CHAPITRE m
DE l'essence de DIEU ET DE SES PERFECTIONS EN GÉNÉRAL.
n n'est pas difHcile de démontrer que Dieu existe, qu'il est xm; mais il est absolument impossible de définir, d'expliquer ce qu'il est, quelle est sa nature ou son essence, et sa condition propre. Aussi a-t-on généralement admis cet adage de saint Augustin, auquel souscrivirent les Pères : « Dieu est ineffable. y> Il est plus facile de dire ce que Dieu n'est pas que ce qu'il » est (2). ))
(1) Voy. saint Thomas, 1 p., q. XLIX, art. 3, à la 3 : « Le bien, dit-il, se » considère d'après le terme parfait où il conduit, et la privation en tant » qu'elle éloigne du terme. Ainsi le mal ne se dit pas parce qu'il conduit au » plus grand mal; comme le bien et le mieux se disent en tant qu'ils conduisent » au souverain bien. »
(2) Explic. Ps. LXXXV, n. 12. Voyez Pétau : de Dieu, liv. 1, c. 5; il rapporte que , d'après saint Edmond de Cantorbéry (liv. intit. le Miroir, c. 27), nous avons quatre manières ou moyens de connaître Dieu; deux de ces moyens sont internes , et deux sont externes. Les deux premiers sont la ré vélation et la raison : il y a révélation lorsque les hommes sont instruits, soit par des inspirations secrètes, soit par des miracles ; et on connaît Dieu par la raison quand on emploie les arguments pour arriver à cette connaissance. Les moyens extérieiu-s sont de deux espèces : ce sont l'écriture et la créature. Les anciens admettaient aussi çà et là deux espèces de théologies, c'est-àdire deux manières de discuter sur la divinité elle-même ; l'une était symbolique et mystérieuse, l'autre démonstrative. La première est celle qui contient, sous certaines descriptions figurées, certaines images appelées symboles. la signification des choses les plus cachées ou les plus mystérieuses, comme lorsqu'on donne à Dieu un sein, un cœur, des mains, des yeux. La seconde est celle qui affirme ou nie réellement, et non pas au figuré, quelque chose de Dieu, comme lorsque nous disons qu'il est bon et sage, ou qu'il est infini et invisible. J'ai jugé à propos de faire ici ces observations sur la manière d'agir des anciens, pour faire remarquer combien s'éloignent d'eux, 1» ces nouveaux écrivains, qui pensent que nous ne pouvons euriver à la connaissance de Dieu que par la révélation ; nous avons parlé d'eux précédemment. 20 Ceux qui pensent que , dans l'état de nature pure , c'est-à-dire en dehors de la révélation, les hommes sont dans l'impossibilité d'acr^érir la connaissance de Dieu; et cette doctrine est répandue çà et là en Allemagne. 3« Qu'il en est qui abusent de ce mot révélation, employé quelquefois par les anciens, lorsqu'ils parlent de la connaissance de Dieu, et que les écrivains modeiiiea
Par conséquent, lorsque les théologiens dissertent sur l'essence de Dieu, ils ne le font que dans les bornes de l'intelligence humaine, c'est-à-dire en tant que l'esprit humain peut le concevoir, sans cherchera pénétrer ce qu'il est en lui-même. On donne le nom de perfections, de noms, d'attributs, aux qualités qui sont nécessairement inhérentes à Dieu, et qui, autant que notre esprit le conçoit, découlent en quelque sorte de son essence, et perfectionnent et modifient pour ainsi dire cette essence dans sa constitution préalable.
Mais comme Dieu est un océan infini de perfections, qu'il est très-simple en lui-même, et que, comme nous le verrons, il ne peut être saisi par l'esprit fini que par des conceptions particulières, lorsque les théologiens agitent cette question , quel est le constitutif métaphysique de Dieu, on doit entendre par là la raison et l'ordre avec lesquels l'esprit doit procéder dans la série des perfections divines ou des attributs, et dans la recherche d'une perfection de ce genre, qui peut être considérée comme le principe et la source des autres perfections, ou encore, si on le veut, comme le fondement et la base qui régit et sustente les autres, et qui distingue surtout Dieu des autres êtres, et qui, par conséquent, constitue l'essence même de Dieu.
