UNITÉ DE DIEU
Les polythéistes, ou ceux qui adorent plusieurs dieux, sont les adversaires de l'unité de Dieu. Doit-on considérer les dualistes, c'est-à-dire ceux qui Oiàmeiieïii deux principes, comme coupables de la même erreur, surtout ceux d'entre eux qui sont issus du sein du christianisme; la chose parait d'une difficile solution, et nous en parlerons dans la suite. On accuse aussi les trithéistes d'être coupables du même crime, parce qu'ils affirment qu'il y a en Dieu trois personnes distinctes, non-seulement par la relation, mais qui le sont réellement encore par la nature et la substance.
Le polythéisme, bien que très-ancien et très-répandu, est cependant postérieur au monothéisme; il n'en est, comme nous l'avons observé, que la corruption; la vérité, ici, est nécessairement antérieure à l'erreur, puisque l'erreur, dans notre esprit, n'est que la corruption de la vérité. C'est ce que prouvent péremptoirement les monuments historiques (2).
(1) Voy. Ségneri, l'Incrédule sans excuse, part. I, c. 3, § 8.
(2) C'est ce qu'établit clairement le livre de la Genèse, où il est dit que le culte d'un seul Dieu a été en honneur dès le commencement du monde. On recueille aussi clairement le même enseignement dans l'histoire des anciens peuples. C'est à bon droit, en outre, que Jahn dit ici : « Ceux qui prétendent » que le fétichisme, ou le culte des créatures et l'idolâtrie, furent la première » religion des hommes, fabriquent l'histoire et prétendent gratuitement, qu'en p fait de connaissance , les honmies progressent toujours et ne reculent ja-
Aussi ne saurions-nous souscrire au sentiment de certains écrivains modernes qui affirment que, chez les Hébreux, le polythéisme a précédé la notion de l'existence d'un seul Dieu.
Bien qu'il ne faille pas confondre l'idolâtrie proprement dite avec le polythéisme, on l'y rattache néanmoins à cause des superstitions qu'elle entraîne nécessairement. On peut entendre l'idolâtrie et dans un sens large et dans un sens strict. Dans le sens le plus étroit, elle est le culte superstitieux des images, qui, ou sont considérées comme des dieux, ou représentent les faux dieux. Dans le sens large et théologique, on appelle idolâtrie tout culte qui rend à un objet quelconque sensible, naturel et fabriqué de main d'homme, le culte qui n'est dû qu'à Dieu.
Ce point exige un examen spécial et approfondi, à cause des questions qui ont été soulevées de nos jours. Et afin de procéder avec l'exactitude, la perspicacité voulue, nous distinguerons préalablement ici V objet et le sujet de l'idolâtrie; ou, comme on dit, on peut considérer l'idolâtrie soit du côté de la chose, soit du côté de ceux qui la pratiquent.
Considérée au point de vue de l'objet, il y a une multitude d'espèces d'idolâtries; c'est d'abord le sabéisme ou l'astrologie, ou le culte des astres, tels que le soleil, la lune, les étoiles et leurs images (Exode, XX, 4, 5; Deut., IV, 16, 19, V, 8, 9); 2. c'est la zoolàtrie ou le culte des animaux, tels que les quadrupèdes, les oiseaux, les serpents, les poissons, etc. (Rom., I, 23); 3. c'est l'anthropolâtrie ouïe culte des hommes et de leurs images, soit que ces hommes se soient distingués des autres par leur force, leur puissance et leur prudence, et qu'après leur mort ils aient enfin été mis au rang des dieux, soit qu'ils eussent fait du bien ou du mal aux autres hommes (1), Dans des âges moins reculés, bien que la philosophie fut dans tout l'éclat de sa splendeur, il s'est trouvé des rois et des empereurs assez pervers pom' se faire ériger, de leur vivant, des temples où des prêtres faisaient brûler en leur honneur un
» mais , ce qui est réfuté par toute l'histoire, surtout l'histoire de la religion, » qui rappelle (jue les Hébreux sont souvent tombés dans l'idolâtrie par leurs » fréquentes rétrogradations. » (Archùol., § 400.)
(1) Hérod., liv. I, 131, 144; Gicéron, TuscuL, I, 12, 13, de la Nature des dieux, 1, 42; III, 15, 23; Diodore do Sicile, V, 74, 80; Flav. Josèphc, ArchéoL, liv. IX, 4, 5. C'est pour cela qu'il est dit dons la Bible, des dieux, qu'ils sodÎ morts.
encens sacrilège (1). Le culte des objets privés de sentiment tels que la terre, la mer, les vents, les fleuves, le feu, les pierres, les plantes, etc.; c'est à cette espèce d'idolâtrie qu'il faut rapporter le fétichisme ou le culte de ces idoles de pierre et de bois, etc., que chacun se fabrique pour dieux. 5. La démonolàtrie ou culte des démons; la plupart des peuples, en effet, considéraient les mauvais esprits comme des dieux, et ils rendaient un culte à leurs images; ainsi les Egyptiens vénéraient Typhon, et les méhestaniens ou parsi adoraient Ahrimane et ses innombrables démons (2). On croyait de ces divinités diverses qu'on pouvait les contraindre à se reposer, à dormir, et qu'elles se rendaient aux sacrifices offerts en d'autres lieux comme à un festin (3). Et comme il y en avait des deux sexes, on croyait que la plupart vivaient dans l'état de mariage ; on croyait même qu'elles se rendaient coupables d'adultère, et qu'elles avaient commerce avec les hommes. 6. U faut ajouter à tout cela le culte des images des choses abstraites , de la renommée , de la concorde , de la piété , de la foi, de la fortune (4), etc.; des maux, soit physiques, comme la fièvre, le malheur; soit moraux, comme la honte, l'imprudence (5). On érigeait des temples et des autels à toutps ces . choses là, comme si c'eût été des dieux.
Considérées au point de vue du sujet ou de ceux qui étaient les victimes de ces hideuses superstitions, les raisons qui portaient les peuples à adorer ces divinités sont multiples, suivant les sentiments, la civilisation ou la barbarie de ceux qui leur rendaient un culte. La multitude ou le peuple considérait comme de vrais dieux tous ou au moins la plupart des objets dont nous venons de parler, leur offrait des sacrifices, leur adressait des prières, des vœux, comme nous le prouverons
(1) Voyez J.-Alt»ert Fabricius, Bibliographie ancienne, Hambourg, 1760, p. 367.
(2) Nous traduisons ici méhestani par méhestaniens ou parsi , parce que les parsi adoraient Ahrimane , le chef des démons , qui est l'opposé d'Ormudz, le principe du bien. On peut d'ailleurs, sur ce point, consulter les Annales de philosophie chrétienne, et les divers auteurs qui se sont occupés de la religion des anciens peuples de l'Orient. N. T.
(3) Iliade, I, 423, 424, 609, 611; Lucien, Dialogue des sacrifices-, III Rois, XVIII, 27, 28.
(4) Cicéron, Nature des dieux, liv. III, 16, 23, 24; les Lois, liv. II, c. 8, éd. Tur.
(5) Pline, Hist. nat., liv. III, 5.
PRE3nÈRE PARTIE. CHAP. II. 409
par ce que nous allons dire. Il y en avait d'autres qui considéraient les statues comme la demeure des dieux, persuadés qu'on pouvait les contraindre d'y demeurer par la consécration comme par enchantement; ce qui faisait qu'on leur attribuait les mouvements humains (1). Il y en avait aussi d'autres qui adoraient comme des dieux le soleil, la lune et les astres, pendant que d'autres les vénéraient comme la demeure ou les symboles et les emblèmes des dieux. Dans les âges suivants, cependant^ certains philosophes ne considérèrent la pluralité des dieux que comme les symboles , les attributs et les opérations d'une seule et même divinité , mais ne le firent cpie pour exposer avec plus de vérité la mythologie et les fictions mensongères des poètes (2).
De cette légère esquisse du culte polythéiste et idolâtrique, considéré sous un double point de vue, découlent les conséquences suivantes : 1 . C'est que les païens ne se sont pas tous souillés du culte idolâtrique au même degré ; les uns s'y sont plus profondément plongés, d'autres moins profondément. 2. On en conclut encore que tous n'ont pas considéré les images comme des dieux; plusieurs ne les ont considérées ou que comme la demeure des dieux, ou que comme douées d'une certaine vertu divine. 3. Que, par conséquent, il en est plusieurs qui, au lieu de leur rendre un culte absolu, ne leur ont rendu qu'un culte relatif; que les plus ignorants, c'est-à-dire la multitude ou le peuple, a cru soit à la pluralité des dieux, soit que leurs images et leurs statues étaient des divinités véritables, et par conséquent leur a rendu un culte absolu. 5. Comme la plupart de ces divinités n'avaient pas d'objet réel, ou au moins d'objet sensible et doué de vie, telles, par exemple, que toutes les divinités abstraites dont nous avons çarlé plus haut, ou même Jupiter, Mercure, Yénus, etc., on en conclut que ceux qui rendaient seulement un culte relatif à leurs images étaient, à proprement parler, coupables d'idolâtrie.
Quant aux premières espèces d'idolâtries, elles sont presque au-dessus de toute controverse ; mais les deux dernières ont été et sont encore l'objet de la plus vive controverse. Car la plupart des protestants, afin de pouvoir plus facilement accuser
(1) Curtius, Diodore de Sicile, liv. XVI, c. 46; Pline, Hist. nat., liv. XXXVIII, C. 4. Voy. J.-Alb. Fabricius, ouv. cit.
(2) Voye25 saint Augustin, Cité de Dieu» liv. VI, Lact., Instit. div., liv. V et VI.
TEglise catholique d'idolâtrie dans le culte qu'elle rend aux images, ont mensongèrement prétendu que tout le culte des païens, comme le culte des Israélites, qui sont fréquemment accusés dans les Ecritures de s'être rendus coupables du crime d'idolâtrie, n'avait toujours été qu'un culte relatif et jamais un culte absolu, et que les Israélites n'ont été coupables qu'en ce qu'ils vénérèrent l'image du vrai Dieu contre les prescriptions de la loi, et non parce qu'ils adorèrent réellement les faux dieux. Certains écrivains, dans ces derniers temps, ne craignant pas de marcher sur les traces des protestants en ce point, ont affirmé les deux choses suivantes : 1. Que les païens n'avaient jamais admis la pluralité des dieux ; 2. qu'ils n'avaient honoré les idoles que comme les images diverses d'un même vrai Dieu, afin d'étabhr par là que le genre humain avait été unanime à admettre la vérité de l'existence d'un seul Dieu.
n y a donc ici obligation pour nous de prouver 1 . que les païens, bien plus que les Israélites infidèles, se sont rendus coupables, à diverses reprises, du crime de polythéisme; 2. et qu'ils se sont, à diverses reprises^ rendus coupables d'idolâtrie proprement dite.
Mais, en attendant, nous allons dire un mot du dualisme. La doctrine des deux principes remonte , chez les païens , à la plus haute antiquité, et elle fut très-étendue surtout chez les peuples de l'Orient (1). Peut-être vient-elle d'une altération de la tradition de la chute des anges et de la transgression de nos premiers parents. Quelques protestants ont cru remarquer certaines traces du dualisme chez les Hébreux, surtout à partir du temps de l'exil de Babylone (2) ; mais c'est à faux. Gerdon, Marcion, Apelles et Manès firent revivre le duahsme parmi les chrétiens, et c'est d'eux que descendent les manichéens, qui désolèrent l'Eglise pendant des siècles. Le dualisme était tombé dans l'oubli depuis plusieurs siècles, lorsque Bayle, par trop complaisant pour son esprit léger, mit en œuvre toutes les ressources de l'art et de la subtilité pour en rajeunir les preuves, soit dans son Dictionnaire, soit dans ses autres écrits.
A peine un certain Philoppon eut-il mis le trithéisme au joitr, qu'il périt dans son obscurité (3). Les ariens, toutefois,
(1) Voy. Ramsay, Discours sur la mythologie.
(2) Voy. Wog5clif;i<]or, § 7, n. G, et plusieurs autres cités par lui.
(3) Voy. S. Damascène, des Hérésies, n. 83, édit. Lequien. Parmi les modernes, voy. Pétau, de la Trinité, liv. I, c. 10, § 9; Bcrgicr, Dict. de théoL,
PROnÈRE PARTIE. CHAP. II. 411
et les sabelliens accusèrent autrefois les catholiques de trythéisme. En dernier lieu, Gibbon n'a pas craint d'attribuer calomnieusement aux Pères de l'Eglise, adversaires implacables de l'arianisme, cette erreur (1).
Après avoir légèrement touché à ces erreurs, dans l'intérêt de la clarté de la question que nous traitons, il nous reste à établir 1. l'unité de Dieu. 2. Cette proposition une fois établie comme un principe général, nous en déduirons, comme autant de corollaires, les autres propositions, soit contre les polythéistes et les idolâtres, soit contre les dualistes. Quant au trithéisme, ce n'est point ici le lieu de le réfuter d'une manière spéciale* nous en parlerons , ex professa, dans le traité de la Trinité, et là nous vengerons les catholiques et les Pères de l'EgUse des calomnies de leurs adversaires. Nous disons donc :
PREmÈRE PROPOSITION.
Il ny a qu'un seul Dieu,
Cette proposition est de foi, comme on le voit, soit d'après le concile de Nicée, soit d'après celui de Constantinople : « Je » crois en un seul Dieu, » soit d'après le concile de Latran IV, chapitre Firmiter, où il est dit, dans la profession de foi catholique : a Nous croyons fermement, et nous confessons )) simplement qu'il n'y a qu'un seul vrai Dieu. » Le sens de la proposition est que l'on doit dire qu'il n'y a qu'un seul Dieu , numériquement, et non spécifiquement; de sorte qu'il ne faut admettre qu'un Dieu seul et unique quant à la nature.
La vérité de cette proposition ressort encore, non-seulement de tous les passages de l'Ecriture, où est continuellement enseignée l'unité de Dieu, comme Deut., VI, 4 : « Ecoute, ô )) Israël! le Seigneur notre Dieu est un seul Seigneur; » et saint Marc, XII, 29 : « Ecoute, Israël, le Seigneur ton Dieu est » un seul Dieu, etc.; y) mais elle ressort encore de la raison ou de la notion même de Dieu. Dieu, en effet, d'après ce que nous avons dit, est un être tel qu'on ne peut pas en imaginer,
art. Trithéisme. Le trithéisme a été renouvelé, au dernier siècle, par Pierre Faydit et Ant. Oelimbs. Ce dernier publia à Mayence, en 1789, un traité intitulé de Diou un et trois, qui fut condamné par l'université de Cologne en 1790 ; elle en publia aussi une réfutation.
