‹ Théologie dogmatiqueChapitre 16 sur 69 · COROLLAIRE III · texte numérisé non relu

COROLLAIRE III

Le Verbe divin prit une âme, et une âme raisonnable.

Si Fàme est une partie essentielle de la nature humaine, ïe Verbe divin en prit nécessairement une. Car, comme le disait saint Augustin, « l'homme n'est pas parfait si la chair n'a pas » d'àme, ou si l'âme manque de l'esprit humain [mens » Iiumana) (2). » Aussi, d'après les anciens Pères, 1. le Verbe a-t-il pris un corps par l'intermédiaire de l'âme; 2. il a pris tout ce qu'il a réparé et guéri, mais c'est surtout l'âme qu'il a guérie. Ajoutez à cela que, d'après les Ecritures, les Pères et les symboles, c'est un article de foi très-certain, que le Christ, après sa mort, est descendu aux enfers ; or, il n'y est pas descendu par son corps , qui fut placé dans le tombeau , ni par sa divinité, puisque, sous ce rapport, il est immense, et par conséquent il est partout; et on ne peut pas admettre que cela n'ait été dit du Christ que d'une manière figurée, puisque, du consentement unanime des Pères et d'après la croyance de l'Eglise, le symbole des apôtres parle d'une descente réelle ; il ne nous reste donc plus qu'une chose à croire , c'est que c'est l'âme du Christ qui est descendue aux enfers après sa mort, et on ne comprend pas cette mort sans âme (3).

Les Ecritures, par les propriétés et les affections qu'elles attribuent au Christ, ne nous fournissent pas une preuve moins évidente qu'il a pris une âme, et une âme raisonnable. Elles font, en effet, mention de la volonté humaine du Christ, comme nous le démontrerons plus bas, de la tristesse de son âme, de la frayeur, de la crainte et du sentiment de la douleur qu'il éprouva, toutes choses qui démontrent que le Verbe divin, outre un corps humain, prit une âme humaine et raisonnable.

1) Voy. Bernardin de Pecquigny, sur ce pass.

(-2) Lettre 192.

(3) Les protestants combattent çà et là la descente de Jésus-Christ aux enlors quant à son âme, et les jansénistes les ont imités, contrairement à toute l'antiquité et à la croyance de l'Eglise universelle; ils étendent ainsi l'article de la sépulture du Christ, bien que cette interprétation forcée soit en opposition avec ce qui se lit, I Pierre, II, 19, 20 ; voy. Pétau, liv. XIII, c. 15 suiv.

m. ii

Objections,

Obj. Et l'Ecriture et la raison nous portent à croire que la Christ n'eut point d'âme, et d'âme raisonnable. 1. Il est dit expressément, en effet, saint Jean, I, 14 : « Et le Verbe s'est » fait chair. » Donc le Verbe prit la chair seule, 2. et c'est à juste titre, car la divinité pouvait tenir lieu et d'âme et d'esprit; 3. et c'est surtout parce que, comme le disait Apollinaire, ce le Christ ne possédait pas deux choses parfaites, » c'est-à-dire deux natures parfaites dans une seule personne; 4. car il y aurait quaternité au lieu de trinité en Dieu. Ajoutez à cela que l'esprit humain emporte nécessairement des pensées charnelles et la prudence de la chair, que réprouve l'Apôtre, Rom., VIII, 6. Donc :

Rép. N. A. Quant à la première preuve, D. c'est-à-dire homme, C. chair sans âme, JV. Car c'est ainsi que l'entendirent unanimement tous les Pères, et ils donnent plusieurs raisons de cette manière de parler (1). On trouve en effet çà et là, dans l'Ecriture, les mots chai?' et âme pour désigner l'homme tout entier, V. G. Gen., VI, 12 : « Toute chair avait corrompu sa » voie. »

Rép. 2. D. Pour vivre et pour comprendre, Tr. pour constituer un homme véritable, N.

Rép. 3. D. Parfaite au point de vue de la personne, G. des natures, N. comme nous le prouverons plus bas.

Rép. i. N. Car la nature humaine ne constitue pas une personne particulière; le Verbe la prit seulement dans une seule personne divine, comme nous l'expliquerons et le prouverons en son lieu. Ainsi nous nions que l'esprit humain ait nécessairement des pensées charnelles, comme le prouve Fétat d'innocence d'Adam; et dans le Christ, c'était la personne divine qui dirigeait l'esprit (2) ; on doit en dire autant de la prudence charnelle, car notre intention n'est pas de nous arrêter plus longtemps à ces niaiseries.

(1) Voy. Pétau, 1. IV, c. 2.

(2) Voy. Pétau, 1. V, c. 13, £ G.

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