CHAPITRE IY
On entend par reliques des saints, dans le sens le plus strict, leurs dépouilles mortelles, leurs cendres, leurs ossements, etc., et dans un sens secondaire et plus étendu, tout ce qui leur appartint , et qui par soi-même est propre à rappeler la pieuse mémoire de ces mêmes saints. Les catholiques les tiennent en haut prix et en grand honneur ; aussi les protestants en prennent-ils occasion de les taxer de superstitieux. Le concile de Trente établit, dans les termes suivants, quel est le véritable sens du culte des saintes reliques contre ces mêmes novateurs. « Les corps saints des martyrs et d'autres saints » qui vivent avec Jésus - Christ , qui furent autrefois les » membres vivants du même Jésus-Christ, les temples du » Saint-Esprit, et qu'il doit ressusciter et glorifier pour la vie » éternelle, devant être vénérés par les fidèles (que les évêques » les en instruisent), Dieu s'en sert pour faire beaucoup de » bien à ceux qui les vénèrent; de telle sorte, que ceux qui » affirment qu'il ne faut ni vénérer ni honorer les reliques des » saints, ou que les fidèles les honorent inutilement, ainsi » qu'une foule d'autres monuments sacrés, et que c'est à tort » que l'on fait souvent mémoire de ces saints pour en obtenir » du secours, ceux qui affirment cela doivent être condamnés » comme l'Eglise les a déjà condamnés , et les condamne en- » core maintenant; » sess. XXV, invoc. des saints, etc. Or, nous avons déjà fait observer que ce culte des reliques des saints doit être tout relatif. Nous allons donc procéder comme il suit à la démonstration de la doctrine de l'Eglise catholique, telle que nous venons de l'exposer.
(1) Voy. Zaccaria, Dissertation sur les anciennes inscriptions et leur usage, eours complet de théologie, t. V.
PROPOSITION
Il est pieux y il est utile aux fidèles et honorer les reliques et les tombeaux des saints.
Cette proposition touche a la foi catholique, comme le trouvent les paroles du concile de Trente que nous avons citées.
On trouve en divers endroits de l'Ecriture des traces de ce culte religieux, de cet honneur; sans nous arrêter à ce qu'on voit dans l' Ancien-Testament à ce sujet (1), saint Matth. nous rapporte, c. 9, que l'hémorrhoïsse fut guérie pour avoir simplement touché le bout des vêtements de Jésus-Christ avec une grande confiance. On lit aussi, au liv. Act., V, 15, que l'on exposait les malades sur les places publiques, afin que Pierre venant à passer, son ombre en couvrît quelques-uns d'entre eux, et qu'ils fussent délivrés de leurs infirmités; et c. 19, 12, il est écrit que l'on plaçait sur les infirmes les linges dont il s'était servi (Paul), ses ceintures, et qu'ils étaient guéris, et qu'ils étaient délivrés des mauvais esprits.
C'est ce qui fit que les disciples de Jésus-Christ eurent toujours en grand honneur et en haut prix, dès les premiers temps de l'Eglise, les dépouilles mortelles des saints. Pour éviter la confusion que pourraient produire les documents nombreux que les trois premiers siècles nous fournissent sur le culte des reliques des saints, nous les diviserons en diverses classes , qui seront, pour nous autant d'arguments invincibles contre les protestants.
La première classe de ces documents comprend le soin que les chrétiens mettaient à recueillir les reliques des saints, et nous en avons pour témoins la lettre de l'église de Smyrne, qui rapporte que les chrétiens s'empressèrent de recueillir les reliques de saint Polycarpe « pour être en communion avec ce » saint cadavre (2), » c'est-à-dire pour leur rendre un culte
(1) Exod., Xlll, 19, comp. Eccl., XLIX, 18; IV Rois, XIII, 21, coinp. Eccl., XLVI1I, 1C; IV Rois, XXIII, 17, 18.
