‹ Théologie dogmatiqueChapitre 11 sur 69 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Les sociniens attaquent la nature divine du Christ, renouvelant l'hérésie depuis longtemps réduite à néant de Photin, de Paul de Samosate et d'autres sectaires obscurs (1). C'est sur les traces des sociniens et des membres des diverses sectes de cette hérésie que marchent la plupart des protestants modernes, pères des rationalistes, qui surpassent en impiété tous les hérétiques qui les précédèrent, au point qu'il existe à peine entre eux quelques points de comparaison. On doit, d'après eux, comparer le Christ à Pythagore, à Socrate, à Platon, à Zenon, à Sénèque, à Marc-Aurèle et aux autres philosophes grecs et latins de l'antiquité, ou même aux orientaux Zoroastre, Confucius et Mahomet, que Dieu suscita, d'après eux, pour instruire ses peuples par leurs paroles et leurs actions, ou même pour les éloigner, au moyen de sages institutions politiques et religieuses qui devaient passer à la postérité, des mauvaises mœurs et de la dépravation (2) . Nous

(1) Voy. Pétau, de l'Inc, c. 2 et 3. Il faut, néanmoins, retrancher du nombre des hérétiques qui ont attaqué l'incarnation du Verbe divin, d'après Pétau, les nazaréens, ainsi que nous l'avons prouvé dans le traité de la Trinité, n. 218 et suiv.

(2) Tel est l'enseignement manifeste de Wegscheider, § 120, a. C'est aussi le sentiment de Baur, comme on le voit d'après son système, dont nous avons parlé dans le traité de Dieu créateur, p. 111, n. 491, n. a. Tel est aussi celui de Richter, le Christianisme, d'après les anciennes religions de l'Orient,

devons donc mettre tous nos soins à établir ce dogme fondamental de la religion chrétienne.

Mais comme nous avons longuement parlé de la divinité du Verbe dans le traité de la Trinité contre les ariens , nous avons, indirectement au moins, établi la divinité du Christ, qui en dépend. Donc, pour appliquer à la question présente toutes les preuves, soit de l'Ecriture, soit de la croyance constante de l'Eglise, soit de la tradition et de l'enseignement que nous avons fait valoir en faveur de la première, il nous suffira de prouver que ce Verbe, Dieu lui-même, est Fils de Dieu, ou la seconde personne de la très-sainte Trinité, que nous avons démontré être consubstantiel au Père, est le même que le Christ, ou que le Verbe fait chair, ou que le Verbe uni hypostatiquement à la nature humaine. C'est ce que nous allons faire au moyen et de l'Ecriture sainte, et de la tradition constante et perpétuelle, et de l'enseignement de l'Eglise, y ajoutant en outre les autres preuves qui établissent plus directement la divinité du Christ; et c'est ce que nous ferons dans la proposition générale qui suit.

PROPOSITION

Il faut admettre et reconnaître en Jésus-Christ la divinité réelle et proprement dite, ou la nature divine.

Cette proposition est de foi, comme on le voit par l'enseignement perpétuel et par la profession de cet enseignement qui est formulée dans les symboles. Nous ajoutons la divinité vraie et proprement dite, ou qu'il faut reconnaître en Jésus- Christ la nature divine ; c'est pour enlever à nos adversaires tout subterfuge, car ils admettent et reconnaissent en Jésus- Christ la divinité prise dans un sens large.

Voici comment nous procédons, d'après ce qui précède, pour prouver la vérité que nous venons d'énoncer : le Verbe, dont parle saint Jean au commencement de son évangile, est vrai Dieu, créateur de toutes choses, coéternel au Père; or,

