‹ Théologie dogmatiqueChapitre 20 sur 69 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

C'est de l'union hypostatique que découlent les titres que les Ecritures décernent à Jésus-Christ, de même que les charges ou fonctions que le Fils de Dieu devait remplir dans son humanité.

Les principaux titres et les fonctions que Ton attribue à Jésus-Christ sont ceux de chef des hommes et des anges, de prophète, de roi, de juge, de prêtre, de médiateur de Dieu et des hommes. Quant aux quatre premiers, ils sont au-dessus de toute espèce de controverse ; mais il existe, sur le sens dans lequel il faut entendre les deux dernières, une grave discussion entre les catholiques et les sociniens. C'est pourquoi nous ne dirons qu'un mot des premiers; quant aux derniers, nous les établirons, conformément à la doctrine catholique, dans des propositions séparées.

I. Jésus-Christ est appelé et est donc le chef des hommes et des anges. Des hommes, par leurs âmes, sur lesquelles il influe par sa grâce soit actuelle, soit sanctifiante; par leurs corps, qu'il ressuscitera un jour d'entre les morts ; par la fin ou la béatitude, pour laquelle il les a créés; nous avons déjà établi ces deux dernières choses en son lieu, et nous établirons plus tard la première. Saint Thomas explique de quelle manière les hommes appartiennent à Jésus-Christ comme à leur chef, lorsqu'il dit : « Jésus-Christ est le chef de tous les hommes, » mais il l'est dans des degrés divers. Il l'est 1. de ceux qui » lui sont unis actu par la gloire ; 2. de ceux qui lui sont unis » actu par la charité ; 3. de ceux qui lui sont unis actu par la » foi; 4. de ceux qui lui sont unis en puissance sans l'être » encore actu, et qui pourtant le seront plus tard actu, d'après » la prédestination divine; il l'est 5. de ceux qui lui sont » unis en puissance, et qui ne le seront jamais actu, comme » les hommes qui sont encore dans ce monde, qui ne sont pas » prédestinés, et qui, en mourant, cesseront complètement » d'être membres de Jésus-Christ (1). » Jésus-Christ est aussi

(1) Ille part., q. $, art. 3.

le chef des anges, comme le dit l'Apôtre, Coloss., II, 10 : « Qui est le chef des principautés et des pouvoirs ; » et encore, Ephés., I, 18 et suiv. Car il l'emporte sur les anges en dignité et en puissance, ce qui fait, par conséquent, que les anges sont « des esprits destinés à servir, et envoyés pour exercer » leur ministère en faveur de ceux qui doivent être les héri- » tiers du salut, » comme le dit le même Apôtre, Hébr., I, 14. Si Jésus-Christ est le chef des anges et -des hommes, il est évident que par le fait même il est le chef de l'Eglise dans ses trois états : quand elle triomphe, quand elle souffre et quand elle combat.

II. Jésus-Christ est, en outre, prophète et docteur, lui qui est venu du ciel pour apprendre aux hommes une doctrine céleste et divine, comme le prouve ce que nous en avons dit en son lieu, et comme on le voit à la fois par l'Ancien et le Nouveau-Testament , où ces divers titres lui sont attribués.

III. Jésus-Christ, en tant que Dieu homme, doit être regardé comme roi , ainsi qu'on le voit soit par le témoignage qu'en rend l'Ange à la sainte Vierge, lorsqu'il dit, saint Luc, I, 33 : « Il régnera éternellement dans la maison de Jacob, et » son règne n'aura pas de fin ; » soit par la réponse que Jésus- Christ fit à Pilate, lorsqu'il lui demandait s'il était roi : « Vous » le dites; oui, je suis roi (1). » Et son règne commence sur la terre pour devenir parfait dans le ciel (2) . Jésus-Christ revendique aussi le pouvoir judiciaire lorsqu'il dit : « Le Père a

y> donné tout jugement au Fils (3) ; » et l'apôtre saint Pierre l'atteste aussi de Jésus-Christ lorsqu'il dit : «. II a été constitué » juge des vivants et des morts (4). » Mais à quoi bon nous arrêter ici à en citer d'autres preuves.

