TROISIÈME PARTIE. CHAP. U
» réprouvés), dit-il, Jésus-Christ n'est mort pour eux qu'au- » tant qu'ils devaient éprouver quelques effets temporels de la » grâce divine (de la Grâce de Jésus-Christ, liv. III, c. 21, » tom. in, p. 1 64) ; » et il ajoute un peu plus bas : « C'est donc » pour cela, et ce n'est pas pour autre chose que Jésus-Christ
r> est mort pour eux C'est pour qu'ils obtinssent ces effets
» temporels de propitiation , c'est-à-dire de la mort, du sang » et de la prière. » Donc :
Inst. n y a plusieurs théologiens catholiques qui ont soutenu cette thèse, salva fide. Donc :
Rép. Z>. ^. n y a des théologiens catholiques, leur nombre est petit, qui ont soutenu cette thèse avant la condamnation de la proposition de Jansénius, Tr, il y en a qui, après cette censure, l'ont défendue, Subdist. des catholiques de nom, (7. de vrais catholiques, iV. Car, après qu'elle a été condamnée, il n'y a eu que les jansénistes qui l'ont défendue et qui la défendent encore; Us se donnent le nom de catholiques, mais ils ne sont réellement que des loups revêtus de la peau de brebis (1).
II. Obj. La preuve tirée du concile de Trente n'a au moins aucune valeur. Car, pour que quelqu'un soit tenu d'espérer qu'U sera sauvé et que Dieu lui accordera les moyens nécessaires pour cela, il lui suffit qu'il ne sache pas positivement qu'il sera du nombre des réprouvés, ou il lui suffit d'une probabihté, et chacun peut tenir pour probable qu'il fait partie du nombre des élus. Donc :
Rép. N. A. Car personne ne peut fermement espérer, et, à plus forte raison, n'est tenu de fermement espérer la vie éternelle, à moins qu'il ne soit certain d'une certitude de foi que Dieu veut, autant qu'il est en lui, et cela d'une volonté effectivement efficace, que celui qui espère de la sorte soit sauvé; parce que, autrement, l'espérance serait ruinée, n'ayant ni motif ni fondement solide ; ce qui repose sur le fidèle accomplissement des paroles de Dieu. Et certes, comment puis-je espérer le salut ou les moyens de salut des mérites de Jésus- Christ; comment puis-je demander ces mêmes moyens dans ma
(1) On voit, parmi les anciens, Grégoire d'Arimini, et Estius, qui était assurément un homme docte, mais qu'en ce point sa qualité de disciple de Baius rend suspect j cependant, comme l'observe Touruely, plus tard il mitigoa ses Opinions et sembla se rapprocher de la manière de voir des autres théologiens. Parmi ceux qui la soutinrent après la condamnation des propositions de Jansénius, les auteurs de la théologie dite de Lyon tiennent la première place.
prière, si je doute que Jésus-Christ ait souffert et soit mort pour moi (1)? Il est évident que nous ne parlons point ici de Tespérance prise génériquement , ou de l'espérance humaine, qui
quement prise, ou de l'espérance théologique, qui est, comme le dit l'Apôtre, semblable à une ancre inébranlable, et cela du côté de Dieu; il ne peut y avoir ici d'incertitude que de notre côté,
PROPOSITION II
Il est vrai, il est pieux, catholique et touche à la foi, le sentiment qui soutient que Dieu, même dans l'hypothèse du péché originel, veut vraiment et sincèrement que tous et chacun des hommes soient sauvés, au moins les adultes, et que Jésus -Christ est mort avec la volonté sincère de leur appliquer à tous les mérites de sa passion, et quil a versé également son sang pour tous.
Cette opinion doit être considérée comme vraie , pieuse, ca-. tholique et touchant à la foi, qui est fondée sur l'Ecriture, la tradition et le consentement des théologiens ; or, tel est notre sentiment dans toutes ses parties. Donc :
1 . Nous le prouvons, quant à la première partie, par une foule de textes de l'Ecriture pris dans l'un et l'autre Testament, et qu'il nous serait facile de citer, V. G. Ezéch., XXXIII, 11 : c( Je vis, dit le Seigneur, je ne veux pas la mort de l'impie, » mais je veux qu'il se convertisse de ses voies et qu'il vive; » Is., Y, 4 : (( Qu'ai-je dû faire de plus à ma vigne, et que je n'ai » pas fait? » Matth., XYIII, 11 : a Le Fils de l'homme est » venu sauver ce qui s'était perdu, etc., etc. » Certes, si ces paroles ne sont point illusoires, elles supposent que Dieu a eu la volonté réelle de sauver tous les hommes. Nous ne citerons
(1) Il faut ici distinguer avec soin l'espérance du désespoir. L'incertitude où je suis de faire partie de ceux qui doivent être sauvés, ou de n'en pas faire partie, suffit pour m'empôcher de désespérer; mais elle ne suffit pas poiK me faire espérer, parce qu'il faut, en outre, pour produire un acte de ferme espérance, un fondement ou un motif d'espérer, ce qui manque absolument dans leur opinion, que nous rejetons, vu qu ils n'admettent pas que Dieu veut au moins le salut de tous les fidèles, et cela sincèrement, et que Jésus-Christ est mort pour eux tous, ce qui est évident.