Par essence, on entend ce qui se conçoit d'abord dans ua être, et c'est ce qui est la source et le principe des propriétés de ce même être ; c'est ce qui distingue absolument cet être de tous les autres êtres, ou ce qui constitue proprement son existence.
Les théologiens se partagent sur ce point en quatre opinions principales : la première est celle des nominaux, et d'après lesquels l'essence de Dieu consiste dans l'ensemble de toutes les perfections (1) ; la seconde est celle de ceux qui prétendent qu'il faut placer l'essence dans l'infinité radicale, ou dan? ï exigence de toutes les perfections (2); la troisième est celle d'un petit nombre de thomistes qui pensent qu'elle est située
prennent dans un tout autre sens lorsqu'ils s'en servent. 4» Il faut en dire autant de la connaissance symbolique de Dieu, que les anciens entendaient dans on sens tout différent de celui dans lequel l'entendent certains écrivains de nos jours, qui cherchent à s'en faire un abri où se cacher. Voy. Estius, sur les Sentences, liv. I, dist. 5, § 6.
(1) Guillaume Occam est leur chef. On peut consulter à ce sujet Feller, Dict. hist.
(2) Cette opiiiion a été soutenue, en diverses circonstances, par les sco-^ ti&tes.
PRE^nÈRE PARTIE. CHAP. IH. 449
dans tintellection actuelle, ou, comme le prétendent les autres, dans tintellection radicale (1); la quatrième, enfin, qui est celle des autres thomistes, et qui est généralement admise des théologiens, place l'essence dans l'esse a se, ou l'être par soi (ou raséité, comme ils l'appellent), ou, pour nous exprimer plus clairement encore, dans l'existence par soi, dans l'existence nécessaire, ou dans la nécessité d'être.
Comme nous ne nous proposons pas de traiter plus longuement ces questions scholastiques , nous nous contenterons d'étahhr l'opinion qui est et la plus commune et la plus fondée en vérité, d'après notre manière de juger, et nous ne nous occuperons pas des autres. Et nous aurons atteint notre but lorsque nous aurons revendiqué pour Dieu, et dans l'ordre voulu a]3solument, toutes les perfections pour établir, par ces mêmes perfections, celle qui vient la première par ordre, et qui, d'après notre manière de voir, peut être considérée comme la source et le principe des autres, qui est, ainsi qu'ils l'appellent, le constitutif métaphysique de Dieu, ou l'essence métaphysique de Dieu.
Nous ferons observer ici que les perfections, en général, se divisent en deux classes : la première comprend celle que les anciens scholfstiques appelaient simplement simples, et que nous appelons simples d'une manière absolue; la seconde comprend les perfections simples, secundum quid, ou relativement, et que nous appelons, nous, perfections mixtes, La perfection simple est celle qui, dans la manière dont elle est conçue, n'admet pas d'imperfections, et qui est meillerre que son opposée ou sa contraire, et que toute autre avec laquelle elle est incompatible dans le même sujet. La perfection mixte est celle qui emporte quelque imperfection dans l'acte par lequel elle est conçue, et qui n'est parfaite que dans un seul genre, mais qui ne l'est pas absolument, ou au moins qui est telle qu'elle ne peut pas exister dans un même sujet avec une autre perfection, soit meilleure, soit égale. Pom* en donner une idée plus nette, nous en donnerons un exemple tiré de saint Anselme, qui a fait Le premier cette distinction dans son Monologue (c. XY, et dans certaines éditions, XIY) : « Etre sage vaut mieux que son » opposé, parce que le sage vaut absolument mieux que celui î) qui ne l'est pas; et il faut en dire autant de la justice et de >. la bonté, etc. ; au contraire^ être d'or n'est qu'une perfection
(1) Voy. card. Gotti, Traité de Dieu, tom. Il, quest. 3, dout. 3. I. 29
» dans For, et non une perfection en général ; car ce serait une » imperfection dans l'homme, qui, s'il était d'or, serait privé » de la vie et du sentiment. » Mais le même saint docteur fait observer (chap. V), que cette distinction n'a de valeur que pour les substances (1).
