CHAPITRE IL
Les protestants, qui font cause commune avec Vigilance, Fauste et Manès, que réfutèrent autrefois saint Jérôme et saint Augustin, pour rejeter et pour combattre le culte des saints comme idolâtrique, impie, superstitieux, ont dépassé toute mesure. En dehors de toutes les sectes qu'a enfanté le protestantisme et qui sont unanimes à rejeter le culte des saints, nous avons encore à combattre les incrédules , qui se décernèrent le nom de philosophes, et parmi lesquels brillent au premier rang Beausobre, Hist. de Manichée et du manichéisme, t. II, liv. IX, c. 5, p. 679 et suiv.; Middleton (1), Gibbon (2), enfin les autres écrivains diaboliques, qui ont tourné et retourné tout ce qu'il y a de plus fangeux, et qui, avec cet esprit cultivé, cette aménité, cette douceur de mœurs et de langage qu'ils affectent et dans lesquels ils se complaisent, ont encore recours aux déclamations, aux injures et aux lieux communs des hommes en démence. Parmi les déclamateurs de ce genre a brillé au premier rang, dans ces dernières années, l'Américain Breckenridge, dans les discussions qu'il a eues avec le R. Hughes, voy. Controverse entre MM. Hughes et Breckenridge sur ce point ; La religion protestante est-elle la vraie religion du Christ? Philad., 1833, éd. stéréotype, controv. n. 4. p. 35, etc. Néanmoins, comme ils ne mettent en avant aucune preuve nouvelle, et que tous leurs arguments ont été réduits à néant mille fois par les catholiques, il ne nous reste qu'à leur opposer ce que les hommes les plus doctes ont écrit sur ce point.
(1) Middleton, Lettres publiées à Rome, prouvent la conformité exacte du papisme et du paganisme, ou que la religion actuelle de Rome est dérivée des païens, qui la précédèrent.
(2) Gibbon, Hist. de la décadence de l'emp. rom., traduit de l'angl., c. 15 et suiv.
Cependant , comme il faut parfaitement établir l'état d'une discussion pour que la marche en soit heureuse, nous disons pour cette raison que, d'après les principes que nous avons posés, ce qui fait l'objet de la controverse entre nos adversaires et nous, ce n'est pas la manière dont il faut honorer les saints, c'est ce culte lui-même, savoir, s'il est pieux et convenable de témoigner par quelque signe religieux l'excellence que nous voyons dans les saints à cause des vertus qu'ils pratiquèrent de leur vivant et de l'amitié que Dieu leur prodigue, oui ou non. Les catholiques l'affirment, leurs adversaires le nient. Aussi établissons-nous dans ce sens la proposition suivante.
PROPOSITION
Le culte religieux que nous rendons aux saints est pieux et n'est entaché d'aucune idolâtrie.
Que le culte que les catholiques rendent aux saints soit pieux et exempt de toute espèce d'idolâtrie, c'est ce qu'attestent les Ecritures, qui le recommandent, la tradition la plus reculée et l'usage de l'Eglise, de même que la nature intime de la chose, et la manière d'agir de nos adversaires.
Et d'abord, l'Ecriture nous montre les patriarches, les juges rendant un culte religieux aux anges et aux plus saints personnages. Sans rapporter ce que Job dit d'Abraham et de Loth, Balaam, Nomb., XXII, 31, dès qu'il vit l'ange debout devant lui... l'adora se prosternant à terre. Dès que Josué eut apris que l'homme qu'il avait vu debout devant lui, brandissant un glaive, était le prince de l'armée du Seigneur, il se prosterna à terre et il l'adora, disant, etc., Josué, V, 15. Ce qui prouve qu'il s'agit réellement ici d'un culte, d'un honneur religieux ou relatif à Dieu, et nullement d'un honneur civil, c'est que les patriarches savaient parfaitement qu'ils ne conversaient pas d'une manière purement civile, mais bien qu'ils étaient les messagers de Dieu et qu'ils étaient unis à Dieu par les liens de l'amitié. Voy., parmi les critiques sacrés, ce que Grotius écrit en expliquant le c. 19, v. 10 de l'Apoc, sur l'usage où étaient les Hébreux d'adorer les anges. Ceci prouve, contrairement à ce que semble supposer Hengstenberg, que le culte et la vénération des anges est réellement fondée sur la Bible. On doit en dire autant de l'adoration que la Sunamite rendit à Elisée , après que le prophète eut ressuscité son fils^
heté et convenance du culte religieux des saints. 343
IV Rois, IV, 37. Car à peine la Sunamite eut-elle vu le grand prodige que venait d'opérer Elisée , qu'elle se prosterna à ses pieds et l'adora; ce qui fait que ce n'est pas un simple homme qu'elle vénère, mais bien la qualité àliomme saint et de thaumaturge qu'elle voit en lui. Donc, comme l'objet et le motif fut religieux, nous en concluons avec justice que ce ne fut pas un culte purement civil que la Sunamite rendit à Elisée, comme le prétendent quelques protestants, mais bien un Culte purement religieux.