(2) Communier à ce saint corps, comme le rapporte Eusèbe, Hist. eccl., 1. IV, c. 15. Cette phrase est empruntée à l'Apôtre, Rom., XII, 13, qui ordonne de communier aux besoins des saints. Ce passage est d'abord remarquable, comme l'observe Valois, parce qu'il nous rappelle une coutume trèsancienne des chrétiens, et qu'ensuite il nous en donne la raison. Ils avaient, en effet, un vif désir d'avoir quelques reliques des martyrs, pour pouvoir être en
religieux. C'est aussi ce que nous lisons dans les Actes du martyre de saint Ignace ? où il est rapporté que les chrétiens recueillirent avec le plus grand soin, et même au péril de leur vie, ses reliques, que l'on appelle « un trésor inappréciable » laissé à l'Eglise (1), » sans nous arrêter à citer une foule d'autres faits de ce genre. Nous avons aussi pour témoins de cette sollicitude des chrétiens, les ennemis mêmes du christianisme, qui avouent qu'ils craignirent que les chrétiens, après avoir abandonné Jésus-Christ, n'adorassent par la suite Polycarpe. Voyez la lettre de l'église de Smyrne rapportée par Eusèbe; aussi, pour que les chrétiens ne rendissent point de culte aux corps des martyrs, ils les jetèrent, avec les corps des gladiateurs, aux bêtes féroces dans les amphithéâtres; ils les jetaient dans l'eau pour que les poissons en fissent leur pâture, et pour qu'il n'en restât aucune partie que les chré-
communion avec eux après leur mort, us ne se contentaient pas de cette communion des saints que professe l'Eglise et qui se fait par la foi et la charité, ils désiraient encore de communier avec eux par leurs saintes reliques et leurs dépouilles. Aussi ensevelissaient-ils avec pompe leurs restes dans les cimetières; ils s'y réunissaient tous les ans pour célébrer le jour anniversaire de leur martyre, et, par ce moyen, iis étaient toujours en communion avec le martyr, comme l'atteste cette lettre. Optât, II liv. Scliism. donat., p. 48, éd. Albaspin., Paris, 1031, explique le passage suivant de l'ép. Rom., tel qu'on le lisait autrefois : « Communiant à la mémoire des saints, » des sacrifices qu'on offrait sur les tombeaux des martyrs. C'est aussi le sens que lui donne saint Hilaire, vers la fin de son livre contre Constant. Le prêtre Marcellin parle aussi de cette communion dans son livre de prières adressé à l'empereur Valentin. Et tout cela concernait le culte public que l'on rendait aux reliques qui reposaient dans les cimetières. 11 s'établit plus tard un usage par suite duquel les fidèles conservaient, dans leurs propres maisons, toutes les reliques qu'ils pouvaient se procurer. Voy. Valois, pass. cit.
(1) Ruinart, Act. vérid. des martyrs, p. 19, édit. Vérone : « Trésor inappré- » ciable laissé à l'Eglise. » Il faut aussi observer ici que, d'après ces mêmes actes, les fidèles mettaient tant d'empressement à recuellir les reliques des martyrs, que souvent ils s'exposaient à un péril imminent de mort. On lit de saint Ignace, ibid., n. 5, qu'il désirait « que les frères ne s'exposassent pas » pour recueillir ses reliques. » Prudence décrit l'image du martyre de saint Hippolyte, qu'il avait vue à Rome, dans les catacombes, où un grand nombre de chrétiens recueillaient les reliques des martyrs. On conserve, au musée des antiquités chrét. du Vatican, les instruments dont les païens se servirent pour torturer et déchirer les martyrs; il y en a aussi un certain nombre dans le musée du Père Kirker, de notre collég. rom.; on trouve, dans presque toutes les anciennes églises de cette ville, quelques instruments accompagnés de leurs documents. Ceci prouve donc que les premiers chrétiens les tinrent en haute estime, et que même ils les vénérèrent, comme le prouvent clairement les paroles de saint Léon-le-Grand prononcées le jour de la fête de saint Laurent : « Votre esprit n'ambitionne-t-il pas la gloire du » triomphe , quand on décerne à ces instruments de supplice les honneurs du » triomphe ? »
tiens pussent recueillir; ils les brûlaient et en jetaient au vent les cendres. Voy. Trombellius, Culte des saints, diss. 7 et 8.
La seconde classe comprend les monuments que Ton érigeait sur les reliques des saints, tels que les cubicula ou petits oratoires, les martyria ou monuments des martyrs, les mémoires, les autels dont parle longuement Baronius (1). Parmi tous ces monuments, les plus célèbres et les plus vénérés furent ceux que l'on érigea, à Rome, à saint Pierre et à saint Paul, sur leurs cendres. Du temps de Zéphirin, au rapport d'Eusèbe, on les montrait déjà pour réfuter les hérétiques. Les os de saint Poly carpe, qui nous sont plus chers « que les pierres les plus » rares (comme il est dit dans la lettre de l'église de Smyrne), » et qui sont plus précieux que l'or, sont inhumés comme il » convenait de le faire. » Et c'est en ce lieu que les chrétiens se réunissaient pour célébrer le jour anniversaire de son martyre.
