâti sa réforme ; et que c'est au moyen de ce principe qu'ils ont combattu ses réformes et ses doctrines. L'opposition absolue qui règne entre ces divers protestants établit invinciblement la fausseté de ce principe formel, et prouve en même temps la nécessité d'une autorité chargée de nous découvrir le vrai sens de la parole de Dieu, de proposer, de conserver et de protéger toujours la révélation divine dans son intégrité et son sens naturel. Il faut donc distinguer ces deux choses, savoir, le principe général et fondamental de la réforme posé par Luther, et qui consiste dans l'indépendance complète de l'esprit de toute autorité, et le système particulier de doctrine de Luther. Le système du rationalisme est complètement opposé à la doctrine particulière de Luther, et voilà pourquoi le rationaliste se sépare de lui; mais, en tant que ce système découle de l'indépendance de la raison de toute autorité, le rationalisme est le fruit naturel de la réforme, de même que toutes autres erreurs dont nous avons parlé.

(2) Semler paraît être l'auteur de ce système ; voyez d'ailleurs Hughes James Rose, ouv. cit., intitulé Etat de la religion protestante.

(3) Bien que Rosenmuller jeune paraisse se montrer plus modéré dans ses Scholies sur l'Ancien-Testamenl, il éclate cependant dans l'édit. de Daniel, pub. en 1832 ; il lui refuse la prophétie qui porte son nom, ou au moins il cherche à rendre suspect le sentiment qui la lui attribue, car il pense que le

Semler combat l'inspiration des Ecritures, il rejette plusieurs livres du canon de ces mêmes Ecritures , il inspire le mépris pour l'Ancien-Testament , il oppose à la religion extérieure et à la foi publique ecclésiastique, la religion intérieure et la morale privée (1). Gruner, lui, affirme que le christianisme fut corrompu dès la fin du premier siècle par la doctrine platonicienne, et par conséquent il rejette les mystères chrétiens. Eckermann prétend que la doctrine de Jésus ne consiste que dans une instruction populaire, qui a pour objet la morale et le culte de Dieu tel que l'admet la raison; il prétend en outre que les Evangiles ont été altérés et que les épitres des apôtres contiennent de fausses interprétations et des erreurs. Henke se plaignait de la trop grande extension de la christolâtrie (2), comme d'un obstacle à une grande et bienfaisante révolution religieuse. Les ouvrages dogmaticpies (et l'expression dogmatique signifie classique chez les rationalistes) , dont nous avons souvent parlé dans la première partie de ce traité , enseignent que la révélation surnaturelle n'est nullement nécessaire ; il y est même dit qu'elle est impossible. Ce sentiment est aussi celui de Rœhr, de Boehme, de Schultess, comme aussi de Schott, de Breitschneider et de de Wette ; quand à ce dernier, il ne voit dans les dogmes chrétiens que l'expression symbolique des idées religieuses. Mais Basedon et G. -F. Bahrdt ont attaqué les doctrines cathohques avec une fureur et un orgueil qui n'ont pas de bornes (3).

volume qui porte le nom de Daniel n'a pas été écrit plus de 180 à 200 ans avant Jésus-Christ. Quant à la grave autorité de Jésus-Christ, qui, au rapport de saint Matth., XXIV, 15, et de sciint Marc, XIII, 14, attribue à Daniel, IX, 27, la prophétie relative à la ruine de Jérusalem, il répond que Jésus ne parle ici que d'après le sentiment de ses égaux. Pour ne pas nous arrêter à ses Scholies, nous renvoyons à ses Prolégomènes, § 3.

(1) Que l'on se rappelle ici les passages que nous avons cités de l'ouvrage du mmistre protestant baron de Stark.

(2) Par christolâtrie, expression nouvelle, l'auteur entend le culte de latrie rendu à Jésus-Christ comme Dieu; il est presque juste que les rationalistes lui refusent ce culte après avoir divinisé la raison. Quel aveuglement ou quelle perversité! N. T.

(3) La bibliothèque générale germanique fut, h partir de l'année 1768, le moyen ou l'organe et le véhicule le plus' accrédité pour propager toutes les impiétés de ce genre. Elle surpassait tous les autres organes, elle les publiait la première, et elle les répandait avec une audace élioutée, leur prodiguant toute espèce de louange. Gomme il n'est pas possible de poursuivre une à une toutes les erreurs qu'ils ont enseignées et qu'ils enseignent, pour ou donner seulement une idée, nous rapporterons ce qu'en écrit le protestant Tremblay, dans son ouv. iutit. Considérations sur l'état présent du christicmisme, p. 62:

Il est inutile de clierclier à connaître quels sont les sentiments des protestants et surtout des rationalistes et des naturalistes sur chacun des articles delà foi chrétienne. Qu'il nous suffise de remarquer qu'il en est parmi eux qui en sont arrivés à ne pas rougir de dire que Jean-Baptiste et Jésus-Christ s'entendirent pour que l'un jouât le rôle de précurseur et l'autre celui de Messie (1),

« Plusieurs prédicateurs, en Allemagne, dit-il, ne nient pas, à la vérité, l'exis- » tence de Dieu, la Providence, la vie future, et cependant enseignent publi- » quement qu'on ne peut proprement rien savoir de ces vérités fondamentales » de la religion, représentant, non-seulement dans les églises, mais aussi dans » les écoles, comme nulles, les preuves de l'existence de Dieu tirées de la » considération de l'univers, et soutiennent que tout ce qu'on peut affirmer, » c'est qu'un homme vertueux doit désirer qu'il y ait un Dieu. On sait qu'ils » en disent autant du christianisme, et affirment que Jésus-Christ a enseigné » la même doctrine, et que la Bible ne doit être employée que comme une » introduction à la raison pure, puisqu'on ne peut pas plus prouver la révé- » lation que l'existence de Dieu. » Et ce sont là les professeurs des universités, des hommes qui sont chargés du soin des âmes! Voyez en outre l'ouv. intit. Triomphe de la philosophie au XVIlIe siècle, par le baron de Stark, 1803; c'est aussi lui qui a publié le Festin de Théodule. Nous allons maintenant citer le ministre Chastel, de Genève, qui pose comme un principe « qu'on » peut distinguer en deux classes les dogmes da cln?istianisme ; les uns sont » reconnus antérieurement à l'interprétation de l'Evangile, et, sans eux, il n'y » a point de christianisme ; ce sont les dogmes de l'existence de Dieu, de la » mission divine de Jésus-Christ, et l'inspiration des écrivains sacrés; nous » les appellerons primitifs. Les autres, dérivant d'une interprétation déter- » minée d'après l'Evangile, après que celui-ci a été reconnu pour règle de » f«i,... nous les appellerons à' interprétation. » (De l'Usage des confessions, etc., p. 2.) Il affirme des premiers dogmes, que tous les chrétiens les admettent, et que les catholiques seuls admettent les dogmes d'interprétation; que les réformés sont d'accord sur les dogmes primitifs, mais qu'ils ne le sont pas sur les dogmes à'intei'prétation. Mais il est faux, d'après ce que nous en avons vu précédemment, que les réformés et les protestants soient d'accord sur les dogmes primitifs, car ils ont même détruit ces derniers. 11 observe, en outre, que les confessions de foi n'ont été obligatoires qu'au nie siècle, et qu'elles ont occasionné des divisions et des hérésies nombreuses. Mais ici il se trompe !<> parce que la foi a été obligatoire dès l'instant de sa promulgation, comme le prouvent les épîtres des apôtres et le symbole des apôtres, qui fut en vigu&ur dès la prédication de l'Evangile ; quand nous admettrions qu'il n'est pas leur œuvre, bien que Rufin et les autres l'admettent. 2° Les hérésies furent si nombreuses pendant les deux premiers siècles de l'Eglise, que Hippolyte, au rapport d'Eusèbe, Hist. eccl., liv. VI, 20, composa, sur la fin du second siècle, un ouvrage contre trente-deux hérésies; il avait été devancé, dans cette carrière, par Hégésippe, qui vivait sous Adrien, Mélitus et Bardesanos, appelé le Marteau des hérétiques, voy. ibid., liv. IV, c. 22, etc. Faut-il attribuer cela à la mauvaise foi ou à l'ignorance du ministre protestant?

(1) Tel est le sentiment de Becker, vol. 111, Hist. univ. à l'usage de la jeunesse. 11 y enseigne que Jésus-Christ et Jean-Baptiste étaient des hommes exaltés qui, pour secouer le joug des prêtres juifs, dont ils détestaient l'orgueil et rhypocrisie, convinrent entre eux, à la suite de longs pourparlers, que l'un jouerait le rôle de précurseur, et l'autre celui de Messie. Wieland, dans

et que d'autres ont fait Tapologie de Judas Iscariote (1). Es ont rejeté presque tous les livres de TAncien et du Nouveau-Testament y OU au moins mis en doute leur authenticité ; c'est surtout, comme l'observe Reinhard, au moment où les protestants pour la plupart rejetaient l'autorité de l'Ecriture et du Nouveau-Testament, que le protestantisme s'est arrogé le titre d'église évangélique. Parmi les li\Tes de l' Ancien-Testament, c'est surtout le Penthateuque dont on rejette l'autorité historique. Yater et Gesenius prétendent qu'il a été composé au temps de David ou de Salomon , et de Wette le considère comme un poème épique. Il en est d'autres, comme Fulda, Nachtigal, qui soutiennent ouvertement que l' Ancien-Testament tout entier a été écrit à une époque de beaucoup postérieure, n en a été de même pour les Uvres du Nouveau- Testament. Eichhorn prétend que tous les Evangiles ont été écrits bien plus récemment qu'on ne le prétend; Vogel, Horst, Ballenstedt, Bretschneider, nient que l'Evangile de saint Jean soit son œuvre; ils pensent qu'il a été écrit par quelque gnostique (2). Schleiermacher, prédicateur du roi de Prusse, nie que saint Paul soit l'auteur de la première épitre à Timothée; Eichhorn les rejette l'une et l'autre, de même que celle à Tite. D'après cet auteur, l'Apocalypse n'est qu'un drame qui décrit la ruine du paganisme et du judaïsme; Semler l'avait rejeté auparavant comme l'œuvre d'un auteur en démence. Lessing; Semler, etc., et surtout Kuinoël, prétendent que les trois premiers Evangiles, savoir, les Evangiles de saint Matthieu, de saint Marc et de saint Luc, ont été puisés aune source syrochaldaïque qu'ils appellent iirevangeliiim (3). Ce qui arrive aux livres entiers, arrive à plus forte raison aux diverses parties de ces mêmes livres; aussi à peine en estr-il

son Agathomédon, publié à Berlin en 1799, appelle Jésus-Christ un noble théurge juif; ailleurs, il le traite d'enthousiaste, liv. IV, p. 333-355.

(1) Elle a été publiée par un prédicateur évangélique, qui y accuse de toutes ses forces Jésus-Christ d'avoir fait Judas son complice, pendant (pi'il cherche à innocenter ce dernier du crime de trahison. Voyez l'ouv. intit. Corrections pour les amis et les ennemis du catholicisme, parJ.-B. Pfeilschifter, OfTenbach-sur-le-Mein, 1831, p. 116 et suivantes.

(2) Voy. Hughes James Rose, ouv. cit.

(3) Voy. Jean-Grégoire Rosenmuller, Scholies sur le Nouveau-Testament, édit. 6, tom. \^ préface sur les quatre Evangiles, p. 2 et suiv.; voyez aussi Kuinoël, Commentaires sur les livres historiques du Nouveau-Testament, Leipsig, 1832, vol. I, Prolégomènes, § 1, origine des Evangiles des saints Matthieu, Marc et Luc.

une seule qui ne soit pas considérée par tel ou tel auteur protestant comme étrangère au texte et comme interpolée; mais il serait ennuyeux de les parcourir toutes.

Bien que nous ayons à peine eiïïeuré ce qui est relatif, soit à l'origine et aux vicissitudes du protestantisme, soit aux fruits qu'il a produit et dans la doctrine théorique et dans la doctrine pratique, soit en fait d'exégèse et de critique sacrée, d'après ce que nous en avons vu , nous allons argumenter comme il suit. Ce qui découle d'un principe mauvais et subversif, ce qui, de sa nature, tend à diviser les opinions et les sentiments, à produire des sectes, et qui tend à ruiner complètement la foi, et à faire disparaître la religion révélée, à produire le doute universel, et à corrompre les mœurs, ne peut pas assurément venir du Dieu auteur de la même révélation, et porte avec soi la preuve irréfragable de sa fausseté, car Jésus-Christ dit : Un bon arbre ne peut pas, etc., à leurs fruits, etc., Or, d'après ce que nous avons dit, tel est le protestantisme. Donc :

Il suit donc de ce que nous avons dit : 1 . Que la division est quelque chose d'intrinsèque, d'essentiel au protestantisme, et que ce n'est que par un accord et une convention mutuelle qu'il est possible cpie ces diverses sectes ne fassent qu'un tout, en permettant à chacun d'admettre, en matière de religion, ce qui lui convient, comme il est arrivé, ainsi que nous l'avons vu, dansl'alliance conclue entre les luthériens et les calvinistes, comme s'il s'agissait de quelque abîme ; et que, par conséquent, l'unité est essentiellement opposée à la nature du protestantisme.

n suit 2. que si les protestants veulent demeurer fortement attachés au principe essentiel de la réforme, personne n'a le droit de reprocher à autrui que ses principes religieux sont impies et absurdes (1).

Il suit 3. que c'est sans fondement que quelques protestants prétendent et se glorifient que le protestantisme a pour base et pour règle la pure parole de Dieu ; soit parce qu'en dehors de Tautorilé de l'Eghse ils ne seront jamais certains quelle est cette parole de Dieu, puisqu'il n'est presque pas un livre dont l'authenticité n'ait été révoquée en doute ou ne le soit, soit

(1) Car, ainsi que l'a établi une Revue protestante, « notre croyance n'est » que la liberté d'examen » (an. 1825, IV* liv., p. 153); et ailleurs : « Ce » principe fondamental du protestantisme est admis aujourd'hui sans restric- » tion » (V** liv., p. 151).

parce qu'en dehors de l'autorité de l'Eglise il ne leur sera pas possible de savoir, d'une manière certaine, si les livres saints sont inspirés de Dieu, et cette inspiration a été sinon déniée à l'Ecriture tout entière, on l'a au moins révoquée en doute pour la plupart des livres qui la composent ; soit enfin parce que la parole de Dieu, dépendant de l'interprétation de l'esprit particulier de chaque individu, il n'est pas d'erreur, de paradoxe qui ne soit légitimé par cette parole ainsi explicpiée; c'est ce que font les anabaptistes, les quakers, les sociniens, les méthodistes, etc. Comment, en effet, la parole de Dieu, en tant qu'elle est écrite , peut-eUe être la règle , si toute la discussion porte presque continuellement sur le véritable sens de cette parole? Tous ceux qui plaident prétendent avoir la loi pour eux, et, s'il n'y avait pas déjuge pour juger, les procès seraient sans fin, de même que les discussions. Tous les hérétiques, sans exception , se sont glorifiés d'avoir pour eux la parole de Dieu; tels les gnostiques et les manichéens, etc., qui, comme les protestants, se sont divisés en ime foule de sectes et de partis ; c'est aussi ce qui est arrivé aux ariens et à toutes les autres sectes séparées de l'EgUse, qui, par suite, toutes ont disparu (1).

il suit 4. que c'est là la raison pour laquelle tant d'hommes, et parmi les simples particuliers et parmi les princes , remarquables par leur savoir, leur science profonde, apercevant ce chaos, qui est nécessairement inhérent au protestantisme, sont rentrés dans le giron de l'Eglise catholique, de laquelle s'étaient séparés leurs pères, pour y jouir de cette paix de la conscience.

(î) Les gnostiques se divisèrent immédiatement en cinquante sectes, comme l'avouent Mosheim, Clerc, Beausobre, ainsi que le rapporte Gibbon, œuv. 1, c. 15. Tertullien, parlant des marcionites, disait: « Les guêpes fout des rayocs » de iniel, et les marcionitos font des églises. » Les ariens, dans l'espace de quatorze £ins, firent jusqu'àdix-neuf professions defoi (plus d'une par an : quelle admirable entente!). Voyez Pétau, liv. I, de la Trinité, c. 7, n. 13, et c'est ce qui est eirrivé à tous les hérétiques. Quant à nos protestants, la chose est 8i claire, que maintenant ils en sont venus à se glorifier de ces variations. Il leur est assurément impossible aujourd'hui de faire une profession de foi commune et perpétuelle ; ils ne peuvent pas faire une profession de foi commune, parce que pour eux la religion est une affaire particulière ; ils ne peuvent en faire de perpétuelle non plus, parce qu'on peut c^ssimiler leur religion à une table météorologique, sur laquelle il faut tenir compte du jour, de l'heure, du lieu, de l'état de l'atmosphère, si elle est humide ou sèche, au-dessus ou au-dessous de zéro. Aussi les protestants ne peuvent-ils que dire ; Je crois en moi, et je proteste contre l'Eglise catholique. Voyez la lettre adressée au rédacteur de la Revue protestante, Mémor. calh., 1827, fév.

que vainement ils avaient cherchée dans tant et de si diverses opinions. Pendant qu'au contraire on ne voit entrer dans les rangs protestants que quelques vils apostats qui cherchent à se soustraire au célibat et aux devoirs de leur vocation (1).

Objections,

Obj. 1 . L'Eglise catholique, elle aussi, a eu ses vicissitudes. 2. Les définitions de foi faites de temps en temps par l'Eglise catholique, sont autant de preuves du système de perfectibilité adopté par les protestants. 3. Les dogmes de foi dont s'enorgueiUit l'Eglise catholique ne sont-ils pas, ou l'invention de tel ou tel Père de l'Eglise, ou des formules exprimées par des paroles vides de sens (2)? 4. Comme, par conséquent, la lumière ne s'est faite qu'au XYP siècle, dès ce moment elle a répandu de plus vifs rayons pour dissiper les ténèbres qu'avait répandues l'Eglise, soit qu'elle eût été trompée, soit qu'elle voulût

(1) Le nombre des hommes distingués par leur origine, leur science et leurs vastes connaissances, qai, dès le commencement de ce siècle sont revenus à la religion catholique, soit en Allemagne, soit en Angleterre, soit en France, soit aux Etats-Unis d'Amérique, est presque innombrable. Il serait excessivement long d'en dresser le catalogue. Une chose qui s'observe depuis longtemps en Hongrie , c'est qu'il passe à peine annuellement quarante ou cinquante mauvais catholiques dans les rangs du protestantisme, pendant qu'il revient de cinq à six cents protestants au catholicisme, et quand on a provoqué les protestants à nier ce fait , ils ont gardé le plus profond silence. Voyez l'Ami de la religion et de l'église , et le Correspondant ecclés., par M. Beukert; Wurtzbourg, n. 9, 28 fév. 1834. Nous avons dit des mauvais catholiques, ou des catholiques peu fervents, car il y a une profonde vérité dans l'observation del'ill. Maëstrius, lorsqu'il dit qu'il y a cette différence entre les catholiques et les protestants, c'est que plus la vie des premiers est pure, plus ils sont attachés à leiu? religion, pendant qu'il en est tout le contraire des protestants; plus ils sont corrompus et d'esprit et de cœur, plus ils sont attachés à leur doctrine ; si leur vie est pure, ils sentent naître des doutes dans leur esprit sur la vérité de leur secte , et, par suite, plus ils se rapprochent de l'Eglise cathohque ; plus les catholiques sont mauvais, au contrahe , plus ils se rapprochent du protestantisme. La plupart, au contraire, de ceux qui vont grossir les rangs du protestantisme ne sont-ils pas des prêtres et des religieux apostats et perdus de mœurs ? Car ce qui était quelque chose de solennel pour les anciens hérétiques , est quelque chose de familier à ceux des temps modernes. Voilà comment s'exprimait TertuUien, en b leur reprochant: « Qu'ils donnent à nos apostats une gloire que la vérité leur a refusée. Le » moyen d'avancer, c'est d'entrer dans le camp des rebelles; y être est à » soi seul un mérite (Près., c. 41, éd. Rig.)- » Nous pourrions l'appuyer d'un grand nombre d'exemples, s'il ne s'agissait pas d'une chose connue.

