CHAPITRE V
D'après les prescriptions du concile de Trente, on peut avoir et conserver, dans les temples, surtout les images de Jésus- Christ, de la sainte Vierge et des autres saints, et il faut leur rendre le culte et les honneurs qui leur sont dus : « Non pas » que l'on croie qu'elles renferment quelque chose de divin » ou quelque puissance qui nous les fasse honorer, ou que » nous puissions leur demander quelque grâce, ou qu'il faille
(1) Syst. théol., p. 108. Ceci fait crouler toutes les déclamations de certain* protestants, surtout de Breckenridge, controverse citée.
» mettre notre confiance en elles, comme le faisaient autrefois » les païens , qui se confiaient à leurs idoles, mais bien parce » que l'honneur qu'on leur décerne s'adresse à leur prototype, » qu'elles représentent ; de sorte que, par les images que nous » baisons, devant lesquelles nous nous découvrons, nous nous » agenouillons, nous adorons Jésus-Christ, et que nous véné- » rons les saints qu'elles nous représentent; » sess. XXV. Mais comme , parmi les ennemis des saintes images , il en est qui attaquaient les images elles-mêmes et qui les détruisaient, on leur a donné le nom à'inconoclastes, pendant qu'il en est d'autres qui en admettent l'usage pour orner les temples et comme monuments historiques, ne combattant que le culte et la vénération qu'on leur décerne; on appelle ces derniers iconomaches : tels sont les protestants modernes ; il nous faut par conséquent venger la doctrine catholique des attaques des uns et des autres. Et pour que l'abondance des matières que nous avons ici à exposer ne soit pas un sujet de confusion, nous diviserons cette question en deux propositions : dans la première nous exposerons les preuves tirées de l'Ecriture; dans l'autre* celles tirées de la tradition catholi<jue.
PREMIÈRE PROPOSITION
Les saintes Ecritures prouvent que l'usage et la vénération des saintes images est licite et pieux.
Et d'abord, quant à l'usage des saintes images, il est constant qu'il était en vigueur, d'après l'ordre même de Dieu, sous l' Ancien-Testament , comme on le voit, par ce qui est écrit au livre de l'Exod., XXV, 18, 19, puisque Dieu ordonna de fabriquer deux chérubins en or pour les placer aux deux extrémités de l'arche du témoignage : « Vous mettrez, dit-il, » aux deux extrémités de l'oracle ou du propitiatoire, deux ;> chérubins d'or battu. Un chérubin d'un côté, et un chérubin » de l'autre. » On lit aussi, au livre des Nombr., XXÏ, 8, que le Seigneur ordonna à Moïse de fabriquer un serpent d'airain et de le placer comme un signe, pour que celui qui aurait été frappé, et qui le verrait, fût guéri, comme on lit au même endroit. Mais notre Sauveur lui-même déclare que le serpent d'airain était l'image de Jésus-Christ sur la croix, car il dit, par la bouche de saint Jean, III, Il : « Comme Moïse éleva le » serpent d'airain dans le désert, de même il faut que le Fils
» de l'homme soit élevé. » Or, si l'usage de l'ancienne figure fut licite et salutaire, et pourtant cette image n'était que la ligure de la passion future du Christ, pourquoi l'image de Jésus-Christ mort sur la croix serait-elle illicite et nuisible?
