‹ Théologie dogmatique (volume 2)Chapitre 56 sur 74 · TROISIÈME PARTIE. GHAP. H · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. GHAP. H

» nitions infiniment vraies et souverainement salutaires , dont » Tune confesse que le propre de la bonté divine est, de toute » éternité, de vouloir le salut de tous les hommes. »

Les Pères du concile de Carisia, tenu pour condamner le moine prédestinatien Gottescbalk, déclarent (c. III) que « Dieu » tout-puissant veut le salut de tous les hommes, bien qu'ils » ne se sauvent pas tous (1). » On peut voir Tournely pour ce qui est des autres témoignages des Pères , que nous ne citons pas dans la crainte d'être trop long, surtout ceux du Maître - des Sentences, de saint Thomas, de Scot, de saint Bonaventure et d'une foule d'autres, qui affirment clairement que Dieu veut sincèrement le salut de tous les hommes, pourvu qu'ils le veuillent eux-mêmes d'une volonté prévenue par la grâce de Dieu (2),

Nous prouvons invinciblement la seconde partie de notre conclusion, dont l'objet est d'établir que Jésus-Christ est mort pour tous les hommes , et qui confirme de plus en plus la première par les paroles de l'Apôtre, Rom., V, 18; il dit : « Comme c'est par le péché d'un seul que tous les hommes » sont tombés dans la condamnation (que la culpabilité du » péché s'est introduite), c'est aussi par la mort d'un seul que » tous les hommes ont recouvré la justice (que s'est introduite » la rédemption, pour ce qui est de Jésus-Christ); » il dit encore plus clairement, Il Cor., V, 14 : « Si un seul est mort » pour tous, donc tous sont morts. » De là nous argumentons comme il suit : D'après l'Apôtre , Jésus-Christ est mort pour tous ceux qui sont morts en Adam; or, tous et chacun sont morts en Adam (la B. V. Marie seule exceptée, en vertu d'un privilège spécial (3) ; donc Jésus-Christ est mort pour tous et chacun.

Ceci trouve une nouvelle force , soit dans d'autres passages de l'Ecriture sainte, tels V. G. que ces paroles, I Jean, II, 2 : a. Il est lui-même la propitiation pour nos péchés (c'est-à-dire » de tous les fidèles) ; non pas seulement pour les nôtres, mais » encore pour ceux du monde tout entier, etc.; » soit dans

(1) Voy. LaLbc, tom. VIII, col. 57, avec l'observ. de Philippe Labbe.

(2) De Dieu, qiiest. 17, art. 10, concl. 3.

(3) Perrone croyait au dogme de l'Immaculée Conception longtemps avant qu'il fût proclamé; aussi a-l-il énorgiquemont travaillé à eu avaucor le moment précieux pour les enfants de Maiie et pour rE{;5liie entière, même pour le cie:. N. T.

ceux des Pères. Voici ce que dit saint Léon-le-Grand, I serm. sur la Nat., c. 1 : « Comme il n'en a trouvé aucun d'exempt » du péché, aussi est-il venu les délivrer tous (1). » Saint Ambroise, serm. VIII sur le Ps. CXIII, n. 37, s'écrie : «Ce » soleil de justice s'est levé pour tous, il est venu pour tous, il

y> a souffert pour tous, il est ressuscité pour tous Si quel-

» qu'un ne croit point en Jésus-Christ, il se prive du bienfait y> général, absolument comme celui qui ferme une fenêtre » pour ne pas jouir des rayons du soleil, et ce n'est pas parce » qu'il s'est privé de ses rayons que le soleil ne s'est pas levé » pour tout le monde. (2). » Voici ce que dit saint Augustin, expl. du Ps. XCV, n. 1 5 : « Il jugera dans son équité l'univers » tout entier, et non pas une partie, parce qu'il n'en a pas seu- » lement racheté une partie; il doit tout le juger, parce qu'il Ta » tout racheté ; » il tient encore çà et là le même langage dans ses autres ouvrages, surtout dans celui contre Julien, liv. IX, c. 4 ; il y dit que Jésus-Christ est mort pour tous les hommes, afin de prouver, par ce moyen, que tous ont contracté la souillure originelle, et il dit : ce Un seul est mort pour tous, donc » tous sont morts. » Voyez qu'il a voulu (l'Apôtre) être conséquent, afin de nous faire comprendre que tous sont morts, si un seul est mort pour tous. Comme ils ne sont pas morts dans leur corps, il s'ensuit qu'ils sont morts dans le péché, si Jésus- Christ est mort pour tous, ce que ne doit pas nier, ce dont ne doit pas douter celui qui ne nie pas, qui ne doute pas qu'il soit chrétien. Si tout le monde n'avait regardé comme une chose prouvée et certaine, en ce temps là, que Jésus-Christ est réellement mort pour tous les hommes, sans exception, l'argument employé par saint Augustin n'eût été d'aucune valeur pour étabhr que le péché originel s'est propagé dans tous les hommes, sans exception. Saint Prosper, son disciple, pensait absolument comme lui ; voici ce qu'il dit dans sa Réponse azc IX chap. des Gaulois : « Comme il est très-exact de dire que le » Sauveur a été crucifié pour la rédemption du monde entier, » parce qu'il a véritablement pris la nature humaine et parce f> que tous les hommes s'étaient perdus dans le premier; on » peut dire pourtant qu'il n'a été crucifié que pour ceux à qui » sa mort a servi;... il a versé son sang pour le monde, et le

(1) Edit. Ballerini, serm. XXI.

(2) Ce texte vaut la peine d'être lu tout entier; nous le recommandons au lecteur.

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