Ceci dit en quelques mots, nous allons établir la doctrine catholique sur le sacerdoce et la médiation de Jésus-Christ contre les sociniens, et la venger de leurs attaques.

C'est pourquoi les sociniens prétendent 1 . que pendant son séjour sur la terre, Jésus-Christ n'était pas réellement prêtre,

(1) Saint Jean, XV111. 37.

(2) Du règne du Christ et de sa nature. Voy. Suarez, t. 1, sur la III» part, de saint Th., diss. 47, sect. 1 et 2; comme aussi Pétau, 1. XII, c. 15.

(3) Saint Jean, V, 22.

(4) Act. X, 42. On peut, pour plus longs détails, voir Suarez, 1. cit., t. II,

diss. 52 suiv.

et que, par conséquent, il n'offrit pas un véritable sacrifice, et que ce ne fut qu'après son ascension qu'il commença à remplir les fonctions sacerdotales, qui consistent surtout dans l'oblation du sacrifice et dans l'intercession. C'est ce qui fait qu'ils disent que sa mort sur la croix ne fut qu'une espèce de préparation à son sacrifice, qu'il n'offrit réellement que dans le ciel, où il l'offre encore chaque jour (1).

2. Ils prétendent aussi que Jésus-Christ n'est ni ne peut être appelé médiateur, en ce sens qu'il satisfasse et qu'il acquitte en quelque sorte, comme caution, la dette de celui qui offense envers celui qui a été lésé, sens dans lequel les catholiques affirment que Jésus-Christ est réellement médiateur; il ne l'est, suivant eux, que comme interprète et messager des deux parties, de Dieu et de l'homme, par conséquent improprement, ou comme l'arbitre choisi par les deux parties pour les réconcilier, ou enfin comme intercesseur et comme avocat; nous disons contre ces erreurs :

PREMIÈRE PROPOSITION

Jésus-Christ fut réellement prêtre dans toute l'étendue du mot, et il en remplit les fonctions pendant sa vie mortelle.

Cette proposition est de foi dans l'une et l'autre de ses parties, et elle est l'expression de la doctrine catholique telle que l'établit le concile de Trente, sess. XXII, c. 1 et suiv.

Que Jésus-Christ ait été prêtre dans la force du mot, non pas de l'ordre lévitique, mais de cet ordre dont David dit, Ps. 109, 4 : a Vous êtes prêtre selon l'ordre de Melchisédech; » c'est ce qu'enseigne formellement l'Apôtre dans l'ép. Hébr., c. 5 et suiv. Il y fait en outre deux choses : et d'abord il y montre en quoi le sacerdoce de Melchisédech est l'ombre ou la figure du sacerdoce de Jésus-Christ, savoir, par le nom, la personne et l'oblation ; en second lieu, par la prééminence de ce sacrifice de Jésus-Christ sur le sacerdoce d'Aaron (2). Ce

(1) Voyez Faure , S. J., Diss. sur le socinianisme, § 12, rapporté à la fin du Manuel de controverse de Bécan, éd. Cologne, 1750.

(2) Et 1» parce que le sacerdoce fut imposé à Jésus-Christ avec serment, et que pour celui d'Aaron il n'en fut pas de même. Hébr., VII, 20, 21, d'où l'Apôtre tire la prééminence du sacerdoce de Jésus-Christ. Ce ne sont pas, en effet, les choses les moins importantes, mais bien celles qui le sont le plus, que l'on confirme par serment. De plus, comme une chose qui repose sur un serment ne peut ni changer ni s'annuller, voilà pourquoi il a été confirmé

principe posé, il nous reste à voir si Jésus-Christ a réellement rempli les fonctions sacerdotales pendant sa vie mortelle.

L'Apôtre réduit à deux chefs principaux les fonctions du prêtre, savoir, l'oblation du sacrifice et l'intercession, lorsqu'il écrit, c. 1, 1 : « Tout pontife est pris parmi les hommes, est » établi par les hommes en ce qui regarde le culte de Dieu, » afin qu'il offre des dons et des sacrifices pour les péchés. » Et non-seulement il affirme, mais il pose comme un principe certain que Jésus-Christ, pendant sa vie mortelle, s'est acquitté de l'une et de l'autre de ces fonctions.

