‹ Théologie dogmatiqueChapitre 12 sur 69 · I, 8, XIX · texte numérisé non relu

I, 8, XIX

(5) Coloss., I, 26.

J'ai dit : Ou il faut renoncer au christianisme tout entier, parce que la religion chrétienne, quelque étendue qu'elle soit, suppose et emporte nécessairement cet article ; la réconciliation et la réintégration de l'homme tombé le demande ; l'office de médiateur et de rédempteur, rempli par Jésus-Christ, le demande aussi; la dispensation de la grâce, des sacrements, et surtout de l'Eucharistie, le demande; c'est aussi ce qu'exige la résurrection future des morts (1). Certes, les sociniens et les rationalistes effacent d'un trait tous ces dogmes. Dès lors, plus d'espoir; tous les motifs qui nous portent à aimer et à honorer Dieu disparaissent. Aussi les ariens, les sociniens et les rationalistes sont-ils considérés parfois comme des déistes ou semi-déistes, puisqu'ils conservent à peine une ombre de christianisme (2).

Nous pourrions faire valoir ici la tradition constante et universelle de l'Eglise sur ce point ; mais comme nous en avons développé les principaux points dans le traité de la Trinité (3), où nous avons mis en relief des preuves admirables tirées de la profession de foi publique des chrétiens, des symboles de notre croyance, des instructions adressées aux catéchumènes, de la confession des martyrs , de l'aveu et du consentement même des hérétiques, des Juifs et des païens, nous n'aurons garde de les répéter ici, vu surtout que cette proposition a été plus longuement développée que ne le comporte le but que nous nous sommes proposé (4).

Objections.

I. Obj. Le Christ représentait Dieu sur la terre en qualité d'envoyé; il représentait la personne même de Dieu; il parlait au nom de Dieu ; il en revendiqua pour lui le nom, la dignité

(1) Voy. ce que nous avons dit, traité de Dieu créateur, part. III, c. 7, prop. 2.

(2) La religion chrétienne, dans leur système, n'est que la religion naturelle enveloppée de mythes et de formes bibliques, comme le furent aussi le polythéisme et l'idolâtrie, qui, d'après eux, ne sont que la religion naturelle enveloppée dans des mythes poétiques. Et la seule différence qu'il y a entre le christianisme et le polythéisme, c'est que les mythes sont différents, de même que les formes et les symboles.

(3) G. 3, prop. 2.

(4) Voy. Prud., Maran, Divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ prouvée par l'Ecriture et la tradition, Paris, 1746, liv. I, part. II, c. 1 suiv. Il y recueille tous les passages du Nouveau-Testament qui établissent la divinité de Jésus-Christ, comme dans les liv. U, III et IV, il réunit toutes les preuves tirées de la tradition.

et les propriétés; il exigeait tous les devoirs de la foi, de l'espérance et de la charité ; il voulut être adoré comme Dieu, et il le fit bien plus légitimement que les anges qui apparurent aux hommes sous l' Ancien-Testament , puisqu'il représentait la personne de Dieu d'une manière bien plus digne et plus éclatante qu'eux. Or, ce canon une fois admis, tout ce que font valoir les chrétiens catholiques pour établir la divinité du Christ tombe de soi. 2. Si, en effet, l'Ange put dire dans le buisson ardent : « Je suis celui qui suis ; » s'il put affirmer : « Je suis le Dieu d'Abraham, le Dieu d'ïsaac et le Dieu de » Jacob; » s'il voulut qu'on lui rendît le culte suprême, s'il revendique pour lui les propriétés divines sans être réellement Dieu, sans qu'il fut réellement Dieu, ou bien il faut imaginer qu'il avait une double nature, à bien plus forte raison le Christ, en sa qualité de vicaire et de représentant de Dieu , put-il en dire autant de lui, le proposer à la croyance des Juifs et de ses disciples, et le recommander aux écrivains sacrés, sans pour cela être réellement Dieu. Donc :

