‹ Théologie dogmatique (volume 2)Chapitre 52 sur 74 · TROISIÈME PARTIE. CHAP. H · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. CHAP. H

ment ne pourra pas être sauvé, ainsi que le conclut le symbole de saint Athanase. Donc il est de foi que Jésus-Christ n'est pas mort pour les seuls prédestinés , mais qu'il est aussi mort au moins pour les autres fidèles, et, par conséquent. Dieu a voulu sincèrement et de plein gré le salut non-seulement des prédestinés, mais encore il a voulu au moins celui des autres fidèles.

n est évident, d'après les autorités que nous venons de citer, qu'il est de foi que Dieu veut le salut au moins des fidèles réprouvés , même dans l'hypothèse de l'existence du péché originel ; car les fidèles sont obligés de croire la vérité contenue dans les textes que nous avons précédemment cités, même tout en supposant le péché originel. Enfin, qu'il soit de foi que cette volonté n'est pas, de la part de Dieu, une volonté figurée et métaphorique, mais bien une volonté de plein gré, sincère, et proprement dite; on le voit 1. par les paroles de l'un et l'autre symbole , que nous avons citées ; ces paroles nous apprennent que Jésus-Christ est descendu du ciel pour nous sauver, qu'il a soufi"ert pour notre salut, qu'il a été crucifié pour nous ; or, ceci n'est pas seulement une image de la volonté, mais nous y voyons clairement la fin que se proposait Jésus-Christ. 2. Nous le voyons parles paroles de Jésus-Christ lui-même, qui nous dit formellement que c'est là la volonté divine de son Père. On lit (saint Jean, VI, 38-40) : « C'est pour » faire la volonté de celui qui m'a envoyé , et non la mienne , » que je suis descendu du ciel. Et voici quelle est la volonté » de celui qui m'a envoyé, de mon Père; c'est qu'aucun de

» ceux qu'il m'a donnés ne se perde La volonté de mon

» Père, qui m'a envoyé, est que tous ceux qui voient le Fils, » et qui croient en lui, aient la vie éternelle. »

Ces préliminaires posés, il n'est pas difficile de prouver Tune et l'autre partie de notre proposition , soit par FEcriture , soit par la tradition. Et d'abord, pour ce qui est de la première partie, Jésus-Clu'ist (Jean, YI), par les paroles que nous avons citées , a déclaré que la volonté de son Père est que rien de ce qu'il lui a donné ne périt, qu'il en désirait au contraire le salut et la résurrection. Or, parmi ceux que le Père avait donnés au Fils, se trouvait un réprouvé. Judas, comme le prouvent les paroles mêmes de Jésus-Christ (saint Jean, XYII, 12); voici le langage qu'il tient à son Père : « J'ai gardé ceux que vous » m'avez donnés; il n'en est péri aucun, sauf le fils de perdi-

» tion. y) Donc Dieu veut le salut, non-seulement (1) des prédestinés, mais encore des réprouvés, surtout des fidèles, tel que le fut Judas. C'est ce que confirment plusieurs autres passages de l'Ecriture, surtout les paroles suivantes de Jésus- Christ, Jean lU, 1 6 : « Dieu a tellement aimé le monde qu'il » a donné son Fils , afin que celui qui croirait fut sauvé et ne » se perdît pas. » Or, par ce mot monde, on n'entend pas seulement, au témoignage de Jésus-Christ lui-même, les prédestinés seuls, mais on entend tous ceux qui croient en lui; et certes, tous ceux qui croient en lui ne sont pas sauvés. Donc Dieu veut, d'un amour sincère et affectueux, le salut non-seulement des prédestinés, mais encore celui au moins de tous les fidèles, même des réprouvés.

2. Nous ne citerons des Pères que saint Augustin seul, que les jansénistes regardent, par suite d'une impudence inouïe, comme un des leurs. Le saint docteur, donc, interprétant (Trait, sur saint Jean, CVI, n. 2) les paroles de Jésus-Christ que nous avons citées plus haut : « Ceux que vous m'avez » donnés, je les ai préservés, et aucun d'entre eux ne s'est » perdu, si ce n'est le fils de perdition, pour que l'Ecriture » s'accomplisse, » dit : « Désignant ici Judas, qui le livra, parce » qu'il fut le seul des douze apôtres qui se perdit. » Donc, d'après saint Augustin, Judas était du nombre de ceux que le Père avait donnés à son Fils, c'est-à-dire du nombre de ceux que le Père avait donnés à son Fils pour qu'il les sauvât, qu'il les ressuscitât et qu'ils ne se perdissent pas. Il est certain par conséquent, d'après saint Augustin, que Dieu veut le salut au moins des fidèles (2).

Quant à la seconde partie de notre proposition, savoir, que Jésus-Christ est mort pour les réprouvés, au moins pour les fidèles qui le sont, 1 . c'est ce que démontrent les paroles de Jésus- Christ (saint Jean, XVII, 20). Voici comment il s'exprime :

(1) La force de cet argument a paru telle aux jansénistes, qu'ils ont tout nis o.fi œuvre pour le ruiner. Et, entre autres moyens employés pour cela dans la version de Mons, ils ont changé la particule nisi , si ce n'est, en la particule advorsative sed, mais : « J'ai conservé ceux que vous m'avez donnés, » et nul d'eux ne s'est pprdu ; mais celui-là seulement qui était enfant de » perdition. » Comme si le srns était : Aucun de ceux que vous m'avez donnés ne s'est perdu, mais le fils seul de perdition s'est perdu, parce qu'il n'en était pas. Mciis c'est en vain qu'ils essaient d'ainsi traduire.

)2) To,,t le monde peut voir une foule d'autres textes du même Père, dans Pétau, de Dieu, liv. X, c. 4, 5j ou dans Tournely, Traité de Dieu, quest. 19, art. 10, concl. 2.

Page 1