(1) Hist. de la chute de l'empire romain, c. 20 et 21 ; et cet impie comprend, au nombre des trithéistes, saint Grégoire de Nazianze et saint Atliana^e.
en nommer de plus grand ; c'est un être nécessaire qui existe par lui-même j éternel, infini ^ doué de toutes les perfections; mais un tel être ne peut être que seul, car s'il y en avait plusieurs, l'idée même que nous nous formons de Dieu, la notion que nous en avons serait détruite, car elle emporte nécessairement l'unité ; car, dans l'hypothèse de la pluralité des dieux^ il faudrait admettre ou qu'ils sont égaux, ou qu'il y en a d'inférieurs, ce qui n'est pas moins absurde et ne répugne pas moins à la notion de Dieu.
Aussi est-ce avec justice que Tertullien réfutait, par les paroles énergiques qui suivent, Marcion, qui soutenait la pluralité des dieux. « Pour savoir, dit-il, qu'il n'y a qu'un seul » Dieu, cherchez d'abord à vous convaincre que Dieu existe; » vous ne verrez pas autrement qu'il n'y en a qu'un seul. )) Autant que la condition de l'homme le permet, je le définis, » et je dis, ce qu'admet la conscience de tous les hommes,
» Dieu est ce qui est infiniment grand Comme tous les
» hommes sont d'accord sur ce point, personne ne niera, par » conséquent, que Dieu est quelque chose d'infiniment grand, » à moins que ce ne soit celui qui aura le courage de dire, au » contraire, que Dieu est ce qu'il y a de plus petit, afin de r> pouvoir le nier en lui enlevant ce qui fait qu'il est Dieu Mais quelle sera la condition de cet être souverainement grand? Elle consiste en ce que rien ne lui soit égal, c'est-àdire qu'il n'y ait pas d'autre être infiniment grand , car s'il y en avait un, il lui serait égal, et s'il lui était égal, il cesserait d'être infiniment grand, puisque la condition, la loi, si je puis m'exprimer ainsi, par laquelle rien ne peut être comparé à ce qui est infiniment grand, serait renversée. Il est donc nécessaire que ce qui est infiniment grand soit seul, n'ayant pas de pareil qui l'empêche d'être infiniment grand. .. Par conséquent, comme Dieu est infiniment grand, notre
vérité a dit avec justice : Dieu n'est pas s'il n'est pas un
Or, il est nécessaire que l'infiniment grand soit unique, donc Dieu est unique ; il n'est Dieu qu'autant qu'il est infiniment grand, et il n'est infiniment grand qu'autant qu'il n'a pas » d'égal; et il n'a pas d'égal qu'autant qu'il est unique (1). » C'est ainsi qu'argumentent saint Cyprien, saint Athanase, saint llilaire, Lactance, saint Jean Damascène, cités par
(1) Contre Marcion, liv. 1, c. 3, éd. Rigalt
PREjnÈRE PARTIE. CHAP. II. 413
Pétau (1), et saint Thomas, Contre les Gentils (2); soit encore dans sa Somme (3), où il établit la même vérité par la simpliste de Dieu et l'infinité de ses perfections, soit enfin par l'unité du monde ou par l'unité qui règne dans l'ordre qui brille dans le monde. Nous développerions ces preuves et plusieurs autres semblables, si ce n'était point une chose complètement inutile , puisque le polythéisme est maintenant une erreur anéantie, et que ce serait perdre notre temps que de nous arrêter à la réfuter.
Objections, .
Les saintes Ecritures, loin d'exclure le polythéisme, semblent au contraire l'insinuer. 1 . Dieu y est désigné sous des noms qui trahissent le caractère polythéistique de la religion juive : tel est le nom Elohim, usité au pluriel chez les Juifs. 2. L'histoire nous apprend que les autres religions diverses que l'on a trouvées dans l'Asie étaient fondées sur le polythéisme; 3. que les Juifs eux-mêmes gémissaient sous le culte mosaïque comme sous un joug cruel, et que, toutes les fois qu'ils le purent, ils revinrent à l'idolâtrie (4). Aussi 4. les livres de l' Ancien- Testament ne nous donnent -ils pas de la divinité une idée pure et toujours la même ; mais la notion que nous y trouvons le plus souvent exposée, c'est celle qui nous représente Dieu comme le créateur du monde (Gen., I, 1; Ps. hébr. XGVI, 5; Is., XL, 28), comme une nature supérieure à toutes les autres (Ps. hébr. CXLY, 3 ), une nature telle qu'il n'y en a pas d'autre, et que l'on ne peut pas comparer aux dieux des autres peuples (Exod., XYIII, 11; Deut., HI, 24; Jos., XXIII, 7; Ps. hébr. LXXXVI, 8, 9, GXL, 5 et suiv.; Is., LIX, 2); comme le modérateur et le souverain maître de toutes choses, et, dans im sens particulier et spécial, comme le souverain maître des Israéhtes et de leur gouvernement (Exod., VI, 3; Jos., XXIY; Jud., XI, 24; Ps. hébr. XX, 2, 7), etc. On lui donne en conséquence le nom de JéhovaJi, qui veut dire proprement le dieu indigène ou local des, Israélites (5). Donc :
JRép. N. A. Quant à la première preuve, iV. Tout le monde
(1) Traité de Dieu, liv. I, chap. 4.
(2) Liv. I, chap. 42.
(3) Part. I, quest. 4, art. 3.
(4) Telle est la manière d'argumenter de Wegscheider, § 52, n. d. (o) Ibid.
sait, en effet, que dans l'usage des langues il ne faut pas tant tenir compte de l'étymologie ou signification native des mots que l'on emploie, que du sens dans lequel on les prend généralement ; et il serait facile de le prouver par une foule d'exemples tirés et des langues anciennes et des langues nouvelles. Comme le principe que posent nos adversaires, et d'après lequel ils prétendent que l'ancienne religion juive a un caractère poly* théistique, est faux, et qu'ils ne l'appuient sur aucune preuve, nous nions à bon droit que cela découle des noms de Dieu exprimés au nombre pluriel. Certes, Moïse, parlant du peuple juif pendant qu'il était encore dans l'enfance , suppose formellement le contraire ; il lui reproche même d'avoir été infidèle dans le culte qu'il a rendu aux idoles et aux dieux des nations, le regardant comme une nouveauté et disant : ce Ils immolèrent » aux démons et non au Dieu véritable, à des dieux qu'ils ne )) connaissaient pas; ii en vint de récents et nouveaux, des » dieux que leurs pères n'honoraient pas ; tu as quitté le Dieu » qui t'a engendré, et tu ne t'es pas souvenu du Seigneur ton » créateur... » Deut., XXXII, 17, etc. C'est pour cela que Moïse ne parle jamais que d'un seul Dieu créateur honoré par les patriarches, père du peuple hébreu, l'appelant le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, auquel Abel et Caïn, puis Noé, avaient offert des sacrifices (1).
Rép, 2. iV. L'histoire, loin d'enseigner que toutes les autres rehgions sont fondées sur le polythéisme, nous apprend tout le contraire. En effet, l'histoire mosaïque est, de toutes les histoires , la plus ancienne ; mais l'histoire mosaïque nous apprend formellement que le monothéisme fut la première religion qui fleurit sur la terre, et ce n'est qu'après le déluge qu'on peut établir sur des documents positifs l'existence et la propagation du polythéisme , et il ne se propagea que par la défection successive des hommes, défection qui allait en augmentant à mesure que les hommes, oubliant le vrai Dieu, s'écartaient davantage des institutions primitives. Aussi voyons-nous que la notion d'un seul Dieu s'est conservée plus longtemps soit en Egypte, soit dans le pays de Chanaan, comme le prouve la Genèse, XII, 18 et suiv., où Pharaon reconnaît que Dieu le punit justement parce qu'il a usurpé l'épouse d'Abraham, soit
(1) Voy. Essai sur le monotliéisme , comme la religion première du genre humain, par Franç.-Xav. Frit, etc.; Epkémérides théologiques, édité par Jo3. Pletz, 6« an., feuille III.
par ce qui se lit (XIV, 18 et suiv.), où on nous montre Melchisédech , roi de Salem , comme un adorateur du vrai Dieu ; ou encore par ce qui se lit (XX, 3, 4, 11), où on nous représente Abimélech, roi de Géron, comme un monothéiste; et nous passerons sous silence une foule d'autres documents tirés soit des livres mosaïques, soit des livres de Job, de Josué, des Juges, et qu'il nous serait facile de citer (1). Ce n'est donc pas le monothéisme qui s'est greffé sur le polythéisme, mais bien au contraire le polythéisme cpii s'est greffé sur le monothéisme, comme les hérésies ou le protestantisme , sous la nouvelle loi, ne viennent que d'une défection de la vraie religion.
Rép. 3. N. Je nie la supposition de nos adversaires, savoir, que les Israélites revenaient à l'idolâtrie pour se soustraire à l'oppression de leur loi ; c'est ce que prouve ce que nous avons déjà dit : c'est plutôt le scandale des autres nations, qu'ils avaient continueUement sous les yeux , qui les entraînait facilement à honorer les idoles , dont le culte favorisait toutes les passions , surtout si on tient compte du caractère matériel et grossier de ce peuple ; ce qui fait , comme l'observe saint Augustin (2), que l'appareil de ses rites a été pour lui comme une barrière infranchissable dont la divine Providence l'a enveloppé, pour l'empêcher d'embrasser le culte des peuples voisins ; et, néanmoins, il s'en fût peut-être écarté si Dieu ne lui eût pas accordé une grâce spéciale pour l'en préserver.
Rép, 4. Z>. Dans un sens qui exclut tous les autres, quels qu'ils soient, C. dans tout autre sens, N. La loi mosaïque prêche très-clairement un seul Dieu , et elle exclut tout autre dieu, quel qu'il soit; les paroles suivantes, sorties de la bouche même de Dieu, sont vraiment victorieuses en ce point, Deut., XXXn, 39 et suiv. : « Voyez que je suis seul, et qu'il n'y a pas » d'autre Dieu que moi; je mettrai à mort et je ferai revivre, » je frapperai et je guérirai; personne ne saurait m'échapper; » je lèverai ma main au ciel et je dirai : Je vis éternellement. » Ces paroles nous enseignent d'une manière expresse, nonseulement l'unité, mais encore la toute-puissance et l'éternité de Dieu. Or, il faut observer que la loi prescrivait aux Israé-
(1) D'après le livre de Job, qui est peut-être le plus aDcien de tous, il est évident que le monothéisme a été en pleine vii^ueur chez les païens.
(2) Traité X, 4 , sur saint Jean : « On donna de tels sacrifices à ce peuple » charnel et au cœur de pierre , pour l'empêcher par là de tomber dans p l'idolâtrie. »
lites d'apprendre par cœur ce cantique de Moïse , et par conséquent leur prescrivait de ne jamais adopter les dieux des provinces étrangères, ainsi qu'on les appelle, et les dieux spéciaux des autres peuples ; les paroles par lesquelles Moïse les y engage (ibid., IV, 35) ne sont-elles pas claires? « Pour que » vous sachiez que le Seigneur lui-même est Dieu, et qu'il n'y » en a pas d'autre que lui. » Je passerai sous silence, dans la crainte d'être trop long, une foule d'autres textes des livres saints, surtout des prophètes, oiî ils rappelaient les peuples aux prescriptions de la loi.
Si parfois l'Ecriture semble établir une comparaison entre le Dieu des Hébreux et les dieux des païens, cette comparaison ne repose que sur la persuasion de ces nations , qui se glorifiaient de leurs dieux, et non sur la vérité de la chose ellemême, puisque nous voyons clairement que les autres dieux étaient honnis. Ajoutez encore que les dieux des nations sont appelés çà et là, dans les Ecritures, démons, comme Lév. , XVII, 7 : « Et il n'immolera point ses victimes aux démons, avec » lesquels il a forniqué; » ou Deut., chap. XXII, 17, déjà cité : « Ils immolèrent aux démons; » ou Ps. XGV, 5 : « Tous » les dieux des nations sont des démons ; » et ailleurs çà et là. Les Ecritures nient ouvertement que les dieux des nations soient des dieux; comme Deut., XXXII, 21 : « Et ils me pro- » voquèrent à l'honorer, lui qui n'était pas Dieu; » IV Rois, XIX, 18 : c( Car ils n'étaient pas des dieux pour moi;.... » Maintenant donc, Seigneur notre Dieu, délivrez-nous de ses » mains, afin que tous les royaumes de la terre sachent que » seul vous êtes le Seigneur Dieu. » Il en est ainsi dans une foule d'autres endroits. Puisque les Ecritures de l' Ancien- Testament parlent en ces termes des dieux des nations, comment peut-on dire que les Israélites les considérèrent comme des dieux véritables, bien qu'inférieurs au Dieu qu'ils adoraient eux-mêmes?
Ce que nous venons de dire réponà encore à l'assertion de nos adversaires, qui prétendent, en dernier lieu, que les Juifs, à l'instar des autres nations, considéraient leur Dieu comme le dieu de la patrie, un dieu indigène et local. Il put se faire qu'il se trouvât parmi eux Hes hommes grossiers, ignorants et enclins à l'idolâtrie qui adoptassent de semblables idées; mais autre chose est de parler des individus particuliers, autre chose de parler des sentiments et de la croyance de tout un peuple,
comme le font nos adversaires, qui pèchent en ce qu'ils argumentent par analogie de la nation juive comme des autres nations, comme si elle avait été imbue des mêmes erreurs que celles où étaient tombés les autres peuples ; c'est là la pire manière de raisonner. Ne serait-il pas ridicule celui qui imputerait à l'Eglise catholique toutes les absurdités dont fourmille le protestantisme? Telle est cependant la méthode des rationalistes, qui admettent la Bible comme base de leur croyance; c'est, chez eux, un parti pris et arrêté que le dieu des Hébreux était un dieu local, bien pourtant qu'il n'y ait eu aucun peuplé qui ait eu de Dieu des sentiments aussi élevés , qui ait admis de sa part une si grande autorité sur tous les peuples que la nation juive, ainsi que nous le voyons dans les Psaumes, où toutes les nations sont invitées, à maintes reprises, à louer Dieu.
