‹ Théologie dogmatique (volume 2)Chapitre 55 sur 74 · TROISIÈME PARTIE. CHAP. H · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. CHAP. H

qn'un seul texte de l'Apôtre (I Timoth., Il, 1 et suiv.) ; le voici : c< Je vous conjure donc de faire des supplications, des prières, » des demandes, des actions de grâces pour tous les hommes.,, » car ceci est bon et agréable au Sauveur notre Dieu, qui veut » le salut de tous les hommes, qui veut qu'ils arrivent tous à S) la connaissance de la vérité. Car, comme il n'y a qu'un » Dieu, il n'y a qu'un médiateur de Dieu et des bommes : c'est » Jésus-Cbrist fait bomme, qui s'est livré pour les racbeter y> tous. » Or, lorsque l'Apôtre dit ici que Dieu veut le salut de tous les bommes, il entend par là tous et cbacun, sans en excepter un seul. Donc •

En effet a) , si l'Apôtre parle exactement et si ses paroles prouvent parfaitement notre thèse, il est indubitable qu'il donne la même extension, la même universalité à ces mots du V. 4, tous les hommes, qu'à ceux du 1" v., pour tous les hommes, car l'Apôtre veut que les fidèles prient pour tous les bommes, parce que Dieu veut qu'ils se sauvent tous; donc, comme nous devons prier pour tous les hommes, sans exception, d'après ce qu'il dit, 1" v., et comme le prouve la pratique de l'Eglise, qui l'interprète dans ce sens, et comme le confesse Estius (1) lui-même; il affirme pareillement aussi, V. 4, que Dieu veut le salut de tous les bommes, sans en excepter aucun.

b) On le prouve encore par les raisons que fait valoir l'Apôtre (v. 5 et 6) p:\ur prouver que Dieu veut le salut de tous les hommes. Il le \e.ni^ parce quil est le Dieu de tous; parce que Jésus-Cbrist est le médiateur de tous les hommes; et que ce même Jésus-Cbrist, notre médiateur, s'est livré lui-même pour nous racbeter tous ; or, Dieu est le créateur de tous les hommes, sans exception ; Jésus-Cbrist est le médiateur de tous les bommes, sans exception, et ce médiateur de Dieu et des hommes s'est livré lui-même pour racheter tous les bommes, sans exception; donc Dieu veut le salut de tous les hommes, «îans exception.

c) On le prouve aussi par la règle générale que saint Augustin a donnée pour l'interprétation de l'Ecriture , et d'après

(1) Interprétant ce passage : « Le sens n'est pas, dit-il^ qu'il faut prier pour » tous les genres d'hommes, comme il en est qui le pensent, parce que l'in- » tnution de l'Eglise , lorsi|u'clle prie , ne s'étend pas seulement à tous les » genres d'hommes, mais encore à chaque homme en particulier; elle dé- » sire, en effet, le salut de chacun, et non-seulement celui de quelqued-una » de chaque genre d'hommes. »

laquelle il faut prendre les paroles de l'Ecriture dans leur sens propre et leur donner toute leur étendue, à moins que d'autres passages de l'Ecriture, ou une raison évidente quelconque, ou plutôt la tradition n'exigent le contraire. Or, tant s'en faut que, dans le cas présent, l'Ecriture, la tradition ou une raison quelconque exigent de restreindre ces paroles tout-à-fait générales de l'Apôtre, tous, pour tous, et de ne les étendre qu'à quelques-uns ou à plusieurs, et de prendre la volonté de Dieu, dont il est ici parlé, dans un sens métaphorique; elles demandent bien plutôt le contraire, comme le prouve et ce qui a été dit et ce qui doit l'être, de même que le but que se propose l'Apôtre, qui est d'amener les fidèles à prier pour tous les hommes, le suppose nécessairement; donc (1). L'Apôtre saint

