‹ Théologie dogmatiqueChapitre 26 sur 69 · I. Obj. 1. D'après l'Apôtre, ép. Tim., II, 5 : « Il n'y a · texte numérisé non relu

I. Obj. 1. D'après l'Apôtre, ép. Tim., II, 5 : « Il n'y a

» qu'un médiateur de Dieu et des hommes, c'est Jésus-Christ » homme. » Donc celui qui invoque tout autre médiateur que Jésus-Christ, notre unique médiateur, lui fait injure. 2. Celui qui implore le secours des saints ne fait pas une moindre injure à Dieu lui-même ; car, comme nous ne devons croire qu'en un seul Dieu, de même nous ne devons en invoquer qu'un seul, d'après les paroles suivantes du même apôtre, Rom., X, 14 : « Comment invoqueront-ils celui en qui ils ne croient pas? » 3. Les Ecritures répètent à chaque instant qu'il ne faut invoquer qu'un seul Dieu, tel que I Parai., XVI, 8; Ps. 104, 1, où il est écrit : « Confessez le Seigneur et invoquez son saint » nom. » Il faut donc invoquer le saint nom de Dieu de la même manière qu'il faut confesser sa toute-puissance et sa bonté ; or, qui oserait nier que ces propriétés n'appartiennent qu'à Dieu seul? Donc :

Rép. 1 . D. Il n'y a qu'un médiateur premier, C. secondaire, N. La réponse est évidente , d'après ce que nous avons précédemment écrit sur la nature et l'office de la médiation de Jésus-Christ par rapport à la médiation des anges et des saints, qui est fondée £ur cette médiation première. Car, dans tout autre sens, Jésus-Christ serait tout aussi gravement outragé par l'invocation des vivants, qui est si fréquemment recommandée dans l'Ecriture, et à laquelle eut recours, ainsi que nous l'avons vu, ce même apôtre, bien qu'il prêche que Jésus-; Christ soit le seul et unique médiateur de Dieu et des hommes;

Rép. 2. N. Pour ce qui est de la preuve, D. Comme nous ne devons croire qu'en un seul Dieu, de même nous ne devons en invoquer qu'un seul, d'une invocation qui renferme une profession de foi et le suprême domaine sur toutes choses , G. d'une invocation qui ne consiste que dans la seule intercession, N. Les protestants jouent ici sur un quiproquo, lorsqu'ils nous opposent de semblables choses pour exclure l'invocation des saints. On distingue, en effet, deux espèces d'invocation :

Tune, propre à la divinité, par laquelle nous reconnaissons qu'elle est la source de tous les biens ; l'autre d'intercession,1 par laquelle nous ne demandons que le secours et l'appui qui nous est nécessaire pour obtenir plus facilement de Dieu ce que nous lui demandons. Certes, nous ne demandons pas un secours ou un bienfait du prince en personne de la même manière qu'à l'un des grands de sa cour, lorsque nous le prions de se porter notre protecteur auprès du prince. Voyez saint Th., II, 2, q. 8, a. 4 : « On prie quelqu'un, dit-il, de » deux manières : la première, c'est quand nous demandons » que la personne à laquelle nous nous adressons fasse ce que » nous lui demandons; la seconde, c'est quand cette personne » ne doit servir que d'intermédiaire. Dieu est le seul que nous » prions de la première manière, parce que le but de toutes » nos prières doit être d'obtenir la grâce et la gloire que Dieu » seul accorde, selon ces paroles du Ps. 83 : ce Le Seigneur » donne la grâce et la gloire. » Nous prions les anges et les » saints de la seconde manière, non pas pour que Dieu con- » naisse par eux nos prières, mais bien pour que nos prières » aboutissent par leurs prières et leurs mérites... C'est aussi » ce que prouve la manière dont l'Eglise prie. Car nous de- » mandons à la sainte Trinité d'avoir pitié de nous, et nous » demandons aux autres saints , quels qu'ils soient , de prier » pour nous. » Comme ceci est clair et conforme à la raison! Cependant Fell, évêque d'Oxford, comme nous le verrons bientôt, dit d'une manière absolue : Celui-là les fait Dieu qui les prie. Mais ne pourrait-on pas demander à Fell si, en Angleterre, quelqu'un se rendrait coupable de lèse-majesté en faisant intervenir quelque ministre auprès du roi pour en obtenir quelque charge ?

Rép. 3. D. Dans le sens que nous venons d'exposer, C. dans tout autre sens, N. La réponse est claire d'après ce que nous avons dit plus haut; car nos adversaires tombent dans le même quiproquo.

II. Obj. Les Ecritures nous enseignent qu'il faut mettre en Dieu et en son Christ toute notre confiance, qu'il faut avoir recours à lui dans nos besoins, et non à ses saints. Car 1 . Jésus- Christ apprend à ses apôtres, Matth., VI, 9; Luc, XI, 2, à prier comme il suit : « Notre Père, etc., » et, saint Jean, XVI, 23, il leur adresse encore la parole en ces termes : « Si vous » demandez quelque chose en mon nom à mon Père, etc.; »„

ce qui fait dire à l' Apôtre, Hébr., IV, 16 : « Allons avec con- » fiance au pied du trône de la grâce, pour que nous obtenions » miséricorde. » 2. Nous ne trouvons rien dans les Ecritures qui nous prescrive d'invoquer les saints, nous n'y en trouvons pas d'exemple; 3. nous y lisons, au contraire, Jér., XVII, 5 : « Maudit est celui qui met sa confiance dans l'homme. » Donc :

Rep. D. Cette confiance concorde parfaitement avec l'invocation des saints , C. elle ne concorde pas avec elle , N. Si ces choses ne pouvaient pas se concilier ensemble, il s'ensuivrait que nous ne pourrions pas avoir recours aux prières des saints, ce que pourtant ne prétendent pas nos adversaires.