Leips., 1819. Charles Hase, prof. Jenens., ouvr. intit. : « Jésus homme de Dieu, » non pas par l'introd action merveilleuse de la nature divine dans la nature » humaine, mais par l'érudition parfaite de la nature humaine, érudition » qui rend l'homme divin. Jésus est donc appelé Dieu par apothéose et non » par incarnation. » 11 ajoute ensuite que le Christ n'eut aucune épouse, parce qu'il n'en trouva pas de digne de lui. Voilà jusqu'où l'aveuglement des protestants les pousse I

ce commencement de l'évangile de saint Jean : Au commencement était le Verbe, etc., ne peut s'appliquer qu'au Christ seul; donc, d'après saint Jean, il faut reconnaître que le Christ possède la divinité véritable et proprement dite, ou qu'il a la nature divine. Or, nos adversaires eux-mêmes ne révoquent pas en doute la mineure du syllogisme que nous venons de formuler, puisque saint Jean écrit de ce même Verbe, v. 14 : « Et le Verbe s'est fait chair, et il a habité » parmi nous, et nous avons vu sa gloire, gloire qui est » comme celle du Fils unique du Père. » Saint Jean commence son évangile par cet admirable préambule, pour jeter par là une vive lumière sur ce qu'il dira par la suite du Christ, savoir, qu'il est descendu du ciel, qu'il est le Fils de Dieu, qu'il était dans le Père avant que n'existât le monde, qu'il procède de Dieu et du Père, qu'il est dans le ciel pendant qu'il parle sur la terre, et une foule d'autres choses semblables, qui, ce préambule posé, se comprennent facilement, mais qui, si on le retranche, deviennent autant d'énigmes insondables (1).

Nous ne pouvons croire, en outre, et penser du Christ que 1. ce qu'il enseigne de lui-même aux Juifs; 2. que ce qu'il confia à ses disciples; 3. et nous ne pouvons l'interpréter que comme l'interprétèrent et les évangélistes et les Juifs; 4. et enfin que ce que les autres écrivains sacrés enseignèrent de lui. Or, si on examine chacun de ces chapitres à part, il est impossible de ne pas y reconnaître la divinité du Christ. En effet :

I. Non-seulement le Christ enseigna clairement et expressément qu'il était le Fils de Dieu, mais il l'enseigna même de manière à en faire la base principale de sa religion, et c'est sur cette croyance à sa divinité qu'il établit l'unique espoir du salut. En effet, saint Jean, III, 1 6 : « Dieu a tellement aimé le monde, » dit-il, qu'il lui a envoyé son Fils unique, afin que quiconque

» croira en lui ne périsse pas, mais ait la vie éternelle

» Celui qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu'il ne croit pas » au nom du Fils unique de Dieu; » 2. après avoir dit aux Juifs, saint Jean, VIII, 32 : « La vérité vous délivrera, » les Juifs répondirent orgueilleusement : ce Pour nous, nous ne » servons personne; » Jésus-Christ leur dit encore, V, M :

(1) Voy. traité de la Trinité, p. 542,

« En vérité , en vérité je vous dis que quiconque commet le » péché est esclave du péché. L'esclave ne demeure pas éter- » nellement dans la maison ; quant au fils, il y demeure éter- » nellement. Par conséquent, si le fils vous délivre, vous » serez véritablement libres. » Le Christ, par ces paroles, s'attribue le pouvoir du Père et du Fils naturel, qui introduit dans la maison du Père ceux qu'il veut, et qui les délivre de la servitude quand il veut ; 3. le Christ est comme le Fils dans sa maison, saint Jean, II, 16, chassant les profanateurs du temple : « Ne convertissez pas la maison de mon Père en une » maison de commerce, » ou, comme le dit saint Matth., XXI, 13 : « Ma maison s'appellera la maison de la prière. » 4. Il enseigne comme en ayant le pouvoir, c'est-à-dire comme étant revêtu du pouvoir suprême de législateur : Il est écrit ou il a été dit aux anciens : Et moi je vous dis, Matth., VII, 21 : « Tous ceux qui me disent Seigneur, Seigneur; » Matth., XXIV, 35 : « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles » ne passeront pas (1). » Et saint Jean, VIII, 51 : «En vérité, » en vérité je vous le dis, celui qui gardera ma parole ne » mourra pas pendant l'éternité; » 5. il enseignait comme étant la sagesse engendrée avant tous les siècles, et il se dit cette sagesse éternelle ; car il dit à ce sujet, Matth., XXIII, 34 : « C'est pourquoi voici que je vous envoie des prophètes et des » hommes sages; » et, dans saint Luc, il dit : « Et à cause » de cela, la sagesse de Dieu a dit : Je vous enverrai, etc.; la » sagesse est justifiée par tous ses enfants (2). » 6. Le Christ, de plus , s'applique à supprimer tous les sens opposés à celui de la filiation divine réelle et naturelle , lorsque , saint Jean, XV, 18, il appelle Dieu son Père propre (3) ; c'est même, qui plus est, ce qu'il enseignait sous le voile des paraboles; ainsi il dit, Marc, XII, 6 : « Ayant encore un Fils chéri, il le leur » envoya en dernier lieu, disant : Ils auront pour mon Fils une

