‹ Théologie dogmatiqueChapitre 30 sur 69 · III · texte numérisé non relu

III

d'une ruine fatale les arts de la peinture et de la sculpture, que les protestants patronent tant aujourd'hui. Rome fut certes toujours le temple des arts. C'est aussi ce que dit Winckelmann, dont il sera question plus tard. Il est donc démontré que l'usage des images fut très-fréquent parmi les chrétiens des trois premiers siècles de l'Eglise.

De cet usage fréquent des images dans l'Eglise, pendant les trois premiers siècles , il nous est facile de conclure leur vénération dans cette même Eglise. Car, comme la vénération des images est relative à leurs prototypes, par le fait même que les chrétiens vénéraient les saints, ainsi que nous l'avons démontré, ils vénérèrent aussi leurs images. Il y a, en effet, tant de connexion entre ces choses-là, que l'une peut à peine exister sans l'autre, comme le prouve la manière même d'agir des protestants, qui détruisirent les images quand ils voulurent en abolir le culte.

Mais il y a une foule de monuments positifs qui constatent que le culte des images fut en vigueur pendant les trois premiers siècles de l'Eglise. Il est démontré, en effet, que parfois les païens accusèrent les chrétiens d'adorer les croix, comme si (d'après leurs principes) elles eussent contenu quelque chose de divin. Yoici, en effet, ce que dit le païen Caecilius, cité par Minutius-Félix , dans Octave : ce Et le chrétien décerne un » culte religieux à un homme qui a été puni, pour crime, du » dernier supplice; il honore aussi la croix, qui est un objet » de supplice ; il dresse des autels à des hommes coupables et » perdus de crimes; au point que les chrétiens adorent ce » qu'ils méritent; » Biblioth. PP., § 9, éd. Ven., t. II, p. 386; il dit encore : « Votre partage , ce sont les menaces , les sup- » plices, les tourments, les croix, non pas pour les adorer, » mais pour les subir, » ib., § 12, p. 387. C'est aussi ce que leur objectait Julien, cité par saint Cyrille, liv. YI, contre ce même Julien, disant : « Vous adorez le bois de la croix, vous » en formez le signe sur vos fronts, vous la sculptez sur les » linteaux de vos portes. » C'est aussi ce que faisait Celse, cité par Origène, liv. II, n. 47, d'où il découle, de plus, que les païens pensaient que les chrétiens adoraient tous ceux qui mouraient sur la croix, comme le font observer à cette occasion les éditeurs bénédictins. Il est par conséquent évident que les croix furent en usage chez les chrétiens dès les premiers temps de l'Eglise; et comme les païens en eurent connais-

sance, ils prétendirent que les chrétiens plaçaient les croix au nombre des dieux.

Ce que nous venons de dire de la croix peut de même se dire des autres images, que vénèrent aussi les anciens chrétiens, comme le prouve, outre les monuments que nous avons rapportés, l'usage où l'on était de les placer dans les églises, dans les oratoires, dans les cimetières, et de les y conserver. On voit encore, dans le cimetière de Prétextât, un ancien oratoire peint, où l'on célébrait les saints mystères; on y voit peinte, à la voûte, l'image du Sauveur; on trouve la même chose dans les cimetières de Callixte, de sainte Agnès , de Priscille et des saints Pierre et Marcellin , sur la voie Lavinienne. C'est aussi ce que prouvent les verrières, sur lesquelles on voit, dès le troisième siècle, l'image de la bienheureuse Vierge avec l'enfant Jésus, couronnés de nimbes ou d'auréoles; et c'est là la marque du culte ou de l'honneur que les premiers chrétiens rendaient aux images de la bienheureuse Vierge. Ant. -Marie Lupi, S. J., décrit une verrière trouvée dans le cimetière de Callixte, encore empreinte de sang, et où l'on voit l'image de la bienheureuse Vierge assise sur un trône élevé, et tenant l'enfant Jésus sur ses genoux; près de l'enfant Jésus se tient un diacre avec un éventail. Or, la tète de l'enfant est entourée, comme celle de la bienheureuse Vierge, d'un nimbe, et c'était là le signe de la vénération spéciale que les premiers chrétiens avaient pour Jésus-Christ et pour sa mère. Les païens se servaient aussi du nimbe pour orner leurs divinités ; plus tard on l'appliqua aux images des empereurs après leur apothéose. Quant aux images dont les têtes sont enveloppées de rayons orbiculaires, de croissants ou de corolles, outre J. Nicolaï, diss. sur les nimbes, Buonarrupti en a longuement parlé dans ses Observations sur un fragment de verre y p. 65 suiv., ainsi que Ciampini, Anciens monuments, c. 14. Or, Lupi démontre que ce fragment ne peut se rapporter qu'au temps de la persécution de Dioclétien, et même de celle de Dèce et de Valérien, qui est antérieure; Boldetti cite, liv. I, c. 39, plusieurs autres verrières où l'on voit les images du Sauveur et des saints ornées de nimbes. D'après ces monuments, donc, et une foule d'autres que nous pourrions citer, il est constant que l'usage et la vénération ou le culte des images est de la plus haute antiquité, et qu'il existait dans l'Eglise dès les temps apostoliques.