Rép. N. A. En effet, 1. jamais le Christ ne se donna pour le simple représentant de Dieu ou de la personne de Dieu ; il se donne toujours pour le Fils unique de Dieu, envoyé dans ce monde par le Père pour l'éclairer et le sauver, et c'est toujours dans ce sens que les écrivains sacrés parlent de lui. 2. Les Ecritures ne nous dépeignent nulle part le Christ comme un Dieu non engendré; elles nous le représentent toujours comme le Fils de Dieu, Dieu de Dieu ; 3. elles lui attribuent l'immensité ? la toute-puissance, l'éternité et les autres attributs divins, mais comme les recevant tous du Père; 4. elles nous disent qu'il est partout, mais qu'il vient avec le Père à ceux qui l'aiment; 5. elles nous disent qu'il a créé le ciel et la terre, mais qu'il est le Verbe par lequel ils furent créés, qu'il était avant la création du monde, savoir, dans le sein du Père. Or, si le Christ se fût attribué le nom et les propriétés de Dieu, en tant que son légat et le représentant de sa personne, il aurait dû se les attribuer d'une manière absolue, et ne jamais se distinguer de Dieu ou du Père. Cette observation seule ruine le système des sociniens et des rationalistes. Mais nous ajouterons encore que les Ecritures nous disent du Christ des choses telles, que ce serait le comble de l'impiété que de les appliquer au Père, que nos adversaires regardent seul comme le Dieu souverain, et qui pourtant confirment la divinité du Christ.

Comme V. G. lorsqu'elles nous enseignent qu'il est descendu du ciel, qu'il y est monté, que c'est par lui que tout a été créé, et que, lorsqu'il ressemblait à Dieu, qu'il était l'égal de Dieu, il prit la forme d'un esclave, il se fit homme. Les paroles du Christ ne conviennent pas non plus au Père : « Je suis dans le » Père, et le Père est en moi; le Père et moi ne sommes » qu'un ; j'ai quitté mon Père, et je suis venu dans le monde; » je quitte de nouveau le monde, et je m'en vais à mon Père. » Je suis descendu du ciel, non pas pour faire ma volonté, » mais bien pour faire la volonté de mon Père qui m'a » envoyé, » et une foule d'autres paroles de ce genre. On ne doit donc pas s'imaginer que le Christ parle aux hommes comme un ange qui représente Dieu, et qui parle aux hommes au nom de Dieu ; non , il leur parle comme étant l'égal de Dieu et engendré de lui (1).

Rép. 2. En admettant, même avec nos adversaires, comme une chose vraie , il en est pourtant un grand nombre qui le nient énergiquement, que le Fils se soit jamais montré aux patriarches de l'ancienne loi , que ce soit toujours un enge qui leur ait apparu (2) , il y a une très-grande différence entre l'Ange messager de Dieu et le Christ ; il en est même un grand nombre. Il n'est jamais question, dans ces missions des anges, de l'union de la nature divine à la nature angélique, et nulle part on n'attribue les propriétés divines à l'Ange, ni à Dieu celles

(1) Voy. Maran, ouv. cit., 1. c, c. 20, § 2.

(2) Voy. Hengstenberg, Christologie de l'Anc.-Test., p. I, c. 3, p. 219 suiv., bien que nous n'admettions pas toutes les opinions de cet auteur, puisqu'en sa qualité de protestant il pose en thèse générale que, par Y ange Jéhovah, ou de Yalliance, on désigne toujours la seconde personne de la Trinité, d'où il veut conclure que le culte que les chrétiens rendent aux anges ne repose pas sur la Bible. Or, nous examinerons ce sentiment en traitant du culte des saints.

