‹ Théologie dogmatique (volume 2)Chapitre 48 sur 74 · Elle se divise en science de simple intelligence et en · texte numérisé non relu

Elle se divise en science de simple intelligence et en

science de vision, La science de simple intelligence , c'est la connaissance des choses purement possibles qui n'ont point existé et qui n'existeront jamais ; ce qui fait que cette science précède tous les décrets de Dieu. La science de vision est la connaissance soit de Dieu lui-même, soit des choses existantes, à quelque époque qu'elles existent, soit qu'elles existent actuellement, qu'elles aient existé ou qu'elles doiven*^ exister; aussi la science de vision est-elle partie nécessaire quax. à son objet, et partie contingente et libre (1).

Ces divisions sont à peine, parmi les théologiens, l'objet de controverses; quant à la dernière, elle est l'objet d'une grave controverse, pour savoir si elle est adéquate ou si elle ne l'est pas. Les thomistes prétendent qu'elle est adéquate, parce qu'ils prétendent qu'il n'y a pas de science en dehors de la science de simple intelUgence et de celle de vision; mais les modernes augustiniens, tels que le cardinal Norisius, Berti, Juenin et un grand nombre d'autres , avec les congndstes et tous les autres qui nient que Dieu prévoit tout dans son décret prédéterminant physiquement- affirment que cette science est inadéquate parce que, en dehors de la science par laquelle Dieu voit toutes les choses purement possibles et celle par laquelle il voit celles qui doivent nécessairement arriver, il y a une science intermédiaire au moyen de laquelle Dieu voit les choses qui doivent

(1) Nous feronâ observer ici, en passant, que le docteur Henri Klée, professeur de théologie à Bonn, se moque, dans son ouvrage intitulé Dogmatique catholique, Màyence, 1835, vol. I, des théologiens, parce qu'ils divisent la science de Dieu en science de simple intelligence, en science de vision et en science moyenne. En effet, parlant (p. 54 et suiv.) du mode de la connaissance divine, il s'est efforcé de démontrer, par plusieurs raisons, que la science de Dieu étant inlinitnent parfaite, est infiniment simple, et que par conséquent elle est immédiate, ou que Dieu connaît immédiatement toutes choses (p. 57), il conclut en ces termes : « Il est évident, d'après ce que nous » venons de dire, que la distinction philosophique de la science de Dieu en » science de vision, science moyenne, science de simple intelligence, doit se » reporter sur ses auteurs pour leur gloire, en en changeant tant soit peu et » le nom et le sens, en leur donnant le nom de visionnaires, d'hommes de » science moyenne et d'hommes d'une certaine intelligence plus simple. » Mais le savant professeur u'arirait pas dû perdre de vue que les théologiens ne tirent pas cette division du mode de connaissance, mais bien de l'objet de la science divine, qu'un théologien ne doit pas confondre. Nous ferons aussi observer en passant qu'il est très-fàcheux que, dans plusieurs écoles catholiques d'Allemagne, on enseigne la théologie en langue vulgaire , au grand préjudice de la langue latine , parmi le clergé, qui pourtant devrait en avoir l'étude à cœur. Georges Hermès s'est efforcé, dans ime dissertation, d'engager ses compatriotes à écrire de la sorte. Mais il aurait dû plutôt faire ses efforts pour les engager dans une voie toute opposée.

arriver conditionnellement, et cela indépendamment de tout décret émanant de lui, et il les voit en lui comme il voit en lui toutes les choses purement possibles. Aussi cette science intermédiaire se définit-elle la connaissance des choses qui doivent arriver conditionnellement; elle est indépendante de tout décret de Dieu (1); mais cette science rentre dans la science de simple intelHgence en tant qu'elle est une espèce de cette même science.

Maintenant, comme presque tous les théologiens catholiques admettent en Dieu une science des futurs conditionnels, toute la question se borne à savoir par quel moyen Dieu connaît ces futurs contingents; car, s'il les voit en lui-même ou dans son essence, comme il connaît les choses possibles, quelque hypothèse que l'on fasse relativement à elles et antécédemment à tout décret de sa part, il faut nécessairement qu'il y ait une science intermédiaire de ce genre; mais si Dieu ne les voit que dans son décret positif et dépendamment de ce même décret, il n'y a pas de science intermédiaire.

Les thomistes prétendent que Dieu voit subjectivement les futurs conditionnels dans son décret absolu, et que, dans son décret conditionnel, il les voit objectivement (2). Il importe d'observer, pour l'intelligence de ceci, que l'on peut dire d'un décret qu'il est conditionnel de deux manières; et d'abord, on peut dire qu'il l'est subjectivement, tel V. G, que si quelqu'un disait : Je voudrais donner cent écus à Pierre si je vendais ma maison; mais comme j'ai décrété de ne pas la vendre, je ne veux par conséquent pas donner cent écus à Pierre. Un décret peut aussi être objectivement conditionnel; ainsi, V. G. si quelqu'un disait : Je voudrais donner cent pièces d'or à Pierre s'il venait me voir demain, ou pour qu'il vînt me voir demain. Mais il est admis par tous les théologiens , comme une chose certaine, qu'il y a en Dieu des décrets objectivement conditionnels. Tel est, par exemple, le décret ou la volonté de sauver tous les hommes , s'ils usent sagement des moyens que Dieu a mis à leur disposition; de ne pas détruire Sodome, s'il y eût

