PROLÉGOMÈNES. XI
admis à une certaine participation, une certaine communication surnaturelle de Dieu, se divisent en deux catégories, à cause des deux manières dont elles se communiquent.
L'une de ces communions avec Dieu est intérieure et absolue, et celle-ci ne divinise pas seulement, mais elle rend Dieu, de sorte que la nature humaine ne fait qu'une personne avec Dieu, ce qui a eu lieu dans l'incarnation du Verbe. L'autre est extérieure et n'est que partielle; elle ne consiste que dans l'union seule des volontés. Aussi lui donne-t-on ordinairement le nom de communion morale, et elle est la source de laquelle découle toute la sainteté qui se trouve dans les créatures.
Celte union s'opère par deux espèces de moyens. Les uns sont des instruments, et ils opèrent en partie par eux-mêmes, tels que les sacrements de la nouvelle loi, et en partie par la direction qu'ils donnent, tels que la loi et les préceptes de la morale. Il est d'autres causes de cette union qui sont intérieures, et certaines de ces causes constituent ce qu'on appelle la forme ou la cause formelle de la justification et de la sainteté, qui rend saints et les anges et les homm.es : telles sont la grâce sanctifiante, la foi, l'espérance, la charité, de même que toutes les autres vertus infuses. Les autres peuvent être considérées comme une disposition ou une préparation à recevoir cette forme : tels sont tous les secours de la grâce, qui illuminent intérieurement les créatures intelfigentes quant à l'intellect, et les portent, quant à la volonté, à ne vouloir et à ne faire que de bonnes et de saintes actions.
A l'état de sainteté et de grâce est opposé l'état de péché, et, comme on peut mutuellement connaître des choses qui sont opposées, la Théologie est aussi dans l'usage de traiter des péchés.
De celle notion de la Théologie que nous avons tirée de l'illustre Pétau (i), que nous n'avons fait que résumer, et
(1) Voy. Pétau, tome I, des Dogmes théologiques, prolcg. l,c. 1, n. 1 et suiv.
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qui est parfaitement d'accord avec la manièi^e de procéder de saint Thomas (1), on en lire deux choses : la première, c'est que la théologie peut se définir la science de Dieu et des choses qui se rapportent à Dieu d'une manière queU conque; la seconde, c'est la raison et l'ordre des choses que nous aurons à traiter dans ces leçons, et auxquelles désormais nous donnerons tous nos soins.
C'est pourquoi ces leçons de théologie dogmatique comprennent les Traités de Dieu et de ses attributs, delà Trinité, de Dieu créateur, où il est question des anges, du monde et de l'homme dans ses deux états d'innocence et de nature tombée; nous y parlerons aussi de l'autre vie qui lui est réservée. A ces Traités nous joindrons les Traités de l'Incarnation de Jésus-Christ et de sa grâce divine; nous y parlerons aussi de la justification et des mérites, comme aussi des sacrements de la nouvelle loi, soit en général, soit en particulier.
Or, c'est en vainque nous traiterions de toutes ces choses, si , dans le temps déplorable où nous vivons , nous ne leur donnions en quelque sorte pour fondement le Traité de la religion; non-seulement contre les incrédules et les rationalistes modernes, qui bifent d'un trait toute révélation, mais encore contre les hérétiques, qui, en soumettant celte révélation divine à l'interprétation de leur raison particulière , la ruinent et la détruisent complètement.
Voilà donc la raison pour laquelle nous avons commencé nos leçons par ce Traité. La révélation divine mise à l'abri des attaques de ses ennemis , l'autorité de l'église solidement
(1) Nous marclierons d'autant plus volontiers sur les traces de cet illustre docteur, qu'il a brillé comme un soleil dans l'Eglise de Dieu, et qu'il a traité avec tant de talent, de solidité, de doctrine et de précision les matières Ihéologiques, qu'il s'est justement acquis le titré de docteur Angélique. Les protestants les plus savants en font eux-mêmes un trèsgrand cas; et à peine trouverait-on un U)éologien qui n'ait lu et relu surtout sa Somma théolofjique et celle contre les Gentils. La méthode de nos éludes fait un devoir aux professeurs de théologie de le considérer comme leur docteur. {Méthode de la Société de Jésus, règle 2^, profess. de Ihéolog.)