Au reste, les anciens admirent généralement que le Verbe du Père se montra aux patriarches de l'Anc.-Test., comme l'atteste le I syn. d'Ant., dans sa lettre à Paul de Samosate, citée par Golet, S. J., Coll. des conc, Venise, vol. 1, p. 866-70; Justin M., Dialog. avec Tryph., n. 126, édit. Bénéd., Apolog., !, n. 63; l'auteur des Gonstit. apostol., 1. V, c. 20, cité par Gotelier, t. I, p. 325 suiv.; lrénée, Gont. hérés., 1. IV, c. 7, § 4, éd. Mass.; Théophile, 1. II, n. 22, Biblioth. PP., éd. Ven., t. 11; Clément d'Alex., Pédag., 1. I, c. 7, éd. Pott., t. I, p. 131 et suiv.; Tertullien, Gont. Praxéas, c. 16, éd. Rig.; Gyprien, Cont. les Juifs, 1. Il, c. 5, 6 ; Hilaire, de la Trin., 1. IV, §§ 3 et suiv., éd. Bénéd.; Eusèbe, Démonst., liv. V, c. 10; Cyril. Jérusal., Gatéch., XII, n. 13, éd. Toutt.; Cyr. d'Al., sur l'Exode, 1. 1, édit. d'Aubert, tom. I, p. 262; Jean Chrysost., hom. 58, sur la Gen., n. 3; Amb., de la Foi et de la grâce, édit. Bénéd., tom. 11, p. 460; Théodoret, sur l'Exode, interrog. V, éd. Sismond, t. I, p. 78, et une foule d'autres, jusqu'à saint Augustin. Voilà donc le principal fondement des sociniens ruiné.

CHAP. I. NATURE DIVINE DU CHRIST. 1 i 5

de l'Ange. Car, bien que l'Ange, lorsqu'il représente la personne de Dieu, se dise le créateur du ciel et de la terre, il n'est dit nulle part que Dieu se soit servi d'un ange pour créer le ciel et la terre. Nulle part on ne dit de l'Ange qu'il a deux natures dans une seule personne , comme on le dit du Christ , que les Ecritures nous présentent comme Dieu manifesté dans la chair? le Verbe fait chair et qui a habité parmi nous , Dieu qui s'est acquis l'Eglise par son sang, et une foule de semblables choses qui se voient dans le grand mystère de l'Incarnation. A quelque point de vue donc que l'on considère le système des sociniens, on voit qu'il est absurde et qu'il est incompatible avec les fondements bibliques, et encore plus avec la tradition (1).

IL Obj. La cause pour laquelle le Christ est appelé Fils de Dieu, ce n'est pas, d'après les Ecritures, parce que sa nature est identique à la nature divine du Père ; c'est, nous disentelles, ou à cause de sa conception merveilleuse d'une vierge, ou à cause de sa résurrection et de sa gloire. 1 . En effet, Luc, I, 38, l'Ange adressant la parole à la vierge Marie, lui dit : «Le » Saint-Esprit viendra en vous, et le Très-Haut vous couvrira » de l'ombre de sa toute -puissance ; c'est pourquoi l'enfant » qui naîtra de vous sera saint, et on l'appellera Fils de Dieu. » Donc la première cause, dit Creille, pour laquelle Jésus est appelé Fils de Dieu, c'est parce qu'il fut conçu et engendré, sans l'intermédiaire de l'homme, par la seule puissance et l'efficacité de Dieu, et que, par conséquent, il n'eut pas d'autre Père que Dieu (2); dans le même sens, ajoute Kuinoèl, qu'Adam, Luc, III, 38, est appelé Fils de Dieu (3). 2. L'Apôtre nous fait connaître la seconde cause pour laquelle le Christ est appelé Fils de Dieu, soit Act., XIII, 32, où il dit que sa résurrection fut prédite en ces termes : « Vous êtes mon Fils; je vous ai » engendré, » soit au commencement de l'épître aux Romains, où il dit : « Touchant son Fils, qui lui est né, selon la chair, » du sang et de la race de David , qui a été prédestiné pour » être le Fils de Dieu dans une souveraine puissance, selon )> l'Esprit de sainteté, par sa résurrection d'entre les morts, » touchant Jésus-Christ Notre-Seigneur (4). » 3. Le Christ

(1) Voy. Maran, 1. c.