(1) Or, c'est ce qu'a vu le subtil juif Orobe lui-même, qui conclut en ces termes dans son troisième écrit, 3 quest., n. 7 : « Le prophète qui viendra et qui » dira que ceci doit être fait en son nom, qu'il faut le croire, que les hommes » doivent être sauvés en son nom, que des miracles doivent être faits en son » nom, et qui exigera que l'on croie en lui pour être sauvé, et que c'est » par lui que les péchés doivent être pardonnes, celui-là n'est pas prophète » il n'est pas ministre de Dieu, il est Dieu lui-même. » Voy. Gonf. amicale p. 108.

(2) XI, 49, et VII, 35.

(3) Dans la Vulgate, il y a suum.

» crainte respectueuse. Mais ses serviteurs se dirent : C'est là » son héritier, venez, etc.; » il établit ici une antithèse manifeste entre les serviteurs que Dieu envoya d'abord et son Fils. 7. Le Christ enseigne qu'il existait avant Abraham; il dit, en divers endroits, qu'il est descendu du ciel, Jean, VIII, 58 : « En vérité, en vérité je vous le dis, je suis avant qu'Abraham » fût ; » il dit ici son éternité par ce mot je suis; il enseigne aussi qu'il est en même temps au ciel et sur la terre : « Per- » sonne ne monte au ciel, si ce n'est celui qui est descendu du » ciel, le Fils de l'homme, qui est dans le ciel (1); » il dit

encore : «Je suis descendu du ciel C'est là le pain descen-

» dant du ciel Je suis le pain vivant qui est descendu du

» ciel Si donc vous voyez le Fils de l'homme monter au

» ciel, où était-il auparavant? Je sais d'où je suis venu,

» et je sais où je vais. Pour vous, vous êtes de ce monde-ci, » mais moi je suis du monde d'en haut (2). » En admettant l'incarnation du Verbe, tout ceci est facile à comprendre; mais si on la rejette, on n'y voit plus aucun sens. 8. Mais il ne se contente pas de cela , il se dit plus clairement encore le Fils naturel de Dieu. Cette notion plus claire de Fils de Dieu qu'il s'attribue, exige que Dieu, en engendrant le Fils, lui ait donné toute sa substance, que le Fils soit dans le Père, et le Père dans le Fils, et que tous deux ils ne soient qu'un. Or, c'est ce que le Christ enseigne de lui, lorsqu'il dit : « Le Père » est en moi et je suis en lui; le Père et moi nous ne sommes » qu'un (3). » Ce qui fait que, comme ils ne peuvent être saisis dans toute leur étendue par aucune chose créée, le Père embrasse le Fils, et le Fils embrasse le Père : « Personne ne » connaît le Fils que le Père, et personne ne connaît le Père » que le Fils (4). » 9. Tout enfin ce que nous pouvons imaginer de la majesté divine, le Christ se l'est attribué. Il se donne continuellement le titre de Seigneur , absolument dans le même sens que les Juifs l'attribuaient à Dieu; il nous suffit pour l'établir, sans aller plus loin, de citer les paroles que nous rapporte saint Luc, VI, 46 : « Pourquoi m'appelez-vous » Seigneur, Seigneur, et ne faites-vous pas ce que je vous

(1) Saint Jean, III, 13.

(2) Saint Jean, VI, 38-41, 50, 63, VIII, 14-23 suiv.

(3) Saint Jean, X, 38 et 30.

(4) Saint Matth., XI, 27.