Les Ecritures ont-elles jamais condamné ces actes? Jamais; car, outre qu'elles nous montrent toujours ces hommes (si toutefois on en excepte Balaam, encore marche-t-il sur les traces des autres) comme étant à la fois pieux et vertueux, elle nous apprend aussi que Dieu, dans un moment donné, le prescrit expressément. Ainsi, Exode, XXIII, 20, Dieu adresse la parole en ces termes à son peuple : Voici que j'enverrai mon ange devant toi... suis-le, écoute ce qu'il te dira et garde-toi bien de le mépriser... et mon nom est en lui; ainsi, d'après Josué, 1. c, non-seulement le prince de l'armée du Seigneur approuva l'adoration qu'on lui décernait, mais il dit impérativement, en outre, à Josué : « Quitte ta chaussure, car le lieu » où tu es est un lieu saint. » Les mêmes Ecritures nous montrent aussi Dieu tirant vengeance des injures faites à ses serviteurs; en effet, sur un signe d'Elie, le feu descendit du ciel pour dévorer ces deux chefs quinquagénaires qui n'avaient pas eu pour le prophète tout le respect voulu en s'approchant de lui ; c'est pourquoi le troisième , qui craignait Dieu, fléchit le genou devant Elie, et il le pria, IV Rois, 1, 13. Nous voyons aussi que les enfants de Béthel qui se moquaient d'Elisée furent dévorés par des ours, liv. II, 28 et suiv. Dieu nous apprend ici comment il veut que l'on honore ses serviteurs. Loin donc de dire que des hommes qui brillèrent par leur piété se rendirent coupables d'idolâtrie en rendant un culte aux anges et aux saints, ou qu'ils ont voulu voiler le crime d'idolâtrie au moyen des prodiges ou des ordres de Dieu, nous devons, au contraire, confesser que ce culte est pieux et saint, qu'il n'est entaché d'aucune espèce d'idolâtrie.
Des documents nombreux et inattaquables, des témoins dignes de foi nous attestent que le culte des saints fut en honneur dans l'Eglise dès son berceau. 1 . Les jours de fêtes institués pour honorer la mémoire des saints martyrs sont autant
de documents qui nous attestent L'existence de ce culte, et il en est fait mention dans le liv. VIII des Constit. apost., c. 33, où sont énumérés les jours que devaient férier les serviteurs de Dieu, et parmi ces jours sont compris les jours de fête des saints : « Qu'ils se reposent les jours consacrés à la mémoire » des apôtres, disent-elles... qu'ils férient le jour de saint » Etienne, protomartyr, qu'ils férient aussi les autres jours » consacrés à la mémoire des martyrs qui ont versé leur sang » pour Jésus-Christ (1). » L'Eglise de Smyrne, dans sa lettre aux églises du Pont rapportée par Eusèbe (2) , fait aussi mention de cet usage de consacrer des jours de fête à la mémoire des martyrs : « Que Dieu nous permette de nous réunir en ce » lieu et de célébrer dans les transports de la joie et de l'allé- » gresse l'anniversaire de sa naissance (de saint Poly carpe). » Il est question de la même fête dans les actes de saint Pion (3). 2. Que le culte des saints ait été admis dans l'Eglise universelle dès les premiers siècles, nous en avons pour preuves irréfragables les sacrifices que l'on offrait à Dieu en leur honneur, et dont parlent non-seulement saint Jean Chrysostôme et saint Augustin (4), mais encore Tertullien et saint Cyprien. Tertullien dit en effet, liv. de la Couronne, c. 3 : ce Nous fai- » sons à Dieu annuellement des oblations pour les défunts et » pour les naissances [natatùiïs) (5). » Quant à saint Cyprien, il dit : « Nous offrons des sacrifices pour eux, ainsi que vous
(1) Cotelier, t. I, p. 415. Or, les Constitutions apostoliques parurent au IIIe siècle de l'Eglise; elles sont fort estimées des savants Albaspimeus, de Marca, Pétau, etc.
(2) Liv. IV, Hist. eccl., c. 15, édit. Val.; il rapporte intégralement cette lettre publiée pour la première fois par Jaeq. Usserius. Mais comme saint Polycarpe fut martyrisé sous Antonin le Pieux, ce document se rapporte au IIe siècle de l'Eglise, puisqu'elle fut écrite peu de temps après sa mort. Voy. P. Aloixius, S. J., Vie et documents des écrivaius illustres de l'église d'Orient, Douai, 1633, 1. 1, not. vie de saint Polycarpe, c. 13.
(3) Ruinart, Actes véridiques des martyrs, Vérone, 1731, p. 118, on y lit, n. 2 : « C'est pourquoi le second jour du sixième mois, qui est 4 des id. de » mars, le jour du grand sabbat, célébrant la naissance illustre du martyr » Polycarpe, Pion subit les rigueurs de la persécution. » Mais saint Pion fut martyrisé l'an 250 de Jésus-Christ.
(4) Saint Jean Chrysostôme, hom. 21, sur les Actes apôt., n. 4, éd. Bénéd., t. IX; saint Aug., serm. 273, c. 12, éd. Bénéd., t. V et ailleurs.
(5) Voy. ib., not. de Rig.; il fait observer que, par ce mot natalitia, Tertullien entendait les solennités en l'honneur des martyrs célébrées le jour de leur mort, jour où ils étaient nés pour le ciel. Voy. aussi La Cerda, S. J.,note sur ce pass., où il défend savamment le sens naturel de Tertullien contre Junius.
