‹ Théologie dogmatique (volume 2)Chapitre 58 sur 74 · TROISIÈ-AIE PARTIE. CHAP. H · texte numérisé non relu

TROISIÈ-AIE PARTIE. CHAP. H

s'accomplisse pas, N. Ce qui le prouve, c'est que saint Augustin se proposait, dans les passages qu'on nous objecte, de réfuter les pélagiens, qui n'admettaient aucune volonté absolue, efficace et conséquente de sauver les élus , et qui soutenaient qu'en Dieu toute volonté est conditionnelle, et que la condition vient de la créature, et cela, des seules forces du libre arbitre, ajoutant que Dieu ne peut pas sauver les hommes sans ces conditions naturelles; pour étayer cette erreur, ils abusaient du texte de l'Apôtre et des paroles de Jésus-Christ : « Combien » de fois ai-je voulu... et tu n'as pas voulu, w Au reste, ce qui prouve que saint Augustin a admis cette volonté générale, antécédente et efficace du côté de Dieu, mais conditionnelle du côté de l'homme, de sauver tous les hommes, c'est ce qu'il dit dans ce même Catéchisme, c. 102 ; ce saint docteur y parle de la volonté que Dieu a de sauver tous les hommes, dans les mêmes termes qu'il y parle de celle qu'il a de sauver tous les anges; or, de l'aveu de Jansénius lui-même (de la Grâce chrét., liv. X, c. 1), ce Dieu a eu une volonté générale de bien- )) veillance envers tous les anges, et il a voulu, par cette vo- » lonté générale, autant qu'il était en lui, la béatitude éternelle » de tous les anges, et par conséquent il leur a donné à tous les » moyens nécessaires pour acquérir cette béatitude ; » cependant ils ne se sont pas tous sauvés; elle ne s'est pas accomplie en eux tous, cette volonté de Dieu. Donc :

VI. Inst. On ne peut pas considérer Dieu comme voulant même conditionnellement le salut de tous les hommes, s'il lui appartient de poser la condition, c'est-à-dire de conférer la grâce efficace, et s'il ne la pose pas. Or, donc :.

Bép. D. Maj. Si la condition dépendait de lui seul, C. si elle dépend en même temps d'un autre, N. Je distingue la mineure de la même manière. Dieu peut poser la condition en accordant la grâce efficace de manière que cette condition existe dans l'acte second, selon le langage de l'école, ou dans le libre consentement de l'homme, C. de manière que cette condition afiPecte l'acte premier, ou qu'elle soit efficace par elle-même, comme le prétend Jansénius, et qu'elle rende nécessaire la volonté de l'homme, N. Il suffit, par conséquent, pour ce qui concerne Dieu, que l'on puisse dire de lui qu'il a véritablement la volonté antécédente de sauver tous les hommes, s'il leur accorde des grâces véritablement suffisantes, au moyen desquelles ils se sauveront tous de fait, s'ils unissent à ces grâces

leur consentement; et c'est ce que Dieu fait, comme nous le démontrerons en son lieu, et comme, de Taveu de Jansénius, il Ta fait pour tous les anges.

Yn. hist, La volonté antécédente et la volonté conséquente en Dieu semblent être en opposition Tune avec l'autre ; car il s'ensuivrait que Dieu veut et ne veut pas le salut de tous les hommes. Donc :

Rép. D. A. Elles sembleraient être en contradiction Tune avec l'autre, si elles n'avaient qu'un seul et même objet envisagé au même point de vue, C. mais si on l'envisage sous divers points de vue, N. Ajoutez à cela que Dieu, d'après Jansénius, a eu l'une et l'autre volonté pour ce qui concerne et les anges et le premier homme.

II. Ohj. 1. La volonté antécédente, d'après saint Thomas, est celle qui fait abstraction de toutes les circonstances de créatures; 2. elle ressemble à celle qu'a le juge de sauver l'homme qui a commis un homicide; et 3. elle n'a d'effet que par son union à la volonté conséquente, comme le dit ce même docteur (liv. I, Sent., dist. XLYII, quest. 1, art. 2; et quest. 4, d'après le même docteur, p. 1, quest. 19, art. 6, à la 1); il faut plutôt l'appeler ve//e%e, volonté, secundum quid, que volonté véritable ; donc , d'après saint Thomas , cette volonté de Dieu, qui est antérieure au péché originel, n'est qu'une velléité stérile et oiseuse. 5. Ce n'est qu'une volonté de pure complaisance, telle que celle par laquelle Dieu veut le salut des démons et des réprouvés.