Inst, Cette opinion trouve dans la Bible de nombreux et puissants motifs de crédibilité ; 1 . car Dieu lui-même indique qu'il est multiple par les paroles suivantes, qui lui sont attribuées, Gen., I, 26 : « Faisons l'homme à notre image et res- » semblance; » soit encore par ces autres (ibid., chap. H, 18): « Faisons-lui une aide semblable à lui ; » soit encore par ces autres (III, 22) : « Yoici qu'Adam est comme l'un de » nous; » et ailleurs. 2. Jésus-Christ donne à entendre luimême qu'il en est ainsi par les paroles suivantes : « J'ai dit : » Vous êtes des dieux; » il se compare lui-même à eux (Jean, X, 34); l'Apôtre dit, lui aussi, 3. I Cor., YIII, 5 : « A la vé- » rite, ils sont un grand nombre de dieux, un grand nombre » de seigneurs. » 4. S'il ne répugne pas à la doctrine chrétienne d'admettre plusieurs personnes réellement distinctes en Dieu, il ne répugne pas non plus qu'il y ait plusieurs dieux qui participent plus ou moins à la nature divine (1). Donc :
Rép. N. A. Quant à la première preuve, D. pour insinuer la plurahté des dieux, N. pour indiquer la plm'alité des personnes en Dieu, ainsi que l'exphquent les Pères, ou pour toute autre cause, C. Comme Moïse a constamment posé le monothéisme comme le premier article de la loi , certes , il n'a pas pu se servir de paroles qui fussent favorables au polythéisme, dont il s'est toujours efforcé d'éloigner le peuple juif; par con-
(1) Quant aux arguments que l'on pourrait tirer des miracles, et des prophétios, et des réponses des oracles, en faveur du polythéisme, nous y avons déjà répondu dans le Traité de la vraie religion, part. 1, n. 226 et suiv. I. 27
séqiient il faut que , dans ces passages où il fait parler Dieu au pluriel, il ait voulu insinuer la pluralité des personnes, ainsi que le pensent et les Pères de l'Eglise et les docteurs catholiques d'un consentement unanime, de même que les plus anciens protestants (1), ce que nous tenons pour vrai, nous, puisque aucune autre explication ne saurait nous satisfaire (2) ; ou peut-être l'a-t-il fait pour une autre raison que nous ne connaissons pas , et pour laquelle il employait indifféremment le nombre pluriel pour le nombre singulier. Au reste, l'autre texte se prend en hébreu au singulier, Gen. , II, 1 8 : « Je lui » ferai, etc. »
Rép. 2. N. Jésus-Christ se compare aux juges et aux prophètes auxquels Dieu a parlé , et ce n'est qu'au point de vue de la domination, et nullement sous celui de la nature, comme le prouve le contexte, et comme nous l'établirons ultérieurement.
Rép. 3. i). Que d'après la manière de voir des païens ils soient considérés comme tels, C. qu'ils le soient réellement, N. Le contexte de l'Apôtre prouve que c'est là le sens véritable.
Rép. 4. Je nie la parité. Les personnes en Dieu ne sont point distinctes par la nature; elle est la même dans toutes; elles ne le sont que dans les relations ; mais les divers dieux ont nécessairement autant de natures distinctes et diverses. Mais nous traiterons au long cette question dans le traité de la Trinité.
(1) Voy. Critiques sacrés, vol. 1, sur ces passages.
(2) Clerc remarque une certaine emphase dans cette expression : Faisons, etc^ Rosenmuller la tire de l'usage de la langue elle-même ; car , dans les autres langues, parfois les hommes qui parlent se servent du pluriel pour se désigner eux-mêmes. On en voit ime preuve d£ins Job, XIII, 2, 3; David, dans le 11« des Rois, XIV, 8, parlant de lui-même, se sert tantôt du pluriel et tantôt du singulier, 11« des Rois, XVI, 20. Quant au verset 22, chap. 3 de la Genèse: « Voici qu'Adam est comme l'un de nous, » etc., « il est évident, dit-il, que » Dieu, en se servant de la première personne du pluriel, se joint tous les » autres démons. » Mais outre que les textes cités n'atteignent pas le but que l'on se propose , comme peut le voir quiconque prend la peine de les examiner sérieusement, on ne peut pas même en citer un seul où Dieu parle de lui au pluriel, si on en excepte ceux où non-seulement les Pères de l'Eglise, mais encore les anciens protestants, ainsi que les rabbins, disent qu'il insinue la pluralité des personnes; c'est ce que montrent entre autres Martin, dans son Glaive de la foi, et Galatinus, des Mystères de la vérité catholique, et, en dernier lieu, Urach, Deuxième lettre d'un rabbin converti, sect. IV, p. 75 et suiv., Paris, 1827.
PROPOSITION II
Les païens se sont souillés par le pohjthéisme proprement dit^ ou par le culte idolàtrique absolu, ou quelquefois par l'un et l'autre en même temps.
Cette proposition est dirigée soit contre les protestants, qui placent le crime d'idolâtrie dans le seul culte relatif des images et des idoles , et qui nient cpe les païens aient adoré les idoles elles-mêmes en elles-mêmes ; soit encore contre ces écrivains modernes dont nous avons parlé plus haut, qui soutiennent qu'il n'a jamais existé de polythéisme ou d'idolâtrie absolue et proprement dite.
Nous établirons l'une et l'autre partie de cette proposition à l'aide de preuves tirées soit des Uvres saints, soit des monuments de l'antiquité ecclésiastique et profane. Nous avons dit, ou par le polythéisme, ou par le culte absolu des idoles, pour qu'on ne nous accuse pas de prétendre que tous les païens ont cru que les idoles en elles-mêmes étaient des dieux; nous savons, en effet, que tous ne partagèrent pas cette grossière manière de voir.
Et d'abord, que les païens aient admis le polythéisme ou aient honoré plusieurs dieux proprement dits, c'est ce que prouvent 1. tous les oracles des divines Ecritures, qui reprochent aux infidèles, comme une chose mauvaise, la pluralité d€ leurs dieux, et dont nous trouvons un exemple de la dernière évidence au livre des Actes, c. XIV, où il est dit qu'à l'occasion du miracle opéré par Paul et Barnabe, les habitants de Lystre, élevant la voix , s'écrièrent en langue lycaonienne : « Ce sont » des dieux qui sont descendus vers nous sous la forme » d'hommes; » et ils appelaient Paul Mercure, et Barnabe Jupiter ; s'élevant alors contre le prêtre et le peuple , qui voulaient leur sacrifier, les apôtres s'écrièrent : « 0 hommes ! que » faites- vous? et nous aussi, nous sommes mortels, nous h sommes des hommes semblables à vous , nous venons vous » dire qu'il faut renoncer à toutes ces vanités pour vous con- » vertir au Dieu véritable qui a fait le ciel et la terre, etc., qui, » dans les siècles pascés, a laissé toutes les nations marcher » dans leurs voies. » Ceci prouve clairement que les païens ont réellement cru à la pluralité des dieux, et que cette erreur a été commune aux siècles passés, et que Jésus-Christ a en-
voyé ses apôtres pour les arracher à cette erreur. Que les païens Faient fait sans se reporter vers le vrai Dieu, c'est ce que prouve clairement l'Apôtre dans son épître aux Galates : « Mais » alorSj ignorant le vrai Dieu , vous serviez des dieux qui ne T) le sont pas par nature (Gai., IV, 8). » C'est ainsi que Achior rappelle (Judith, c. Y) la multitude des dieux qu'adoraient les Chaldéens. 2. C'est encore ce que prouvent tous les passages où les dieux des nations sont appelés des dieux étrangers, les dieux de la patrie de chaque nation, et ils étaient presque innombrables. 3. C'est aussi ce que prouvent les passages où les Hébreux sont accusés d'infidélité, lorsqu'ils s'éloignaient de Dieu pour suivre les dieux des nations; on dit d'eux qu'alors ils forniquaient ^ ils se rendaient adultères, etc. Les saintes Ecritures sont pleines de ces reproches amers, surtout les livres des prophètes (i); et cette métaphore vient de ce que les Israélites, après avoir renoncé au Dieu seul et véritable de leur nation, qui était pour eux comme un époux , un mari, ils s'attachaient, par la plus grande des infidélités, aux faux dieux.
Que le crime d'idolâtrie, en outre, consistât dans le culte absolu des idoles, c'est ce que prouve également, d'une manière très-nette, 1 . les passages où on leur reproche de dire au bois : c( Tu es mon père; » et à la pierre : « C'est toi qui m'as » engendré (2) ; » où on leur fait un crime d'avoir adoré l'ouvrage de la main des hommes, l'ouvrage de leurs mains, ainsi que nous le voyons çà et là dans les prophètes, surtout dans Isaïe, c. XLIV, où il décrit parfaitement la stupidité de l'idolâtrie, lorsqu'il nous représente le bûcheron faisant une idok devant laquelle il se prosterne ensuite, qu'il adore et qu'il prie, disant : « Délivre-moi, parce que tu es mon dieu (3). » 2. Ce qui le démontre encore , ce sont les passages où il est dit aux Hébreux que les idoles des païens ne sont point des dieux ; et c'est là le but du c. YI de Baruch tout entier : « Yous verrez, » dit-il, dans Babylone, des dieux d'or, d'argent, de pierre et » de bois, que l'on porte sur les épaules, et qui inspirent de la
(1) Exod., XXXIV, 15, 16; Levit., XVII, 7, XX, 5, 6; Jug., II, 17, VIII, 27, 33; Ps. LXXII, 27, GV, 39; Isaïe, XXIII, 17; Jérémie, III, 1, 6, 8; Ezéch., VI, 9, XVI, 15 et suiv.; Osée, l, 2.
(2) Jérémie, II, 27.
(3) Voy. Exod., XX, 23, XXXIV, 17, XXXII, 4; Sag., chap. XII-XV; Is., II, 8 et suiv.; Daniel, V, 4; Jéréiuie, X.
» crainte aux païens : prenez donc garde de ne pas les imiter; )) ne craignez pas, ne laissez pas la crainte s'emparer de vous à » leur exemple ; )) et, après avoir énuméré les divers rits idolâtriques et les différentes espèces d'idolâtries, toujours pour la même raison, il conclut en ces termes : « Sachez qu'ils ne sont » pas des dieux, ne les craignez pas. » 3. Mettant enfin de côté tous les autres textes que nous pourrions citer à l'appui de notre thèse, les faits mêmes rapportés dans l'Ecriture la prouvent ; nous choisissons , parmi tous ceux qui y sont rapportés, l'histoire de Bel et du dragon (Daniel, XIY). Les Babyloniens, qui considéraient Bel comme un dieu vivant, auquel par suite ils rendaient un culte absolu, ne s'en tenaient pas là : ils lui apportaient en outre chaque jour des aliments, du vin, etc. Il en était de même du dragon, que ce même peuple considérait comme un dieu immortel, et qu'il adorait; nous nous bornerons à citer ces exemples. Mais il n'est pas possible, après cela, de pouvoir nier, à moins qu'on n'ajoute pas foi à l'Ecriture, que les païens ont, soit adoré plusieurs dieux , soit regardé les idoles comme des dieux véritables , et qu'ils leur ont rendu, comme à des dieux véritables, un culte absolu.
Il nous reste maintenant à confirmer notre proposition par des documents ecclésiastiques et profanes. Et d'abord les Pères de l'Eglise, qui connaissaient la théologie et la religion des païens baucoup mieux que nous, puisque plusieurs d'entre eux renoncèrent au paganisme pour embrasser la vérité chrétienne, combattirent sans relâche les erreurs des païens et l'erreur qui existait alors, ce qui fait qu'ils prouvent clairement les deux parties de notre proposition. Ils ne combattaient pas, en effet, avec moins de vigueur ceux qui adoraient des dieux de métal, de bois ou de pierre, que ceux qui attribuaient la divinité à Jupiter, à Apollon, à Vénus, à Minerve, qui ne furent que des hommes; ils combattirent aussi ceux qui entendaient, sous ces divers noms, avec ces anciens philosophes, le monde et ses différentes parties. Mais pourquoi cela? si ce n'est parce qu'on trouvait chez les païens toutes ces diverses-espèces de superstitions et d'idolâtries. Ce qui fait que quelques-uns suivaient, en fait de religion, les fables des poètes; d'autres, le sentiment des philosophes ; le plus grand nombre enfin pensait que les images étaient de vrais dieux, de sorte que les plus grands philosophes se laissaient entraîner par la multitude à
rendre un culte aux idoles, comme si elles avaient été de véritables dieux; c'est ce qu'atteste Origène, parlant de Platon et de Socrate (1).
C'est aussi ce qui fait dire à Minutius Félix, dans Octave, discutant siu* les idoles que l'on regarde comme des dieux : « Quand naît-il donc? Yoici qu'on le jette en fonte, on le fa- » bricjue , on le sculpte ; il n'est pas encore dieu. Yoici qu'on xx le plombe, on le construit , on l'érigé; il n'est pas encore » dieu. Voici qu'on le décore, on le consacre, on le prie; » alors enfin il est dieu ; l'homme alors l'a voulu, et il en a fait » la dédicace. » Saint Justin emploie le même raisonnement (2). Quant à Athénagore, dans son livre intitulé Message en faveur des chrétiens, c. XYII, il ne se contente pas de venger les chrétiens du reproche qu'on leur fait de reconnaître les idoles pour des dieux, mais il réfute encore cette erreur en démontrant qu'il y a, entre Dieu et l'idole, une distance infinie; ensuite, au c. XYIII, il expose les explications qu'en donnent quelques-uns d'entre eux : « Mais » comme il en est qui disent que ces statues et ces images ne » sont que la représentation de Dieu, etc. (3); » et que, par suite , on ne rend qu'un culte relatif aux idoles ; il y fait une autre réponse. Ceci nous prouve que la plupart des païens ont rendu un culte absolu aux idoles, et qu'il en est quelquesuns qui ne leur ont rendu qu'un culte relatif, tout en admettant la pluralité des dieux. C'est aussi ce qu'attestent Tatien (4), Lactance (5), Théophile d'Antioche (6), Tertullien(7),
(1) Voici ses paroles : « Mais ceux qui ont écrit de si belles choses du sou- » verain bien, descendent au Pirée pour offrir leurs prières à Diane, comme » à un dieu, et qu'une foule imbécile devait mettre à mort après la fête... » Ils immolent un coq à Esculape... 11 faut les voir, glorieux de leur sagesse n et de leur théolop;ie, se prosterner aux pieds de limage d'un homme » mortel pour l'adorer, et se jeter de temps en temps, comme les Egyptiens, » aux pieds d'oiseaux et de vils reptiles , pamr l«ur rendre un ciolte. »
(2) Apolog., 1, chap. 9.