Nous sommes enfin conduits , nous sommes même poussés à admettre cette vénération des saintes images. Il est impossible, en effet, que nous ne soyons pas affectés diversement envers les images ou les statues qui nous représentent leur prototype, suivant que nous aimons ou que nous haïssons, que nous estimons ou que nous méprisons ces prototypes, et que nous manifestions ces sentiments intérieurs. Aussi est-il admis que quand nous voulons manifester notre amour ou notre haine envers quelqu'un, nous honorions ou nous détruisions ses images et ses statues, comme le prouve une expérience quotidienne. C'est pourquoi, si, de l'aveu de nos adversaires, nous pouvons rendre des honneurs purement civils aux statues et aux images des princes , des savants et de ceux qui ont bien mérité de la patrie, pour un motif civil, littéraire, ou naturel et moral quelconque , pourquoi ne pourrions-nous pas, pour un motif religieux, vénérer religieusement les images et les statues de Jésus-Christ et des saints, et manifester extérieurement cette vénération? Il est une raison spéciale qui milite en faveur de cette vénération religieuse; c'est que, étant pourvus de sens, nous sommes naturellement organisés de telle façon que les images qui tombent sous nos sens nous excitent davantage à la dévotion et aux pratiques religieuses. Car, de même que les images déshonnêtes produisent sur nous de fâcheuses impressions, de même les images de Jésus-Christ, de la sainte Vierge ou des saints réchauffent en nous les mouvements pieux de l'âme. Vouloir par conséquent rejeter toutes les images saintes et anéantir le culte qui leur est dû, ce serait vouloir ôter au feu sacré son aliment et le complètement éteindre.

Pour obvier à toutes les difficultés qu'on pourrait nous faire, nous observerons avec Pétau, 1. que les images n'appartiennent point à l'essence de la religion, et que, de leur nature, elles ne sont point du nombre des choses absolument nécessaires au salut, et que, par conséquent, il est au pouvoir de l'Eglise de les admettre ou de les rejeter, selon qu'elle le jugera convenable ou non, comme sont les choses dites de droit positif. C'est ce qui fait que nous voyons les anciens les admettre ou les rejeter parfois, suivant les circonstances des personnes et des temps. 2. Ce que nous avons dit des images et de leur culte considérés in se, on peut aussi le dire du rite ou des significations extérieures de ce même culte,

puisque tout cela est de discipline , et du domaine du gouvernement de l'Eglise, qui peut en modérer l'usage suivant qu'il lui paraîtra plus avantageux (1). Certes, nous avons vu que l'Eglise permettait, dans certains temps, ce qu'elle avait prohibé en d'autres, tout en conservant la chose elle-même.

Objections.

I. Obj. 1 . Les anciens Pères reprochent aux païens le culte des images; donc les chrétiens ne les honoraient pas; autrement les païens auraient pu facilement rétorquer leurs arguments. 2. Ajoutez à cela que les païens faisaient un crime aux chrétiens « de n'avoir pas d'images des dieux, » ainsi que le rapporte Minutius-Félix dans Octave; Celse faisait la même objection, au rapport d'Origène, liv. III, n. 17. 3. Les apologistes chrétiens ne le niaient pas, puisqu'ils disaient 4. qu'ils n'adoraient pas même la croix, non plus qu'aucune autre image des dieux; aussi, 5. dans le recensement des instruments ou du mobilier des églises, pendant les quatre premiers siècles, n'est-il fait aucune mention des images. Tel Dallaeus, liv. des Images; voy. Noël Alexand., diss. 6, sur le huitième siècle. Donc :

Rép. 1. D. conséq. Les chrétiens n'honoraient pas les simulacres ou plutôt les images (2) du même culte, et de la même

(1) Si Beausobre eût fait attention à cela, il se fût bien gardé de dire ce qu'on lit liv. II, Hist. cit., c. 4, § 6, où, après avoir cité les paroles du concile de Nicée II : « Il fait intervenir (Leucus Garinus) Lycomède couronnant » l'image de l'Apôtre, comme les Grecs couronnaient leurs idoles, » puis il ajoute : « Et si cela est vrai, il faut que le Saint-Esprit ait abandonné, dans » cet endroit, le sacré concile à son esprit particulier; car, depuis ce temps-là, » rien n'a été plus catholique que la coutume de couronner les images. » Voy. les notes de Chrétien Lupi sur ce passage, Diss. sur le septième concile, sess. V, où il dit entre autres choses : « L'extinction du paganisme fit » disparaître l'offense et le scandale, et le rite de couronner, d'impie et de » païen, devint pieux, religieux et chrétien. » GEuv, éd. Ven., 1724, fol., t. III, p. 243. J'ajouterai qu'il ne s'agit point ici d'une définition du concile, mais seulement des paroles prononcées par le seul moine Jean.Voici comment Beausobre abuse de la bonne foi de ses lecteurs.

(2) Quoique en soi ce soit la même chose d'avoir et de vénérer des images et des figures taillées, il ne faut cependant pas confondre ces deux choses. L'usage des saintes images fut en effet très-général dès les premiers siècles, ainsi que nous l'avons vu, pendant que celui des figures taillées fut très-rare, au point qu'on en trouve à peiue quelques traces. Eusèbe fait, il est vrai, mention, Hist. eccl., 1. VII, c. 18, d'une statue qu'une femme, qui avait été guérie d'un flux de sang, avait érigée à Notre-Seigneur Jésus-Christ à Panéade. Néanmoins l'usage en fut rare dans l'Eglise. Ce qui fait que les Grecs ont à peine quelques statues dans leurs églises, pendant qu'ils ont et qu'ils ho-

manière que les honoraient les païens, C. ils ne les honoraient d'aucune façon. Je dist. encore, dans certaines provinces, C. nulle part, N. La vénération ou le culte des saintes images, tel qu'il se pratique parmi les chrétiens, peut être regardé comme nul, si on le compare au culte que les païens rendaient à leurs idoles. Les païens rendaient à leurs idoles un culte absolu et suprême , entouré d'une grande pompe; pendant que les chrétiens, surtout en ce temps-là, pour ne pas paraître imiter les Gentils , s'abstenaient de toute espèce de pompe et de cérémonies extérieures. Ils n'avaient d'images que pour se rappeler des prototypes qu'ils honoraient, et cela in ordine ad Deum. Comme le monothéisme était la base fondamentale de la religion tout entière, tout le reste n'était qu'accessoire, et on en usait avec discrétion , suivant que les circonstances le demandaient; il y avait même des circonstances où on n'en usait pas du tout, pour ne pas exciter les récriminations, ou ne pas exposer à retomber dans la superstition, de laquelle on était à peine sorti par l'abjuration du paganisme. Voy. Pétau, pass. cit. C'est ce qui fait que les païens ne pouvaient pas rétorquer contre les chrétiens ce que ceux-ci leur reprochaient relativement au culte des idoles.