» le rappelez, toutes les fois que nous faisons mémoire de j) leurs souffrances ou que nous célébrons l'anniversaire de » leur mort (1). » 3. Les temples, les autels, les oratoires érigés en l'honneur des saints martyrs, et que l'on appelait confessions, sont aussi des preuves de l'existence de ce culte (2). 4. L'invocation des saints, le respect que l'on avait pour leurs reliques, et dont nous parlerons bientôt ex professo, sont aussi des preuves publiques et à la portée de tout le monde de l'existence de ce culte. Nous n'invoquons donc pas des témoins isolés pour constater l'existence de ce culte dès les premiers siècles; les preuves auxquelles nous avons recours sont des monuments publics et connus de tout le monde, que nos adversaires ne sauraient nullement attaquer. Si pourtant quelqu'un avait le désir de consulter un à un les témoignages des plus anciens Pères, nous le renvoyons à Bellarmin, I liv. de la Béatif. et canon des saints, c. 13, et à Pétau, liv. XIV de l'incarn., c. 10 et suiv. On peut aussi consulter Trombellius, diss. cit., c. 1 et suiv. Il nous faut donc conclure de là, ou que le culte des saints ne renferme aucune trace d'idolâtrie ou de superstition, ou que l'idolâtrie et la superstition ont commencé dans l'Eglise avec l'Eglise même.
Voici maintenant comment nous prouvons notre thèse, d'après les principes mêmes des protestants : ils admettent un culte civil pour honorer les qualités et les vertus civiles naturelles ou politiques. Nous sommes donc autorisés à en tirer cette conclusion : donc il faut aussi admettre un culte religieux pour honorer les qualités et les vertus surnaturelles propres aux saints. Bien plus, comme l'honneur que nous rendons aux grands de la cour, loin de nuire ou d'atténuer le respect et
(1) Lett. 34, éd. Bénéd. Voy., sur ce pass., note 13 de Pamélius. Le concile de Laodicée nous fournit aussi un témoignage remarquable de cette coutume ; il dit, canon 51 : a II ne faut pas fêter les martyrs pendant le carême, il n'en » faut faire mémoire que le samedi et le dimanche; » Coll. conc, Labbe, 1 1., col. 1520. On peut voir là-dessus les notes de Binet. Le concile de Gangrea nous en fournit une autre preuve, can. 20; Trombellius, ouv. Culte des saints, Bolog., 1740, vol. II, diss. 6, c. 12 suiv. Il développe longuement ce qui se pratiquait dans les fêtes des saints martyrs.
(2) Voy. Eusèbe, Hist. eccl., 1. II, c. 29. Il rapporte un fragment du livre que le prêtre Caïus avait écrit contre Proculus, souteneur de la secte des cataphrygea, et où il réfute cet hérétique en ces termes : « Pour moi, je puis » montrer les trophées des apôtres. Car, soit que tu ailles au Vatican, soit que » tu te diriges vers Ostie, tu trouveras les trophées de ceux qui fondèrent cette » Eglise. » Or, Caius vécut au temps de Zéphyrin.
l'honneur qui sont dus au prince , ne font au contraire que les affermir, les confirmer; de même le culte que nous rendons aux saints, au lieu d'affaiblir ou de détruire l'honneur suprême et le respect qui est dû à Dieu, ne fait au contraire que le rendre plus parfait et le confirmer admirablement ; car l'honneur que nous rendons à Dieu serait, pour ainsi dire, manchot,* si nous dédaignions d'honorer ses amis qui régnent avec lui dans la cour céleste, d'autant mieux que l'honneur que nous rendons aux serviteurs rejaillit sur le Seigneur lui-même ; et ce qui fait que nous qualifions cet honneur de religieux , c'est parce que nous le rendons aux saints en vue de Dieu et à cause de Dieu.
C'est ce qu'ont enfin vu les protestants les plus sensés euxmêmes. Sans nous arrêter aux autres, nous citerons ici les paroles mêmes de Leibnitz, qui n'a pas hésité d'écrire : « On » doit tenir généralement. . . que l'on ne saurait approuver le » culte des saints et des reliques, qu'autant qu'il se rapporte à » Dieu, et que tout acte de religion, quel qu'il soit, doit avoir » sa fin et se résumer dans l'honneur d'un seul Dieu tout- » puissant. C'est pourquoi, lorsqu'on honore les saints, il faut » l'entendre dans le sens des paroles suivantes de l'Ecriture : u Vos amis unis ont été honorés, ô Dieu, etc. Louez le » Seigneur dans ses saints, » Syst. théol., éd. Emery, Paris 1819, pag. 160 ; il dit encore, pag. 170 : « Il est certain qu'au » second siècle de l'Eglise on célébrait déjà les fêtes des mar- » tyrs, et qu'on se réunissait dans les monuments érigés en » leur mémoire; » et il conclut justement de cela, p. 172 et suiv. : « Mais il est à craindre que ceux qui pensent de la sorte » (que le culte des saints est une idolâtrie) ne conduisent à la » destruction du christianisme; car si, dès ces temps-là, » l'erreur prévalut dans l'Eglise, il s'ensuit que la cause des » ariens et des disciples de Paul de Samosate acquiert une » très-grande force, puisqu'ils font remonter à ces temps-là » l'erreur de l'Eglise et qu'ils soutiennent que c'est en ce » temps-là que le mystère de la Trinité et l'idolâtrie s'y » glissèrent furtivement... Je laisse à chacun de juger quelle » en serait la conséquence ; les soupçons des esprits inquiets » iront même plus loin : ils seront étonnés qu'après les pro- » messes si formelles que Jésus -Christ avait faites à son » Eglise, il ait autant accordé à l'ennemi du genre humain; » qu'à l'idolâtrie qu'il venait de chasser en ait succédé une
>) autre, et que dans seize siècles il y en ait à peine un ou X> deux pendant lesquels les chrétiens aient conservé la vraie » foi, pendant que nous voyons la religion juive et mahomé- » tane se conserver pendant tant de siècles à peu près telle » que renseignèrent leurs fondateurs. Que deviendra donc le » conseil de Gamaliel , qui enseignait que la vérité de la reli- » gion chrétienne et la providence de Dieu se manifesterait » par les événements, ou quel jugement porter sur le christia- » nisme si cette pierre de touche avait si peu de consistance? » Ce protestant naïf non-seulement établit la vérité, mais il énumère même les principaux arguments sur lesquels elle repose.