Mais les perfections peuvent subsister dans un sujet quelconque de deux manières : elles peuvent y subsister ou formellement ou éminemment (en tant que par ce mot on entend aussi ce qu'on appelle virtuellement et équivalemment). Un sujet est censé contenir formellement certaines perfections, lorsqu'on les énonce de ce même sujet proprement, selon la manière dont on le conçoit et selon sa définition, comme V. G. lorsque je dis : Dieu est bon, sage, etc. Il est censé les contenir éminemment quand on ne peut que les énoncer improprement de ce même sujet, lorsqu'elles ne sont pas en lui telles qu'elles sont, mais qu'elles s'y trouvent à un bien plus haut degré de perfection, ou lorsque le sujet duquel on dit qu'il renferme une telle perfection peut produire ou cette perfection, ou produire la même chose par une perfection d'un ordre supérieur, V. G. On dit de l'ange qu'il contient éminemment la raison^ parce qu'il peut, à l'aide de son intelligence, atteindre d'une manière plus parfaite que l'homme ce que celui-ci atteint par sa raison.
Après avoir posé ces préliminaires, nous devons faire trois choses : 1 . nous prouverons que Dieu possède en lui toutes les perfections ; 2. nous ferons connaître la raison pour laquelle on dit de Dieu qu'il possède toutes les perfections ; 3 . quelle est enfin, des perfections qui sont en Dieu, celle qu'il faut considérer comme le constitutif m^étaphysique de Dieu, ou l'essence métaphysique de Dieu, ou celle par laquelle est censée être constituée l'essence de Dieu. Quant à ce qui tient au mode de
(1) Car il avait dit au commencement du chapitre : « Quant aux relatifs, il 1) n'y a de doute pour personne, parce que le sujet duquel on dit relative- » ment quelque chose ne reçoit rien de substantiel des relatifs qu'on en dit. » Par conséquent, si on dit relativement quelque chose de la nature souve- » raine, ce qu'on en dit ne signifie pomt la substance de celte môme nature » souveraine. Aussi, par le fait même qu'elle est la nature souveraine, ou D qu'elle est plus jirande que toutes les autres, qui ont été faites par elle, B ou toute autre chose relative qu'on peut pareillement en dire, ne désigne B pas évidemment son essence naturelle. Car si aucune des choses par la » relation desquelles on dit qu'elle est plus grande, qu'elle est souveraine, » n'eût jamais existé, on ne comprendrait pas qu'elle fût plus grande, qu'elle » fût souveraine ; elle n'en serait pourtant pas moins bonne , et sa grandeur » n'en souffmait en rien. Aussi voit-on clairement par là que tout ce qu'elle » est, en bièà ou en mal, elle ne l'est par nul autre que par elle-iaôme. »
relation des perfections divines avec Tessence divine, nous en parlerons lorsque nous traiterons des attributs en particulier, et surtout lorsque nous parlerons de la simplicité de Dieu. Nous disons donc :
PREMIÈRE PROPOSITION
Dieu possède toutes les perfections.
Dieu, parlant à Moïse de lui-même, lui adresse les paroles suivantes (Exod., XXXUI, 19) : « Je vous montrerai le bien » souverain. » Mais on ne pourrait pas dire d'une manière absolue de Dieu qu'il est le bien souverain, s'il ne possédait pas toutes les perfections. C'est aussi à cela que se rapportent les diverses choses que les Ecritures disent çà et là de Dieu (Ps. CXLIV;, 3) : c( Le Seigneur est grand, il est au-dessus de » toutes louanges, et sa grandeur est sans fin. » Baruch (in, 25) dit aussi : « Il est grand et il n'a pas de fin. » Mais lorsque l'Ecriture attribue à Dieu la grandeur, elle ne parle pas de la grandeur mesurée par l'espace, mais bien de la grandeur de chacune de ses perfections, comme de la grandeur de la puissance, de la sagesse, de la majesté, de la nature, etc. Aussi est-ce avec la plus profonde vérité que saint Jean Damascène, parlant de Dieu dans son livre de la Foi orthodoxe (liv. I, c. 9), s'exprime en ces termes : « Car l'être par excellence, totum » esse, est comme un océan immense qui n'est renfermé par » aucune borne de l'essence, qui se contient lui-même dans » ses embrassements (1). » C'est ce qu'avait déjà dit, presque dans les mêmes termes, saint Grég. Naz., Disc, sur la Nativ. : « Etre universel en lui-même, qui n'a point eu de commence- » ment et qui n'aura jamais de fin, il se contient dans ses em- » brassements, et il est comme im océan d'essence sans borne » et sans fin (2). » C'est aussi le langage des autres Pères.