Rép. 2. D. Ils leur reprochaient de n'avoir pas d'images à eux connues, C. de n'en avoir aucune, N. Car nous avons vu que les chrétiens gardaient des images dans les cryptes, les cimetières, dans les oratoires, et qu'ils prenaient les plus grandes précautions pour que les païens n'en eussent aucune connaissance. C'est pour cela que Csecilius demande à Octave « pourquoi les chrétiens mettent tant de soins à cacher et à » dérober aux regards tout ce qu'ils honorent d'un culte, » quand ce qui est honnête ne redoute pas la publicité, pendant » qu'il n'y a que le crime qui se cache. »

Ajouterai-je que cette interrogation n'atteint pas plus l'usage des images que celui des autels et des temples; voici, en effet, comment s'exprime Cœcilius, 1. c. : ce Pourquoi n'ont-ils pas

norent les images comme on le fait chez les Latins. Il n'est donc pas étonnant de voir les païens reprocher aux chrétiens de n'avoir pas de statues, et les chrétiens ne pas le nier; mais il n'en est pas question pour les images. Au reste, l'illustre Winckelmann, Histoire de l'art ancien, Prato, 1832, tom. III, C. 2, § 25, cite avec éloge la statue en marbre du mart. saint Hippolyte, qui est représenté assis, et qui se trouve à la biblioth. du Vatic. Il pense qu'elle a été faite au temps de l'empereur Alexandre Sévère. Vignol en parle aussi, et Blanchini en donne une gravure dans l'éd. d'Anastase , t. II, p. 159 suiv.

» d'autels? Pourquoi n'ont -ils pas de temples? Pourquoi » n'ont-ils pas d'images des dieux? » Pourtant nos adversaires ne portent pas leurs prétentions jusque-là.

Rép. 3. D. Pour la même raison qu'ils n'ont pas nié qu'ils n'avaient pas d'autels et de temples, C. pour une autre raison ou dans un autre sens, N. Car il est on ne peut plus certain que les premiers fidèles eurent et des temples et des autels, ainsi que l'attestent des documents innombrables de l'époque (1); cependant, comme les apologistes répondaient à la pensée même des païens , et qu'ils ne voulaient pas leur dévoiler les mystères chrétiens, ils se contentaient de ne pas nier ce que les païens leur opposaient. Or, ce qui a été dit des autels et des saints temples, on peut aussi le dire des images, vu qu'ils agirent à leur égard de la même manière, puisqu'il n'est pas moins certain, d'après les preuves que nous en avons données, que les chrétiens en eurent, même dans les lieux saints, ainsi que nous l'avons établi.

Rép. 4. D. Ils professaient qu'ils n'adoraient ni la croix ni quelque autre image taillée que ce fût, dans le sens des adver-

(1) Voy. Ciampini, Anciens monuments; il consacre tout son dix-huitième chapitre à dresser le catalogue des églises qui furent bâties pendant les persécutions. Je conviens que tout ce que cet auteur dit n'est pas frappé au coin d'une sévère critique ; il est cependant des choses qui paraissent assez solidement établies. Sans nous attacher à ce catalogue, qui est moins sûr, il est indubitable que dans les premiers siècles, avant la persécution de Dioclétien, les chrétiens avaient partout des temples ou des églises. Origène, Traité 28e, sur saint Matth., n. 38, dit que de son temps les persécuteurs brûlèrent les églises. Il parle aussi, nom. 10, n. 3, sur Jésus Nave, de la Décoration des églises et des autels. Il fait aussi mention des églises, hom. 11, sur les Nombres. Arnobe, liv. IV, contre les Gentils, vers la fin, se plaint amèrement de ce que les édifices où les chrétiens se réunissaient pour prier le Dieu souverain sont cruellement détruits. Lactance, liv. V, n. 3, rapporte que le temple que l'on avait élevé à Dieu, àNicomédie, a été ruiné; ib., n. il, il parle d'une église qai fut brûlée dans une ville de Phrygie, par l'ordre du gouverneur. Eusèbe, Hist. eccl., 1. VIII, c. 13, et Lactance, liv. cit., Mort despers., c 13, enseignent formellement qu'il existait des églises dans les Gaules avant la persécution de Dioclétien. Optât de Milève, 1. II, p. 42, fait mention de quarante basiliques que l'on voyait à Rome avant cette même persécution; il fait aussi mention des églises qui existaient alors en Afrique. Vospicus cite, dans la Vie de l'empereur Aurélien, une lettre de cet empereur où il est fait mention des églises des chrétiens ; nous nous bornerons à ces citations, sans nous arrêter à celles que nous pourrions tirer de Tertull., Idol., ch. 7, et Contre Valent., c. 2; de saint Cyprien, qui, lett. 55 à 59 à Gornel., oppose l'Eglise au Capitole, et l'autel du Seigneur à l'autel des idoles. Voy. édit. Bénéd., notes sur Origène, liv. VIII, Gont. Gelse, n. 17; Nardini, Rome anc, liv. VIII, c. 11, reg. 14, p. 415. Il démontre, en outre, que les chrétiens eurent à Rome des églj.ses et des temples publics, même avant Alex, Sévère

saires, C. d'aucune manière, N. Car on voit, par le contexte même, qu'ils ont affirmé qu'ils n'adoraient pas les croix, dans le sens qu'ils ne les regardaient pas comme des dieux, ou comme renfermant quelque partie de la divinité. Voici les paroles d'Octave, rapportées par Minutius-Félix : « Nous » n'adorons pas les croix, dit-il, non plus que nous ne les » invoquons. Pour vous, qui consacrez des dieux de bois, » peut-être adorez-vous les croix de bois comme des parties » de vos dieux (1). » Octave ne nie ici qu'une chose, savoir, que les chrétiens adorent les croix comme les païens adoraient leurs idoles; quant au reste, il ne le nie pas, il le passe seulement sous silence. C'est aussi ce qui découle de l'apologie de Tertullien, où il se moque des païens, qui faisaient d'une bûche informe une déesse, savoir, Pallas d'Attique, ou Cérès de Farréa, et qu'ils adoraient, par suite, à la place de Dieu : « Pour nous, dit-il, si, par hasard, nous l'adorons, nous ado- » rons Dieu tout entier (2) ; » comme s'il disait : Si nous adorons la croix comme un Dieu, ainsi que vous le prétendez, ce qui est faux, ce n'est pas un pieu informe (comme l'était Pallas d'Attique, ou Cérès de Farréa), qui n'est qu'une partie de la croix, mais la croix tout entière, et par conséquent nous adorons un Dieu tout entier.

