CHAP. I. NOTIONS PRÉLIMINAIRES
que, par suite, il ne les impute pas. Cette sainteté et cette justice n'appartient pas proprement à l'homme justifié , mais elle est la sainteté , la justice formelle du Christ saisie par Fhomme, et c'est elle qui produit les bonnes œuvres, qui sont comme les fruits ou les signes de cette sainteté et de cette justice de Dieu ou du Christ que l'on a saisie, en même temps que la nature humaine manifeste, par les péchés actuels, l'existence perpétuelle du péché originel qui subsiste toujours (1). Tel est le système monstrueux du protestantisme sur la justification, la sainteté, les bonnes œuvres, et dont nous allons exposer successivement les diverses parties dans le cours de ce traité.
Telles sont les doctrines opposées qui sont l'objet des discussions qui ont lieu entre les catholiques et les protestants. Quant aux autres questions, elles sont, dans les écoles, l'objet de discussions libres. Les théologiens catholiques ne s'entendent pas sur les points suivants : 1. La grâce sanctifiante est-elle une qualité physique ou morale, créée ou incréée, ou est-elle la personne même du Saint-Esprit qui se communique substantiellement à l'âme du juste et la vivifie (2)? 2. La grâce est-elle inhérente à l'âme du juste par mode d'état, ou est-ce plutôt la grâce actuelle elle-même influant continuellement sur rame du juste et la rendant féconde (3) ? 3. Cette grâce sancti-
(1) Nous avons cité ces documents en son temps.
(2) Voy. Pét., de la Trin., liv. VIII, c. 4 et suiv.; le Maître des Sentences l'avait devancé, liv. I, dist. 17.
(3) Voy. J. Morin, Commentaire historique sur la discipline de l'administration du sacrement de pénitence, liv. VIII, chap. 2 et suiv., Anv., 1682, surtout chap. 8, où il cite plusieurs scholastiques célèbres qui affirment que, depuis plus de mille ans, la doctrine entière des habitudes infuses était oubliée dans l'Eglise. Il cite en outre les Pères qui expliquèrent, bien longtemps auparavant, l'effet des sacrements, la justification de l'impie, le mérite de la foi et de nos œuvres, sans faire mention de la grâce habituelle ; ils ne firent mention que des secours actuels de la grâce et des œuvres qui en découlent. 11 établit qu'il n'a pas encore été défini que la grâce actuelle soit nécessaire pour produire ces effets , et qu'il est encore quelques docteurs qui les expliquent sans cette grâce. Pour nous, nous ne citerons les paroles que d'un seul des scholastiques dont Morin fait mention, savoir, Barthol. de Médine, de Tord, prêch., qui, dans la 1, 2, quest. 110, art. 2, écrit ce qui suit sur l'ensemble de cette doctrine : «Seconde conclusion. Il n'est pas certain, d'après » la doctrine de la foi, que la grâce soit un état infus dans l'âme et inhérent » à elle. Car ceci ne découle ni de l'Ecriture, ni de la tradition ecclésias- » tique, ni des définitions des conciles. » Et le concile de Trente, dans les passages que nous avons cités plus haut, comme le fait très-justement observer le savant Père Soto, liv. II, Nature de la grâce, c. 18, s'est à dessein abstenu du mot état; il s'est contenté de définir que l'homme est justifié par
fiante est-elle réellement distincte de la vertu de charité , ouï ou non? 4. Outre les vertus théologiques, l'état des vertus morales , qui consistent dans une certaine facilité et une certaine propension à faire le bien, sont-elles déversées dans Târne avec la grâce santifîante (1)? Le concile de Vienne a regardé cela comme plus vraisemblable, ainsi qu'on le voit par la Clémentine, De summo Trin., où on lit : « Nous avons » pensé qu'il faut choisir, comme plus probable et plus en » rapport avec les écrits des docteurs modernes, et comme » approuvée par le concile , l'opinion qui tient que les petits » enfants , comme les adultes , reçoivent dans le baptême la » grâce informante et les vertus (2). » 5. Les dispositions
la justice qui est répandue dans notre cœur, et qui est attachée à lui. Et il dit un peu plus loin, en résolvant l'objection : « Il faut aussi observer que » cette justice intérieure et inhérente, et ce changement de volonté, par le- » quel le pécheur de mauvais devient bon, peut avoir lieu de deux manières. » D'une manière, par l'infusion de quelque qualité surnaturelle dans l'âme; » Dieu peut encore l'opérer sans déverser dans l'àme de qualité permanente, » par le seul mouvement actuel du secours divin, secours qui, par sou efn- » cace , change l'esprit de l'homme , et de mauvais le rend bon. Mais Dieu » produit-il ce renouvellement intérieur par quelque qualité permanente et » infuse, ou plutôt par le seul mouvement actuel du secours divin? Le concile » de Trente ne le définit pas. » Cette question n'avait point, en effet, trait à ce qui était proposé dans le concile. Voy. aussi Vasquez, sur la 1, 2, dist. 187, c. 2; toute la longue diss. 203; diss. 210, c. 8; diss. 196, c. 3, n. 11 et suiv., n. 15; diss. 211, c. 7, n. 17; diss. 218, c. 3, n. 15; diss. 219, c. 1, n. 3 et 4; IIIe part., art. 2, sect. 3, n. 17. J'ai jugé à propos de faire ces observations, dans la crainte que ceux qui sont peu versés dans les matières théologiques, confondant les questions purement scholastiques avec les articles de foi, ne traitassent d'hérétique ou d'erronée la doctrine de ceux qui n'admettent aucune distinction entre la grâce habituelle et la grâce actuelle, ce qui certes n'est pas de foi. Au reste, comme l'opinion qui admet une distinction entre l'une et l'autre grâce est commune, et que maintenant elle est admise de tout le monde, nous l'admettons, et même elle nous paraît certaine et plus conforme à l'Ecriture, comme nous le démontrerons. Voy. Suarez , liv. VI, de l'Essence de la grâce ou de la justice habituelle, c. 8, 9. Quoiqu'il semble aller plus loin lorsqu'il pense qu'il est de foi que le baptême déverse l'état des vertus théologiques dans l'âme, et qu'il interprète les paroles du concile de Vienne des états des vertus morales. Au reste , Bellarmin dit lui-même, de la Justifie, liv. II, c. 15 : « La justice inhérente qui nous rend formellement » juste, est-elle la justice habituelle, ou la justice actuelle, ou l'une et l'autre?» Il est de cet avis au milieu de toutes les discussions des théologiens catholiques.
(1) Voy. Suarez, pass. cit.
(2) Voy. Âct. conc, Hard., t. VIII, col. 1359. Nous citerons le canon tout entier, pour mieux faire connaître la pensée du concile. Après avoir exposé la nécessité du baptême pour être sauvés, il poursuit : « Mais comme les » théologiens ne sont pas tous du même avis sur l'effet du baptême , qu'il » en est qui disent qu'il remet la coulpe aux petits enfants, mais qu'il ne » leur confère pas la grâce, et que les autres soutiennent, au contraire,