‹ Théologie dogmatique (volume 2)Chapitre 53 sur 74 · TROISIÈME PARTIE. CHAP. II · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. CHAP. II

« Je ne prie pas seulement pour eux (les apôtres), mais je prie » aussi pour ceux qui croient en moi par le ministère de leur » parole. » Jésus-Christ avait donc, en mourant, la volonté sincère d'appliquer ses mérites à ceux pour lesquels il pria, de Taveu même des jansénistes; or, Jésus-Christ pria pour tous les fidèles, qui, certes, n'étaient pas tous prédestinés; donc... Voici encore ce que dit l'Apôtre (Rom., VlII, 31 et suiv.) : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous? Lui qui n'a pas » même épargné son propre Fils, qui l'a livré pour nous tous, » comment ne nous aurait-il pas tout donné avec lui? » L'Apôtre parle ici de tous les hommes, au moins de tous les fidèles ; donc. . . Mais ce qui le prouve catégoriquement, c'est ce qu'écrit le même Apôtre (Rom., XIV, 15) : « Prends garde de » ne point perdre par tes aliments celui pour lequel Jésus- » Christ est mort; » et (I Cor., VIII, 11) : « Vous perdrez par » votre science votre frère qui est encore faible , lui pour qui » Jésus-ChrLst est mort? » Nous raisonnons ainsi qu'il suit à l'aide de ces textes : Ce fidèle, qui se scandalise à cause de sa faiblesse et de l'imprudence ou de la mahce des autres, n'était assurément pas prédestiné; or, au témoignage de l'Apôtre, Jésus-Christ est mort aussi réellement pour son salut que pour le salut des autres. Donc :

2. Saint Augustin, parmi mille autres passages que nous pourrions citer à l'appui de notre thèse, tient au peuple le langage suivant dans son Explication du Psaume XCVl, n. 17 : c( Le Fils de Dieu est mort pour nous ; soyez assurés que vous » recevrez sa vie, vous qui en avez pour gage sa mort. » Tournely cite du même docteur plusieurs autres passages qui ne sont pas moins exprès.

Le concile de Trente confirme enfin les deux parties de notre proposition (Trente, sess. VI, c. 6 et 7), lorsqu'il enseigne que tous ceux qui sont baptisés sont tenus d'espérer que Dieu leur sera propice par Jésus-Christ, et qu'ils obtiendront la vie éternelle, qui est la cause finale de la justification, par le même Jésus-Christ, qui est la cause méritoire de la vie éternelle , croyant que tout ce qui a été révélé et promis divinement est vrai ; or, on ne pourrait pas avoir cette espérance, si tous n'étaient pas tenus de croire par la foi que Dieu veut le salut de tous les hommes, au moins de ceux qui croient, et que c'est pour eux que Jésus-Christ est mort et qu'il a versé son sang, qu'il l'a fait pour leur mériter les grâces nécessaii'es au

salut, puisque la foi est le fondement de l'espérance. Donc, d'après le concile de Trente , tout homme doit tenir pour une vérité de foi que Dieu veut sincèrement, outre le salut des prédestinés, même celui des autres hommes, au moins des fidèles, et que c'est dans la même intention que Jésus-Christ est mort et a versé son sang (1).

Objections,

Pour ne pas tomber dans de fastidieuses redites, nous passerons ici sous silence les objections qui affectent immédiatement la volonté même de Dieu, relativement au salut au moins des fidèles réprouvés, et la mort de Jésus-Christ dans ses rapports avec cette fin; ce qui fait que nous nous contenterons de rapporter celles que l'on fait contre la qualification (style de l'école) de la certitude de la proposition précédemment émise. C'est pourquoi :

I. Obj. Il n'est pas possible de conclure de la censure de la cinquième proposition de Jansénius, qu'il est de foi que Jésus- Christ est mort pour d'autres que pour les prédestinés, et que Dieu veuille , d'une volonté vraie et proprement dite , le salut même des fidèles qui ne sont pas prédestinés, si la censure tombe précisément sur le mot dumtaxat seulement, comme si Jésus-Christ n'avait obtenu aucune grâce au moins temporelle pour les réprouvés. Or donc :

Rép. iV. Min. Parce que la proposition a été condamnée dans le sens de Jansénius; et le sens dans lequel Jansénius l'entendait, c'est que Jésus-Christ est mort pour les seuls élus, et non que Jésus-Christ n'a pas obtenu quelques grâces temporelles pour les réprouvés , puisque Jansénius l'a ouvertement professé. Voici ses propres paroles : c( Quant à ceux-ci (les

(1) Il nous semble bon de citer ici quelques autres paroles du même concile; nous lisons, entre autres choses (sess. VI, c. 13) : « Que personne ne se » permette d'être certain d'une chose quelconque, d'une certitude absolue, » bien qu'il doive fermement espérer dans l'appui de Dieu, et que tous doivent » mettre en lui leur espoir. Car, comme Dieu est le principe de toute bonne » œuvre , il la perfectionnera aussi, à moins que l'on ne fasse défaut à sa » grâce, lui qui produit le bon vouloir et qui le perfectionne. » Ces paroles prouvent clairement que la grâce est à la disposition de tous les fidèles, et par conséquent que Jésus-Christ est mort pour eux tous. Ce qui fait qu'il en conclut que tous doivent fermement espérer en Dieu. Mais personne ne pourrait espérer en Dieu s'il n'était pas certain que Dieu lui accordera la grâce que Jésus-Christ a méritée par sa mort pour chaque fidèle. Voy. Suarez, de Dieu, liv. m, c. 8, et liv. IV, c. 2.

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