(1) Le Triple commentaire de Bernardin de Pecquigny sur ce point, et duquel nous tirons nos preuves, vaut la peine d'être lu; il y développe admirablement le sentiment de l'Apôtre. Voici, entre autres, comment il développe et fait ressortir la pensée, le sentiment de l'Apôtre du contexte : « Je considère, » dit-il, et la pensée et le but de l'Apôtre. !<> Il affirme qu'il faut prier pour » tous. Cette proposition est universelle, elle n'admet pas d'exception, et il » ne nous est pas permis d'exclure quelqu'un de nos prières; Estius même » l'avoue. 2« L'Apôtre, pour prouver cette proposition universelle, ou, pour » nous exciter à la mettre en pratique, c'est-à-dire pour nous exciter à prier » pour tous, affirme qu'une telle prière est bonne et agréable à Dieu. 3o II » prouve que la prière que l'on fait pour tous les hommes est quelque chose » de beau et d'agréable à Dieu, par cela même que Dieu, notre Sauveur, veut » que tous les hommes se sauvent, et que , pour cela , ils acquièrent la con- » naissance de la vérité. L'Apôtre , en affirmant que Dieu veut le salut de » tous les hommes, nous laisse à conclure que, lorsque nous prions Dieu pour » le salut de toas les hommes, nous nous conformons à la volonté divine, ce » qui est agréable à Dieu. Tout ceci, sérieusement, sincèrement examiné et » posé, je raisonne ainsi : Si l'Apôtre parle exactement et s'il prouve exacte- >; ment (ce dont on ne saurait douter), il prend dans un sens aussi large et » aussi universel (v. 5) ces mots tous les hommes, qu'il prend ces autres » (y. 1) pour tous les hommes. Car, ce qui fait que l'Apôtre veut que les » fidèles prient pour tous les hommes, c'est parce que Dieu veut qu'ils soient » tous sauvés. Donc, comme il a affirmé (au 1er v.) qu'il nous faut prier pour » tous les hommes, sans exception, il affirme aussi (v. 4) que Dieu veut le » salut de tous, sans exception. Enfin, après avoir rejeté les trois interpréta- » lions contraires, il conclut : Gomme les trois interprétations précédentes » (à moins qu'on ne suppose que la nôtre est vraie) sont opposées à la pensée » de saint Paul, et détruisent la valeur de sa preuve, qui tire toute sa force » de l'interprétation simple et littérale des mots, j'en conclus qu'il faut » prendre les paroles de saint Paul simplement et à la lettre , disant formel- » lement et expressément que Dieu veut le salut de tous les hommes ; qu'il » faut aussi croire saint Pierre, le prince des apôtres, le fondement et la co- )) lonne de l'Eglise, qui confirme et qui explique pour ainsi dire saint Paul ; » Dieu veut, dit celui-ci, le salut de tous les hommes; il veut qu'il ne s'en w perde aucun, et que tous arrivent à la connaissance de la vérité, dit saint » Pierre (II ép., III, 9). Voici que les deux plus grands apôtres ont forinel- » lement exprimé la même vérité, dans des propositions également univer-

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Pierre, afin de ne laisser aucun sujet de soupçonner quelcpie exception à la volonté que Dieu a de sauver tous les hommes, s'exprime en ces termes : « Ne voulant pas que quelqu'un se » perde, voulant, au contraire, qu'ils reviennent tous à la » pénitence. »

2. Cette même vérité se prouve aussi par la tradition constante de l'Eglise universelle, qui a pour témoins les Pères, les conciles et la pratique de l'Eglise elle-même. Quant aux Pères grecs, Jansénius lui-même confesse qu'ils lui sont contraires; aussi regardons-nous comme superflu de les citer. Quant aux Pères latins, saint Augustin, saint Prosper, auteur du remarquable ouvrage intitulé de la Vocation des Gentils, que l'on attribue à saint Prosper lui-même, ou, si l'on aime mieux , à saint Léon-le-Grand, s'accordent sur ce point avec les Pères grecs. Car voici ce que dit saint Augustin, dans son Livre de t esprit et de la lettre^ c. XXXIII : « Dieu veut que tous les » hommes soient sauvés et qu'ils arrivent à la connaissance de » la vérité ; il ne le veut pourtant pas au point et de manière » à leur enlever leur libre arbitre, pour qu'ils soient justement » jugés, selon qu'ils en auront bien ou mal usé. » De ces paroles découle l'argument invincible suivant : Dieu, d'après saint xVugustin, veut sincèrement le salut des hommes qu'il doit juger; or, Dieu doit juger tous les hommes, sans en excepter un seul; donc Dieu, d'après saint Augustin, veut sincèrement le salut de tous les hommes, sans exception, et les paroles de l'Apôtre, auxquelles saint Augustin fait évidemment allusion, doivent se prendre et s'entendre d'une manière absolue et sans restriction aucune. Jansénius a senti toute la force de cet argument; aussi soutient-il, pour l'éviter, que ces paroles contiennent non pas la doctrine de saint Augustin, mais bien une objection de Pelage ; mais c'est en vain qu'il a recours à un tel subterfuge, comme le prouve le contexte et comme le prouvent aussi les paroles dont se sert le saint docteur au commencement du chapitre qui suit immédiatement :