H faut donc mettre en Dieu toute notre confiance; c'est à lui que nous devons recourir dans nos besoins. Telle fut toujours la croyance de l'Eglise, qui adresse à Dieu ses prières, afin de pouvoir obtenir de lui ce qu'elle lui demande, parce qu'il est le principe et la source de tous les biens (1). Elle n'a jamais reconnu les saints comme les dispensateurs et les maîtres des grâces et des dons célestes, ainsi que le prétendent calomnieusèment les hérétiques, et par conséquent elle n'en a pas fait des dieux (2). Si elle implore le secours des saints, si elle les fait intervenir auprès de Dieu pour en obtenir plus facilement ce qu'elle lui demande, elle le fait sans que pour cela la confiance qu'elle a en Dieu ait à en souffrir. Au reste, elle sait que parfois Dieu accorde à l'intercession des saints ce qu'il ne nous accorderait pas à cause de nos démérites. La colère de Dieu contre les amis de Job ne fut apaisée que par ses prières. Ce fut sur la prière d'Abraham qu'il rendit la santé à Abimé-

(1) L'Eglise, comme on le voit par sa liturgie publique, adressa toujours ses prières à Dieu, bien qu'elle invoque l'appui d'un saint, V. G. Accordez, nous vous en supplions, Dieu tout-puissant; faites, nous vous en conjurons, que, par l'intercession, etc., et tout cela par les mérites de Jésus-Christ, concluant toutes ses prières par la formule usitée, par Nôtre-Seigneur Jésus-Christ, ou par Jésus-Christ Notre-Seigneur. Le décret du concile de Trente, qui constate que les saints supplient eux-mêmes et qu'ils obtiennent tout, s'accorde avec cette pratique : « Par Jésus-Christ, qui seul est notre rédempteur et notre » sauveur. »

Voy. Bossuet, Manière de disposer ceux qui professent la confession d'Augsbourg à revenir à l'unité catholique, p. II, c. 3, art. 1 et ailleurs.

(2) Voici ce qu'on lit dans l'Apol. de la conf. d'Augsb., art. 21, invocation des saints, p. 224 : « Il en est qui déifient les saints en soutenant qu'ils con- D naissent les pensées secrètes de nos âmes; » on y lit encore : « Ils font D (les catholiques) des saints les médiateurs de la rédemption; » nous avons précédemment cité les paroles de Fell. Mais ce sont là autant de calomnies qui n'atteignent pas la doctrine catholique.

lech, à son épouse et à ses servantes; ce fut à la prière de Moïse que Dieu accorda la victoire sur Àmalech au peuple d'Israël, pour ne pas citer une foule d'autres exemples que l'Ecriture nous fournit à chaque page. Ajoutez à cela que les prières que nous adressons aux saints se rapportent en dernier lieu à Dieu, puisque npus ne nous adressons aux saints que pour qu'ils nous obtiennent de Dieu, par les mérites de Jésus- Christ, ce que nous lui demandons. Mais une telle invocation ne fait qu'affermir notre confiance en Dieu.

Quant à la première preuve, D. ces choses-là et d'autres semblables prouvent que nous pouvons recourir immédiatement à Dieu, C. elles excluent l'invocation des saints , N. Ces témoignages et les témoignages semblables, que nos adversaires entassent contre la religion catholique lorsqu'ils la combattent, n'ont pas trait à la question présente, puisqu'ils ne touchent en rien à cette même question. Les catholiques ne nient pas qu'il soit permis à quelque homme que ce soit de s'adresser directement à Dieu et de le prier s'il le veut; mais il s'agit ici de savoir s'il est en outre permis et utile d'invoquer les saints pour qu'ils nous aident auprès de Dieu par leurs prières. Or, les passages cités ne contiennent pas un seul mot relatif à cette question , et ils n'excluent pas plus l'invocation des saints qui régnent avec Dieu que l'invocation de ceux qui vivent encore, et qu'admettent nos adversaires. Pour ce qui est de l'oraison dominicale en particulier, Bellarmin fait justement observer que, quand Jésus-Christ apprit à ses apôtres à prier, sa pensée n'était pas de leur parler de celui qu'il faut prier, mais bien de leur dire les choses qu'il faut demander. Car il était suffisamment démontré que c'est Dieu seul qu'il faut prier, puisqu'il est l'auteur de tout don; mais ils ne savaient pas comment il faut prier ou ce qu il faut demander, lorsqu'ils disaient, Luc, Le: Ap)prenez-nous à prier.

Rép. 2. D. Il n'y a pas de précepte, parce qu'il s'agit d'une chose libre, C. il n'y en a pas d'exemple, N. Nous en avons cité plusieurs exemples tirés des écritures.

Rép. 3. D. Et son cœur s'éloigne de Dieu, comme il est encore dit, ibid., C. pour qu'il s'adresse à Dieu avec plus de confiance, comme dans le cas présent, iV. Jérémie, dans le passage cité, menace en effet de malédiction celui qui abandonne Dieu et ne place sa confiance que dans l'homme, comme le prouve le contexte même.

PROPOSITION IL

Cette vérité s'appuie aussi sur la tradition et la pratique

de l'Eglise,

La tradition la plus ancienne et la pratique constante de l'Eglise nous apprennent que les anges et les saints qui sont morts intercèdent pour nous, et que, par suite, il est pieux et utile de les invoquer. Car, sans parler des conciles œcuméniques de Chalcédoine , de Constantinople III, et de Nicée II; ni des Sacramentaires de Léon , de Gélase , des missels gothiques et gaulois, qui nous attestent d'une manière positive l'usage où était l'Eglise d'invoquer les saints pendant les Ve et VIe siècles ; nous avons des témoins fort anciens de ce pieux usage catholique.

Et d'ahord nous invoquerons, comme témoin de cette croyance, Origène, qui dit dans son liv. VIII, contre Celse, en parlant des anges et des âmes qui régnent avec Dieu : « Ils » aident ceux qui veulent honorer le Dieu suprême, ils le » leur concilient, ils joignent leurs prières à leurs prières, et » ils demandent avec eux. » Le même Origène nous fournit une preuve péremptoire de la doctrine catholique sur l'invocation des saints, dans son livre de la Prière, où il dit : « On » peut, sans absurdité, offrir aux saints la supplication, la » demande, l'action de grâce; il est deux de ces choses, la » demande , dis-je , et l'action de grâce , que l'on peut offrir » non-seulement aux saints , mais même aux hommes ; pen- » dant que la supplication ne peut s'adresser qu'aux saints, si » on trouve un Pierre ou un Paul qui nous aident et qui nous » rendent dignes de jouir du pouvoir qui leur a été accordé » de remettre les péchés. . . Si nous pouvons offrir ces prières » aux saints, à combien plus forte raison pouvons-nous les » offrir à Jésus-Christ, etc. » C'est pour cela que, toujours d'accord avec lui-même, il invoque, dans sa 1 hom. sur Ezéch., n. 7, son ange dans les termes suivants : « Venez, *> ô ange de Dieu, accueillez un homme qui a abjuré son » ancienne erreur (1). » Qu'il nous suffise d'avoir cité ces

(1) C'est pour se soustraire à la force de ce passage que Fell a mis son esprit à la torture et qu'il a tenté de tous les moyens, recourant, tantôt avec Dalkeus, à une apostrophe réthorique, tantôt en soutenant, que Origène se contredirait s'il disait cela, tantôt enfin recourant à Fobscurité même de ce passage, etc.

quelques passages d'Origène, qui écrivit au IIIe siècle (1).