Rép. 5. D. Dans les églises particulières dont on a conservé l'énumération du mobilier, C. dans absolument aucune, N. Car cette assertion est contraire à un fait clairement démontré. Il put en effet se faire que, dans les provinces où se trouvaient ces églises, les circonstances ne permissent pas d'introduire encore l'usage des images dans les églises, comme cela se pratiquait, ainsi que nous l'avons vu, dans les autres provinces. Que l'on se rappelle les observations que nous avons faites en concluant la démonstration de cette proposition.

Il y a cependant un grand nombre de monuments qui nous attestent, d'une manière positive, qu'on était dans l'usage, en ce temps-là, de suspendre des images dans les églises. Outre ce que nous avons dit des oratoires qui existaient à Rome,' dans les cimetières, et où l'on trouve toujours les images ou de Jésus-Christ, ou des apôtres et des autres saints martyrs,

(1) § 29. Voy. la note de Galland sur ce passage. Voy. aussi le Journal des savants ital., t. XXVII, p. 391 suiv.; Trombell., du Culte des saints, tom. II, p. III, p. 373.

(2) G. 16. Voyez, à l'occasion de ce passage, La Çerda.

tout le monde connaît ce que saint Basile écrit à Julien l'Apostat sur les images, lett. 340 : « C'est pourquoi j'honore les traits » de leurs images (des saints) , et je les baise avec empresse- » ment, puisqu'elles nous ont été transmises par les saints » apôtres, qu'elles n'ont point été prohibées, et que même, qui » plus est, elles sont peintes dans toutes nos églises; » ceuv. éd. Bénéd., t. III, p. 463. Voy. aussi Homél. sur les quarante mart., n. 2, ib., t. II, p. 149. C'est ce qui fait qu'au YIP concile, act. 4, Grégoire, évêque de Pessinunte, cite avec éloge ces paroles d'Isidore de Péluze : 77 ri y a pas de temple qui ne soit couronné par une image. On en trouvera plusieurs exemples dans J. Grancolas, ouv. int. les Anciennes liturgies, t. II, I part., p. 62 et suiv.

II. Obj. 1. Les Pères firent un crime aux hérétiques gnostiques et carpocratiens de vénérer les images, tels que Iréoée, liv. I, c. 25, n. 7, éd. Mass.; Epiphane, hérés. 27, et Augustin, 1. des Hérés., c. 7. 2. Aussi le concile d'Elvire définit-il ainsi la question, can. 36 : « Nous avons décidé qu'il » ne devait point y avoir de peintures dans les églises, de » peur qu'on ne peigne sur les murs ce qu'on honore et qu'on » adore ; » 3. Eusèbe dit aussi qu'il n'est pas permis de peindre l'image de Jésus-Christ, lett. à Constance-Auguste. 4. Quant à saint Epiphane, il déchira, dans l'église d'Anablat, « un » voile qui pendait au-dessus des portes de l'église, et sur » lequel était peinte comme l'image de Jésus -Christ ou de

» quelque saint contre l'autorité des Ecritures; » lett. à

Jean, évèque de Jérusalem, ceuv. édit. Pét., t. II, p. 317. 5. C'est pour cela que, quoique saint Grégoire-le-Grand, dans ses lettres à Sérénus, le blâme d'avoir brisé les images, il loue néanmoins « le zèle qu'il déploie pour qu'on n'adore » pas les œuvres des mains des hommes; » lett. 105, liv. IX, indict. 2, édit. Bénéd. Donc :

Rép. 1. D. Les Pères firent un crime aux hérétiques de vénérer leurs images et de s'en servir, parce que le sens dans lequel ils les vénéraient était superstitieux et tout différent de celui dans lequel l'Eglise les vénère, C. de la vénération en elle-même, iV. Car, au témoignage de saint Epiphane, les hérétiques dont il s'agit honoraient leurs images par des sacrifices, ce qui est assurément un crime d'idolâtrie, et, en outre, ils joignaient aux images de Jésus-Christ et des apôtres les images d'Homère, de Pythagore et des autres célébrités pro-

fanes (1). Les catholiques, eux, sont loin de se livrer à de telles pratiques.

Rép. 2. D. Le concile d'Elvîre défendit de faire des peintures dans les églises en raison des circonstances, C. il le défendit parce qu'il les regardait comme prohibées, N. Nous avons laissé passer le premier membre de l'objection, parce que les critiques ne sont pas encore complètement d'accord sur ce que le concile défend par ce canon; les uns pensent d'une manière, les autres pensent de l'autre (2). Au reste, comme l'église d'Espagne était sous les coups d'une violente persécution, les Pères de ce concile pensèrent qu'il fallait prendre ce parti, que semblait exiger la dure condition des chrétiens.

