PREMIÈRE PARTIE. CHAP. lU. 4Z
h l'autre. Mais nous traiterons cette question dans le traité de la Trinité.
Réjj. 2. D. On entend que les perfections divines découlent de l'essence, si on les considère en particulier, C. mais si on les considère en général, N. Car, dans ce sens, elles sont formellement l'essence divine elle-même.
PROPOSITION m.
L'essence métaphysique de Dieu semble devoir être placée dam ce quil est un être par soi, a se, et indépendant, ou dans r existence par soi, a se.
L'essence métaphysique, ou le constitutif métapkijsique de Dieu, d'après le sentiment commun, doit comprendre quatre conditions : c'est 1. qu'il soit quelque chose d'intrinsèque à l'être; 2. c'est qu'il le distingue de tous les autres êtres; 3. c'est qu'il soit ce que l'on conçoit en première ligne; 4. c'est enfin qu'il puisse être regardé comme le principe et la source de toutes les autres perfections . Or, dans Vaséité, ou l'existence par soi, on trouve ces quatre conditions requises, et sullisantes pour constituer l'essence métaphysique ; car la raison de l'être par soi, a se, est intrinsèque à Dieu, comme cela est évident. En effet, c'est là la première chose à laquelle on peut penser ; il n'y a donc rien de plus propre à distinguer Dieu des créatures, qui tiennent leur être, esse, d'un autre être. On conçoit enfin que tous les autres attributs découlent pour ainsi dire de ce principe ; car, dès que l'on comprend que Dieu est l'être, a se, il est absolument nécessaire qu'on le comprenne aussitôt comme renfermant toutes les perfections et n'étant renfermé par rien. Aussi saint Thomas, après avoir enseigné que Dieu est Yêtre lui-même subsistant par soi, en conclut-il qu'il contient toutes les perfections, parce que toute perfection appartient à la raison d'tVre, essendi (1); et, par la suite, lorsque gaint Jean Damascène eut établi que, de tous les noms que l'on donne à Dieu, celui qui lui convient le mieux, qui est le plus parfaitement en rapport avec lui, est celui-ci : // est celui qui est; il embrasse tout : l'être chez lui ressemble à un océan sans borne de substance (2).
(1) I p., q. IV, art. 2. Voyez Suarez, Métaph., tom. II, disp. XXX, sect. I ■et suiv.
(2) Ibid., XIII, art. 2. Tertullien tient tellement pour certain qu'il est propre
Cette opinion paraît donc plus en rapport et avec TEcriture et avec l'enseignement des Pères. Dieu, en effet, voulant faire connaître à Moïse et sa nature et son nom, lui adresse ces paroles (Exod., m, 14) : c( Je suis celui qui suis. Vous direz aux » enfants d'Israël : Celui qui est m'a envoyé vers vous ( 1 ) . » Yoilà comment s'exprime saint Hilaire, commentant ces paroles, liv. I : « J'ai admiré, dit -il, une signification si absolue de Dieu; » elle emploie un langage tout-à-fait propre à donner à l'homm^î » la connaissance incompréhensible de la nature divine. On » comprend, en effet, que ce qui convient le mieux à Dieu, » c'est d'être, car ce à quoi il appartient d'être n'a point eu de » commencement et n'aura point de fin. » Voilà comment s'exprime saint Bernard (Consid., liv. VI, c. 6) : (c Si vous dites de » Dieu qu'il est bon, qu'il est grand, qu'il est bienheureux, » qu'il est sage, ces expressions signifient qu'il est. Car être, » pour lui^ c'est être tout cela. » C'est ainsi que pensent tous les autres Pères, soit grecs, soit latins, et dont Pétau a recueilli les témoignages (2); il démontre que tel fut aussi le sentiment des anciens philosophes et des docteurs juifs (3).