Ce que saint Cyprien écrivit à Corneille sur le même sujet n'est pas moins positif : « Souvenons-nous mutuellement l'un » de l'autre... prions toujours l'un pour l'autre, quelque part » que nous soyons... et si, par un effet de la miséricorde » divine, l'un d'entre nous vient à quitter le premier cette » terre , que notre affection persévère auprès de Dieu ; con- » tinuons de prier la miséricorde du Père pour nos frères et » pour no* sœurs (2) . » Et il mettait lui-même cette doctrine en pratique, en invoquant les vierges et les martyrs; car voici comment Cyprien conclut son livre de l'Etat des vierges : « Seulement, souvenez- vous de nous alors, lorsqu'on com- » mencera d'honorer en vous la virginité (3) . »

Il faut ajouter, à ces deux écrivains du IIIe siècle, Eusèbe; bien que florissant au IVe siècle, il parle néanmoins de l'invocation des saints comme d'une coutume générale de l'Eglise;

(1) Voy. hom. 26, sur le liv. des Nombr., où il éclaircit ce qui suit : « Car, » qui pourrait douter que chacun des saints Pères nous secourent de leurs » prières? » éd. cit., t. III, p. 373; Keil passe tout cela sous silence comme lui étant par trop contraire.

(2) Ep. 57, éd. Bénéd. Voici comment l'éditeur d'Oxford, Fell, interprète ce passage : « Le sens parait être que , si l'un ou l'autre de nous deux meurt, » soit que ce soit moi, qui préside à l'église de Garthage, soit que ce soit » vous, qui présidez à l'Eglise de Rome, qui survive, celui qui survivra con- » tinuera de prier pour les deux églises, que sa prière monte encore vers » Dieu; » puis il poursuit : « Pendant ce temps-là, nous ne doutons pas, » néanmoins, que les âmes qui sont au ciel ne sollicitent, par leurs prières, » le Dieu très-grand d'avoir pitié de ceux qui sont encore sur la terre ; mais » il ne s'ensuit pas que nous devions leur adresser nos prières, car celui qui » les prie en fait des dieux. » Mais c'est là pervertir le sens de l'auteur dans l'intérêt de sa secte. Car ce n'est pas à celui qui survivra, ou, comme l'entend Fell, à celui qui demeurera le plus longtemps parmi les vivants, que saint Cyprien impose l'obligation de prier, mais bien à celui qui mourra le premier; cette observation ruine la remarque de cet éditeur, qui ne porte que sur un fondement faux. Voy. éd. Bénéd., œuv. du même saint Cyprien, préf., § 15. Quant à ce qu'il ajoute : « Celui qui les prie en fait des dieux, » nous en avons parlé plus haut. Pour ce qui est de l'interprétation de ce passage par Ritigaltius, on peut voir Pétau, liv. XIV, Incarn., c. 10, §§ 2 et suiv.

(3) L'éditeur d'Oxford s'efforce d'éluder ce passage, comme si le saint martyr parlait ici de la virginité que l'on commence à honorer lorsqu'elle est parvenue à l'honneur de la confession, pendant qu'il est évident que saint Cyprien ne parle pas ici seulement des vierges martyres, mais bien de toutes les vierges en général, et qu'il ne désigne point la couronne du martyre, mais bien celle de la virginité. C'est pourquoi, si l'invocation des saints n'avait pas été générale dans l'Eglise, comme l'attestent des monuments trèsauthentiques, jamais il ne fut venu à la pensée de Cyprien de prier et d'invoquer par avance les vierges et les martyrs, comme le remarque judicieusement l'éd. Bénéd., liv. cit.

366 TRAITÉ DU CULTE DES SAINTS. CHAP." tfî.

traitant la question des tombeaux des saints, liv. XIII, Préparation évang., c. 11, voici ce qu'il dit : « Car nous sommes » dans l'usage d'honorer leurs tombeaux, d'y faire des prières, » d'y déposer des vœux et de vénérer leurs âmes bienheu- » reuses , et nous soutenons que c'est justement que nous le » faisons. » Et il existe réellement des documents et des faits des IIe et IIIe siècles qui confirment l'assertion de Eusèbe. On lit en effet, dans les Actes fort anciens de saint Ignace, M., qu'il apparut pendant la nuit, peu de temps après avoir consommé son martyre, « priant pour nous (1). » Les Actes des martyrs scillitains, qui souffrirent l'an 200, se terminent par ces mots : « Il ont consommé leur martyre le 17 juillet, et ils » prient Notre-Seigneur Jésus-Christ pour nous (2). » On lit la même chose dans les Actes de saint Maxime, qui consomma son martyre l'an 250 (3), et dans les Actes de saint Théodote, qui souffrit le martyre l'an 303 (4). Tout le monde sait ce que Eusèbe rapporte de l'intercession de sainte Potamiène; elle avait, en effet, promis d'intercéder pour Basilide, qui avait protégé sa pudeur; et l'événement prouve qu'elle obtint de Dieu la grâce qu'elle lui avait demandée, Eusèbe, Hist. eccl., L VI, c. 5. L'usage d'invoquer les saints était donc trèscommun dans l'Eglise dès les premiers siècles, puisque, comme nous l'avons précédemment observé, l'intercession de la part des saints et l'invocation de notre part sont relatives ; c'est pour cela qu'au témoignage de Grégoire de Nazianze , la vierge Justine, qui vivait.au IIIe siècle, afin d'échapper aux sortilèges de Cyprien, qui était encore païen, « adressait ses » supplications à la vierge Marie, pour qu'elle lui obtînt le moyen de conserver sa virginité qui était en danger. » Disc. 1 8, n. 19.

Aux preuves que nous venons de donner se joint l'autorité

(1) Saint Ignace souffrit le martyre l'an 112 de l'ère chrétienne , d'après Norisius; d'après Pagius, Pearson et Dodwell, ce fut l'an 116. Voy. aussi les actes de ce saint martyr, dans Ruinart, ouv. cit.