La troisième classe comprend le zèle que les premiers chrétiens et l'Eglise universelle apportaient à distinguer les cendres des martyrs des dépouilles mortelles des autres fidèles. En effet, pour distinguer les corps des martyrs, ils étaient dans l'usage de graver sur leurs tombeaux une palme; ils y gravaient quelquefois l'image d'un poisson ou d'une colombe , et ils y déposaient de petits vases en verre pleins de sang, comme on peut le voir dans Bosio, Rom., Sotter, 1. I, c. 20, et 1. ÏIÏ; Aringhi, Rome souterraine, t. II, 1. IV, c. 48, et Boldetti, qui soutient que ce sont là autant d'indices et de signes du martyre contre Mabillon et Papebroch , Observations sur les cimetières des saints martyrs, 1. I, c. 38 et suiv., surtout c. 45. Ils y joignaient souvent des inscriptions et des monogrammes, sur lesquels Boldetti a aussi composé un ouvrage.
La quatrième classe comprend la dévotion (obseqiiia) que les chrétiens avaient pour les reliques des saints. Ils manifestaient cette dévotion en offrant à Dieu, sur leurs tombeaux, des sacri-
(1) An. 226, du n. 7 au n. 12. On trouve aussi une foule de choses sur ce point dans un auteur qui n'est pas suspect, d'Agincourt, Histoire des arts et monuments, Prato, 1826, 2 vol., sur les oratoires, les tombeaux des martyrs, les confessions que l'on trouve dans Rome souterraine, avec tous les insignes du culte catholique que l'Eglise, opprimée jusque-là par la domination des tyrans, a commencé à tirer de ces cavernes, réjouie comme par l'air bienfaisant du printemps, et à expliquer publiquement, c'est-à-dire qu'elle a commencé à développer publiquement ses dogmes et ses enseignements.
fices, ainsi que le démontre l'auteur que nous avons cité, c. 1 0. Les actes de saint Etienne, pape, et les constitutions apostoliques nous fournissent des preuves irréfragables de cet usage (1). Parmi ces marques de dévotion, de vénération profonde pour les reliques des martyrs, il faut compter les baisers dont ils couvraient les os des martyrs, et que l'histoire des donatistes a rendus célèbres. Car la dévotion indiscrète d'une femme factieuse nommée Lucile, qui baisait avant la sainte communion les os d'un martyr qui n'était pas reconnu, fut le principe d'un schisme affreux qui désola l'église d'Afrique pendant trois siècles; voy. Optât de Milève, Hist. schism. donat., 1. 1, p. 40, éd. cit.; on peut en dire autant des baisers que l'on imprimait sur les chaînes des martyrs. Voy. Mamachius, Origin. et antiq. chrét., t. I, 1. I, § 27; Ruinart, Préface générale des act. des martyrs, § 70. Or, le baiser, de l'aveu de Beausobre même (2), à moins qu'on ne tienne compte de l'intention de celui qui l'imprimait, était de sa nature le suprême degré de la vénération et de l'adoration. Nous devons donc conclure de toutes ces preuves et d'une foule d'autres, que nous passons à dessein sous silence dans la crainte d'être trop long, ou que l'Eglise universelle, dès les temps apostoliques, et par conséquent dès son origine, est tombée dans l'idolâtrie et la superstition, ce que n'admettent pas nos adversaires, ou que la vénération des saintes reliques des saints, que l'Eglise a toujours professée de tradition apostolique, est pieuse et sainte.
La raison elle-même tirée de la nature de la chose et du consentement universel des hommes, veut qu'il en soit ainsi. Car il est impossible que nous aimions, que nous estimions
(1) Voy Gotelier, ouv. cit., t. 1, 1. Vî, c, 30, où on lit : « Réunissez-vous » dans les cimetières, lisez-y les saintes Ecritures, chantez-y les psaumes
» pour les martyrs qui sont morts offrez l'Eucharistie dans vos églises et
» dans les cimetières. » Voy. les notes 72, 73 du même Gotelier; il y cite plusieurs autres preuves de cet antique usage , et il explique dans quel sens on disait chanter et offrir pour les martyrs, et démontre , au moyen de plusieurs documents, que cela signifiait la même chose que chanter et offrir à Dieu en action de grâce de la victoire qu'il leur avait fait remporter et les en féliciter, etc.