à Dieu d*être a se, qu'il en conclut, contre Hermogène, que la matière n'est pas étemelle. Voici comment il raisonne, chapitre 4 : « Je commencerai par » nier, dit-il , que Dieu compare la matière à lui-même , et par conséquent » qu'elle n'a pas eu de commencement, qu'elle n'a point été créée, qu'elle » est éternelle, sans commencement et sans fin. Car quel est le sens de Dieu, » si ce n'est l'éternité? Quel est l'état de l'éternité, si ce n'est d'avoir toujours D été, et de devoir toujours être, en vertu d'mie prérogative sans commence- » ment et sans fin? Mais si c'est là le propre de Dieu, seul il en jouira, car » cela n'est propre qu'à lui; car si on l'attribuait à un autre, par le fait qu'on » l'attribuerait à un autre. Dieu n'en serait plus le seul possesseur, il la par- » tagerait avec celui à qui on l'attribuerait... Et si Dieu est, il faut nécessai- » rement qu'il soit unique pour être seul. Mais comment sera-t-il unique, si » ce n'est parce qu'il n'a point d'égal? Pourquoi sera-t-il principal, si ce » n'est parce qu'il domine le reste? qu'il est avant tout, et que tout vient de » lui? Dieu, en ayant ces choses là, est seul, et en les ayant seul, il est un. » Mais si un autre les avait, il y aurait dès-lors autant de dieux qu'il y aurait » d'êtres qui auraient cela. » Il poursuit sur le même ton, chapitres 5, 6, 7, édit. Rig.
(1) L'hébreu , pris à la lettre , signifie : Je serai celui qui serai. Et notre Vulgate l'a rendu par : Je suis celui qui suis. Aquila et Théodotion ont traduit l'hébreu à la lettre, Onkelos, le syriaque elle persan conservent le texte hébreu. Le texte arabe tient l'un et l'autre : Je suis éternel, et je suis celui qui ne cesse pas d'être. Le paraphraste Jonathan et le targum de Jérusalem traduisent plus librement ces paroles. Mais le sens est toujours le même. Voy. Rosenmuller.
(2) De Dieu, liv. I, ch. 6.
(3) Ibid. Il est étonnant que Beausobre ait pu écrire ce qui suit ( Ilist. de Manichée) : « Supposé que Denis d'Alexandrie ait connu cette vérité ( savoir,
PRE^nÈRE PARTIE. CIIAP. III. 457
Ce que nous venons de dire suffit pour remplir le but que nous nous sommes proposé ; que ceux qui désirent étudier plus à fond cette question consultent les scholastiques euxmêmes.
p que Vasêitê est la propriété propre et immuable de la divinité), il est néar » moins constant que les philosophes l'ont ignorée, et qu'elle a échappé ê" » la pénétration du plus subtil de tous les Pères. Je veux parler de saint Au » gustin. » Ainsi, d'après ce critique , tous les philosophes de l'antiquité eV tous les Pères, soit grecs, soit latins, ont ignoré cette vérité métaphysique Pétau cependant rapporte, dans le passage cité, que cette vérité a été soutenue par Platon, dans son Timée, par Plotin, par Numenius, par Plutarque; chez les Juifs, elle l'a été par Philon; parmi les Pères, elle l'a été par Clément d'Alexandrie, saint Grégoire de Nazianze , saint Denis d'Alexandrie, saint Jérôme, saint Hilaire, saint Denis l'Aréopagite , par saint Maxime, martyr, saint Damascène et plusieurs autres, dont on peut voir et les témoignages et la manière d'argumenter au même endroit. Mais comme Beausobre cite saint Augustin, nous en donnerons une preuve tirée de lui. Voici ce qu'il dit , Traité sur le Psaume CXXI : « Qu'est-ce qui est ? C'est ce qui » est éternel. Car ce qui est tantôt d'une manière, tantôt de l'autre, n'est pas, » parce que cela n'a pas de stabilité. On ne peut pas absolument dire que » cela ne soit pas, mais cela n'est pas souverainement. » Le saint docteur traite aussi longuement cette question dans le Traité XXXVIIl sur saint Jean, et en divers autres endroits. Que l'on se rappelle les paroles de Tertullien, que nous avons citées plus haut.