(2) Ils souffrirent le martyre à Garthage, et ce fut, selon Ruinart, un auteur contemporain et oculaire qui en écrivit les actes.

(3) Il tint le langage suivant au proconsul Optime : « La grâce de Jésus- » Christ me sauvera pour l'éternité par les prières de tous les saints, qui, » dans cette lutte, ont triomphé de vos folies et nous ont donné l'exemple » des vertus. » Ibid.

(4) Car, comme il voyait ses frères pleurer, il leur dit, pour les consoler : « Désormais, je prierai Dieu pour vous avec confiance dans le ciel. »

des liturgies, qui, bien qu'elles n'aient été écrites qu'au IV6 siècle, attestent néanmoins ce qui se pratiquait publiquement dans l'Eglise universelle pondant les siècles antérieurs (1) ; on n'y a consigné par écrit, en effet, que ce qui s'était pour ainsi dire transmis de main en main jusqu'au IVe siècle, au moyen d'une tradition non interrompue. Au premier rang brille la liturgie dite de saint Jacques ; or, on y lit : « Nous » faisons surtout mémoire de la sainte et glorieuse Vierge » mère de Dieu toujours vierge. Souvenez-vous d'elle, Sei- » gneur Dieu, et, par ses prières pures et saintes, épargnez- » nous, et ayez pitié de nous, et exaucez-nous. » On trouve la même chose dans les liturgies dites de saint Pierre et de saint Marc; on lit absolument aussi la même chose dans la liturgie de saint Jean Chrysostôme. On peut ajouter à toutes ces autorités l'Ordre romain, édité dans le Musée italien, par Mabillon, le Sacramentaire de saint Grégoire-le-Grand, et les missels énumérés plus haut. C'est ce que démontre, entre autres, Joseph -Louis Asseman, dans son ouvrage intitulé Code liturgique de l'Eglise universelle, Rome, 1751, vol. IV, V, VI, ou t. IV, part. I, II, III. C'est aussi ce qu'établit Jos.- Mar., card. Thomassin, œuv. éd. par Joseph Blanchini, t. I, fol., Rome, 1741,, et Louis Muratori, Liturgie romaine, 2 vol. fol., Venise, 1748.

Nous trouvons une preuve non moins remarquable de cette pratique dans la 5e catéchèse mystagogique de saint Cyrille de Jérusalem, expliquant la liturgie; voici ce qu'il dit : « Nous ferons ensuite mémoire de ceux qui sont morts : des » saints, patriarches, prophètes, apôtres, martyrs, afin que » Dieu, par leurs prières et leur intermédiaire, ait notre prière » pour agréable. » Or, les liturgies sont l'expression de la croyance publique et commune de l'Eglise universelle; on les récitait publiquement; on peut en dire autant des catéchèses mystagogiques au moyen desquelles on instruisait publiquement les fidèles; il était par conséquent impossible d'innover, par ce moyen, quelque chose de contraire à ce qu'on avait toujours cru généralement jusqu'à ce jour. Ceci est d'autant moins admissible, s'il s'agit d'une innovation qui serait trèsdangereuse, d'après nos adversaires, telle que le serait celle

(1) Voy. Eusèbe. Collection des liturgies orientales de Renaudot, Paris» 1716, vol. I, Diss. sur la liturgie orient., orig. et antiq., c. 2«t 3.

qui aurait précipité l'Eglise dans la superstition et l'idolâtrie publique; et cela sans que, de tant d'hommes remarquables par leur science et leur piété, il s'en soit trouvé un seul qui ait réclamé.

De là découle une preuve de prescription à laquelle il est impossible à nos adversaires de répondre. Car, de leur aveu, dès le IVe siècle, cette superstition avait envahi toute l'Eglise, c'est-à-dire, dès le IVe siècle, l'Eglise tout entière avait admis le culte et l'invocation des saints (1); donc, concluons-nous, cette pratique existait déjà depuis longtemps au IIP siècle. Si, en effet, il y eût eu innovation, ou elle se fût faite tout-à-coup, par suite d'une conspiration générale de tout l'univers chrétien, ou elle ne se fût introduite que petit à petit et insensiblement. Avancer la première de ces choses, c'est une absurdité qui n'a pas de nom ; quant à la dernière , elle est tout-à-fait impossible. Elle ne s'est pas introduite secrètement, comme nous venons de le voir; c'est dans les réunions publiques des chrétiens, dans les instructions publiques qu'il en est fait mention. Il y en avait plusieurs parmi ceux qui assistèrent au concile de Nicée, célébré au IVe siècle, qui avaient survécu aux persécutions de Dioctétien, de Maximien, de Maxence, de Galère et de Licinius, et qui en portaient encore les traces. D'après la discipline en vigueur à cette époque, conformément aux règles des Pères, les évêques de chaque province devaient se réunir deux fois par an pour corriger les abus qui pourraient s'introduire, comme l'a réglé le concile de Chalcédoine, can. 19. De plus, les conciles provinciaux devaient communiquer avec les évêques de l'univers tout entier par leurs lettres encycliques (2). Si, par conséquent, il y avait eu inno-

(1) C'est ce que confirment les centuriateurs de Magdebourg, cent. 4, c. 4; Witaker, contre Bellarmin; Hospinien, part. I, Hist. sacrem., 1. H, c. 7, et les autres calvinistes, et ils crient que presque tous les Pères du IVe siècle admettaient l'invocation des saints, tels que Athanase, Basile, Grégoire de Naz.f Chrysostôme, Ambroise, Jérôme, Augustin, et que, sur ce point, ils ont erré avec les papistes. Or, quel est l'homme pieux et prudent, comme l'observe fort justement Vite Erbermann, dans sa défense de Bellarmin, qui n'aime pas mieux errer avec les Pères des IVe et Ve siècles (pendant lesquels furent tenus quatre conciles œcuméniques), que penser sainement avec ces néoévangéliques? Et si l'Eglise fut imprégnée d'idolâtrie pendant les IVe et V« siècles, il s'ensuit qu'elle est devenue adultère et que les décrets des quatre conciles généraux ne méritent aucune confiance. Voy. le card. Duperron, Réponse à Jacques VI, roi d'Angleterre, p. 641 et suiv.