Rép. 3. JVr. Car la lettre adressée à Constance, que l'on cite

(1) Hérés. 27, n. 6, éd. Pét. Voici ses paroles : « S'ils possèdent en secret » quelques images de ce genre (de Jésus-Christ), ils en ont aussi de quelques » philosophes, tels que Pythagore, Platon, Aristote et autres, qu'ils con- » fondent avec celles de Jésus-Christ, et ils les adorent toutes, et ils leur » rendent le même culte que les païens... Or, quels sont les rites des Gentils, » si ce n'est les sacrifices et autres cérémonies semblables? » Il est donc évident qu'il s'agit ici, selon leur langage, d'une idolâtrie formelle. Saint Irénée se sert presque des mêmes expressions, 1. c; on peut consulter, à cette occasion, les notes de Feuardent, qui défend le sens de saint Irénée contre Calvin et Bèze, et qui démontre que le culte des images était en usage dans l'Eglise pendant les trois premiers siècles. Théodoret rapporte la même chose, 1. VII, Fabl. des hérét.; il compte, en outre, parmi les images que les carpocratiens adoraient, les statues de Simon le Magicien, les figures de Jupiter et d'Hélène, sous les traits de Minerve ; saint Augustin y ajoute les images de Paul et d'Homère.

(2) Le savant card. de Aguirre les énumère dans sa grande Collection de tous les conciles d'Espagne, Rome, 1693, t. I, p. 562 suiv. Il y démontre nettement qu'il s'agit, dans ce canon, des images de Dieu , que l'on ne peut certes pas peindre tel qu'il est en lui-même. C'est ce qu'avait déjà fait le docte Albaspin, dans ses notes sur ce canon, à la suite des œuvres d'Optat, p. 208. C'est ce que l'on voit par les paroles mêmes du canon, lorsque les Pères du concile expliquent pourquoi on ne doit pas peindre d'images sur les murs; « c'est pour que ce qui est honoré et adoré ne soit pas peint sur les murs. » Il est évident qu'il s'agit ici de ce à quoi on décerne un culte de latrie, savoiry de Dieu. J'ajoute que les hérétiques font preuve de sottise lorsqu'ils nous objectent avec tant de confiance ce canon, sans remarquer que s'il s'agissait des images des saints, comme ils le prétendent, ce serait une preuve frappante que le culte des images était alors en vigueur, ce que pourtant ils nient,' Et s'ils admettent que ce canon ne prohibe que les images de Dieu, par le fait même leur objection tombe, puisque tous les catholiques reconnaissaient qu'on ne peut pas peindre Dieu tel qu'il est, savoir, en tant qu'il est immense, invisible, incirconscrit. Mais voy. de Aguirre sur ce canon. Pourtant à peine se trouve-t-il, parmi les protestants modernes, quelqu'un qui ne cita pas ce canon comme contraire à la doctrine catholique. Nous parlerons bientôt des images symboliques de Dieu et de la Trinité.

comme l'œuvre d'Eusèbe, n'est pas de lui. Voy. Pét, 1. XV, de rincarn. c. 15, § 9.

Rép. 4. D. C'était à cause de l'esprit peu cultivé des habitants d'Anablate, pour lesquels les images pouvaient être dangereuses , qu'il dit , indirectement et dans ce sens , que l'usage des images était contraire à l'autorité, C. en soi et directement, N. Comme nous ne connaissons pas toutes les circonstances de ce fait, il nous est difficile d'en juger sainement. Peut-être n'était-on pas dans l'usage, en Chypre, de placer des images dans les églises, comme cela se pratiquait dans les églises du Pont, de la Cappadoce, d'Antioche et de Constantinople, comme l'attestent saint Grégoire de Nysse (1), saint Basile (2), saint Chysostôme (3), avec lesquels saint Epiphane était uni de communion. Il en est même plusieurs qui imputent ce fait à faute à saint Epiphane, si toutefois cela est vrai, car il en est un grand nombre qui le nient; voy. Bellarm., pass. cit. Au reste, les novateurs que nous combattons ici retiendraient eux-mêmes des images dans leurs temples contre l'autorité de l'Ecriture, ce qu'ils n'admettent certes pas.

Rép. 5. D. D'un culte superstitieux et absolu , C. relatif et tel que l'admet l'Eglise, N. Telle est sa pensée, d'après ce qu'il écrit à Secondin : « Pour nous , dit-il , nous ne nous proster- » nons pas devant cette image (de Jésus -Christ) comme » devant la divinité ; cette image nous rappelle qu'il est né, » qu'il a souffert et qu'il est assis maintenant sur son trône. » Liv.IX, lett. 52, indict. 2, éd. Bénéd.

III. Obj. 1. Le savant auteur des livres carolins résista au décret du IIe concile de Nicée, qui décréta le culte des images; ce décret fut aussi rejeté par le concile de Francfort, où se trouvaient des évêques de presque tout l'Occident ; il le fut enfin par l'assemblée de Paris. Donc , l'église d'Occident n'admit jamais le décret du concile de Nicée. 2. Et c'est avec raison qu'il en est ainsi, car les catholiques, en adorant les images, se prosternent devant le bois et la toile; ils invoquent les créatures et demandent aux serviteurs de Dieu,

(1) Serai, sur saint Théodore, œuvr. édit. Paris, 1615, t. II, p. 1011, où il traite des images des martyrs que l'on met dans les églises.

(2) L. cit., lett. à Julien, où il confesse qu'il vénère les images comme étant transmises par les apôtres.

(3) Panégyrique de Mélèse, œuv. éd. Bénéd., t. II, p. 519.

et non à Dieu lui-même, le secours dont ils ont besoin (1). Donc :

Rép. 1. D. L'auteur des livres carolins, le concile de Francfort et l'assemblée de Paris s'opposèrent au décret du concile de Nicée, à la suite d'une erreur de fait , C. en tant qu'il décréta le culte qui leur est dû , N. Car, autant l'auteur des livres carolins que les deux conciles , ils sont tombés dans une erreur de fait; et d'abord ils y sont tombés en ce qu'ils pensèrent à tort que le concile de Nicée n'avait pas été approuvé par le pape Adrien, et ensuite parce qu'ils pensèrent à tort que le concile avait décrété qu'il fallait rendre aux images la même « adoration , ou le culte de latrie » que l'on rend à la très-sainte Trinité, tel que le portait l'ancienne version barbare de ce même concile. Mais dès que par la suite on eut découvert cette double erreur, les chrétiens des Gaules et de la Germanie admirent le décret du concile de Nicée. "Voy. Noël Alex., diss. c, §§ 7, 8, 9, 10.