Mp. 1. Z). Elle fait abstraction des circonstances de créatures personnelles de mérite et de démérite , de consentement ou d'opposition à la grâce, et des circonstances particulières, C. dés circonstances communes à la nature, savoir, du péché originel, iV. Car le saint docteur enseigne clairement, dans les deux passages cités, que la volonté conséquente de Dieu est celle qui suppose la prescience des œuvres; donc, d'après lui, la volonté antécédente est celle qui fait abstraction de cette prescience des œuvres; et, comme il le dit au même endroit, c'est celle qui fait abstraction du consentement ou de la résistance à la grâce.

Rép, 2. /). Si la similitude était adéquate, C, si elle ne l'est pas, iV. Mais, comme le dit Gonet lui-même, cette similitude n'est pas adéquate sur tous les points, elle ne l'est que sur quelques-uns. Ainsi le juge, en vertu de sa prévoyance parti-

culière , ne prépare aucun moyen au coupable d'échapper à la peine capitale, pendant que Dieu, au contraire, en vertu de sa prévoyance générale, donne à tous les hommes, par la volonté antécédente, par laquelle il veut le salut de tous, leur donne les moyens nécessaires et suffisants pour faire leur salut (1).

Rép. 3. D, L'effet principal, savoir, le salut, C, l'effet moins principal, savoir, la collation de la grâce nécessaire au salut, N. Rép, i, D. Comparativement à la volonté conséquente et en tenant compte, comme il le dit lui-même, de toutes les circonstances particulières , C, en soi , iV. Ceci est tellement vrai, d'après la pensée du saint docteur, que, d'après lui, la volonté de bon plaisir, bien qu'antécédente, est actuelle, et son effet, dit-il, est l'ordre même de la nature, qui a pour fin le salut et tout ce qui est communément proposé à tous les hommes, comme propre à les conduire à leur fin, soit naturelle, soit gratuite. Aussi le saint docteur, toujours conséquent avec luimême, ajoute-t-il, soit ailleurs, soit dans sa Somme contre les Gentils, liv. III, c. 159 : ce Dieu est prêt, en tant qu'il est en lui, à donner la grâce à tous les hommes, car il veut le salut de tous ; il veut que tous ils arrivent à la connaissance de la vérité; » comme le dit l'Apôtre, I à Timoth., Il : « Et ceuxlà seuls sont privés de la grâce qui y mettent obstacle, comme c'est la faute de celui qui ferme les yeux, lorsque le soleil éclaire le monde, si, pour ce fait même, il lui arrive quelque malheur, bien qu'il ne puisse voir qu'autant que la lumière du soleil l'éclairé préalablement. )) Nous ferons observer ici, en conséquence, que ce ne sont pas les seuls molinistes, comme l'ont dit quelques docteurs, qui accordent à tous les hommes, à pleines mains, les secours suffisants.

Rép, 5. D. C'est-à-dire telle qu'il l'eut véritablement avant leur damnation, C. après leur damnation, N.

Inst. 1. La volonté conditionnelle est indigne de Dieu. 2. Si

(1) Gonet (tom. 1, diss. 4, de la Volonté de Dieu, art. 3, § 2,ii. 83), où après 8*être objecté l'exemple ou plutôt la parité da marchand, qui n'est pas censé avoir la volonté sincère de conserver ses mariiliandises , lorsqu'il les jette à la mer pour échapper au naufrage, répond, en niant la parité : « Parce » que le marchand, dit-il, est une personne particulière, qui n'a en vue qu'un t) bien particulier et utile, et non un bien général et commun à tout l'nni- D vers, ce qui fait que s'il avait en son pouvoir les moyens nécessaires pour » conserver ses marchandisos, lorsque la tempête menace, et que pourtant » il ne les employât pas ou qu'il négligeât de le faire , il serait censé ne pas i avoir la volonté vraie et siucère de les conserver. Mais Dieu est la cause 0 générale, c'est lui qui pourvoit à tout, etc. » Cf. iljid.