(2) Tel est le sentiment de Henke, Hist. eccl. Les éditions multipUées de cet ouvrage, ses continuations, ses abrégés, prouvent l'accueil que les protestants lui ont fait. 11 y att^aque, dès le début, les évangéUstes comme des menteurs, et les apôtres comme ayant corrompu la doctrhie de Jésus-Christ, etc. Tel est aussi le but des histoires dogmatiques qu'ils ont publiées de loin en loin-

tromper ; ténèbres propres à favoriser le fanatisme et Tesprit de domination, lorsqu'enfin parurent les correcteurs des livres saints, qui brisèrent les liens qui retenaient les hommes captifs, et cpi se rendirent et nous ont rendus, nous aussi, possesseurs de la liberté. 5. Et c'est là la raison pour laquelle il y eut, parmi les premiers réformateurs et leurs premiers disciples, quelque incertitude, quelque hésitation sur un plus ou moins grand nombre d'articles qu'ils retinrent , car il ne leur fut pas possible de se débarrasser, de prime abord, de toutes les idées dans lesquelles ils avaient été bercés dès leur jeunesse (1). 6. On ne peut pas nous objecter le rationalisme, non plus que le naturalisme ; car, si on examine la chose de près, on voit que le rationalisme est le fait de l'Eglise catholique romaine , et que le chef de cette Eglise est un vrai rationahste ; il prétend en effet, lui, que son esprit interne, ou cpie sa raison concentrée dans son propre cœur peut, au moyen d'une inspiration immédiate, émettre des avis, faire des lois, qui sont autant de règles en matière de foi, quand même il ne s'appuierait pas sur l'Ecriture, ou même que l'Ecriture lui serait opposée. Les conciles de l'Eglise cathoUque sont aussi rationalistes et naturalistes ou fantastiques, en tant qu'ils confirment leurs propres opinions , quand même elles ne seraient pas contenues dans le canon infaillible de la parole de Dieu écrite, s'appuyant uniquement, pour cela, sur une illumination intérieure prétendue et fallacieuse, et sur l'inspiration du Saint-Esprit; le concile de Trente surtout a agi de la sorte (2). Donc :

Réjj. 1. D. L'Eglise a eu ses vicissitudes dans la partie de sa discipline qui peut changer et qui n'est qu'accidentelle, soit, je le veux ; mais je nie qu'elle les ait eues dans ce qui concerne la foi et les mœurs. Nous avons déjà prouvé, en effet, ou que nos adversaires nous donnaient leurs propres inventions, ou que tous les germes de toute la doctrine catholique se trouvent dans l'Eglise dès le premier siècle. Il n'a jamais été possible à nos adversaires, bien qu'ils y aient été souvent invités, de fixer l'époque à laquelle a eu lieu ce changement ; c'est ce que nous avons établi plus haut.

(1) Telle est la réponse que font ordinairement les protestants lorsqu'on leur reproche de s'éloigner de la doctrine de leurs réformateurs.

(2) Tel est le sentiment du prof, de théol. mor. et dogm. Sartorius, dans les Conférences qu'il a publiées pour la défense de l'Eglise évangélique orthodoxe, Heidelberg, 1825.

Rép. 2. 2). Ces définitions ont donné plus de clarté à un dogme déjà reçu, et ceux qui ont attaqué quelque article en ont été l'occasion, je le veux bien ; par l'introduction de dogmes nouveaux, je le nie. Car lorsque quelques hommes ont eu l'affreux courage d'attaquer une doctrine reçue dans l'Eglise, l'Eglise a plus attentivement examiné l'article controversé, et elle l'a revendiqué par une définition expresse et par la condamnation formelle de la nouveauté contraire. C'est ce qu'a toujours fait l'Eglise, et, pour y arriver, elle a toujours eu recoiurs aux anciens monuments, aux anciennes croyances, ainsi que le prouve l'histoire des conciles à quiconque veut l'examiner. Le protestantisme , au contraire , par son système de perfectibilité, a rejeté tous les dogmes les uns après les autres, jusqu'à ce qu'il en soit arrivé à faire disparaître le nom même de la foi, et c'est alors qu'il a atteint l'apogée de perfection auquel il tendait, et cela en détruisant tout (1).

Rép, 3. Les dogmes de la foi sont autant de vérités révélées de Dieu que l'Eglise a reçues de Jésus -Christ pour les transmettre à la postérité, et pour les préserver de la dent féroce des novateurs; c'est ce qu'elle a fait avec le secours de Dieu jusqu'à ce jour, et elle le fera, selon la promesse de son divin fondateur, jusqu'à la fin des siècles. Quant aux prétendues inventions des Pères, je réponds que ce n'est qu'une assertion gratuite de notre adversaire, qu'elle est dénuée de fondement, et qu'elle est même en contradiction flagrante avec les monuments historiques. Voici ce que de son temps déjà saint Augustin disait des Pères : Ce quils ont trouvé dans l'Eglise, ils l'ont consei^vé; ce quils ont appris, ils l'ont enseigné; ce qiiils ont reçu de leurs pères, ils l'ont transmis à leurs enfants (2). Et Tertullien ^ disait bien longtemps avant saint Augustin : « Si nous suivons 5 » la règle que l'Eglise a reçue des apôtres, que les apôtres ont i^ » reçue de Jésus-Christ, et que Jésus-Christ tient de Dieu, notre

(1) Nous donnons, pour gartm., ue notre assertion, un homme qui n'est pas suspect : c'est le professeur Muller, de Schaffouse. « Des théologiens, dit-il, » se font une affaire de nager dans un vain déisme... Tous ensemble, sciem-

. » ment ou sans s'en douter, tiennent la même conduite et le langage sui- » vaut : Déchirons et jetons loin de nous ces liens qui attachaient à la foi et » au devoir nos ignorants et ténébreux ancêtres. » Voy. Recherches hist. de Muller, dans ses lettres confidentielles à Briester, 1801, pag. 41, 69, 88; il y cite le texte de Schroeck et de Vincent de Lérins, pour juger le nouveau perfectibilisme des protestants. Celui-ci, dit Starck, est au but, quand il aura atteint l'athéisme, ouv. cit.

(2) Liv. II, coatre Julien, n. 34, tom. X, éd. des Bénéd.

ï) croyance est fondée (1). )> Il établissait ainsi une distinction entre les catholiques et les hérétiques, qui osaient parleurs nouveautés souiller l'ancienne doctrine de l'Eglise catholique ; je ne citerai point ici un plus grand nombre de passages, tous propres à convaincre notre adversaire du plus audacieux men-^ songe; il ne peut d'ailleurs faire illusion qu'aux hommes dépourvus de sens. Quant à ces formules vides de sens, nous en avons assez parlé, sans que nous avons ici à répéter ce que nous en avons dit.

Rép. 4. Z). La lumière telle qu'elle s'était déjà faite pour les simoniaqueSjlesnicolaïtesetlesautreshérétiqueSjjusqu'àLuther et plus tard encore , la lumière suscitée par le démon , soit ; la lumière qui vient de Dieu^ je le nie. Tertullien dit excellemment à ce sujet : « jMais quel est le moteur de l'intelligence des » auteurs des hérésies? C'est le démon, dont l'œuvre est de » pervertir la vérité (2). » N'est-il pas étonnant que Jésus- Christ n'ait pas songé à l'intérêt de son Eghse jusqu'au temps de Luther, jusqu'au moment de l'apostasie et de la révolte de ses compagnons ? que le principe de la régénération ait été inconnu pendant seize siècles entiers? TertulHen dit encore fort à propos : « Si un grand nombre de personnes admettent une » seule et même chose , eUe vient de la tradition et n'est point » le fruit de l'erreur. Que quelqu'im ose donc dire que ceux » qui l'ont transmise se sont trompés? Quelle que soit la ma- » nière dont on s'est trompé , l'erreur a régné jusqu'à ce qu'il » y eût des hérésies. Il fallait qu'il vint quelques marcionites , » quelques valentiniens (luthériens et calvinistes) , pour dégager » la vérité de l'erreur ; jusque là on avait mal évangélisé, on » avait cru l'erreur , on avait mal baptisé tant de milliers de » milhers de personnes, on avait mal administré tant d'œuvres » de foi , tant de vertus , tant de grâces , mal ordonné tant de » prêtres, accompli tant d'œuvres du ministère, mal couronné y> tant de martyrs (3). )i Quant à la liberté dont ils nous ont fait don , elle consiste à rompre tous les liens de la loi évangélique et à nous soustraire à ses obligations , comme aussi aux préceptes que Dieu nous a donnés, au point que les musulmans eux-mêmes jouissent d'une bien moins grande licence; elle permet de croke et de faire tout ce qui plaît; tout ce que l'on veut.

(1) Prescript. c. 37.

(2 Ibid., c. 40.

(3) Ibid., c. 28, 29, édit. RigaU.

Rép. 5. D. C'est-à-dire dans le progrès de la destruction, sur la pente duquel les arrêtait soit le cri irrésistible de leur conscience , soit la disposition opposée des esprits , je le veux ; tout autrement, je le nie. Car, ou ces réformateurs ne reconnurent pas de prime abord les conséquences désastreuses du principe qu'ils venaient de poser, ou ils en eurent horreur parce qu'ils n'étaient pas suffisamment endurcis dans l'impiété, et ils firent comme ceux qui, voyant le danger, n'ont la force de faire un pas en arrière et cherchent , dans le trouble qui s'est emparé d'eux, à se maintenir au milieu du chemin où ils marchent. Mais l'abîme était ouvert, ils avaient donné l'impulsion; leurs disciples en tirèrent toutes les conséquences, et raffermis au milieu de leurs hésitations par l'exemple de leurs prédécesseurs , ils recueillirent enfin tous les fruits que devait produire ce principe destructeur. Comme un cadavre dont les contextures nerveuses retiennent unies ensemble, pendant quelque temps , les diverses parties qui s'en vont chacune de leur côté lorsque la corruption s'en est emparée, de même le protestantisme s'en fut en lambeaux. Bossuet et Fénelon l'avaient depuis longtemps prévu et nrédit, et le résultat a confirmé leur prévision.

Rép. 6. Z). Par la raison qui fait que la justice participe avec l'iniquité, qui associe la lumière aux ténèbres, ou qui établit une espèce de convention entre Jésus-Christ et Bélial, soit; pour toute autre raison, je le nie. Si le rationalisme appartient à l'Eghse catholique, comme le prétend impudemment l'auteur en question, comment se fait-il que l'Eglise catholique le condamne, l'anathématise, et que les rationalistes la redoutent plus qu'un chien enragé, qu'un serpent vénéneux? N'est-ce pas là appeler lumière les ténèbres, appeler Christ l'antechrist? Il n'est pas nécessaire de réunir ici un plus grand nombre de preuves pour repousser cette calomnie, puisque les protestants rationalistes eux-mêmes se flattent d'en être les auteurs; Wegscheider, l'un de ses chefs, énumère les auteurs du rationahsme, qui tous sont protestants (1). Kant, qui en est le père,

(1) Ouv. cit. Voilà, entre autre chose , ce qu'il dit dans sa préface , p. 11 : « Bref, les progrès que l'on a faits dans la science des lettres... ont fait que » la plupart des membres des églises protestantes en ont été amenés à con- » templer, dans des temples plus élevés, une science plus parfaite, ce qui leur j) a permis de contempler une autre forme et une autre espèce de loi reli- » gieuse, que les circonstances de leur temps ne permirent point à nos pères » de voir. » 11 dit, plu* clairement encore, Proleg., c. 1, § 13 •* « Mais le

n'était-il pas protestant? Ne sont-ce pas des protestants qui ont imaginé le mysticisme et le fanatisme (1)? Par conséquent, s'il est juste que chacun ait ce qui lui appartient, que les protestants conservent donc leurs biens , car c'est là le fruit ou l'effet de cette grande lumière qui enfin a triomphé au XYP siècle j comme aussi de cette liberté cpie Luther et les autres réformateurs, ses complices, ont apporté sur la terre.

On voit par là ce qu'il faut répondre au même auteur lorsqu'il avance que le pape et les conciles de l'Eglise catholique sont rationalistes, naturalistes et fantastiques, parce qu'ils font des définitions par inspiration immédiate sans ou contre l'Ecriture. A qui pourra-t-il jamais persuader cela? Le souverain pontife et les conciles n'ont jamais fait de définition sans s'appuyer sur la parole de Dieu ou la révélation divine, qui nous a été transmise soit par l'Ecriture , soit par la tradition (nous en avons parlé dans les lieux théologiques) ; le pontife de Rome, non plus que les conciles, ne donnent rien du leur; ils sont simplement les témoins de la doctrine que Jésus-Christ a enseignée et que les apôtres ont transmise, comme nous l'avons établi plus haut. Autre est donc l'assistance divine sur laquelle s'appuie l'Eglise , selon la promesse de Jésus-Christ , autre cette inspiration immédiate et divine dont parle notre adversaire, et

» protestantisme s'appuie sur une pénétration des livres saints , et il s'étudie » à traduire leur enseignement dans les œuvres, et l'une et l'autre de ces D choses diffère suivant le caractère de ces livres, et est le plus souvent obscure; D il faut, poiu? l'obtenir, avoir recours aux efforts combinés de l'art et do la s raison, et, dès le principe de la réforme de l'Eglise, cet usage de la raison D fut si bien mis à profit par ses premiers auteurs, qu'on reconnaît très-bien » dans cette réforme les principes du rationalisme, n 11 s'efforce enfin de démontrer que c'est Luther lui-même qui a posé les principes du rationalisme, et il conclut en ces termes : « Les choses étant ainsi, les théologiens modernes » qui, à l'exemple de Luther, se sont laissés emporter par de très-claires » raisons et l'usage de la raison que l'on appelle formel, au-delà des livres » symboliques, ont enfin appris par eux-mêmes à être sages ; ils semblent en D jouir équitablement de même que Luther; il ne faut donc pas tant les ca- » lomnier. »

(1) Les rapides progrès du rationalisme parmi les protestants, et son oppo» sition ouverte avec tous les principes du christianisme, les ont divisés en deuig grands partis: les naturalistes, qui rejettent toute révélation positive, ^ les surnatui^alistes, qui en admettent ime. Ces derniers se divisent ù leur tout* en deux classes : l'une qui suit exactement la doctrine de Luther, et par cottr séquent admet les livres symbolicpies ou les professions de foi , avec une est pèce de hiérarchie constitutive pour son église, comme cela se pratique sur* tout en Prusse ; l'autre, qui est celle des pie'fistes ou mysti'jues, ri^j<ite les livres symboliques et ne jjrofesse d'obéissance qu'envers le Saint-Esprit, Les piétistes reconnaissent pour leurs fondateurs, en Allemagne, Phihppe-Jacob Speuer, le comte Zinzeudorf, Frédéric Wantenville et Spaugeuberg.

que n'ont jamais revendiqué ni le pape ni les conciles lorsqu'ils font des définitions de foi; car les catholiques n'attribuent cette inspiration divine, pour les choses qui concernent la religion, qu'aux seuls écrivains hagiographiques sacrés. L'assistance divine est seulement attribuée soit au pontife de Rome parlant ea: cathedra, comme on le dit , soit à l'Eglise dispersée ou réunie en concile. On désigne par assistance divine ce secours particulier, cette providence spéciale de Dieu sur son Eglise, qui ne lui permet pas de tomber dans l'erreur; de quelque manière que cela se fasse , il faut que ces paroles de Jésus - Christ s'accomplissent : Les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle; et : Voici que je suis avec vousjusqità la consommation des siècles, etc.. Si notre adversaire eût lu le concile de Trente, il y aurait vu qu'il n'y a pas un seul décret concernant la foi qui ne contienne quelques preuves tirées de l'Ecriture ou de la tradition (1).

PROPOSITION X

La stérilité' du protestantisme, dans ses missions chez les infidèles, est une nouvelle preuve de sa fausseté.

Parmi les qualités et les caractères divins dont jouit l'Eglise catholique, il faut comprendre la fécondité de ses missions chez les infidèles. Car, comme Jésus-Christ lui a confié cette mission par les paroles suivantes : Allez dans l'univers entier, prêchez r Evangile à toute créature, elle n'a jamais cessé d'envoyer dans les diverses parties du monde ses enfants, qui, pleins d'un esprit véritablement apostolique, ont délivré les peuples des ténèbres dont ils étaient enveloppés et les ont gratifiés des lumières de l'Evangile. Aussi en compte-t-elle un nombre presque infini qui ne se sont pas contentés d'accomplir dans «e

(1) Vincent de Lérins dit excellemment, dans son livre des Instructions, n. 32 : « L'Eglise de Jésus-Christ est la gardienne soigneuse et attentive des » dogmes qui lui ont été confiés j elle n'y change jamais rien, elle n'en re- » tranche rien, elle n'y ajoute rien, elle ne retranche pas les choses néces- » saires, elle n'ajoute rien de suporilu, elle ne perd pas ce qui lui appartient, » elle n'usurpe pas ce qui appartient à autrui... Enfin elle ne s'est jamais » efforcée , dans les décrets de ses conciles, que de faire croire plus expressé» » ment ce que l'on croyait déjà simplement... Voilà, dis-je, ce qu'elle a tou» » jours fait; aussi, lorsqu'elle y a été poussée par les nouveautés des héré» » tiques, l'Eglise catholique, dans les décrets de ses conciles, n'a fait seulemenl » que confier à l'Ecriture, pour transmettre à la postérité, ce qu'elle avait • reçu par la tradition seule. »

ministère des travaux étonnants , mais qui ont en outre versé leur sang dans Faccomplissement de ces mêmes travaux ; il en est d'autres encore qui , dans tous les siècles , doués du don de prophétie ou de miracle , ont merveilleusement propagé la religion. Tous les royaumes, toutes les provinces, tous les pays, tous les hameaux qui ont emhrassé la foi de Jésus - Christ, ne Tout emhrassée que par rintermédfaire des ouvriers de l'Eglise catholique. L'histoire ecclésiasticpie nous apprend dans ses annales que, presque dans tous les siècles, quelque pays, quelque région a embrassé l'Evangile par l'intermédiaire des ouvriers que les pontifes de Rome leur avaient envoyés pom' les instruire (1).

Dieu, au contraire, a toujours frappé les sectes hérétiques de ^ stérilité , au point qu'il n'est pas une secte hérétique qui puisse se flatter d'avoir retiré jamais de l'infidélité un peuple quelconque, pour lui faire embrasser la foi de Jésus-Christ. Convaincus de cette stérilité , les hérétiques ont complètement négligé la conversion des infidèles, ou s'ils ont fait quelques vains efforts, ils se sont aussitôt découragés, voyant qu'ils n'obtenaient aucun succès, et ils ont toujours mis tous leurs soins à pervertir les fidèles de Jésus-Christ, c'est-à-dire les catholiques ; puisque t affaire des hérétiques , comme l'écrivait déjà de son temps Tertullien, c'est non pas de convertir les païens, mais de pervertir les nôtres; leur gloire à eux, c'est de précipiter ceux qui sont debout, et non de relever ceux qui sont étendus à terre : parce que leur œuvre, à eux, nest pas bâtie sur leur propre bien, elle ne repose que sur la destruction de la vérité. Ils minent notre œuvre pour édifier la leur (2). Tel a toujours été le caractère des hérétiques, telle a toujours été leur manière d'agir.

