TROISIÈME PARTIE. CHAP. H
» monde n'a pas voulu se laisser racheter. )> Donc Jésus-Christ, d'après le saint docteur, a été crucifié pour tous, et il les a tous sauvés, sans exception, en ce qui le concerne, bien que, de fait, il n'y ait de sauvés que ceux qui s'appliquent ce fruit A)mmun de la rédemption par les bonnes œuvres qu'ils font avec le secours de la grâce qui les prévient. Ceci est en rapport avec ce que dit le concile de Trente, sess. VI, c. 3 : «Mais, » bien que Jésus-Christ soit mort pour tous, tous ne parti- » cipent pourtant point au bienfait de sa mort ; ceux-là seuls » y participent qui communiquent aux mérites de sa passion. » Certes , s'il en est pour le salut desquels Jésus-Christ ne soit pas mort, ce sont ceux qui n'ont point part aux mérites de sa passion; or, d'après le concile de Trente, Jésus-Christ est mort pour eux; donc, lorsque le concile de Trente dit que Jésus-Christ est mort pour tous les hommes, il les entend tous, sans en excepter un seul.
Objections dirigées contre la volonté que Dieu a de sauver
tous les hommes,
L Ohj, 1. S'il était constant, d'après l'Ecritm^e, que Dieu veut le salut de tous les hommes, sans exception, ce serait parce qu'il y est dit de temps en temps que Dieu veut que tous soient sauvés; or, 2. cette raison est de nulle valeur, parce que le mot tout ne signifie pas réellement tous, mais seulement un grand nombre, comme on le voit, Gen., YI, 12 : « Toute » chair avait corrompu sa voie , » ainsi qu'en plusieurs autres endroits. 3. Mais ce qui fait disparaître tout doute à ce sujet, c'est que l'Ecriture elle-même suppose clairement le contraire, puisqu'il y est dit, antérieurement à tout mérite, Malach., I, 1, 2, 3 : « J'ai aimé Jacob, et j'ai haï Esaù; » et, Exod., X, 27 : « Dieu endurcit le cœur de Pharaon. » Donc :
Rép. 1. D. Maj. Ce serait aussi, C. ce serait seulement, N. Car nous l'avons souvent prouvé par l'antithèse que l'Apôtre étabht entre Jésus-Christ et Adam, comme aussi par les paroles de saint Pierre, qui nous fait connaître dans quel sens Dieu veut le salut de tous les hommes, et c'est parce qu'il veut qu'il n'en périsse aucun, et qu'ils reviennent tous à la pénitence; c'est enfin parce que les Pères et l'Eglise interprètent de la sorte les passages que nous avons cités , et leur conservent leur sens natui'el sans rien retrancher de leur force.
Rép, 2. N. Quant à la preuve, D. quelquefois, C toujours et précisément dans le cas dont il s'agit, N,
Rép. 3. N, Quant à la première preuve, D. Dieu haït Esaû^ comparativement à Taffection bien plus grande qu'il avait pour Jacob, et cela, dans l'ordre des biens temporels, C. absolument et dans l'ordre du salut éternel, N. (1). Si l'Apôtre rapporte (Rom., IX, 13) les paroles de Malachie pour prouver que la vocation à la foi est gratuite de la part de Dieu , il ne les rapporte que comme type, ainsi que le prouve le contexte (2).
Quant à la deuxième preuve, D. il l'endurcit négativement ou indirectement en le privant de grâces spéciales, C, positivement et directement, iV. Car il l'endurcit, comme le dit saint Augustin, ce non pas en rendant leur cœiu: mauvais (des » Egyptiens), mais en faisant du bien à son peuple, ce qui » rendit spontanément leur cœur mauvais et le remplit de » haine (3). »
I. Inst, Saint Augustin entend dans un sens restreint et limité le passage de saint Paul : c( Dieu veut le salut de tous » les hommes, » et il le fait pour trois raisons : 1 . Il dit, dans le livre de la Prédestination des saints, c. 8, que Dieu veut le salut de tous les hommes, en tant qu'il veut que tous ceux-là soient sauvés qui le sont réellement, c'est-à-dire tous les élus, 2. n dit, dans son Catéchisme, c. 105, que ce mot tous, dans le texte de l'Apôtre , doit s'entendre des genres de chacun , et non de chacun des genres, ou distributivement. 3. Il dit, dans son liv. de la Corr, et de la grâce, c. 1 5, qu'il faut entendre les paroles de l'Apôtre, non pas de la volonté formelle que Dieu a de sauver tous les hommes, mais d'une volonté causale, en tant que Dieu nous fait vouloir le salut de tous les hommes.
Rép, Z). il. n le fait pour exclure l'interprétation des pélagiens et des semi-pélagiens , C. pour exclure notre manière d'interpréter la volonté générale et antécédente, N. Car saint Augustin n'a jamais diminué en rien la volonté générale et antécédente que Dieu a de sauver tous les hommes ; il la suppose même toujours dans les passages où il parle de la mort que
(1) Voy. Corneille à la Pierre, sur ce pass., n. 54 et suiv., et d'après lui, Tirinus.
(2) Voy. Bernardin de Pecquigny, Triple comm., sur ce pass.
(3) Comm. sur le Ps. 104, n. 17 ; Dissert. crit. sur saint Thomas, par P. de Rubéis, de l'ord. des préch., diss. VI, c. 7.