(3) Voir ce même 18^ chapitre tout entier.
(4) Discours contre les Grecs, c. 9, 33 et 34. Tatien dit qu'il en a été témoin oculaire.
(5) lust. div., liv. Il, chap. 2 et 4.
(6) A Âutolycus, liv. II, c. 2. Parlant des idoles, il dit que ceux qui les ont fabriquées viennent les adorer, et les regardent comme des dieux. Quoi de plus clair?
(7) Apol., n. Xin et suiv., où il prouve que les dieux des païens souffrent plus lorsqu'on les fabrique qiie les chrétiens lorsqu'on les met à la torture: « Vous déchirez, dit-il, les lianes des chrétiens avec des ongles de fer; mai»
Prudence (1), saint Athanase (2). Mais il est curieux de voir Arnobe nous dire ce qu'il pensait des idoles lorsqu'il était encore païen : a 0 aveuglement, dit-il, je vénérais naguère les y> idoles que l'on venait de jeter en fonte, cpii sortaient à peine » de dessous l'enclume où elles avaient été forgées; je vénérais » les os des éléphants et les peintures que parfois je rencontrais » sur les arbres; j'adulais, je flattais les pierres glissantes que » l'on avait souillées par l'huile qu'on y avait répandue, et je » réclamais d'elles des bienfaits, sans songer au tronc qui » était devant moi , et j'accablais des plus graves injures les » dieux que j'y croyais présents (3). » Nous devons nous demander maintenant s'il ne vaut pas mieux s'en rapporter à ceux qui nous attestent ainsi une chose qu'ils ont vue de leurs propres yeux, et à laquelle ils ont pris part , qu'aux écrivains modernes qui viennent nous afErmer le contraire.
Eniin, pour ne pas nous arrêter trop longtemps sur une chose qui n'en vaut pas la peine, nous terminerons ce que nous avons à dire sur cette proposition par le témoignage de deux écrivains païens; le premier, c'est Horace, dont nous avons déjà cité les vers dans le traité de la vraie religion , I liv. des Satyres, sat. YIII : « Autrefois, j'étais un tronc, etc.; » l'autre, c'est Senèque ; voilà ce qu'il écrivait des païens, dans son hvre de Morale : ce Es vénèrent les images des dieux ; prosternés à y» leurs pieds, ils leur adressent leurs supplications, ils les y> adorent, ils passent des jours entiers debout ou assis devant » elles, ils leur font des dons, ils leur immolent des victimes, y» et, lorsqu'ils prennent tant de peine pour faire tout cela,
j» la hache , la lime et le marteau s'exercent plus rudement encore sur vos » dieux. On nous tranche la tète ; mais vos dieux n'ont pas de tète avant » qu'on ait employé le plomb et les clous pour les leur attacher. On nous » brûle sur les bûchers, et c'est aussi ce à quoi vos dieux furent soumis lors- » qu'ils n'étiiient encore qu'une masse iuforme , etc. » Les païens disent encore au même endroit : m Mais ce sont nos dieux. »
(1) Voici ce qu'il dit dans son hymne VIll, cal. de janvier : a Car la force » aveugle des mortels vénérant de vaines divinités, ou l'air, ou des pierres » glacées et du bois, les considérait comme des dieux. » On peut encore voir rhymne en l'honneur de saint Vincent, martyr, I Péristéphanon.
(2) Discours contre les Gentils, 22, 13, 15; édit. des Bénéd. 11 y dit clairement que les artisans vénéraient leur œuvre comme des dieux. Saint Grég. l^az., dis. 33.
(3) Contre les Gentils, liv. 1, n. 13. C'est aussi ce que l'on doit dire contre ceux qui soutiennent que la manière de parler est la seule ou au moins la règle principale pour exposer la Bible, et qui pourtant renoncent aux Pères, quand ils y trouvent quelque chose qui leur est contraire.
» ils méprisent les ouvriers qui les ont fabriquées, etc. (1). »■ Par conséquent, si on doit dire que le polythéisme consiste à admettre et à croire à la pluralité des dieux proprement dits, et si on doit considérer comme souillés par le culte polythéiste ceux qui ont vénéré les images des dieux; si on doit considérer comme coupables d'idolâtrie proprement dite tous ceux qui croient, soit que les dieux sont renfermés dans les idoles, soit que les idoles elles-mêmes sont des dieux ; comme, d'après les documents tirés soit de l'Ecriture, soit de l'antiquité et profane et sacrée, il est clair et évident que les nations païennes se sont conduites de la sorte, il faut donc en conclure que les païens se sont en même temps souillés ou par le polythéisme proprement dit, ou par le culte idolâtrique absolu, ou par l'un et l'autre en même temps ; ce que nous nous proposions de démontrer, soit contre les protestants, soit contre certains écrivains modernes. Ces derniers, d'ailleurs, ne devraient pas perdre de vue ce que le concile de Trente dit des images (sess. XXV) . Il prescrit, dans son décret sur les saintes images : « Il faut surtout avoir )) et conserver dans les églises les images de Jésus-Christ, de » la sainte Yierge et des autres saints, et il faut leur rendre » l'honneur et le respect qui leur est dû, non pas que l'on croie » qu'il y ait en elle une divinité et une vertu pour laquelle il » faille les vénérer, ou qu'il faille leur demander quelque » grâce , ou qu'il faille mettre sa confiance en elles , comme le )) faisaient autrefois les païens, qui mettaient leur confiance )) dans les idoles. )) Donc, d'après le concile de Trente, les païens pensaient que les idoles renfermaient une divinité ou une puissance quelconque; ils leur demandaient des grâces, ils mettaient en elles leur confiance et leur espoir, et par conséquent ils professaient le polythéisme ou l'idolâtrie proprement dits»
(1) Voy. Lactance, pass. cit., c. 2. Voy. P. Baltus, Suite de la réponse à l'Histoire des oracles, I part., c. 11, 12. On pourrait faire un volume entier des passages des Pères, qui reprochent aux païens de rendre un culte aux images des dieux, et un culte absolu. Les preuves tirées des auteurs profanes ne sont pas moins formelles. Diogène Laërce rapporte, dans la Vie de Stilpon, liv. II, que les Athéniens bannirent ce philosophe parce qu'il avait dit que If. Minerve de Phidias n'était point une diviiàté. L'histoire que Flavius JosèphO rapporte [ArchéoL, liv. XVIII, chap. 3, n. 4, p. 877 et suiv., édit. Havercamp^ d'une femme qui pensait qu'elle avait eu commerce avec un dieu, le prouv© aussi, etc. Voy. Bergier, Dict., art. Idole, Idolâtre, etc. Il faut cependant se défier de l'édition de Besançon, 1826, à laquelle je ne sais quel écrivain de la nouvelle école a ajouté des notes pour répandre , par ce moyen , la nouvelle doctrine , comme on peut le voir- dans cet article , où Bergier attaque de front ce que plus tard ces modernes écrivains ont cherché à propager.
Objections.
I. Obj, 1. L*idolâtrie n'est pas la négation d'un dogme quelconque, elle n'est que la violation d'un précepte; elle est la violation du premier de tous les préceptes, elle est la violation du précepte par lequel il est prescrit à l'homme d'adorer et de prier Dieu, et Dieu seul. Ainsi 2. le crime des idolâtres consiste, d'après l'Apôtre, en ce qu'après qu'ils eurent connu Dieu, ils ne le glorifièrent pas et ne lui rendirent pas grâce; mais ils s'évanouirent, dans leurs pensées,... et ils honorèrent et ils servirent la créature plutôt que le Créateur (Rom., I, 2^, 25); 3. et ceci est en rapport avec ce que dit le même Apôtre, écrivant aux Thessaloniciens après leur conversion : « Vous vous êtes convertis du culte des idoles à celui du vrai » Dieu, il faut servir le Dieu vivant et véritable; » (Thess., I, 9, et I Cor., XII, 2) : « Vous savez que lorsque vous étiez en- » core païens, vous alliez aux idoles comme on vous y condui- » sait. » 4. L'homme, en tant qu'esclave de ses sens, sentait le besoin de se représenter le Dieu unique et véritable, invisible et éternel, sous quelque image sensible, comme l'indique le mot idolâtrie lui-même, qui veut dire culte, à savoir, des images; et voilà 5. comment le Créateur a été honoré dans ses plus beaux ouvrages, qui sont devenus comme autant de symboles de la divinité (1).
Rép. 1. N. Car l'idolâtrie est soit la négation d'un dogme, celui de l'unité de Dieu, soit la violation d'un précepte qui nous défend de rendre à la créature l'adoration qui n'est due qu'au seul vrai Dieu, ou de rendre aux faux dieux le culte qui n'est dû qu'au seul vrai Dieu. D'après les preuves que nous avons citées, et qui sont tirées soit de l'Ecriture, soit des Pères et des écrivains païens, il est constant que les idolâtres ont admis çà et là l'erreur de la plurahté des dieux, et que, par conséquent. Us ont péché à la fois et contre un précepte, et contre un dogme. Paul et Barnabe n'étaient pas considérés comme un seul dieu, mais on les regardait comme deux dieux; on les prenait pour Jupiter et Mercure (2).
(1) Voyez Essai sur l'indifférence en matière de religion, tom. Ill, p. 7^et 75.
(2) Voy. Eusèbe, Prép. évang., liv. V, c. 1 et suiv., jusqu'au 16. Il y parle longuement non-seulement de la multitude des divinités et do leurs images, mais il y parle aussi de leur culte, et continuellement il suppose que l'on a
Rép. 2. D. Pour un petit nom])re de philosophes, C. pour le peuple et la foule , N. Car les Pères et les interprètes , en expliquant ce passage, conviennent unanimement qu'il faut l'entendre des philosophes seuls, qui reconnurent Dieu à l'aide des lumières de la raison naturelle et à l'aspect éclatant de l'univers, et qui ne le gloriJBèrent pas, qui ne prêchèrent ni sou unité , ni sa vérité ; mais qui s'accommodèrent plutôt pour le culte public et extérieur à la foule, qui adorait plusieurs dieux, comme saint Augustin le leur reproche , et comme le prouve l'histoire (1). Or, ce qui prouve que tel est le sentiment de l'Apôtre y ce sont les paroles suivantes , qu'a omises notre adversaire : (cEt disant qu'ils sont sages, ils sont devenus in- » sensés. »
Rép. 3. D. A, Vous étiez conduits aux idoles des faux dieux , C. à ceux du seul Dieu véritable , N. Il faut en dire autant du texte tiré de l'épître aux Corinthiens , car l'Apôtre écrit expressément, dans cette épître (I Cor., Yin, 5 ) : c( Car, » bien qa'il y en ait un grand nombre que l'on appelle dieux, » soit au ciel, soit sur la terre (car il y a plusieurs dieux et » plusieurs seigneurs), pour nous, il n'y a qu'un seul Dieu. » Ici il parle dans le sens de l'erreur des païens.
Bép. 4. Je nie que le crime des idolâtres consistait précisément à fabriquer et à honorer les images symbohques du seul vrai Dieu. Car, s'il en était ainsi, les catholiques, qui représentent aussi Dieu sous les images symboliques , ou les formes sous lesquelles il est apparu aux patriarches et aux prophètes, seraient coupables de la plus honteuse idolâtrie , comme les en accusent les hérétiques (2), ce qui est impie et absurde. Il est faux, en outre, que le mot idolatria, idolâtrie, désigne et signifie, comme le prétend notre adversaire, le culte des images; il signifie, en effet, le culte ou le service des fausses images, auxquelles ne répond aucun objet réel, comme le prouve sur-
retidu culte aux idoles de bois et de pierre comme à des dieux véritables. Voy. aussi le cardinal Gerdil, daus son ouv. intit. Sages iust. tliéol., édit. de Rome, tome X, p. 279 et suivantes.
(l) Saint Augustin, Cité de Dieu, liv. VI, c. 10. Voy. P. Baltus, ouv. intit. Jugement des saints Pères sur la morale de la philosophie païenne, liv. I, c. 7, vol. 1, in-4, Strasbourg, 1719. Il y démontre, par une foule de documents, que les philosophes furent idolâtres , et qu'ils admirent la pluralité des dieux, et qu'ils cherchèrent, soit par leurs écrits, soit par leur conduite, à rendre l'idolâtrie recommandable.
^ Voy. Bellarmin, des Pieliques et des images des saints, liv. II, c. 13.
abondamment Bellarmin contre Henri Etienne et les autres hérétiques , qui veulent absolument faire accepter cette étymologie (1).
Rép. 5. iV. Mais comme le prouve ce que nous avons dit, les idolâtres avaient oublié le vrai Dieu; ce n'était pas le Dieu créateur qu'Us honorciient, c'était les faux dieux.
hist. 1. L'idolâtrie, au moins, sous ces formes diverses, se réduisait au culte des esprits qui sont dispersés dans l'univers, et au culte des hommes que l'on croyait arrivés après leur mort à un degré de perfection et de puissance tel, qu'Us approchaient des esprits célestes (2). 2. Il est donc prouvé par là que l'idolâtrie ne fut jamais que le culte des esprits bons et mauvais, et le culte des hommes illustres, ou, en d'autres termes, qu'il ne fut réellement que le culte des saints et des anges (3). 3. Il n'est certes pas facile de comprendre que les païens aient réuni la vraie notion de la divinité à ces divers esprits, si on examine attentivement cela. 4. Cette notion ne renferme -t- elle pas nécessairement l'unité? E. faudrait dire en outre que les hommes ont cru à la pluralité d'un dieu unique (4) ; car les païens n'eussent pas cru à la pluralité des dieux, s'Ûs n'eussent eu la notion d'un dieu (5). Ce sentiment est admis 5. et des catholiques , et des protestants , et des philosophes, comme on le voit d'après Beausobre (6) et Voltaire (7). Par conséquent, 6. il pouvait se faire que quelqu'un fut idolâtre , bien qu'il ne niât ni l'existence d'un Dieu suprême, ni aucune vérité, comme les Juifs en sont un exemple, non plus que la Providence et les préceptes de justice (8).