Objections.
I. Obj. 1. Le culte des saints est en contradiction avec le premier précepte du Décalogue, Deut., YI, 13 : « Vous crain- » drez le Seigneur votre Dieu, et vous ne servirez que lui » seul, » Jésus-Christ renouvelle le même précepte en ces termes, Maith., IV, 10 : « Vous adorerez le Seigneur votre » Dieu, et vous ne servirez que lui seul. » 2. Ce précepte défend de rendre aux créatures quelque culte ou honLeur que ce soit, il le réserve pour Dieu seul, comme l'explique l'Apôtre, I Tim., 1, 17, lorsqu'il dit : « A Dieu seul honneur et gloire. » 3. Dieu dit nettement, dans Isaïe, XLVIII, 8, qu'il ne veut communiquer sa gloire à personne ; voici ses paroles : « Je ne » donnerai pas ma gloire à un autre. » Donc on doit rejeter le culte des saints, quel qu'il soit, comme superstitieux.
Rép. N. A. Quant aux deux premières preuves, je distj D'après les paroles citées, le culte ou l'honneur suprême de latrie et proprement dit est réservé à Dieu seul, C. le culte inférieur de dulie et improprement dit, N. Car, comme on le voit par le contexte et par le but que se propose d'atteindre l'écrivain sacré, il n'est question dans les passages cités que du culte suprême et d'une servitude proprement dite; on lit immédiatement après, en effet, 1. c, Deut. : « Et vous jurerez » par son nom. » Il est dit plus clairement encore, Deut., V, 7, où ce même précepte est consigné : « Tu n'auras pas de » dieux étrangers devant toi. » Mais comme le culte que nous rendons aux saints n'est pas le même, et que nous ne les honorons qu'à cause de Dieu et relativement à lui, il est évident que ce précepte n'a rien de commun avec le culte des saints,'
Il faudrait, pour que nos adversaires atteignissent leur but, ou qu'ils démontrassent que les catholiques rendent aux saints un culte suprême , ou que ce culte que Ton rend aux saints attaque en quelque point le culte suprême dû à Dieu, et comme il leur est impossible de le faire, vainement condamnent-ils les catholiques comme coupables d'idolâtrie et comme infracteurs du premier précepte du Décalogue. Aussi le Catéchisme romain dit-il justement : « Est- il quelqu'un d'assez insensé pour croire » que, par le fait même qu'un roi défend à qui que ce soit de » jouer le rôle de roi et d'en recevoir les honneurs, il défend » en même temps de rendre à ses magistrats l'honneur qui » leur est dû? »
Rép. 2. La réponse, ici, est la.même que la précédente; car, si l'Apôtre avait voulu qu'on ne rendît aucun honneur aux créatures, dans le passage cité il n'eût pas écrit, Rom., XII, 10 : « Vous honorant mutuellement; » I Tim., V, 17 : « Les » prêtres sont dignes d'un double honneur, » et ailleurs. Voy. Bernardin de Pecquigny, qui interprète les paroles de l'Apôtre de Faction de grâce, à cause de la miséricorde qui s'est manifestée à lui, et, en lui, aux autres. Mais il interprète ce à Dieu seul de Dieu, qui est seul et unique. Ce qui prouve que ces paroles n'ont aucun rapport avec le but que se proposent les protestants, qui est de priver les saints de toute espèce d'honneur et de culte. Nous avons vu, en outre, les patriarches et les autres saints personnages de l'ancienne loi se prosterner aux pieds des anges, des rois et des hommes remarquables par leur piété, sans qu'ils aient été repréhensibles en rien.
Rép. 3. D. A un autre, c'est-à-dire aux objets sculptés, ou aux faux dieux , comme il est écrit aussitôt après , C. indistinctement, je distingue encore, la gloire qui est propre à Dieu seul, C. qui peut aussi, d'après ce que nous avons dit, convenir aux créatures, N.
