‹ Théologie dogmatique (volume 2)Chapitre 51 sur 74 · TROISIÈME PARTIE. CHAP. H · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. CHAP. H

d'un individu s'appellent sa dernière volonté. !Mais on compte divers signes de la volonté divine ; il y en a cinq principaux, autour desquels il est facile de grouper les autres ; ils sont tous renfermés dans le vers latin suivant , que nous ne traduisons pas.

Prœcipit aut prohibet, permittit, consulit, impîet[]),

2. La volonté de beneplaciti, ou de bon plaisir, d'après le même docteur angélique [de la Venté, quest. 33, art. 3), se distingue en volonté antécédente et en volonté conséquente, La volonté antécédente, d'après saint Damascène, de la Foi orthodoxe, liv. III, chap. 29, c'est celle que Dieu a de luimême, ou dont il est la cause, sans en attendre l'occasion ou la cause du côté de la créature. Telle est la volonté de sauver les réprouvés. La volonté conséquente est celle que Dieu n'a pas de lui-même, de lui seul; elle lui vient d'une occasion, elle lui vient de la créature, ayant son principe en nous, ou sortant de notre cause, comme le dit encore le même saint; ou, comme le dit saint Thomas, Iliv. des Sent., dist. 46, quest. 1, art. 1, on l'appelle volonté conséquente, « parce qu'elle présuppose la » prescience des œuvres, non pas comme cause de la volonté, » mais comme raison du voulu. » Telle est la volonté de damner les réprouvés à cause de leur impénitence finale. Le juge veut, par une volonté antécédente, que tout homme vive, mais il veut, d'une volonté conséquente, que le meurtrier soit pendu. Saint Jean Chiysostôme appelle ces volontés (Hom. I, sur l'ép. aux Eph.) volonté première et seconde (2).

(1) « C'est-à-dire le précepte, la défense, la permission, le conseil, l'opérat tion; la défense et la permission relativement au mal; le précepte, le D conseil, l'œuvre pour le bien, » dit saint Thomas (ibid., art. 12).

(2) Saint Jean Chrysostôme (Hom. cit.), exposant ces paroles de l'épître aux Ephésiens, Selon le bon plaisir de sa volonté, s'exprime en ces termes: « Car la volonté antécédente est partout celle du bon plaisir. Car il y a une » autre volonté. Comme la volonté première est, de peur que ceux qui ont » péché ne périssent. La volonté seconde est, que ceux qui sont devenus » mauvads, périssent. » Saint Jean Damascène suit le même sentiment, dans son livre de la Foi orthodoxe (tom. I, p. 198, édit. Lequien) : « 11 importe de » savoir, dit-il, que Dieu veut, d'une volonté principale et antécédente, que » tous les hommes soient sauvés , et qu'ils deviennent capables de posséder » son royaume. Ce n'est pas pour nous punir qu'il nous a créés, parce qu'il )) est bon... Il ne veut le châtiment des coupables qu'en tant qu'il est juste. » C'est pourquoi cette première volonté s'appelle volonté antéeédonte ou de » bon plaisir, parce qu'elle vient de lui-même. La seconde s'appelle volonté » conséquente et permissive, parce qu'elle tire son principe de nous-mêmes. » Et le savant Lequien observe, dans ses notes sur ce point, de saint Jean

3. La volonté divine se divise en volonté efficace et non efficace. La volonté efficace est celle par laquelle Dieu se propose tellement de faire une chose, qu'il est déterminé à passer pardessus tous les obstacles. Aussi cette volonté a-t-elle toujours son effet. C'est de cette volonté qu'il est dit, Rom., TK, 19 : « Qui résiste à sa volonté? )) et dans Esther, XIII, 9 : «Il n'est » personne qui puisse résister à votre volonté. » La volonté inefficace est celle par laquelle Dieu se propose une chose de telle façon qu'il n'a pas l'intention arrêtée de surmonter tous les obstacles qui peuvent se présenter. C'est de cette volonté qu'il est écrit : « Jérusalem,... combien de fois ai-je voulu » réunir tes enfants, comme une poule réunit ses poussins » sous ses ailes, et tu n'as pas voulu, etc. » Aussi l'acte de la volonté efficace est-il incompatible avec son contraire, que Dieu veut; quant à l'acte de la volonté inefficace, au contraire, il est possible avec son opposé, que Dieu a en vue.

4l, La volonté de Dieu se divise en volonté absolue et en volonté conditionnelle. La volonté absolue est celle qui n'implique aucune condition de la part de l'objet, ou qui ne dépend d'aucune condition. Telle est la volonté par laquelle Dieu veut que nous gardions ses commandements. La volonté conditionnelle est celle qui implique quelque condition de la part de l'objet, ou c'est celle par laquelle Dieu a voulu protéger les Juifs contre leurs ennemis, pourvu qu'ils gardassent ses commandements et qu'ils n'honorassent pas les dieux étrangers. Mais il faut bien observer que la volonté absolue ne peut pas se changer en volonté efficace. Toute volonté efficace, en effet, est absolue , mais toute volonté absolue n'est pas efficace , comme le prouve l'exemple tiré de la volonté par laquelle Dieu veut que les hommes gardent ses commandements. Souvent, cependant, et c'est une chose qu'il ne faut pas perdre de vue, la volonté absolue se confond avec la volonté efficace.