(2) Hist. de Manich. et du manichéisme, t. II, p. 661, où il dit ce qui suit du baiser : « Le baiser fut, chez les anciens idolâtres, une des cérémonies de » l'adoration; » et, p. 663 : « La cérémonie de baiser jusqu'au pavé des » tci-îples était le plus liant degré de l'adoration et la plus profonde humi- » lialion où une pure créature raisonnable pût descendre. »
quelqu'un à cause de ses brillantes qualités, de la position qu'il occupe, ou des vertus éminentes qui brillent en lui, sans que nous n'estimions en même temps tout ce qui lui appartient et rappelle son souvenir. C'est pourquoi les protestants euxmêmes s'empressent d'acquérir ce qu'ils savent avoir appartenu aux hommes illustres qui ont rempli le monde de l'éclat de leur nom, et se glorifient de le posséder (1). Pourquoi nos appréciations ne seraient-elles pas les mêmes pour ceux qui pratiquèrent à un haut degré toutes les vertus , qui furent les amis de Dieu, et qui en outre, croyons-nous, régnent avec lui dans le ciel? La religion nous inspire, pour avoir en haute estime les reliques des saints, des motifs tels que ne saurait en donner aucune vertu morale ou politique. Elle nous apprend, en effet, qu'elles appartinrent à des hommes qui furent les membres vivants de Jésus-Christ, les temples du Saint-Esprit, et qu'un jour elles ressusciteront pour être couronnées dans le ciel de la gloire éternelle. Le culte des reliques des saints embrase en outre les disciples de Jésus-Christ du désir de les imiter. Aussi Dieu, pour rehausser de plus en plus ce culte, a-t-il opéré par ce moyen de nombreux et éclatants miracles, dont les Pères les plus graves et les plus saints nous disent avoir été les témoins, tels que Ambroise, Augustin, les deux Grégoire, Jean Chrysostôme, Hilaire, Paulin, Asterius, Théodoret, Euloge, et une foule d'autres et qu'énumère et que cite Pétau (2) , et qui les rapportent comme des faits très-connus, souvent opérés devant une multitude immense de personnes.
Nous ferons observer ici que l'argument tiré des miracles que Dieu a opérés par les reliques des saints emporte nécessairement Tune des deux conséquences suivantes : ou le culte des reliques des saints ne renferme rien de superstitieux et il est agréable à Dieu, ou bien il faut rejeter comme autant de fables les miracles que l'on nous dit avoir été opérés par les reliques des saints. Dalleeus, Middleton, Gibbon et Beausobre ont admis la dernière partie de ce dilemme. Mais, outre que cette dernière manière d'agir nous contraint d'admettre una
(1) Certes, lorsqu'ils viennent en Italie, us recueillent avec le plus grand soin tout ce qu'ils rencontrent et qu'ils savent avoir appartenu à des hommes illustres, au point qu'ils emportent même les livres, les chartes, les instruments et même quelque chose de l'appartement qu'habitèrent ces hommes.
(2) Liv. XIV, lncarn., c. 13 suiv.; voy. aussi Ruinart, I. c, § 71; Mabillon, Préf. sur siècle II, Bénéd., n. 70 suiv.
384 TRAITÉ DU CULTE DES SAÏNTsr. CHAP. IV.
simplicité, une opacité d'esprit telle qu'on ne peut pas même 3& supposer dans un enfant , ou de taxer de fourbes ou do maniaques des personnages aussi saints et aussi savants queles Ambroise, les Augustin , les Hilaire, les Paulin, les Jean Chrysostôme, les Astère, les Théodoret, les Euloge et une fouie d'autres, dont la science, la doctrine et l'intégrité sont fort appréciées de l'antiquité tout entière, est-ce que tous les miracles que l'on rapporte doivent être regardés comme impossibles, invraisemblables et sans exemple dans les Ecritures? Celui qui voulut honorer Pierre et Paul pendant qu'ils demeuraient encore dans la prison de cette mort, en opérant des miracles éclatants par l'ombre de Pierre, Act., Y, et par le contact des vêtements de Paul, Act. , XIX, ne put pas opérer par les vases d'honneur que ces saints possédèrent jusqu''à leur mort des miracles semblables après les avoir couronnés dans le ciel? Ceci surpasse-t-il la foi, y a-t-il là de quoi rire? Yoy. Unité de l'Egl., liv. XII, c. 22, FF. de Walemburch, Cologne 1671. Yoy. aussi Pét., 1. c.