134 TRAITE DE i/lNCARNATION. II. PART.

y* dis? » Ces paroles sont identiques à celles qu'on lit dans Malach., I, 6 : « Si je suis le Seigneur, où est la crainte que » vous avez pour moi? » Il se dit aussi Dieu, s'appliquant la prophétie d'Isaïe , XXXV, 4 : « Voici votre Dieu qui vient » vous venger; Dieu viendra lui-même et il vous sauvera; » alors les yeux des aveugles verront le jour (1); » et, Matth.,

XI, 4 : « Allez, dites : C'est celui de qui il est écrit : Voici

» que j'envoie mon Ange devant toi, et il te préparera les » voies; » s'appliquant la prédiction de Malachie : « Voici » que j'envoie mon Ange, et il me préparera les voies (2). » Il manifeste sa toute-puissance en guérissant les corps et les esprits, en ressuscitant même les morts ; car il ne le fait pas au nom d'autrui, comme Pierre, Act., III, 6, c'est en son propre nom qu'il fait des miracles, c'est par sa puissance propre ; car lorsque le lépreux lui disait : « Seigneur, si vous le voulez,' » vous pouvez me guérir, » le Christ lui répond (3) : Je le veux; il loue la foi du centurion, qui considérait, d'après le pouvoir qu'il avait sur ses soldats, la puissance souveraine qu'il avait, lui, sur toutes les choses créées (4); il dit nettement qu'il fait des miracles et qu'il ressuscite les morts comme son Père les ressuscite (5) . Il fait preuve de la même puissance pour guérir les âmes, lorsqu'il se montre l'auteur de la grâce : « Travaillez, non pas pour une nourriture qui périt, mais » bien pour celle qui se conserve pendant l'éternité , et que le » Fils de l'homme vous donnera (6) ; » aussi la femme pécheresse lui demande-t-elle la santé de l'âme avec autant de confiance que les autres celle du corps, et le Christ la lui accorde ; il se sert même de l'exemple du créancier qui remet gratuitement à deux débiteurs ce qu'ils lui doivent, et il dit et il prouve qu'il est ce créancier : « Voyez-vous cette » femme, etc. (7)? » Il montra bien qu'il jouissait du pouvoir souverain et sur l'âme et sur le corps, lorsqu'il guérit le paralytique; car lorsqu'il lui eut dit : ce Ayez confiance, mon fils, vos » péchés vous sont remis, » les pharisiens murmuraient entre

(1) Saint Matth., XI, 5.

(2) Voy. ce que nous avons dit sur cette prophétie, p. I, n. 41, n. a*

(3) Matth., VUI, 2.

(4) Ibid., 9 suiv%

(5) Jean, V, 17.

(6) Jean, VI, 27.

(7) Luc, VII, 44 suiv.

eux, disant : ail blasphème! car, qui peut remettre les péchés^ » si ce n'est Dieu seul? » Le Christ reconnaît que Dieu seul peut remettre les péchés ; aussi s'attribue-t-il ce pouvoir, et pour prouver qu'il en jouit, et que par suite il est Dieu, il dit au paralytique : « Levez- vous, c'est moi qui vous le » dis (1). » Il se donne pour le juge souverain, décernant les récompenses ou les châtiments; les récompenses, lorsqu'il s'agit de ses brebis : « Et moi, dit-il, je leur donne la vie éter- » nelle, et elles ne périront pas pendant l'éternité, et personne » ne me les dérobera (2) ; » les supplices, lorsqu'il dit : « Le

» Fils de l'homme enverra ses anges, et ils les précipite-

» ront dans des fournaises ardentes (3). » Le Christ enfin,' dans ses discours en présence des Juifs, réclama à plusieurs reprises, pour lui, le triple devoir qui lie envers Dieu : la foi,' l'espérance et la charité; la foi, par ces mots : « L'œuvre de » Dieu, c'est que vous croyez en celui qu'il a envoyé. Celui » qui croit en moi a la vie éternelle (4); » l'espérance : « Si donc le Fils vous délivre, vous serez véritablement » libres (5); » la charité : « Beaucoup de péchés lui sont remis, » parce qu'elle a beaucoup aimé (6). » Le Christ a enseigné de lui toutes ces choses, et, par là, il a revendiqué la divinité proprement dite, savoir, le nom de Dieu, la naissance, la nature, le pouvoir, la profession (7) et toutes les autres choses qui ne peuvent être que du domaine de celui qui est vraiment Dieu par nature.