(1) Le cardinal Gotti définit ainsi la science moyenne (pass. cit., quest. 6, dout. III, § 2, n. 8) : « La science par laquelle Dieu sait, d'une manière cer- » taine, avant tout décret de sa volonté, ce que sa volonté ferait, s'il voyait » qu'elle est placée dans telles circonstances, dans tel ordre de choses, ou » qu'elle jouit de tel secours. »

(2) Voy. card. Gotti, pass. cit., liv. VI, dout. II, §§ 1 etsuiv.

trouvé trente justes; de procurer au Christ plus de douze légions d'anges, si le Christ le lui eût demandé, etc. La question ne peut donc avoir trait qu'aux décrets subjectivement conditionnels. Les thomistes les défendent vigoureusement, et ils prétendent que la science des futurs conditionnels en dépend comme de la cause de l'existence future des actes libres, qui fait l'objet de cette science. Mais les autres théologiens ne rejettent pas ces décrets subjectivement avec moins d'énergie, parce qu'ils leur paraissent contraires à la liberté humaine, et même, qui plus est, illusoires, puisque dans l'hypothèse des thomistes, la condition objective même dépend du décret physiquement prédéterminant de Dieu lui-même, comme le prouve l'exemple cité : Je voudrais donner cent pièces d'or à Pierre s'il venait me voir demain; mais comme il ne peut pas venir sans ma voiture, et que j'ai arrêté de ne point la lui envoyer (c'est dans ce sens que l'on conçoit le décret subjectivement absolu), aussi ai-je arrêté de ne point donner cent pièces d'or à Pierre. La condition se réduit à ces mots : Je ne veux absolument point donner cent pièces d'or à Pierre.

Il ne nous appartient point de trancher cette discussion; nous nous sommes même promis de ne point y toucher, quand il y a de nos jours des questions bien plus importantes et desquelles il faut sérieusement s'occuper, et que c'est surtout le moment pour les théologiens de ne pas se diviser, mais bien plutôt de se réunir en faisceau pour résister énergiquement aux nombreux adversaires de la religion chrétienne et catholique ; car, bien que chaque école puisse être défendue sans interrompre la paix ni ble: :er la charité, l'expérience a prouvé néanmoins que la diversité des opinions, le plus souvent, est un grave obstacle à une affection sincère et cordiale, même involontairement. Il serait grandement à souhaiter qu'il ne restât plus aucmie trace de cette lutte , qui eut autrefois tant de retentissement.

L'Eglise n'a rien décidé sur ce point; on peut défendre l'une et l'autre opinion sans blesser la fui. Comme l'une et l'autre de ces deux opinions a eu pour but de défendre avec plus de succès la religion, chacun peut, ainsi que nous l'avons fait observer plus haut, embrasser celle qui lui semblera la plus propre à défendre et à conserver intacte la foi catholique, soit contre les protestants, soit contre les jansénistes, qui ne furent,

c'est un fait aujourd'hui démontré, que des déistes déguisés (1) et des loups revêtus de la peau de brebis.

Ceux qui attaquent la science moyenne disent qu'elle est nouvelle, qu'elle a été connue tout au plus des ariens et des semi-pélagiens, que, de plus, elle répugne à la raison (2).

Ceux, au contraire, qui la défendent, raisonnent comme il suit : Etant admis une fois , et tous les thomistes l'admettent maintenant , que Dieu possède la science infaillible des futurs conditionnels, toute la question se réduit à savoir quel est le moyen par lequel il les connaît , si c'est dépendamment ou indépendamment des décrets subjectivement absolus et objectivement conditionnels. Il reste maintenant à savoir si l'invention de ces décrets est ancienne ou récente, si l'on trouve quelque trace de ces décrets dans l'Ecriture et dans les Pères, oui ou non. S'il est parlé de ces décrets dans l'Ecriture et dans les saints Pères, s'ils y sont si clairement désignés, que ce soit là le seul moyen que Dieu ait de connaître les futurs conditionnels, ils avouent que la science moyenne est nouvelle; mais s'il n'est fait aucune mention de ces décrets , soit dans l'Ecriture, soit dans toute l'antiquité, comme l'unique moyen que Dieu ait de connaître les futurs libres conditionnels, dans ce cas les défenseurs Se la science moyenne accusent les fauteurs des décrets de nouveauté.

Es poursuivent et disent : Le premier qui a inventé ces décrets, c'est Didace Alvarez, et il l'a fait pour concilier la science divine certaine et infaillible des futurs conditionnels avec la doctrine générale des thomistes sur la science de la vision dépendante des décrets de Dieu, comme principe créateur de toutes choses, sans en exclure même les actes libres, soit naturels, soit surnaturels des hommes. Et dès-lors, disent-ils, cette doctrine de la science certaine et infaillible des futurs conditionnels, qu'ils rejetaient presque entièrement auparavant, ou qu'ils n'admettaient que comme une science de conjecture, devint presque générale parmi les thomistes (3) . Mais comme,

(1) Réalité du ijrojet de Bourg -Fontaine, et Continuation de la réalité du projet de Bourg-Foutaine , ouvrage de l'abbé Gusta; voy. aussi l'Opuscule du P. Rocea Bonola, de la Société de Jésus, sur les Nonciatures, publié en 1789, et souvent réé ilé depuis.

(2) Voy. card. Gotti, tom. III, I p., qucst. 6, du dout. I au VIII.

(3) Voyez Théodore Eleuthèro, ou Livinus de Meyer: Histoire de la cong. des auxlliis, liv. V, c. 44^ voy. uissi Didace Alvarez, de l'ordre des prêcheurs Réponses, liv. 1, c. 4, n. 9, où il confesse qu'il a défendu ces décrets dans le

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