Dieu voulait réellement le salut de tous les hommes , il serait inutile de le prier pour le salut de tous ; or, d'après TApôtre, nous devons le prier pour tous. Donc :

Rép. 1. D. Si la condition venait de Dieu lui-même, Tr, ou C. si elle vient de l'objet, N.

Rép. 2. N. Maj. Car Dieu peut vouloir le salut de tous les hommes, à condition que nous le prierons. J'ajouterai que nous prions pour l'Eglise, pour demander notre pain de chaque jour, bien que Dieu ait promis et la stabilité de l'Eglise et notre pain quotidien (1).

Objections dirigées contre cette proposition : Jésus-Christ est mort pour tous les hommes.

I. Obj. 1 . S'il était constant que Jésus-Christ est réellement mort pour tous les hommes , ce serait parce qu'on lit çà et là, dans l'Ecriture, que Jésus-Christ a souffert pour tous, qu'il s'est donné lui-même pour le rachat de tous, et autres choses de ce genre. Or, de ces mots tous^ pour tous, etc., on ne peut rien conclure, vu qu'il est démontré que ces mots ne s'étendent que, ou à un petit nombre, ou à un grand nombre ; ainsi on lit dans saint Jean, c. XII, 32 : ce Si je suis élevé au-dessus de la » terre, j'attirerai tout à moi; » dans saint Jean, I, 9 ; « Il ï) était la lumière véritable qui illumine tout homme venant » en ce monde; » dans I Cor., XV, 22 : a Comme tous » meurent en Adam, tous seront vivifiés en Jésus-Christ, bien » que de fait Jésus -Christ n'ait pas attiré à lui tous les » hommes, qu'il ne les ait pas tous illuminés , qu'il ne les ait » pas tous vivifiés. » Donc :

Rép. D. Maj. ou même C. seulement, je nie que ces paroles soient rappelées dans les preuves, N. Min. quant à la preuve, D. l'Ecriture restreint et limite souvent ces paroles, Tr. elle les limite toujours et dans le cas présent, N. Car il est absurde de dire qu'il ne faut jamais prendre dans leur signification vraie et donner toute leur étendue à ces mots tous, etc., parce que ces mêmes mots sont quelquefois limités.

I. Inst. L'Ecriture limite ces mots dans le cas dont il s'agit ici, si Jésus-Christ affirme expressément qu'il est mort pour un grand nombre; or En effet, Matth., XX, 28, Jésus- Christ atteste « qu'il est venu donner sa vie pour le rachat d'un

(1) Voy. Tournely, de Dieu, ouest. 19, art. 10, concl. 3.

y> grand nombre; » et (XXYl, 28) : « C'est là le sang de la nou- » velle alliance , qui sera versé pour la rémission des péchés y> d'un grand nombre; y> ou, comme il est écrit dans saint Luc, XXn, 20 : c( Qui sera versé pour vous; » et, dans Tépître aux Hébreux, IX, 28 : ce Jésus-Christ s'est offert une seule » fois pour expier les péchés d'un grand nombre. » Donc :

Bép. Dist. Maj. Si Jésus-Christ dit qu'il est mort pour un grand nombre, de manière que ce mot un grand nombre suppose qu'il est mort pour tous, C. pour un grand nombre seulement,/e dist. encore, effectivement, C. affectivement, A^. Je dist. pareillement la mineure. C'est pourquoi, comme l'observe saint Augustin , ouv. de l'Imperf., liv. II, c. 175 : « Il ne réy> pugne pas que tous signifie beaucoup, parce que tous n'est » pas un petit nombre, mais un grand nombre. » Enfin nous accordons que Jésus-Christ n'est réellement, quant à l'effet ou au salut dans l'acte second , mort que pour un grand nombre, parce que, de fait, tous ne se sauvent pas; mais nous prétendons que, quant au désir ou à l'intention qu'il avait d'obtenir et d'apphquer les moyens nécessaires dans l'ordre du salut, il est mort pour tous, sans exception. S'ils ne se sont pas tous sauvés, la faute en est aux réprouvés (1). Il ne faut pas oublier non plus qu'en coUalionnant le texte de saint Matthieu avec le texte de saint Luc, il est évidemment constant que Jésus-Christ a aussi versé son sang pour les réprouvés, puisque Judas, qui, de l'avis de tout le monde, est réprouvé, était un de ceux qui communièrent ; et pourtant Jésus-Christ dit : a Qui sera versé pour vous. » Donc :

