‹ Théologie dogmatique (volume 2)Chapitre 60 sur 74 · TROISIÈME PARTIE. CHAP. II · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. CHAP. II

les réprouvés qui ne la remplissent pas; et, s'ils ne la rem- -> plissent pas, c'est parce qu'ils ne veulent jjas; de sorte que personne ne peut dire : « C'est par Dieu qu'il est perdu (EccL, XV, 11), » et que tout homme peut dire, au contraire,' que c'est par lui qu'il est sauvé.

n. Obj. tirée des saints Pères. Saint Augustin (Traité I sur Tép. Jean, n. 8), expliquant ces paroles : « Il est la propitia- » tion.... du monde entier, w entend, par ce mot monde, V Eglise, pour lacpielle seule Jésus-Christ est mort; et Traité LE sur saint Jean, expliquant ces paroles : « J'attirerai tout à » moi, y> il les entend de tous les prédestinés; et encore, liv. XXI de la Cité de Dieu, c. XXIV, expliquant ces paroles de l'Apôtre, Rom., XI : « Il a tout renfermé dans l'incrédulité, » pour avoir pitié de tous , » il dit : « C'est pourquoi il a pitié » de tous les vases de miséricorde,... savoir, de ceux qu'il a » prédestinés, et parmi les Gentils, et parmi les Juifs , qu'il a » appelés, qu'il a justifiés, qu'il a glorifiés, non pas de tous » les hommes, mais il ne doit damner aucun de ceux-là; » parce que, comme il l'écrit à Evodius, lett. CLXIX, et encore Cil : c( Aucun de ceux pour lesquels Jésus-Christ est mort » ne se perd; y) et comme il le dit. Mariage des adult., liv. I, chap. 15 : « Quiconque a été racheté par le sang de Jésusy> Christ est homme, mais tout individu qui est homme n'a pas » été racheté par le sang de Jésus-Christ. » Donc, d'après saint Augustin , Jésus-Christ est mort pour ceux-là seuls qui croient, ou plutôt pour les seuls prédestinés. On peut ajouter à saint Augustin saint Prudence, évêque de Troyes [Petits traités] j saint R jmi, évêque de Lyon, liv. intit. des Trois épît., et liv. intit. Défense de l'Ecrit., où il repousse, comme ahsurde et erroné, le IV* chapitre du concile de Carisia, o\\. il est dit que Jésus-Christ est mort pour tous les hommes; il en est de même du concile de Valence, qui condamne le canon du concile de Carisia, et qui définit que Jésus-Christ est mort pour les seuls croyants; des synodes de Langres et de Tulle, dont les chapitres ont été confirmés par Nicolas I (1). Donc :

Rép, 1. Donc, d'après les auteurs cités, Jésus-Christ est au moins mort même pour les fidèles réprouvés, et par consé-

(1) Jans., tom. m, liv. Ill, c. 21, pag. 103, col. 2. Voyez ausii pag. 165, col. 2, C.

quent il n'est pas mort seulement pour les prédestinés seuls, comme prétend Jansénius, de concert avec les prédestinatiens.

Rép. 2. D, C. Donc, d'après les autorités des Pères et des conciles que l'on vient de citer, Jésus-Christ est mort pour les seuls croyants; bien plus, il est mort aussi pour les élus, pour leur obtenir de fait la foi ou le salut, en union de la volonté conséquente de Dieu, C. il est mort pour les seuls croyants, de manière qu'il n'a pas mérité pour les infidèles et les réprouvés les moyens ou les grâces nécessaires pour arriver à la foi et faire leur salut, en union de la volonté antécédente de Dieu, A^. Pourvu qu'on ne se départe pas de ces principes, il n'est pas difficile de concilier entre eux les passages des Pères et des conciles qui semblent être en contradiction.

Il ne faut pas oublier 1. que les Pères et les conciles ont pour but, dans les passages qu'on nous oppose, de renverser la doctrine erronée et hérétique des pélagiens et des semi-pélagiens sur l'affection que Dieu et Jésus-Christ ont également pour tous les réprouvés et tous les prédestinés , de manière que le choix des uns et des autres, comme nous l'avons souvent fait observer, dépende des seules forces de la nature.

2. Que si ces autorités étaient prises dans leur sens strict, elles seraient contraires aussi à nos adversaires, qui nous accordent que Jésus-Christ a obtenu des grâces au moins temporelles pour les réprouvés.

3. Que le lY® chapitre du concile de Carisia a été condamné par les synodes et de Yalence et de Tulle, et par saint Rémi de Lyon, par suite d'une erreur de fait, pensant que ce concile avait défini que Jésus-Christ est mort pour les hommes de manière à être mort même pour les démons et les ré~ prouvés (1). Quant à Prudence de Troyes, il ne fait point autorité ici, parce qu'il partagea les erreurs des prédestiiiatiens.

(1) Ceci est évident, d'après les paroles mêmes du IV^ can., Ille concile de Valence, Labbe, tora. VIII, col. 136, et eau. IV, conc. de Tulle; il est conçu dans les mômes termes que le can. IV du synode de Valence; ibid., p. 090. Voy. aussi Pétau, liv. XVIU, de l'Incarnation, c. 8 et suiv. Voy. Charles du Plessis d'Argentré, doct. de Sorljonue, Comm. hist, sur la prédest, à la gloire ou à l'enfer, c. 7 et 8, Paris, 1709.

Page 1