Les mêmes saintes Ecritures nous démontrent tout aussi clairement que la vénération des mêmes images est licite et pieuse. Car l'arche, qui n'était que le symbole de la présence de Dieu, fut, de la part des anciens Hébreux, l'objet d'une grande vénération; on le voit entre autres par l'exemple de Josué, qui, comme il est écrit, Jos., VII, 6, « déchira ses vête- » ments et demeura prosterné en terre, lui et tous les vieillards » d'Israël, jusqu'au soir, devant l'arche du Seigneur. » David transporta, au milieu des supplications et du plus grand appareil religieux , cette même arche de la maison d' Abinadab , et ensuite de la maison d'Obed-Edom dans la cité de David, ainsi qu'il est écrit, II liv. Rois, c. 6. On voit même, par le Ps. 98, 5, que ce culte ne fut décerné à l'arche que sur l'ordre même de Dieu : « Exaltez le Seigneur notre Dieu et adorez » l'escabeau de ses pieds, parce qu'il est saint. » Or, il est constant, d'après le I liv. Parai., XXVIII, 2, que ce mot escabeau désigne l'arche ; David y disait de lui-même : « J'ai » songé à bâtir une maison où reposât l'arche de l'alliance du » Seigneur et l'escabeau des pieds de notre Dieu. » Il faut par conséquent dire, ou que l'usage et la vénération des images est une chose licite et pieuse, et que, dès lors, il n'y a là aucune superstition, ou que Dieu lui-même a prescrit et recommandé l'idolâtrie et la superstition; et, s'il est impie et absurde de penser cette dernière chose, c'est donc à tort et caîomnieusement que les protestants iconomaches insultent chaque jour les catholiques en récriminant d'une manière inepte contre eux, et qu'ils les représentent comme des superstitieux et des idolâtres parce qu'ils honorent les images de Jésus-Christ , de la bienheureuse Vierge et des autres saints, pendant que Dieu commande, dans les saintes Ecritures, de rendre un culte semblable à l'arche et au propitiatoire (1). Il
(1) Il est vraiment déplorable qu'à une époque telle que la nôtre, où brillent les arts libéraux, les sciences et l'érudition sous tous ses aspects, et que vantent tant les protestants, il se trouve encore des hommes pour réchauffer, contre le culte catholique, les niaiseries usées d'idolâtrie, comme le font les ministres de Genève, dans le Catéchisme sur les principales controverses que nous avons avec l'Eglise romaine, 1821. Ce qui est plus étonnant encore, c'est que ces objections partent d'hommes qui rejettent les
est donc constant, d'après ce que nous venons de dire, que les saintes Ecritures nous apprennent que l'usage des saintes images et le culte qu'on leur rend est licite et pieux ; ce que nous nous étions proposé de démontrer en premier lieu.
Objections.
Obj. 1. Dieu, Exod., XX, 4 suiv., prohibe formellement le culte et l'usage des images lorsqu'il dit : « Vous ne ferez » point d'images taillées, ni aucune représentation de tout ce » qui est en haut dans le ciel, ni de ce qui est en bas sur la y> terre, ni de ce qui est dans les eaux sous la terre. Vous ne » les adorerez point et vous ne leur rendrez point de culte. » Donc, et l'usage et le culte des images saintes sont contraires à la loi. 2. Certes, si l'usage est un bon interprète des lois, comme la synagogue et les anciens docteurs des Juifs rejetèrent, en vertu de ce précepte, l'usage et la vénération de quelque image que ce soit, il ne peut plus y avoir à douter sur le sens de ce premier précepte du décalogue. 3. C'est réellement dans ce sens que l'ont entendu tous les Pères des premiers siècles, tels que Clément d'Alex., liv. Y, Strom.; Tertullien, liv. des Spect, c. 13, et liv. de l'Idolâtrie, c. 3; Justin, Dialog. avec Tryphon; Origène, 1. IV, cont. Celse. Voy. les témoignages de chacun de ces Pères, objectés par Dallseus et par plusieurs autres après lui, dans Noël Alex., diss. 5, sur le VIIIe siècle; voyez-les aussi dans Pét., liv. XV, de Tîncarn., c, 6. 4. Vu surtout que l'on peut appliquer aux images et aux statues des chrétiens tout ce que les Pères reprochaient, de concert avec les prophètes , aux idoles des païens , savoir, qu'elles étaient de la même matière que les vases dont on se sert communément, qu'elles étaient insensibles et dépourvues de raison , et qu'enfin elles servaient de repaires aux rats, que les hirondelles et les araignées y bâtissaient leurs nids. Donc :
Rép. 1. Donc les protestants, qui admettent au moins l'usage des saintes images et des statues, violent le premier précepte du décalogue; car les preuves que l'on met en avant condamnent tout aussi bien l'usage que la vénération des images. Que nos adversaires s'accordent avec eux-mêmes, c'est leur affaire î
mystères de la Trinité , de l'Incarnation, de la divinité de Jésus-Christ, du péché originel, ou de ceux qui ne professent que le pur déisme et le rationalisme.