Rép. 1. D. G'est-à-toe une espèce quelconque d'idolâtrie,
fl) Voy. Bellarmin , des Reliques et des images des saints. Ut. II, c. 5. (a) Essai sur l' indifférence, pass. cité, p. 82.
(3) Ibid, p. 107 et 103.
(4) Ibid. (p. 110-111) : «II est difficile que Ton s'entende soi-même, quand 9 on prétend que Ips païens attachaient à ces divers esprits la vraie notion » de La divinité. Q.;"ûu veuille bien y réfléchir : l'unité n'entre-t-elle pas né- » cessairement dans celte notion ? Il faudrait donc dire que les hommeg » croyaient à la pluralité d*un dieu unique. »
(5) P. 111, n. s. : « Comment les païens croyaient-ils à la pluralité des dieux, a s'ils n'avaient pas la notion de Dieu? »
(6) Histoire du manichéisme, liv. iX, c. 4, tom. II, p. 113 et 115.
(7) Dict. philos., art. Relig., quest. II, p. 6IS4-6oa.
(8) Essai sur l' indifférence, pag. 152 : « On pouvait être idolàti'c sans nier » aucune vérité. »
C. l'idolâtrie prise dans toute son étendue j N. Le culte des esprits et des héros était sans doute un rameau de la superstition idolâtrique, mais il ne constituait pas l'idolâtrie tout entière. Car, au témoignage de l'Ecriture, les païens honorèrent d'un culte absolu le soleil, la lune, les pierres et le bois; ils leur demandèrent des grâces et la délivrance des maux qui pesaient sur eux, etc. Or, c'était là l'idolâtrie de la foule; qu'on se rappelle les preuves.
Rép. 2. N. Car si ceci était prouvé, il serait démontré que l'Ecriture nous induit en erreur lorsqu'elle nous affirme que les païens honorèrent des dieux qui ont des yeux et qui ne voient pas, qui ont des oreilles et qui n'entendent pas, qui ont une bouche et qui ne parlent pas ; le Psalmiste n'eût pas dit non plus : Ceux qui les font deviennent semblables à eux , de même que ceux qui ont confiance en eux (1).
Rép. 3. D, En admettant, comme le prétend notre adversaire, que les païens réunissaient la véritable notion de la divinité avec leurs dieux , C. il y aurait en effet contradiction dans les termes ; mais au contraire si on admet, comme il faut réellement l'admettre avec tous les théologiens et les Pères, que les païens avaient perdu la notion véritable de la divinité lorsqu'ils honorèrent plusieurs dieux, N. En effet , tous les ihéologiens démontrent , de concert avec les Pères , d'après l'Ecriture, et des faits et des documents delà dernière évidence, que le polythéisme proprement dit a existé chez les anciens païens, comme il existe de nos jours chez les idolâtres. Ceci posé , il s'ensuit nécessairement que les polythéistes avaient réellement perdu la vraie notion de la divinité, car sans cela ils ne fussent jamais tombés dans une absurdité telle que d'admettre la pluralité des dieux. Et si l'idée d'un Dieu suprême ne s'est jamais totalement effacée , il faut l'attribuer à ce témoignage que Tertullien appelle le témoignage d'une âme naturellement chrétienne, ou à la lumière de la raison, dont le flambeau ne s'est jamais entièrement éteint. Mais les hommes ne tenaient pas toujours, ils ne tenaient même pas habituellement compte de ce dictamen de la conscience , non plus que de ce reste de vérité qui se conservait encore au fond de leur cœur; et quand même on admettrait qu'ils en tenaient compte, il n'est, hélas l que trop reconnu de tout le monde,
(1) Ps. CXIII, 8.
que les hommes ne sont pas toujours d'accord avec euxmêmes (1).
Rép. 4. Z). En soi, C. subjectivement, ou en tant qu'elle est saisie par l'esprit humain s'écartant de la vérité, N. Voilà tout au plus ce qu'on peut en conclure , c'est que leur erreur n'était pas invincible ; que , s'ils avaient été sans passions , et qu'ils eussent cherché la notion du vrai Dieu sans jugements préconçus , ils auraient pu découvrir l'erreur, comme plusieurs philosophes la découvrirent réellement. Par là tombe cette battologie sur la croyance à la pluralité d'un seul dieu, car elle repose sur une fausse supposition ; c'est que les polythéistes conservèrent toujours la notion du vrai Dieu. Quant à l'autre observation, que les païens n'auraient pas cru aux dieux sans la notion de Dieu, l'auteur que nous combattons ici confond l'existence de Dieu avec la véritable notion de la divinité ; quant à la première, elle était généralement admise de tous les païens ; quant à la seconde , ils l'avaient presque tous perdue.
Rép. 5. D. Les protestants le croient afin de pouvoir en tirer faussement cette conséquence, c'est que les catholiques sont idolâtres dans le culte qu'ils rendent aux images ; quant aux philosophes, c'est-à-dire aux incrédules, ils le croient parce qu'ils ne tiennent aucun compte, ni de l'Ecriture, ni des Pères, C. Les catholiques, je distingue encore ceux qui ne craignent pas de s'écarter de l'autorité de l'Ecriture et du sen-
(1) Le docte Suarez avait réfuté cette objection à l'avance (de la Religion, tom. I, traité III, liv. I, chap. 4, n. 12), après s'être fait à lui-même cette objection : Les païens, tout en admettant les dieux et les demi-dieux, reconnaissaient un dieu suprême , qu'ils appelaient Jupiter, et auquel seul Us rendaient un véritable culte, poursuit en ces termes : «Je réponds que, quand » au fait lui-même, il est assez connu que les païens se sont trompés en sa- » crifiant à plusieurs dieux, et qu'ensuite ils ont considéré chacun de ceg » dieux comme un dieu véritable, en l'honorant sous un rapport quelconque » de l'excellence divine. Ce qui fait qu'il est vraisemblable qu'ils croyaienj » que chaque dieu avait un pouvoir suprême poiu* les fonctions qui lui étaient » dévolues, sur les choses auxquelles il devait présider et sur lesquelles ij ») devait agir efficacement ; bien qu'ils considérassent les uns comme pluî tt grands, les autres comme plus petits, selon la dignité des choses auy ») quelles ils présidaient, ou encore la multitude des païens, ou le vulgaire, j» conduit par une ignorance, une tradition et une foi aveugle, pensait qu'une » puissance invisible et souveraine présidait à chaque chose , et que , par » suite, on devait lui rendre un culte souverain, sans le rapporter à un créa- » teur et à un maitre souverain ; ils ne discutaient point comment cela pou-
• vait se faire, ou comment le monde peut subsister sans un Dieu suprém»
• qui le gouverne. »
timent commun des Pères , de l'autorité du concile de Trente, pour suivre leur sentiment particulier et les systèmes qu'ils se sont forgés , 7>'. les autres , N. Car les théologiens catholiques ont réfuté les protestants qui prétendaient que le culte idolâtrique n'est qu'un culte relatif, comme le prouvent leurs traités sur le culte des saints, en commençant par Bellarmin et en descendant jusqu'à nous. Que notre adversaire donc se contente, s'il lui plaît, d'avoir de son côté Beausohre et Voltaire; pour nous, nous tenons le sentiment contraire, et nous suivons l'enseignement commun des catholiques, qui repose à la fois sur l'autorité de l'Ecriture , des Pères et du concile de Trente, et nous fuyons soigneusement ces nouveautés (1).
Mép. Q. D. Comme quelqu'un peut être musulman sans nier intérieurement le christianisme, C. autrement, N. Car l'idolâtrie était évidemment la profession du polythéisme, et par conséquent la négation de l'unité de Dieu , et on ne peut pas nier que la masse des idolâtres, ou la foule, ne l'ait professée et intérieurement et extérieurement ; autrement il faudrait dire qu'il y eut dans l'univers entier autant d'hypocrites que d'idolâtres. Quant aux Juifs , que notre auteur nous cite comme un exemple, et qui, suivant lui, se souillèrent par le culte des idoles, tout en admettant l'existence d'un seul Dieu, je dis que cette assertion est en contradiction flagrante avec l'Ecriture, qui nous atteste en maintes occasions que ce peuple abandonna le vrai Dieu pour passer à l'idolâtrie. Voici ce qui se lit au Deutéronome (XXXII, 18) : a Vous avez abandonné le Dieu » qui vous a créé , vous avez oublié le Seigneur votre créa- » teur. » Et au Ps. CV, 1 9 et suiv. : (c Ils firent un veau sur » le mont Horeb , et ils adorèrent l'ouvrage de leurs mains, et » ils oubUèrent le Dieu qui les a sauvés. » Jérémie, II, 5, 6 : a Ils se sont éloignés de moi , et ils ont marché à la suite de la » vanité (c'est-à-dire des idoles), et ils n'ont point dit : Où est » le Dieu qui nous a tirés de l'Egypte?... » Ps. LXVIII , 25 :
(1) 11 ne faut pas perdre de vue le grave avertissement de Grégoire XVI, dans son Encyclique du VII des cal. de juillet 1834, fulminée contre le livre intitulé Paroles d'un croyant : « Vous comprenez bien, vénérables frères, que n nous voulons ici parler de ce système de philosophie faux et trompeur qui » a été mis au jour depuis peu, et qui fait que, par un désir effréné de la » nouveauté, on cherche la vérité où elle n'est pas, et que Ton fait passer, » avant les traditions saintfis et apostoli((ues, des doctrines vaines et futiles, » qui ne reposent point sur l'autorité de l'Eglise, et sur lesquelles des homme» » vains et superficiels prétendent appuyer, étayer la vérité elle-même. »
« Déversez votre colère sur les nations, etc. » Jug., X, 6 : « Les enfants d'Israël... rendirent un culte aux idoles, àBaal, » à Astaroth , aux dieux de Syrie , de Sidon et de Moab , et y> des enfants d'Ammon et des Philistins, et ils abandonnèrent » le Seigneur et ils ne le servirent pas. » Ibid., 10 : « Nous » avons péché contre vous , parce que nous avons abandonné » le Seigneur notre Dieu, et c[ue nous avons servi Baal. » Et Y, 1 6 : c( Ils abandonnèrent les idoles des dieux étrangers , et » ils servirent le Seigneur Dieu. » Certes , il n'est pas possible de concilier tous ces passages, et un grand nombre d'autres, avec l'assertion de notre auteur.
n. Obj. 1 . n n'est pas possible de dire cpie les païens poussèrent la stupidité jusqu'à croire que Dieu ne différait pas de la pierre et du bois. 2. Ceci prouve qu'ils changeaient euxmêmes leurs idoles à leur gré, sans pour cela changer leurs dieux, et qu'ils érigeaient un grand nombre d'idoles en l'honneur d'un seul dieu. 3. Si les prophètes ne cessaient de reprocher aux Juifs et aux Gentils leurs fornications avec le bois et la pierre, la raison, c'est qu'ils vénéraient charnellement Dieu dans le bois et la pierre (1). Aussi, 4. lorsque les chrétiens reprochaient aux païens des stupidités de ce genre, se récriaient-ils, disant qu'ils n'étaient pas si fous : « Nous ne » considérons comme des dieux proprement dits , et ne ren- » dons un culte réel ni à l'airain, ni à l'or, ni à l'argent, ni à » tout ce qui forme un signe extérieur; mais c'est dans ces )) choses là que nous vénérons les dieux , que nous leur ren- » dons un culte; c'est la dédicace qui les rend sacrés, c'est eUe » qui fait que l'œuvre du forgeron devient la demeure des D dieux (2). Donc :
Bép. 1. D. Tous, Tr, le plus grand nombre ou la foule N. Les conjectures ne sont d'aucun poids contre les faits et les documents positifs. Or, c'est un fait de la dernière certitude, comme le prouvent les preuves que nous avons apportées pré< cédemment, et auxquelles nous allons ajouter l'autorité de saint Augustin, qui s'exprime en ces termes dans le livre de la Doctrine chrétienne, liv. III, chap. 7 : « Ceux qui ont consi-* » déré les ouvrages des hommes comme des dieux, sont » tombés plus bas que ceux qui ont considéré les ouvrages
(1) Tel est le langage de Calvin, Instit., liv. I, chap. 51, §§ 9 et suiv.
(2) Voy. Arnobe, liv. Vi, n. 10 ; Galland , Biblioth. des Pères, tom. IV.
» de Dieu lui-même comme des dieux. » Le saint docteur atteste donc ici que le culte absolu des idoles fut celui d'un grand nombre (comm. du Ps. CXIII, et lett. 49, n. 10), et que le culte de quelques-uns fut relatif, non pas le culte du vrai Dieu y mais bien celui des dieux. TertuUien affirme ( ApoL, c. XII ) que les dieux des païens souffrent plus de la part des ouvriers qui les forgent, que ceux que l'on met à mort parce qu'ils ne veulent pas les honorer (1).
Rép. 2. D. Si les hommes étaient constants dans leurs erreurs, C. autrement, N. Car rien ne s'oppose à ce que nous disions que les païens , qui avaient poussé la stupidité jusqu*à considérer le bois et la pierre comme des dieux , ne l'eussent poussée aussi jusqu'à s'imaginer qu'ils pouvaient se faire des dieux, et qu'ils pouvaient ensuite les détruire. Ajoutez à cela que le plus souvent la foule n'agit que d'après les us et coutumes, sans tenir compte des conséquences ou de la rectitude d'un fait quelconque , pourvu qu'elle ait suivi cette coutume dès l'enfance ; et nous ne devons pas juger d'après nos idées la manière d'agir des païens , surtout si l'on tient compte de l'aveuglement et de la perversité dans lesquels ils étaient plongés alors.
Rép. 3. Je le nie à deux titres divers : 1. parce que c'est sans raison que Calvin, l'auteur de cette assertion, avance que les Juifs et les Gentils n'honorèrent pas réellement plusieurs dieux; car ce que nous avons déjà dit prouve clairement la fausseté de cette assertion; 2. parce qu'il affirme comme une chose certaine , que les Juifs et les païens ne voyaient dans les idoles que l'image du vrai Dieu , ce qui est encore faux ; car s'il n'en était pas ainsi, Elie n'aurait pas donné aux Israélites (III Rois, XYIII, 21 ) le choix de suivre le dieu de leur prédilection, disant : « Jusqu*à quand inclinerez-vous tantôt d'un » côté et tantôt de l'autre? Si le Seigneur est Dieu, suivez-le » donc; mais si au contraire Baal est dieu, suivez-le. » Or, ce choix eût été absurde si le Dieu d'Israël et l'idole de Baal avaient été également Dieu. Examinez, en outre, le ch. 32 du Deutéronome, v. 17, et le ch. 10 du livre des Juges, v. 6. On ne dirait pas, des Israélites, qu'ils servirent les dieux étrangers, s'ils avaient honoré le vrai Dieu dans les idoles (2).