Pour ce qui est en particulier de l'auteur des livres carolins et de l'assemblée de Paris, il en est qui pensent, avec Pétau, qu'ils ont réellement erré sur le culte lui-même , et qu'ils ont marché dans une voie intermédiaire entre le dogme de Nicée et l'erreur des iconoclastes, pass. cit., c. 16, § 11 . Pour ce qui est des livres carolins, on peut consulter Trombellius, diss. 10. Il en est d'autres qui pensent, avec Noël Alexandre, que les Gaulois ne s'écartèrent pas de la véritable croyance relativement à la vénération des images, et qu'ils ne se trompèrent que sur le mode d'adoration prescrit par le concile de Nicée, comme nous l'avons dit. Ce dernier sentiment paraît bien plus vraisemblable.

Rép. 2. D. Les catholiques se prosternent devant le bois et la toile en tant qu'ils représentent des prototypes, C. devant le bois et la toile considérés en eux-mêmes, N. Car, autrement, lorsque Josué et les vieillards se prosternèrent devant l'arche, ils se fussent prosternés devant le bois. Lorsque quelqu'un

(1) Tel Cellerier, ouvr. intitulé Sermon sur l'excellence du culte réformé, Genève, 1819, où il dit, entre autres choses : « Dans le culte catholique, les » chrétiens se prosternent, devant le bois et la toile, ils invoquent les créa- » tures. C'est des serviteurs, et non du maître, qu'ils attendent du secours. » Or, c'est avec le plus grand bonheur que nous avons appris que Cellerier avait abjuré ses erreurs avant de mourir, et qu'il avait embrassé la foi catholique. Plût à Dieu que Breckenridge, qui fait les mêmes objections que lui, marchât sur ses traces I

manifeste extérieurement sa joie devant le portrait de sa mère on de son épouse, il la manifesterait devant une toile. Celui qui cracha sur la statue de Théodose eût craché sur une pierre, et les habitants d'Antioche et de Thessalonique , qui brisèrent les statues de ce prince, n'eussent renversé et brisé que des pierres.

IV. Obj. Bien que le culte des images soit relatif, il ne laisse pas que d'être superstitieux. 1. Car les païens ne rendaient aux images et aux statues des dieux qu'un culte relatif, comme nous l'attestent leurs propres témoignages rapportés par saint Augustin, explic. du Ps. 113, et par le fait luimême, puisqu'ils multipliaient les idoles sans multiplier pour cela les dieux; et d'ailleurs ils n'étaient pas assez insensés pour regarder le bois et la pierre comme des dieux. Les Pères, néanmoins, les accusaient d'idolâtrie. 2. Il faut donc penser que les catholiques, eux aussi, sont coupables d'idolâtrie, puisqu'ils reconnaissent, quoiqu'ils n'admetttent pas que les images et les statues soient des dieux, dans ces images une certaine excellence qui fait qu'ils en honorent une plutôt que l'autre, et qu'ils font de longs pèlerinages pour en aller visiter quelques-unes, bien que peut-être ils en aient de plus belles chez eux; ils les couvrent de voiles, ils imaginent des miracles, et ils se livrent à une foule de pratiques de ce genre, qui indiquent une honteuse superstition. Donc :

Rép. 1. N. A. Quant à la première preuve, D. quelquesuns, sans que pour cela ils fussent exempts d'idolâtrie , C. les païens en général, ou la multitude , N. En effet , outre l'autorité des Ecritures, l'antiquité sacrée et profane nous fournit d'innombrables documents qui attestent que tous les païens, quoique l'on puisse penser de certains individus en particulier, ont admis, dans les idoles, ou autant de dieux, ou au moins une puissance résidant dans ces mêmes idoles. Aussi résultet— il de ces mêmes documents qu'il est constant que les païens rendirent aux idoles un culte absolu ou latreutique, ainsi que nous l'avons prouvé. Mais, comme il est encore quelques protestants qui appuient sur cette difficulté , nous allons citer ce qu'écrit sur ce point Leibnitz : « Mais bien que, dit-il, d'après » le langage généralement usité, on dise que l'on honore une » image, on n'honore pourtant réellement pas une chose » inanimée et incapable d'honneur ; c'est le prototype que l'on » honore devant l'image ou par l'image, comme l'explique le

» concile (de Trente), en parlant du culte des images; et » c'est, je pense, dans ce sens que les scholastiques ont sou- » tenu que Ton adore d'un culte suprême de latrie l'image de » Jésus-Christ , culte que l'on rend à Jésus-Christ lui-même » en tant que Dieu. En effet, l'acte que l'on appelle adoration » de l'image, c'est réellement l'adoration de Jésus-Christ lui- » même, et cet acte d'adoration est produit à l'occasion et par » la vue de l'image , et on s'incline devant elle comme devant » Jésus-Christ même , pour indiquer plus clairement sa pré- » sence et pour élever davantage l'esprit à la contempla- » tion de Dieu ; il ne viendra , en effet , à la pensée d'aucun » homme sensé de dire : Donne-moi, ô image, ce que je » demande; je te rends grâce, ô bois ou ô marbre, mais bien : » Je vous adore, Seigneur, je chante vos louanges. En admet- » tant donc que l'on ne reconnaît pas d'autre vénération des » images que celle qui se rapporte à leur prototype, il n'y » aura pas plus là d'idolâtrie que dans le culte que l'on rend » à Jésus-Christ et à Dieu, même en prononçant son très-saint » nom. Car les noms sont des signes et des signes bien infé- » rieurs même aux images, car ils représentent moins bien » les choses que les images. C'est pourquoi, lorsqu'on dit » qu'on honore une image , on n'entend seulement par là que » ce que l'on entend lorsque Ton dit que l'on fléchit le genou » au nom de Jésus, que l'on bénit le nom de Dieu, qu'on le » glorifie; et il n'y a pas plus de mal à adorer devant une » image extérieure qu'à adorer devant une image intérieure » que nous représente notre imagination; car le seul usage de » l'image extérieure, c'est de rendre l'image intérieure plus » expressive. Le concile a donc sagement agi lorsqu'il a dit » qu'il ne fallait pas croire qu'il y a, dans l'image elle-même, » quelque puissance, ou que quelque divinité y est renfermée; » comme les Troyens pensaient que la ville succomberait si » on leur enlevait leur Palladium, et comme les Romains » évoquaient, au moyen de certaines formules, les dieux de » leurs ennemis et qu'ils croyaient que les dieux changeaient » de place comme leurs images ou comme la figure sculptée » de quelque dieu, devait, d'après la persuasion où en étaient » les païens, produire un jour d'heureux résultats pour ceux » chez qui on la transporterait; les Arabes imitaient la su- » perstition des images au moyen de certains représentations » ou de talismans ; les Juifs, par la prononciation ou l'in-