Rép. 2. 1. D. Dieu a défendu toute espèce de représentation ou d'image taillée des faux dieux ou des choses que Ton peut prendre pour des dieux, C. absolument toute espèce d'images ou de représentation, N. C'est en effet ce que prouve 1. le contexte même, où on lit ce qui suit : « Je suis le Seigneur
» votre Dieu Vous n'aurez point de dieux étrangers en
y> ma présence. Vous ne vous ferez point d'images taillées
» ni aucune représentation Vous ne les adorerez point,
» non plus que vous ne leur rendrez aucun culte souverain, » car je suis le Seigneur votre Dieu, le Dieu fort, le Dieu » jaloux, qui venge les crimes des pères sur les enfants jusqu'à r> la troisième et la quatrième génération, dans tous ceux qui )) me haïssent. » Il est donc évident qu'il ne s'agit ici que des images ou des sculptures qui reproduisaient les faux dieux, astres ou animaux, qu'honoraient en ce temps-là tous les peuples païens et surtout les Egyptiens et les Sabéens, espèces d'idolâtries auxquelles ce texte fait évidemment allusion (1).
(1) Si nous confirmions cette explication par l'autorité d'écrivains catholiques, nos adversaires la rejetteraient comme suspecte. Nous l'appuierons donc sur des autorités protestantes. Rosenmuller écrit sur ce passage ce qui suit, dans ses Scholies sur l'Ane. -Test. : « Le Dieu des Israélites voulut leur » montrer, par cette loi, qu'il n'approuvait pas la confusion des diverses » religions ni le culte des autres dieux, qu'il n'approuvait que le sien seul. » En vertu d'une superstition très-répandue alors, les hommes croyaient » qu'il leur était permis d'adorer non-seulement le Dieu du pays qu'ils habi- » taient, mais encore les dieux des autres pays; » et en parlant du v. 4, sur ces paroles : Vous ne vous ferez .'point d'images taillées, etc., ce même auteur écrit encore : « On comprend facilement que ce précepte ne prohibe pas » toute espèce d'images, comme l'ont prétendu certains interprètes, mais » seulement les images soit du vrai Dieu, soit de dieux étrangers, car il y » avait, dans le temple même, des images, celles des chérubins. » Voy. Micliaëlis, Droit mosaïque, p. 5, § 250; Josèphe, Antiquités, 1. III, c. 5, § 5. D'après la loi, il ne faut adorer la représentation d'aucun animal, et ce verset paraît surtout avoir trait au culte des animaux, qui était très-fréquent chez les Egyptiens. Philon embrasse dans quelques mots la triple idolâtrie des Egyptiens, dans son livre du Décalogue, etc. Enfin, voici ce qu'il dit sur le v. 5 : Vous ne les adorerez pas, etc. : « C'est-à-dire, vous ne leur rendrez aucun » culte, pour ne pas violer la loi. Dieu défendit de faire aucune image à » laquelle on rendît un culte, et non-seulement il défendit les inflexions de » corps, mais il prohiba même quelque culte que ce fût : Je suis Jéhovah, » ton Dieu, le Dieu qui tire vengeance de tous les crimes que l'on commet j> contre lui. 11 en est de lui comme d'un mari qui ne supporte pas de rival; » il ne veut pas non plus de copartageant dans le culte qu'il exige des » hommes. C'est ce qu'il apprend aux Israélites, car non-seulement il com- » mande de l'honorer, mais il veut qu'on l'honore seul, et il ne veut pas » qu'on lui associe les dieux étrangers, ou qu'on transporte sur les représentations des dieux étrangers une partie du culte qu'il exige; » vol. II, Leipsig, 1822; voy. aussi Micliaëlis, Droit mosaïque, p. 1, § 33.
Et le Seigneur voulait en éloigner son peuple. Il s'agit d'ailleurs ici d'un culte de latrie, d'un culte absolu qui n'a rien de commun avec le dogme catholique des images de Jésus- Christ et des saints , que l'on ne doit honorer que d'un culte relatif.
