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CHAP. I. NOTION ET DIVISION DE LA GRACE ACTUELLE

l'usage de distinguer entre la substance de l'œuvre et sa surnatur alité. A la substance de l'œuvre suffit la grâce surnaturelle, que les scholastiques appellent entitative, et pour sa surnaturalité il faut en outre Yobjet formel ou le motif surnaturel. Et quand ces deux choses sont réunies , il en résulte cette grâce, qui est la grâce surnaturelle prise dans le sens propre et absolu, et que l'on appelle ainsi, soit ratione sai} soit ratione modi. Au reste, le premier office de la grâce que nous avons énoncé porte surtout sur la volonté , pendant que le second agit surtout sur l'intellect.

Notre pensée, en mettant dans un plus grand jour cette notion de la grâce, a été de couper court à toutes les digressions fallacieuses de nos adversaires. Or, si quelqu'un voulait une définition moins compliquée de la grâce actuelle, nous la définirions : Un don de Dieu interne et surnaturel accordé à la créature raisonnable par les mérites de Jésus -Christ dans Tordre de la vie éternelle.

3. La grâce, telle que nous venons de l'exposer, se divise en plusieurs espèces, suivant ses diverses opérations ou même suivant sa fin. Nous allons, pour atteindre le but que nous nous sommes proposé, indiquer les plus importantes et les plus connues de ces divisions.

La grâce se divise d'abord en grâce prévenante ou excitante, que l'on appelle parfois grâce opérante, et en grâce coopérante ou concomitante. Cette division est admise des anciens et des modernes ; mais les anciens et les modernes n'attribuent peutêtre pas la même signification à ces mots. En effet, d'après saint Augustin , la grâce prévenante n'est autre chose que la grâce qui ne suppose aucun mérite antérieur, mais qui prévient toute espèce de mérite (1) ; les modernes entendent par

(1) Peut-être ne pourrait- on pas citer un seul passage de saint Augustin où il n'ait pris le mot prévenir, ou celui de la grâce par laquelle Dieu nous prévient, ou de grâce prévenante, dans un autre sens que celui que nous venons de dire. 11 nous suffira de citer ici son témoignage sous forme de décret, tiré de sa 217e lettre à Vital, n. 28, éd. Bénéd. (c'est toujours celle que nous citerons par la suite), pour faire connaître quelle est sa pensée quand' il se sert du mot prévenir. Voici comment il s'exprime : « Ces témoignages divins

» et plusieurs autres démontrent que Dieu brise par sa grâce les cœurs

» de pierre des infidèles , et qu'il prévient dans les hommes les mérites des » bonnes volontés; de sorte que la volonté est préparée par la grâce antécé- » dente, non pas que la grâce soit donnée au mérite antécédent de la volonté. » Voy. aussi Enchir., c. 32; Nat. et grâce, c. 31; Contre les deux leit.de Pelage, liv. II, c. 9, n. 21; item, ibid., c. 8, n. 17, c, 6, n. 11; liv. IV, c. 6, n. 13; des lll. :o

grâce prévenante ces mouvements indélibérés qui portent au bien et que Dieu excite en nous sans nous, en tant qu'ils ne dépendent pas de notre volonté. Et il ne faut pas perdre cela de vue , soit pour bien comprendre le langage du saint docteur, soit pour éviter toute espèce de confusion (1). La grâce coopérante, c'est le concours surnaturel qui nous aide à vouloir et à faire le bien que la grâce prévenante excite la volonté humaine à produire, parce que Dieu, par sa grâce, aide la volonté libre de l'homme à faire le bien. La différence qui existe entre ces deux grâces, c'est que la grâce prévenante agit immédiatement sur l'intellect et n'agit que médiatement sur la volonté, pendant que la grâce coopérante porte directement et immédiatement sur la volonté. Si les mouvements que produit la grâce prévenante sont d'un ordre surnaturel, alors l'action que produit la grâce coopérante sera surnaturelle ; et ils seront tout autre dans Tordre de l'honnêteté naturelle, comme cela se fait ordinairement chez les infidèles. On peut donner de l'une et l'autre de ces deux grâces, en tant qu'elle est surnaturelle, cette définition de saint Augustin : « La grâce est » une inspiration de l'amour, afin que connaissant nous » agissions avec un saint amour (2); » ou, comme le dit ailleurs le même docteur, « qui nous est donnée non-seule- » ment pour connaître ce Que nous avons à faire, mais encore