(1) Saint Innocent I écrivait déjà, au V* siècle, àDecentius, évoque d'Eugub., lett. XXV : « Il est évident que les seuls prêtres qu'a envoyés le vénérable » apôtre Pierre, ou ses successeurs, ont établi des églises en Italie, dans les » Gaules, en Espagne, en Afrique et dans les lies adjacentes. » Constant ajoute, dans la note C : « Hilaire, écrivant son livre du synode à ceux qui étaient 0 unis par la foi, y comprend les évéques de la première et de la seconda û Germanie et ceux de l'Angleterre. Si on y ajoute ceux des diverses pro- 0 vinces de l'Illyrie, qu'Innocent, Ep. 13, n. 2, énumère lorsqu'il y envoie » Rufin on son lieu et place, on aura l'énumération assez exacte des diocèses D du patriarchat de Rome. » Tout le monde sait que les pontifes de Rome prirent soin des peuples d'Anglotorre , d'Hiberuie, d'Ecosse, de Hongrie, da Pologne et des autres peuples du Nord.

(2) Liv. des Prescript., c. 42.

Telle a par conséquent été la manière d'agir du protestantisme. Au commencement de la réforme , selon leur langage , les protestants ne songèrent pas même à la conversion des infidèles. C'est à pervertir les catholiques, c'est à ruiner l'antique foi, qu'ils ont employé toutes les ressources de leur esprit. Bien que certains Etats protestants eussent des flottes, qu'ils possédassent l'empire des mers , et qu'ils eussent pu profiter de ces moyens pour propager la foi de Jésus-Christ parmi les infi^ dèles, ils aimèrent mieux employer tous ces moyens à ruiner les missions catholiques ; telle fut la conduite des Bataves, et, hélas ! ils ne réussirent que trop, surtout au Japon et dans les Indes-Orientales. Et qui plus est, les protestants, afin de cacher leur manque de zèle à propager l'Evangile chez les infidèles, disaient qu'il n'est point permis en conscience de troubler la bonne foi des païens ; ils répondaient surtout aux remontrants, au synode de Dordrecht : « Celui qui annonce l'Evangile aux » païens sans une vocation et une mission spéciale, encourt le » blâme suivant de Pierre : qu'il se mêle de choses qui ne le re- » gardent pas , et qu'il tente Dieu en s'exposant sans vocation » à un si grand danger. » Plus tard, le doyen de Cantorbéry affirmait, dans un sermon prêché en présence du roi d'Angleterre, qu'il n'est permis à personne, s'il n'est pas revêtu d'une mission extraordinaire , comme les apôtres , et qu'il ne puisse par là prouver cette mission , d'attaquer la religion d'un pays quelconque, quand même cette religion serait fausse, non plus que d'en détourner les hommes qui la professent sans l'autorisation du magistrat (1).

Enfin, vers la fin du XVIP siècle seulement, frappés par les brillants succès des missions catholiques au milieu des infidèles, les protestants pensèrent sérieusement à y faire des missions eux aussi (2) . Dès l'an 1647, il se forma en Angleterre une société dans ce but, et elle fut approuvée par le parlement ; ce ne fut que plus tard cependant qu'elle fit quelques progrès. Frédéric rV, roi de Danemarck, fonda une mission en 1706, pour sa colonie de Tranquebar, aux Indes-Orientales ; et le vénérable Jean Egede prêcha l'Evangile dans le Groenland en 1708. Les anabaptistes commencèrent leurs missions en 1792. C'est sur-

(1) Voyez Hist. eccl., M. Hortig, continuée par J.-Jos.-Ignace Doellinger, prof, de théol. à Munst.

(2) J'ai dit enfin, car tout le monde sait que la mission tentée en 1536, par les ministres de Genève, avorta immédiatement.

tout au commencement du XIX^ siècle que l'Angleterre a commencé à exercer son zèle, à Toccasion des missions des anabaptistes et des méthodistes , et dès lors on y a établi plusieurs sociétés générales et particulières pour propager les missions; depuis 1807, elle fait de vains efforts pour convertir les nègres à^Sierra-Leone, en Afrique. La société biblique anglaise, destinée à propager au dehors la Bible, fut fondée en 1804; à ces sociétés se sont jointes une foule d'autres sociétés auxiliaires. Après ce simple exposé de l'origine et du développement des missions protestantes , nous allons brièvement exposer les moyens que ces sociétés ont mis en œuvre pour arriver à leurs fins, et enfin les succès qu'elles en ont obtenu, les fruits qu'elles en ont recueillis.

Et d'abord, si nous considérons le nombre des missionnaires protestants, il est certain que, dès l'an 1 824, la société de l'église anglicane eut 419 missionnaires en permanence (1). La même année, les méthodistes en comptaient 623 (2). Ces deux sociétés comptaient donc alors 1,042 ouvriers. Et maintenant^ si nous supputions les autres sociétés que nous énumérerons bientôt, nous trouverions que l'Angleterre seule compte 3,442 émissaires; les sociétés américaines qui sont fondées dans ce pays ont envoyé 1,000 prédicants dans les missions; c'est pourquoi, sans compter les missionnaires fournis par les divers pays protestants, nous avons un nombre de 4,442 missionnaires (3). Mais, bien que les missionnaires de la propagation de l'Evangile soient obligés, d'après la teneur du diplôme donné le 16 juin 1801, de s'occuper de l'instruction des colonies anglaises, auxquelles on attribue 122 missionnaires et 96 instituteurs, il est certain néanmoins qu'ils doivent s'appliquer à la conversion îas infidèles.

Et si nous considérons le nombre des sociétés qui tous les s fournissent et des livres et de l'argent pour la conversion

(1) Voy. la savante diss. du card. Wiseman, recteur du collège des Anglais Rome, et professeur de langues orientales dans rarcliigymuase romain, lue abord à l'académie catholique de cette ville, et publiée en 1831; c'est dans

cette dissertation que nous avons puisé la plupart def documents que nous rapportons ici; et, en attendant, nous les mettons en avant pour que les protestants qui n'ont pas lu cette dissertation voient sur quels fondements sont basées nos assertions.

(2) Quarterlay Review journal, 1825, p. 29, et Glnislian. rcgister, où on en énumère seulement 210.

(3j Le nouveau journal asiatique de Pax-is, 1828, tom. II, p 23, compte 5,000 missiùmiaires.

des infidèles , nous trouverons en Angleterre , aux Etats-Unis d'Amérique, en France, en Allemagne, en Hollande, en Suisse et dans les pays du Nord, dix-neuf sof létés principales, auxquelles il faut ajouter quatre autres sociétés destinées à distrihuer des bibles, des unités religieux, des livres de pilier es, et les homélies de l'église anglicane (1). Chacune de ces sociétés a sous elle une foule de sociétés moins importantes appelées sociétés auxiliaires ; en France seulement on en compte deux cents, et en Angleterre le nombre en est presque incalculable. Le but de ces sociétés, c'est de fournir des livres et de l'argent aux missionnaires qui se consacrent à la conversion des infidèles. Or, ces sociétés, dès 1824, fournissaient chaque année 1,715,500 écus, cest-à-dire 4,700 écus par jour (2). Et comme les missionnaires se plaignaient encore de l'exiguité de leurs subventions, les revenus annuels des sociétés s'élèvent aujourd'hui à 3,431,000 écus (3). La société biblique répand chaque année , par ses agents et ses voyageurs , un nombre presque incalculable d'exemplaires de la Bible, traduits dans presque toutes les langues et tous les idiomes; ces agents et ces voyageurs doivent être considérés comme autant de missionnaires. Pendant la seule année 1830, ils distribuèrent 632,676 exemplaires du Nouveau-Testament (4). Et c'est là un moyen que Ton considère comme très-propre à convertir les infidèles.

A toutes ces ressources ajoutez les secours extérieurs que reçoivent sans cesse les missions protestantes , tels que la protection des magistrats et des lois (5) , l'appui des gouverneurs et des magistrats de tout rang, des feuilles publiques, des savants, etc. . . , les richesses et les avantages dont sont comblés

(1) Jovett Christian reseorclies in the Mediterranean, 3^ éd., Londres, 1824, p. 318.

(2) Quarter Rew., p. 29.

(3) Ce calcul est excessivement modéré. Journal asiat., Paris, 1828, tom. II, p. 32; il y ajoute deux raillions de libel. fran. Les sociétés bibliques produisent aujourd'hui (1855), plus de vingt-cinq millions de francs; pour s'en eonvaincre, on peut lire les tableaux comparatifs des produits de la propagation de la foi chez les catholiques, et ceux des sociétés que nous venons de nommer. N. T.

(4) Voyez les Christian, regist., même année, Londres.

(5) La société de la Propagation ôvangélique obtint en 1819, de Georges III, une 1( ttre royale, comme ils l'appellent, qui les autorisait à faire une quêta dans tout le royaume, et cctle quctc produisit 283,200 écus. Rom. Christian, remeinbr., vol. XI, Londres, 1829, p. 50.

les missionnaires (1), les pays dans lesquels le plus souvent ils exercent leur ministère, qui appartiennent à la Grande-Bretagne ; si parfois ils tentent de pénétrer chez les sauvages et les barbares, ils ne le font que protégés par la force armée des pro< vinces dans lesquelles ils se trouvent ; ils distribuent aveft pompe et emphase des récompenses aux élèves qu'ils reçoivent gratuitement dans leurs écoles (2) , au point que c'est avec vérité que Buchanan , qui était un grand protecteur des missions , a pu écrire : « Jamais aucune nation chrétienne n'eut pour pro- D pager l'Evangile un aussi vaste champ que celui qui s'ouvre » devant nous, à cause de l'influence que nous exerçons sur les » cent milUons d'habitants de l'Indostan. Jamais nation n'eut » autant de moyens de propager sa religion que nous en avons » chez les divers peuples qui ne nous font aucune résistance, » qui obtempèrent volontiers à notre pacifique domination, » qui révèrent nos principes, et qui considèrent notre domina- » tion comme une bénédiction (3). »

Tels sont donc les moyens, les secours et les avantages dont jouissent les protestants pour répandre la doctrine évangélique chez les infidèles. Il nous reste maintenant à voir quels fruits, quels résultats ils obtiennent avec tout cela.

De l'aveu des protestants eux-mêmes, de l'aveu des fondateurs de ces missions, le fruit de tant de labeurs, de tant de sacrifices est nul ou presque nul ; à peine, en effet, comptent-ils quelques individus entrés dans leurs rangs pour pouvoir plus facilement se livrer à toutes leurs passions , ou parce qu'ils ont été chassés par leurs concitoyens (4). Les missionnaires euxmêmes se découragent devant les difficultés invincibles, insurmontables qu'ils rencontrent presque partout dans la conversion des infidèles ; presque toutes leurs missions dépérissent* il

(1) Chacun d'eux reçoit annuellement un traitement de 1,132 écus; et s'ij est Inarié, on lui donne 188 écus de plus ; et s'il a des enfants, on lui donn« pour chacun d'eux 94 écus. Rapp. de la Société, Lond., 1829, p. 195-197.

(2) Rapport, ibid., année 1826-1827, p. 51.

(3) aiémoire sur les expéditions et les établissements religieux de l'Angle terre dane l'Inde, par Glaud. Buchanan, 2« édit., Lond., 1812, p. 48.

(4) Voy. diss. cit., session quatrième, où sont relatées les missions anglicanes aux Indcri-Oricntalcs , les missions des anabaptistes et des IndépendaDta dans les mêmes pays, les missions de toutes les sectes dans l'Inde et l'Aus^ tralio, dans l'Amérique, auprès des esclaves, dans la Méditerranée, auprès des Calmouks ; de l'aveu môme de ceux qui étaient intéressés à faire connaître les fmits de ces missions; et d'après des documents certains, il est démontré que les fruits de ces missions sont nuls.

en est même plusieurs qui sont complètement ruinées. Les relations de ces missionnaires sont presque toujours muettes sur les conversions produites , et elles sont presque exclusivement consacrées à exagérer leur espoir de plus grands succès pour l'avenir. Enumèrent-ils les individus qu'ils ont convertis , on les taxe aussitôt de mensonge. Et ceci n'a pas lieu seulement pour telle ou telle partie du monde , pour telle ou telle secte ; mais partout où ces missionnaires, de quelque secte qu'ils soient , ont pénétré et se sont livrés à la conversion des infidèles, partout ils ont subi le même échec , au point que l'auteiii de l'Histoire des missions protestantes n'hésite pas à termine] Bon récit par ces mots : En terminant ce livre , qui avait pour but de décrire la propagation de la religion chrétienne, nous perdrions entièrement courage si la jDropagation de notre religion dépendait du succès des travaux entrepris jusqu à ce jour, et que nous avons ici relatés (1). L'aveu de M. Bickerseth n'est pas moins expresse, et il le tenait de la société des missionnaires; et c'est dans un sermon qu'il prêcha dans l'église anglicane j en 1823, à l'occasion de la réunion des nouveaux sociétaires d'York , qu'il le fait.

Pendant les dix premières années, dit-il , la société rîa pas même eu connaissance d'un seulindividu qui soit passé de l'idolâtrie au christianisme (2) . Après vingt années de travaux, ditjl ailleurs, il ri y a rien extérieurement qui indique nos succès et nous fasse connaître que Dieu agrée nos efforts (3). Je passerai sous silence une foule presque incalculable de preuves du même genre (4) ; c'est pourquoi , dans ces dernières années, le gouvernement anglais ne comptant plus sur les succès des missions protestantes , et ayant pourtant à cœur la conversion de ses colonies , a favorisé , indirectement au moins , les missions catholiques ; c'est au point que l'on peut dire , sans crainte de se tromper , que les protestants , par tous leurs missionnaires , par tous les sacrifices qu'ils ont faits, par toutes les bibles qu'ils ont répandues, n'ont obtenu qu'un seul résultat, c'est ou de détruire les missions catholiques, ou de les inquiéter, ou d'entraver leurs succès ; tel a d'ailleurs toujours été leur principal but, la fin dernière qu'ils se sont proposés.

(1) Monlh., rcw., 1817, p. 252.

(2) Journal d'York, mai 1823.

(3) Rapport de la Société de Londres, 1829, p. 43.

(4) On peut voir ces preuves dans la diss. cit., sess. 4, 5.

Les missionnaires catholiques, au contraire j privés le plus souvent de l'appui des rois et des magistrats , sans argent , dénués des ressources humaines , pénètrent seuls chez les barbares , les sauvages , exposés sans cesse aux dangers présents et imminents de perdre la vie, recueillent néanmoins partout où ils pénètrent les fruits les plus abondants. Saint François- Xavier a baptisé à lui seul plus d'un million d'hommes ; il a converti plusieurs rois et plusieurs princes à la religion chrétienne ; il a partout édifié des églises qui sont encore debout, malgré les persécutions atroces des Hollandais et des autres hérétiques, malgré les efforts qu'ils ont faits pour les renverser. Et pour en venir aux dernières missions, mettant même de côté ce qui regarde le Paraguay, le Brésil, la Nouvelle-France ou le Canada, etc., qui ont été merveilleusement décrites par Muratori (1), dans ces derniers temps, plusieurs missionnaires ont travaillé avec succès dans la Virginie, dans le pays des Iroquois et chez les autres peuplades sauvages de l'Amérique du Nord , et y travaillent encore avec succès à la conversion des infidèles (2) ; ils y ont amené plusieurs milliers d'hommes à la connaissance de l'Evangile, et ils y en amènent encore. Tous ceux avec lesquels ils eurent autrefois des entretiens , et que plus tard les Européens cessèrent de fréquenter, les désirent (3;. Tout récemment, le président des Etats-Unis d'Amérique, bien que protestant, favorisa ces missions des catholiques , qui déjà produisent des fruits abondants. On peut en dire autant des missions catholiques dans les Indes-Orientales; Buchanan lui - même avoue c[u'en peu d'années , et malgré les plus cruelles persécutions, le nombre des catholiques a augmenté de 50,000 dans l'île de Ceylan, pendant c[ue les missions protestantes y ont péri (4). Les missions de Chine ont eu le même succès : bien que la persécution y ait été presque en permanence , cependant , de 1 800 à 1827, on a baptisé , rien que dans la province du Sutchuen, 22,000 personnes (5); le nombre des catholiques augmente presque dans la même proportion

(1) Heureux effets du christianisme dans la mission du Paraguay, Venise

(2) Voy. la lett. du P. Charles Van Quickenborne, delaComp. de J., 10 mars 1829, pubUée dans l'Ami de l'Italie, v. 16, p. 165.

(3) Ibid.

(4) Brist. critic, juin 1828.

(5) Annales de la propagation de la foi, Lyon, 1830.

dans les autres provinces du même empire, dans celles de Kansii , Kaukowan , de Zokien et de Kiansi , de Canton et de Kouansi, qui sont exploitées par des religieux de divers ordres ou par des prêtres séculiers ; mêmes succès dans les provinces du Thibetj du Tunking, dans les royaumes de Gocliinchine et de Siam, etc.; là encore , les efforts des protestants ont été si inutiles, qu'ils n'y ont pas même encore converti un seul individu au christianisme, tin protestant écossais, revenu de l'Inde, dit : Je nai vu personne opérer de conversions que les missionnaires catholiques (1). Ce que nous venons de dire sulTit pour prouver, de l'aveu même des protestants et d'après les faits, pour établir qu'il y a une grande différence entre les fruits et les résultats des missions catholiques et des missions protestantes, et dans tous les temps et dans tous les lieux (2).

Ceci établi , nous argumenterons ainsi : là où la force naturelle est très -grande , et où les résultats sont à peu près nuls, et là où la force naturelle est excessivement faible, et où les effeits sont immenses , il n'est pas possible assurément d'attribuer ces effets à une force naturelle quelconque : or, d'après les preuves que nous avons apportées, et d'après une foule d'autres que nous avons passées sous silence pour ne pas être trop long, et qui pourtant pourraient être apportées, il est constant, tout bien examiné, que du côté des protestants la force ou cause naturelle a été très-grande , soit que l'on considère le nombre des missionnaires, soit que l'on tienne compte de l'appui, des secours, des avantages, etc.. ; que du côté des catholiques, au contraire, elle a été très-petite cette force , et cpie pourtant les résultats ont été complètement opposés ; ils ont été nuls ou à peu près du côté des protestants, pendant qu'ils ont été immenses et continuels du côté des catholiques, et cela dans tous les pays ; donc la raison de cette différence doit être attribuée à une cause surnaturelle, parce que c'est à l'Eglise catholique seule que Jésus-Christ, son fondateur, a dit : Allez, enseignez : comme mon Père ma envoyé, je vous envoie; je vous ai établi pour que vous produisiez des fruits et que vos fruits restent; je vous ferai pêcheurs d'hommes; voici que je suis avec vous. Quant aux hérétiques , ils ne sont pas du genre de ces hommes par lesquels le salut s est opéré en Israël; c'est d'eux

(1) Annales de la propagation de la foi, Lyon, 1830.

(2) Voy. Wiseman, diss. cit.

qu'il est écrit : Je ne vous connais pas, je ne vous ai jamais connus; retirez-vous, artisans d'iniquité : écrivez que cet homme est inutile ; ou, ce qui revient au même, comme la fécondité perpétuelle de l'Eglise catholique prouve invinciblement qu'elle est l'œuvre de Dieu et que Dieu la protège continuellement, de même la stérilité du protestantisme dans ses missions chez les infidèles est une preuve nouvelle et irréfragable de sa fausseté. C. Q. F. D.