Et pour commencer par la plus importante de ces fonctions, savoir, l'oblation ou le sacrifice, c'est ce que prouve, entre autres choses, ce qu'il écrit, ibid., c. 9, 11 : ce Mais Jésusî) Christ, dit-il, le pontife des biens futurs, étant venu dans le » monde, est entré une seule fois dans le sanctuaire, par un » tabernacle plus grand et plus excellent qui n'a point été fait

» par la main des hommes Ce n'est pas par le sang des

» boucs et des veaux qu'il y est entré, mais bien par son » propre sang, nous ayant acquis la rédemption éternelle. Car » si le sang des boucs et des taureaux, et l'aspersion de l'eau » mêlée à la cendre d'une génisse sanctifie ceux qui ont été » souillés en leur donnant une pureté extérieure et charnelle, » à combien plus forte raison le sang de Jésus-Christ, qui, » par le Saint-Esprit, s'est offert lui-même à Dieu comme une

par serment, devant éternellement subsister. Pendant que le sacerdoce d'Aaron ne fut pas confirmé par serment, parce qu'il devait être abrogé un jour.

2° Le sacerdoce d'Aaron était héréditaire de père en fils; Jésus-Christ, lui, n'eut ni prédécesseur ni successeur , parce que son sacerdoce est éternel, ibid., VII, 24,

3° La victime, dans le sacerdoce d'Aaron, différait du prêtre; dans celui de Jésus-Christ, ils ne font qu'un. Car ce n'est pas par le sang des boucs et des taureaux que Jésus-Christ est entré une fois dans le sanctuaire, c'est par le sien propre, comme le dit l'Apôtre, ibid., c. 9, 11 et suiv., et X, 56.

40 L'efficacité : car « il est impossible, comme le dit le même apôtre, X, » 4, que le sang des boucs et des taureaux efface le péché. » Mais Jésus-Christ b-'offrit comme victime pour les péchés de tous les hommes, « et par une seule » oblation il a rendu parfaits tous ceux qu'il a sanctifiés, » ibid., 12-14.

S» Enfin, sans chercher à pousser la comparaison plus loin, le sacerdoce d'Aaron a été parfait sur la terre, pendant que celui de Jésus-Christ s'est commencé sur la terre et ne s'est consommé que dans le ciel, ibid., VII, 26. Aussi l'Apôtre appelle-t-il Jésus-Christ « le grand Pontife qui a pénétré les » cieux, » IV, 14.

Quant au sacerdoce de Jésus-Christ et de Melchisédech, selon l'ordre de ce dernier, voy. Pétau, liv. XII, c. 11 suiv. Pérorides, sur la Genèse, XIX, n. 80 1 l suiv.; Lorin, sur le Ps. 109; Justinien, le ch. 7 Hébr., et le P. Curti, Diaa. publiée à Rome, 1751, intit. Jésus-Christ prêtre.

» victime sans tache, purifiera-t-il notre conscience pour nous » faire rendre un vrai culte au Dieu vivant? » L'Apôtre compare ici le pontife de l'ancienne loi avec celui de la nouvelle, et comme le premier, dit-il, n'entrait dans le Saint des saints qu'après avoir offert un sacrifice où coulait le sang des boucs et des taureaux, de même Jésus-Christ a offert son sacrifice en versant son sang sur la croix avant d'entrer dans le Saint qui n'est pas l'œuvre de la main des hommes, savoir, le ciel. Jésus- Christ a donc acquis son sacerdoce et il en a rempli les fonctions avant que d'entrer dans le ciel, comme le prêtre de la loi ancienne obtenait la dignité sacerdotale et remplissait les fonctions de prêtre avant que d'entrer dans le Saint.