Inst. Or, quelque soit le culte que l'on rende aux anges ou aux saints, les Ecritures le proscrivent; 1. l'Apôtre écrit, en effet, Coloss., II, 18 : « Que personne ne vous ravisse le prix » de votre course en affectant de paraître humble par un culte » superstitieux des anges, se mêlant de parler de choses qu'il » ne sait pas. » Il défend donc d'honorer les anges de quelque manière que ce soit. 2. C'est pourquoi, quand saint Jean voulut adorer l'Ange qui lui apparut, l'Ange refusa cet honneur, disant, Apoc, XIX, 10 : ce Prenez garde de ne pas le
» faire; je suis le serviteur de Dieu comme vous... adorez » Dieu; » Pierre tient la même conduite à l'égard du centurion, Act., X, 25, 26. Donc :
Rép. N. Min. Quant à la première preuve, D. par un culte faux et superstitieux, soit; si ce culte est conforme aux règles, N. Nous avons laissé passer le premier membre de notre distinction, parce que les commentateurs ne sont pas d'accord sur le sens de ces paroles de l'Apôtre. Car les uns prétendent qu'il proscrit par là le culte superstitieux et des bons et des mauvais anges (1). D'autres veulent qu'il ne proscrive que le culte idolâtrique des bons anges , que , d'après les inventions des platoniciens, l'on regardait comme les médiateurs entre Dieu et les hommes, et cela à l'exclusion du Christ, ce que semblent indiquer les paroles qui viennent immédiatement après : « Et ne demeurant pas attaché à la tête. » D'autres pensent que l'Apôtre blâme ici les chrétiens qui judaïsaient, savoir, qui tenaient trop à la loi et aux observances légales, sous prétexte que les hommes avaient reçu la loi par le ministère des anges. Le contexte semble favoriser cette interpré^ tation, car l'Apôtre avait dit peu de temps avant : « Que per- » sonne ne vous condamne pour le boire et le manger, etc. » D'autres enfin pensent que l'Apôtre condamne ici « ce zèle » d'une sainteté particulière qui se manifestait extérieurement » par des jeûnes fréquents et d'autres pratiques recherchées ; » telle est l'interprétation des méthodistes (2). Quelle que soit enfin l'interprétation que l'on admette, il est évident que le texte de saint Paul n'a rien de commun avec le culte légitime des anges, tel que l'admet l'Eglise catholique.
Rép. 2. D. Une adoration improprement dite, qui consisterait dans l'expression d'une humble déférence, C. proprement
(1) Voy. Trombellius, ouv. cit., diss. 4, c. 8, où il énumère et expose les diverses interprétations.
(2) Tel est, entre autres, Charles Rosenmuller, qui dit dans ses Scholies sur le Nouv.-Test, en parlant de ce passage, qu'il est ici question « du zèle » d'une sainteté particulière, car l'apôtre saint Paul, Act., 28, 5, ne parle » point du culte, mais du zèle de la sainteté privée des pharisiens qui se ma- » nifestait par des jeûnes fréquents et des pratiques de piété recherchées, et » il est évident que Paul parle, dans le v. 23 de ce chapitre, du soin que l'on » devait apporter à ne pas manger des mets que la loi mosaïque prohibait, » et autres institutions semblables. » Aussi rétracte-t-il l'interprétation relative au culte des anges, qui lui souriait autrefois. Voy. éd. 5, 1806. Ceci ruine l'argument que les protestants faisaient sonner si haut contre le culte des anges et des saints.
dite, ou de latrie, N. Autrement, il nous faudrait condamner l'apôtre évangéliste saint Jean comme coupable d'idolâtrie, lui qui, non -seulement dans le passage objecté, mais encore ibid., 22, 9, se prosterna aux pieds de l'Ange pour l'adorer, et qui en fut de nouveau empêché. Aussi Grotius dit avec raison, interprétant ce passage : « Il ne dit pas (l'Ange) que » Facturation peut être rendue à Dieu seul, car l'histoire » ancienne tout entière y répugne... mais il agit avec biea- » veillance, comme si un collègue disait à son collègue : » Réservez cet honneur pour le roi. » Il faut interpréter de la même manière la conduite de Pierre à l'égard du centurion Corneille; il l'avertit de ne rendre grâce qu'à Dieu seul, de qui vient tout don parfait, et il confesse qu'il n'est que le ministre de Dieu, qui l'avait chosi pour le salut.
