ARTICLE PREMIER
De l'existence et des iwopriétés de la science de Dieu,
Quant à l'existence de la science de Dieu, il ne nous est pas difficile de la démontrer, puisqu'à peine s'est-il trouvé quelqu'un qui l'ait mise en doute; tout le monde, en effet, considère Dieu comme souverainement intelligent, ou plutôt le regarde comme l'intelligence même, et comme étant l'esprit tout entier par excellence. Quant aux propriétés ou quaUtés de cette même science, l'Ecriture et les Pères nous enseignent que ce sont la simplicité, l'immutabilité, \ infinité (1) et l'efficacité.
(1) Nous croyons devoir faire observer ici au lecteur, que si parfdis nous conservons des mots qui se rapprochent un peu trop du latin, nous ne le faisons que pour conserver au mot lui-môme toute sa valeur naturelle ; car la théologie a sa langue à elle, et souvent un seul mot peut amoindrir, même changer le sens de l'idée , de la phrase. Si nous ne donnons pas à notre style tout l'éclat que comporte la langue française, c'est qu'en traduisant cet ouvrage nous tenons> lui conserver sa couleur native , et surtout à ne pas in-
Et nous établirons brièvement dans les propositions suivantes ces divers points.
PREMIÈRE PROPOSITION
Dieu a une science proprement dite, et cette science est très-parfaite.
Cette proposition appartient à la foi. Car la science de Dieu est ouvertement exaltée dans les livres de Tun et de l'autre Testament. Il est dit, en effet, I Rois, H, 3 : « Dieu est le )) Seigneur ou maître des sciences ; » dans Estber, XTV, 1 4 : « Le Seigneur, qui possède la science de toute chose; » dans répitre aux Romains, XI, 33, l'Apôtre s'écrie : « 0 abîme des » richesses de la sagesse et de la science de Dieu! » Il est inutile de citer d'autres passages des Ecritures.
La raison elle-même ne le prouve pas moins clairement. Dieu, en effet, est tout ce que l'on peut imaginer et concevoir de plus parfait; mais une science parfaite est une perfection qu'il vaut mieux avoir que ne pas avoir ; donc Dieu possède la science telle qu'il la comporte, c'est-à-dire sans imperfection et au suprême degré (1).
PROPOSITION n.
La science de Dieu est simple, immuable et infinie.
Cette proposition appartient aussi à la foi. La science de Dieu est simple, dans ce sens qu'elle n'est point en lui par manière d'état ou de qualité accessoire, mais qu'elle est un acte, et im acte très-pur, qu'elle est la substance divine elle-même dans sa simpHcité parfaite (2), qui parcourt tout par une seule
firmer les expressions philosopliiques et théologiques. Que ceci soit dit une fois en passant et pour toujours. N. T.
(1) Nous ferons observer que le mot science se prend de deux manières : 1« il se prend dans un sens large pour toute connaissance certaine et évidente de l'esprit et de l'intelligence ; 2» il se prend improprement pour la connaissance certaine et évidente des choses par leurs causes. La proposition n'est relative qu'à la première manière de connaître , et que Dieu possède au vu de tout le monde, et que personne ne saurait révoquer en doute ; c'est cette connaissance que nous avons dit appartenir à la foi. Mais la chose n'est pas aussi claire s'il s'agit de l'autre manière de connaître; car il y en a un grand nombre qui la refusent à Dieu, et entre autres Vasquez, qui prétend ( 1 part., dLàs. LXXXVI, n. A8) qu'elle emporte une certaine imperfection.
(2) Simonnet fait observer que quand on dit que la science de Dieu est la
conception qui n'est ni composée ni n'a recours au raisonnement.