(1) Nous avons cité précédemment le texte tout entier. On peut voir une foule d'autres témoignages dans Bellarmin, pass. cit., c. 13.
(2) Voici ce qui se lit au pass. duliv. des Juges, que nous venons de citer:
Rép, 4. Z). C'est ce que répondaient quelques-uns d'entre eux, comme nous l'apprend Athénagore, et ils le faisaient pour échapper aux arguments des chrétiens, C. tous, et indépendamment de ces reproches, N, C'est le rouge au visage que quelques païens mirent en avant cette raison pour échapper à ces arguments, et qu'ils tentèrent d'interpréter ainsi, soit des attributs de Dieu, soit des diverses parties du monde, la mythologie; mais il était trop tard. Et, pendant ce temps là, la foule continuait de vénérer ses idoles, soit comme des divinités, soit comme le siège de la divinité. Aussi, voici comment le même Arnobe s'exprime à la suite du passage que nous avons cité : (( Elle n'est ni à dédaigner ni digne de mépris, la raison » pour laquelle il en est qui, par une prudence excessive, mais » tardive, croient que les dieux quittent leur séjour, c'est- » à-dire le ciel, et viennent habiter sans peine les demeures » qu'on leur a préparées ici-bas, et que, de plus, poussés par » le droit de dédicace, ils ne font plus qu'un avec les idoles. » Vos dieux font donc leur séjour et dans la pierre et dans la » terre cuite ; bien plus, les esprits de la pierre et de la terre
« Les enfants d'Israël,... firent le mal en présence du Seigneur; ils servirent p les idoles de Baal, d'Astaroth , les dieux de la Syrie, de Sidon et de Moab, » des enfants d'Ammon et des Philistins, et ils abandonnèrent le Seigneur, ils » cessèrent de l'honorer. » Il faut être aveugle pour ne pas voir tju'il ne s'agit point ici de l'image du vrai Dieu , comme le prétendent nos adversaires. Ainsi nous voyons, III liv. des Rois, XV, qu'Asa, roi de Juda, « éloigna Moacha, » sa mère, pour qu'elle n'eût plus l'intendance des sacrifices de Priape,... et » il brisa cette honteuse idole, et il la brûla dans le torrent de Gédron. » Je ne pense pas que nos adversaires disent que cette idole était l'image du vrai Dieu. Aussi Jahn lui-même, bien qu'en ce point il marche sur les traces des protestants modernes membres des sociétés bibliques, confessa-t-il que l'on rencontre, dans la Bible, des idoles de deux espèces, les imes de Jéhovab, les autres des autres dieux ; il est surtout question de celles-ci dans l'histoire du royaume d'Israël, II Rois, (liv. IV, pour nous), X, 29, XIII, 2, 11, XIV, 24. Ceci pourtant est faux; car il n'est question, dans les passages cités, que des veaux d or érigés par Jéroboam, et que Jahn prétend n'avoir été certainement que les images du vrad Dieu, c'est-à-dire de Jéhovah, contrairement au témoignage formel du III liv. des Rois, XIV, 9, où le prophète gourmande vivement Jéroboam, au nom du Seigneur, pour avoir érigé ces veaux; il ne les appelle point, comme le prétend Jahn, les images du vrai Dieu, mais bien des dieux étrangers et de fonte ; voici ses paroles : « Vous avez fait plus de D mal que tous ceux qui vous ont précédés , et vous vous êtes forgés des » dieux étrangers pour irriter ma colère... » Il faut maintenant se demander s'il ne vaut pas mieux s'en rapporter à l'Ecriture qu'à Jalm, qui affirme le contraire. Le mot idole, en hébreu, ainsi pris dans son sens propre, est exprimé par divers noms, qui parfois changent. Ainsi les mots effigie, images, sont des noms communs à toutes les idoles; mais ici il s'agit d'un nom propre à l'idole sculptée, etc., Jahn, Archœol. bibl., part. III, Archéol. sacrée, § 127, p. 481, éd. Vienne, 1805.
» cuite sont des esprits et des dieux. » Yoilà donc toujours et le polythéisme et l'idolâtrie proprement dits (1).
PROPOSITION m.
Le système des dualistes est absurde et insuffisant à expliquer
le principe du maL
Les monuments historiques les plus accrédités nous apprennent que le système du dualisme prit faveur chez les peuples de l'Orient, et surtout chez les Perses, dès l'antiquité la plus reculée (2) . Les basilidiens, les valentiniens, les carpocratiens, les cerdoniens et les marcionites, qui sont autant de branches gnostiques, tentèrent de faire passer ce système de la théologie orientale dans la doctrine chrétienne. Manès, le père des manichéens, qui avait été élevé dans la doctrine de Zoroastre (3), embrassa les dogmes des Perses sur la fin du troisième siècle, et il tenta de concilier les enseignements des mages avec la doctrine chrétienne; mais l'Eglise le repoussa aussitôt. Le manichéisme exista fort longtemps (4); mais tous les disciples de
(1) Les actes des martyrs font souvent mention de la pluralité des dieux, et c'était souvent aussi parce que les chrétiens refusaient de les adorer, qu'ils étaient condamnés à mort; nous n'en citerons ici qu'un exemple, choisi T^armi un grand nombre d'autres. Nous le tirons de YHist. ecclés. d'Eusèbe, -i.v. VII, chap. 11, édit. Valois, où il parle du martyre des saints Denis, Fauste, Maxime, Marcel et Chérémon. Voici ce que répondit Denis, lorsque Emilien cxx« exhorté les chrétiens à honorer les dieux : « Tous n'honorent pas tous ) les dieux; chacun honore ceux qu'il considère comme tels. Pour nous,
DUS adorons le Dieu seul qui a créé toutes choses, et qui a donné l'em-
» pire aux Auguste, Valérien et f^alien » Emilien ajouta encore : « Mais
» qui est-ce qui vous empêche d'adorer ce Dieu avec ceux qui le sont par » nature ? On vous ordonne d'honorer les dieux que tout le monde recon- » naît pour tels. » Voilà comment on admettait, d'après le sentiment commun, plusieurs dieux différents de nature, et comment on leur rendait im culte.
(2) Plutarque, traité d*Isiset d'Osiris, pag. 190.
(3) Voy. Bergier, Dict. théol., art. Manich.
(4) Ibid. Tout le monde sait que le manichéisme prit une grande extension au moyen-àge en Occident ; ses partisans prirent ensuite les noms d'albigeois, de henriciens, de pétrobruciens , de popUciniens, de cathares, etc.; bieo qu'ils semblassent avoir abandonné le principe fondamental des deux principes, ils soutenaient pourtant toujours les mêmes erreurs, soit sur l'incarnation, soit sur les sacrements; ils eurent la même aversion pour le culte des saints, de la croix et des images; ils eurent aussi la même haine qu'eux pour les docteurs de l'Eglise. Gomme c'est de ces sectaires que sont issus les protestants, qui les recounaissent pour leurs pères dans la foi, voilà pourquoi plusieurs d'entre eux se sont faits les patrons des mauichéens, et parmi eux se fait remarquer Beausobre, dans son Histoire critique de MaliicLée. On voit aussi par là quelle est la généalogie du protestiuitisme. Voyez
Manès ne s'attachèrent pas inébranlablement à ses principes ; ils se divisèrent en divers sentiments, comme cela se fait ordinairement parmi les hérétiques (1).
Bien que le dogme des deux principes soit l'erreur fonda< mentale de ces sectes, les uns pourtant l'expliquent d'uni manière et les autres d'une autre ; il a toujours existé entre elles une différence marquée, soit quant à l'origine et aux opé* rations, soit quant à la nature de ces êtres. Il y en avait parm: ces sectaires qui prétendaient qu'ils étaient improduits tous deux, et par conséquent éternels et indépendants l'un de l'autre ; d'autres, au contraire, affirmaient que le principe du mal avait été créé (2).
Bergier, pass. cit.; Alticotius, S. J., ouvr. intit. des Anciens et des nouveaux manichéens, chap. XI, p. 81. Tliéodoret rapporte aussi les erreurs de Manès dans son ouvrage intitulé Fables des hérétiques, liv. I, hérésie XXVI; saint Epiptiane le fait aussi, liv. Contre les hérésies, liv. II, hérésie LXVl, édit. Pétau; il y rapporte la doctrine impie de Manès, d'après les écrits d'Archélaûs, évèque de Mésopotamie, qui le réfuta si péremptoirement en face, que ce fourbe émérite dut prendre la fuite. Voy. les notes de Pétau sur la LXVI* hérésie. Laurent Zacagni rapporte la discussion d'Archélaûs avec Planés, dans sa Collection des monmnents, p. 1. Saint Augustin nous fait aussi connaître les dogmes des manichéens dans les livres qu'il a écrits contre eux, surtout dans ceux contre Fauste. C'est aussi ce que fait Tite de Bostre dans ses trois livres, qui se trouvent dans la Bibliothèque des Pères, tom. IV, p. 443, édit. de Lyon.
(1) Théodoret, dans le passage cité par Bergier, énumère plus de 72 sectes manichéennes opposées les unes aux autres.
(2) Il parait certain , tout bien examiné , que la plupart des anciens dualistes, sans en excepter les manichéens eux-mêmes, nominativement au moins, n'admirent qu'un seul dieu au lieu de deux, conformément à une tradition générale ; et c'est ce que constate et leurs professions religieuses et l'autorité des anciens. En effet, Fauste, comme on peut le voir dans saint Augustin (Contre Fauste, liv. XX, chap. 2), prétexte que les manichéens n'honorent qu'un seul Dieu : « Pour nous, dit-il, nous n'honorons qu'un seul » Dieu, sous la dénomination de Père tout-puissant, de Jésus-Christ son Fils, » et du Saint-Esprit. » Tite de Bostre (Bibliothèque des Pères, tom. IV, p. 297 ) confesse que les manichéens haïssaient le mauvais principe , bien qu'ils l'égalassent à Dieu. Voici ce qu'il écrit : « Manès ne place pas le mal » seul au même rang que Dieu , comme s'il voulait honorer ce qu'il hait. » Aussi saint Augustin ne reproche-t-il jamais aux manichéens d'adorer le mauvais principe, bien qu'il leur reprochât de faire un dieu du mauvais principe, lui accordant un pouvoir qui n'appartient qu'à Dieu seul; mais ce n'était là qu'une conséquence de ce qu'ils disent. Il ne paraît même pas que les manichéens, d'après la haute idée qu'ils s'étaient faite de la divinité, en soient venus à admettre deux principes. Ils avaient, en effet, horreur d'attribuer, soit médiatement, soit immédiatement, le principe du mal à Dieu; aussi imaginèrent-ils un principe autre que Dieu pour le lui attribuer C'est ee qu'atteste saiut Epiphane , hérésie LXVI ; de même que saint Jérôme ( Commentaire sur Nahum, c, 5). Voici ses paroles: « Manès, pour ne pas imputer » à Dieu te sort des méchants, a attribué le mal à un autre principe. » C'est
Mais enfin, quel qu'ait été la parenté de leur doctrine, qui maintenant est enveloppée des plus profondes ténèbres, il est facile, dans l'une et l'autre hypothèse, de réfuter leur système.
En effet, d'après ce que nous avons dit dans la proposition, 1 . la notion de Dieu veut absolument qu'il soit un et seul ; mai* si on admet deux principes incréés et indépendants, ils sont par conséquent nécessaires et éternels, et l'un serait le principe de tout le bien qui existe, et l'autre celui de tous les maux qid peuplent la terre, et on détruit par ce moyen la notion de Dieu ; 2 . le système des deux principes indépendants l'un de l'autre est également en opposition avec cette même notion de Dieu, car ils seraient tous deux égaux, et ils ne seraient souverains ni l'un ni l'autre, et par conséquent ils ne seraient dieux ni l'un ni l'autre; 3. si ces deux principes étaient nécessaires et absolus, ils jouiraient du même pouvoir, et, dans ce conflit, ils ne produiraient rien. Nous passerons ici sous silence les autres absurdités qui découlent de cette hypothèse, et que les Pères de l'Eglise faisaient valoir contre les hérétiques dont nous avons parlé (1). Nous savons par la révélation qu'il n'y a qu'un seul Dieu, qui est le principe et le créateur de toutes choses, et c'est à lui que les Ecritures attribuent tous les maux physiques, comme on le lit (Deut., XXXII, 39) : a Voyez que » je suis seul; il n'y a pas d'autre Dieu que moi; je donnerai » la mort et je ferai vivre; je frapperai et je guérirai; » et (Isaïe, XL Y, 6, 7) : « Je suis le Seigneur, et il n'y en a pas » d'autre ; je forme la lumière et je crée les ténèbres; je fais la » paix et je crée le mal ; je suis le Seigneur qui fais toutes ces )) choses là; » (Tobie, XIII, 2) : « Parce que vous flagellez » et que vous rendez la santé, que vous faites mourir et que » vous rendez à la vie. » Quant au mal moral, il vient de la créature qui s'écarte de la loi et de la règle des mœurs.
Et si on soutient que le principe du mal a été créé, qu'il est dépendant, il est par conséquent soumis au Dieu bon, et il ne peut agir qu'autant que Dieu le lui permet, ce qui ruine le système des duahstes. J'ajoute que ce système absurde a eu
.jQSsi ce que dit Tite de Bostre, pass. cit.; on trouve absolument la même chose dans les écrits de saint Irénée et de Tertullien contre les valentiniens et les marcionites. Et nous en concluons que les novateurs modernes sont de pire espèce que les gnostiques et les manichéens, qui refusèrent de regarder Dieu comme l'auteur du mal.