II. Il ne se montra pas autre à ses disciples; toujours d'accord avec lui-même, il disait à l'aveugle-né qu'il avait

guéri : a Croyez-vous au Fils de Dieu? et Jésus lui dit :

» Et vous l'avez vu, et c'est lui qui vous parle. » Et celui-ci

(1) Matth., IX, 2 suiv.

(2) Jean, X, 28.

(3) Matth., XIII, 41.

(4) Jean, VI, 29 et 47.

(5) Jean, VIII, 36.

(6) Luc, Vil, 47.

(7) Saint Hilaire a réduit à ces points principaux les preuves au moyeu desquelles il a défendu la divinité véritable et proprement dite du Christ, contre les ariens et les autres hérétiques de son temps. Voici comment raisonne le saint docteur, liv. VII, de la Trinité, n. 9 : « Nous savons donc » que Notre-Seigneur Jésus-Christ est Dieu par ces moyens : par son nom, sa » naissance, sa nature, sa puissance, sa profession; » et il développe toutes ces questions une à une dans ce livre.

lui dit : « Je crois, Seigneur, et, se jetant à ses pieds, il » l'adora (1). » Il en fit autant à Marthe : « Je suis, dit-il, la » résurrection et la vie; celui qui croira en moi, bien qu'il » soit mort, vivra, ejt quiconque croit en moi ne mourra pas » pendant l'éternité ; croyez-vous cela? » Et Marthe lui fit une réponse corrélative à sa demande : « Oui, Seigneur, je crois » que vous êtes le Christ, Fils du Dieu vivant, qui êtes venu » en Ce monde (2). » Il dit aussi à ses apôtres, avant sa » passion : « Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi (3) ; » et la foi qu'il exige, c'est celle qui produit la charité. Il demande, en effet, que nous l'aimions par-dessus toutes choses et que nous gardions ses commandements : « Celui qui aime » son père ou sa mère plus que moi, n'est pas digne de » moi (4) ; » il dit encore : « Celui qui connaît mes comman- » déments et qui les observe, c'est celui qui m'aime (5). Si » quelqu'un m'aime, il gardera mes commandements (6). » Il dispose l'esprit de ses disciples à croire en lui, car il leur donne « le pouvoir de fouler aux pieds les serpents et les » scorpions, comme aussi sur toute puissance ennemie (7); » il leur promet « que leurs paroles et leur sagesse seront telles » que leurs ennemis ne pourront pas leur résister (8); » « Tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, je le ferai (9) ; il leur promet d'envoyer l'Esprit de vérité : Et je vous l'enverrai (10); il n'annonce pas ses préceptes comme Moïse et les prophètes , il les grave dans nos cœurs et il nous donne la force de les observer : « Je suis la vigne véritable, d vous en êtes les branches, demeurez attachés à moi (11); » il parle clairement aussi de sa toute-puissance et de son immensité lorsqu'il leur promet, Matth., XVIII, 20 : « Là où 6 deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu

(1) Jean, IX, 35 suiv.

(2) Jean, XI, 25-27.

(3) Jean, XIV, 1.

(4) Matth., X, 37.

(5) Jean, XIV, 21.

(6) lbid., 23.

(7) Luc, X, 19.

(8) Luc, XXI, 15.

(9) Jean, XIV, 13.

(10) Jean, XV, 26.

(11) lbid., XV, 5 et suir:

j> d'eux; » et XXVIII : «Voici que je suis avec vous jusqu'à y> la consommation des siècles; » et ailleurs : « Si quelqu'un » m'aime, il gardera ma parole, et mon Père l'aimera, et » nous viendrons à lui, et nous établirons en lui notre » demeure (1). »