n. Obj. tirée de la tradition : 1. Le concile de Lacdicée, can. 35, défend expressément « aux chrétiens, après avoir » quitté l'Eglise, de passer au culte des anges, de les nommer » ou de former des congrégations; et si, par conséquent, on » surprend quelqu'un se livrant à ce genre d'idolâtrie, qu'il » soit anathème. » 2. Ce culte est aussi condamné par Origène, 1. V, cont. Celse, n. 8 et suiv., et 1. VII, n. 62 suiv., éd. Bénéd.; par Théodoret, Comm. sur l'ép. aux Coloss., et les autres Pères partagent leur sentiment, lorsque 3. ils avertissent que l'Eglise chérit et honore les saints, mais qu'elle ne les adore pas, comme on le voit par la lettre de l'église de Smyrne, par saint Jérôme, lett. 109 et 53, n. 1, comme aussi par son livre contre Vigilance, n. 5; par saint Augustin, serm. 273, serm. 101, liv. de la Vraie relig., c. 55, etn. 108, 110. 4. C'est aussi ce qu'ils nous apprennent lorsqu'ils avouent encore qu'ils n'honorent point les saints d'un culte religieux (coli pr opter religionem), qu'ils ne font que les aimer à cause de l'imitation (pr opter imitationem) , selon le langage du même saint Augustin, Vraie rel., n. 108. 5. C'est encore ce qu'ils nous apprennent lorsqu'ils enseignent que l'honneur que nous devons aux saints est du même genre que celui que nous rendons aux hommes vertueux pendant leur vie, comme le dit saint Augustin, liv. XX, cont. Fauste, c. 21, et, avec lui, saint Cyrille d'Alexandrie, liv. VI, cont. Julien. 6. Lorsqu'ils affirment qu'ils ne rendent aux saints aucun culte dont ils soient l'objet proprement dit, mais que c'est Dieu seul [qu'ils honorent en eux, Théodoret, serm. 8, sur la guérisoa
des affect. des Grecq., etc. 7. Il ne pouvait pas en être autrement, car la distinction que les scholastiques ont établie entre le culte de didie et celui de latrie était complètement inconnue des anciens. Nous sommes donc obliges d'avouer que les Pères ne rendirent aucun culte aux saints, à moins que nous ne les accusions d'idolâtrie.
JRép. 1. D. Le concile de Laodicée a prohibé le culte superstitieux et immodéré, C. le culte légitime, N. Or, que tel ait été le but du concile de Laodicée, c'est ce que prouvent des arguments internes et externes. Et d'abord, des arguments internes, tels que 1. ce qui découle des paroles mêmes du canon cité, qui prouvent qu'il condamne ceux qui, après avoir abandonné l'Eglise de Dieu, formaient des congrégations et se livraient à un culte idolâtrique, ou qui osaient se réunir dans des assemblées clandestines; 2. ce que le can. 41 du même concile contient, et où les Pères de ce même concile admettent le culte légitime des martyrs, et où ils indiquent en quel temps les fidèles pourront les fêter; voici ce qu'on y lit : « Il ne faut ï> pas fêter les martyrs pendant le carême , il ne faut en faire » mémoire que les samedis et les dimanches. » Voy. Act. des conc, Hard., t. I, col, 789. Or, la raison est la même pour le culte des anges et des saints. L'histoire nous fournit aussi des arguments externes, car elle nous apprend qu'il existait alors dans cette province une secte superstitieuse qui rendait, d'après les principes platoniciens, un culte aux anges, comme étant les médiateurs entre Dieu et les hommes. C'est ce qu'atteste Théodoret dans son Commentaire sur l'épître aux Coloss., expliquant ces paroles de l'Apôtre, Que personne ne vous séduise, etc.; voici ses paroles : « Et on a pu voir, jusqu'à ce » jour, chez eux et chez leurs voisins, des oratoires de saint » Michel. Ils s'adressaient donc à lui par humilité, disant qu'il » n'est pas possible de voir et de saisir le Dieu de toutes » choses, et qu'il faut se concilier la bienveillance de Dieu par » l'intermédiaire des anges. » On voit par là et quel est le sens naturel du canon de Laodicée , comme aussi la mauvaise foi des protestants, qui affirment que ce concile a condamné d'une manière absolue le culte des anges. Ainsi, Wegscheider, entre autres, écrit de confiance, § 102 : « Lorsque, du con- *> sentement d'un grand nombre de Pères, le concile de Lao- » dicée, tenu l'an 363, eut improuvé l'adoration des anges; » saint Ambroise semble l'avoir de nouveau recommandée, ceuv.,;
1. 1, p. 146, des Veuves : Nous devons prier les anges qui ont été constitués nos gardiens. Le IIe conc. de Nicée, tenu l'an 787, a décrété qu'il faut rendre une vénération honorifique aux anges et non un culte latreutique ; c'est ce qu'a aussi prescrit le conc. de Trente, sess. XXV; le Catéch. rom., p. III, c. 2, § 9 suiv.; Pét., Dogm. théol., II, 69 suiv. Nous ferons ici remarquer deux choses : 1 . c'est l'impudence avec laquelle notre rationaliste affirme que le concile de Laodicée qui a condamné l'adoration des anges, est précisément celui dans lequel saint Ambroise l'a recommandé plus tard; 2. c'est l'aveu qu'il fait que le conc. IIe de Nicée, le concile de Trente, le Catéchisme romain et Pétau enseignent qu'il ne faut rendre aux anges qu'un culte d'un ordre inférieur.