OEuv.pélag., c. 14, n. 34; lett. 214 à Valen., n. 4, de la Prédest., c. 3, n 7, etc. Saint Prosper se sert aussi de ce mot dans le même sens, lett. 225; parmi celles de saint Augustin, n. 3, 4, 5, 6. On ne doit pas oublier non plus que Le concile de Trente, sess. VI, can. 3, a employé cette expression dans le sens de saint Augustin, et qu'il lui donne la même signification; c'est aussi ce qu'il fait, ibid., c. 5 , où il explique dans quel sens il faut entendre que le principe de la justification doit être attribué à la grâce prévenante que Dieu accorde pa? Jésus-Christ, disant: « C'est-à-dire par sa vocation, sans qu'ils soient appelés » par aucun mérite existant antérieurement. »

(1) Car, en tant que la grâce signifie éclairer ou lumière, elle ne peut affecter immédiatement que l'intellect qui seul est capable d'être éclairé, et elle affecte médiatement la volonté en tant qu'elle est mue à choisir ou à vouloir quelque chose par les motifs connus de l'intellect. De même aussi la concupiscence, par ses mouvements indélibérés, n'agit que médiatement et indirectement sur la volonté. C'est ce que demande la nature même de la créature raisonnable, qui ne peut être portée à vouloir ou à rejeter quelque chose que par le mi

de l'intellect. Lors donc que l'on affirme que la grâce prévenante opère immédiatement sur la volonté, il faut entendre par là, ^n tant que d'après ce que nous avons dit dans le sens des anciens, la grâce prévenante renferme l'une et l'autre grâce de lumière et d'inspiration, ou comme le disent les modernes, la grâce prévenante et la grâce coopérante. Voy. Zorzi, Prodrome de la nou~ telle encyclopédie italienne, Sienne, 1779, appendice Grâce efficace, n. 5 etsuiv.

(2) Liv. IV, à Boni face, ou Contre les deux lettres pélag ., c. 5, n. 11»

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;>> pour faire ce que nous connaissons; non-seulement pour » que nous croyions ce que nous devons aimer, mais pour que » nous aimions ce que nous croyons (1). »

La grâce se divise encore en grâce suffisante et en grâce efficace. On appelle grâce suffisante celle qui ne sort pas son effet, ou à laquelle la volonté ne donne pas son assentiment ; la grâce efficace, au contraire, est celle qui sort son effet, ou à laquelle consent la volonté. Cet assentiment ou ce dissentiment de la volonté provient-il de la diversité de nature de la grâce suffisante et de la grâce efficace, ou seulement de la libre volonté de riiomme? Sur ce point les docteurs catholiques ne sont point d'accord, ainsi que nous le dirons en son lieu.

La grâce suffisante se divise en grâce suffisante prochaine et en grâce suffisante éloignée. On appelle grâce suffisante prochaine celle qui donne immédiatement les forces nécessaires pour agir, et grâce suffisante éloignée celle qui ne donne que médiatement ces moyens , V. G. par la prière.

Gomme nous serons nécessairement obligés de faire quelquefois mention de la grâce sanctifiante ou habituelle dans la première partie de ce traité, pour qu'on sache ce qu'on entend par ce mot, nous allons en donner l'explication dans l'intérêt des élèves (lisez lecteurs). La grâce sanctifiante, ou, comme on l'appelle ordinairement, la grâce habituelle, c'est la grâce qui unit immédiatement l'homme à Dieu, le rend juste et héritier de la vie éternelle, et qui demeure dans l'homme, et que l'on conçoit inhérente en lui par mode d'état. On dit de celui qui la possède qu'il est en état de grâce. Mais nous traiterons plus loin cette question.

Ces préliminaires sur les diverses acceptions et les divisions de la grâce, aussi longuement exposés que l'exige notre sujet, nous entrons immédiatement en matière.

(i) De la Grâce de Jésus-Christ, liv. I, c. 12, n. 13. Telle est l'idée que saint Augustin donne constamment de la grâce; il démontre dans son livre du Péché et des mérites, liv. II, c. 17, n. 20, « que le but de la grâce consiste en ce que » l'on connaisse ce qui était caché, et que ce qui ne nous était point agréablft » devienne suave; » et ibid., c. 19, n. 32, il appelle la grâce « une science » certaine, et une délectation victorieuse... la lumière qui dissipe les ténèbres^ » et la suavité par laquelle notre terre produit son fruit, a

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