III. Il nous reste maintenant à voir dans quel sens les Juifs et les disciples du Christ entendirent ses paroles. Or, les Juifs les entendirent dans leur sens naturel, et le Christ confirma ce sens. Ce qui le prouve, en premier lieu, ce sont les plaintes des Juifs, Jean, VI : « N'est-ce pas là Jésus, fils de Joseph, » dont nous connaissons le père et la mère? Comment dit-il » donc parce que je suis descendu du ciel (2)? » Ils ne virent donc pas, dans les paroles du Christ, comme le prétendent les sociniens, un don céleste, comme le prouve leur fureur, saint Jean, V : « Car, comme ils étaient certains que le Christ avait » appelé Dieu son vrai Père, ils n'en cherchaient que davan- » tage à lui donner la mort; » ils l'accusèrent de blasphème et ils voulaient le lapider, « parce que, quoique tu ne sois qu'un » homme, tu prétends que tu es Dieu (3). » Donc, si le Christ n'eût point été le vrai et propre Fils de Dieu, il aurait dû tout faire pour ne le pas laisser soupçonner aux Juifs, soit pour apaiser leur colère, soit pour éviter le scandale, ainsi que l'exigeaient et sa véracité et sa charité; or, non-seulement Jésus ne tempéra, n'adoucit pas les paroles par lesquelles il avait laissé les Juifs soupçonner sa divinité, il s'attribua constamment, au contraire, cette divinité, et il persista d'autant plus à affirmer qu'il était Dieu, que les Juifs s'en irritaient davantage. Car il dit dans saint Jean, VIII, 26 : « Celui qui m'a » envoyé est véridique, et je dis dans le monde ce que je lui » ai entendu dire; » et, v. 38 : ce Je dis ce que j'ai vu dans D mon Père. » Il emploie quatre espèces de preuves : 1 . il a recours au témoignage de Jean-Baptiste, qui avait attesté qu'il est le Fils de Dieu et qu'il est descendu du ciel (4); 2. il en appelle aussi au témoignage de son Père , qui s'était exprimé en ces termes : « C'est là mon Fils bien-aimé (5); » 3. il en

(1) Jean, XIV, 23.

(3) Jean, X, 33.

(4) Jean, III, 31. v;

(5) Matth., III, 17.

appelle aussi à ses miracles, qui étaient un excellent moyen pour refréner la méchanceté des Juifs (1) ; 4. il en appelle enfin au témoignage des Ecritures. Il réunit toutes ces preuves ensemble, saint Jean, V, 33 suiv., disant : « Vous avez envoyé

» interroger Jean, et il a rendu témoignage à la vérité;

» pour moi, j'ai un témoignage plus grand que celui de Jean. » Car les œuvres que mon Père m'a donné de faire, ces » œuvres que je fais rendent témoignage de moi, parce que le

» Père m'a envoyé, et le Père, qui m'a envoyé, a rendu

» lui-même témoignage de moi; interrogez les Ecri- ,

» tures, et elles rendront aussi témoignage de moi; » il

tenait ce langage lorsque les Juifs voulaient le tuer parce qu'il disait que Dieu était son propre Père , et qu'ils l'accusaient de blasphémer parce qu'il s'égalait à Dieu. C'est enfin ce que le Christ confirma par serment et ce qu'il scella de son sang ; car, comme on lui demandait : « Es-tu le Fils de Dieu? » il répondit : « Je le suis (2) ; » et les Juifs tinrent cette parole pour un blasphème : « Qu'avons-nous encore besoin de témoins, » s'écrièrent -ils, vous venez de l'entendre blasphémer; et » tous s'écrièrent : Il est digne de mort (3); » et ils firent valoir ce crime devant Pilate : « Nous avons une loi, et, d'après » cette loi, il est coupable de mort, parce qu'il se donne pour » le Fils de Dieu (4); » et c'est la raison pour laquelle ils voulaient le lapider peu auparavant, parce qu'il avait dit : « Je suis le Fils de Dieu. » Il est donc évident, non-seulement; que le Christ annonça sa propre divinité, mais encore que les Juifs entendirent ses paroles dans ce sens, et qu'il la confirma par toutes sortes de preuves. Si on n'admet pas cela, il faut en conclure que toute la discussion pour laquelle les Juifs voulurent le lapider, le mettre à mort, et pour laquelle ils l'accusèrent de blasphème, le déclarèrent coupable, d'après la loi,' et le condamnèrent à mort, ne reposait que sur ce qu'il se donnait pour un homme tout-à-fait extraordinaire, et que les % Juifs ne voulurent pas le croire. Il s'ensuivrait de plus que toute cette affaire n'était qu'une pure logomachie que le Christ eût pu trancher en quelques mots, pendant qu'il s'entêta à les

(1) Jean, X, 25.