{'!) Liv. I, d'un seul Dieu Père, c. 31, Bibliotb. des FF. de Pologne Irénopol., 16oG, t. IV.

(3) Comment, sur les livres du Nouv.-Test., t. II, sur ce pass.

(4) ld., 3, 4.

lui-même nous fait connaître la troisième cause pour laquelle il est appelé Fils de Dieu, saint Jean, X. C'est parce qu'il a reçu du Père sa mission et qu'il a été sanctifié par lui ; car, lorsque les Juifs, poursuit Creille , l'accusent de blasphémer, parce que, n'étant qu'un homme, il veut se faire passer pour Dieu, voici la réponse qu'il leur fait : « N'est-il pas écrit dans » votre loi : Parce que j'ai dit, vous êtes des dieux? S'il a » appelés dieux ceux à qui s'est fait entendre la parole de » Dieu, et l'Ecriture ne peut pas être violée, quel est donc, » d'après vous, celui que le Père a envoyé dans le monde et a » sanctifié, puisque vous m'accusez de blasphème, parce que » j'ai dit : Je suis le Fils de Dieu? » Telle est la raison que le Christ fait valoir pour démontrer que c'est à bien plus juste titre qu'il s'appelle Fils de Dieu, que les anciens juges furent autrefois appelés dieux, attendu que c'est le Père qui l'a sanctifié et qui l'a envoyé. Certes, si le Christ eût été ce Dieu souverain, si le Père l'eût éternellement engendré de son essence, et s'il eût été Fils de Dieu pour cela, comment se fut-il fait qu'il n'en eût pas parlé en cette circonstance? Car s'il était une circonstance où il devait en parler, c'était dans celle-là (1). Donc :

Rép. N. A. Quant à la première preuve, D. Si l'Ange se fût servi de la particule c'est pourquoi pour indiquer la cause pour laquelle il est appelé Fils de Dieu, C. s'il s'en est servi pour exprimer la cause pour laquelle il convenait que le Fils de Dieu fût conçu et naquît ainsi, N. Car en admettant que la particule ideoque soit ici causale (2), il reste à examiner quelle est la chose dont elle exprime la cause. Or, comme l'Ange a déjà dit à Marie : « Voici que vous concevrez et que vous enfan- » terez un Fils, et vous lui donnerez le nom de Jésus. Il sera » grand , et on l'appellera le Fils du Très-Haut (c'est-à-dire » il sera) (3) , et le Seigneur le placera sur le trône de David » son père, et il régnera éternellement dans la maison de

(1) Creille, 1. c.

(2) Car la plupart des interprètes nient, et à bon droit, que la particule ideoque soit ici causale; ils disent qu'elle est explicative, ainsi que l'exige le contexte, ce que ne nie pas Creille lui-même, 1. c; il convient qu'en peut traauire le mot dio par etiam (ausci).

(3) Il y a ici un kébraïsme, vocabitur pour erit, comme le démontre, par plusieurs exemples, Maldonat, à l'occasion de ce pass., et de l'autorité duquel pourtant abuse Creille.