Il suit de ce que nous venons de voir, 1 . que cette imputation àe prosélytisme, que les protestants jettent sans cesse à la face de l'Eghse catholique, est une preuve éclatante de la fécondité et de la gloire de cette même Eglise ; et elle accuse en même temps la stérilité incroyable et sans espoir de toutes les sectes protestantes qui, comme elles, voient que tous leurs efforts sont vains et sans effet, et que leurs missions ne produisent aucun résultat, brûlent en quelque sorte d'envie, et font un crime à l'Eglise de ce qu'elles ne peuvent faire elles-mêmes; quoiqu'elles le veuillent avec ardeur, leurs efforts n'en sont pas moins stériles (1).

(1) Nous allons énumérer les moyens qu'emploient les protestants, qui accusent les catholiques de prosélytisme pour augmenter leurs sectes, ou plutôt pour opérer quelques défections dans l'Eglise catholique; ou, s'il s'agit des infidèles, pour les empêcher de venir à elles.

1« C'est le jubilé de la réforme;

2» C'est la fête anniversaire de la réforme;

30 Ce sont les missions chez les infidèles, qui, d'après le professeur Elvers, ont pour but de combattre le catholicisme ( ils avouent parfois le véritable but qu'ils se proposent ) ;

40 Leurs institutions, destinées à convertir les Juifs, œuvre à laquelle une seule des sociétés de Londres consacre annuellement 90,000 thalors;

5° Les sociétés destinées à propager la Bible, auxquelles il faut ajouter ces émissaires sans nombre, qui partout, ouvertement ou en secret, font leurs efforts pour propager le protestantisme;

6° Le zèle qu'ils mettent à occuper les chaires dans les imiversités et dans les écoles catholiques;

70 Leur séjour dans les pays cathohques, et l'exercice public de leur culte dans ces mêmes lieux;

80 La distribution de traités et d'éditions de livres, où les doctrines distinctives des catholiques (altérées, bien entendu) ot des protestants sont exposées avec fracas, les bibliothèques protestantes, qui sont ouvertes à tout le inonde ;

90 Les exhortations, les encouragements à embrasser la religion protestante;

100 La confirmation théorique du prosélytisme. Un certain protestant, nommé Thomas, en appela à Jésus, aux apôtres, et surtout à Paul, aux réformateurs du XVIe siècle et aux missionnaires évangélico-chrétiens, qui reconunandent et qui confirment le prosélytisme ;

11» Les mariages mixtes entre protestants et catholiques, qu'ils cherchent iurtout à multiplier dans les pays cathohques;

Il suit 2. que les protestants ne peuvent pas fonder de missions chez les infidèles, s'ils veulent demeurer fermement attachés au principe essentiel et fondamental de la religion protestante, principe qui consiste dans l'indépendance complète et religieuse de l'esprit privé dans les choses de la foi. Si, en effet, chacun a le droit de se faire une religion tirée des saintes Ecritures, ils ne peuvent que donner la Bible au païen et lui dire : Prends et fais-toi une religion avec ce livre, mais prends bien garde de ne pas enseigner à tes enfants ce que tu as appris toi-même, puisqu'ils ont le même droit que toi de se forger une religion. Il ajoute qu'ils ne peuvent pas même affirmer que le livre qu'ils donnent contient la pure parole de Dieu, puisque chacun doit non-seulement juger du sens de la sainte Ecriture, mais c[ue, d'après ce principe, il doit en outre distinguer quels sont les livres authentiques , quels sont ceux qui ont été inspirés ; s'ils n'ont pas été altérés , si on n'en a rien retranché , si on n'y a rien ajouté, car autrement ils agiraient contre le principe d'examen, et ils imposeraient ce livre, de leur propre autorité , à l'infidèle , puisqu'il est notoire , d'après ce que nous avons dit , que plusieurs protestants rejettent tel ou tel livre, telle ou telle partie de tel livre, nient l'inspiration divine, etc., et cela d'après le principe fondamental du protestantisme. Les choses étant ainsi, les hérétiques ne peuvent pas même opérer une conversion sans renverser le principe du protestantisme (1).

n suit 3. que la société biblique détruit de fond en comble le principe essentiel du protestantisme , lorsqu'elle répand les livres saints afin de convertir les infidèles , et en outre qu'elle nuit à la propagation de la cause évangélique, parce que, sans nous arrêter aux autres raisons , comme les infidèles sont inaptes par eux-mêmes à comprendre l'Ecriture sainte, les

12« Les feuilles presque sans nombre qui traitent de la religion, au point que l'on peut appeler leur théologie une théologie de journaux, selon la remarque de Starck ;

13° Enfin les calomnies et les sarcasmes, etc., dont ils poursuivent ignoblement la religion catholique; et pourtant ils faiblissent tous les jours, pendant que tous les jours la religion catholique s'accroit et se développe.

(1) Nous pensons même que si l'on voulait un peu presser leur principe, principe essentiellement élastique, il est vrai, ils ne pourraient pas même présenter la Bible à un païen , et lui dire : Lis , et forme-toi une religion. Mais on nous pardonnera de ne pas développer cette idée , qui demanderait une trop longue note; aussi ne faisons-nous que l'indiquer au lecteur, etc. N. T.

divers récits qu'elle contient les scandaliseront, les blesseront plutôt qu'ils ne les édifieront ; ce qui fait qu'au lieu de les rap' procher de la religion chrétienne ils les en éloigneront, comme cela a eu réellement lieu dans les Indes, ainsi que l'atteste et le prouve l'abbé Dubois , qui a travaillé aux missions de ce pays pendant trente ans (1).

n suit 4. que cette immense quantité d'argent que ramassent les trésoriers des sociétés protestantes, pour soutenir les missions, n'est, de l'aveu de certains protestants candides, qu'un vol, qu'une déception pour les gens simples, qui, tout en se flattant de coopérer au grand œuvre de la conversion des infidèles et à la propagation de la parole de Dieu , sacrifient leur argent à alimenter la cupidité de séducteurs qui sont dans l'impossibilité de convertir les païens, à moins de renverser le principe fondamental et constitutif du protestantisme (2).

H suit 5. que cette profession n'est ni vraie ni ne mérite le nom de chrétienne, qui, si elle eût subsisté seule, aurait laissé le monde païen dans les ténèbres de sa superstition ; et nous avons démontré que tel est le protestantisme, vu son impuissance intrinsèque à propager et à répandre la religion chrétienne. Il suit encore de là que le protestantisme n'existerait pas même, puisque, comme toutes les autres hérésies, il n'est issu que de la révolte et de la perversion de certains catholiques ; ce qu'avait déjà exprimé Tertullien depuis longtemps dans le passage que nous avons cité précédemment ; Parce que l€U7^ œuvre [des hérétiques) n est pas édifiée au moyen d'un bien qui leur appartient, elle ne l'est que par la destruction de fe vérité. Ils minejit notre œuvi^e pour édifier la leur»

Obj. 1 . Et d'abord il est faux que les missions protestantes soient frappées de la stérilité que leur attribuent les catho* liques; elles sont au contraire très-florissantes partout. Ea 1830, les prosélytes delà religion wesléyenne, ou méthodistes, s'élevaient déjà à 39,000. Quant à la société de la propagation évangélique, elle comptait déjà, à la même époque, 6,043 prosélytes dans les pays étrangers; il en est de même pour les autres

(1) Lettre sur l'état du christianisme dans l'Inde, par M. Dubois.

(2) La feuille périodique protestante anglaise, 7 septembre 1831, les appelle de cruels voleurs, et la f)fre espèce des démons terrestres, des sycophantes, etc.

sectes (1), surtout 2. pour les frères moraves. 3. Qui ne connaît les heureux succès des missions de Ziegenbalg, de Scliultze et de Schwartz? 4. Ajoutez que ces succès ne sont que le gap-e certain de succès plus grands encore pour l'avenir. 5. Quand même tous ces efforts , toutes ces dépenses n'aboutiraient qu a sauver une âme, ne seraient-ils pas bien employés (2)? Il est. en outre, de notoriété publique 6. que les missionnaires catholiques sont de grands obstacles aux missions protestantes ; partout ils excitent et les chrétiens et les infidèles contre nous ; ils ne souffrent même pas qu'on reçoive nos missionnah^es ; il n'est, par conséquent, pas étonnant que toutes les missions protestantes ne produisent pas encore les fruits que l'on pourrait en espérer sans ces obstacles. Donc :

Rép. 1. D. Si l'on compte les disciples par le nombre de bibles distribuées, ou par le nombre d'enfants qui fréquente^* eu les écoles ou quelque congrégation, C, s'il s'agit de disciplif proprement dits, N. En admettant même les relations des mis sionnaires protestants qui sont souvent exagérées et fausses, i faut surtout ne pas oublier qu'ils ont coutume de compter leuit disciples d'après le nombre de bibles qu'ils distribuent (3). Cette manière de compter pourtant est fausse, car il en ek plusieurs, ou plutôt la plupart reçoivent le livre des Ecritures, pour l'employer plus tard aux usages domestiques , pour plier divers objets, par exemple, pour dire avec Horace : Et le poivre et tout ce qui se ploie avec des papiers inutiles (4); de sorte que cette énorme distribution de bibles ne fait pas un chrétien; ils sont aussi dans l'usage, pour grossir le nombre de leurs disciples, d'y comprendre ceux qui fréquentent leurs écoles (5); cette supputation est encore fausse, parce que, à peine ces disciples oni-ils quitté leurs écoles, qu'ils reviennent aussitôt à leurs idoles et se moquent de leurs maîtres , desquels souvent

(1) Christian, regist. en 1830.

(2) Car, quand même le vulgaire serait trompé, puisqu'il ne veut rien faire autro chose pour le royaume du ciol, il a un très-grand plaisir de pouvoir seflaltpr, eu donnant tous les ans une petite somme d'argent, de coopérer au grand (puvre de la conversion des infidèles et de la propagation de la parole de Dieu.

(3) Voy. Wiseman, diss. cit., sess. 5.

(4) Nouveau journal asiatique, 1828, tom. II, p. 40.

(5) Hist. de l'état présent de la religion à Calcutta ot dans les environs, 1^-2 », p. 217 et Huiv. En 18:J1, la société biblique avait déjà distribué 12,000,000 de biljle&, dauâ 143 langues.

ils reçoivent et la nourriture et des présents (1). Soit enfin parce qu'ils comptent aussi, parmi leurs prosélytes, tous ceux qui assistent à leurs prêches et à leurs congrégations (2), bien qu'il soit évident pour tout le monde que la plupart nV viennent que par curiosité et parce que c'est une chose nouvelle; quelquefois aussi , c'est ou pour se mocper des prédicateurs^ ou pour profiter des largesses qu'on y fait (3), et dès que cela cesse, le nombre des prosélytes diminue, s'évanouit aussi complètement. Tels sont les triomphes de ces missionnaires , tels sont les résultats qu'obtient la société biblique ! Risum teneatis amiciî

Rép. 2. D. C'est qu'ils ont vu leur nombre s'accroitre dans leurs atehers et leurs colonies, C. ils l'ont vu s'accroître par la conversion des infidèles, N. Car ces frères moraves, dont on a •tant vanté les missions de Phénicie, n'y vont pas, au témoignage de Klaproth, qui en a été le témoin oculaire , pour convertir les infidèles , mais bien plutôt pour faire fortune et pour activer leurs colonies (4). Henderson avoue que les missions que l'on a établies au pied du Caucase n'ont produit aucun fruit (5). C'est pourquoi Alexandre, empereur de toutes les Russies , fit complètement disparaître, en 1822, et les missions des moraves en Phénicie, et celles de certaines autres sectes ; aussi périrent-elles comme beaucoup d'autres (6).

Rép. 3. Tout le monde sait les choses merveilleuses que les protestants pubUaient à son de trompe, dès le principe, sur ces missions du Tranguebar, de Trichnipoli, de Tanjore et de Travancor ; on poussait les choses si loin, que l'évèque protestant Héber alla jusqu'à dire , au rapport de M. Robinson , que là se trouvait la force vive du christianisme dans les Indes, et que nulle part il ne l'avait vu si fiorissant. Mais on découvrit plus tard qu'après cinquante années de labeurs, et malgré le concours de plusieurs hommes politiques , Schwartz ne laissa que sept mille disciples ; et au rapport du même George Héber, si nous devons nous en rapporter à lui , le nombre s'en est tellement affaibli, cpi'il reste à peine des traces de cette si célèbre

(1) lîist. de l'état présont de la religion à Calcutta et dans les enTirons, 1824, tom. III, p, 399, comme aussi le report, etc., 211,

(2) Rpgist., p. 85 et suiv.

(3) Mémoire du révérend Henri Martyn, 8« édit., Londres, 1825, p. 279-887,

(4) Voyage au Caucase et en Géorgie, Paris, 1823, tom. I, p. 261.

(5) Voyage dans la Russie méridionale , Paris, 1826, tom. II, p. 870.

(6) Voy Wiseman, diss. cit. p. 85 et suiv.

mission; et, en 1826, on ne trouva dansFéglise de Tanjore, oii est enterré ce faux apôtre, que cinquante de ses disciples. Que dirons-nous des autres (1)?

Rép. i. D. Ces progrès sont le gage certain des progrès qu'ils imaginent dans leur esprit et qu'ils désirent, C. que l'on peut justement attendre d'après les progrès précédents, je le nie formellement. Nous avons déjà démontré, en effet, par des preuves puisées chez les protestants eux-mêmes, que tous leurs efforts ont été inutiles ; par conséquent, si des faits présents on peut tirer quelque conclusion, il est permis d'assurer, sans crainte de se tromper , qu'ils ne doivent pas attendre de leurs nouveaux efforts de plus heureux résultats. L'arbre que n'a pas planté le Père , pour nous servir des paroles de saint Ignace , martyr (2), ne peut pas produire des fruits de vie. Nous ajouterons que , comme les missionnaires protestants ne peuvent pas exposer les fruits spéciaux de leurs labeurs, ils ont recours généralement à cette supercherie ; afin de tromper ceux qui ne réfléchissent pas et d'obtenir de l'argent d'eux, ils mettent tous leurs soins à exalter les fruits brillants qu'ils sont sur le point de cueillir, et que cependant ils ne cueillent jamais (3). Cette manière d'agir est assurément très-noble, elle est digne de tels apôtres !

Rép. 5. Z). Une âme qui sans eux pourrait se sauver bien plus facilement , C. par eux , iV. Car il est bien à craindre que ce soit à eux que s'appliquent ces paroles de Jésus-Christ : Malheur à vous... qui parcourez et la terre et la mer pour faire un prosélyte , et qui , lorsque vous l'avez fait , le rendez enfant de l'enfer deux fois plus que vous (4). Tout le monde sait que la plupart de ces prosélytes embrassent la foi évangélique pour vivre plus à leur aise et pour secouer le joug de l'esclavage ; plusieurs (si on parle des missions des quakers et des méthodistes) sont admis dans l'assemblée des chrétiens sans baptême ; parfois on leur administre l'Eucharistie sous la forme d'une liqueur appelée rhum, qui leur est moins familière que le vin, encore y met-on de l'eau, etc., et leur vie est si débordée que le plus souvent les magistrats protestant* chassenv

(1) Voy. Wiseman, dlss. cit., p. 85 et smv.

(2) Lettre aux PbQadelph., c. 3.

(3) Voy. Wiseman, dis3. cit., sess. 4.

(4) Saint Matthieu, XXllI, 16.

ces prosélytes des offices publics (1). Nous avons déjà remarqué que ces missions entravent la prédication et la propagation du véritable christianisme au lieu de le favoriser.

Rép. 6. Elles les entravent chez les infidèles qui ne sont pas sous la domination des protestants, TV. chez les peuples qui sont sous la domination des protestants, N. J'observerai d'abord que les missionnaires catholiques ne font que s'acquitter de leur devoir, lorsqu'ils mettent tous leurs soins à éloigner les loups de leurs troupeaux ; en outre, ce ne sont pas les missionnaires catholiques seuls qui les repoussent , ce sont encore les riches propriétaires qui repoussent, les armes à la main, les prédicants quakers et méthodistes, de peur qu'ils ne fassent révolter et fuir leurs esclaves; les magistrats civils les repoussent aussi, dans la crainte que leurs prédications ne rendent les colonies plus mauvaises. Au reste, les pays dans lesquels les missions protestantes jouissent de la faveur des rois et de leur appui croulent chaque jour (2). Ensuite, si ces nouveaux apôtres désiraient le martyre, ils ne se laisseraient point effrayer par toutes ces entraves que savent surmonter les catholiques, ^lais ils tiennent trop à leur peau, le moindre danger les effraie; il ne faut par conséquent pas s'étonner qu'aucun d'eux, jusque là, n'ait versé son sang pour l'Evangile ; car, comme l'écrivait de Pelage saint Jérôme , ils favorisent leur ennemi, c'est-à-dire leur chair.

Inst. On ne peut pas , au moins, révoquer en doute les immenses progrès que la religion chrétienne a faits, par les soins des missionnaires protestants, aux îles Sandwich, situées dans l'océan Pacifique, non plus cpi'aux îles de la Réunion, qui sont situées dans la même mer, et qui ont été défrichées par les soins de ces missionnaires, et on peut, avec justice, dire que c'est un nouveau Paraguay. Donc :

Rép. D. C'est-à-dire l'action des missionnaires protestants a détruit les excellentes dispositions de ces peuples, C. elle y a propagé la religion , N. Car, et le roi et les princes de ces nations, par suite de l'heureux naturel dont ils étaient doués, avaient arraché leurs sujets à l'idolâtrie, et, dans cette circonstance même, désirant des missionnaires chrétiens, ils s'adressèrent aux Anglais, qui leur envoyèrent des missionnaires

(1) Mélanges cath., mai 1823, p. 227 et p. 296.

(2) Diss. cit.

protestants, surtout des puritains. Mais ces missionnaires (tailleurs et cordonniers, etc., pour la plupart) y apportèrent en même temps et leur influence et leur puissance ; ils y confondirent et troublèrent tout, ils y semèrent la sédition, la lâcheté, la paresse, en un mot tous les vices. Ils instruisaient si saintement leurs prosélytes des îles Sandwich, que Rilio- Riho , le roi de ces îles, qui était baptisé depuis cinq ans lorsqu'il mourut à Londres, vivait encore dans Finceste et la polygamie ; parmi ses autres épousGS , qu'il amena avec lui à Londres, se trouvait sa propre sœur, qui y mourut elle aussi (1). Ils ne se repentirent pas moins que Pomaré, roi des îles de la Société, d'avoir appelé ces prédicants, qui , de l'aveu même des protestants, j apportèrent avec eux tous les maux , semblables à la grêle et à un vent embrasé (2). Aussi, appelèrent-ils de nouveaux missionnaires, des missionnaires catholiques, qui y abordèrent en 1827; et, d'après le tanleau qui nous fut transmis l'année d'après, nous voyons qu'ils se mirent aussitôt à soulager les infortunes de ces malheureux peuples, que les protestants y avaient presque entièrement perdu leur influence, et que la religion y florissait (3). Et, que peut produire l'hérésie , si ce n'est la désolation et la mort? La vérité seule peut produire des fruits de vie.

PROPOSITION XI

Il ne peut pas y avoir de salut pour ceux qui meurent, par leur faute, dans l'hérésie, le schisme et l'impiété.

Cette proposition , qui agite si fortement la bile de tous les sectaires et des incrédules, ne s'appuie pas seulement sur l'autorité de l'Ecriture et l'enpeignement constant de l'Eghse catholique, mais elle est encore si clairement démontrée par la raison, qu'il faut être aveugle pour ne pas en voir l'évidence. L'énoncé seul de la proposition àiï assez qu'il ne s'agit ici (jue de ceux qui vivent par leur faute dans l'hérésie, le schisme ou rincrédulité ; ou, selon le langage admis, des sectaires /orMe/5, et nullement des sectaires maternels, ou de ceux qui ont été imbus, dès leur enfance, d'erreurs et de préjugés, et qui ne se doutent pas qu'ils vivent dans l'hérésie ou le schisme , ou qui,

(1) Annal, de l'association, etc., n. 21, juillet 1830.