*> scription de certains noms , ce qui est une espèce à'icono- » latrie ou à? onomatolatrie. » Syst. théol., p. 142 suiv.

Ajouterai-je que l'idolâtrie découle nécessairement du polythéisme et qu'elle lui est intimement unie , puisque l'idolâtre adore comme autant de dieux des dieux qui n'existèrent même jamais, telles que toutes les divinités abstraites, V, G. la Fièvre, la Fortune, le Fatum, etc., ou qui existèrent à l'état de créatures, comme Saturne, Jupiter, etc. Ce ne fut que bien tard que quelques philosophes, pour rehausser le polythéisme et l'idolâtrie , qui s'en allaient croulant , et pour se soustraire au raisons dont les pressaient les chrétiens, eurent recours aux interprétations allégoriques des divinités.

Nous ne saurions laisser passer ici, sans la faire remarquer, la mauvaise foi de nos adversaires et leur détestable manière d'agir, qui, po»ar laver les païens du crime d'idolâtrie, s'appliquent de tout leur pouvoir à démontrer qu'ils ne rendirent aux images des dieux qu'un culte relatif, et qui, pour faire croire que les catholiques sont des idolâtres, enseignent que le culte des images ne peut être, sous aucun prétexte, exempt d'idolâtrie.

Rép. 2. D. Les catholiques vénèrent une image préférablement à une autre pour des causes extérieures, C. parce qu'elle a une vertu propre, ou pour elle-même, N. Tous les catholiques savent, en effet, que, si l'on considère les images en elles-mêmes, il n'est pas de raison pour qu'on en honore une préférablement à l'autre. Ce ne sont donc que des causes extérieures et accidentelles qui portent quelqu'un à vénérer une image plutôt que l'autre, savoir, si Dieu a daigné opérer quelques prodiges ou accorder quelques grâces par quelque image , ou parce que quelqu'un éprouve plus de ferveur à la vue de celle-ci que de celle-là. Ces causes et autres semblables n'influent pas peu à concilier une vénération spéciale à certaines images.

Tel est le principe de ces pèlerinages même lointains que les catholiques entreprennent pour aller visiter certains sanctuaires. C'est en vain que les protestants déversent sur ces pèlerinages toute leur colère, car nous savons qu'ils remontent aux âges les plus reculés (1), qu'ils ont eu pour fondateurs les

(ï) Voyez le savant et volumineux ouvrage que Jacq. Gretser, S. J., a écrit sur les saints pèlerinages contre Pierre Molina, et qu'il a divisé en quatre livres

plus saints personnages (1), et que ce n'est pas seulement pour vénérer les images qu'ils les entreprenaient et pour se rappeler les monuments les plus augustes de notre religion, mais ces pèlerins s'imposaient aussi, pendant leurs voyages, les plus dures pénitences. Ainsi on lit, dans l'office de saint Jean de Kent, leç. 2, noct., qu'il vint quatre fois à Rome, « soit pour honorer le siège apostolique , auquel il était très- » attaché, soit pour satisfaire aux peines du purgatoire » (comme il le disait) , pouvant chaque jour y obtenir le pardon » de ses péchés. »

Il m'a semblé bon d'établir tout cela sur des témoignages puisés chez les protestants mêmes, et nous nous servirons plus volontiers encore de ces témoignages contre le synode de Pistoie, pour prouver qu'il y a eu, chez les hérétiques, un grand nombre de personnes qui ont eu sur ce point des idées plus saines que ce synode. Tel est encore le langage que tient Leibnitz, ouv. cit., p. 148 : « Il faut croire qu'il est pieux de » visiter parfois certains lieux saints préférablement à d'autres, » soit à la suite d'un vœu, soit librement, et de faire d'autres » choses semblables , parce que ce dessein et les circonstances » qui l'entourent sont une partie de l'honneur; la disposition » de notre esprit à s'infliger une pénitence ou à s'imposer une » certaine loi est louable, de même que la manifestation d'un » dessein sérieux de notre zèle particulier, comme aussi le » concours public d'hommes pour honorer avec un dessein » particulier, et le lieu même que les bienfaits de Dieu ont » rendu remarquable est d'autant plus propre à exciter l'esprit » à ne pas en perdre le souvenir et à le remémorer, et inspire » une espèce de sainte terreur ; et je ne sache pas que les pro- » testants même qui ont visité le sépulcre du Seigneur le » nient. »

S'il y avait superstition à voiler les tableaux peints, Dieu lui-même serait l'auteur de cette superstition, lui qui, Exode,

avec appendices; œuv. de l'auteur, Ratisb., 17^4, t. IV, dern. part. Voy. aussi l'Encycl. de Benoît XIV, dat. 16 juin 1749.