(2) Voy. can. 5, conc. Nicée, et can. 20 du eonc. d'Ant. tenu l'an 341; voy. Décrets de Gratien, dist. 10; saint Léon-le-Grand, ép, 16, c. 7, éd. Bailer.,

vation dans le culte ou Tin vocation des saints , il se serait au inoins trouvé quelqu'un, de tant de doctes et saints évêques qui vécurent en ce temps-là, qui eût réclamé (1). Mais, bien loin de réclamer, les évêques chassèrent, d'un consentement unanime, comme novateurs et hérétiques, du sein de l'Eglise, Fauste et Vigilance, qui combattaient cette invocation, et les combattirent dans leurs écrits. Il n'y a donc pas eu innovation de la part de l'Eglise, comme le prétendent Beausobre, Dallaeus, Gibbon et autres, mais bien de la part de Fauste et de Vigilance, qui attaquèrent cette invocation. Cet argument est le même pour le IIP et le IIe siècle, en remontant jusqu'aux apôtres.

Mais nous allons maintenant établir notre thèse en nous appuyant sur les aveux mêmes de nos adversaires. Les centuriateurs de Magdebourg avouent ingénument que l'on trouve des traces de cette superstition dans les témoignages des premiers Pères, c'est-à-dire au IIIe siècle. Wegscheider dit que c'est pendant ce même siècle que l'Eglise commença à tomber dans le paganisme (2); c'est aussi ce que pensent les sociniens dans divers de leurs écrits. C'est ce qui a fait, pensons-nous, que les protestants les plus sensés ont admis la doctrine de l'Eglise catholique sur l'invocation des saints. Et, parmi ces derniers, brillent Leibnitz, Système théol., p. 161 suiv,; Stark, Entretiens philosophiques , ou le Banquet de Théodule, trad. del'allem., Paris, 1818, p. 318 suiv.; comme aussi Horlty, Albert Haller, Lavater, Plank, Schuhkraft, Brown, Augusti, dont Esslinger a recueilli dernièrement les témoignages, Apologie de la religion catholique par les auteurs protestants, etc. Voy. Annales des sciences religieuses, Rome, 1836, vol. II, num. 6, p. 372 suiv.

La vérité catholique s'appuie enfin sur la raison qui découle de la nature même de la chose, et par son analogie avec ce qui se passe chaque jour parmi nous. Personne n'est, en effet, assez insensé pour regarder comme coupable de lèse-majesté

où le saint pontife inculque cette règle : « Pour conserver l'union la plus » étroite. »

(1) 11 n'est aucune époque qui ait produit tant de si savants Pères que ceux que produisirent, aux IVe et Ve siècles, les églises d'Orient et d'Occident.

(2) § 92 : « La formule de ce dogme (de la Trinité), dit-il, iu; publiquement » admise... et ce ne fut que sur la lin du IIIe siècle que les Pères en parlèrent, » époque à laquelle il est constant que l'Eglise inclinait le plus à admettre » les erreurs du paganisme. »

celui qui s'adresse à un grand de la cour pour le faire intervenir auprès du souverain, afin d'en obtenir plus facilement ce qu'il lui demande; pourquoi considérerait-on comme coupable de lèse-majesté divine celui qui invoque les saints qui sont auprès de Dieu, qui forment sa cour, pour en obtenir plus facilement, par les mérites de Jésus-Christ, ce qu'on lui demande? Que peut-on imaginer de plus doux que cette pensée, qui découle de la doctrine de l'invocation des saints? Nous confessons en effet par là, que, quoique exilés, nous vivons dans une communion étroite avec le monde céleste, auquel nous sommes destinés ; nous pressentons en quelque sorte par là que la mort ne nous sépare réellement pas de ceux que nous aimâmes pendant qu'ils vivaient encore; nous nous réjouissons enfin par là d'avoir pour médiateurs, pour intercesseurs et même pour amis dévoués auprès de Dieu, ceux qui jouissent déjà d'une félicité ineffable dans son sein, félicité qui nous est aussi réservée, et que nous saluons de loin en attendant. C'est pourquoi on trouve pleinement dans l'Eglise seule cette communion des saints, que nous professons dans le symbole de Nicée, qui consiste non-seulement dans la communion des bonnes œuvres, mais encore respectivement dans les liens d'une charité mutuelle, de l'intercession et du secours.

Objections,

I. Obj. Les Pères, que les catholiques citent à l'appui de leur opinion, sont des témoins insuffisants, 1 . soit parce que, si on en excepte un ou deux qui appartiennent au IIIe siècle, tous les autres vécurent au temps ou cette superstition impie avait envahi tous les esprits; 2. soit parce qu'il est constant que ces mêmes Pères se sont souvent trompés. 3. Ajoutez à cela que la plupart des anciens ont soutenu qu'il ne faut invoquer que Dieu seul, tels que Ignace, Clément d'Alexandrie et Irénée, ou que même 4. quelques autres l'ont exclue, tels que Origène, Tertullien et Athanase. Donc :

Rép. iV. A. Quant à la première preuve, je réponds : 1. je nie que nous ne citions qu'un ou deux Pères. Car, outre les Pères, nous avons cité en faveur de notre thèse plusieurs faits tirés des trois premiers siècles de l'Eglise. Je réponds 2. qu'en admettant même l'exception des protestants, nous nions qu'ils puissent en inférer quelque chose contre la cause catholique, parce que, bien que nous ne citions qu'un petit nombre de

Pères des trois premiers siècles, qui sont si pauvres en monuments, ils prouvent parfaitement notre thèse, pourtant, parce qu'ils parlent de ce rite, sans que personne ne réclame- comme d'un usage admis de toutes les églises.

Pour ce qui est des Pères qui vécurent aux IVe et Ve siècles. il ne faut pas oublier ce que nous avons dit de la prescription et de la discipline qui était alors en vigueur et de ses accessoires, qui n'auraient permis en aucune façon à l'innovation de se faire jour. Nous ajouterons, en outre, qu'en cela les catholiques imitaient les conciles généraux, qui, pour défendre les dogmes de la vraie foi contre les novateurs, avaient plutôt recours aux Pères les plus modernes et les plus rapprochés qu'aux Pères les plus anciens. C'est aussi de cette manière qu'agirent les conciles d'Ephèse , de Ghalcédoine , et les Ve et "VF conciles œcuméniques (1). C'est aussi ce que firent, parmi les Pères, Augustin, Théodoret, Cyrille et les autres, lorsqu'ils combattaient les hérétiques qui surgirent de leur temps. Car, comme le fait justement observer Pétau, on n'était point encore accoutumé à ce genre de calomnie froide et insipide imaginée dans ces derniers temps pour en appeler, sur les points controversés, au premier et au second siècle, et même au troisième et au quatrième siècle.