Quant à l'argument irréfragable de prescription en faveur de la vénération des reliques, qui découle de la pratique et de l'usage général de l'Eglise pendant les quatrième et cinquième siècles, de l'aveu même des protestants, que l'on se rappelle ce que nous en avons dit, cl, prop. IL
Objections.
I. Obj. i- Dieu cacha le corps de Moïse, de peur que les Hébreux ne l'honorassent; il démontre donc par ce fait-là même qu'il ne faut rendre aucun culte aux cendres des saints. 2. Jésus-Christ reproche aussi en ces termes aux pharisiens d'élever des monuments en l'honneur des prophètes : « Malheur » à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui édifiez les tom- » beaux des prophètes et décorez les monuments des justes, » Matth., XXIII, 29. Donc :
Rép. 1. D. A. Dieu cacha le corps de Moïse pour que les Hébreux ne lui rendissent pas un culte superstitieux, C. pour prohiber le culte des reliques, N. Nous avons laissé passer le premier membre de notre distinction, parce que l'on ne sait pas exactement quelle fut la cause pour laquelle Dieu ne voulut pas laisser connaître le tombeau de Moïse, puisqu'il l'ensevelit lui-même, ou par ses anges, comme il est écrit au même endroit. Yoy. Noël Alex., diss. 25 sur le cinquième
siècle, q. 1, assert. 1. Mais quand même on admettrait cela, comme ce peuple était très-enclin à l'idolâtrie, Dieu voulut, et ajuste titre, ne lui fournir aucun objet de scandale.
Au reste , il faut bien distinguer le dogme de la discipline ; les Hébreux l'admettaient avec nous , bien que relativement à l'usage et à la discipline en vertu desquels ils honoraient les reliques d'un prophète ou d'un saint quelconque, ils n'agissent pas, pour le motif assigné, de la même manière que nous. Or, Dieu a fait connaître à plusieurs reprises par des faits, dans l'Ancien-Testament , que les reliques sont dignes d'être honorées, tel que lorsqu'il ressuscita un mort par le contact des ossements d'Elisée, IV Rois, XIÏÏ, 21, dont il est dit, Eccl., XLVIII, 14 : « Son corps a prophétisé après sa mort. » Comme Josias avait très-bien compris cela, lorsqu'il fut arrivé au tombeau du prophète qui avait prédit la destruction de l'autel de Béthel, il dispersa les cendres des autres, et, par respect pour ce saint homme, il laissa son corps intact, disant : « Laissez-le, que personne ne touche à ses ossements, » ibid., XXIII, 18. Cependant, à cause du caractère de ce peuple, il fallait apporter certains ménagements dans la pratique de ce culte. Voy. FF. de Walemburch, pass. cit., §§15 suiv.
Piép. 2. D. C'est-à-dire l'hypocrisie et leur manière perverse d'agir, C. l'érection des monuments en elle-même, N. C'est ce qui découle des paroles que Jésus-Christ ajoute immédiatement après : « Et vous dites : Si nous eussions existé du temps de » nos pères, nous ne nous fussions point associés à eux pour
» verser le sang des prophètes et vous mettez le comble à
» l'œuvre de vos pères. » C'est donc avec raison que saint Chrysostôme dit, expliquant les paroles de Jésus-Christ qu'on nous objecte, hom. 74 sur saint Matth., n. 1 : ce Ce n'est pas » parce qu'ils édifient des monuments, ni parce qu'ils accusent » leurs pères, qu'il leur dit ; Malheur à vous, mais c'est parce » qu'en agissant de la sorte, en enseignant cela, ils avaient » l'audace de condamner leurs pères, bien qu'ils fissent des » choses plus mauvaises. » Simon ne fut jamais condamné pour avoir élevé, dans la terre de Modin, un monument magnifique à Mathathias, son père, et à ses frères, I Mach., XIII, 27 suiv.
IL Obj. 1. Les Pères des trois premiers siècles gardent le plus profond silence sur le culte des saintes reliques, bien qu'ils fussent obligés de combattre les gnostiques , qui étaient