Le même apôtre poursuit, ibid., v. 24, en ces termes : « Car Jésus-Christ n'est point entré dans ce sanctuaire fait de » main d'homme, qui n'était que la figure du véritable, mais

» il est entré dans le ciel Et il n'y est pas non plus entré

» pour s'offrir lui-même plusieurs fois, comme le grand- » prêtre entre tous les ans dans le sanctuaire en portant le sang » d'une victime, et non le sien propre ; car autrement il aurait » fallu qu'il eut souffert plusieurs fois depuis la création du » monde, au lieu qu'il n'a souffert qu'une fois vers la fin des » siècles, pour abolir le péché, en s'offrant lui-même pour » victime. Et comme il est statué que tous les hommes » meurent une fois, et qu'ensuite ils sont jugés, ainsi Jésus- » Christ a été offert une fois pour effacer les péchés de y> plusieurs. » Mais l'Apôtre pose ici quatre choses qui veulent que Jésus-Christ, pendant sa vie mortelle, ait été réellement prêtre et qu'il ait véritablement offert un sacrifice par sa mort.

Et d'abord l'Apôtre dit que Jésus -Christ n'a offert son sacrifice qu'une fois. Donc il parle du sacrifice qu'il a offert sur la croix, et non dans le ciel, où il prie continuellement pour nous. 2. L'Apôtre établit de plus que Jésus-Christ ne s'est offert qu'une seule fois, autrement il lui aurait fallu souffrir souvent. Donc il parle de l'oblation qu'il a faite par sa passion ; or, ce n'est pas dans le ciel, mais bien sur la terre, surtout sur la croix, qu'il a souffert; donc 3. Jésus-Christ s'est alors offert, d'après l'Apôtre, pour effacer le péché, lorsqu'il est apparu et qu'il s'est manifesté. Mais lorsque Jésus- Christ est entré dans le ciel , non-seulement il ne nous est pas apparu, mais, qui plus est, il s'est même dérobé à nos yeux;

donc, c'est sur la terre qu'il s'est offert lui-même ou qu'il s'est immolé comme victime. 4. Enfin on doit penser que Jésus- Christ s'est offert lorsqu'il a effacé les péchés, car il s'est offert pour effacer les péchés de plusieurs; mais, d'après l'apôtre saint Pierre, c'est en mourant sur la croix que Jésus-Christ a fait cela (1). A quelque point de vue donc qu'on envisage ce que dit l'Apôtre, on doit tenir comme un principe certain que Jésus-Christ a été réellement prêtre pendant qu'il était sur la terre, et qu'il s'est offert lui-même en sacrifice en mourant. Voici pour la première fonction du sacerdoce.

Quant à la seconde fonction du sacerdoce, qui consiste, avons-nous dit, dans l'intercession, que Jésus-Christ s'en soit acquitté pendant sa vie, nous en avons eu entre autres une preuve remarquable dans l'admirable prière qu'il fit après la cène pour tous les hommes et présents et futurs, ainsi que nous l'avons montré en son lieu et que nous le rapporte saint Jean, c. 17 (2).

Et ces deux fonctions sacerdotales que Jésus-Christ a commencé à remplir sur la terre, il les continue et les rend parfaites dans le ciel par l'application continuelle du sacrifice qu'il a offert une fois, et parce qu'il interpelle sans cesse pour nous.

Mais on est dans l'usage de demander en quoi consiste cette intercession de Jésus-Christ auprès du Père dans le ciel. Il ne manque pas de Pères, ils sont même nombreux qui pensent que le Christ prie même dans le ciel, et qu'en priant il interpelle pour nous (3). De là cet adage de saint Augustin : « Jésus-Christ prie pour nous comme notre prêtre, il prie en » nous comme notre chef, et nous le prions comme notre » Dieu (4). » Cependant l'opinion la plus commune, la plus généralement admise veut que cette intercession consiste dans l'apparition ou la présence de Jésus-Christ devant son Père, et l'application continuelle de la rémission qu'il acquit pour notre salut par l'oblation de son sang ; et comme cette apparition a quelque ressemblance avec l'intercession humaine, c'est pour cela qu'on l'appelle au figuré intercession (5) .

Mais comme, par l'incarnation, le Christ est devenu pontife

(1) I Pierre, II, 24.

(2) Traité de Dieu, part. III, c. 4.

(3) Voy. Pétau, liv. XII, c. 8, §§ 10 et siàv.

(4) Explic, Ps. 85, n. 1.