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Jésus-Christ a endurée pour tous les hommes, de la grâce suffisante qu'il a accordée à tous , de même que dans les passages que nous avons cités plus haut ; mais ce qu'il a réprouvé, c'est l'abus que faisaient de ce texte soit les pélagiens, qui en concluaient que Dieu veut le salut de tous les hommes, s'ils veulent être sauvés, non pas par le secours de la grâce, dont ils niaient la nécessité, mais par leurs propres forces; soit les semi-pélagiens, qui admettaient, à la vérité, la nécessité de la grâce pour faire une bonne œuvre, mais qui pensaient qu'elle n'était pas nécessaire pour en avoir le désir, la vouloir et la commencer; soit parce que ces mêmes hérétiques ne reconnaissaient en Dieu aucune prédilection pour les élus, et enseignaient que Dieu veut le sïdut de tous les hommes de la même manière^ œque, qu'il le veut d'une manière absolue, efficace. Aussi, saint Augustin répondait avec justesse que Dieu veut le salut des seuls élus d'une volonté absolue, efficace et conséquente.
II. Inst. Saint Augustin a toujours rejeté comme entachée de pélagianisme cette volonté générale de Dieu de sauver tous les hommes.
Rép. D. A. Dans leur sens, C. dans le sens catholique, N.
ni. Inst. Donc, par le fait même que cette volonté générale a plu aux pélagiens et aux semi-pélagiens , elle est suspecte ; par conséquent il faut la rejeter.
Rép. iV. C. Car il est constant que tout ce que les hérétiques enseignent (de l'aveu même de Jansénius, de la Grâce chrét., liv. YIII, c. 21) n'est pas hérétique, car tous les hérétiques sont dans l'usage de confondre l'erreur avec la vérité et de tout troubler par ce mélange, afin de glisser plus sûrement leur poison sous les apparences du miel de la vérité (1). Il faut donc rejeter cette volonté générale en tant qu'elle est entachée d'erreur dans le sens des pélagiens , et l'admettre en tant que, d'après les principes des catholiques, elle est catholique.
rV. Inst. Les pélagiens n*étaient pas si insensés que d'admettre en Dieu une volonté efficace de sauver tous les hommes, telle qu'elle est en lui, et qui pourtant ne s'accomplit pas; car
(1) Bossuet avoue, lui aussi (Préface sur l'expl. de l'Apoc), que l'erreur est toujours foudée sur une vérité dont ou a abusé; Massillon dit aussi, Disc. BUT la vérité de la l'L'lig., que l'erreur n'est qu'une mauvaise imitation de la vérité; ce qui fait dire au comte de Maistre, Eclaircissements sur les sacrifices, chap. 3, note : « L'erreur ne peut être que la vérité corrompu»;, c'eslr » à-dire une pensée procédant d'un principe intelligent, plus ou moind dô- D gradé. »
ils savaient parfaitement que la volonté efficace de Dieu s'accomplit toujours : donc ils erraient en tant qu'ils admettaient cette volonté générale antécédente de sauver tous les hommes, pourvu qu'ils le veuillent.
Rép. Tr, A, D. Cons. Es erraient, en ce qu'ils admettaient la volonté générale de sauver tous les hommes, pourvu qu'ils le veuillent par les forces de la nature, C, par celles de la grâce, iV. Car c'est là leur première erreur, que comhat toujours saint Augustin.
V. hîst. La volonté antécédente et conditionnelle ne s'accomplit pas toujours; or, saint Augustin ne reconnaît en Dieu aucune volonté véritable qui ne s'accomplisse pas. Il dit en effet, dans son Catéchisme, c. 95 : ce On verra dans la lumière étincelante de la sagesse... combien est certaine, immuable et efficace la volonté de Dieu, combien de choses il peut et ne veut pas faire, et combien est vrai ce qui se chante dans le Psaume : Tout ce quil a vouluj il l'a fait. Ceci ne serait certainement pas vrai, s'il avait voulu quelque chose et qu'il ne l'eût pas fait; et, ce qui est plus indigne encore, qu'il n'a pas fait ce qu'il voulait faire, parce que la volonté de l'homme l'en a empêché. Et, si nous ne croyons pas cela, ajoute-t-il, c. 96, le premier article de notre foi, par lequel nous avouons que nous croyons que Dieu le Père est tout-puissant, est en danger. )) Il le confirme (c. 97) par l'exemple des petits enfants qui meurent sans baptême, desquels on ne peut pas dire qu'ils n'ont pas été sauvés parce qiiils ne l'ont pas voulu; et, après avoir cité les paroles de Jésus-Christ : « Combien de fois ai-je voulu réunir tes en- » fants,... » il s'écrie : ce Et où est cette toute-puissance qui » fait tout ce qu'elle veut dans le ciel et sur la terre, s'il a » voulu réunir les enfants de Jérusalem et s'il ne l'a pas fait? » Enfin, après avoir (c. 103) exposé les trois interprétations du texte de l'Apôtre, ce Dieu veut, etc., » il ajoute que l'on peut admettre laquelle que ce soit de ces interprétations, pourvu, toutefois, que nous ne soyons pas obligés de croire que Dieu tout-puissant a voulu faire quelque chose et qu'il ne l'a pas fait. Donc :
Rép. Z). Min. Saint Augustin n'admet en Dieu aucune véritable volonté simplement absolue, efficace et conséquente, qui ne s'accomplisse pas, C. il n'en reconnaît aucune efficace du côté de Dieu, mais conditionnelle du côté de l'homme, qui ne