L'Ecriture nous apprend, en premier lieu, que telle est la science divine; il est écrit, en effet, Sag., VII, 22 : a Elle r> possède (la sagesse) l'esprit d'intelligence; il est saint, il est » unique et multiple. » Il est unique en soi, il est multiple relativement à son terme ou à ses objets. Ce qui le prouve encore , c'est qu'en Dieu la science n'est fii un accident ni une qualité qui lui survient ; sa simplicité absolue la repousse formellement; la science, c'est sa substance même; cet adage de saint Augustin (liv. XIV de la Trinité) est connu de tout le monde : « Connaître et être sont une même chose en Dieu ; » ce qui le prouve encore , c'est que Dieu voit et connaît tout d'un seul regard par une seule connaissance ; aussi saint Augustin dit-il encore au même endroit : « Il voit tout en même » temps, et il n'est pas une seule chose qu'il ne voie tou- » jours (1). ))
Mais, que la science de Dieu soit immuable, c'est ce que prouve en premier lieu l'Ecriture; saint Jacques (I, c. 17) dit en général de Dieu : « Il n'y a en lui ni changement ni ombre » de vicissitude; » et ceci ne serait pas exact si sa science n'était pas un acte parfaitement simple, s'il pouvait acquérir de nouvelles connaissances et perdre celles qu'il avait. Aussi saint Augustin dit-il, avec beaucoup de raison, Conf., liv. XIII, c. 16 : ce Comme vous êtes par vous-même, vous savez seul » comme vous êtes immuable, votre science est immuable, et » votre volonté l'est aussi. » C'est aussi ce que démontre la raison ; parce que, si l'acte de comprendre n'est pas distinct de l'essence divine, puisqu'elle est immuable, cet acte l'est aussi nécessairement, et, dès l'éternité, il embrasse tout ce qui peut être connu et toutes les manières de connaître ce qui peut l'être, et cela sans imperfection aucune.
iubstance divine, il ne faut pas le prendre à la rigueur, et, comme on le dit, simplement, mais en y ajoutant ce correctif, qu'elle est la substance divine çui, par sa vie, tend à ce but.
(1) Chapitre XIV, voici en quels termes le saint docteur dit qu'est cette Bcience : « Le Père et le Fils savent mutuellement ; mais l'un sait en engenp drant, et l'autre en naissant. Et chacun d'eux voit en même temps tout ce J-) que contient leur science , leur sagesse , leur essence : ils ne voient ni en » particulier et l'un après l'autre , ni alternativement en portant les regards » d'un côté et d'autre, en regardant une chose ou regardant l'autre de ma- » nière à ne voir une chose qu'en voyant l'autre ; mais, comme je l'ai dit, il » voit tout en même temps, et ce qu'il ne voit pas toujours n'est rien pour lui. »
Le Psalmiste enfin atteste (CXLVI, 5) que la science de Dieu est infinie : a Sa sagesse est incalculable; » et l'Apôtre dit, Hébr., IV, 13 : «Il voit tout et connaît tout. » On peut évidemment, en fait de science, imaginer quelque chose de plus parfait qu'une science qui a des bornes ; or, Dieu est un être tel qu'on ne peut pas en imaginer de meilleur ; Dieu possède donc une science absolue, ou intensive et extensive infinie, d'après le langage reçu.
La science de Dieu est donc et infinie, et simple, et immuable (1).
PROPOSITION III
La science de Dieu est efficace, et elle est la cause des choses
qui existent,
La proposition, telle qu'elle est posée, a trait à la foi, elle ne soulève aucune difficulté ; et si elle est controversée , ce n'est que quant à la manière dont on dit que la science de Dieu est la cause des choses, et qu'elle l'est réellement.
Nous ferons observer, pour l'intelligence de cette proposition, que l'on peut dire de la science de Dieu qu'elle est soit la cause adéquate, soit la cause inadéquate des choses; elle en est la cause adéquate, en tant qu'elle est le principe immédiat, prochain et complet, qui produit tout ce qui existe, soit les choses nécessaires , soit celles qui dépendent de la libre détermination des créatures intelligentes; de sorte que l'intellect divin, appliqué par la volonté divine, produit tout immédiatement ; elle en est la cause inadéquate, en tant qu'elle éclaire préalablement la volonté divine lorsqu'elle applique la puissance executive et qu'elle la dirige. La science de Dieu s'appellerait, en ce sens, cause et principe producteur des choses, parce qu'elle concourt à leur production comme guide prudent et comme agent artistique; comme guide prudent, relativement à la volonté même de Dieu, dont elle dirige les actes libres ou les déterminations; comme agent artistique, en dirigeant le mode d'exécution. Les théologiens connus sous le nom de thomistes soutiennent que la science de Dieu est la cause productrice et efficace des choses dans le premier sens, ou qu'elle est le principe immédiat, adéquat, ou encore,
(1) Suarez expose l'excellence de la science divine, Traité de Dieu, liv, III, c. 1, n. 3; Lessius, Perfect. div., liv. VI, du chap. 1 au 3.
comme ils le disent, qu'elle est le principe formel des choses; quant aux autres, qui confessent ne pouvoir comprendre comment la science de Dieu peut produire les autres choses, ils soutiennent que ce n'est que dans le dernier sens que l'on peut dire que la science de Dieu est la cause efHcace et productrice des choses , c'est-à-dire qu'elle n'en est que le principe inadé^ quat, partiel, médiat, en tant qu'elle dirige la volonté et la toute-puissance de leurs actes (1).