(5) Voy. pourtant Pétau, pas. cit.

et prêtre, ainsi que l'indique le mot Christ, et que Jésus a aussi acquis ce titre (1), il est certain qu'il est prêtre luimême, non pas précisément par ce par quoi il est Dieu, comme le prétendaient les ariens, ni précisément par ce par quoi il est homme, ainsi que l'affirmaient les nestoriens, d'après les principes respectifs de leurs sectes (2) , mais en tant que Dieu homme et comme médiateur, ainsi que nous le dirons bientôt. On doit, en effet, regarder la nature humaine comme le principe par lequel quo (c'est le langage de l'école), le Christ s'est acquitté et s'acquitte des fonctions sacerdotales; et le Yerhe divin, comme le principe quod, qui remplit les fonctions sacerdotales, et leur donne un prix, une dignité infinie. C'est donc avec justice que Virgile, ou l'auteur des cinq livres contre Eutychès, dit, liv. V : « Parce que le sacre- )> ment de la réconciliation exigeait un sacrifice sans tache, il » fallait trouver une hostie telle qu'elle tînt le milieu entre » Dieu et l'homme, une hostie qui mourût par ce qu'elle avait » d'humain, et qui vainquît la mort par ce qu'elle avait en » elle de divin (3). »

Objections.

I. Obj. Jésus-Christ ne fut pas proprement prêtre pendant qu'il était sur la terre, et par conséquent il n'offrit pas de

(1) L'appellation Christ ne désigne pas la nature, mais la personne en qui sont réunies les deux natures, et la dignité pontificale est attachée à cette appellation; l'onction est le symbole que ce nom sert à désigner. C'est pourquoi le Fils de Dieu, en se faisant homme , quand la divinité a oint l'humanité, est devenu pontife et prêtre. « Car, ainsi que le dit saint Augustin, il a » été oint prêtre et roi. » Voy. Expl. II, Ps. 26, n. 2.

(2) Voy.Pétau, liv. XII, c. 11, §§ 1 et suiv. Comme les ariens pensaient que la nature du Fils de Dieu diffère de celle du Père et lui est bien inférieure , ils croyaient aussi que cette même nature s'était unie à la chair, qu'elle lui tenait lieu d'àme, et que par conséquent tout ce qui était en Jésus-Christ, et tout ce qu'il avait fait était vil et indigne de Dieu, comme procédant d'une nature d'une condition inférieure, et ils l'attribuaient tout à sa divinité, comme la faim, la soif et une foule d'autres choses semblables, comme aussi les sentiments naturels à la créature, de prier et d'invoquer. Ils soutenaient, par suite de cela, que le Christ, en tant que Dieu, est inférieur au Père, et qu'ainsi il n'est que prêtre et médiateur entre le genre humain et lui. Quant aux nestoriens, comme ils pensaient que l'homme est réellement séparé de Dieu, ils établissaient que le Christ est précisément prêtre en tant qu'homme , ils ne supportaient pas que l'on dît que le Fils de Dieu ou que Dieu est prêtre, quand même on eût ajouté selon la chair ou en tant qu'homme. Voy. saint Cyrille, liv. III, Cont. Nestorius, éd. Paris, 1638, t. VI, p. 64.

(3) Voy. Biblioth. PP., de la Bigne, t. V, col. 589, hit. Vigilio Tridentino. Voy. aussi Papebroch, t. V, juin, p. 164, n. 8 et suiv.

véritable sacrifice; il ne l'a été seulement qu'après son ascension au ciel, où il s'offre et interpelle chaque jour pour nous.

1. L'Apôtre parle en effet, Hébr., X, 5 et 9, de cette oblation qui eut lieu à son entrée, quand les sacrifices légaux furent abrogés ; mais cette entrée eut lieu dans le ciel et non sur la terre, et, au reste, Jésus-Christ n'abrogea ni n'abolit les sacrifices légaux immédiatement après qu'il fut venu sur la terre.