(2) Tiines, 20 sept. 1830, rev. ?<>, p. G09.

(3) Auual., etc., ibid., j). 273 et suiv.

s'il s'élève quelque doute dans leur esprit, cherchent de tout leur cœur, de toute leur âme la vérité : pour ceux-là, nous les abandonnons au jugement de Dieu, à qui il appartient de voir et de connaître les pensées et les dispositions. La bonté et la clémence de Dieu ne souffrent point, en effet, que celui qui n'est pas volontairement coupable soit soumis aux tourments éternels. Affirmer le contraire serait aller contre la doctrine expresse de l'Eglise catholique (1).

Par conséquent, Jésus-Christ déclare assez clairement qu'il ne peut pas y avoir de salut pour tous ceux qui rejettent les définitions de l'Eglise après les avertissements préalables, et qui se séparent opiniâtrement de l'unité de cette même Eglise ; il le déclare, soit dans les paroles suivantes de saint ^latthieu : S'il n écoute pas l'Eglise, considérez-le comme un païen et un publicain (2) ; soit lorsqu'il dit, dans saint Luc : Celui qui vous méprise me méprise, mais celui qui me méprise, méprise celui

(1) On peut citpr ici les propositions de Baïus qiii ont été condamnées, savoir, la 68e : « L'infidélité purement néiiative constitue un péché pour ceux qui » n'ont pas entendu parler de Jésus-Christ; » et la 67e : « L'homme pèche mor- » tellement même lorsqu'il est forcé d'agu'; » item, 39^, etc. Bien que ces propositions ne concernent que les infidèles négatifs, on peut pourtant, pour la même raison, en dire autant des hérétiques qui sont sous les coups d'une ignorance invincible. Mais nous allons citer l'avis de saint Augustin : « Ceux, » dit-il, qui ne soutiennent pas avec opiniâtreté et malice lem* opinion, bien » qu'elle soit fausse et erronée, surtout si elle n'est pas le fruit de leur pré- » somptueuse audace, mais s'ils la tiennent de parents qui sont tombés dans » l'erreur et qui ont été séduits, et qu'ils cherchent activement la vérité, qu'ils » soient prêts à se corriger dès qu'ils l'auront découverte, ne doivent nul'e- » ment être confondus avec les hérétiques; » lett. 43«, édit. des Bénéd., et lett. 162e j voy. eu outre le Traité sur saint Jean, et son livre sur l'Utilité de la foi, c. 1, éd. Bénéd., tom. VIII; le Livre des hérésies, adressé à Quod vult Deus, c. 1, vers la fin, etc. Je pourrais facilement citer plusieurs autres Pères qui sont du même avis. « C'est pourquoi Suarès, se demandant, dans » son Traité sur la foi, dissert. 18, sect. 3, si, d'après la raison il faut, pour » qu'il y ait hérésie, entêtement et volonté, n « Répond que, pour la première » partie de cet article, prise en général, il n'y a pas de difficulté ; il est cer- » tain, en ellèt, et la raison veut qu'il y ait volonté pour qu'il y ait hérésie. » Tel est renseignement de tous les théologiens. C'est ce qu'enseigne aaint 0 Thomas, 2-2, q. 11, a. 2, et 1 p. quest. 32, a. 4; c'est aussi ce qu'enseignent » tous les autres scholastiques et les anciens Pères, etc.; » et n. 9 : « Il faut » établir d'abord que la raison veut que, pour qu'il y ait hérésie, il faut de l'opi- » niàtreté. Tous les docteurs que nous avons cités sont d'accord sar ce point, » et c'est avec raison, car le droit enseigne formellement qu'il doit en être » £iinsi, etc. » Parmi les auteurs modernes, voy. Bergier, Dict., art. Hérésie, Eglise, § 5 ; voyez aussi de La Forêt, jMêthode d'inst. pour ramener les prétendus réformés à l'Eglise romaine, Rome, 1817, 2e entretien, p. 23 et suiv.j cardinal de La Luzerne, évangile du 19e dim. après la Pentec; Blanc, Opusc. hist. et crit., etc., tom. II, lett. sur l'état de l'hérésie tt du schisme etc., etc.

qui ma envoijé (1) ; ou, dans saint Marc : Celui qui n'aura pas cru S'ira condamné (2) ; ou enfin, dans saint Jean : Celui qui ne croit pas est déjà jugé (3). C'est pourquoi l'apôtre saint Paul dit que les hérétiques sont pervertis, qiiils sont condamnés par leur propre jugement (4) ; l'apôtre saint Pierre les appelle des maîtres de mensonge, qui introduisent des sectes de perdition; ils nient le Seigneur, et assument sur eux le crime de perdition (5). Saint Jean les appelle, à diverses reprises, des ante-^^ christs (6), des séducteurs (7); aussi prend-il soin d'avertir ses disciples de fuir ces séducteurs, leur écrivant : Veillez suf vous-mêmes, pour ne pas perdre les œuvres que vous avef? faites. Quiconque renonce à Jésus-Christ et à sa doctrine nd pas de Dieu (8). L'apôtre saint Jude les appelle des imposteurs auxquels est réservé, pour l'éternité, une tempête noire et ténébreuse (9) ; reprenez-les après les avoir convaincus, dit le même apôtre [\0). Tous ces passages sont si clairs, qu'ils n'ont pas besoin de commentaires.

Les Pères apostoliques demeurèrent fortement attachés à ces principes et marchèrent fidèlement sur les traces des apôtres ; et comme les apôtres chassèrent de l'Eglise les simoniaques, les nicolaïtes, les cérinthiens, les phantasiastes , les ébionites, et les menacèrent de peines éternelles s'ils ne se convertissaient pas, de même leurs successeurs chassèrent les ménandrites, les basiliens, les saturniens, les marcosiens, les valentiniens , les gnostiqueSj et tous les autres novateurs et protestants de cette époque, et les menacèrent des mêmes peines éternelles (11); tels furent les saints Ignace, Poly carpe, Irénée, Justin, Théophile, etc. Parmi ces Pères, voici ce que dit saint Ignace : Ne vous trompez pas, mes frères. Celui qui marche à la suite du schismatique perd le royaume de Dieu, Celui qui partage et se

(T Dernier chap.

(4) Tito, 3-10, 11.

(5) Saint Pierre, 2-1.

(6) Saint Jean, 1, 2, 18-19, etc^

(8) Ibid., 8, 9.

(9) Ibid., 18, 13.

(10) Ibid., 22.

(II) Eusèbe, Hist. ccclés., liv. IV, c. 7.

conduit d après un sentiment opposé, ne consent point à la passion, etc.; et voici la raison qu'il donne de cette assertion : Tous ceux qui sont avec Dieu et Jésus-Christ sont avec l' évoque. Tons ceux aussi qui feront pénitence et reviendront à l'unité de l'Eglise appartiendront aussi à Dieu; le saint martyr appelle ailleurs les hérétiques des bêtes féroces à face humaine, des patrons de la mort plutôt que de la vérité, des renégats, des hommes qui ne connaissent pas Jésus-Christ , et qui ne font que rarement et difficilement pénitence ; il enseigne, en outre, quils administrent im remède mortel que celui qui ne le connaît pas prend avec plaisir, et qu'il lui donne la mort au milieu des plus douces voluptés; et il prévient en outre tout le monde de se garantir contre leurs embûches. Yoilà ce que saint Ignace pensait des hérétiques de son temps. Saint Polycarpe avait tellement en horreur les hérétiques, que lorsqu'il entendait débiter quelques nouveautés contre la doctrine reçue, il se fermait les oreilles et s'écriait : 0 Dieu miséricordieux! powquoi m' avez-vous réservé pour un temps où je suis obligé d'entendre de telles choses? et aussitôt il fuyait et quittait le lieu oii il avait entendu, soit debout, soit assis, ces choses là[\). Saint Justin appelle, sans hésiter, les hérétiques des athées, des impies, des iyijustes en dehors des lois (2); il ajoute encore que ce sont là, d'après les prédictions de Jésus-Christ, des loups recouverts de la peau de brebis , que ce sont de faux christs, àe^ faux apôtres, des séducteurs des fidèles, et qu'on leur donne le nom de l'auteur de la secte à laquelle ils appartiennent : « Il en est, dit-il, que l'on appelle marcionites, » d'autres valentiniens , d'autres basilidiens , d'autres satorni- » Hens, d'autres enfin qui portent un autre nom, suivant » celui du père de leur secte (3). » Il compare aux faux prophètes juifs ceux qui, sous l'inspiration empoisonnée du démon, ont enseigné et enseignent les horr'i^urs qu'il a glissées dans leurs esprits (4). Saint Théophile emploie cette magnifique comparaison : Les éghses saintes répandues dans l'uni-

(1) Voyez Eusèbe, liv. V, c. 20.

(2) Dial. avec Tryphon, n. 33.

(3) Que les protestants substituent leurs noms, c'est-à-dire luthériens, calvinistes, zwingliens, sociniens, etc., à la place de ces noms, et ce sera là leur portrait.

(4) Ibid., n. 28. Si les protestants se donnaient la peine de lire attentivement ce qu'il dit ici, ils verraient qu'on peut parfaitement l'appliquer à Luther, lorsqu'il écrivait le Livre de l'abrogation de la messe privée.

vers entier sont, dit-il, semblables à des îles fertiles oii coulent les eaux les plus fraîches, munies de ports et de rades sur s, où peuvent se Téfugier ceux qui sont battus par la tempête -, dans lesquelles, par conséquent, peuvent se réfugier ceux qui désirent se sauver et qui aiment la vérité ; quant aux sectes hérétiques , il les compare à des îles couvertes de rochers , sèches et arides, stériles et peuplées de bêtes fauves, fatales aux navigateurs en proie aux plus affreuses tempêtes, où viennent se briser les navires, et où périssent ceux qui les abordent; il conclut en ces termes : Telles sont les doctrines de l' erreur , j'ai dit les hérésies, tous ceux qui s en approchent y périssent (1). C'est là renseignement unanime des Pères apostoliques , qui ont communiqué leur doctrine à ceux qui les ont remplacés, de sorte que tous, sans en excepter un seul, sont d'accord sur ce point (2).

n est, par conséquent, inutile de rapporter un à un tous leurs témoignages; je ne saurais cependant résister au plaisir de citer quelques passages de saint Cyprien ; non-seulement il dit que les apôtres les ont exécrés comme des hérétiques ; nonseulement il en donne une description graphique; il établit que, pour ruiner la vérité, ils ont recours au fer et au poison; il leur refuse le titre de chrétien et affirme qu'ils en trompent un grand nombre qu'ils attirent à leur suite; non-seulement il les appelle des pestes, des bêtes fauves, des voleurs, des brigands, des pillards, des bouchers, et leur donne d'autres noms tout aussi ignominieux; mais, en outre, et c'est une chose à laquelle il faut faire attention, il met à nu la cause et l'origine de toutes les hérésies; elles viennent, dit-il, de ce qu'on ne cherche pas le chef de l'Eglise, de ce qu'on méprise la primauté de Pierre, de ce qu'on s'éloigne de la chaire et de l'Eglise qui est une, et de l'épiscopat qui est un. « Ils donnent, » dit-il, la nuit pour le jour, la mort pour la vie, le désespoir » pour le succès, la perfidie pour la foi, l'antechrist pour le » Christ, afin de ruiner la vérité par de semblables subtilités, )) de tels mensonges. C'est ce qui a lieu, mes bien chers frères, » quand on ne remonte pas à la source de la vérité , que l'ou » ne cherche pas le chef, quand on ne conserve pas la doctrine? » céleste du Maître. Si l'on se prend à considérer cela, il n'est

(1) II» liv. à Antolycus.

(2) Tels saint Cyprien, saint Ambroisc, saint Augustin, etc., etc.

y> pas besoin de longs traités, de nombreuses preuves. La » preuve est d'un grand secours pour la foi, quand il s'agit » de la vérité. Le Seigneur parle en ces termes à Pierre : Moi, » je vous dis, etc. (1). )) Et comme les hérésies, poursuit-il, et les schismes ne sont nés que longtemps après, qu'ils ne sont nés que lorsqu'ils se sont constitués divers conventicules, qu'ils ont abandonné le chef et la source Je la vérité, à savoir, le pontife romain, dont il avait parié, il conclut enfin en ces termes : « Quand même les hérétiques et les schismatiques ï) mourraient pour confesser le nom de leur secte, leur Scing

» serait insuffisant à effacer cette faute Celui qui n'est

y> pas dans l'Eglise ne peut pas être martyr; il ne peut pas, y> celui cpii a abandonné celle qui doit régner, jouir de son » royaume (2). »

n est à peu près inutile d'appuyer cette vérité sur l'autorité, puisque la raison elle-même en démontre l'évidence ; car celui qui est coupable d'un péché mortel et qui mem^t en cet état, encourt la damnation étemelle : or, il y a certainement péché mortel, et même péché mortel très-grave à demeurer volontairement attaché au schisme , à l'hérésie ou à l'incrédulité , et à repousser la vérité que Dieu nous propose de croire, à mépriser l'autorité légitime et établie de Dieu, à ne pas écouter l'Eglise , et à suivre opiniâtrement sa manière particulière de voir contre l'enseignement de l'Eglise. Donc :

Et c'est là, je pense, ce qui a fait que les protestants, qui maintenant sont furieux parce que nous défendons ce dogme de la foi catholique, que hors de l'Eglise catholique il n'y a point de salut, ont enseigné presque jusqu'à nos jours la même chose. Bien qu'ils n'aient jamais été fixés sur cette question désagréable pour eux , les cathohques sont-ils sauvés , et que tantôt ils l'aient admis, et que tantôt ils l'aient nié, il est plus certain, toutefois, au rapport de Stark, que plusieurs d'entre eux regardent leur église, ou plutôt leur secte, comme opérant seule le salut (3) ; et Sulzer atteste avoir trouvé un ordre du magistrat de Zurich, en Suisse, daté de l'année 1740, où il est dit que l'égUse réformée seule opfh^e le salut; et il observe encore que Henri Dodwel enseignait, au XYIP siècle, que les

(1) De l'Unité de l'Eglise.

(2) Ibid.

(3) Entretiens philos., etc., p. 403w

seuls membres de l'Eglise épiscopale avaient un espoir assuré d'arriver à la béatitude éternelle (1) : cette doctrine exclut assurément du salut éternel tous les autres réformés, les presbytériens et tous les non-conformistes, comme ils les appellent. L'église anglicane conserve encore le symbole dit de saint Athanase, symbole qui exclut du salut éternel tous les unitaires, les méthodistes, les rationalistes; il en exclut même les grecs schismatiques , qui nient la procession du Saint-Esprit , du Père et 'du Fils. Un ministre protestant de ces derniers temps assure formellement qu'il a connu plusieurs ministres anglicans qui ne pouvaient pas se persuader que ceux qui ne croient pas à la Trinité fussent sauvés (2). Sur quel fondement les diverses sectes protestantes appuient-elles ce sentiment? c'est là ce que j'ignore entièrement, puisqu'elles sont toutes novatrices, et que, toutes, elles sortent du principe de l'indépendance individuelle en matière de religion; mais ce que je comprends beaucoup moins encore, c'est ce pourquoi ils ont forgé et reforgé tant de confessions de foi, que Bossuet, de son temps, énumérait déjà (3). On pourrait y ajouter aujourd'hui un catalogue passablement étendu, si on voulait les énumérer toutes. Mais ce serait perdre son temps que de chercher de l'union chez les protestants. De ce que nous venons de dire, je ne tire que cette seule conséquence : c'est qu'ils n'ont aucun sujet de s'emporter, lorsque nous enseignons ce que leurs propres sectes ont enseigné jusqu'à nos jours. Et, s'ils ont ensuite changé d'avis sur ce point comme sur tous les autres, est-ce que nous, catholiques, nous sommes obligés d'en changer aussi? L'erreur peut changer, mais la vérité ne change jamais (4).

(1) Voy. Vérité et amour, par Snlzcr, p. 199 et suiv.

(2) Voy. l'opusc. intit. : « Quelques réflexions sur la maxime chrétienne r ï) Hors (le l'Eglise point de salut, » Paris, 1827; voy. Lessius, Appendice ou Traité de la religion, etc., c. 1, quest. 2 rais. 8.

(3) Hist. des Variât., surtout liv. III, §§ 1 et suiv.; liv. VIII, §§ 16, 17, 63; liv. IX, §§ 80, 87; liv. X, §§ 58, 68, etc.

(4) Nous devons observer encore ici les perplexités et l'arbitraire qui régnent dans la Babel protestante, sur la manière de penser et d'enseigner; il y en a Wi font si grandes les portes du ciel, qu'ils les ouvrent non-seulement aux à.* étiques, etc., mais même aux idolâtres, comme on le voit d'après ce que noua avons dit; il en est d'autres, au contraire, qui les ferment si étroitement que, d'après eux, ceux qui sont sous les coups d'une erreur invincible ne peuvent pas y entrer ; c'est ce que l'on voit d'après l'ouvrage de Stark, que nous avons cité. Il en est d'autres qui tiennent pour cruelle l'Eglise catho»

H suit de ce que nous avons dit 1 . qu'ils s'inquiètent peu de leur propre salut, ceux qui soutiennent que l'honnête homme ne doit pas changer de religion , qu'il doit conserver celle dans laquelle il est né et a été élevé. Les idolâtres, les musulmans, etc. , auraient pu ou peuvent admettre la même exception contre la prédication des apôtres et de l'Eglise. Si l'honnête homme ne doit pas abandonner la religion au sein de laquelle il est né , pourquoi les protestants répandent-ils tant de Bibles , font-ils de si grandes dépenses, se donnent-ils tant de peines, de soucis pour agrandir leurs missions? Mais ce principe n'a eu cours chez les protestants que lorsqu'ils ont vu leurs sectes se dissoudre, et un grand nombre des leurs revenir à l'Eglise catholique ; ils le forgèrent alors pour retenir, au moins par point d'honneur, les membres de leurs diverses sectes. Certes, il n'y

lique , parce qu'elle professe que , hors de son sein, il n'y a point de salut. Telle est leur manière d'argumenter, bien qu'il y ait encore parmi eux un grand nombre de protestants qui soutiennent et enseignent que, hors de leur secte, il n'y a pas de salut. Voici comment s'exprime Harms : « En dehors de » l'église (luthérienne) il n'y a pas de salut. Nous ne pouvons pas approuver » celui d'entre nous qui passe à l'Eglise catholique ou réformée, malgré la » fondation de la société dont nous avons parlé plus haut, car nous possédons » l'institution ecclésiastique la plus parfaite (qui pourrait en douter?). Nous » aimerions mieux, plutôt que quelqu'un des nôtres entrât dans les rangs de » l'union rationaliste (elle est cependant le fruit naturel du protestantisme), » qu'il se fît juif, bien que l3s lois civiles le défendent sous peine de mort. » Einige Winke, etc., c'est-à-dire « Avis et exhortation sur quelques matières » ecclésiastiques; » Kiel, 1820. Voilà ce que prêche Thérémin : « Nous avons » le droit de damner les autres , car il est écrit : Celui qui ne croit pas est » déjà juge'. Et pourquoi ne damnerions-nous pas ceux que Dieu damne? » Homélies, Il vol., Berlin, 1819. « Parce que, dit le professeur Elvers de Got- » tingue,nous savons, comme Luther, qu'il y a des dangers dans l'Eglise » catholique; des dangers, parce que nous ne voyons pas qu'on y croie et » qu'on y enseigne que l'espoir du salut est fonde' sur la foi seule; nous » devons, par conséquent, comme nos ancêtres, croire que tous les catho- » liques ne sont pas damnés, car nous ne nous sommes jamais emparés de ce 1) terrible jugement {et, quand même il en serait ainsi, les catholiques en » seraient peu eiîrayés); mais ce que nous disons, c'est que le protestant qui » quitte son église pour entrer dans l'EgUse catholique, et qui ne recherche » pas la foi évangélique (ce que je nie) et qui ne l'embrasse pas, s'expose » grandement à se damner (de quels scrupules ils sont touchés!); comme le » père protestant qui élève ses enfants dans le catholicisme rend leur salut » douteux, lui aussi; » Ephémérides de l'Eglise univ., 1827, n. 189.