On agite encore, dans les écoles catholiques, cette question; cette science, qui est la cause efficace productrice des choses, et que l'on appelle aussi pratique, se rapporte-t-elle à cette espèce de science divine que, dans notre manière de concevoir, on appelle science de simple intelligence , et dont la conception précède tout décret ou tout acte de la volonté; ou se rapportet-elle à celle qui s'appelle science de vision, ou qui suit et qui approuve tout décret ou tout acte de cette même volonté. Les thomistes embrassent ce dernier sentiment, parce qu'ils pensent que la science de Dieu est, comme nous l'avons dit, la cause des choses, non pas la cause dirigeante, mais bien la cause immédiatement productrice ; et, d'après leur manière de voir, les choses futures ne sont pas connues parce qu'elles sont futures, mais elles sont futures parce qu'elles sont connues dans les décrets divins. Quant aux autres théologiens, ils prétendent que la science efficace c'est la science de simple intelligence, en tant, comme nous l'avons dit, qu'elle dirige le décret de la volonté dans la production des choses, parce que, comme ils le disent, la science de vision suppose déjà la chose ou l'objet qu'elle voit, et elle ne le produit pas; aussi, d'après eux. Dieu connaît les choses parce qu'elles doivent exister, mais elles ne doivent pas exister parce qu'il les connaît; car, logiquement, une chose doit exister avant d'être connue, et la connaissance pratique est toujours fondée sur une vérité spéculative, ou, secundum rem, en tant qu'elle est en nous, ou, secundumrationem, en tant qu'elle est en Dieu; et on ne peut pas concevoir que la science divine soit la cause productrice des choses autrement que par mode de direction et d'art, puisque le propre de la science c'est de connaître et non de 'produire. Car l'art divin, c'est l'acte par lequel Dieu se re-
(1) Voy. Suarez, pass. cit.,c. 9, n. 7, 8 et 9; le cardinal Gotti, c. 3, quest. 1 et suiv.
présente le modèle de tout ce qu'il veut produire avant de le produire extérieurement, et c'est sur ce modèle qu'il peut extérieurement produire quelque chose ; or, cet acte n'est qu'un acte de simple intelligence, ou il appartient à l'intelligence nécessaire et parfaitement simple et indépendante de tout décret actuel (1).
Nous ne voulons pas nous engager dans ces subtilités; nous pensons qu'il vaut mieux prouver notre proposition dans son ensemble, et établir que la science de Dieu est efficace et productrice des choses qui existent dans un certain sens, soit qu'elle les produise immédiatement, et comme modèle artistique et comme directeur, soit immédiatement et comme cause formelle.
