QUATRIÈME PARTIE. CIIAP. II
ceux qui sont appelés à la vie éternelle , C. s'il s'agit de ceux qui doivent être sauvés dans l'acte second, N. C'est ainsi qu'i' faut entendre tous les passages de l'Ecriture où il est parlé du livre de vie dans le premier sens, si toutefois il est question de la prédestination dans les passages cités , ce que nient plusieurs interprètes , car il y est plutôt question de la vie présente, comme dans celui de l'Exode, ou de l'état des véritables Juifs, comme dans le Psaume, etc.
Rép, 2. Z). Elle emporte une nécessité conséquente, C. une nécessité antécédente, N. Car, comme raisonne saint Thomas, quest. 23, art. 6, la prédestination est une partie de la providence qui n'a pas préparé les mêmes causes à tous les effets; aux uns, il a préparé des causes nécessaires, de sorte qu'ils doivent nécessairement se réaliser; aux autres, il n'a préparé que des causes libres et contingentes, de sorte qu'ils ne sont pas nécessaires, ils sont seulement contingents et libres; et néanmoins Tordre de la providence est libre. Aussi conclut- il en ces termes : « L'ordre de la prédestination est » certain , et cependant le libre arbitre existe dans sa pléni- » tude; c'est en vertu de cette liberté que résulte l'effet con- » tingent de la prédestination. »
PROPOSITION n.
Personne ne peut savoir, dune manière certaine , s il est prédestiné y sans une révélation spéciale.
Cette proposition est de foi. Yoici en quels termes l'a définie le concile de Trente, sess. VI, can. 16 : « Si quelqu'un dit » qu'il est certain , d'une certitude absolue et infaillible , qu'il » jouira du grand don de la persévérance jusqu'à la fin, sans » le tenir d'une révélation spéciale, qu'il soit anathème; » le même concile avait déjà dit, sess. YI, c. 12 : « Il n est pas 5 possible de savoir, sans une révélation spéciale, quels sont » ceux que Dieu s'est choisis. »
On le prouve encore soit par l'Ecriture , soit par les Pères ; voici ce que dit l'Apôtre, Rom., XI, 20 : « Vous êtes appuyés » sur la foi, ne vous enorgueillissez pas , mais craignez ; » et I Cor., X, 12 : «Que celui qui pense être debout prenne garde a de ne pas tomber. » Aussi conclut-il en ces termes, Philip., II, 12 : « Faites votre salut avec crainte et tremblement. »
Saint Augustin, pour exciter les fidèles à prier et à obtenir,
par ce moyen , le don de persévérance , leur tient le langage suivant dans le livre de la Correct, et de la grâce, c. XIIÏ : « Car, quel est celui des fidèles qui, pendant qu'il est dans » cette vie mortelle , peut présumer qu'il est du nombre des » élus? »
C'est aussi ce que confirme la raison. Car, comme, la prédestination est un acte libre de la volonté divine, personne ne peut le connaître cet acte, à moins que cette même volonté ne le manifeste. Donc :
I. Obj. L'Ecriture suppose partout que nous pouvons être certains de notre prédestination; Jésus -Christ dit en effet, Marc, XI, 24 : a Tout ce que vous demanderez dans vos » prières , croyez que vous le recevrez ; » donc on obtiendra aussi la persévérance. 2. L'Apôtre l'enseigne plus formellement encore, Rom., YIII, 16; il dit : ce L'Esprit a rendu » témoignage à notre esprit que nous sommes les enfants de )) Dieu. Mais si nous sommes ses enfants, nous sommes ses )) héritiers, nous sommes les héritiers de Dieu, et les cohé- » ritiers de Jésus-Christ; » 3. il dit encore, I Thess., I, 4 : « Car nous savons , mes frères bien aimés de Dieu , que vous » avez été choisis. » 4. Il n'est pas étonnant qu'il ait pu écrire de lui-même, Il Tim., IV, 8 : a La couronne de justice m'at- » tend. » 5. Saint Jean tient le même langage que saint Paul; il dit, I ép.. Y, 13 : (( Je vous écris ces choses, pour que » vous sachiez que vous avez la vie éternelle, vous qui croyez » au nom du Fils de Dieu. » Donc :
Rcp. N. A. Quant au premier argument, D. Si nous étions sûrs de bien prier et de persévérer dans la même prière, C. si nous n'en sommes pas sûrs , N. Mais nous ne savons pas si nous pilions comme il faut, dit l'Apôtre, Rom., YIII, 26.
JRép. 2. D, Si nous sommes les enfants, nous sommes les héritiers pour le droit actuel, C. mais que ceci emporte notre persévérance finale dans le même droit, N» Ajoutez à cela que nous ne sommes pas certains d'être Jdc et nunc les enfants de Dieu, ou de posséder la grâce sanctifiante.
