‹ Théologie dogmatique (volume 2)Chapitre 49 sur 74 · TROISIÈME PARTIE. CHAP. X · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. CHAP. X

de l'aveu des thomistes, la doctrine de la science certaine et infaillible des futurs conditionnels est fondée sur l'Ecriture et les Pères, que c'est en elle seule que consiste, abstraction faite des décrets, ainsi que nous l'avons dit, la science moyenne, il est clair, disent-ils, que la science moyenne est ancienne, comme l'est la doctrine et de l'Ecriture et des Pères , et que ce n'est par conséquent que pour la discréditer qu'on l'attribue aux ariens et aux semi-pélagiens, ce dont la disculpent les augustiniens , soutenant que saint Augustin l'a enseignée au moins pour l'état d'innocence de l'homme et des anges (1).

Ils s'efforcent enfin de prouver que cette science moyenne ne répugne point à la raison, qu'il n'y a rien, au contraire, de plus conforme à la raison que de dire que Dieu peut connaître en lui-même et par lui-même ces futurs conditionnels sans avoir aucun besoin de ces décrets sans nombre ; qu'il n'y a rien qui relève autant la force de cette science divine, pendant

colléi^e de Saint-Thomas, sous la Minerve, à Rome, en 1596 jusqu'en 1607, lorsqu'il y remplissait les fonctions de régent.

(1) Voy. Georg.-Marie Albertini, Acroases de Deo, Venise, 1809, et surtout Aci'oasis XIII, intitulée la Science moyenne des molinistes, vengée des calomnies Icmcées contre elle. Il y démontre que cette science avait été connue des premiers Pères de l'Eglise. 11 cite la définition de la science moyenne de Molina, d'après son livre (Côncord., quest. 14, art. 14, diss. 52, p. 227, édit. d'Anvers, 1395), où il est dit : « C'est par cette science profonde et impéné- » trable que Dieu a vu, dans son essence, ce que chacun ferait, en vertu de » son libre arbitre, s'il était dans telle ou telle position, ou même dans une » infinité d'autres positions; quoique cependant il pût faire le contraire s'il » le voulait; » et il compare cette définition avec ce que dit saint Bonaventure (liv. I, des Sent., dist. 4, art. 2, quest. 2), qui enseigne la même chose presque dans les mêmes termes. Voici , en effet , ce qu'il écrit : a Tel eat » l'aspect de la prescience divine; c'est qu'elle a connu ce que nous pou- » vions penser ou vouloir, elle a vu en même temps le parti que prendrait » notre volonté et les œuvres que nous ferions; et parce qu'elle (la prescience » divine) embrasse tout le pouvoir et le vouloir, elle ne peut pas être en » défaut. Et comme la prédestination renferme la prescience, c'est ce qui » fait qu'elle s'accorde avec le libre arbitre, et qu'elle ne peut pas être en » désaccord avec lui. » L'auteur qui vient d'être cité ajoute aussitôt après : « Comparez ces paroles avec le sentiment de Molina, et dites-moi ensuite en » quoi elles en diffèrent? » Voyez encore les deux Discours de ce même Albertini aux banuf^^icniens et aux lemosioniens (Bannez et de Lemos paraissent être les premiers auteurs qui air'nt appliqué le système de la prédétorniination physique, surtout à l'efficacité de la grâce divine et à la liberté de l'homme). C'est leur affaire. Pour nous, qui voulons demeurer étrangers à ces discussions , nous renvoyons nos auditeurs (lecteurs) aux auteurs qui ont défendu ou combattu pour Tune ou l'autre opinion. Voyez, entre autres, parmi ceux qui ont écrit pour l'une et l'autre opiuion, Tournely, Traité de Dieu, quest. 18, art. 10; Boucat, Théologie des Pcres; de Dieu, traité lll, diss. m. Tous les thomistes l'ont combattu, tous les cougruistos l'ont défendu; d est donc inutile de citer les auteurs particuliers, même les plus marquants.

qu'au contraire il n'y a rien d'étonnant à ce que Dieu connaisse les choses qu'il doit faire dans les décrets qu'il a porté de les faire. Qui, en outre, peut établir d'une manière certaine que ce soit là le seul moyen que Dieu a de voir les choses futures? Yoilà comment raisonnent ceux-ci.

Au reste, l'Eglise n'a rien défini sur ce point jusqu'à ce jour, de sorte que chacun peut conserver son opinion si elle lui paraît plus conforme et à l'Ecriture et aux Pères, et si elle lui paraît plus propre à concilier la liberté de l'homme avec l'efficacité de la grâce divine.

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