Mais la raison elle-même nous insinue la même chose. Dieu, en efî'et, est un être tel qu'on ne peut pas en imaginer de plus parfait. Donc, il est nécessaire qu'il possède toutes les perfections; car s'il ne les possédait pas toutes, on pourrait en imaginer quelque autre de plus grand que lui, qui les posséderait toutes.
(1) Edit. P. Le Quien, Paris, 1712, p. 142.
(2) Edit. Billii, Serm. XXXVIII, n. 11, p. 615.
PROPOSITION II
Dieu a toutes les perfections simples formellement, et les perfections mixtes éminemment.
L'idée de Dieu est telle, en effet, qu'il faut lui attribuer toutes les perfections qui ne sont pas en opposition avec sa nature, et qu'il faut en éloigner tout ce qui implique imperfection dans la manière de le concevoir, tout ce qui ne peut pas exister avec sa nature infiniment simple. Mais comme, d'après la proposition précédente, Dieu contient en lui-même toutes les perfections, on doit dire qu'il possède les perfections simples d'une manière, et les perfections mixtes de l'autre; il possède formellement les premières, et il possède éminemment les secondes, selon qu'il convient à sa nature.
Et d'abord, la notion de la perfection simple que nous avons donnée de Dieu établit clairement qu'il possède véritablement et proprement, ou formellement, ces perfections simples; car on appelle perfection simple celle qui est meilleure et qui ne peut pas exister avec ses opposées et toute autre perfection. Donc, Dieu contient en lui-même toutes les perfections simples et proprement dites ; autrement il ne serait pas ce qu'on peut imaginer de meilleur. Aussi toutes les perfections sont-elles une dénomination de Dieu, et Dieu est appelé substance, esprit , sagesse , juste , etc.
La notion des perfections mixtes prouve aussi qu'il les possède à un degré éminent : la perfection mixte, en effet, est celle qui implique quelque imperfection, ou qui, au moins, ne peut exister avec une perfection plus grande ou égale; ce qui fait que si Dieu possédait véritablement et proprement in s6 ces perfections, il ne posséderait pas les perfections simples, avec lesquelles les perfections mixtes ne peuvent pas exister dans le même sujet. Ainsi, si Dieu était corps, il ne serait pas esprit; mais s'il n'est pas esprit, dès-lors il cesse d'être ce qu'on peut imaginer de plus parfait. Donc, les perfections mixtes ne sont pas une dénomination de Dieu; de là on ne peut pas dire que Dieu est corps, qu'il est animal, qu'il est raisonnaîjle, etc.
Cependant, comme Dieu possède toutes les perfections qui brillent dans les créatures, il s'ensuit qu'il ne les possède que de la manière dont il peut les produire, et que, par conséquent, il les possède éminemment ou virtuellement, soit parce qu'il
n'en est pas une seule à laquelle Dieu n'équivaille, et dans sa manière d'être, et dans sa manière d'agir. C'est pourquoi il les contient équivalemment, parce qu'il peut produire et faire ce qu'elles font, et cela dans un plus haut degré de perfection, car il les produit en vertu de sa toute-puissance, et ce qu'elles font, selon leur capacité et avec de nombreuses imperfections, il le fait, lui, sans aucun défaut et au plus haut degré de perfection; et, par conséquent, ce qu'elles peuvent^ elles, il le peut, lui, à un degré de perfection bien supérieur; et c'est là ce que nous appelons contenir éminemment.