En effet, on lit Ps. CIII, 24 : « Vous avez tout fait dans » votre sagesse; » et, Sag., VIT, 21 : « La sagesse est l'artisan » de toutes choses; » et, dans Jérémie, X, 12 : « Il prépare » l'univers dans sa sagesse, et il étend les cieux par sa pru- » dence; » enfin, au livre des Proverbes (VIII, 27), la Sagesse dit d'elle-même : « Quand il préparait les cieux j'étais pré- » sente; quand il creusait l'abîme et qu'il lui donnait des
» lois j'étais avec lui, lui aidant à tout organiser. » Voici
ce que le grand saint Augustin écrivait sur ce sujet, Trinité,
(1) Voyez Suarez, passage cité, n. 12 : « J'ajoute donc, dit-il, que quoique » la science de l'intelliprence simple des créatures soit spéculative sous un » rapport, elle est parfaitement pratique sous l'autre... Car, pour que la » science soit pratique , il n'est pas nécessaire que celui qui la possède l'ap- » plique ; il suffit qu'elle soit de soi directive d'une œuvre , en tant qu'elle a » pour objet une chose que l'on peut exécuter, et qu'à ce point de vue elle » est le mode d'exécution, ou qu'elle indique comment il faut exécuter, » comment il faut faire la chose, si l'artisan le veut. » Il poursuit, num. 15 : « Quant à la science de vision, elle n'est pas pratique d'elle-même, elle n'est » qu'une certaine intuition; elle n'est que comme une vision expérimentale. » Aussi , si on la considère en Dieu, et en tant qu'elle se borne aux choses » actuellement existantes, elle suppose qu'elles ont été produites , de manière » qu'elle ne les crée pas. Mais si elle les considère en tant qu'elles doivent » exister, elle suppose leur existence future, elle suppose une volonté quel- » conque en Dieu, sans laquelle ces choses ne peuvent nullement exister. » Voici encore comment s'exprime Pétau (Traité de Dieu, liv. IV, c. 7, n. 10): « Voici ce qu'il dit de ces deux connaissances : Ils nomment la première » dans l'école, dit-il, une science de simple intelligence, et la seconde une » science de vision. C'est à elle qu'il appartient de régler, de disposer les 0 choses, et de gouverner en quelque manière la volonté divine et son D efficacité , connue l'art que possède l'artisan modère et dirige l'usage de f> construire et l'exécution du ti-avail. Quant à la dernière, elle voit comme » si elles existaient et si elles étaient présenU*, toutes les choses que 0 la volonté divine a désignées à l'avance, et qu'elle doit produire à brel 0 délai. »
liv. XV, c. 13 : (( Ce n'est pas parce qu'elles existent que Dieu » connaît toutes ses créatures et spirituelles et corporelles, V mais elles existent parce qu'il les connaît; car il connut j> toujours ce qu'il devait créer, et il connut celles qu'il devait p créer comme celles qui l'étaient déjà. Elles n'ont rien ajouté T> à sa sagesse, elle est demeurée ce qu'elle était, et elles ont » existé quand et comme il le fallait. » Il tient en plusieurs autres endroits le même langage ; les autres Pères sont parfais jsment du même avis, comme on peut le voir dans Pétau, liv. rV", c. 11, n. 10 et suiv.
Enfin, saint Thomas en donne une raison théologique, p. 1, ^^:îst. 14, art. 8 : « La science de Dieu, dit-il, est par rapy> port à toutes les choses créées comme la science d'un artisan » par rapport aux choses qu'il produit au moyen de son art, » ou même qu'il produira plus tard; la science de l'artisan est » la cause des choses que produit son art; donc la science de j> Dieu est la cause des choses créées. » Et ceci est en rapport avec ce que dit saint Augustin, Traité sur saint Jean : « La » sagesse de Dieu, qui a créé toutes les choses qui existent, » les contient toutes avant de les créer selon le modèle d'après '/ lequel elle les a créées.
Objections,
>Obj. 1. Dieu a tout créé par sa toute-puissance; donc la science n'y entre pour rien et n'est pas la cause des choses. 2. Certes, personne ne dira jamais que la science, qui a pour objet de connaître et de contempler les choses qui doivent être faites ou qui le sont, les produise. 3. Ajoutez à cela que la science de Dieu est éternelle, et que, si elle était elle-même la lîause des choses créées, elle les aurait produites dès l'éternité, ^e qui est absurde. Donc :
Rép. 1. D. A. Quant à l'exécution, C. quant à l'art et à la direction, N. Il faut trois choses pour la production des êtres, eavoir, la science, qui éclaire préalablement ; la volonté, qui la détermine et la dirige comme modèle artistique et comme guide prudent, et la toute-puissance, qui exécute; et Tertul- Uen a élégamment et distinctement décrit ces trois choses dans les paroles suivantes (Apol., c. XVII) ; voici comment il s'exprime : ce Dieu a tiré du néant , pour la manifestation de sa » gloire, cet univers avec tous les éléments, les corps et les » esprits qui le composent; par sa parole il a commandé, par
» sa raison il a tout disposé, et par sa puissance il a tout » fait. ï) I Bép, 2. D. Dans le sens dans lequel on Tentend, N. dans un j autre sens, Tr. Il suffit, pour la vérité de notre proposition, i que la science de Dieu soit, dans un sens quelconque, la véri- \ table cause et la puissance productrice réelle des choses qui î existent, ou r artisan de tout ce qui est créé, comme le dit ^ l'Ecriture. Quant à ce qui est d'en déterminer la raison spéciale, nous en laissons le soin aux partisans des diverses opinions (1).