Le nouvel Agenda de Prusse contient le symbole de saint Athanase, qui commence par ces mots : « Celui qui veut être sauvé doit avant tout tenir la » foi chrétienne (il y a catholique) dans son entier. Celui qui la tient pure et » entière (telle que la tiennent, amsi que nous l'avons vu, les protestants, qui » rejettent les Ecritures, accusent les apôtres, considèrent Jésus-Christ comme » un séducteur et un enthousiaste, etc.), périront à coup sûr éternellement. » Voici quelle en est la conséquence : « Voilà la pure foi chré'icràie ; celui qui » ne la tient pas fermement et fidèlement ne peut pas être sauvé. »

a rien de plus ignominieux, pour l'honnête homme, que de ne pas embrasser la vérité lorsqu'elle s'offre à lui, et que de persister dans son erreur lorsqu'il la connaît, qu'il l'a découverte. Bien que je pusse dire avec plus de vérité que lorsque les héré- ;; tiques, les schismatiques et les incrédules reviennent à l'Eglise catholique ils se jettent dans les bras d'une mère qu'ils avaient, eux ou leurs ancêtres, cruellement abandonnée.

Il suit 2. que chacun est tenu, selon ses forces, de discuter les doutes qui s'élèvent dans son esprit, de chercher la vérité, et de l'embrasser aussitôt qu'il la reconnaît, à moins qu'il ne veuille passer sa vie dans un état habituel gravement coupable, et s'exposer à la damnation éternelle en retardant sa conversion.

Il suit 3 . que ceux qui retiennent la vérité de Dieu captive et qui font un commerce de la damnation des âmes ne sont pas les seuls qui soient coupables d'une faute grave ; ceux-là le sont aussi, sans exception, qui n'emploient pas toutes leurs forces à chercher la vérité, qui négligent l'affaire la plus importante, et qui, par conséquent, doivent s'imputer à eux seuls leur damnation éternelle, si c'est par une paresse, une négligence coupables , et surtout parce qu'ils n'ont pas prié qu'ils n'ont pas découvert la vérité, qu'ils ne sont pas rentrés dans le sein de

l'Eglise.

Objections,

I. Obj. L'Apôtre écrit : Personne ne peut poser d'autre fondement que celui qui a été posé, qui est Jésus-Cluist. Mais si quelqu'un bâtit sur ce fondement avec de l'or, de l'argent, des pierres précieuses, du bois, du foin, de la paille, l'ouvrage de chacun sera connu,... le feu prouvera quel est l'ouvrage de chacun; si celui dont l'ouvrage brûlera éprouve quelque dom— mage pour lui, il sera sauvé, mais Une le sera que comme par le fm. D'où j'argumente comme il suit : Ceux qui bâtissent sur le fondement de Jésus-Christ avec du foin et de la paille, sont assurément ceux qui enseignent des doctrines erronées; or, TApôtre soutient qu'ils seront seulement éprouvés comme par le feu , mais qu'ils ne seront pas punis de châtiments éternels. Donc :

Hép. N. M. Car les hérétiques, loin de bâtir sur le fondement de .Jésus-Christ, ruinent et renversent ce fondement, comme le prouve le v. 17, où l'Apôtre ajoute que Dieu les détruira : l'Apôtre ne parle donc, dans les paroles citées, que de ceux

qui édifient réellement, et enseigne que ceux qui communiquent la \Taie et solide doctrine seuls obtiendront la récompense qui leur est due; et que ceux qui ne prêchent que pour s'attirer une vaine et inutile gloire perdront leur peine et les fruits de cette même peine (1) ; c'est là, d'ailleurs, l'explication que Rosenmuller donne de ce texte.

n. Obj. 1 . Bien que les héréticpies soient dans l'erreur en pensant autrement que l'Eglise, ils n'agissent néanmoins que d'après une persuasion qui leur fait croire qu'ils sont dans la vérité et qu'ils servent Jésus-Christ. 2. Aussi Courayer (2) ajoute-t-il avec justice que l'hérésie est toujours une faute involontaire, et que, par conséquent, elle est de toutes la plus digne de pardon. Personne ne professe volontairement l'erreur; par suite , s'il faut mesurer la gravité de la faute sur la liberté du choix, nous en concluons que, de tous les crimes, l'hérésie est le plus petit. Donc :

Rép. D. 1 . Ils n'agissent que d'après une persuasion erronée, fondée sur l'orgueil et l'entêtement de lem' esprit , C. d'après une persuasion vraiment innocente, N. Le crime d'hérésie ne consiste pas précisément dans la seule aberration ou ignorance de l'esprit, mais bien dans l'opiniâtreté de la volonté à s'opposer à l'enseignement de l'Eglise, qui fait que l'on préfère son propre jugement à l'autorité légitime que Jésus-Christ a instituée, comme nous l'avons vu en son lieu, ce qui, par conséquent, emporte la révolte, et est le plus grave de tous les crimes dans son genre. Au reste, ceux qui mettaient à mort les apôtres et les mart}Ts pensaient, eux aussi, honorer Dieu; ils seraient par conséquent innocents.

Quand à la seconde assertion , je la nie , d'après ce que nous avons dit, et dès-lors tombe toute l'argumentation de Courayer, car elle repose sur une fausse supposition , comme elle l'indique elle-même.

I. Inst. 1. Il serait inhumain, il serait cruel, vu la diversité des opinions, de précipiter dans des tourments éternels un nombre presque infini d'hommes, dont, d'ailleurs, un grand nombre est embrasé du feu de la charité et brûle du zèle de l'Evangile; d'autant mieux 2. que ce principe, hors de l'Eglise catholique U n'y a pas d'espoir d'être sauvé, est opposé à la

(1) Voy. Bernardin de Piquigny.

(2) Not. 119 sur le Uy. I de l'Hiôt. du concile de Trente, de Paul Sarpius.

charité, et fait naître dans l'esprit une haine perpétuelle contre le prochain. Donc :

Rép. 1. D. A. Les hérétiques seront punis de supplices éternels précisément à cause de la diversité de leurs opinions, iV. Es le seront à cause de leur résistance opiniâtre et volontaire aux enseignements de l'Eglise , C. Mais il n'est pas possible , dans ce dernier sens, de dire qu'il est dur et cruel de damner quelqu'un , sans dire aussi qu'il est dur et cruel que l'homme qui s'est rendu coupable d'un péché mortel soit soumis à cette damnation. Comme, de plus, d'après les preuves que nous en avons données, l'enseignement de Jésus-Christ et des apôtres est tel , et que personne ne peut dire que cet enseignement soit cruel, à moins de taxer d'injustice la doctrine de Jésus-Christ lui-même, et de souiller sa bouche par le blasphème en l'accusant d'iniquité parce qu'il menace sans raison de châtiments éternels. Qu'ils viennent à résipiscence, qu'ils retournent à ce qu'ils ont abandonné et ils n'auront plus le sujet de se plaindre, et, s'ils ne le veulent pas et qu'ils périssent pour l'éternité, c'est à eux-mêmes qu'ils doivent l'imputer. Si chacun pouvait, impunément et selon ses caprices, innover dans les matières de la foi, il en serait fait et de la foi elle-même et de l'unité que Jésus-Chrit a établie. Quant à la charité et au zèle dont certains d'entre eux sont embrasés, disent-ils, nous avons vu ce qu'en pense saint Cyprien, auquel nous ajouterons saint Augustin. Yoilà ce qu'il dit du schismatique et de l'hérétique volontaire : Etabli en dehors de l'Eglise; séparé de l'unité et du lien de la charité, tu seras puni du supplice éternel, quand même tu serais bmlé vif pour le nom de Jésus-Christ (1).

Quant au second argument, je le nie, à moins que l'on prétende qu'il ne soit contre la charité de dire à quelqu'un que , s'n continue de marcher dans la voie oii il s'est engagé , il s'expose à un danger mortel. Au reste, l'Eglise a toujours désiré la conversion de tous les hérétiques, de tous les schismatiques; elle l'a toujours demandée à Dieu dans ses prières; toujours elle les exhorte, elle pleure leur perte; car la vérité ne sait haïr que l'erreur; elle aime ceux qui sont dans l'erreur, parce qu'elle est charité (2).

(1) Epist. 173, 1. 204, au prêtre Donat, éd. Bénéd.

(2) Un protestaDt, distingué par son savoir, assistant à nos offices de la sixième férié de mai, cX outfiidant les prières que l'Eglise catholique adresse à Dieu pour les hérétiques, les schismatiques , les juifs, les païeus, les caté*

n. Inst. Pour faire son salut, il suffit de vivre Honnêtement et d'accomplir les œuvres de la miséricorde envers le prochain; Jcsus-Christ, au jour solennel du jugement, ne les condamnera pas parce qu'ils n'auront pas cru comme il faut, mais bien parce qu'ils auront mal vécu : J'ai eu faim , leur dira-t-il, et vous ne m*avez point donné à manger, etc. (1),

Rép. N. A. Soit parce que Jésus-Christ a dit : Celui qui ne croira pas sera condamné; soit encore parce que les passages que nous avons cités plus haut l'expriment formellement. Une suffit donc pas de vivre honnêtement, ainsi que le disaient autrefois les païens, au témoignage de saint Augustin, et qui, sous ce prétexte, refusaient d'embrasser la religion chrétienne; mais il faut, de plus, vivre d'une vie surnaturelle, que la foi seule donne : Sans la foi, il est impossible de plaire â Dieu; le juste vit de la foi.

Quant à la preuve, je distingue : Parce que Jésus-Christ n'a exposé qu'une partie de la cause de la damnation, soit; parce qu'il en a exposé la cause totale et adéquate, je le nie. Autrement, les adultères, les voleurs, les ivrognes, etc., bien plus, les Juifs, les musulmans, les païens qui feraient les œuvres de miséricorde en question seraient sauvés, ce qui est absurde. Jésus-Christ, par ces paroles, n'a voulu démontrer qu'une chose, c'est que la foi seule ne peut pas sauver, contrairement à ce qu'a enseigné le père des protestants, Luther (2) ; mais qu'il

chumènes, emporté parim pieux enthousiasme, ne se put contenir et s'écria • Donnez-lui l'enfant vivant, voilà la véritable mère! III liv., R. 3; voy. Feller, Catéchisme phil., § 490, n. a.

(1^ S. Matth., 25, 42. Cette erreur, que quelques sages protestants modernes donnent pour nouvelle , remonte à la plus haute antiquité ; car l'hérétique Apelles, qui vivait au 11^ siècle, enseignait, entre autres choses, « qu'il ne » fallait pas du tout examiner la foi, mais que chacun devait conserver les » idées dont il avait été mibu; il affirmait qu'il ne fallait rejeter ceux qui » croyaient en Jésus-Christ, pourvu qu'ils fissent des bonnes œuvres. » Eusèbe, Hist. eccl., liv. V, c. 13.

(2) C'est ce qui a fait admettre cet adage de Luther, que Grotius lui reproche : Péchez fortement, et croyez plus fortement encore. Voy. les ouv. de Luther, édit. de Witt., tom. VI, p. 160. Les luthériens n'ont pas renoncé à ce dogme, comme le prouvent les passages du professeur de Gottingue, Elvers, que nous avons cités, bien qu'ils aient rejeté toute espèce de foi; Cobbet observe, même lett. 7, § 199, que la seule doctrine sur laquelle les réformateurs les plus illustres de l'Église catholique sont demeurés d'accord, c'est que les bonnes œuirres sont inutiles au salut; et il poursuit encore, avec justesse, que leur manière de vivre prouve la sincérité de leur profession, car il n'y avait pas un homme, parmi eux, qui ne méritât de passer par les mains du bourreau. Ici encore se remarque l'union qui règne parmi les protestants, car les una I. 22

fallait, en outre, les œuvres pour être sauvé, puisque le même Jésus-Christ dit : Celui qui n'aura pas cru est déjà jugé (1).

III. Inst. La sagesse de notre siècle ne saurait tolérer des allégations de ce genre ; parce que 1 . elles nous donnent de Dieu une idée indigne de lui; 2. il faut, par conséquent, amender sans hésitation les inventions d'une ignorance et d'une superstition qui est inconciliable avec la philanthropie, la manière actuelle de vivre et les sentiments de l'humanité (2).

Rép, D. A. Nous devons composer la doctrine de la foi, nous devons la tempêter selon la sagesse de chaque âge; ou plutôt, la sagesse du siècle doit être la règle de notre foi, N. la lumière et la sagesse de Jésus-Christ doivent en être la règle, C. S'il nous fallait soumettre notre foi à une aussi détestable règle, il en serait fait de la foi elle-même , comme aussi des préceptes du décalogue, puisque la sagesse humaine ne peut pas parfois les supporter, du moins quelques-uns. Nous abandonnons cette sagesse aux protestants, aux rationalistes et à tous les incrédules, qui, comme ils sont eux-mêmes la règle de la sagesse et de la loi, peuvent par conséquent y faire les changements qui leur font plaisir ; pour nous , la seule lumière que nous voulons suivre, c'est celle que Jésus-Christ a apportée au monde, qu'il a donnée au siècle plongé dans les ténèbres, et à laquelle résistèrent un grand nombre, et que repousse, de nos jours, un plus grand nombre encore, comme étant moins en rapport avec leurs désirs, pour suivre une lumière opposée à la lumière de Jésus-Christ. Autre fut l'enseignement des apôtres, autres furent aussi les sentiments de l'antiquité; les protestants eux-mêmes ne pensèrent pas de la sorte, jusqu'à ce que la nouvelle lumière philosophique vînt les éclairer, comme le prouve ce que nous avons dit plus haut, et, qui plus est, comme il arrive ordinairement à ceux qui ne suivent aucune règle; et il est plusieurs protestants qui se sont jetés dans un autre extrême , en excluant du salut même ceux qui sont dans une ignorance invincible, et qui, sous le coup de cette ignorance, demeurent attachés à une secte différente de la leur (3).

enseignent que la foi seule sans les œuvres suffit pour sauver; d'autres diaent que les œuvres seules suffisent. Heureusement!

(1) Saint Jean, 3, 18.

(2) Tel , Vaut, anonyme cit. Quelques réflexions, etc.

(3) C'est ce qui fait que Leibnitz a avoué « que l'Eglise catholique est allée » plus loin que les protf;stant8, et qu'ek^-» ne damne pas absolument tous ceux

deuxiè:me partie, contre les hérétiques. 339

Quant à la première preuve, N. Car autrement il faudrait dire c[ue l'enseignement qui nous apprend que Dieu punit de châtiments éternels ceux qui meurent en état de péché, nous donne une idée tout-à-fait indigne de lui, ce que l'insensé et J'incrédule seuls peuvent dire ; mais nous avons dit que telle était la position de celui qui est attaché, par sa faute, à l'hérésie. au schisme ou à l'incrédulité, et qui meurt dans cet état.

Quant à la seconde preuve, je nie pareillement que ce dogme, qui est expressément contenu dans la révélation et la pure parole de Dieu, que les protestants se glorifient de prendre pour unique règle de leur foi, soit une invention de superstition et d'ignorance. Mais, toutes les fois que cette pure parole de Dieu écrite contient quelque chose d'opposé à leurs principes, ces sages l'éludent ou le rejettent; ils préfèrent les vains systèmes de la philosophie ou de l'incrédulité à la doctrine de Jésus-Christ. Quant au sentiment de la philanthropie et de l'humanité, qui, selon nos adversaires, ne peut subsister avec cette doctrine, nous en avons fait justice dans la réponse précédente.

Tels sont les arguments ou plutôt les déclamations sur lesquels les sectaires s'appuient, dans une question si importante, pour répondre aux solides preuves qu'on leur oppose ; et ils confient ainsi l'afî'aire de leur salut éternel à une persuasion subjective : que leur arrivera-t-il s'ils se trompent? C'est leur affaire.

PROPOSITION XII

La tolérance religieuse est impie, elle est absurde.

On distingue deux espèces de tolérances , la tolérance politique ou civile, et la tolérance théologique ou religieuse; on peut appeler la première extrinsèque, et la seconde intrinsèque. La tolérance politique est la liberté ou la faculté que laisse le prince ou l'Etat aux citoyens de professer la religion qu'ils aimeront le mieux ; la tolérance religieuse est la profession expresse ou tacite de la vérité de toutes les religions, de

» qui sont en dehors de sa communion. » Voy. Œuv. de Leibnitz, édit. de Louis Dutens, tom. I, Œuv. théol., Genève, 1768; Essai de Théodocé, p. 1, § 96 ; il y observe qu'après avoir mis autrefois cela sous les yeux de Pélisson, comme aussi la manière de voir de plusieurs autres théologiens catholique^ surtout celle du célèbre Père Spée, U ne le nia pas.

toutes les sectes, c'est-à-dire celle qui fait que l'on tient pour également bonnes et vraies, et par conséquent pour également salutaires à l'homme toutes les religions et toutes les sectes. Aucune religion ou secte ne peut , d'après ce principe , rejeter la religion ou secte opposée comme entachée de fausseté ; de là, par conséquent, naît ce qu'on appelle ï indifférentisme pour toutes les religions, comme si elles pouvaient toutes être bonnes, vraies, divines, et qu'il valut autant professer et en suivre l'une que l'autre. Nous ne traiterons point ici de la tolérance politique, car il est des circonstances où non-seulement elle est permise, mais même où elle est nécessaire.

Quant à la tolérance religieuse, nous prouvons qu'elle est impie et absurde, 1 . parce qu'elle rend la révélation complètement inutile; car, si toutes les religions, soit chrétiennes, soit antichrétiennes sont également bonnes et également salutaires, pourquoi Dieu aurait-il manifesté aux hommes sa volonté? Pourquoi aurait-il menacé de supplices ceux qui résisteraient à sa volonté? Tout cela ne serait-il pas illusoire? Mais Dieu nest pas comme l'homme pour mentir, ni comme le fils de l'homme pour changer : a-t-il donc dit et il ne fera pas, a-t-il parlé et ''a parole ne s' accomplira pas?

Nous le prouvons, 2. parce que, dans ce cas, il y aurait deux ou plusieurs vérités contradictoires ; mais tout le monde voit que ceci est absurde; en effet, la vérité est indivisible, eUe est tout-à-fait simple ; l'erreur et la fausseté seules lui sont opposées. La vérité exclut nécessairement l'erreur et la fausseté, comme la lumière exclut les ténèbres; elle est incompatible avec elles.

3. Parce que, dans ce cas, Dieu patronnerait également la vérité et l'erreur, et aimerait et sauverait également ceux qui lui obéiraient et ceux qui lui résisteraient volontairement et par leur faute, et qui rejetteraient les vérités qu'il propose à leur croyance; et, par conséquent. Dieu serait indifférent et pour la vérité et pour l'erreur, et pour la vertu et pour le vice, et pour l'obéissance et pour la révolte. Ce serait là détruire la notion de Dieu, et faire revivre le Dieu d'Epicure.