2. Jésus-Christ ne remplit les fonctions de son sacerdoce que lorsqu'il lui eut été dit : « Yous êtes mon Fils, je vous ai en- » gendre aujourd'hui; » mais ceci n'eut lieu qu'après que Dieu l'eut ressuscité d'entre les morts; c'est alors qu'il le constitua Seigneur et Christ, comme l'atteste saint Paul, Act., XIII, 33, et Rom., I, 4, collât. Hébr., V, 5. Le même apôtre,

3. l'atteste ouvertement, Hébr., VHI, 4, lorsqu'il dit : « S'il » ne l'était (le Christ) que sur la terre, il ne le serait pas du » tout, puisqu'il y en a déjà eu pour offrir les dons suivant la » loi, dont le ministère a eu pour objet les figures et les » ombres des choses du ciel. » Donc le Christ n'a été proprement prêtre et n'a offert le sacrifice réel qu'après être monté au ciel. 4. Le même apôtre dit, Hébr., VII, 26 : « Il convenait » que nous eussions un pontife plus élevé que le ciel. » Il fallait donc qu'il fût dans le ciel avant d'offrir un sacrifice. 5. Ibid., V. 24, le même apôtre prouve que le Christ est prêtre éternel, parce qu'il prie toujours pour nous dans le ciel; mais s'il avait offert une seule fois un sacrifice sur l'arbre de la croix, quel besoin y aurait-il qu'il interpellât continuellement pour nous? 6. On ne doit pas oublier non plus que Jésus ne s'est jamais attribué lui-même cette dignité de prêtre , et qu'elle ne lui est conférée que dans la seule épître aux Hébreux , qui est pleine d'arguties (1). Donc :

Rép. JV". A. Quant à la première preuve, N. Car l'Apôtre dit nettement, X, 5 de la même épître : C'est pourquoi, entrant dans le monde, il dit : « Yous n'avez pas voulu des hosties et » des oblations, et vous m'avez donné un corps. » Cette entrée dans le monde ne se borne pas au moment où Jésus- Christ fut conçu ou à celui où il vint au monde, elle embrasse tout le temps qu'il passa sur cette terre. Or, c'est pendant cet espace de temps et surtout au moment de sa mort, comme

(1) Tel Wegsclieider, et avec lui Ziegler, Introduction à l'épître aux Hébr., AmmoD, Bibl. thébl., t. III, 17 suiv.

nous Pavons dit plus haut (1), que les sacrifices légaux furent abolis, sinon de fait, du moins de droit,

Rép. 2. Il a été fait prêtre par celui qui lui dit : Vous êtes mon Fils, C. quand ceci lui fut dit, N. L'Apôtre, dans le pass. cit. , n'affirme que la première de ces choses ; les sociniens y ajoutent la seconde de leur autorité. Nous ajouterons que Dieu le Père fît entendre cette déclaration non-seulement au moment de la résurrection, mais même avant, soit au moment du baptême, soit au moment de la transfiguration. L'Apôtre ne fait mention que de la résurrection seule, parce que ce fut elle surtout qui mit à nu la filiation divine du Christ, qui est le fondement et la cause de son sacerdoce et de sa résurrection.

Rép. 3. D. Si le sacerdoce de Jésus-Christ avait été du même ordre que le sacerdoce lévitique, si la dignité en eût été la même, C. si l'ordre en est différent, la dignité l'est aussi, N. Car l'Apôtre prétend ici que le sacerdoce de Jésus-Christ était bien plus excellent que le sacerdoce lévitique , pour plusieurs raisons qu'il énumère dans le même endroit, et, entre autres, il fait valoir l'objet et l'efficacité; l'objet, parce que le sacerdoce lévitique avait pour but la seule purification de la chair, pendant que le sacerdoce du Christ a pour but celle de l'esprit et de la conscience; l'efficacité, celui-ci, parce qu'il était imparfait, était obligé de réitérer ses sacrifices, pendant que, comme le sacerdoce du Christ est très-parfait et de son côté et de celui du sacrifice , il a sanctifié les hommes par une seule oblation, sans qu'il ait été besoin de recommencer. Aussi conclut-il que , si les sacerdoces eussent été pareils, les uns et les autres sacrifices eussent été inutiles (2) .

Rép. 4. D. Après avoir accompli sa mission sur la terre, C. avant de l'avoir accomplie, N. L'Apôtre n'affirme que le premier point, pour montrer que Jésus-Christ, en montant au ciel, accomplit, en l'appliquant, ce qu'il avait de parfait sur la terre.