(1) Voy. saint Epiphane, pass. cit., et saint Aug., tona. VIII, édit. Bénéd.
pour principe Tignorance de la vraie philosophie, et surtout de la physique. La vérité de la seconde partie de notre proposition découle donc nécessairement des raisons que nous venons de donner en faveur de la première ; le système des dualistes est donc insuffisant et inutile pour expliquer l'origine du mal. Eï* effet, ceci une fois établi, comme ces deux principes agiraierf en vertu d'une nécessité naturelle, il serait impossible de dire pourquoi il y a tant de bien et tant de mal, et qu'ils diffèrent tant, et par le nombre et par les degrés divers qu'ils atteignent, si ces principes opposés agissaient avec une égale puissance et une égale force ; si, au contraire, l'un l'emportait sur l'autre, il n'y aurait plus alors que des biens ou des maux, à moins que nous ne prétendions que la distribution des biens et des maux ne soit tempérée en vertu d'une alliance préalable, en vertu de laquelle les biens et les maux résultent et découlent en nombre égal de ces deux principes, ce qui est tout-à-fait ridicule et absurde pour les choses que l'on suppose être le résultat d'une nécessité naturelle.
Mais, en outre, les progrès des sciences physicpies nous prouvent l'inutilité de ce double principe; il n'est d'ailleurs que le résultat de l'ignorance de ces mêmes sciences; car il n'est personne aujourd'hui, pour peu qu'il ait étudié ces mêmes sciences, qui ne sache que les phénomènes sont le résultat de l'unité et de la simplicité de ces mêmes lois physiques, de sorte que la puissance par laquelle une de ces lois produit un effet qui nous est avantageux, cette puissance fait qu'elle produit aussi un résultat qui nous est contraire (1). Donc il n'y a, en dernière analyse, qu'un seul et même principe, et ce principe est physique, des phénomènes que nous qualifions de bons et de mauvais par rapport à nous.
Voilà pour les biens et les maux physiques. Quant aux mau:s et aux biens moraux, comme nous l'avons déjà observé, ils ne viennent que d'un bon ou d'un mauvais usage de la liberté, et s'il ne s'agit spécialement que du mal, il vient d'un mal métaphysicpie naturel à la créature, qui fait qu'elle est ren-
(1) V. G. La chaleur est nécessaire et à la vie des êtres animés et à celle des piantos; souvent, cependant, elle produit des sensations désagréables et incommodes. L'évaporation est l'effet de la chaleur, et c'est de l'évaporation que viennent les pluies, les rosées, les fontaines, etc.; mais elle produit aussi la grêle, les inondations, etc. On peut en dire autant des effets de rélectricitô et des affinités chimiques, etc.
fermée dans certaines bornes, ce qui fait aussi qu'elle peut dévier et s'écarter de la loi qui lui est prescrite (1).
Donc, comme le système des dualistes répugne sous tous les rapports, comme il est absolument insuffisant pour expliquer le mal dans son origine, qu'il est tout-à-fait inutile, il s'ensuit que toutes les difficultés que font nos adversaires, surtout Bayle, contre la permission du mal, ne prouvent tout au plus qu'une chose, c'est que notre esprit est renfermé dans une sphère trèsrétrécie, qui ne lui permet pas de savoir la raison pour laquelle Dieu, malgré sa bonté infinie, a voulu constituer l'univers de manière qu'on y remarque tant de maux physiques et moraux. Pour nous, nous en concluons que Dieu a pu agir de la sorte sans blesser ni sa bonté, ni sa sainteté, ni sa justice. Car, d'un côté, la notion que nous avons de Dieu, et qui nous le fait regarder comme un être infiniment saint, infiniment puissant, d'une bonté sans borne, serait détruite si nous supposions qu'il a pu ou qu'il peut vouloir ou permettre quelque chose qui répugne à sa souveraine bonté et à sa souveraine sainteté, etc.; d'un autre côté, il faut donc conclure que tant de maux, soit physiques, soit moraux, que nous éprouvons, qui nous accablent, ne répugnent pas à la bonté de Dieu, qu'il peut les vouloir et les permettre, bien que nous ne sachions pas comment ces deux choses se concilient entre elles.
Il faut, en outre, pour réfuter les sophismes de Bayle, ne
(1) Le mal métaphysique est la privation d'une perfection qui n'est pas due à la nature d'im être (Suarez, Métaph., diss. XI, sect. IV, n. 3). Cet auteur observe, au même endroit, que cette acception du mal est tout-à-iait impropre, et que les Pères et les philosophes ne s'étaient point occupés, jusqu'au temps où il vivait, de ce mal , parce qu'ils avaient fait observer que, dans le langage ordinaù-e , on ne dit pas d'une chose qu'elle est mauvaise par là même qu'elle manque d'une perfection quelconque. Car telle est la condition de toute nature créée , mais par le fait même qu'il lui manque une perfection qu'elle pourrait avoir. « Quel est, dit saint Thomas ( I part., quest. i> XLVllI, art. 3), celui qui oserait dire qu'une chose est mauvaise, parce » qu'elle n'a pas ce qui est bon dans une autre; comme, que l'homme est » mauvais, parce qu'il n'a pas la force du lion ? » Wolf démontre abondamment que l'on ne peut rien conclure de ce mal contre la bonté de Dieu (Manich., sect. III, n. IG, p. 379 ). C'est ce que confirme Leibnitz (Essai de Théodicée, part. 1, n. 21, p. 132); il a été suivi par Ant. Gcnuensis (Eiém. métaph., part. 111, c. 4, prop. 25). Wolf l'appelle, dans le passage que nous avons cité, un mal métaphysique; mais King (Orig. du mal, chap. 2, n. 20) et Mosheim ( Notes sur Gudworlh, c. 4, § 13 ) l'appellont un mal d'imperfection. Hooke ( Prmc. relig. nat., tom. I, sect. 1, art. 2) l'appelle un mal de défaut. D'autres, enfin, l'appellent une imperfection négative. Voyez encore Spagni, ouv. inlit. du Bien, du Mal et du Beau, Rome, 1766, du Mal, sect. 1,. art. 3.
jamais perdre de vue deux choses : 1 . c'est que Dieu n*est pas tenu de faire ce qui est le plus parfait, car autrement il ne serait pas libre, et il eût été obligé de placer également toutes ses créatures dans un état de béatitude et de félicité souveraine, ce qui est absurde. Mais s'il n'est pas tenu d'élever ses créatures à ce degré souverain de félicité et de bonheur, il n'y a pas de raison pour cpi*il doive les placer dans un degré de perfection plutôt que dans un autre, puisque, pour lui, quel que soit le degré qu'il occupe, il peut toujours en occuper un plus élevé (1) que celui qu'elle a atteint déjà. Aussi, par le fait même que ces degrés sont indéfinis, et que Dieu n'est pas obligé à ce qu'il y a de plus parfait, sa liberté est telle qu'il peut, si je puis ainsi m'exprimer, s'arrêter à quel degré de l'échelle il voudra.
2. Nous devons nous rappeler encore que, pour juger de ce que Dieu est tenu de faire, nous ne devons ni ne pouvons prendre pour règle ce à quoi est tenue la créature, qui est circonscrite dans des bornes déterminées; car, parfois, on (2) »e doit pas considérer la créature comme bonne si elle ne fait pas à une autre créature tout le bien qu'elle peut lui faire, surtout si elle y est obligée par une loi particulière ou en vertu d'une obligation naturelle, comme sont, par exemple, tous ceux qui sont obligés de pourvoir aux besoins des autres, soit en vertu d'un droit naturel ou d'une loi positive, tels que tous les administrateurs particuliers. Car Dieu, en tant qu'infiniment bon et tout-puissant, n'est pas astreint à faire tout le bien qu'il est en sa puissance de faire, à moins que nous ne veuilUons admettre l'absurdité que nous avons déjà signalée, savoir, V optimisme absolu, qui mettrait des bornes à sa puissance infinie, bornes qu'il ne pourrait dépasser lui-même. En outre, comme Dieu est chargé de pourvoir à tout, il peut per-
(1) Alex. Zorzi a très-clairement exposé cette doctrine dans l'introduction de la nouvelle Encyclopédie italienne, Sienne, 1679, art. Liberté, n. 20, 21, 22, 23, On pourra, pour plus amples renseignements, consulter cet ouvrage, car il n'est pas possible de tout citer dans des notes. N. T.
(2) J'ai dit parfois, car il ne paraît pas que l'on puisse admettre le principe absolu de Bergier, qui établit ou qui donne comme une chose certaine qu'il ne faut pas regarder comme bonne la créature qui ne fait pas à une autre créature tout le bien qu'elle peut lui faire. Comme il n'est pas do loi, soit positive, soit naturelle, d'après laquelle ou soit tenu de faire à autrui tout le bien qu'on peut, je ne vois pas comment quelqu'un serait appelé méchant s'il ne faisait pas tout le bien qu'il peut faire à autrui. Et si l'homme n'est pas tenu à ce qui est le meilleur, Dieu y est bien moins tenu encore.
mettre des défectuosités dans certaines parties pour l'intérêt général de Tunivers (1).
n y a encore ici une différence immense entre la créature et Dieu, car Dieu peut tirer le bien du mal, ce que ne peut pas faire la simple créature; ce qui a donné lieu à cette magnifique parole de saint Augustin : « Il a mieux aimé (Dieu) tirer le » bien du mal que de ne pas permettre le mal (2). »
Si on ne perd pas de vue ces choses là, il sera facile de répondre aux objections de nos adversaires, et de les réfuter une aune.
Objections.
I. Obj. tirée des anciens dualistes : Les divines Ecritures elles-mêmes reconnaissent un principe quelconque souverain et éternel du mal. 1 . Yoilà ce que dit Amos, III, 6 : « Arri- » vera-t-il quelque mal dans la ville qui ne vienne pas du » Seigneur. » 2. On lit dans l'Ecclésiastique, XXXIII, 15 :
« Le bien est contraire au mal vous les trouverez deux à
» deux, l'un contre l'autre; » on y lit encore, XLII, 25 : « Tout est double, l'un contre l'autre; » ce qui fait 3. dire à Jésus-Christ dans saint Jean, XII, 31 : «Maintenant, le prince » de ce monde sera expulsé ; » et saint Paul dit aussi, II Cor., rV, 4 : ((Le Dieu de ce siècle a aveuglé l'esprit des infidèles. » Donc :
Rép. \. N, A, Car l'Ecriture tout entière tend à inculquer le monothéisme absolu. Je réponds, au premier passage cité, qu'Amos parle ici du mal du châtiment, comme l'interprète saint Augustin (3), et le contexte comme le but que se propose le prophète le prouvent aussi ; ce but, c'est de blâmer les Hébreux des crimes dont ils se sont rendus coupables, et pour lesquels il leur prédit que Dieu leur infligerait les châtiments et les maux dont ils étaient accablés.
Rép, 2. Les textes de l'Ecclésiastique que l'on nous objecte
(1) André Spaqni expose longuement dans quel sens le monde actuel est très-bon, Dissert, sur le monde, prop. III, sect. 1, m-4, Rome, 1770. Voyea saint Thomas, p. 1, quest. XXil, art. 2.
(2) Catéchisme, chap. 27.
(3) Liv. contre le munich. Adimante, c. 26. ((Il faut entendre ici, par mafc » non pas le péché , mais le cliàtimf:nt. Il y a deux espèces de maux : cel%, » que l'homme fait, et celui qu'il éprouve. Celui qu'il fait, c'est le péché; » celui qu'il endure, c'est le châtiment... Ainsi, l'homme fait le mal qu'il » veut pour éprouver le mal qu'il ne veut pas. »
PREJnÈRE PARTIE. CHAP. II. 411
ne se rapportent qu'au mélange de biens et de maux qui peuplent cette terre, et dont est aussi composée, pour ainsi dire, la vie de l'homme, biens et maux qui procèdent de la nature même des choses ou de la condition des créatures qui sont renfermées dans des limites déterminées, et qui peuvent être, comme nous l'avons dit, relativement hormis ou mauvaises (1).
Rép. 3. D. C'est-à-dire le démon que Jésus-Christ est venu combattre , et qui aveugle les infidèles par ses insinuations et éloigne de la vérité ceux qui sont peu disposés à l'accepter, C. le prince et le dieu de ce monde proprement dit, N, « Le diable, y> dit saint Thomas (2), est appelé le dieu du siècle présent, non » pas qu'il l'ait créé, mais parce que ceux qui vivent selon le » siècle sont ses serviteurs, » et c'est dans ce sens que parle l'Apôtre (Philip., III) : « Leur ventre est leur dieu. »
II. Obj. Si on n'admet qu'un seul dieu bon, il n'est pas possible d'expliquer l'existence du mal moral, car, 1 . si Dieu est bon, il n'aurait pas dû accorder à ses créatures une hberté dont il savait qu'elles abuseraient, et qui entraînerait, par contre, leur ruine temporelle et éternelle, et qui serait aussi pour lui la cause d'un si grand déshonneur, puisque le péché est ce qui le déshonore le plus ; 2 . il aurait du au moins prémunir de grâces assez abondantes les créatures raisonnables pour que, par ce moyen, elles fussent et libres et exemptes de péché;
3. l'idée d'un dieu bon, souverainement bon, est une espèce de piège qui ne nous permet pas de comprendre comment ce dieu, qui peut préserver sa créature de toutes espèces de maux, non- seulement ne l'en préserve pas, mais permet même qu'elle succombe sous le poids des maux et temporels et éternels;
4. si on nous dit que Dieu, en créant les créatures libres, ne s'est pas proposé pour fin leur bien particulier, mais bien sa propre gloire, qui trouve un accroissement dans la permission du mal moral, parce qu'il provoque l'exercice de ses attributs, surtout de sa miséricorde et de sa justice, nous répondrons que ce subterfuge trouve sa réfutation dans les raisons suivantes : soit a) parce qu'il est indigne d'un dieu bon de chercher sa gloire au détriment de tant de créatures; soit b) parce qu'il pour-'
(1) Voy. Tertiillien, Contre Marcion, liv. II, c. XIV: « Ces châtiments sont » mauvais, dit-il, pour ceux qui les endurent, mais ils sont réellement bons » en tant qu'ils protègent ce qui est juste et bon, qu'ils sont les ennemis du » péché , et qu'ils rentrent dans les vues de Dieu. » Il poursuit énergiquement la même doctrine dans les chapitres suivants.