4. Parce que Jésus-Christ, s'il s'agit surtout des sectes chrétiennes, aurait révélé toutes les opinions contraires qui se trouvent dans ces sectes contraires et presque sans nombre qui sont séparées non-seulement de l'Eglise catholique , mais qui sont aussi divisées entre elles. Jésus-Christ aurait, par censé-

quentj révélé en même temps qu'il est Dieu et qu'il ne l'est pas, ou au moins il serait indifférent à ce qu'on l'adore comme Dieu ou à ce qu'on ne le considère que comme une simple créature, etc.; et, bien qu'il ait lui-même enseigné quelque chose , peu lui importerait que chacun enseignât et pensât le contraire , et cela , non pas par ignorance , mais bien par une perfidie volontaire et opiniâtre. Tout ce que nous venons de dire, et bien d'autres choses encore que nous pourrions opposer à nos adversaires, prouve que cette tolérance est non-seulement impie et fausse, et par suite injurieuse à Dieu, mais encore qu'elle est absurde, en tant qu'elle est opposée à la révélation et à la droite raison elle-même.

C'est ce que les protestants ont vu presque jusqu'à nos jours. De là, tous ces synodes ou ces divers fragments ou sectes du protestantisme s'anathématisaient mutuellement (1); ils s'appelaient réciproquement hérétiques et étrangers au salut (et, dans ce cas au moins, ils parlaient avec justesse et disaient vrai, s'ils ne le faisaient pas dans les autres) ; aussi, pour ne pas parler des s}Tiodes anciens, on en tint un en Irlande en 1828, où les presbytériens proscrivirent les nouveaux ariens et les unitaires, ce qui produisit par conséquent parmi eux une nouvelle secte (2). Les protestants ne se sont pas contentés de cela, ils ont encore poursuivi, comme dignes de mort, ceux qui professaient des sentiments opposés à ceux de leurs sectes. L'histoire du protestantisme fournit d'innombrables exemples d'individus qui ont été persécutés , déchirés , brûlés vifs pour de tels motifs (3). Or, je ne parle ici que des protestants livrés à la mort par des protestants. Quant aux catholiques, tout le monde sait que le protestantisme , sans en excepter une seule secte, leur a fait dès son origine une guerre constante et atroce, ce qui a encore lieu dans certains pays où il règne en maître, et cela malgré le système de la tolérance universelle récemment enfanté par eux , et qu'il faut toujours interpréter de manière à en excepter les catholiques, que plusiem's protestants, de leur propre aveu, haïssent encore, et ils le prouvent par des faits (4).

(1) Nous en avons donné précédemment plusieurs preuves; voy. Bossuet, l«r chap.

(2) Revue catholique, 15 fév. 1830, Irlande, synode d'Ulster.

(3) Que l'on se rappelle les exemples que nous avons précédemment cités.

(4) Les protestants professent de nos jours, comme ils le faisaionl aucien- Bement, l'intolérance envers l'Eglise catholique. Voilà ce qu'on lit dans l'ou-

342 TRAIxé DE LA VRAIE RELIGION.

Mais à quoi bon tout cela, à quoi bon chez eux ce zèle de prosélytisme, ces missions, si toutes les religions sont bonnes, si toutes, pour la même raison, sont agréables à Dieu, ou au moins si Dieu est indifférent pour chacune de ces professions religieuses? Si chacun peut, comme ils le disent, se sauver dans celle qu'il professe, pourquoi font-ils tant d'efforts pour augmenter chacun leur secte , et persécutent-ils avec violence ceux qui reviennent à l'Eglise catholique. Donc, que les protestants le veuillent ou ne le veuillent pas, ils prouvent, et par leurs paroles et par leurs actions, qu'au moins dans la pratique leur sentiment est tout différent, et que leur conscience se révolte et leur dit que cette tolérance religieuse, que maintenant ils imaginent, est impie et absurde.

Il faut conclure de ce qui précède 1 . que la tolérance religieuse universelle est funeste à toutes les religions ; car en les supposant toutes vraies , elle déclare par le fait même qu'elles sont toutes fausses ou au moins douteuses.

n faut en conclure 2. qu'il n'y a que ceux qui n'ont ni foi ni

vrage intitulé: Lumières reconnues par les protestants, ou Récentes confessions faites en faveur de la vérité par ses adversaires, parBrenner, Bamberg, 1830, p. 44 : « Si les protestants ne s'accordent sur aucun point, ils sont tous du » même avis quant à la religion catholique ; ils sont tous persuadés qu'il y a » obligation pour eux de la repousser et de la combattre; et, malgré leur » libéralisme, ils se réunissent en faisceau pour la poursuivre avec plus » d'acharnement et de force. » Aussi est-il dit avec raison, dans une feuille littéraire publiée à léna, en 1820, « qu'il n'est pas possible qu'un protestant » sincère soit indifférent à ce que quelqu'un soit infidèle et quitte sa profes- » sion (c'est-à-dire se fasse catholique); il faut considérer cette corruption » morale avec l'indignation que produit l'immoralité. » Et le doct. Krug dit^ dans son ouvrage intitulé Amélioration (réforme) de l'église, ou Dangers du protestantisme, Leipsig, 1825 : « Princes protestants, s'écrie-t-il, protégez de » votre bras puissant la liberté religieuse si péniblement acquise. » Voici encore comment s'exprime le doct. Espe, dans son ouvrage intitulé; Espoir que le protestantisme a de triompher dans la nouvelle lutte qu'il a engagée avec l'Eglise romaine, Leipsig, 1827 : « Il nous faut vaincre, dit-il; que ce soit là, » mes amis, le mot d'ordre commun de tous les membres de notre église, si » nos adversaires nous forcent à descendre dans l'arène, soit avec la parole, » soit réellement. » Il termine cette déclamation ou diatribe en jurant une Laine éternelle à l'enseignement de Rome, et il la confirme par ces mots : Ainsi soit-il. Et cet ouvrage a été couronné. Dans la crainte d'être trop long, je ne rapporterai point ici ce qui se lit dans le nouvel Agenda ou liturgie de Berlin : ce que nous venons de dire suffit pour nous donner un spécimen éclatant de la haine du protestantisme pour l'Eglise catholique. Lorsque nous parlons, ici ou ailleurs, de la haine des sectes protestantes pour l'Eglise catholique, nous n'entendons parler que de l'esprit de ces sectes, et nous faisons abstraction des individus pris en particulier. Nous savons qu'il y a, parmi les particuliers comme parmi les prince» protestants, des hommes qui estiment et honorent les catholiques.

religion qui peuvent défendre La tolérance religieuse; tels sont les athées, les déistes , les protestants, qui, comme ils n'ont aucun point de fixe, cherchent dans cette persuasion une tranquillité et une paix qu'ils ne peuvent trouver nulle part ailleurs ; aussi ce sont surtout les protestants qui ont proclamé cette tolérance , et ils l'ont fait après que le rationalisme et la philosophie nouvelle , qui anéantissent complètement la révélation , ont eu pénétré parmi eux. De là est issue cette société qui a tenté de reconstituer, si je puis ainsi m'exprimer, les trois principales églises des premiers réformateurs , Luther, Zwingle et Calvin.

Il faut en conclure 3. que la paix et la tranquillité que poursuivent les indifférents ou tolérants n'est pas la vraie paix de l'esprit , le vrai repos de l'âme , mais bien une langueur et un sommeil qui diffèrent à peine de la mort ; ils aiment les ténèbres, ils n'ont pas de répulsion pour la mort et l'anéantissement ; le calme de la mort et du tombeau leur plaît ; cette maladie de l'esprit et de l'âme s'aggrave , devient de plus en plus inguérissable à mesure qu'on s'en occupe moins, qu'on la connaît moins, et qu'elle est plus cachée. Car, que faire avec un homme qui ne veut pas être guéri, qui ne veut pas reconnaître qu'il est malade, qui se croit en parfaite santé quand il est sur le point de mourir, et qui se contente d'avouer qu'il n'est pas immortel? La blessure dont il est atteint est désespérée, pour me servir des paroles du prophète Michée.

n faut en conclure 4. que c'est là surtout la cause pour laquelle tous, soit les déistes, soit les sectaires, ont tant en horreur cet adage universel des catholiques : Hors de l'Eglise, oint de salu t. Ils sont sous les coups d'un sommeil léthifère qu'ils aiment, et ils seraient fâchés qu'on les arrachât à ce sommeil ; aussi, comme ceux qui sont plus malades d'esprit que de corps s'irritent contre le médecin qui les soigne, de même les protestants, qui proclament d'une voix unanime la tolérance religieuse , s'indignent contre les catholiques et les persécutent parce qu'ils ne veulent pas embrasser le même sentiment qu'eux. Ce n'est pourtant pas là ce qui nous doit faire renoncer à ce devoir de la piété ; nous devons bien plutôt faire entendre notre voix à l'égal d'une trompette, car cette voix qui vient les troubler et les inquiéter contre leur gré pourra peutêtre leur être un remède salutaire. Le doute et le trouble de la conscience sont ordinairement, pour ceux qui marchent dans la

voie de Terreur, le premier pas vers la vérité. Il est extrêmement fâcheux que certains écrivains modernes , entraînés par je ne sais quel vain et faux zèle de piété, et ceci a surtout lieu dans les pays où ce mal a fait le plus de progrès, et par conséquent où le remède est plus nécessaire , osent à peine défendre ce dogme de notre religion ; ils cherchent même à l'affaiblir, afin de lui enlever toute sa force (1) ; et cette funeste méthode fait que cet adoucissement n'est d'aucun avantage pour les protestants : elle trahit plutôt la vérité, et expose les catholiques chancelants à un danger extrême de périr (2).

Objections.

i. Obj. Dieu aime dans son culte la variété des rites et des cérémonies, comme les hommes aiment dans un jardin la variété des fleurs et des fruits, comme les princes aiment dans leurs demeures royales la multitude des servitem-s et des

(1) Oberthur se place au premier rang des écrivains de ce genre, dans son ouvrage : Idée biblique de l'Eglise de Dieu, Solisbaeh, 1828. On y lit, tom. 1, p. 1 : « Qui est-ce qui fait, aujourd'hui plus qu'autrefois, que la plupart des » chrétiens éprouvent intérieurement une lutte plus violente entre le sens de » l'humanité, qui est bien plus subtil qu'autrefois, et qui excuse les hommes » qui ne sont pas d'accord sur la théorie de la religion et des diverses églises » ou confessions, ainsi qu'on les appelle, de toutes les fautes que Von » aurait pu contracter par là; et la conscience, d'un autre côté, qui est » effrayée par ce principe contenu dans tous les symboles de foi, hors de » l'Eglise, point de salut. » Il a cru pouvoir faire cesser cette lutte par une voie nouvelle qu'il a imaginée ; voici ce qu'il écrit, p. 65 : « L'Apôtre enseigne » que peu importe à quelqu'un, pour faire son salut, Yéglise à laquelle il ap- » partient, pourvu qu'il soit juste; » p. 68 : « par la foi,.... nous devons, » d'après l'Ecriture, entendre la religion sincère de l'homme; » p. 79 : « il » confesse que son but, ici, est de parer à ce phariséisme, que quelqu'un se » flatte de ue pouvoir faire son salut que par la seule profession extérieure de » sa religion, et qui le porte à mépriser ceux qui n'appartiennent pas à la » même communion que lui; » p. 100, il tire l'unité de l'Eglise 1» de son unique fondateur, Jésus-Christ; 2° de la doctrine des apôtres, qui est l'unique fondement de l'Eglise tout entière; 3° d'un seul symbole commun et extérieur de cf;lle profession, le baptême. Il n'est pas de secte qui ne puisse revendiquer l'unité dans ce sens. Cet ouvrage est plein, depuis le commencement jusqu'à la fin, de doctrines nouvelles, erronées, puisées en grande partie à des sources protestantes. 11 ne faut pas s'étonner, après cela, des éloges que les protestants lui prodiguent dans les revues qu'ils publient à Gottingue, et qu'il relate dans la 2«= édit., que nous citons. Aussi les écrivains protestants, rationalistes et méthodistes, l'out-ils souvent citée avec éloge. On ne peut donc pas approuver ce que Alarianus Dobmayer dit en faveur de ce sentiment, dans son système de théologie catholique, Solisbaeh, 1811, p. 195, tom. IV.

(2) C'est sous l'impression de ce motif et de cette crainte qu'il en est quelques-uns qui passent d'une religion à l'autre, comme on passe d'une école on d'une académie à une autre école; certains catholiques sans fermeté n'en ont donné que de trop fâcheux exemples.

officiers, comme les souverains aiment à voir soumis à leur sceptre les habitants de villes et de provinces nombreuses. Donc :

Rép. N. A. Dans le sens de nos adversaires; car comme la vérité est une , de même la vraie religion est une ; et la superstition, de quelque pays qu'elle soit, lui est opposée comme l'erreur l'est à la vérité. Par conséquent, Dieu qui est la vérité ne peut pas avoir pour agréable l'erreur et la fausseté, non plus que la diversité des religions. La diversité des fruits et des fleurs dans un jardin, des officiers dans un palais, loin de constituer une opposition quelconque , produisent au contraire un ensemble admirable. La variété dans la soumission de divers peuples au même souverain peut lui plaire, pourvu que cette variété puisse se concilier avec le respect ; mais dès qu'il n'en est pas ainsi, cette variété de respect cesse de lui plaire. Or, la vérité et l'erreur, la superstition et la religion , ne peuvent pas aller ensemble, comme on ne peut pas concilier le mépris et le respect, l'obéissance et une révolte opiniâtre (1).

II. Obj. 1. La tranquillité publique veut que chacun suive la religion de sa patrie; 2. car s'il n'en est pas ainsi, il n'obéira ni aux lois de l'Etat ni aux ordres du souverain ; 3 . de là, l'intolérance des catholiques produit des guerres, des révolutions, des désastres publics; 4. s'il n'est pas permis de suivre la religion de son pays , si la religion chrétienne est la seule au sein de laquelle on puisse faire son salut, celui qui n'a jamais entendu parler de la foi et de la révélation est donc coupable d'un péché qui le rend digne de supplices éternels (2). Et comme ceci est absurde, 5. il s'ensuit que celui qui professe ime rehgion fausse, mais qu'il croit vraie, est exempt de péché et est agréable à Dieu tout comme celui qui professe la vraie religion ; car Dieu juge tous les hommes d'après l'intention en vertu de laquelle ils agissent. On peut donc également honorer Dieu dans toutes les religions et y faire son salut (3).

Rép. 1. On peut rétorquer cet argument contre les déistes et contre tous les premiers hérétiques ou réformateurs; la tranquillité pubhque demande que personne n'agisse ou ne publie aucun livre contre la rehgion de son pays ; donc les déistes

(1) Voy. Segneri, l'Incrédule sans excuse, p. 2, chap. dern.

(2) Rousseau, Emile, tom. III.

(3) Bayle, Gomm. philos.

et les premiers protestants, qui publièrent tant d'ouvrages contre la religion de leur pays, furent des séditieux, et ils péchèrent contre Dieu lui-même.

Rép, 2. D. A. La tranquillité publique veut que chacuri suive la religion de son pays si elle est vraie, C. si elle est fausse, N, Les hommes ne sont jamais obligés de donner leur assentiment au mensonge , et les souverains n'ont aucun droit d'imposer une fausse religion, puisqu'ils sont surtout tenus eux-mêmes d'embrasser la vraie religion (1). Au reste, bien que personne ne puisse embrasser une fausse religion , quand même les lois humaines l'ordonneraient , et qu'elles défendraient de professer la vraie religion , il faut vivre en paix cependant et ne pas troubler l'ordre ; il faut donc n'opposer qu'une simple résistance passive, ainsi que le prescrit la religion et que le firent les premiers chrétiens (2). En se conduisant ainsi, on ne trouble pas la tranquillité publique, quand même on n'observerait pas la religion du pays.

Quant à la deuxième difficulté, D. Il n'obéit pas aux lois de l'Etat parce qu'il ne peut pas et qu'il n'y est pas tenu, C. autrement, iV. De telles lois sont en effet essentiellement nulles, car elles sont opposées à Dieu. On est obligé d'obéir à l'homme, quand il ne commande rien de contraire à Dieu ; mais il vaut mieux obéir à Dieu quaux hommes, toutes les fois qu'ils commandent quelque chose qui lui est opposé.

Quant à la troisième, D. J'admets au pis-aller que ces

(1) Les Mélanges catholiques de juin 1826 font fort à propos cette observation. On y dresse la table des religions qu'a dû pratiquer Jenckins en suivant la religion de son pays (la province d'York), et qai fut, pour ainsi dire, confondu avec les lois de l'Etat. Jenckins naquit en 1501, et mourut en 1670, ayant vécu 169 ans; il passa, de 1501 à 1534, sous Henri VIT et Henri Vlîl, 33 ans; il fut catholique de 1534 à 1547, sous ce même Henri Vlll, savoir, pendant 13 ans; il fut en partie catholique et en partie anglican de 1547 à 1553; il passa 6 ans sous Edouard VI, de 1553 à 1558, et il fut anglican; il fut catholique pendant 5 ans sous Marie; il fut encore anglican de 1538 à 1649, sous Elisabeth, sous Jacques I et Charles I; il fut anglican de 1649 à 1653 (qui fut tin affreux interrègne); il passa, de 1653 à 1660, sous Cromwell, et il fut prciîbytérien pendant ces 7 aus; enfin il passa, de 1660 à 1670, sous Charles II, bi il fut anglican pendant ces 10 ans. C'est-à-dire qu'il dut chcaiger huit fois de religion ; et si ce n'est pas là se jouer, en matière de salut, et se moquer de Dieu et des hommes, je ne sais alors ce que c'est. Or, tel serait le principe de Rousseau.

(2) Les soldats chrétiens ont donné de brillants exemples de ce genre sous Julien l'Apostat; car, bien qu'ils sussent qu'ils devaient tous être victimes de Ba super.stition s'ils revenaient vainqueurs de Perse, ils n'en combattirent pas Avec moins d'ardeur contre les ennemis de l'empire.

guerres, ces révolutions et ces désastres ont été le fruit de l'intolérance civile, mais je nie qu'elles soient issues de l'intolérance religieuse. Si la manière de raisonner de nos adversaires prouvait quelque chose , elle établirait qu'il est des circonstances de temps et de lieux qui imposent aux souverains l'obligation de tolérer diverses religions, ce que nous ne nions pas, bien que les guerres et les séditions dont parlent nos adversaires découlent d'une toute autre source que de la religion , comme nous l'avons démontré en son lieu (1).

Quant à la quatrième , je nie la conséquence. C'est à tort que Rousseau conclut que quelqu'un est coupable parce qu'il est privé de la foi et de la révélation dont il n'a jamais entendu parler. Car, d'après l'enseignement de l'Eglise catholique, si quelqu'un ignore invinciblement la vraie foi, il n'est coupable d'aucune faute , et par conséquent n'est exposé à aucun châtiment. Dieu ne nous oblige pas à l'impossible. Aussi les théologiens enseignent-ils que l'infidéhté négative n'est pas un péché (2).

Quant à la cinquième , D, S'il est invinciblement convaincu qu'elle est vraie , C. s'il n'en est pas invinciblement convaincu , N. Ce qui fait que nous nions de nouveau la conséquence de Bayle : Donc on peut également honorer Dieu dans toutes les religions; car autrement ceux qui emploient des rites obscènes, et qui versent le sang humain pour honorer les fausses divinités, rendraient à Dieu un culte qui lui serait aussi agréable que ceux qui lui rendent le culte qui lui est légitimement dû, ce qui pourtant est si affreux à dire , que les incrédules euxmêmes en sont scandaHsés.

III. Obj. 1. On semble généralement admettre que toutes les religions sont vraies , en ce sens qu'elles sont autant d'idiomes au moyen desquels la faible créature exprime sa soumission, sa gratitude et son amour envers le maître de l'univers. Quelle que soit enfin son ignorance , la grossièreté de ses mœurs, les erreurs dont son esprit est enveloppé , il dirige toujours vers Dieu sa soumission. C'est toujours à ce Dieu souverain qu'elle s'adresse , et c'est lui qui la reçoit , quel que soit le nom sous lequel on la lui offre. Les peuples barbares et sauvages reconnaissent l'action de Dieu dans la foudre, qui est pour eux la

(1) Part. 1, n. 367.