Ce qui le prouve , en second lieu , c'est que ces paroles ne constituent qu'un seul précepte d'honorer Dieu , à l'exclusion des dieux ? quels qu'ils puissent être , et de leurs images ; car autrement il y aurait onze commandements du décalogue au lieu de dix. Voy. Bellarm., liv. II, Béatif. et canonis. des saints, c. 7, n. 3 suiv.; Pét., de l'Incarn., liv. XV, c. 6, §§ 3 suiv. ; ce qui fait qu'il ne faut pas confondre l'image Eichona avec Y idole Eidolo, ou effigie d'une chose qui n'existe pas. Il faut donc se défier ici de Robert-Etienne Scapula et des autres lexigraphes protestants. Au reste, pour en revenir à notre point de départ, les protestants eux-mêmes, au moins les luthériens, admettent avec nous que, dans la division de la loi, les trois premiers préceptes se rapportent à la première table, pendant que les sept derniers se rapportent à la seconde; ce qui fait que les vers. 3, 5 ne contiennent qu'un seul et même précepte.
C'est ce qui fait que l'effronté Breckenridge inspire un rire de pitié dans ses controverses avec Hughes, n. 4, pag. 35, et en maintes autres circonstances où il prétend que les auteurs du Catéchisme romain ont supprimé quelques paroles du second, comme il l'appelle avec ses re'formés, précepte qui condamne les images et le culte qu'on leur rend. Dans toutes les éditions que j'ai pu consulter, j'y ai toujours trouvé toutes ces paroles. Au reste, ce sont des puérilités telles qu'elles méritent à peine qu'on en fasse mention. Cet agresseur effronté est au moins d'un siècle en arrière de la polémique présente; il montre qu'il est tout aussi peu instruit de la doctrine protestante que de la doctrine catholique.
3 . C'est ce que prouve le fait même ; en effet, si Dieu, par ce précepte, eût défendu toute image taillée ou toute représentation, il n'eût certes pas commandé de faire l'arche, non plus que les chérubins et le serpent d'airain; à bien plus forte raison n'eût-il pas permis à son peuple de se prosterner devant l'arche et de la transporter au milieu des supplications publiques.
Rép. 2. D. S'il était constant que cet usage, cette pratique
n'a jamais été interrompue, C. si cela n'est pas constant, s'il est même des documents qui établissent le contraire, iV. Or, il est certain que les anciens Hébreux entendirent et appliquèrent tout autrement les paroles du décalogue qu'on nous objecte. S'il s'agit, en effet , de l'usage des images, nous en trouvons un magnifique exemple, III liv. Rois, VI, 7, dans les images que Salomon fit placer dans le temple du Seigneur, où il fit fabriquer des chérubins, des lions et des bœufs, des palmes et d'autres ornements. Et non-seulement Dieu ne condamna pas cette manière d'agir, mais il remplit même le temple de sa majesté et de sa gloire. Voy. Parai., VII, 1 suiv., où se trouve réfuté Flavius Josèphe, qui accuse Salomon, liv. VIII, Antiq., d'avoir violé la loi, parce qu'il fit placer des palmes, des lions et des bœufs dans le temple.
Et si nous parlons de la vénération, nous voyons comment se conduisirent Josué et les vieillards d'Israël, et David et le peuple tout entier. J'ai dit les plus anciens Hébreux, car nous ne nions pas que la synagogue , après le retour de la captivité de Babylone, n'ait été plus sévère sur ce point; mais on ne doit pas tant rapporter cela à la force même de la loi qu'au soin particulier qu'elle prit pour empêcher le peuple de tomber dans la superstition, ce qui lui fit sanctionner et sur ce point et sur plusieurs autres des règlements, afin de pourvoir plus sûrement à l'exécution de la loi; règlements que les rabbins ont appelés le boulevard même de la loi. C'est à cela, V. G. que se rapporte l'ordonnance qui prescrivait de n'infliger que trente-neuf coups lorsqu'on flagellait quelqu'un. Voy. Pétau, Incarn., 1. XV, c. 6, §§ 6 suiv. Les Hébreux ne pensèrent pas toujours de la même manière sur le premier précepte du décalogue et sur l'usage des images. Selden démontre, dans son ouvrage intitulé : du Droit de la nature et des gens, d'après les lois des Juifs, liv. II, c. 6, que les Hébreux s'éloignèrent un peu de leur sévérité primitive.