Rép. 2. N. Origène, dans le 1. c, réfute en effet Celse, qui calomniait les chrétiens à peu près de la même manière que les protestants déchirent aujourd'hui les catholiques, comme s'ils tenaient les anges pour des dieux et les honoraient comme tels. Voici les paroles mêmes du 1. V, contre Celse : « Vous » n'y trouverez pourtant nulle part (dans les Ecritures) de » précepte en vertu duquel nous devions leur rendre le culte » qui n'est dû qu'à Dieu, eux dont le ministère consiste à exé- » cuter les ordres de Dieu et à nous transmettre ses dons. » Au reste, Origène, ib., 1. VIII, n. 13, admet expressément le culte des anges dans son sens réel. Voici en quels termes il répond à l'object. de Celse : « Par le fait que nous honorons » le Fils de Dieu du même culte que lui, Celse pense qu'il » s'ensuit que nous croyons que non-seulement il faut adorer » Dieu , mais qu'il faut encore adorer ses ministres ; s'il avait » compris , dit-il , quels sont réellement , après le Fils unique » de Dieu, ses ministres, comme Gabriel, Michel et les autres » anges et archanges, et qu'il eût dit qu'il faut les adorer, » peut-être qu'après avoir éclairci le sens du mot adorer et » indiqué les devoirs de celui qui adore, eussé-je rapporté, » selon l'importance de la question , ce qui est propre à faire » comprendre cet argument. » C'est pourquoi Kellius compte Origène parmi les Pères que ses protestants accusent d'être coupables de cette erreur, savoir, d'avoir admis le culte des anges , et comme il ne trouvait pas d'autre moyen d'échapper à la force de ce texte, qui lui est formellement contraire, il a prétendu qu'il avait été ajouté après coup. Et c'est vraiment une merveille de lumière critique! Ch.-Aug.-Théoph. Kellius,
Opusc. acad., édités par J.-David Goldhorn, Leipsig, 1821, sect .dern., c. 3, sect. 2, des Bons anges et de leur culte, voy. p. 550 suiv.; enfin, p. 560, après avoir rapporté le témoignage d'Origène, tiré de la 1 hom. sur Ezéchiel : Venez, ange, etc., ne sachant plus de quel côté se tourner pour échapper à la force de ce texte , il a recours à une apostrophe de réthorique, et il conclut ensuite : « Qui saurait croire que » Origène a écrit de telles choses? » Voilà jusqu'où poussent et les préjugés et l'esprit de secte!
Theodoret n'est pas opposé, lui non plus, au culte des anges, puisqu'il ne réfute que ceux qui pensaient que les anges étaient surtout chargés de veiller sur nous et ce qui nous concerne ; qu'il leur appartenait de faire connaître nos prières, comme si Dieu ne les connaissait pas, ou ne voulait pas que nos hommages lui fussent adressés immédiatement , comme le prouvent les paroles qui en ont été citées. On peut en dire autant des témoignages des autres Pères, que développe Pétau, liv. II, des Anges, c. 9 et 10, où il démontre aussi que Theodoret s'accorde parfaitement avec les autres Pères sur le culte et l'invocation des anges; soit encore Incarn., liv. XIV, c. 14 et suiv.
Rép. 3. D. Qu'on ne doit pas les adorer dans le sens des païens, que les Pères combattaient, C. dans le sens catholique, N. Car, ainsi que nous l'avons observé, comme la technologie ou la valeur des mots n'était pas encore fixée , il semble que parfois les anciens Pères rejettent entièrement le culte des anges et des saints, lorsqu'ils nient qu'il faut les honorer, les adorer, les vénérer, etc. Mais ils ne se servaient de ces expressions que pour indiquer que l'on ne doit pas rendre aux anges et aux saints le culte de latrie, qui n'est dû qu'à Dieu seul. Les païens, qui n'admettaient aucune différence entre le culte suprême et le culte inférieur, se servaient en effet de ces expressions. Aussi les Pères se servaient-ils d'autres expressions pour exprimer la doctrine catholique du culte des saints, lorsqu'ils disaient qu'il faut les aimer, les honorer, qu'il faut s'unir à eux par la charité et Y amour, et autres choses semblables. Ils montraient enfin, par des faits publics, tels que la célébration des fêtes en l'honneur des martyrs, l'érection de monuments en leur honneur, l'invocation et d'une foule d'autres choses précédemment énumérées, ce qu'ils en pensaient. Une fois cette équivoque mise de côté, tout l'échafaudage des protestants contre nous croule de lui-même; m. 25
nous voyons enfin paraître en dernier lieu sur la scène, parmi eux, Keilius, qui ne rougit pas de ramasser les plus tristes témoignages pour démontrer sérieusement « que la doctrine » constante de l'Eglise primitive a été, qu'il ne faut rendre de » culte religieux à personne qu'à Dieu seul. » Pass. cit., page 550, où il rapporte plusieurs passages de Bellarmin, de rétau, de Noël Alex., de ïrombellius et de plusieurs autres, que nous avons expliqués depuis longtemps; et comme si son argument contre la doctrine catholique était sans réplique , il1 chante victoire. Au reste, de tous les témoignages qu'il emprunte aux Pères grecs et latins, il n'en est pas un seul qui atteigne le but que cet auteur se propose. La seule chose que tous ces témoignages prouvent, c'est que tous les catholiques admettent qu'il ne faut rendre les honneurs divins à aucune créature. Je passe sous silence la mauvaise foi dont il fait preuve dans la citation de ces diverses autorités. Telles sont les armes que les protestants du XIXe siècle emploient contre les catholiques!
Rép. 4. D. C'est-à-dire non pas à cause de la religion seule, mais aussi et surtout à cause de l'imitation, C. à cause de l'imitation seule, iV. Une fois le principe de l'honneur dû aux saints posé, selon la manière de procéder des prédicateurs, les Pères s'appliquaient à démontrer que la première des choses que nous devons, faire dans la déférence que nous devons aux saints, c'est de nous appliquer à les imiter : « Ne craignez pas » d'imiter ce que vous célébrez avec bonheur. » Ces paroles sont de saint Augustin ; loin d'exclure le culte, elles le supposent, puisqu'il parle de la solennité des martyrs.