CnAP. I. NATURE DIVINE DU CHRIST. 147

» Jacob, et son règne n'aura pas de fin (1). » Il est évident que l'Ange annonce ici à la bienheureuse Yierge que le moment est venu où doivent s'accomplir les prophéties d'Isaïe, YII et IX , où il prédisait que Y Emmanuel naîtrait d'une vierge, et qu'il serait appelé Admirable, Dieu, Fort, etc. , ou le Messie, Fils de Dieu, qui, à cause de cela, devait naître d'une vierge. Comme la bienheureuse vierge Marie tenait pour certain soit qu'elle enfanterait le Fils de Dieu, soit qu'elle demeurerait vierge, elle demandait à l'Ange comment se ferait tout cela. L'Ange lui en fait connaître le mode en lui disant que cela s'opérerait par le Saint-Esprit, qui viendrait en elle et qui la couvrirait de son ombre ; revenant ensuite à ce qu'il avait dit de ce Fils qui devait naître, il conclut : « C'est pourquoi le » Saint qui naîtra de vous sera appelé (sera) le Fils de Dieu. » Gomme s'il disait : Cette naissance est telle , que , d'après les prophéties, elle convient au Fils de Dieu. Car si l'Ange, après ce magnifique début, eût réduit toute la raison ou la cause de la filiation divine au mode ou à la manière dont devait s'accomplir la conception du Fils qui devait naître , il eût privé Marie de la notion brillante dont il avait illuminé son esprit, pour la rejeter dans l'incertitude et l'ignorance (2).

Ceci répond aussi à l'assertion mensongère par laquelle Kuinoël prétend que le Christ est ici appelé Fils de Dieu dans le même sens qu'Adam est appelé, lui aussi, fils de Dieu, Luc, III, 38, comme ayant été immédiatement créé de Dieu. La matière étant différente, le sens doit aussi l'être; et, comme nous l'avons vu, les arguments qui militent en faveur d'Adam ne sont pas les mêmes que ceux qui militent en faveur de la nature divine du Christ; c'est donc vainement qu'on nous cite ici les paroles de saint Luc, III, puisqu'il n'y a aucun rapport, aucune liaison entre les deux passages.

Rép. 2. N. Insistant en effet sur les deux premiers textes, nous dirons que l'Apôtre ne conclut pas, de la résurrection et du sacerdoce du Christ, qu'il est le Fils de Dieu, qu'il est engendré du Père, et ce n'est pas dans ce sens non plus qu'il lui

(1) Luc, I, 31 suiv.

(2) y°y- ce que nous avons dit plus haut sur la tradition et l'opinion des Juifs à l'occasion de ces prophéties relatives à la divinité du futur Messie. Certes, les Pères, ainsi que nous l'avons fait observer dans le traité de la Trinité, déduisaient de là la divinité du Christ contre les ariens. Voy. Maran, 1. c», p. 184 suiv.

applique les paroles du Ps. 2 : « Vous êtes mon Fils, je vous » ai engendré; » il conclut plutôt, au contraire, sa résurrection et son sacerdoce de ce qu'il est Fils de Dieu. L'Apôtre, en effet, ép. Hébr., I, 5, indépendamment de sa résurrection et de son sacerdoce , fait d'une manière absolue cette question : * Car, auquel des anges a-t-il jamais dit : Tu es mon fils, je t'ai » engendré aujourd'hui? » Ce n'est donc ni à la résurrection, ni au sacerdoce, comme cause, que l'Apôtre rapporte la dénomination de Fils de Dieu ; c'est à la génération éternelle qu'il la rapporte ; car autrement il n'eût pas démontré ce qu'il se proposait de prouver, savoir, que le Christ l'emporte en excellence sur l'Ange. Car il est absurde de dire que le Christ l'emporte sur l'Ange parce qu'il est ressuscité d'entre les morts, pendant qu'il n'en est pas ainsi des anges.

C'est pourquoi, dans les deux textes, on doit séparer ces premières paroles : Tu es mon Fils, de ces dernières : Je t'ai engendré aujourd'hui, de sorte que le sens soit : C'est pourquoi, parce que tu es mon Fils par génération éternelle, je t'ai établi prêtre, et ensuite je t'ai ressuscité, ou je t'ai engendré, parce qu'on peut, d'après la manière de s'exprimer des Ecritures, considérer la résurrection comme une nouvelle génération (1).