(2) Marc, XIV, 62.

(3) Ibid., 63 et suiv.; Matth., XXVI, 65, 66; Luc, XXII, 70, 71.

(4) Jean, XIX, 7.

laisser (les Juifs) dans cette fausse opinion. Qui pourrait admettre de telles absurdités?

Les disciples de Jésus-Christ entendirent aussi ses paroles de la divinité proprement dite, et on le prouve par une triple raison : 1 . parce qu'ils ne cherchèrent jamais à adoucir en aucune façon, par leurs explications, ce que le Christ dit avec tant d'emphase de sa divinité; 2. parce qu'ils confirmèrent admirablement ses paroles; 3. par le but qu'ils se proposèrent en écrivant la vie de leur maître. Quant à la première de ces choses, ils interprétèrent toujours avec le plus grand soin quelques-unes de ses expressions plus obscures, tel V. G. que lorsqu'il dit : Détruisez ce temple; où achèterons-nous du pain ; Lazare notre ami dort, et une foule d'autres expressions semblables. Or, si on admet l'interprétation embrouillée des unitaires, Jésus-Christ se serait exprimé plus obscurément encore, lorsqu'il parlait de sa grandeur, que dans ces passages que les évangélistes se donnent la peine de nous expliquer; pourtant, ils n'expliquent jamais les expressions dont il se sert en parlant de sa divinité; ils reprochent même parfois aux Juifs de mal les entendre. Car, lorsque les Juifs, Jean, VIII, demandaient au Christ : « Qui es-tu? » et que le Christ eut répondu, v. 27 :• « Je suis le principe, moi qui vous parle, » il ajoute : « Et ils » ne comprirent pas qu'il disait que Dieu était son Père; » les Juifs, d'après saint Jean, ne se trompaient donc pas lorsqu'ils pensaient que, par les paroles dont il se servait, il disait que Dieu était son Père naturel ; ceci prouve plutôt, au contraire, qu'ils erraient lorsqu'ils pensaient qu'il n'appelait pas Dieu son Père.

C'est ce qui fait que les évangélistes commencent tous leur évangile par le récit de quelque fait qui atteste hautement la divinité du Christ. Saint Matthieu, rapportant en effet la conception du Christ, lui applique ces paroles d'Isaïe, VII, 14 :

« Voici qu'une vierge concevra, et on l'appellera Emma-

» nuel, ce qui signifie Dieu avec nous (1) ; » saint Marc débute par ces mots : « Commencement de l'évangile de Jésus-Christ, » Fils de Dieu; comme il est écrit dans le prophète Isaïe : » Voici que j'envoie mon ange, etc. (2). » Voici comment saint Luc fait intervenir l'Ange qui parle à Zacharie : « Il con-

(1) Matth., I, 23.

(2) Marc, I, 1.

» vertira un grand nombre des enfants d'Israël an Seigneur » leur Dieu, et il le précédera (le Seigneur Dieu) dans l'esprit » et la vérité d'Elie (1). » Mais saint Jean, dont nous avons parlé plus haut, est le plus formel de tous.

