NOTIONS PRELIMINAIRES
La grâce sanctifiante, que l'on appelle aussi grâce habituelle, se définit ordinairement « un don surnaturel de Dieu inhérent » à 1 'âme d'une manière permanente, qui rend immédiatement » et formellement l'homme saint, juste, agréable à Dieu, enfant » adoptif de Dieu, capable de faire des œuvres méritoires de » la vie éternelle, et héritier de cette même vie. » De cette définition découle tout le système de la doctrine catholique sur la nature de cette grâce et ses effets; et 1. c'est qu'elle est intrinsèque à notre âme, ou qu'elle lui est entièrement unie; 2. que c'est elle qui la purifie de ses souillures, et qui lui imprime une espèce de reflet divin; 3. que, par conséquent, cette grâce sanctifiante est inséparable de la justification, qui dépend d'elle, puisque, par un seul et même acte, l'homme pécheur devient juste et saint; i. qu'elle est un don de Dieu auquel, il est vrai, l'homme prévenu du secours actuel de Dieu doit se disposer, et que pourtant il ne peut jamais la mériter, ni par la foi ni par les autres œuvres, puisque Dieu la communique gratuitement, moyennant certaines dispositions préalables de la part de. ceux qui sont aptes à recevoir ces grâces, de sorte qu'en recevant ce don l'homme est à la fois actif et passif; 5. que pourtant cette grâce n'est pas tellement inhérente à l'homme qu'il ne puisse plus la perdre une fois qu'il l'a; mais que , comme il se dispose librement à la recevoir par la grâce actuelle, de même il peut librement la perdre par le péché;
6. et qu'en conséquence, comme l'homme n'a jamais une certitude de foi qu'il a apporté toutes les dispositions requises préalablement pour acquérir la sainteté formelle ou la justification, il est évident que personne ne peut croire, et qu'à plus forte raison personne ne doit croire , d'une foi divine , qu'il a acquis la grâce justifiante; 7. il s'ensuit pareillement que, si quelqu'un est réellement justifié et sanctifié par un don de ce genre, il n'y a rien en lui qui déplaise à Dieu, puisque le péché, qui interrompt l'amitié de Dieu , est entièrement banni de sa personne, et que la concupiscence ne lui nuit plus, qu'elle n'est plus pour le juste qu'un sujet de combat d'où il retire , quand il lui résiste de toutes ses forces, une abondante moisson de mérites, fournissant continuellement matière à sa vigilance et à son humilité. 8. On en conclut enfin que les œuvres méritoires sont les fruits de la grâce sanctifiante, qui s'accroît par ces mêmes œuvres, et que si quelqu'un y persévère jusqu'à la fin, il aura la vie éternelle en héritage, dont la gloire sera plus ou moins grande, selon les mérites que chacun aura acquis.
Telle est la doctrine catholique sur la grâce sanctifiante , la justification et le mérite, que le concile de Trente a définis dans autant de canons que nous citerons plus bas. En attendant, pour faire voir la connexion de cette doctrine avec les autres vérités et avec tout le système, nous ferons observer que cette doctrine catholique de la grâce sanctifiante découle et est nécessairement unie avec la doctrine de l'Eglise sur l'état du premier homme et sur sa chute.
En effet, comme la grâce originelle, ainsi que nous l'avons dit si souvent, fut un don gratuit, dont Dieu combla la nature humaine dans notre premier père, et qu'il ajouta à cette même nature, on ne doit regarder cette grâce que comme quelque chose d'accidentel par rapport à cette même nature. Ainsi, cette grâce ayant été perdue par le péché , la nature humaine fut en même temps dépouillée de tous les dons gratuits qui accompagnaient la grâce ou la justice originelle. Cependant cette nature, même après sa chute, quoique ayant perdu ce don accidentel , savoir, la justice originelle , c'est ainsi que nous l'avons désignée , ne perdit rien néanmoins de ce qui lui était essentiel. Donc, comme les facultés de comprendre et de choisir librement appartiennent à l'essence de la nature humaine, il est évident que ces facultés jouissent d'une activité