Quant aux paroles du même apôtre, Rom., I, elles admettent un double sens. Elles se rapportent en premier lieu, d'après la leçon grecque, à la déclaration ou à la manifestation de la nature divine du Christ (2) ; comme semble aussi le demander le texte qui suit , et où il est question de la nature divine du Christ ; et dans ce sens l'Apôtre indique, par les paroles citées, ^que ce qui prouve la nature divine du Christ, c'est la puissance infinie de Dieu qui se montre dans l'effusion du Saint-Esprit. D'après la Vulgate latine, ces paroles de l'Apôtre se rapportent à l'humanité du Christ, et, dans ce cas, voici quel en est le sens : L'humanité du Christ fut prédestinée, ou l'incarnation fut décrétée de Dieu, de manière que nous devinssions des enfants d'adoption, d'après ce que dit l'Apôtre, Gai., IV, 4, où il enseigne ce dogme, savoir, que le Fils de Dieu est né de la femme pour répandre dans nos cœurs le

(1) Voy. Matth., XIX, 28, où la résurrection est appelée régénération; et l'Apôtre, Coloss., 1, 18, appelle le Christ le premier-né d'entre les morts. Voy. Maran, I p., c. 5, § 3.

(2) On peut très-bien traduire, en effet, les expressions grecques par qui a été déclaré et démontré Fils de Dieu. Voy. Tirin, sur ce pass.

Saint-Esprit, et dans le pass. cit., ép. Rom., où l'Apôtre nous enseigne que Dieu avait prédestiné l'humanité du Christ pour l'unir hypostatiquement au Verbe « dans la puissance, selon » l'Esprit de sanctification, par la résurrection de Notre- » Seigneur Jésus-Christ d'entre les morts, » c'est-à-dire pour répandre le Saint-Esprit, que nous recevons par la résurrection de Jésus-Christ (1). Ces deux sens sont conformes à la vérité catholique.

Rép. 3. N. Puisque ce n'est que pour repousser le crime de blasphème que lui imputaient les Juifs, parce qu'il se disait le Fils de Dieu, qu'il met en avant la mission et la sanctification, c'est-à-dire ce qu'il devait faire en sa qualité de Messie, argumentant du moins au plus. Au reste, non-seulement il revendique pour lui le nom de Fils de Dieu, mais il en revendique aussi la qualité, et il se dit si bien Dieu par nature, qu'il est lui-même dans le Père et que le Père est en lui ; et il est indubitable que celui en qui est le Père, et qui est dans le Père, soit le vrai Fils, le Fils éternel de Dieu. Ces paroles : « Je suis » dans le Père, et le Père est en moi, » ont la même valeur que celles-ci : « Et je suis le Fils de Dieu. » Et pour le prouver, il renvoie les Juifs à ses miracles : « Si je ne fais pas, » dit-il, les œuvres de mon Père, ne croyez pas en moi ; et si » vous ne voulez pas croire en moi, croyez à mes œuvres, » pour que vous sachiez et que vous croyiez que le Père est » en moi et que je suis dans le Père. » Et comme les Juifs le comprenaient parfaitement, ils voulurent le lapider. La supposition de Creille est donc fausse, lorsqu'il prétend que le Christ ne dit point ici qu'il est le Dieu souverain et qu'il est engendré de la substance même du Père (2).

L lust. Ce que dit l'Apôtre, I Cor., XV, 24, est incompatible avec la nature divine en Jésus-Christ ; voici ses paroles : « Et » alors viendra la consommation de toutes choses , lorsqu'il » aura remis son royaume à son Dieu et au Père, et qu'il aura » détruit tout empire, toute domination et toute puissance. » Car il doit régner jusqu'à ce que le Père lui ait mis sous ses » pieds tous ses ennemis... Et quand il dit que tout mVesf » soumis, il est indubitable qu'il faut en excepter celui qui lui y> a assujéti toutes choses ; alors le Fils lui-même sera assujéti

(1) Voy. Maran, ouv. cit., 1. I, part. II, c. 21, § 7.

(2) Voy, Maran, 1. cit., § 6.

