TROISIÈME PARTIE. CHAP. H
» pour eux seuls que je prie, mais je prie encore pour tous » ceux qui croient en moi par le ministère de leur parole; )> (v. 21), il prie « pour que le monde croie, parce que tu m'as y) envoyé; » (Luc, XXIII, 34), il prie pour ses bourreaux: « Mon Père , pardonnez-leur ; » nous lisons encore ailleurs : « Il passait la nuit à prier Dieu (Luc, VI, 12). » Donc :
IV. Inst. 1 . Si Jésus-Christ eût prié pour tous les hommos, il eût, de fait, obtenu le salut de tous, puisque son Père exauce toujours sa prière : a Je savais, dit Jésus-Christ lui-même, que » vous m'exaucez toujours ; » et il est dit de Jésus-Christ, dans Tépître aux Hébreux, V, 7 : « Et il a été exaucé à cause de son » humble respect pour son Père ; » or, tous ne sont pas sauvés. 2. Il faut donc conclure, avec Jansénius, que Jésus-Christ n'a prié que pour quelques-uns pour qu'ils fussent sauvés; pour d'autres, afin qu'ils fussent justifiés; pour d'autres, afin qu'ils crussent sans la charité, et que c'est dans le même sens qu'il a soufîert pour ces trois diverses classes d'hommes, qu'il est mort aussi pour elles, et ainsi tout s'entend (1).
Bép. D. S^Iaj. Si la prière de Jésus-Christ n'eut pas toujours été d'accord avec la volonté de son Père, C. si elle a toujours été d'accord avec la volonté de son Père, N. Mais comme on distingue deux volontés dans le Père ou en Dieu, une volonté antécédente et une volonté conséquente , d'après ce que nous avons dit, relativement au salut de l'homme, c'est ce qui fait que Jésus-Christ a toujours prié dans le sens de cette double volonté divine, et que toujours il a été exaucé. Ce qui le prouve d'une manière catégorique , c'est la prière même qu'il fit dans le jardin des Oliviers; voici ses propres paroles : c( Mon Père, faites, s'il est possible, que je ne boive pas ce y> calice; pourtant, que ce soit votre volonté et non la mienne » qui s'accomplisse; » cette prière était conditionnelle, elle était conforme à la volonté du Père. Donc, comme la volonté antécédente de Dieu est que tous les hommes soient sauvés, et que sa volonté conséquente est qu'en prévision des mérites de chacun ils ne le soient qu'autant qu'ils auront bien usé jusqu'à la mort des grâces qu'ils auront reçues ; aussi Jésus-Christ a-t-il prié dans ce même sens et a-t-il toujours été exaucé, bien que, de fait, tous les hommes ne soient pas sauvés.
Rép, 2. Z). Dans l'ordre, toutefois, du salut qu'il se propo-
Cl) De la Grâce chrét., liv, UI, c. 21, p. 164, col. 2.
sait lui-même, et que peuvent obtenir ceux qui croient et qui sont justifiés, pourvu qu'ils usent bien des grâces qui leur sont accordées, C. de manière qu'ils n'obtinssent que les grâces temporelles de la foi et de la justification, à l'exclusion du salut, N. Cela répugne à l'idée de Dieu, car, dans ce cas. Dieu n'accorderait ses grâces que pour damner les hommes d'une manière plus affreuse.
V. Inst. D'après saint Augustin, si elle savait (l'Eglise) quels sont ceux qui sojit prédestinés à aller éternellement avec le démon dans l'enfer, 1 . elle ne prierait pas 'plus pour eux que pour lui (Cité de Dieu, liv. XXI, c. 24). Or, Jésus-Christ connaissait les réprouvés qui étaient prédestinés au feu de l'enfer; donc il n'a pas prié pour eux; 2. il n'est même pas mort pour eux; autrement, il aurait satisfait pour les peines dues aux péchés des réprouvés ^ et par conséquent ils ne pourraient pas être damnés.
Rép, \, D, Maj. Elle ne prierait pas conséquemment à leur damnation qu'elle aurait prévue, C. elle ne prierait pas antécédemment à une prévision de ce genre , N. On distingue la conséquence de la même manière. Jésus-Christ n'a point prié pour leur salut, conséquemment à leur damnation, qu'il avait prévue , (7. mais il a prié antécédemment et abstraction faite de l'usage qu'ils feraient ou ne feraient pas des grâces qu'il a méritées pour eux, N. La réprobation n'est en effet que le résultat de l'abus ou du non usage des grâces; mais, d'i^près saint Thomas, pass. cit., et comme nous le prouverons en son lieu, Dieu accorde à tous les hommes les grâces nécessaires au salut, parce qu'il veut qu'ils se sauvent tous, et il a envoyé son Fils pour qu'il s'offrit lui-même pour tous les hommes ; car il n'a pas épargné son propre Fils, mais il l'a livré pour nous tous, comme le dit saint Paul (Rom., YIII, 32), afin que, <îomme tous sont morts en Adam, ils ressuscitassent tous aussi en Jésus-Christ, autant que cela dépendait de lui.
Rép, 2. Z). Il eût payé conditionnellement les peines dues aux péchés des réprouvés, C. absolument, N. A savoir, que Jésus-Christ mérita par sa passion, pour tous, les grâces par lesquelles les hommes, en en faisant un bon usage, s'appliqueraient les mérites de sa mort, et que, si les hommes remplissaient cette condition, ils obtiendraient la rémission de leurs péchés et seraient sauvés ; que , s'ils ne la remplissaient pas, ils seraient damnés et se perdraient comme sont damnée