II. Inst. Or, rEcriture restreint le mot tous à un grand nombre, de manière qu'on n'entende par là que les élus; car il est dit, Apoc, V, 9 : ce Vous nous avez rachetés à Dieu de tous » les pays et de toutes les langues, etc.; » et, dans saint Jean,

(1) La solution que plusieurs docteurs donnent à cette question, et par laquelle ils disent que Jésus-Christ est mort pour tous les hommes, quant à la suffisance, et non quant à l'efficacité ou l'effet, ne nous parait pas assez exacte. S'il ne s'agissait, en effet, que du prLx payé par Jésus-Christ, il n'y aurait plus matière à controverse avec les jansénistes. Car ils accordent volontiers que le prix du sang de Jésus-Christ suffit pour racheter les péchés de tous les hommes, et, qui plus est, même des damnés et des démons. M.iis toute la controverse consiste en ce point, savoir, si Jésus-Christ a payé un tel prLx pour méritera tous les hommes les grâces nécessaires au salut, oui ou non, et en outre s'il les a réellement méritées avec l'intention de les conférer à. tous les hommes ou seulement de les offrir, sans les accorder réellement, comme il en est quelques-uns qui le pensent.

594 TRAITÉ DE DIEU ET DE SES ATTRIBUItté

X, 15 : « Je donne ma vie pour mes brebis (1) ; etc.; » Matth.^, XV, 24, Jésus-Christ dit ouvertement a qu'il n'a été envoyé » que vers les brebis qui s'étaient perdues dans la maison » d'Israël. » Donc :

Rép, D, A, Que pour les élus, quant à l'efficacité dans l'acte second, ou quant à l'effet, C, quant à l'efficacité dans l'acte premier, et quant à la concession de la grâce nécessaire, N. La réponse est claire, d'après ce que nous avons dit. Donc, lorsque l'Ecriture semble restreindre le bienfait de la rédemption , ou lorsqu'elle dit que Jésus-Cbrist est mort pour les élus ou-pour ses brebis, comme dans les passages cités; ou lorsqu'il dit ailleurs qu'il est mort pour ceux qui croient en lui, afin que quiconque croira en lui ne se perde pas ; ou pour ceux qui sont dans l'Eglise : ce Qu'il s'est livré lui-même pour elle; » ces choses ne sont pas dites dans un sens exclusif, mais bien dans un sens précisif; c'est-à-dire que l'Ecriture affirme précisément que Jésus-Christ est mort pour les élus, dans le sens que nous avons dit; elle ne nie pas pour cela qu'il soit mort pour les autres, mais ici elle n'en parle pas , et , comme nous l'avons vu , elle en parle dans plusieurs autres endroits. Par conséquent, Jésus- Christ a racheté tous les hommes, il en a appelé un grand nombre , il en a sauvé un petit nombre , parce que tous sont appelés à leur manière : un grand nombre croient et un petit nombre persévèrent.

m. Inst, Jésus-Christ n'est mort que pour ceux-là seuls pour lesquels il a prié ; or, il a prié pour les seuls élus ; car Jésus-Christ (Jean, XYII, 9) prie ainsi son Père : « Je ne prie » pas pour le monde, c'est pour ceux que vous m'avez donnés » que je prie. » Donc :

Rép, D, Maj. Il n'a prié que pour les seuls apôtres ou les seuls prédestinés dans cette prière particulière, Tr, il n'a jamais prié pour tous, N. Mais, en admettant même qu'il n'aurait prié, dans les passages cités, que pour les seuls prédestinés, que pourrait-on en conclure, à moins de prouver qu'il n'a jamais prié pour tous les autres. Mais tant s'en faut qu'on le prouve; c'est bien plutôt le contraire qui est constant; car, dans cette même prière, il prie pour tous ceux qui doivent croire; voici comment il s'exprime : ce Ce n'est pas

(1) Nous ferons observer que le mot meis, mes, ne se trouve pas dans le grec.

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