» selles , soit qu'elles fussent négatives ou affirmatives, et que saint Paul Ta » prouvé par ime foule de raisons (v. 5, 6). Reconnaissons-en donc l'exacti- » tude, etc. » Il prouve ensuite que ce n'est point en Dieu une volonté de signe, mais bien une volonté de Ion plaisir; et que c'est par cette volonté que Dieu veut sincèrement, vraiment et sérieusement, qu'il désire le salut de tous les homnips, et quo, même de son côté, il veut oflicacement, non pas d'une manière absolue, mais seulement sous la condition qu'ils voudront coopérer à l'œuvre de la grâce.

« Si cette dissertation suffit pour résoudre la question (car » pourquoi tous les hommes ne seraient-ils pas sauvés, si Dieu » veut qu'ils le soient' tous), que cela suffise. » Le saint docteur n'eût certainement pas dit d'une doctrine hérétique : « Si » cela suffit pour résoudre la question^ que cela suffise. »

C'est encore ce que prouve saint Prosper, le fidèle interprète de saint Augustin ; il expose hrièvement et avec soin la pensée de saint Augustin sur ce point, dans sa réponse à la seconde objection de Vincent; voici ses paroles : « Abstraction faite de » la discrétion par laquelle la science divine contient le secret y> de sa justice, on doit tenir pour vrai que Dieu veut le salut » de tous les hommes, on doit le confesser. Aussi l'Apôtre, » qui est le père de cette doctrine , ordorme-t-il avec le plus » grand soin de la conserver avec piété dans toutes les églises, » afin de prier Dieu pour tous les hommes ; s'il s'en perd un » grand nombre, c'est par leur faute; quant à ceux qui se y> sauvent, et le nombre en est grand, c'est un don de celui » qui les sauve. » Donc, 1 . saint Prosper reconnaît que Dieu a la volonté sincère de sauver tous les hommes; 2. il tire cette volonté du précepte que l'Apôtre impose de prier pour tous les hommes, il la tire aussi de la pratique de l'Eglise, qui observe ce précepte, et il affirme qu'il faut croire d'une foi sincère cette volonté divine, qu'il faut professer cette croyance sans que le conseil secret de Dieu, par lequel il en est qui sont gratuitement prédestinés, ait rien à en souffrir ; 3. il tire deux corollaires de ces deux vérités : le premier, c'est qu'il s'en perd beaucoup, et que ceux qui se perdent le font par leur faute, parce que Dieu, de son côté , veut sincèrement leur salut , et qu'il leur fournit les moyens nécessaires pour le faire ; le second , c'est qu'il s'en sauve un grand nombre, et que ceux qui se sauvent ne le sont que par un don de Dieu , parce que Dieu a gratuitement choisi et prédestiné tous ceux qui se sont sauvés, de sorte qu'il n'y en aurait aucun de sauvé si Dieu n'en eut miséricordieusement prédestiné aucun.

Nous ajouterons, aux docteurs que nous venons de citer, l'auteur du livre de la Yocation des Gentils, dont nous avons déjà parlé; il le prouve (liv. I, c. 12) par la pratique de l'Eghse et le sens de ces paroles de l'Apôtre : « Dieu veut le salut de » tous les hommes: » paroles qu'il faut entendre de tous les hommes, sans exception; voici comment il s'exprime, liv. II, c. 30 : c( Demeurons inébranlablement appuyés sur trois défi—

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