■p. 2. D. Les Pères, pris chacun en particulier, étaient exposés à errer lorsqu'ils émettaient leurs propres opinions ou leur sentiment privé, C. pris tous ensemble, lorsqu'ils attestent ce qui est admis dans l'Eglise, et surtout lorsqu'ils jouissent du suffrage de l'Eglise, N. Yoy. Pét., § 6.

Rép. 3. À l'exclusion des démons, ou des œons, ou des dieux des païens, qu'ils combattaient, d'après nos adversaires, C, à l'exclusion des saints, dont ils ne disent pas un mot, N. En effet, saint Ignace ne dit jamais, dans la lettre

(1) Au concile d'Ephèse, on prouve que c'est un Dieu et non pas un simple homuie qui est né de la Vierge, par Cyprien, Pierre d'Alex., Athanase, Jules, pape, Félix, aussi pape. Théophile d'Alexand., Ambroise, Grégoire de Naz. et de Nysse, Basile, Atticus et Amphiloque, comme on le voit par le premier act. de ce même concile. Or, le plus ancien de ces Pères, c'est saint Cyprien, qui ne vécut pas deux cents ans pleins avant la tenue de ce concile ; quant aux autres, ils étaient plus récents. Au concile de Ghalcédoine, on invoque, pour établir la croyance à la distinction des deux natures, contre l'erreur d'Eutychès, des auteurs antérieurs à peine d'un siècle; et il y en a un qui était mort depuis à peine six ans, savoir, saint Cyrille d'Alex. C'est aussi ce que firent les Ve et Vie conciles œcuméniques, qu'il faudrait tous rejeter, d'après le canon de nos adversaires.

qu'on nous objecte et qui est adressée aux Philadelpliiens : « Vierges , ayez Jésus-Christ sous les yeux dans vos prières, » comme lisait Molina, etc.; » ces paroles sont du faux Ignace. Yoy. Cotelier, PP. apost., vol. II, p. 80. Quant au véritable Ignace, il établit indirectement l'invocation des saints en se recommandant aux prières des frères; il écrit en effet, dans la même lettre, c. 8 : « Je désire être justifié par vos prières. » Clément, dans son septième livre des Stromates, combat les Gentils, qui invoquaient de vaines divinités (1) ; enfin, Irénée, dans son 1. II, réfute les valentiniens , qui invoquent leurs seons et les mauvais anges, et qui se livraient aux enchantements (2). Mais qu'est-ce cuie l'invocation des saints a de commun avec cela?

Rép. 4. D. Ils excluent tous les autres de l'invocation qui est propre à Dieu seul , de qui procède tout bien. C. de cette invocation, qui consiste dans l'intercession, telle que les catholiques la pratiquent à l'égard des anges et des saints, N. Origène, en effet, ne parle, dans le 1. VIII contre Celse, n. 37, que de la seule invocation qui convient proprement à Dieu, et que

(1) Il est bon de citer dans son entier ce texte, dont Molinaeus ne cite qu'une partie, c. 7 : « C'est une folie insigne, dit-il, de demander à ceux qui » ne sont pas dieux comme s'ils étaient dieux , ou de demander ce qui ne » nous convient pas, lorsque, sous l'apparence du bien, nous demandons ce » qui nous est nuisible. Aussi, comme Dieu est bon, est-ce avec raison que » nous lui demandons, aussi bien les anges que nous, de nous donner certains » biens et de nous en réserver certains autres. » GEuv. éd. Potter, t. II, p. 853, Venise, 1757. J'ajoute que, dans tout le L VII, Clément donne pour certain que les angesprient pour nous et avec nous.

(2) Voy. ce que Massuet a écrit sur ce passage contre Grabe, note 1. Il montre en effet que, soit ici, soit dans le cliap. précéd., le saint martyr oppose les vrais miracles de l'Eglise aux prestiges des hérétiques, et que les uns sont dus aux prières pures et sincères et à l'invocation de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et que les autres sont dus à une supercherie générale, comme le dit le saint lui-même, et à une inspiration d'apostasie (savoir, des mauvais anges; il appelle ordinairement ces anges apostats), et à une opération diabolique, et à une vision idolâtrique. Voici quelles sont, en effet, dans saint Irénée, les paroles que Molinaeus nous objecte, n. 5 : « Elle ne fait rien » (l'Eglise catholique) par les invocations angéliques ni par toute autre curioh site coupable; elle agit d'une manière pure et sainte, adressant ses prières » au Seigneur, qui a tout fait, et elle invoque le nom de Notre-Seigneur Jésus- » Christ. » Voy. en outre la diss. 3 du même Massuet, art. 9, § 109. Qui ne serait pas surpris, après cela, de la mauvaise foi de Keil, qui ose encore faire valoir ce témoignage de saint Irénée contre les catholiques, qui admettent qu'on peut invoquer les anges? Toute la force de cet argument des hérétiques revient à cela : saint Irénée démontre que l'Eglise catholique ne s'adonnait point aux incantations magiques par l'invocation des démons; donc l'Eglise catholique n'invoquait point les anges. Admirable!

les païens étaient dans l'usage d'adresser à leurs dieux comme auteurs du bien, bien qu'inférieurs au Dieu suprême. Tertullien, dans le 1. c, répond aux récriminations des Gentils, qui voyaient d'un mauvais œil que les chrétiens ne suppliaient point les dieux pour le salut des empereurs. Athanase, enfin, combat les ariens pour ce qu'ils pensaient que Jésus-Christ n'est qu'une pure créature, et qui, pourtant, selon la manière d'agir des hérétiques, qui se contredisent continuellement, l'appelaient Dieu et l'adoraient comme bien supérieur à la créature. Voy. Pét., 1. c, c. 16.