Rép. 3. D. Les Pères que l'on nous cite parlent des idoles des païens et des représentations des faux dieux, C. d'une autre manière et dans le sens des catholiques, N. L'ensemble du contexte prouve, en effet, que ces écrivains parlaient de l'idolâtrie qu'ils combattaient, et par suite on voit, et par la matière dont ils traitent, et par le caractère des adversaires qu'ils combattaient , qu'il n'y a pas un seul mot, dans leurs écrits, contre la doctrine catholique, comme le prouvera plus
clairement encore ce que nous dirons plus loin. Et s'il en est quelques-uns parmi eux qui paraissent avoir cru que le premier précepte du décalogue prohibait réellement d'une manière complète l'usage des images, outre qu'ils. ne furent pas d'accord avec eux-mêmes (1), nous répondons qu'ils parlaient des images de Dieu, ainsi que le pense Noël Alex., diss. 6 sur le huitième siècle, §§1,7, et ceci ne paraît pas invraisemblable si on tient compte des temps où ils vivaient. Car, comme les païens d'alors étaient dans l'usage de façonner les images de leurs dieux, les Pères inclinèrent vers le parti contraire.
Rép. 4. N. Les Pères étaient autorisés à faire valoir ces raisons contre les païens, qui considéraient leurs idoles comme autant de dieux, ou qui leur attribuaient au moins une puissance divine. Il y a, en effet, entre cette croyance et la croyance des catholiques, la distance du ciel à la terre ; car ces derniers ne reconnaissent aux images aucune valeur intrinsèque, non plus qu'ils ne leur attribuent aucune puissance ; car autrement ils auraient pu faire les mêmes raisonnements contre l'arche, les chérubins , le serpent d'airain , puisque les rats pouvaient aussi s'y loger et les araignées y bâtir leurs nids.
PROPOSITION II
Usage et vénération des saintes images établi par la tradition.
Et d'abord, que les images aient été en usage pendant les trois premiers siècles de l'Eglise, c'est ce qu'établissent d'une manière indubitable les monuments les plus anciens. Après les travaux de tant de savants qui se sont appliqués tout entiers à recueillir et à publier les antiquités chrétiennes, cet argument a acquis une telle évidence historique, que ceux qui en nient encore la force méritent plutôt d'être méprisés que d'être réfutés. Gomme le nombre de ces monuments est presque infini, il nous suffira de les indiquer pour ne pas nous laisser entraîner à de trop grandes longueurs.
(1) Car Tertullien, qui avait sontenu, dans son livre sur l'Idolâtrie, c. 3 suiv., que Dieu proscrit, dans le décalogue, toute espèce d'image ou de représentation, répond, dans le II liv. cont. Marcion, c. 22, pour échapper à cette difficulté : Dieu avait donc prohibé ce qu'il avait commandé ; que la loi ne prescrit pas absolument toute espèce d'images, mais bien seulement celles que l'on faisait pour l'honorer comme Dieu. Il faut en dire autant de Clément d'AèflSL et des autres dont parle Pét., pass. cit.
1. C'est une chose certaine pour tous les archéologues, qu.6 les premiers chrétiens représentaient les mystères de la religion, sous des formes symboliques, à l'aide d'images. Clément d'Alex, parle des anneaux dont les chrétiens se servaient, et sur lesquels étaient imprimées les images d'un poisson ou d'une colombe, liv. III, Pédag., c. 11, t. I, p. 289, éd. cit. Voici ce que le P. Halloix dit de ce poisson dans son livre sur les hommes illustres du second siècle, p. 143 : « Clément, » parlant des anneaux des chrétiens qui étaient munis d'un » sceau, conseille d'y graver enir* autres figures celle d'un » poisson, et je pense que c'est pour leur rappeler les eaux du » baptême, où, semblables à de petits poissons, ils ont reçu » une nouvelle vie en Jésus -Chrîst après celle du vieil » homme.» Tout le monde sait aussi que le cxôuç était le symbole du nom chrétien, parce qu'il est composé des initiales des mots suivants : I. C. T. U. S. Voy. Tertull., liv. du Baptême, ci. Àringhi rapporte plusieurs monuments de ce genre dans son ouvrage que nous avons cité, surtout dans le 1. III, qui est tout entier consacré à cela. C'est aussi ce que fait Buonarotti dans son liv. intit. Observations sur les fragments de quelques vases anciens de verre, Firenza 1716 ; ils ont en. outre réuni les autres témoignages des anciens.