» à celui qui lui aura assujéti toutes choses, afin que Dieu soit » tout en tous. » Ceci prouve que le Christ n'est pas le Dieu souverain, 1. parce qu'il livrera son royaume à son Père, tout comme, dit Creille, un général remet au roi, après la guerre, le pouvoir qu'il avait reçu de ce même roi au commencement, pour la poursuivre jusqu'à la fin; 2. parce que le Fils de Dieu sera soumis un jour à celui qui lui avait tout soumis, savoir, au Père. Donc :

Rép. N. A. Quant à la première assertion, N. que, d'après l'Apôtre, le Christ doive remettre son pouvoir au Père, comme le fait un général à la fin d'une guerre qu'il a /ait été chargé de conduire. Le Christ remettra en effet l'empire à son Père, en tant que cet empire lui est commun et avec le Père et avec le Saint-Esprit. Dans le sens de Creille, le royaume du Christ aurait un terme; or, l'Ange s'adressant à la bienheureuse Vierge, lui atteste que son royaume sera éternel, « qu'il n'aura » pas de fin. » C'est pourquoi les paroles de l'Apôtre : « Jus- » qu'à ce qu'il place ses ennemis, etc., » confirment et expriment formellement ce que quelques personnes auraient peut-être pu révoquer en doute, c'est que le Christ doit régner au milieu de ses ennemis, et qu'il doit assujétir toutes les puissances et les principautés. Or, il était inutile d'affirmer qu'il régnerait après avoir subjugué ses ennemis, puisqu'il est évident que la splendeur de son royaume sera plus grande alors.

Rép. 2. D. Le Christ sera soumis au Père, en tant que chef de FEglise, avec son corps mystique tout entier, à savoir, avec le nombre complet des élus, C. lui personnellement, N. Car il découle de cette soumission future du Fils, qu'il n'est pas encore soumis au Père ; et d'après ce qu'on nous dit aujourd'hui qu'il ne lui est pas soumis, nous en concluons comment il lui sera soumis un jour. La seule cause pour laquelle le Fils n'est pas encore soumis au Père, c'est parce que tous ses membres ne lui sont pas encore soumis. Car ce corps croît encore « par l'augmentation que Dieu lui donne (1); » car il est encore besoin de pasteurs et de docteurs « pour travailler » à la perfection des saints... pour l'édification du corps de » Jésus-Christ (2). »

(1) Coll., II, 19.

(2.) Ephés., IV» 12.

CnAP. I. NATURE DIVINE DU CHRIST. 151

II. lnst. Or, d'après l'Apôtre, Hébr., I, tout ce qui est dit du Christ ne lui est point essentiel ; c'est le Dieu souverain qui le lui a communiqué. Car, après avoir enseigné que le Christ, après avoir purifié lui-même nos péchés, s'est assis à la droite de Dieu au plus haut des cieux, il ajoute, V, 4 et suiv. : « Etant aussi élevé au-dessus des anges que le nom qu'il a » reçu est plus excellent que le leur, qu'il est plus grand, » plus parfait. Car, quel est l'ange à qui Dieu ait jamais dit : » Vous êtes mon fils, je vous ai engendré aujourd'hui? Et » ailleurs : Je serai son Père, et il sera mon fils. » Mais 1. ce qui s'obtient par la génération divine proprement dite ne peut pas se redemander, comme on en trouve la confirmation dans les paroles suivantes : « Je serai son Père, etc.; » comme ces paroles sont au futur, elles prouvent qu'il ne s'agit point ici d'une chose de ce genre , d'une chose qui soit propre au Dieu souverain, d'autant mieux que, dans leur sens premier ou naturel, elles s'appliquent à Salomon, figure du Christ, comme on le voit par le II Rois, VII, 14, et par plusieurs autres passages ; mais Salomon ne peut pas être le type du Christ quant à sa génération (1) . 2. Les mots, « par qui il a fait les siècles, » ne combattent pas ce sens ; car, comme l'observe Grotius, ces mots par lequel signifient à cause duquel, et indiquent la cause finale; les anciens rabbins croyaient, en effet, que Dieu avait créé le monde à cause du Messie (2). 3. Aussi l'Apôtre appelle-t-il le Christ splendeur de la gloire et figure (ou caractère) de la substance divine, comme il l'appelle ailleurs l'image du Dieu invisible ; or, la splendeur, ou celui en qui brille la gloire de Dieu, et l'image de Dieu, ne peut être numériquement de la même substance que Dieu, qu'à la condition d'être sa splendeur et sa gloire (3). Donc :