Rép. 5. D. Continuant ces fonctions sacerdotales par l'application continuelle de ses mérites, C. autrement, N. Or, nous avons dit dans les preuves que l'interpellation de Jésus- Christ dans le ciel consistait dans l'application des fruits du

(1) De ce Traité, p. I, p. 984, à la 3.

(2) Voy. Tournely, de l'Incarnat., quest. 4, art. 2, argum. 4, rép. 2e de la Réfutation des sociniens. Pétau, liv. XII, ch. 11 suiv. Bernard, de Pecqirigny, Triple expl. sur ce pass.

sacrifice qu'il a offert sur la croix pour Fexpiation des péchés.

Rép. 6. Je réponds 1. qu'en admettant même, comme le prétendent les rationalistes, que l'auteur de Fépître aux Hébreux soit le seul qui ait attribué la dignité sacerdotale au Christ, cela nous suffit pour taxer d'impiété les sociniens, puisque, d'après la tradition constante de l'Eglise, l'autorité de cette épître est divine. Je réponds, en second lieu, que leur assertion est fausse. Car, comme le Christ, Matth., XXII suiv.; Marc, XII, 36; Luc, XXI, 42, s'applique le Ps. 109, où il est parlé formellement du sacerdoce du Christ, par le fait même il s'attribue la dignité sacerdotale.

II. Obj, Il est deux choses qui s'opposent à ce que nous reconnaissions dans la mort du Christ un sacrifice proprement dit; et d'abord c'est que, contrairement à la nature de tous les sacrifices, le même Christ eût été prêtre et victime; la seconde, c'est que ce n'eût point été le prêtre qui eût immolé la victime, car ce furent les bourreaux qui mirent Jésus-Christ à mort. Et on ne peut pas répondre que le Christ fût prêtre et que sa mort fût un sacrifice réel parce qu'il supporta patiemment la mort, puisque tous les martyrs ont soutenu volontairement et avec courage la mort pour Jésus-Christ, sans qu'on puisse dire pour cela que leur mort est un vrai sacrifice. Donc :

Rép, N. A. La 'première de ces raisons ne vaut rien, soit parce que c'est là un privilège particulier du sacrifice du Christ que lui revendiquent les Ecritures, les Pères, les liturgies et tous les autres documents du même genre, soit parce que, dans le ciel même, de l'aveu des sociniens, le Christ offre son sacrifice et qu'il est en même temps prêtre et victime. Mais c'est là ce qui rend surtout le sacrifice du Christ recommandable, comme dit expressément l'Apôtre, Hébr., IX, 11, 12, dont nous avons cité précédemment les paroles.

La seconde raison n'en est pas une non plus , parce que les bourreaux de Jésus- Christ ne lui donnèrent pas la mort comme sacrificateurs; ils ne furent que des instruments dont Jésus-Christ se servit pour s'immoler, par suite du violent amour qu'il avait pour nous ; il a été offert parce qu'il l'a voulu, La charité de Jésus-Christ mourant surpassa de beaucoup l'iniquité de ceux qui le crucifièrent.

Quant au Confirm, N. par. Car les martyrs n'ont point été institués prêtres pour s'offrir eux-mêmes en sacrifice,

comme l'Apôtre déclare que Jésus -Christ l'a été, Hébr., X, 5, dans les paroles que nous avons rapportées, et comme nous l'avons prouvé jusque-là.

PROPOSITION IL

Jésus-Christ fut réellement médiateur'.

Cette proposition est aussi du domaine de la foi, en tant qu'elle est fondée sur l'enseignement constant et perpétuel de l'Eglise catholique, sur l'Ecriture et la tradition.

L'Apôtre dit en effet expressément, I Tim., II, 5, 6 : « Un » seul Dieu et un seul médiateur de Dieu et des hommes, » Jésus-Christ fait homme, qui s'est livré lui-même pour » nous racheter. » Mais ce qui fait que l'Apôtre appelle le Christ médiateur, c'est parce qu'il s est livré lui-même pour la rédemption de tous; il n'est donc pas seulement médiateur comme le sont le conciliateur, l'arbitre, l'avocat, mais il faut reconnaître qu'il est réellement médiateur, et qu'en cette qualité il a payé comme caution pour nos péchés et qu'il nous a réconciliés avec Dieu, comme nous le prouverons plus longuement dans le chapitre suivant.