(2) Que l'on sr rappelle ce que nous avons dit plus haut àce la condamnalion des propositions de Baïus. et ce que nous avons cité de saint Augustin.

manifestation de sa colère et de ses menaces; les pluies qui fécondent les champs sont pour eux la manifestation de sa bonté bienveillante ; sa providence se manifeste dans la fièvre qui ruine les forces physiques, et qui trouve son contrepoids dans l'éeorce d'un arljre qui les rend. Ils cherchent ce Dieu, et ils se figurent l'avoir trouvé dans leurs cabanes ou dans la forêt voisine. Souvent ils pensent l'avoir trouvé dans une pierre informe , dans le tronc d'un arbre , dans un oiseau. Es sont sans doute victimes d'une erreur grossière ; pourtant, en adressant leurs prières à ces divers objets, leur pensée se reporte vers l'être invisible , ou vers l'être dont l'action est invisible, qui est plus puissant que l'homme , qui récompense et qui punit; et c'est sa protection qu'ils implorent. Mais il n'y a que cet être dans le monde. Tel est le sentiment de Sismondi, et que partage Benjamin-Constant (1) qui s'exprime ainsi : « Les divers cultes ne peuvent qu'exprimer le senti- » ment commun des hommes (2). » Donc :

Rép. 1. D, S'ils ignorent invinciblement quel est le genre de soumission qu'ils doivent à Dieu pour l'honorer, C. si Dieu a fait connaître aux hommes la manière dont il veut être honoré et qu'ils la connaissent, N. Assurément , si Dieu n'eut pas fait connaître à l'homme comment il voulait qu'on l'honorât , quel qu'eût été le mode dont il lui eût exprimé sa vénération, pourvu qu'il n'eût point été en opposition à la droite raison, il se fût légitimement acquitté de son devoir. Mais si l'homme connaît le mode par lequel il doit, d'après la prescription même de Dieu, l'honorer, il ne peut pas lui rendre un culte suivant son bon plaisir sans se rendre coupable de désobéissance. Déjà, par conséquent, croule tout l'échafaudage des arguments, ou plutôt la description poétique de l'écrivain de Genève. Car l'homme agreste et sauvage, qu'il s'imagine cherchant Dieu dans sa cabane ou dans la forêt, etc., est un être purement abstrait, si je puis m'exprimer ainsi, et il est difficile, il est même impossible qu'il ne puisse pas découvrir son erreur, ou du moins qu'il ne soit pas parfois éclairé intérieurement, s'il se conforme aux usages des autres hommes, et qu'il ne s'aperçoive pas que le Dieu créateur de l'univers n'est ni un tronc d'arbre , ni une pierre informe ; et s'il cherche sincèrement Dieu, il se manifes-

(1) Revue encyclopédique, Paris, 182C, janv., art. Opinions religieuses.

(2) De la Religion, etc., liv. I.

tera certainement à lui , il Féclairera au moins intérieurement et l'empêchera de tomber dans une honteuse idolâtrie. C'est ce qui a donné lieu à cet adage de l'école : Dieu ne refuse pas la grâce à celui qui fait ce ([ai est en son pouvoir. Par conséquent, ou il n'y a pas d'ignorance invincible , ou au moins elle n'est pas de longue durée. C'est ce qui fait que l'apôtre saint Paul a jugé différemment le culte idolàtrique et ceux qui ont transporté l' honneur qui nest dû qu'au Dieu incornqjtible , à l'image d'un homme corruptible , et à des figures d'oiseaux, de quadrupèdes et de serpents (1) ; il ne siilïit donc pas de rapporter interprétativement au Dieu unique et véritable le culte qu'on lui rend, comme le prétendent nos adversaires , à moins que l'on soit dans une ignorance invincible, si toutefois il peut y en avoir ; mais il faut le lui rapporter expressément, ou formellement, selon le langage de l'école, autrement la hideuse idolâtrie, avec le sang de ses victimes et ses rites obscènes, se rapporterait à Dieu, l'honorerait et lui serait agréable.

Rép. 2. D. Une diversité accidentelle et innocente, C. une diversité coupable et essentielle, N. Tous ces divers systèmes imaginés par les protestants s'évanouissent dès qu'on les dépouille du charme des paroles sous lesquelles on les présente.

Inst. 1 . Le chrétien qui connaît sa propre faillibilité n'astreindra jamais de vive force les autres à partager sa manière de voir, car en agissant de la sorte , ce serait les exposer à des peines éternelles ; ce ne sera qu'à contre-cœur qu'il les éloignera de leur communion, qui de son propre aveu est peut-être plus parfaite et plus exacte que la sienne propre, et que, par consécpient, ils sont peut-être plus agréables à Jésus-Christ que lui-même. Il respectera toujours la manière de voir de ses frères, il ne les considérera jamais comme des hérétiques, il ne les poursuivra jamais de sa haine , il ne les rejettera jamais à cause de leur foi. Tel est le s*^ timent du ministre de Genève, Chastel, qui rapporte en ouLe 2. que l'église de Genève a déclaré que tous ceux qui admettent Dieu, Jésus -Christ et les Ecritures sont véritablement chrétiens (2) ; ce qui fait qu'il ajoute : 3. Tous les réformés, quelle que soit la manière dont ils interprètent les Ecritures, doivent se considérer comme frères, ne pas s'anathématiser, se traiter de schismatiques, discuter

(1) Rom., 1, 23.

(2) OuY. cit.; de l'Usage des confessions, etc., p. 81 et 106.

entre eux; mais ils doivent s'aimer et se respecter comme des frères; 4. quant aux catholiques , si nous les rejetons de notre communion, nous ne le faisons pas à cause de leurs rites ou de leurs dogmes , mais bien , soit à cause de l'intolérance de leur Eglise, soit parce qu'ils dépendent de l'autorité humaine, etc. (1 ). Donc :

Rép, 1. D. Le chrétien protestant, C. le chrétien catholique, N. Le protestant n'a certes pas le droit, s'il veut être conséquent et fidèle au principe de la réforme , d'accuser les autres d'erreur, de les repousser, de les anathématiser, d'exiger leut profession de foi, etc., puisque tous les protestants jouissent dn même droit, qitils ont toujours eu le pouvoir de tout oser; et si leurs pères ont agi différemment, ils ont violé ce droit, comme leur digne père Calvin le viola le premier de tous en condamnant Servet au bûcher, parce qu'il voulut jouir de ce même droit, bien qu'il admît, lui aussi, Dieu, Jésus-Christ et les Ecritures, et que, d'après la déclaration de l'Eglise de Genève, il fut im vrai chrétien ; et les autres réformés ont suivi ce pernicieux exemple jusqu'au moment où ils ont reconnu le système protestant et son esprit dans sa plénitude. Nous devons par conséquent les en féUciter. Mais le catholique qui s'appuie sur une autorité infaillible ne peut ni prendre part à ces mélanges, ni admettre ces alliances; elles sont le propre de l'erreur, et dès l'instant où il agirait de la sorte, il cesserait d'être catholique.

Rép. 2. En se prononçant ainsi, l'Eglise de Genève a usé die son droit, et elle a réformé ses réformateurs; le temps n'est peut-être même pas éloigné où cette église déclarera que ceux qui rejettent les Ecritures sont chrétiens, et plusieurs réformés l'ont déjà fait, comme nous l'avons vu en son lieu. Les musulmans eux-mêmes sont de vrais chrétiens, d'après la déclaration de l'église de Genève, car ils admettent Dieu, Jésus-Christ (comme un grand prophète, comme le fait l'église de Genève), et ils admettent au moins en partie les Ecritures.

Rép. 3. Nous accorderons tout cela, mais aussi nous demanderons au ministre Chastel si leurs principes irénéens , car ils s'affublent de ce nom , peuvent s'accorder avec ce que Tertullien disait des hérétiques de son temps : ce Ils traitent de la » paix avec tous, dit-il; peu leur importe qu'ils ne pensent » pas de la même manière qu'eux, pourvu qu'ils conspirent

(1) Ouv, cit., de l'Usage des confessions, etc., p. 81 et 106.

» mutuellement cor^tre la vérité (1); le schisme, voilà leur » unité (2). ï) Tant il est vrai que les hérétiques ou protestants de tous les siècles ont toujours été animés des mêmes sentiments !

Rép. i.D. Sans que pourtant les catholiques s'en plaignent, C. comment s'ils s'en plaignaient, N. Si notre adversaire et l'église de Genève refusent aux catholiques de les admettre dans leur communion, ils ne doivent pas s'inquiéter de ce que ceux-ci pensent de ce refus, car les catholiques ne recherchent ni n'amhitionnent cette communion, et leur intolérance ne leur permettrait pas de l'accepter, quand même on la leur offrirait, et cela, pour continuer de vivre sous ce pouvoir qu'Us appellent humain.

Inst. 1 . Mais la religion n'est pas un dogme ; elle consiste dans les rapports de l'homme avec Dieu, et non dans la notion que chaque homme se forme de Dieu , ou dans les paroles au moyen desquelles il l'exprime. 2. La religion est une affection de l'âme, et non une science; elle est le fruit de l'expression de l'amour (3). Donc :

Rép. 1. Z). De façon, toutefois, qu'elle propose les dogmes à notre croyance, C, autrement, N. La religion en elle-même est une vertu morale qui porte l'homme à rendre à Dieu le culte qui lui est dû; mais l'objet de ce culte, ce sont aussi les dogmes que Dieu a révélés, et qu'il a proposés à notre croyance. Celui, en effet, qui refuse de croire à Dieu, qui révèle et qui propose sa révélation par l'Eglise , n'honore pas , assurément , Dieu d'une manière convenable; et tous les rapports de l'homme avec Dieu ont surtout poiu? base et pour fondement cette foi ; c'est Dieu qui s'est fait connaître à l'homme , et qui , pour l'ordinaire , lui a appris les paroles au moyen desquelles il exprime la notion qu'il en a.

Rép. 2. A^. En effet, cette affection n'est que le fruit, l'effet de la religion, mais ce n'est pas la religion elle-même. Il ne faut pas confondre les notions des choses, autrement ce ne serait plus que confusion. Ainsi, l'expression de l'amour n'est que l'effet qu'inspire la rehgion; mais ce n'est pas de là que vient la religion; car elle peut, absolument parlant, exister s&ns cela-

(1) Liv. des Prescript., c. 41, (2^ Ibid., c. 42.

(3) Sismondi, liv. c.

rV. Obj. Dieu lui-même recommande la tolérance ; 1 . car Dieu, dit Salvador (1), a bien voulu créer le ciel et la terre pour le bien de tous les hommes. 2. Il a fait alliance avec Noé, père du genre humain. 3. Moïse n'engagea ni ne poussa jamais son beau-père à renoncer à ses dieux. 4. La pieuse Noémi disait à ses brus (2) : « Allez, retournez à votre peuple et à vos » dieux. » 5. Les envoyés de Jephté ne parlent pas sans respect de Chamos, dieu des Ammonites (3). Le prophète Michée est allé jusqu'à prédire, d'une manière formelle et positive, les temps de la tolérance générale : « Les peuples remettront le » glaive dans le fourreau;... un peuple ne prendra pas les » armes contre un autre peuple,... parce que tous les peuples » marcheront chacun au nom de son Dieu : pour nous , nous » marcherons au nom de Jéhovah, qui est éternellement notre )) Dieu. » Voyez aussi Isaïe, 2,4. Donc :

Rép. \. N.A. et je distingue la première preuve : Dieu a voulu créer le ciel et la terre pour le bonheur de tous les hommes, afin que , comblés tous par lui de si grands bienfaits , ils lui rendissent un culte digne de lui et qu'ils l'aimassent, C. il l'a fait pour prouver que la tolérance religieuse lui est agréable , et qu'il approuve également tous les cultes, N. Car, qui pourrait embrasser un tel sentiment, si ce n'est l'athée? Si cet argument du philosophe juif Salvador avait quelque valeur, il s'ensuivrait que l'homicide, le vol, le blasphème, tous les crimes dont les méchants se rendent si facilement coupables seraient agréables à Dieu, puisqu'il a créé le ciel et la terre pour eux, et qitil fait pleuvoir sur les justes et les méchants» Mais notre adversaire ne doit pas perdre de vue que Dieu a aussi créé le paradis et l'enfer pour récompenser ou punir chacun suivant ses mérites après la vie présente. Dieu désire le salut de tous les hommes , il souhaite que tous ils connaissent la vérité; et, si les hommes se révoltent, s'ils aiment mieux suivre leurs penchants pervers, rendre un culte à l'ouvrage de leurs mains et oublier le vrai Dieu, qui les a créés, bien que ce soit pour eux aussi qu'il a créé le ciel et la terre , Dieu néanmoins les punira pendant toute l'éternité, à moins qu'ils ne fassent pénitence.

(1) Histoire des institutions de Moïse, p. 120.

(2) Ruth, c. 1, 12.

(3) Juges, c. 11, 24.

Mép. 2. D, Dieu a fait alliance avec Moïse, et lui a promis de ne plus perdre le genre humain par le déluge, C. H a fait alliance avec lui pour approuver la tolérance religieuse, N, Il a même choisi, qui plus est, Ahraham et sa postérité pour empêcher la religion de tomber dans l'oubli , et il s'en est fait un peuple choisi, auquel il a confié sa révélation jusqu'au moment où les nations devaient sortir des ténèbres de l'erreur et revenir à la connaissance et à l'amour du vrai Dieu; ce que nous démontrerons en son lieu (1).

Rép. 3. Z). Moïse n'a jamais engagé, poussé son beau-père à abandonner des dieux qu'il n'avait pas, C. qu'il avait, N. Car Jéthro n'était pas seulement l'adorateur du vrai Dieu, il en était même le prêtre , et il lui offrit des holocaustes et des victimes dans le désert, ainsi qu'il est écrit au Uvre de l'Exode (2). Moïse ne pouvait donc pas l'engager à renoncer aux faux dieux. Il est faux, au reste, qu'il ne l'ait pas engagé à se joindre au peuple d'Israël, et par conséquent à professer le culte mosaïque, comme le prouve ce qui se lit au livre des Nombres, c. 10, 29-31, et où l'on voit qu'il l'y engage à plusieurs reprises, lui promettant, à cette occasion, des biens immenses. Est-ce là la doctrine judaïque, ou n'estce pas là plutôt la doctrine philosophique de l'irréprochable Salvador ?

Rép. i. Je nie que, comme le prétend Salvador, Noémi ait dit à sa bru : Allez, retournez à votre peuple et à vos dieux (3); elle lui dit seulement : Retournez-vous-en, mes filles, allez; et lorsque Orpha, son autre bru, fut partie, Noémi dit à Ruth : Voici que votre parente est retournée vers son peuple et vers ses dieux, allez-vous-en avec elle; de sorte que le sens est : AUez-vous-en, vous aussi, dans votre pays, comme celle-ci y est allée ; et Noémi ne s'exprima de la sorte, de l'avis des commentateurs , que pour éprouver la constance et les desseins de Ruth (4). Que voit-on là de favorable à la tolérance religieuse?

Rép, 5. Z). Dans le sens des Moabites et des Ammonites, C.

(1) Traité de rincamation.

(3) Voiji comment Salvador rapporte les paroles de Noémi : Allez, retournez à vos peuples et à vos dieux; mais quand môme nous ne suivrions pas le texte de la Vulgate, le texte hébreu lui-même nous est favorable.

(4) Les interprètes catholiques, Corneille à Lapierre, Tirinus, Calmet., etc., ne sont pas les seuls à l'entendre ainsi j les interprètes protestants, dans leurs critiques sacrées, sont aussi du même avis.

dans le sens de Jeplité, qui croyait au seul vrai Dieu , N. C'est absolument comme si nous argumentions (ontre un musulman, et que nous lui disions : Si votre prophète Mahomet vous a prescrit, etc., s'ensuivrait-il que nous tiendrions Mahomet pour un vrai prophète , ou que nous ne parlerions pas de lui sans respect? Je ne le pense pas. On doit cependant entendre dans ce sens les paroles des envoyés de Jephté.

Bép. 6. iV. Je dis même qu'il prédit le contraire, car voici le sens de ses paroles : Bien que toutes les nations s'abandonnent aux caprices de leur opinion et qu'elles adorent les faux dieux et les idoles , pour nous , nous marchons et nous marcherons toujours au nom de Jéhovah, notre Dieu; voici comment Rosenmuller, que cite parfois notre adversaire, traduit les paroles de Michée : a Car tous les peuples marchent an nom de » leur Dieu, et nous, nous marchons au nom de Jéhovah, qui » est notre Dieu pour l'éternité (1) ; » et voici comment il continue son interprétation : « C'est-à-dire, puisque Jéhovah vous » promet ainsi de vous établir dans vos droits, il vous faut » demeurer fermes et inébranlables, et, appuyés sur cette pro- » messe , continuer de lui rendre le culte qui lui est dû , tout » comme les Gentils servent leurs dieux et s'enorgueillissent » de leurs superstitions; » et il est d'accord avec le paraphraste chaldéen, qui rend ainsi le verset en question : « Car tous les » peuples marchent selon les idoles qu'ils adorent; pour nous, y) nous mettons notre confiance dans la parole de Jéhovah, » notre Dieu dans les siècles des siècles (2). » L'écrivain juif ne pouvait pas ignorer cela ; où est donc la prédiction positive et formelle de la tolérance religieuse? (3) Quant à ce qui se lit dans Isaïe, chap. 2, 4, je ne vois pas pourquoi notre adversaire le met en avant, car il n'y a pas un mot, pas une syllabe qui lui soit favorable.

Inst. Il n'est pas possible de distinguer l'intolérance civile de l'intolérance religieuse. Ces deux intolérances sont absolument inséparaljles, car il n'est pas possible de vivre en paix

(1) C'est aussi de la sorte que les interprètes les entendent, {i) Ibid.

(3) Voki les paroles de l'auteur : « Il va jusqu'à prophétiser, de la manière

j» la plus formelle et la plus positive, les temps de la tolérance générale : un » jour toublf;» peuples cesseront de combattre et prendront plaisir à la paix; » chacun ouirchera en invoquant le nom de son Dieu ; Israël , le nom de » Jéhovah. w Quelle est l'audace de ceux qui ont renié toute foi!

avec ceux que Ton considère comme les ennemis de Dieu (1), Donc ;

Rép, Je nie rantécéhent dans toutes ses parties. Car nonseulement on peut distinguer ces deux espèces d'intolérances, mais il est absolument nécessaire de les distinguer, comme l'objet temporel est distingué et diffère de l'objet spirituel. C'est au roi ou aux magistrats à prononcer des peines et à infliger de*i châtiments à ceux qui conspirent contre la sûreté de l'Etat; et c est à la religion qu'il appartient de déclarer quels sont ceux qui professent coupablement l'erreur et qui sont en dehors de la voie du salut ; et elle doit non-seulement les souffrir, mais elle doit encore les aimer, leur faire du bien, et procurer leur salut par tous les moyens en son pouvoir, à l'exemple de Jésus- Christ et des apôtres , qui ne se contentèrent pas de vivre en paix avec ceux qui étaient attachés par entêtement à leurs erreurs, luais qui les comblèrent encore de toutes espèces de bienfaits pour se les attacher. D'autant plus que nous ne savons pas s'ils ne reviendront pas à la vérité , et s'ils ne se convertiront pas. On doit toujours, pendant qu'ils vivent, conserver l'espoir de les voir se convertir; ce qui, heureusement, arrive souvent

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