Rép. 3. Je distingue la Maj. Si la science de Dieu, en tant qu'elle est la cause productrice des choses, en était la cause nécessaire, C. si elle n'en est que la cause libre, N. Or, tel est le sens dans lequel on dit que la science de Dieu est la cause et la puissance productrice des choses; aussi saint Thomas répond-il en ces termes, pass. cit., à la 2 : «La science de Dieu » est la cause des choses , en tant que les choses sont dans la » science. Mais il n'entrait pas dans la science de Dieu que les » choses fussent de toute éternité; aussi, quoique la science » de Dieu soit éternelle, il ne s'ensuit pas que les créatures » soient dès l'éternité. »
ARTICLE II
De t objet de la science divine.
La science de Dieu a pour objet tout ce qui tombe sous son action, ou tout ce que Dieu connaît. Or, il se connaît et il connaît tout ce qui est hors de lui. Quant aux choses qui sont en dehors de Dieu, elles sont ou possibles ou existantes, ou passées ou futures, soit absolument ou nécessairement, soit librement et d'une manière contingente, soit au moins conditionnellement. Nous parlerons de ces diverses choses pa/ ordre ; nous parlerons d'abord du premier objet de la scienci divine, qui est Dieu lui-même; nous parlerons ensuite dt. second objet de cette science, et ce sont toutes les autres créa^ tures distinctes de Dieu.
(1) Au reste, voilà la conclusion que tire Suarez, pass. cit., n. 10 : « On ne » peut imaginer aucun acte dans la science divine que par mode de conuais- » sauce , et tout ce qu'on peut imaginer de contraire n'a pas de fondement » ne saurait être expliqué. »
PREMIÈRE PROPOSITION
Dieu se connaît parfaitement lui-même, et se saisît dans tout son être.
Et d'abord Dieu se connaît parfaitement lui-même; TApôtre l'enseigne formellement, soit quand il dit (I Cor., II, 10) : « L'Esprit scrute tout, même ce qu'il y a de plus caché en » Dieu; » soit encore par ces mots : « L'Esprit seul connaît » ce qui est de Dieu. » C'est ce que nous insinue aussi la raison, car, comme le dit élégamment le philosophe païen Alcinotis lui-même : « Comme le premier Esprit est doué de » toutes qualités imaginables, il est nécessaire aussi qu'il ait )) une intelhgence souveraine; or, ce qu'il possède de plus » excellent, c'est qu'il se connaît et se comprend toujours (1) . » Certes, rien n'empêche que Dieu ne se connaisse parfaitement lui-même; ce n'est pas l'objet, puisque la connaissance intrinsèque c'est l'affection active de l'être, et que Dieu est surtout l'être en action; ce n'est pas la puissance ou faculté, puisqu'il jouit d'une puissance infinie de comprendre, et que l'intellect divin s'identifie avec l'essence divine elle-même. Donc :
Qu'il s'embrasse tout entier, comme nous l'avons dit en second Heu, dans l'acte par lequel il se connaît; voici comment saint Thomas le prouve, p. 1, quest. 14, art. 3 : « Dieu se saisit lui-même , s'il se connaît autant qu'il est susceptible de l'être; or. Dieu se connaît de la sorte, car sa puissance de connaître égale l'actualité de son existence; l'une et l'autre est infinie. Donc :
Vous direz peut-être avec saint Augustin, liv. LXXXIII des Questions, quest. 1 4 : a Ce qui se comprend est fini pour » soi ; » or, on ne peut pas dire de Dieu qu'il est fini pour lui, puisqu'il est infini de toutes les manières. Donc :
Répondant avec saint Thomas, pass. cit., je distingue la Min. ; on ne peut pas dire de Dieu qu'il est fini à ses propres yeux, dans ce sens qu'il se saisit lui-même comme quelque chose de fini, C. dans ce sens que la faculté de comprendr6 n'est pas égale à l'objet de l'intelligence, iV. C'est pourquoi Dieu est fini pour lui, en tant qu'il se connaît lui-même de
(1) Voy. Pétau, de Dieu, liv. IV, c. 3, § 1.