Dieu contient donc formellement les perfections simples, et éminemment les perfections mixtes, en tant, comme nous l'avons dit, que celles-ci renferment dans l'acte par lequel nous les concevons quelque imperfection. Mais chacun doit conclure de ce que nous avons dit que Dieu est l'ensemble infini de toutes les perfections, qu'il est l'entité la plus simple et la plus éminente de toute perfection , dis-je, non-seulement incréée, mais aussi de toute perfection créée ; parce que Dieu contient au plus haut degré, àun degré infini, labonté, la beauté, la perfection, l'entité, non-seulement existantes, mais même possibles dans les créatures, et cela, par la seule raison infiniment simple de sa divinité, en vertu de laquelle il est formellement et éminemment toutes ces choses là. Aussi est-ce avec justesse que saint Anselme (pass. cit.) conclut que tout ce qu'on attribue à la divinité signifie non pas sa qualité ou son mode, mais bien sa substance, et que toutes ces choses là découlent au plus haut degré de sa substance : « Donc, tout ce qu'on en dit, dit-il, il » faut le dire d'elle, et, par là, on ne démontre ni quelle elle » est, ni quelle est sa grandeur, mais on démontre plutôt ce » qu'elle est. Mais il est évident que la nature souveraine est » le bien, quel qu'il soit, porté à son plus haut degré. Elle est » donc l'essence souveraine, la vie souveraine, la raison souvey> raine, le salut souverain, la justice souveraine, la sagesse » souveraine, la vérité souveraine, la bonté souveraine, la gran- » deur souveraine , la beauté souveraine , l'immortaUté souve- » raine, l'incorruptibilité souveraine, l'immutabilité souveraine, » la béatitude souveraine , l'éternité souveraine , la puissance » souveraine , la vérité souveraine. » Nous lui devons par conséquent un honneur souverain et un amour sans bornes (1).
(1) Voy. Lessius, des Perfections divines, liv. I, c. -6 : « La qualité éoiinente
Objections,
Obj. 1. Les relations divines ne sont pas des perfections simples j elles ne sont que des perfections mixtes, ou secundum quid. Or, elles sont formellement en Dieu. Il est donc faux que les perfections mixtes ne soient qu'éminemment en Dieu. 2. En outre, les perfections divines, d'après ce que l'on vient de dire, découlent de l'essence même; donc, elle les contient formellement.
Réj). 1. D, A. En tant qu'elles ne peuvent pas subsister dans le même sujet, C, en tant qu'elles impliquent imperfection dans l'acte par lequel on les conçoit, N. Mais nous avons dit que la perfection mixte était celle, ou qui emporte imperfection dans l'acte par lequel on la conçoit, ou qui, au moins, ne peut pas subsister avec une autre perfection dans le même sujet; or, les relations divines ne font partie des perfections mixtes que dans ce dernier sens, car la même personne ne peut pas avoir la paternité et la filiation ; ces deux propriétés s'excluent mutuellement. H est même certains docteurs qui nient que les relations soient des perfections, vu que la relation n'implique ni perfec« tion ni imperfection, mais seulement mode ou rapport de l'un
» de ce pieux auteur, en dehors de la grande clarté de sa diction, c'est d'em- » braser les cœurs et de les porter à Die a; surtout dans ses résumés suppli- » catoires, où, tout en réanissant sommairement tout ce qu'il a dit dans les » chapitres précédents, il donne d'excellentes formules de prières. Pour en » donner un spécimen à nos auditeurs ( lisez lecteurs), nous rapporterons le » résumé de ce qu'il dit sur la matière qae nous traitons ici ; « Que tout ce » qui est passager soit vil à mes yeux, à cause de vous; que tout ce qui vous » appartient me soit cher, au contraire, et que vous, ô mon Dieu! vous me » soyez plus cher qae tout le reste. Car, que sont toutes les autres choses en 9 comparaison de vos biens ? Toutes les richesses, toutes les délices, toute la » gloire de ce monde, qui fascinent misérablement les yeux des mortels, ne » sont que fumée, ombre et vanité; et elles empêchent de connaître et de » rechercher les biens véritables qui se trouvent en vous. Gomme ceux qui » dorment, et qui, pendant le sommeil, se laissent bercer par les douces illu- » sions des richesses, des plaisirs et des honn(;urs, s'aperçoivent, lorsqu'ils » s'éveillent, qu'ils ont été misérablement trompés, de même ceux qui aiment 9 le monde sont désillusionnés, lorsqu'après la mort du corps ils s'éveillent a de l'espèce de sommeil où les avait plongés l'amour de ces biens, qui n'en 9 sont pas. Que je n'aie pour eux ni amour ni estime ; que je n'aie d'aflection » que pour vous seul et pour vos biens, qui sont cachés en vous, qui sont » vous-même, dont jouiront éternellement tous ceux qui auront renoncé aux D biens périssaljles du monde pour s'attacher à vous. Que je vous aime par- » dessus tout, et que je vous serve toujours, parce que vous êtes infiniment » meilleur que tout le reste, et parce que vous méritez de la part de la créa- » ture tout amour, toute alïViction, toute bcuédiction, toute gratulation, toute » gloire, toute obéissance pendant réternilé entière. »