Rép. D. A. Dans la nature humaine, C. dans la nature divine, N. Quant à la première preuve, D. sous un seul et même rapport ou dans la nature divine, (7. dans la nature humaine, N. Le Christ devint héritier dans la nature humaine, parce que, comme Dieu, il avait été engendré de toute éternité. Cette exaltation, cet héritage lui convient donc à un double point de vue, et à cause de sa filiation divine et à cause de ce

(1) Creille, ouv. cit., c. 30, p. 58.

(2) Voy. Crit. sacr., t. VIII, sur ce pass.

(3) Creille, ouv. cit., argum. 30, p. 51.

qu'il souffrit dans la nature qu'il avait prise. Et, de cette manière, tout ce que Paul dit de Tune et l'autre nature s'accorde parfaitement , et les textes cités, comme ce qui est dit de Salomon comme type du Christ, s'accordent aussi parfaitement avec la doctrine catholique.

Rép. 2. N. Que l'interprétation de Grotius soit fausse, c'est ce que prouvent, 1 . toutes les règles de l'interprétation dont il ne tient aucun compte, lorsqu'il prétend que le mot par lequel signifie la même chose que à cause duquel, quand tant de passages de l'Ecriture attestent que c'est par le Christ qu'il a tout créé (1) ou par son Yerbe (2); 2. le contexte; car l'Apôtre écrit ici du Christ, qu'au commencement il a jeté les fondements de la terre, et que les cieux sont l'œuvre de ses mains; puis, comment aurait-il pu tout porter par la puissance de son Verbe, s'il n'avait pas tout créé par ce Yerbe? 3. Parce que les rationalistes bibliques rejettent eux-mêmes cette interprétation imaginaire (3).

Rép. 3. N. Mais il l'appelle la splendeur de la gloire et la figure de la substance du Père et non de Dieu. Ces paroles ne sont que l'explication du nom du Fils. Or, il est nécessaire que le Fils soit coéternel au Père, qu'il lui soit consubstantiel. Et c'est ce qu'établissent admirablement ces paroles. Car la splendeur est de même nature que la gloire, et elle est coéternelle à la lumière de laquelle elle découle; quant à la figure, ou, comme il le dit gratuitement, le caractère de la substance désigne le Fils lui-même, en qui est imprimé comme dans un sceau toute la substance du Père, de sorte qu'il en est l'image très-parfaite. Tout cela est nécessaire à la véritable notion du Fils, quoiqu'il n'y ait rien là de la nature ou de la condition d'une chose créée (4) .

Et si l'Apôtre, Coloss., I, 15, appelle le Christ l'image du Dieu invisible, il l'appelle aussi le premier-né d'entre toutes les créatures, en tant, comme il l'ajoute, V, 16 et suiv., « qu'en lui tout a été créé dans le ciel et sur la terre, les choses » visibles et invisibles... tout a été créé par lui et en lui. Et il » est avant toutes choses, et tout est en lui. » Ces paroles nous

(1) Coloss., I, 16; Apoc, IV, 11.

(2) Jean, I, 3.

(3) Voy. Rosenmuller, sur ce pass,

(4) Maran, liv. c, c. 10, § 2.

démontrent que le Fils a la même nature que le Dieu souverain, et il est évident que FApôtre prend ici le nom de Dieu dans le même sens qu'il l'attribue au Père, duquel la génération seule distingue le Fils. Les arguties de Oreille sont, par suite, sans fondement (1).

Page 1