Rép. 5. Nous admettons qu'il faut honorer d'un même culte les saints qui sont morts et ceux qui sont vivants; « mais il » faut honorer ceux-ci (ceux qui sont morts) avec d'autant » plus de dévotion qu'ils sont plus sûrs de leur salut, puisque » leurs combats sont terminés, » comme le dit saint Augustin, liv. XX, cont. Fauste, c. 21, éd. Bénéd.; mais il est juste d'observer ici que saint Augustin, que nos adversaires nous représentent comme l'ennemi du culte des saints, parce qu'il dit çà et là que nous devons seulement aimer les saints, ou que le culte que nous leur rendons ne consiste que dans l'amour que nous avons pour eux, il importe, dis-je, d'observer qu'il agit identiquement de la môme manière lorsqu'il a parlé du culte même de Dieu : « Mais qu'est-ce que la piété, dit-il 7 si
d ce n'est le culte de Dieu? et comment l'honore-t-on , si ce » n'est parla charité? » lett. 167, n. 11, etc. « Or, dit-il, la » piété, c'est le culte de Dieu, et on ne l'honore qu'en l'ai- » mant; » lett. 140, n. 45. Or, quelqu'un oserait-il dire que le saint docteur refuse par là à Dieu le culte proprement dit? Et si nous n'employons pas les mômes cérémonies dans le culte que nous rendons aux saints vivants, c'est parce que leur humilité le demande, et ensuite parce que, le plus souvent^ nous ne connaissons pas leur sainteté. On pourrait démontrer, par plus d'un exemple, que parfois on rend aux saints vivants les mêmes honneurs qu'à ceux qui sont morts. Mais nous nous contenterons de rapporter le trait que Théodoret cite dans son Hist. eccl., c. 34, éd. Val., et qui a trait à saint Jean Ghrysostôme à son retour de l'exil, que tout le monde vint attendre avec des cierges et des flambeaux allumés.
Rép. 6. D. Ils confessent qu'ils louent et qu'ils honorent Dieu dans les saints, en tant qu'il est l'auteur de tous les dons dont ils sont comblés, C. à l'exclusion de l'honneur dû aux saints, N. Nous aussi nous confessons que le dernier terme de l'honneur que nous rendons aux saints c'est Dieu; mais ceci n'empêche pas que nous n'honorions les saints en eux-mêmes, eux que Dieu a daigné honorer de la sorte. Car, comme l'honneur et le culte sont la preuve de l'excellence que nous découvrons dans .quelqu'un, il est évident que les saints sont dignes d'un culte, puisqu'ils jouissent d'une excellence propre.
Rép. 7. D. Les Pères ne se sont pas servis, avant saint Augustin, des mots latrie et dulie pour distinguer les deux genres de culte, Tr. ou C. ils n'ont pas connu cette distinction, N. Il est certain en effet, d'un côté, que les pères ont honoré les anges et les saints, ainsi que le prouvent tous les documents que nous avons cités plus haut; il est évident, d'un autre côté, que les Pères n'ont point rendu le culte suprême aux anges et aux saints, car s'ils l'eussent fait, ils se fussent souillés du crime d'idolâtrie, ce qu'il n'est pas même permis de soupçonner à l'adresse de tant de saints personnages. Il s'ensuit donc, nécessairement, que les Pères ont reconnu cette distinction de culte, bien qu'ils aient employé d'autres expressions pour la désigner. Aussi Origène dit-il avec justice : « Le » sens du mot adorer éclairci, les devoirs de celui qui doit » honorer indiqués, » on peut rendre un culte aux anges.
Enfin, saint Augustin et les autres défenseurs de la religion catholique, non-seulement ont fait cette distinction et donné les preuves qui l'établissent positivement, mais ils se sont même servis des mots latrie et dulie. C'est par ce moyen qu'ils repoussèrent les accusations dont les catholiques étaient l'objet de la part des païens et des manichéens, qui prétendaient qu'après avoir répudié les dieux ils leur avaient substitué leurs martyrs. Voy. saint Jérôme, cont. Yigil., n. 5, où il interpelle en ces termes ce prédécesseur des protestants : « Qui » donc, ô insensé, a jamais adoré les martyrs? qui a regardé » un homme comme Dieu? » Saint Augustin, lui aussi, s'exprime comme il suit, liv. VIII, Cit. de Dieu, c. 27 : «Pour » nous, nous ne leur avons point bâti de temples, institué de » sacerdoce en leur honneur, dressé d'autels, offert de sacri- » fices, parce qu'ils ne sont pas des dieux pour nous; c'est » leur Dieu qui est notre Dieu. Nous honorons, assurément, » leur mémoire comme celle des saints hommes de Dieu qui » ont combattu dans leurs corps pour la vérité jusqu'à la
» mort Mais quel est le fidèle qui a jamais entendu,
» debout devant l'autel dressé en l'honneur et pour le culte de » Dieu, sur le corps saint même d'un martyr, dire, dans les » prières qu'il récite : Je vous offre ce sacrifice, Pierre, ou » Paul, ou Cyprien, etc.? » Il tient à peu près le même langage, liv. XX, cont. Fauste, c. 21 et lett. 44.