II. Obj. 1. Nous ne pouvons pas invoquer les saints, bien qu'ils intercèdent pour nous; 2. l'invocation appartient au culte suprême de latrie, qui est propre à Dieu seul; 3. en outre, les saints ne connaissent ni nos vœux ni nos prières, d'après ces paroles dis., LXIII, 16 : « Abraham ne nous a » pas connus, et Israël nous a ignorés; » et ces autres de l'Ecclés., IX, 5 : « Les morts ne connaissent rien plus. » Donc :

Rép. 1. N. Car on ne peut pas donner une seule raison pour ne pas invoquer les saints s'ils peuvent intercéder pour nous, comme l'accorde Molinaeus après Calvin, Kemnitz et les autres protestants. Il serait, certes, ridicule d'affirmer qu'un grand de la cour peut nous offrir de nous être utile auprès du roi, et que nous ne pouvons pas implorer son appui. Ce qui fait que les Pères parlent tantôt de l'invocation et tantôt de l'intercession,

Rép. 2. Dans le sens des catholiques exposé plus haut, iV. Car autrement nous ne pourrions pas invoquer les vivants non plus.

Rép. 3, D. Les saints n'entendent pas nos vœux et nos prières par leur propre puissance, C. par la puissance divine, qui les leur fait connaitre, N. Mais comment les saints connaissent-ils nos prières? Est-ce dans le Verbe, comme il en est quelques-uns qui le prétendent, ou est-ce par une manifestation particulière de Dieu, comme le veut le plus grand nombre? Et de toute autre manière, il ne nous appartient pas de chercher à. le savoir. Il suffit, pour notre cause, qu'il soit positif qu'ils les connaissent, comme il est constant que cela est, d'après ce que nous avons dit. Aussi est-ce avec raison que Grotius conclut, après avoir examiné les divers modes ou raisons que les Pères et les théologiens indiquent pour expliquer cette connaissance des saints : « C'est pourquoi les protestants sont

» injustes lorsqu'ils condamnent comme idolâtres ceux qui » pensent, marchant sur les traces d'un grand nombre d'an- » ciens, que les martyrs ont quelque connaissance de nos » besoins et de nos prières (1). » En réponse à Burnet et à Gibbon, qui pensent que les saints ne connaissent pas nos besoins, parce qu'ils sont inertes et plongés dans une espèce de somnolence, privés qu'ils sont encore de la vue de Dieu, qu'on se rappelle la manière dont nous avons réfuté cette erreur en son lieu, savoir, traité de Dieu créateur, n. 631 suiv.

Quant aux paroles d'Isaïe, d'après l'interprétation même de Leclerc, elles signifient uniquement que « Dieu est appelé à » bien plus juste titre le père des Hébreux, qu'Abraham et » Jacob; » et un grand nombre d'autres protestants souscrivent à cette interprétation.

Le texte de l'Ecclésiaste signifie , comme l'indique l'ensemble du discours, que les vivants peuvent changer et devenir meilleurs, pendant que les morts ne le peuvent pas. Or, je ne vois pas en quoi cela peut favoriser les protestants dans ce qu'ils se proposent de faire.

ni. Obj. L'invocation des saints est inutile et superstitieuse :

1. elle est inutile du côté de Dieu, qui a pour nous un véritable amour de père, supérieur à celui des saints, et qui connaît par lui-même nos besoins sans l'intercession d' autrui;

2. elle est superstitieuse de notre côté, puisque nous faisons preuve par là de défiance; 3. mais cette invocation doit être

(1) Réponse à la consultation de Gassandre, t. IV. Ceci s'accorde avec ce que Leibnitz écrit, dans son Syst. théol., p. 194 : « Donc, comme les esprits » bienheureux voient bien mieux maintenant ce qui nous intéresse que » quand ils étaient sur la terre, et qu'ils voient bien plus distinctement (car » les hommes ne voient que le peu de choses qu'ils ont sous les yeux ou » qu'ils apprennent des autres),' comme leur charité ou le désir qu'ils ont de » nous secourir est bien plus ardent, et enfin, comme leurs prières sont bien » plus efficaces que celles qu'ils faisaient pendant qu'ils étaient sur la terre, » et que l'on suit combien de choses Dieu a accordées à l'intercession des » vivants, et que nous attendons un grand avantage de l'union des prières » de nos frères à nos prières, je ne vois pas pourquoi on considérerait » comme un crime d'implorer le secours d'une âme bienheureuse ou d'un » ange... surtout si on ne regarde ce culte que comme une portion infime de » ce culte souverain que l'on ne peut légitimement adresser qu'à Dieu » seul, etc. » Enfin, Th. Brown, en parlant de la religion comme remède, dit, dans le même sens que nous : « Quant à celui qui rejette l'invocation » des saints et qui soutient qu'ils ignorent ce qui se passe sur la terre, » qu'il veuille, je l'en prie, m'expliquer ce passage de l'Evangile : Les anges » éprouveront plus de Joie à la conversion d'un seul pécheur qui fera péni- )> ience. »

encore regardée comme superstitieuse à un autre chef, puisqu'il nous arrive très-souvent d'implorer l'appui de ceux ou qui n'existèrent peut-être jamais, ou dont la sainteté est au moins douteuse; 4. invoquer des saints particuliers pour des maladies spéciales ou des bienfaits particuliers, ceci touche au moins à la superstition païenne, 5. d'autant plus que les saints ne peuvent plus rien obtenir de Dieu* puisqu'ils ne peuvent plus mériter. Donc :

Rép. N. A. Quant à la première preuve , D. Dieu voit par lui-même nos besoins , et il nous accorde ses dons sans intercession étrangère, le plus souvent, C. toujours, N. Nous lisons en effet, dans les Ecritures, que souvent Dieu a accordé, sur l'intercession d' autrui, des dons que sans cela il n'eût point accordés. Nous l'avons démontré plus haut par des exemples. On peut ajouter aussi que cet argument combat l'intercession des vivants.

Rép. 2. D. Nous faisons preuve de défiance de notre côté, C. du côté de Dieu, N. Il ne nous est pas possible, en effet, de douter que Dieu nous aime comme un père ; mais pour nous, qui ployons sous le poids de nos péchés, et qui nous montrons souvent indignes des bienfaits de Dieu, nous jugeons qu'il nous est avantageux de fortifier nos supplications des suffrages des saints.