2. On rencontre encore les mêmes symnoies sur les pierres, les lampes, les pierres précieuses, les peintures, les sarcophages, sur lesquels sont aussi reproduits les principaux faits de l' Ancien-Testament , et dont Mamachi a recueilli les plus importants après Bosio et Aringhi , Orig. et antiq. chrét., Rome 1751, liv. III, c. 1, §§ 3 et suiv. Quant aux symboles qui concernent le Nouveau-Testament, on en trouve trèsfréquemment de remarquables dans les cimetières. Tels que l'image de Jésus-Christ assis au haut d'une montagne d'où découlent quatre fleuves ; l'image du même Sauveur portant une croix ou une verge ; on voit aussi souvent la même chose dans les mosaïques , sur lesquelles Bottarius a composé un savant écrit, intitulé Sculptures et peintures extraites des cimetières de Rome, Rome, 1737, 3 vol. in-folio. On rencontre aussi l'image de Jésus-Christ sous la figure du bon pasteur, qui paît ou qui porte sur ses épaules la brebis, sur les verrières, les lampes, les sarcophages, les murailles, les pierres précieuses, les calices; outre les monuments qui contiennent ce symbole, recueillis par les auteurs que nous avons cités. Bol-
detti, Casalii et Ciampini en ont recueilli un grand nombre d'autres; Boldetti, ouv. cit., liv. II, c. 11 suiv.; Casalii, des Anciens rites chrétiens, Rome, 1647; Ciampini, les anciens monuments, Rome, 1690, p. I, c. 17 suiv. Tertullien fait en outre mention de cet usage; il dit dans son livre de la Pudicité , c. 7 : « Présentez-nous les peintures de vos calices, pour » voir si on y trouvera l'interprétation de ce troupeau , » et il dit encore, ibid., c. 10 : « Peut-être défendra-t-on le pasteur » que vous peignez sur les calices. »
3. A ces monuments se joignent les autres anciens monuments, qui nous apprennent les autres symboles, au moyen desquels les chrétiens des premiers siècles représentèrent Jésus- Christ et ses principales actions, la bienheureuse Vierge, les anges et les saints, de même que les figures des animaux, des plantes , des maisons, des navires , des ancres, des amphores et d'une foule de choses du même genre, sur lesquels ont longuement écrit, outre les auteurs que nous avons cités, Blanchini, dans ses savantes notes sur les Prolégomènes de la vie des RR. PP., d'Anastase le Bibliothécaire, 1723, t. II, c. 4, de même que, ib., opusc. 16 et ailleurs; et vol. III, opusc. 2; Fabretti, Inscrip. anc, Rome, 1699, c. 8, p. 545 suiv.; et Foggini, Voyage et apost. de saint Pierre à Rome , Florence, 1741, leç. 20, pag. 453 suiv.; et Marangoni, des Objets des Gentils, etc., c. 72, et une foule d'autres archéologues sacrés, qu'énumère en grand nombre Mamachi, ouv. cit., 1. III, §§20 et suiv., et auxquels il faut ajouter ceux qui ont écrit depuis sur les anciens monuments de peinture et de sculpture; d'Agincourt, dans son ouv. cit. de l'Histoire de l'art, vol. IV, p. 69 et suiv., parle de plusieurs images qu'il a trouvées dans la Rome souterraine, et qui furent exécutées au temps de la première persécution. D'après le style de ces peintures , qu'il a comparées avec les images qu'il a aussi découvertes dans le tombeau de la famille des Nosoniens, ou d'Ovide, en dehors de la porte Pincia, il en conclut qu'elles remontent au deuxième siècle de l'ère chrétienne. Nous concluons de là, 1. que les images étaient déjà en usage dès le premier et le second siècle dans l'Eglise, et que, par conséquent, l'Eglise n'en a emprunté l'usage ni aux basilidiens ni aux gnostiques, comme l'ont follement prétendu quelques protestants modernes; mais, bien que cet usage est aussi ancien que l'Eglise; 2. que le culte des images, comme le fait observer le même auteur, a préservé