COROLLAIRE I
La chair du Christ est vraie, solide et réelle; ce n est pas une chair fantastique, apparente, supposée, imaginaire.
Car si le Verbe n'avait pas pris une chair de ce genre, on ne pourrait pas dire et le Christ ne nous serait nullement consuhstantiel. Le Christ a nettement prouvé lui-même que sa chair était une chair véritable , lorsqu'il disait à ses disciples, Luc, XXIV, 39 : « Voyez mes pieds et mes mains, c'est bien » moi-même; touchez et voyez : les esprits n'ont ni chair ni os » comme vous voyez que j'en ai; » mais selon que raisonnait admirablement saint Augustin : « Si le corps du Christ était » un fantôme, le Christ trompa ; et s'il trompa, il n'est pas la » vérité. Or, le Christ est la vérité. Donc son corps n'était » pas fantastique (2). » Saint Irénée, 1. III, c. 18 et 20; Tertullien, livre de la Chair du Christ, chapitre 5; saint Epiphane, hérés. 77, n. 25, etc., et plusieurs autres Pères
(1) De l'Iucarn., 1. V, c. 11, §§ 7 suiv.
(2) Liv. LXXXIII, qq., quest. 14.
avaient déjà formulé le môme raisonnement bien avant saint
Augustin.
Objections.
Obj. Les Ecritures n'admettent pas que le Christ ait pris une chair véritable, 1 . car elles affirment que le Christ n'eut qu'une image de la chair et de l'homme; l'Apôtre dit en effet, Philipp., II, 7 : « Il s'est abaissé jusqu'à prendre la » forme d'un esclave, il est devenu semblable aux hommes, » et il a été regardé comme un homme ; » et dans l'épître aux Rom., VIII, 3 : « Dieu envoya son Fils sous les traits de la » chair du péché. » 2. Et ceci s'accorde avec ce que dit le même apôtre, I Cor., XV, 50 : « La chair et le sang ne » peuvent pas posséder le royaume de Dieu, » ni par conséquent la chair du Christ. 3. C'est pourquoi le même apôtre, toujours d'accord avec lui-même, écrit, II Cor., V, 16 : « C'est pourquoi désormais nous ne connaissons plus personne » selon la chair. Si nous avons connu Jésus-Christ selon la » chair, maintenant nous ne le connaissons plus ; » renonçant ici à l'erreur absurde dans laquelle il était tombé étant encore peu instruit dans l'apostolat, croyant que Jésus-Christ avait une vraie chair. 4. Bien que le Verbe se soit montré sous T Ancien- Testament avec l'apparence de la chair, ce n'était pourtant pas une chair réelle, ce que l'on doit dire à bien plus forte raison des anges, bien qu'ils se soient acquittés de tout ce qui est propre à l'homme. 5. Enfin la raison elle-même nous dit bien haut qu'il ne convient pas que la nature divine s'associe une chair impure, corruptible, mortelle, pleine d'imperfections. Donc :
Bép. N. A. Quant à la première preuve, D. Elles affirment que le Christ n'eut que la ressemblance de l'homme et de la chair, d'apparence, C. de nature, N. Ce que l'Apôtre dit dans son premier texte, c'est donc seulement que le Christ ressemblait extérieurement aux autres hommes, et qu'il n'en différait en rien quant à la nature, comme le demande le contexte même; car autrement il n'eût point été Dieu. La ressemblance, dans l'autre texte, se rapporte à la chair du péché, et non pas à la chair d'une manière absolue, de sorte que, d'après l'Apôtre, le Christ eût une chair corruptible et passible telle que la nôtre, bien néanmoins qu'elle fût immaculée et sans péché aucun.
Rép. 2. D. En tant que la chair et le sang sont opposés à l'esprit ou à la sainteté, C. en tant qu'ils le sont en soi ou par leur nature, N. C'est aussi ce que l'on voit par le contexte.
Rép. 3. D. C'est-à-dire par une affection charnelle, en raison d'une même origine commune, qui est Ahraham, C. autrement, JV. Car autrement ce ne serait pas le Christ seul qui n'aurait pas une véritable chair, les autres hommes en seraient aussi privés (1).
Rép. 4. D. Par une apparition symbolique, C. par une apparition réelle quant à l'apparence extérieure, N. Car le Verbe ne s'était pas encore revêtu de notre chair. Dans l'hypothèse toutefois que le Verbe se soit réellement manifesté.
On doit interpréter de la même manière ce qui est dit de l'apparition des anges sous la forme humaine dans les Ecritures; c'est même ce dont les Ecritures avertissent parfois, comme dans Tobie, XII, 18. Pendant que, pour le Christ, non-seulement les Ecritures ne le disent pas, mais elles disent même tout le contraire.
Rép. 5. N. Car, pour Dieu, il n'y a rien d'impur dans ses créatures, ni d'indécent dans les hommes, à cause de sa charité qu'il déverse en eux (2).