‹ Théologie dogmatiqueChapitre 15 sur 69 · COROLLAIRE II · texte numérisé non relu

COROLLAIRE II

Le corps du Christ ri est point descendu du ciel, il ri est pas composé d'une substance céleste; cest un véiitable corps humain, formé dans le sein d'une vierge, sa Mère.

Les anciens patriarches reçurent en effet la promesse que le Messie, savoir Jésus, naîtrait d'eux, c'est-à-dire d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, et ensuite de David, comme nous l'avons prouvé en son temps. Or, l'histoire évangélique nous apprend que ces promesses se sont pleinement accomplies. L'Ange dit en effet à Marie, Luc, I, 31 : ce Voici que vous concevrez et que » vous enfanterez un enfant. » Saint Matthieu, I, 1, après avoir fait la généalogie du Christ, depuis Abraham jusqu'à Joseph et Marie, ajoute, v. 25 : « Elle mit au monde (Marie) » son Fils premier-né. » C'est pourquoi l'Apôtre, Rom., I, 3, parlant du Christ, dit : « Qui est issu de David selon la

(1) Voy. Estius, sur ce pass.

(2) Voy. Tertullien et saint Epipb., liv. cit.

CnAP. II. NATURE HUMAINE DU CHRIST. 159

Y) chair; » et dans l'épître aux Galates, IV, 4 : « Dieu a en- » voyé son Fils né de la femme. » Or, on ne pourrait pas aire qu'il est né de la femme, si son corps ne se fut pas formé dans ison sein, comme le soutenaient tous les Pères contre les valentiniens (1).

Ceci réfute aussi et les anabaptistes et les autres protestants que nous avons énumérés plus haut, et qui soutiennent, ou que le corps du Christ présentait quelque chose de céleste, ou qu'il y avait au moins en lui quelque accessoire de céleste. Certes, ni les saintes lettres ni les Pères ne font mention de ce corps céleste ; les Ecritures et les Pères le rejettent même ; le mystère de l'Incarnation ou l'économie ne requérait point un corps céleste de ce genre, comme le publièrent ces hommes sans mesure, forgeant sans cesse de nouveaux paradoxes, d'après le principe de leur secte.

Objections.

Le Christ déclare formellement lui-même, et à plusieurs reprises, quelle est la nature de son corps et de sa chair, et 1 . il le fait lorsqu'il dit, saint Jean, III, 6 : « Ce qui est né de » la chair est chair, et ce qui est né de l'esprit est esprit. » Or, il répugne de dire que le Christ fut chair; 2. il l'exprime en outre plus clairement encore, lorsqu'il ajoute, ibid., XIII : « Personne ne monte au ciel, si ce n'est celui qui en est des- » cendu, le Fils de l'homme, qui est dans le ciel. » Mais il n'est pas descendu du ciel par sa nature divine, qui est partout; donc, c'est dans la nature qu'il prit qu'il est remonté au ciel ; donc il l'apporta du ciel. Aussi saint Jean, parlant de son ccrps ou de sa chair sous la métaphore du pain, dit-il, VI, 14: « Je suis le pain vivant descendu du ciel. » 3. Aussi l'Ange, parlant de la bienheureuse Vierge, prend-il bien soin de ne pas dire, Matth., I, c. 1, v. 20 : « Ce qui est né d'elle, » mais : « Ce » qui est né en elle est l'œuvre du Saint-Esprit, » parce que le Verbe ne prit point sa chair de la bienheureuse Vierge, mais qu'il l'apporta du ciel eu en descendant. 4. Le Christ, en outre, n'appelle jamais la bienheureuse Vierge sa mère, constamment il l'appelle femme; 5. il professa même ouvertement qu'il n'avait aucune mère sur la terre, Matth., XII, 47, car, quelqu'un lui ayant dit : « Voici votre mère et vos

(1) Voy. Pétau, de l'Incarn., liv. V, c. 11.

» frères, » il répondit aussitôt, v. 48 : « Quelle est ma mère, » et quels sont mes frères? » 6. L'Apôtre emprunte sa doctrine à ces aveux, lorsqu'il dit ouvertement, I Cor., XV, 47, comparant Jésus-Christ à Adam : « Le premier homme tiré de » la terre est terrestre , le second homme descendu du ciel est » céleste. » Donc :

Rép. 1. D. C'est-à-dire par la génération charnelle, en opposition à la régénération spirituelle que confère le baptême, dont parle ici Jésus-Christ, C. de la génération charnelle par opposition à l'esprit ou à la substance spirituelle, N. (1).

Rép. 2. D. En raison de la personne divine, et effectu, C. en raison de la nature qu'il s'est adjointe, et motu locali, N. On doit entendre dans le même sens ce que le Christ dit de lui-même sous la métaphore du pain (2) .

Rép. 3. D. En elle et d'elle, comme le dit expressément saint Luc, ï, 35 : ce Le saint qui naîtra de vous, » et Galat., IV, 4 : « Fait de la femme, » C. en elle, tel que l'entendent nos adversaires, N.

Rép. 4. D. Par une réserve prudente à laquelle les évangélistes suppléent en soixante endroits divers, où ils appellent la bienheureuse Vierge mère de Jésus, C. pour insinuer qu'elle n'est pas sa mère, N. Ainsi, il l'appelle femme, excluant par là qu'elle est sa mère, N. entendant par là inclusivement qu'elle l'est, G. Certes, pour ne pas en citer d'autres preuves, 0 est écrit, saint Jean, XIX, 29 : « Lorsque Jésus » eut vu sa mère... il dit à sa mère : Femme, voici votre » fils. »

Rép. 5. D. Faisant passer la parenté spirituelle avant la parenté charnelle, C. l'excluant, N. C'est ce que prouve le contexte.

Rép. 6. D. Céleste, à cause de la personne divine, ou de son admirable conception, ou de la vie toute céleste que mena Jésus-Christ, C. parce que la substance de la matière dont; fut composé le corps de Jésus-Christ fut une substance céleste, N, Or, l'Apôtre, dans le même passage, oppose l'homme céleste à l'homme terrestre, qui sent et veut comme l'homme terrestre, et il exhorte en outre les fidèles que, quoiqu'ils portent l'image de l'homme terrestre, ils s'appliquent à repro-

(1) Voy. Maldonat, sur ce point.

(2) Ibid.

dnire en eux l'homme céleste, ne songeant et ne poursuivant que les choses spirituelles (1).

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