Rép, 3. D. Le doute qui peut exister sur l'existence ou la sainteté de tels saints, touche seulement à la pratique, ce qui n'est qu'une chose accidentelle et de simple discipline, C. il touche au culte lui-même , N. Il est tant de saints de l'existence et de la sainteté desquels les protestants eux-mêmes ne doutent pas, on peut par conséquent sûrement les invoquer. Nous ferons observer ici qu'il faut bien prendre garde de ne pas confondre, ce que font souvent nos adversaires , les actes des saints et l'existence des saints dont on nous donne les actes. Car il peut se faire que les actes soient faux et que les saints aient réellement, existé; V, G. Ainsi, presque tous les critiques modernes regardent comme supposés les actes de saint Denis l'Aréopagite, de sainte Marie -Madeleine, de sainte Marthe, etc. (1). Parce qu'on rejette comme supposés les actes

(1) La question des actes de saint Denis l'Aréopagite a été traitée à fond par ïe savant traducteur de ses œuvres, M. l'abbé Darboy, vie. général de Paris.

M. l'abbé Faillon, le docte historiographe de Saint-Sulpice, a aussi élucidé

de ces saints , pourrons-nous clouter de l'existence ou de la sainteté de Denis, de Marie-Madeleine ou de Marthe? Or, ce qui a lieu pour ces saints, peut avoir lieu pour une foule d'autres. On doit, en outre, distinguer les saints que l'Eglise universelle honore et invoque , de ceux qui ne sont invoqués et honorés que par des églises particulières. Peut-être pourrait-il s'élever quelque doute sur quelques-uns de ceux-ci; mais toute espèce de doute sur les premiers serait téméraire.

Rép. 4. D. Si l'on prétendait obtenir exclusivement de l'intercession de certains saints certains bienfaits, C. si on ne les invoque , l'un préférablement à l'autre que dans la vue de la division des grâces dont parle l'Apôtre , et qui fait que Dieu accorde tel don à celui-ci et tel don à tel autre , N. C'est donc en vain que les protestants ou même les incrédules recourent à un style oratoire pour énumérer les saints que l'on est dans l'usage d'invoquer pour la guérison de certaines maladies, ou pour obtenir certains bienfaits particuliers. Albert Fabricius emploie, dans sa Bibliographie ancienne, c. 8, § 23, plusieurs pages à dresser le catalogue des saints tutélaires, ou auxquels, comme il le dit, est attribué dans l'Eglise romaine le pouvoir d'administrer (prœfecturœ). C'est donc dans ce répertoire qu'ont été puiser les protestants qui ont marché sur ses traces pour se moquer des catholiques. Mais cet art est si vil aux yeux des auteurs sensés, que si on en excepte quelques écrivains de bas étage et sans nom, on trouve à peine quelqu'un aujourd'hui qui y ait recours.

Rép. 5. D. Les saints ne peuvent rien obtenir par leurs mérites présents et propres, C. par les mérites de Jésus-Christ, ou par leurs mérites antérieurs, ou, pour parler plus exactement, à cause de l'amitié et de la charité étroite qui les unit à Dieu, N. Les catholiques n'enseignent pas, en effet, que les saints obtiennent des grâces de Dieu par les mérites pris dans le sens absolu, ou les mérites dits de condigno; ils enseignent seulement qu'ils le peuvent par leurs prières, par le mérite dit de congruo, qui est fondé sur l'amitié qui les unit heureusement avec Dieu, comme les saints qui sont encore vivants peuvent pareillement les obtenir.

les actes de sainte Marie-Madeleine, sainte Marthe, etc., dans son savant ouvrage sur l'apostolat de saint Lazare, etc., et nous sommes porté à croire que l'hésitation de notre auteur n'eût pomt été la même s'il eût connu le3 travaux de ces deux savants. N. T.

Vous direz peut-être : Les catholiques demandent immédiatement des dons et des grâces à la sainte Vierge, qu'ils appellent parfois déesse, V. G. comme lorsqu'ils lui adressent ces prières : « Délivrez-nous de nos maux; à la fin de notre » exil, faites que nous voyions Jésus-Christ; » et autres prières semblables, tel que lorsqu'ils l'appellent notre espérance, etc. On peut en dire autant des autres saints.

Je réponds que l'Eglise n'a jamais donné à la sainte Vierge ie nom de déesse; et s'il s'est trouvé parfois quelques personnes qui ont employé ce mot en parlant d'elle , l'Eglise les a désapprouvés (1). Et lorsque les catholiques semblent demander des dons et des grâces à la sainte Vierge ou aux saints, ils sousentendent toujours, par le moyen de leur intercession (2) ; il faut répondre de la même manière à ce que nos adversaires ajoutent touchant Y espérance , et autres choses de ce genre, qui ne peuvent pas s'entendre autrement.

Si quelqu'un désirait connaître les monuments anciens concernant le culte, l'invocation et l'intercession des saints, tirés des inscriptions, il peut consulter : 1. B. Gêner, Théologie scholast.-dogm., Rome, 1773, t. IV, p. 194; Wiseman, Leçons sur les doctrines et les principaux usages de l'Eglise catholique, Lond., 1836; et Lettres du même à J. Poynder, relativement à son ouvrage intitulé Accord du papisme et du paganisme, ibid., 1836, p. 38 suiv. Je ferai observer ici que Middleton et Poynder ont été précédés, dans le parallélisme qu'ils ont établi entre les rites de l'Eglise catholique et ceux du paganisme, par Marangon, dans son ouvr. intit. Usages et ornements de l'Eglise empruntés au paganisme, in-4°, Rome,

(1) Voici la réponse du protestant qui a écrit l'article cité de l'Encyclopédie d'Iverdun : « 11 est pourtant vrai que le titre de déesse est échappé » à quelques-uns d'entre eux en parlant de la sainte Vierge; mais ce » n'est pas l'Eglise qui a tenu ce langage, ce sont de simples particu- » liers, etc. »

. (2) Il n'est pas inutile de corroborer cette réponse des paroles d'un autre protestant, de Leihnitz, qui écrit ce qui suit, dans son Système théologique, p. 160 :

« Quand on invoque les saints et qu'on implore leur appui, on sous-entend w toujours que leur appui consiste dans la grande efficacité des prières qu'ils » font pour nous, comme l'observe Bellarmin; ces mots : Pierre, aidez-moi, » Paul, secourez-moi, signifient uniquement priez pour moi et secourez-moi » par vos prières. » Voy., sur ce sujet, Scheffmacher, S. J., Lettres d'un théologien de l'université catholique de Strasbourg sur les six principaux obstacles à la conversion des protestants, Strasbourg, 1732, quatrième lettre eur l'invocation des saints.

1744, bien que dans un esprit tout opposé. Tant il est vrai que les catholiques n'ont rien à craindre de ce parallélisme (1)!

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