(I) Outre les exemples que rapporte Gretser, liv. I et II, nous en avons de nouveaux dans saint G. Borrornée, qui alla vénérer le sanctuaire de Varralum; dans saint François de Sales, qui se rendit à Turin pour vénérer le saint suaire ; dans J. de Kent' qui visita et les lieux saints à Jérusalem, et les tombeaux des apôtres. C'est pourquoi le synode de Pistoie, qui condamne ces pèlerinages, de concert avec les protestants, montre si peu de respect pour l'antiquité et les exemples des saints.

XL, 3, commande à Moïse de mettre un voile devant l'arche; Salomon serait coupable d'idolâtrie, lui qui, comme il est écrit, II Paralip., III, mit un voile de vantl'autel d'or. Tout le monde sait que, dans les anciennes églises, on séparait la partie intérieure de la partie extérieure au moyen d'un voile et de tentures (1) ; les sépulcres des martyrs étaient recouverts de voiles, et lorsqu'on les renouvelait, on en faisait don à quelques personnes d'une piété et d'une dignité insigne (2). Il est par conséquent étonnant que le synode de Pistoie ait blâmé cet usage. Voy. Guasc ), Dizion. Riccianus, etc., art. Mantellini. Il n'est pas hors de propos, pensons-nous, de citer quelques-unes des propositions de ce synode, avec les censures que leur applique la constit. Auctorem fidei, et qui se rapportent à cette question.

LXIX. La prescription qui indique qu'il faut généralement et indistinctement enlever de l'Eglise toutes les images qui pourraient induire en erreur les ignorants , et de ce nombre sont surtout les images de l'incompréhensible Trinité ; cette constitution la condamne à cause de sa généralité , comme « témé- » raire, contraire à l'usage pieux et suivi de l'Eglise, comme » s'il n'existait aucune image de la très-sainte Trinité générale- » ment approuvée et que l'on puisse permettre sans danger. »

LXX. De même, la doctrine et la prescription réprouvant tout culte spécial que les fidèles sont dans l'usage de rendre en particulier à une image quelconque, ou à l'une plutôt qu'à l'autre, est aussi condamnée, dans cette constitution, comme « téméraire, pernicieuse, contraire à l'usage pieux de l'Eglise » et injurieuse à Dieu, qui n'a pas voulu que l'on fît la même » chose en mémoire de tous les saints, lui qui répartit ses dons » selon son bon plaisir » (d'après Aug., lett. 78e au clergé, aux anciens et à l'église entière d'Hippone) .

Elle condamne aussi la 71% qui porte qu'il est défendu de distinguer surtout les images de la bienheureuse Yierge par aucun titre autre que par les dénominations qui sont analogues aux mystères dont il est expressément fait mention dans l'Ecriture; comme si on ne pouvait pas appliquer aux images d'autres dénominations pieuses que l'Eglise approuve

(1) Voy. Ant.-M. Lupi, ouv. cit., diss. lett. posth. sur l'intérieur des anciens baptistères, §§ 81 suiv.

(2) Boldetti, ouvr. cit, liv. I, c. 9. Rosweide, S. J., a traité ex professo de l'usage des voiles dans les temples, p. 849 suiv., à Paulin. |

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et recommande dans ses prières publiques, comme « téméraire, » offensant des oreilles pieuses, injurieuse à la vénération due » surtout à la sainte Vierge. »

Elle condamne de même la 72e, qui veut que Ton extirpe comme un abus l'usage de voiler certaines images, comme » téméraire, contraire à l'usage de l'Eglise, qui a pour but de » réchauffer la piété des fidèles. »

Les catholiques, enfin, n'inventent pas de miracles; ils ne font que rapporter ceux qui se sont opérés publiquement, quelquefois même devant tout une ville, et sur lesquels l'autorité légitime a instruit un procès. Vouloir nier tous les miracles parce que quelques personnes en ont accrédité de faux de leur autorité privée, ou parce qu'elles ont été induites en erreur par des dispositions peu favorables, c'est absolument comme si l'on voulait suspecter toutes les pièces de monnaie parce que quelques faussaires en ont introduit de mauvais aloi ou qu'ils en ont altéré.

Mais direz-vous : Il n'est pas au moins permis de peindre les images de Dieu et de la très-sainte Trinité, et de les exposer à la vénération des fidèles dans les temples, de peur que ce ne soit pour eux un sujet d'erreur.

Rép. D. On ne peut pas peindre les images de Dieu ou de la très-sainte Trinité, tel qu'il est ou dans sa nature, C. on ne peut pas peindre Dieu sous les figures symboliques sous lesquelles il s'est parfois manifesté, de même que chacune des personnes divines, et tel que l'Eglise est dans l'usage de le faire JV. Il serait certainement absurde de vouloir peindre Dieu ou la Trinité pour en reproduire la nature, et jamais aucun catholique n'a prétendu faire cela dans ces images. Mais comme Dieu s'est manifesté sous une forme corporelle, soit sous l' Ancien-Testament, soit sous le Nouveau, rien ne s'oppose à ce qu'on le peigne sous la forme sous laquelle il s'est manifesté. On trouve souvent dans les anciennes mosaïques, que l'on rencontre dans les oratoires des chrétiens et dans les cimetières, de telles images. Saint Paulin de Noie, décrivant les images de la basilique de saint Félix , rappelle entre autres celle-ci de la très-sainte Trinité, lett. 32e à Sévère : « La » Trinité brille par son mystère; le Christ est représenté sous » la forme d'un agneau; la voix du Père tonne au ciel, et le » Saint-Esprit se répand sous la forme d'une colombe. »

Il suffit, pour éviter toute espèce d'erreur, d'instruire le

peuple d'une manière convenable (voy. Bellarm., liv. II, des Imag., c. 8). Ce qui fait que, parmi les différentes propositions condamnées par Alex. VIII, se trouve celle-ci : « Il » n'est pas permis de placer dans un temple chrétien la statue ï> de Dieu le Père assis. » (Voy. Viva, S. J., Examen théologique des thèses condamnées, p. III, sur la prop. 25, condamn. par Alex. VIII.) C'est pourquoi Pie VI condamne la proposition du synode de Pistoie qui se rapproche de celle-là.

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