Jésus-Christ fut un médiateur réel et proprement dit, et en tant que Dieu et en tant qu'homme. Il est dit en effet, dans les Ecritures, que Dieu s'est acquis l'Eglise par son sang, ou que le Seigneur de gloire a été crucifié, et une foule d'autres choses semblables qui supposent le concours des deux natures dans la rédemption du genre humain, et par conséquent dans la médiation dont s'est acquitté le Christ. Aussi saint Augustin dit-il : « Il fallait que le médiateur de Dieu et des » hommes eût quelque chose de semblable à Dieu et quelque » chose de semblable aux hommes, de peur que, s'il eût trop » ressemblé aux hommes dans l'un et l'autre, il eût été trop » loin de Dieu, et que, s'il eût ressemblé à Dieu dans les » deux, il n'eût été à une trop grande distance des hommes, » et que, dans ce cas, il lui eût été impossible d'être média- » teur (1). » Les autres Pères grecs et latins tiennent le même langage (2).

(1) Liv. X, Confess., c. 42.

(2) Voy. Pétau, liv. XII, c. 4. suiv. Pour mieux se faire l'idée de la médiation; il faut distinguer la personne du médiateur de l'œuvre même de la médiation. Pour constituer un médiateur réel et proprement dit dans le cas dont

304 TRAITÉ DE L'INCARNATION. II. PART. GHaP. V.

Les deux natures n'ont pourtant pas contribué de la même manière à cette médiation. C'est en effet la nature humaine qui en a fourni la matière ou qui en a accompli l'œuvre, pendant que c'est l'hypostase du Verbe qui a donné à cette œuvre sa valeur et sa dignité. Cette seule observation suffit à convaincre d'erreur ceux qui soutiennent, avec les anciens ariens, que Jésus-Christ n'a été médiateur qu'en tant que Dieu, de même que ceux qui pensent qu'il ne l'a été qu'en sa qualité d'homme, tel que François Stanchar et les sociniens. Ceux-ci pensent, en effet, qu'il n'a pas pu être médiateur comme Dieu, dans la crainte que nous ne tombions dans cette absurdité, de soutenir qu'il a été son propre médiateur. Nous répondons à ceci que Jésus-Christ n'est pas médiateur de la même manière, qu'il est une des personnes de la Trinité, car la personne du Yerbe, en tant que Dieu, n'a aucun rapport avec la chair; ou, au moins, on en fait abstraction par la pensée, lorsqu'on la compte comme la seconde personne de cette même Trinité ; mais, en tant qu'il est homme, qu'il donne en quelque sorte à l'humanité sa forme, qu'il la détermine, il remplit les fonctions de médiateur (1).

De plus, si le Christ fut réellement médiateur, en tant qu'il paya pour nous comme notre caution, nous en concluons que ce n'est qu'improprement qu'on peut l'appeler médiateur avant l'incarnation, comme le disent les saints Pères, surtout les plus anciens ; lorsqu'on le considère comme le messager et l'interprète de la volonté divine auprès des hommes, dans ces apparitions fréquentes où il se manifesta sous des formes visibles; ou même, en tant que Dieu, en vue de sa médiation et de ses mérites, il remit les péchés et accorda la vie éternelle à ceux qui eurent convenablement foi en son avènement (2) .

Comme le fond de la controverse qui divise les catholiques des sociniens relativement à la médiation de Jésus-Christ, porte sur la satisfaction, nous renvoyons la solution des objections que l'on fait contre cette proposition au chapitre suivant, où il nous sera bien plus facile de les résoudre.

il s'agit ici, il faut le concours des deux natures. C'est la nature humaine subsistant dans le Verbe, qui seule accomplit l'œuvre de la médiation, parce que seule elle pouvait souffrir, mourir, payer la dette, etc. Mais ce fut la nature ou la personne divine qui donna à cette œuvre tout son prix, toute sa dignité- Voy. Pétau, liv. cit.

(1) Voy. Pét., 1; c, IV, § 6.

(2) Voy. Pét., 1. c, c. Z.

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