NOTION ET DIVISION PRÉLIMINAIRE DE LA GRACE ACTUELLE
La grâce, prise dans un sens général, indique un don ou un bienfait quelconque, soit intérieur, soit extérieur, que Dieu accorde à la créature raisonnable par un acte de sa pure libéralité. On peut donner, dans ce sens, le nom de grâce à la création, la conservation et tout ce qu'elles entraînent, et à bien plus forte raison peut-on le donner à la loi, à l'enseignement, aux exemples et à une foule d'autres semblables choses. On peut en dire autant des dons que l',on nomme ordinairement grâces données gratuitement, tels V* G. que sont le pou- Ci) Voir ce que nous avons dit Traité de Dieu et de ses attributs, n. 459 et suiv.
(2) Nous traiterons plus au long , dans le cours de cette première partie, ces choses que nous n'avons qu'indiquées ici, quand nous établirons la doctrine catholique contre la doctrine de chacun de nos adversaires.
voir de faire des miracles, des prophéties, etc., qui tournent plutôt à l'avantage des autres qu'à l'avantage de celui qui les reçoit.
2. Mais, par ce mot grâce, tel que nous l'entendons ici, on désigne ce secours intérieur et gratuit que Dieu accorde à l'homme tombé, en vue des mérites de Jésus-Christ, soit pour aider à sa faiblesse, afin qu'il puisse éviter le mal et faire le bien, soit pour l'élever à un état surnaturel et le rendre capable de faire des actes surnaturels, pour qu'il puisse acquérir la justification, y persévérer après l'avoir acquise, jusqu'à ce qu'il parvienne à la vie éternelle.
Or on voit, d'après cette notion de la grâce, qu'il est question ici non-seulement de ce don gratuit et interne dont Dieu est la cause efficiente, Jésus-Christ la cause méritoire, et la vie éternelle la cause finale, mais qu'il s'agit aussi de ce don qui a un double effet, savoir, qui répare l'infirmité que la nature a contractée par le péché, et qui rétablit l'homme dans l'état surnaturel duquel il est tombé lui-même par la faute d'Adam, et qui le rend apte à produire des actes surnaturels par lesquels il peut obtenir la justification, mais qui ne sont pas méritoires de la justification elle-même ou de la vie éternelle. Car, comme nous le verrons plus tard, l'homme ne peut faire ces actes qu'autant qu'il jouit de plus de la grâce sanctifiante. La grâce, en tant qu'elle guérit l'homme tombé de l'infirmité qu'il avait contractée en perdant le don de l'intégrité, et qu'elle lui donne la force de faire le bien, de vaincre les tentations et d'éviter le mal, s'appelle médicinale; et, en tant qu'elle élève l'homme à un état surnaturel, on l'appelle ordinairement grâce dY/evation.
Quoique la grâce produise parfois ces deux choses, il ne faut pourtant pas les confondre, car il en résulte souvent de graves et nombreux inconvénients. Il peut se faire, en effet, que la grâce ne soit donnée que pour fortifier, pour que l'homme puisse faire des choses difficiles et éviter de grands maux, comme cela a lieu pour les infidèles, bien que l'on ne puisse pas dire pour cela que leurs actes sont surnaturels; il peut aussi se faire que la grâce ne soit accordée que pour faire des œuvres surnaturelles ou même méritées, bien qu'elle n'augmente pas les forces; comme lorsqu'il s'agit d'une chose facile, à l'exécution de laquelle les forces naturelles suffisent à la rigueur. C'est pour cela que les théologiens sont dans