IV. Quant aux autres écrivains sacrés, ils ne prêchent pas moins énergiquement la divinité du Christ, et leurs expressions donnent un nouvel éclat à ce qui se lit dans les évangiles: Paul, dans son épître aux Hébreux, l'appelle, c. 3, 5, 6, le Seigneur de sa maison , à la différence de Moïse , que , dans la même épître, il n'en appelle que le fidèle serviteur; c. 1, il l'appelle le Fils de Dieu, la splendeur de la gloire et la figure de la substance du Père ; il l'appelle Dieu créateur de toutes choses, soit dans ce chapitre, soit c. 3, 4 : « Mais celui qui a » créé toutes choses est Dieu ; » il lui attribue l'éternité, l'immutabilité, la toute - puissance : « Jésus était hier, il est » aujourd'hui, il sera dans les siècles des siècles (2). Dans le » principe, Seigneur, vous avez fondé la terre, et les cieux » sont l'ouvrage de vos mains. Ils périront : pour vous, vous » demeurerez, etc. (3). » Rom., VIII, 32, il l'appelle le jon^re Fils de Dieu; Coloss., I, 16 : « Tout a été créé par lui et en » lui, dit-il, et il existe avant toutes choses, et tout subsiste en » lui-même; » I Tim., fll, 16, il l'appelle « Dieu se mani- » f estant dans la chair, » et dans celle aux Rom., IX, 5, « un » Dieu béni dans les siècles des siècles; » dans celle à Tite, H, 13, il l'appelle le grand Dieu; dans celle auxPhilipp., II, 6 : « Qui, étant l'image de Dieu, n'a point cru que ce fût pour » lui une usurpation d'être égal à Dieu. » Saint Pierre déclare nettement aussi que le Christ est avec Dieu le Père, ce Dieu suprême que, dans les Ecritures, on appelle Jéhovah ; car c'est à lui qu'il rapporte ces paroles du Ps. 33 : « Goûtez et voyez » combien le Seigneur est doux, » disant : « Si cependant » vous goûtez que le Seigneur est doux, vous approchant de » lui qui est la pierre vivante, etc. (4); » il rapporte aussi au Christ ce qui se lit dans Isaïe, VIII, 13 : « Sanctifiez le » Seigneur des armées lui-même, » disant : « Sanctifiez le

(1) Luc, I, 16, 17.

(2) Hébr., XIII, 8.

(3) Ibid., I, 10.

(4) I Pierre, II, 3.

» Seigneur Jésus-Christ dans vos cœurs (1). » Saint Jude peint sous les plus vives couleurs les hérétiques « qui changent la » grâce de notre Dieu en une licence de dissolution, et qui re- » noncent à Jésus - Christ , notre unique Maître et notre » Seigneur (2); » et, v. 5, il nous montre Jésus-Christ qui existe avant toutes choses et qui exerce le pouvoir souverain : « Qu'après que Jésus eut sauvé le peuple en le tirant de » l'Egypte, il fit périr ensuite ceux qui furent incrédules. Il » retient, liés de chaînes éternelles dans de profondes ténèbres, » et réserve pour le grand jour du jugement les anges qui » n'ont pas conservé leur première dignité, mais qui ont » quitté leur propre demeure. » C'est aussi ce qu'enseigne çà et là saint Jean, appelant Jésus-Christ « la vie éternelle qui » était dans le Père et qui s'est montrée à nous, le Yerbe de » vie, le vrai Dieu (3); dans F Apocalypse, il l'appelle « l'alpha » et l'oméga, le principe et la fin , le Seigneur des domi- » nations, le Yerbe de Dieu (4). » L'Apôtre appelle aussi l'incarnation « un grand mystère, le mystère caché en Dieu aux » siècles, etc. (5). »

De ces prémisses découle l'argument suivant, auquel n'échapperont jamais ni les sociniens, ni les unitaires, ni les rationalistes : Le Christ s'est présenté, s'est donné lui-même pour le propre Fils de Dieu en maintes circonstances et pour plusieurs raisons; il a opéré ses miracles pour prouver la vérité de son assertion; c'est pour elle qu'il est mort, il l'a scellée de son sang. Il Fa inculquée aux Juifs et à ses disciples ; c'est de sa divinité réelle proprement dite que les Juifs et ses disciples entendirent les paroles dont il se servait ; les évangélistes et les autres écrivains sacrés ont soutenu qu'il était bien réellement Dieu, et ils posent la profession de cet article comme le fondement principal de la foi qu'il a prêchée. Donc, ou il faut admettre que Jésus-Christ est réellement, proprement Dieu, ou il faut renoncer au christianisme, qui tout entier repose sur ce principe.

(1) Ibid., III, 15. Il faut observer ici qu'il appelle formellement le Christ Seigneur Dieu, d'après le texte grec.

(2) v. 4. Le Christ est encore ici formellement appelé Dieu, et, dans le grec, Seigneur Dieu.

(3) I ép. I, 2, v, 20.

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