Telles sont les principales divisions de la volonté divine, sur lesquelles les théologiens s'accordent presque tous. Les seuls adversaires qui se présentent ici^ ce sont les jansénistes, qui

Damascène , que les païens eux-mêmes avaient connu cette double volonté. Hiéroclès, cité par Pliotius, rapporte que Platon avait enseigné, dans son Traité des Lois, que Dieu voulait donner aux hommes et leur conserver des biens convenables, et cela en vertu d'une volonté antécédente; qu'il punissait les coupables pour leurs crimes, en vertu d'une volonté conséquente, et qu'il donnait aux bons une vie bi inheureuse. (Voy. Photius, Bibliothèque, col. 1390, édit. A. Schottius, Reims, 1653.

prétendent que la volonté de bon plaisir, beneplaciti, s'accomplit toujours; d'où ils concluent que Dieu n'a pas la volonté vraie et proprement dite de sauver tous les hommes, mais qu'il n'en a que la volonté de signe ou la volonté métaphorique ; ils concluent encore du même principe que ce n'est que métaphoriquement que Dieu veut qu'on observe ses commandements. Us prétendent aussi que la volonté divine se divise en volonté antécédente, en volonté conséquente, relativement au salut des hommes , en raison du péché originel prévu ou non prévu ; et ils enseignent que Dieu a voulu d'une volonté antécédente le salut de tous les hommes avant la prévision du péché originel; mais qu'après la supposition et la prévision de ce péché, il n'a pas voulu le salut de tous les hommes , il n'a voulu que celui des élus , et que , quant aux réprouvés , il ne l'a voulu qu'improprement, que métaphoriquement, et que c'est de cette même volonté métaphorique et improprement dite, que Jésus- Christ est mort et qu'il a versé son sang pour eux. Nous étabhrons contre cette exécrable doctrine les propositions suivantes.

PREMIÈRE PROPOSmON.

Dieu, dans t hypothèse même du péché originel, a voulu, d'une volonté de bon plaisir, sérieuse et antécédente, que les prédestinés ne fussent pas les seuls sauvés, et Jésus-Christ nest pas mort, na pas offert le prix de son sang à Dieu le Père pour les seuls prédestinés , il l'a aussi versé et offert pour les autres, au moins pour les fidèles.

Cette proposition est de foi dans l'une et l'autre de ses parties, comme le prouvera ce que nous allons dire. Nous avons réuni les deux parties de cette proposition à cause de leur relation et de leur connexion intimes. Car Jésus-Christ, d'après son propre témoignage, avait, en souffrant et en mourant, le même désir, la même volonté d'appliquer aux hommes ses mérites que Dieu a de leur salut; voici ce qu'il dit de lui-même (saint Jean, YI, 38) : a Je ne suis pas descendu du ciel pour faire ma » volonté, mais bien pour faire la volonté de celui qui m'a » envoyé; » et (saint Jean, YllI, 29) : « Je fais toujours ce qui » lui est agréable. » On a donc la même certitude que Dieu veut le salut des hommes, qu'on a la certitude que Jésus- Christ est mort pour eux ; or, il est certain d'une certitude de

foi que Jésus-Christ n'est pas mort pour les prédestinés seuls, mais qu'il est encore mort pour les autres , au moins pour les fidèles ; il est donc certain d'une certitude de foi que Dieu ne veut pas le salut des prédestinés seuls, mais qu'il veut aussi celui des autres, au moins des fidèles. La mineure est constante, d'après la condamnation de la V* prop. de Jansénius, conçue en ces termes : « Il est semi-pélagien de dire que Jésus-Christ » est mort et qu'il a versé son sang pour tous les hommes. » Nous déclarons cette proposition fausse, téméraire, scanda- » leuse ; et , entendue dans ce sens que Jésus-Christ est mort » pour le salut des seuls prédestinés , nous la déclarons impie, » blasphématoire, injurieuse, dérogeant à la piété divine et » hérétique, et nous la condamnons comme telle (1). » Voilà ce que nous concluons de cette censure. Cette proposition : Jésus-Christ est mort pour le salut des seuls prédestinés , est hérétique ; donc la contradictoire : Jésus- Christ n'est pas mort pour le salut des prédestinés seuls, est catholique, est de foi. Ou, ce qui revient au même, Jésus -Christ est mort pour quelques hommes qui n'étaient pas prédestinés; et, par conséquent, il est de foi que Dieu veut d'une volonté sincère le salut de quelques autres hommes que des prédestinés.

Que Jésus-Christ soit mort au moins pour les fidèles non •prédestinés, c'est ce qui se prouve 1 . par le symbole de Constantinople , ou il est écrit : ce Qui est descendu du ciel pour nous » autres hommes et pour notre salut, ... et qui a été aussi cru- » cifié pour nous; » on le prouve aussi par le symbole de saint Athanase, dans lequel il est dit de Jésus-Christ : « Qui » a souffert pour notre salut. » De ces divers textes, nous argumentons comme il suit : Tous les articles de l'un et l'autre symbole sont de foi , donc il est de foi que le Fils de Dieu est descendu du ciel et a été crucifié pour le salut de tous ceux que supposent naturellement ces mots : ^our notre salut; pour nous, ceci est évident; mais ces paroles supposent que ceci s'est accompli au moins pour tous les fidèles, ne fussent-ils même pas prédestinés , puisque tous les fidèles , sans distinction, sont obligés de croire ces articles de foi; c'est là la foi catholique, et quiconque ne le croira pas fermement et fidèle-

(1) Cette censure, portée par Innocent X et Alexandre Vil, est reçue de l'Eglise entière, et elle condamne la proposition dans le sens de Jansénius.

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