(2) 1 p., q. LXV, art. 1.
rait tirer une aussi grande, même une bien plus grande gloire du bonheur de ces mêmes créatures, en leur apprenant ce qui aurait pu leur arriver s'il, eût établi un tout autre ordre de choses; soit c) enfin parce qu'il n'est pas possible d'admettre que Dieu leur ait accordé la liberté avec la prévision qu'elles en abuseraient, sans le considérer comme l'auteur indirect et éloigné du mal, dont il a lui-même posé la cause, déficiente; de même que l'on considérerait un père comme l'auteur de la mort de son fils, s'il lui donnait un glaive avec la prévision ou même avec la probabilité qu'il en abuserait ; de même qu'une mère serait coupable de la séduction de sa fille, si elle la conduisait au bal, prévoyant qu'elle y serait séduite. Or, il en est ainsi dans le cas présent (1). Donc :
Rép. N. A, Et cette négation trouve sa raison d'être dans les preuves que nous avons précédemment données. Il suffit, en effet, pour expliquer l'existence du mal moral, de supposer la défectuosité de la créature intelligente ; or, comme il n'y a pas une seule créature dont la perfection soit infinie, il s'ensuit nécessairement que toutes emportent avec elles le mal métaphysique, qui consiste dans la délimitation elle-même de la créature. Mais il suit de cette limitation que la créature raisonnable, quelle qu'elle soit, peut errer par l^ntelligence et pécher par la volonté, ce qui fait qu'il lui fallait une règle de morale certaine pour atteindre son but d'une manière sûre. Mais comme les créatures raisonnables sont essentiellement intelligentes, elles sont aussi essentiellement libres, et peuvent par conséquent transgresser la règle de vie que Dieu leur a donnée dans sa bonté. Mais c'est là le mal moral. Le mal moral ne vient donc que de la créature libre, et il ne lui faut, pour exister, qu'une cause déficiente, ou défectible et bornée. La controverse se réduit donc tout entière à ceci : Dieu a-t-il pu créer une créature intelligente et bornée, et sa bonté exige-t-elle de lui qu'il lui accorde un secours extérieur tel qu'elle ne puisse pas faire de chute? Nous aifîrmons le premier de ces points, et nous nions le second. Nous affirmons le premier, car rien ne s'oppose à ce que Dieu, qui est infiniment bon, ne puisse faire ce qui ne répugne pas et qui est bon en soi, et ce que demandent à la fois et la notion et la condition de la créature. Nous nions
(1) Baylf; , Dictionnaire , c-rt. Panlicicns. 11 réchauffe les mêmes difficulté» "dans les articles Manichéens, Oriyène, Marcionites,
Tautre point, parce que le Dieu souverainement bon n'est astreint par aucune loi à accorder un bien extrinsèque quelconque, et que ne demandent ni la condition ni la notion de la créature. Si, par conséquent, Dieu accorde un bien de ce genre, il le fait par un pur acte de sa libéralité ; il n'y est, par conséquent, nullement obligé, et il peut avoir divers degrés, comme le prouve l'idée de libéralité elle-même. Mais passons à chaque preuve particulière.
Rép. 1. N. Les raisons que nous avons précédemment apportées prouvent qu'il n'en est pas ainsi, puisqu'il s'agit d'une chose bonne en elle-même, et du bon usage de laquelle la créature peut toujours acquérir une félicité ultérieure. Ce n'est pas parce que Dieu prévoit que l'on abusera accidentellement de ses dons, que l'abus les rendra funestes, qu'il doit ne pas les accorder. La honte et le déshonneur qui en résultent viennent de la créature ; aussi Dieu a-t-il décrété, pour les réparer, des châtiments soit temporels, soit éternels.
Rép. 2. N. Comme le prouve ce que nous avons dit, Dieu aurait pu le faire s'il l'avait voulu, mais il n'y était pas tenu, comme le prétendent nos adversaires sans le prouver ; autrement ils prouveraient qu'il eiit été du devoir de Dieu de placer immédiatement toutes les créatures intelligentes dans un degré souverain de félicité et de bonheur, et il ne lui eût pas été possible de les tirer du néant, sous tout autre prétexte, ce qui est absurde. J'ai dit il aurait dû les placer dans un degré suprême de bonheur ; car, comme le mal est un défaut de bien ultérieur, ainsi que nous l'avons vu, le degré inférieur de félicité sera toujours, quel que nous le supposions, un mal par rapport au degré supérieur que les créatures pourront atteindre par la suite.
Rép. 3. iV. Car cette idée n'est qu'une idée postérieure et prise de nous-mêmes, qui vient de l'amour que nous éprouvons pour notre personne, que nous transportons à Dieu, et qui fait que nous nous considérons comme le centre vers lequel tout doit converger. Mais que nous importe de ne pas pouvoir comprendre comment Dieu, cpii est bon par nature et par essence, ainsi cpie la raison nous l'apprend, puisse permettre et ne détourne pas de nous les maux sans nombre qui nous accablent? D nous suffit d'établir que cela ne répugne pas, et c'est ce que nous pouvons faire, soit a priori, soit a posteriori, selon leur manière de parler. Si nous avons fait ici-bas cequ'il était en
notre pouvoir de faire, avec le secours de la grâce divine, nous verrons un jour clairement ce que nous ne voyons maintenant que comme en énigme et à travers un miroir.
Rép. 4. Je réponds que nous ne sommes point obligés de donner cette raison plutôt qu'une autre à l'ordre de providence que Dieu a adopté de préférence à tout autre ; il peut se faire que ce soit celle-là; il peut y en avoir d'autres que nous ne con* naissons pas; il peut aussi y en avoir plusieurs. Il y a une chose^ que tout le monde peut tenir pour certaine et fondée, c'est qu^ Dieu, qui est infiniment sage, infiniment saint, s'est proposé une fin digne de lui lorsqu'il a établi cet ordre de préférence à une foule d'autres qui étaient à sa disposition; mais, quelles sont ces fins? Nous ne pouvons les déterminer que conjecturalement, et, comme on dit, par convenance, bien qu'enfin toutes tournent à sa gloire, dont il ne peut pas se départir lui-même, puisqu'il est la fin suprême de toutes choses (1).
On ne peut pourtant pas en conclure, comme le font d'abord nos adversaires «), quil est indigne de Dieu de chercher sa gloire au détiiment de tant de créatures. Car Dieu, dans cette hypothèse, ne cherche pas sa gloire simplement au détriment de ses créatures; mais en supposant la méchanceté de ces mêmes créatures, qu'il n'est pas tenu d'empêcher^ il en tire sa gloire.
(1) Ceux qui ont combattu Bayle n'ont pas tous procédé de la même manière; et, parmi ses adversaires, on remarque surtout Kiug , archevêque de Dublin, Jacquelot, Laplace, Leibnitz, Leclerc, P. Mallebranche. On peut voir leurs divers systèmes dans Bergier, Dict. théoL, art. Manichéisme. André Spagni observe avec justesse, ouv. cit., du Mal, diss. II, sect. VIII, n. 129, qu'il n'est pas possible de découvrir la raison ou les raisons spéciales et déterminées pour lesquelles Dieu permet le péché. Saint Augustin, lui aussi, après avoir cherché cette raison, avoue qu'elle est au-dessus de l'intelligence, s'écriant: « Je ne puis pénétrer la profondeur de son conseil. J'avoue qu'il dépasse de » beaucoup mes forces (Expl. litt. de la Gen., liv. XI, c. 4, n. 6). 11 fait le même aveu en plusieurs autres endroits (lett. à Paulin, 149, et encore 69, n. 18; Expl. litt. de la Gen., liv. XI, c. 11, du Don de persévérance, c. 10). C'est aussi ce qu'ont avoué un petit nombre d'hérétiques cités et suivis par Jean-Christ. Wolf, Manich., sect. III, n. 20; ainsi que les nôtres, Michel d4 Elizalde, S. J.; Alphonse de Sarasa, S. J., Art de se toujours réjouir, tom. I, traité VI, et plusieurs autres. Aussi, ce qu'il y a de mieux à faire ici, c'esâ d'adopter cet adage de Scaliger : « Vouloir ignorer ce qu'un maître savant » ne veut pas enseigner, c'est là une savante ignorance. » Si on voulait en donner des raisons déterminées, comme on a la coutume de le faire , elles ne sont point adéquates, elles ne sont que partielles, ou plutôt elles ne sont que probables, comme le dit Bellarmin (de la Grâce perdue, liv. 111, chap. 2). Spagni les examine soigneusement les unes après les autres, ouv. cit., n. 130 et suiv., et il démontre qu'elles ne sont adéquates, ni celles données par les anciens, ni celles mises en avant par les écrivains modernes.
PREmèRE PARTIE. CHAP. H. 145
n ne faut pas en tirer, secondement, la conséquence qu'ils en tirent b) , parce qu'il ne nous appartient pas de juger de ce qui augmente le plus la gloire de Dieu ; car nous ignorons complètement si la gloire de Dieu eût été plus grande dans ce système que dans un autre. C'est une chose que Dieu sait beaucoup mieux que nous.
Il ne faut pas en concluie, troisièmement, enfin c), ce qu'ils en concluent, parce que celui-là seul participe au crime qui ne l'empêche pas quand il le peut et qu'il le doit. Tel est celui qui en est spécialement chargé ; mais il n'en est pas ainsi de Dieu, qui est chargé de pourvoir à tout, et qui peut souffrir, d'après ce que nous avons dit, quelques défauts chez les particuliers, dans l'intérêt général, comme l'avait déjà judicieusement observé saint Thomas après saint Augustin (1). On voit par conséquent par là ce qu'il faut répondre aux exemples d'un père, d'une mère, d'un magistrat, etc., et une foule d'autres, imaginés par l'esprit pointilleux de Bayle , sous lesquels est toujours caché le même sophisme. Ce sophisme consiste en ce qu'il conclut que celui qui est obligé de pourvoir à tout est tenu d'observer les mêmes lois que celui qui n'est chargé que de pourvoir à une seule chose, et qui y est astreint par les lois morales ; le premier, qui est doué d'une bonté et d'une puissance infinies, n'est pas tenu à tout ce qu'il peut (2).
Inst. Dieu n'a pu créer les créatures raisonnables que pour le bonheur. Donc, quoiqu'il ne soit pas absolument obligé de
(1) Voy. saint Thomas, I p., qiiest. XXlï, art 2 : « Il n'en est pas, dit-il, de » celui qui est chargé d'une chose particulière comme de celui qui est chargé » du tout; parce que celui qui ne pourvoit qu'à une seule chose, met tous » ses soins à ce que rien ne manque ; mais celui qui pourvoit à tout, permet » quelques défauts particuliers, pour ne pas empêcher le bien général, etc. »
(2) Pictet (Contre l'indifférence, c. X, p. 134), fait observer que ces permissions du père et du roi, etc., que l'on nous cite, reposent sur un motif ultérieur et principal , qui est certainement vicieux , et qui n'est que postérieur à l'effet, ou qu'ils sont hnprudents, puisque ni l'un ni l'autre ne peut savoit si le remède produira l'heureux effet qu'on en attend; mais le roi qui per< mettrait le crime poiur avoir une occasion d'exercer la justice, serait certain nement un homme cruel. Mais Dieu, dont la sainteté est infinie, n'a que def fins tout-à-fait saintes et dignes de lui ; car, bien qu'il punisse les méchants^ Une leur permet pas d'être méchants pour les punir; tout est en son pouvoir, il peut même tirer le bien du mal. C'est là avouer, comme l'observe Spagni, n. 135, que les raisons que l'on donne de la permission du péché ne sont pas adéquates, mais qu'il en est pourtant quelques-unes qui se présentent à l'esprit d'une manière assez opportune, et que la bonté de Dieu n'est pas son seul attribut, qu'il n'a pas seulement créé le monde pour la manifester aux créatures intelligentes , ce que pourtant noti e adversaire parait souvent supposer sans raison.
les préserver de toutes espèces de maux, il y est au moins hîjpothétiqitement tenu, puisqu'il ne peut pas autrement atteindre son but.
Rép, D. C'est-à-dire, Dieu les a créés pour la félicité, maiî elles doivent y arriver par le bon usage des dons dont- il les ^ comblées, C. elles doivent y arriver par quelque moyen qu( ce soit, N. Dans l'intention de Dieu, les créatures raisonnables ont été créées pour le bonheur, et, par conséquent, il leur a donné des moyens, soit naturels, soit surnaturels, qui doivent les y conduire si elles en font un bon usage et qu'elles veuillent y arriver; mais si elles en abusent pour leur malheur, ce n'est pas à Dieu, mais bien à elles seules qu'elles doivent imputer leur malheur. Mais nous traiterons cette question plus tard.
m. ObJ. 1. La raison des contraires est la même; donc, si le souverain bien est la cause de tout bien, le souverain mal est aussi la cause de tout mal; 2. un mauvais effet ne peut pas être le résultat d'une bonne cause, non plus qu'un bon effet ne peut être le résultat d'une mauvaise cause; de là, 3. comme le bien et le mieux se disent relativement au très-bon, le mal et le pire se disent aussi relativement au très-mal; 4. enfin, comme le bien et le mal sont tels par participation, on doit les rapporter l'un et l'autre à ce qui est tel par essence, et à la nature duquel ils participent. Donc :
Eep. 1. Z). Dans les choses qui sont contraires par une oi^i^osïiïon positive, G. dans celles qui ne le sont que par une opposition 7iégative ou p)rivative, iV. De ce que le soleil est nécessaire pour illuminer l'air, il ne s'ensuit pas qu'il faille une cause semblable et opposée pour produire les ténèbres, qui ne sont qu'une absence, une privation de lumière. Ainsi, comme le mal n'est que la privation du bien, et que cette privation n'est que négative, elle ne demande par conséquent qu'une cause finie et imparfaite, qui puisse s'écarter de l'ordre établi, et le mal est si inhérent au bien, qu'il ne peut pas exister, qu'on ne peut pas le comprendre sans le bien.
Rép, 2. D. Il ne peut pas être le résultat d'une cause bonne m tant qu'elle est bonne, C. en tant qu'elle s'écarte du bien, comme nous l'avons dit, iV. Et je nie aussi la parité, vu que l'effet bon est positif.
Rép, 3. D, Mais, pour une autre raison, C. pour la même, iV. Le bien et le nueux se disent, par rapport au très-bon, ^er
accessiim, et le mal et le pire se disent j^^er recessiim^ ou éloignement, à savoir du bon et du très-bon.
Rép. 4. Z). Le bien est tel par participation, C. le mal l'est, N. Le mal ne se dit pas ^dx participation, mais bien par privation DU négation du bien, ainsi que nous l'avons observé (1).