Rép. 3. Que vous avez été choisis pour être appelés à la foi, C, à la gloire; je dist. encore, en espérance, C» en réa- Uté, N.
Rép. 4. La couronne de justice est réservée à ceux qui com-
battent généreusement jusqu'à la fin, comme TApôtre l'attendait pour lui, C. absolument, N.
Rép. 5. D. Comme commencement et parce qu'on est appelé à la foi, et peut-être aussi par la grâce, que saint Jean supposait aux fidèles, C. réellement, iV. Certes, combien y en a-t-il qui croient et qui aiment pendant un temps, et qui, le moment de la tentation venu, tombent et se perdent?
ARTICLE II
Des causes et de l'effet de la prédestination.
Nous traiterons brièvement cette question, et cela, parce que nous avons déjà dit la plupart des cboses qui y ont trait. Cependant, nous ajouterons ce qui suit pour mieux faire con naître le sujet dont il s'agit.
Quand on demande quelles sont les causes de la prédestination , il ne faut pas croire que par là on demande quelle en est la cause physique, la cause à priori, car, comme l'observe saint Thomas, p. 1, quest. 23, art. 5 : « Jamais homme ne » fut assez insensé pour dire que les mérites sont la cause » de la prédestination divine, du côté de l'acte de celui qui » prédestine; on demande seulement si la prédestination a j) une cause quelconque du côté de son effet ; et c'est demander » si Dieu a réglé à l'avance qu'il prédestinerait effectivement » quelqu'un en vue de ses mérites. » Il ne s'agit donc ici que de la seule cause morale et méritoire.
Nous avons déjà relaté les erreurs des pélagiens et des semipélagiens sur ce sujet; nous avons aussi fait connaître les opinions des théologiens scholastiques, relativement à la prédestination prise d'une manière inadéquate dans l'ordre de l'intention. Il nous reste, par conséquent, a ajouter que la cause finale de la prédestination c'est la gloire de Dieu, que la cause efficiente c'est le décret éternel de Dieu, que la cause méritoire extérieure ou principale ce sont les mérites de Jésus- Christ, que la cause méritoire interne ou secondaire, au moins quant à l'exécution, ce sont les mérites surnaturels du prédestiné lui-même.
Quant aux effets de la prédestination , nous ferons observer que, pour qu'une chose puisse être considérée comme un effet de la prédestination , il faut 1 . qu'elle vienne de Dieu comme cause prédestinante ; car, à moins qu'elle ne découle de la pré-^
destination comme cause, elle ne peut pas en être l'effet; 2. qu'elle ait une connexion réelle avec la gloire céleste, et que, de fait, elle y conduise, actu. Aussi les effets de la pré- ( destination sont-ils la vocation , la justification et la glorification, d'après les paroles suivantes de l'Apôtre, Rom., YIII : « Ceux qu'il a prédestinés, il les a appelés ; et ceux qu'il a » appelés , il les a justifiés ; et ceux qu'il a justifiés , il les a » glorifiés. » On compte ensuite, parmi les effets de la prédestination, ces biens naturels que Dieu nous a accordés par un effet spécial de sa providence et de son amour, et qui ont pour but la vie éternelle; tels sont l'esprit, un heureux caractère, etc.; selon le langage de l'Apôtre, pass. cit., nous savons que tout contribue au bonheur de ceux qui aiment Dieu , de ceux qu'il a appelés selon son décret pour être saints. Il en est enfin qui y comprennent aussi les maux du châtiment; il en est même quelques-uns qui y comprennent même les maux de la coidpe ou les péchés; non pas par eux-mêmes, et ratione sui, mais, selon le langage de l'école, par accident et en raison des biens qui en découlent, et que Dieu sait en tirer par sa miséricorde et sa puissance, d'après ces paroles de saint Augustin, Cité de Dieu, liv. XIV, c. 13 : « J'ose dire qu'il est utile aux » orgueilleux de tomber dans quelque péché patent et mani- » feste qui fait qu'ils se déplaisent, eux qui sont tombés en se » complaisant à eux-mêmes. » Les larmes que versa Pierre, à cause du déplaisir que lui causa sa faute, lui furent plus salutaires que la complaisance qu'il éprouva lorsqu'il présuma de ses forces. C'est aussi ce que dit le Prophète sacré : « Cou- » vrez leur face d'ignominie, et ils chercheront votre nom, » Seigneur. » C'est-à-dire pour que vous leur plaisiez lors- (ju'ils chercheront votre nom , eux qui se sont plu à chercher le leur. Celui qui désirera acquérir de plus amples connaissances sur ce point, peut consulter Suarez, des Effets de Ig prédestination, liv. III.