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CHAPITRE n

DE LA JUSTIFICATION DE l'iMPIE.

Tout ce qui concerne la justification de l'impie se rapporte ou à la nature de cette même justification, ou aux dispositions requises pour l'obtenir, ou enfin à ses propriétés. Nous diviserons en autant de parties cette question pour la traiter.

ARTICLE PREMIER

Essence ou nature de la justification.

Le mot de justification, qui vient du mot justice, ou de rendre juste, si on ne considère que le mot en lui-même, s'emploie de quatre manières dans les Ecritures; parfois, en effet, on le prend pour la loi, tel que Ps. 118, où on lit : ce Je » garderai vos justifications ; enseignez-moi à garder ou pra-

» qu'ils reçoivent dans le baptême la rémission de la coulpe, et qu'il répand 9 dans leur âme les vertus et la grâce formelle (informans) quant à l'état, 9 bien que pour le moment ils n'en aient pas l'usage; pour nous, tenant » compte de l'efficace générale de la mort de Jésus-Christ, qui est appliquée » par le baptême à tous ceux qui le reçoivent, nous tenons la seconde opi- » nion, qui dit, etc. » On voit par là que l'opinion de Suarez, que nous avons citée plus haut, paraît moins conforme à l'esprU du concile.

» tiquer vos justifications; » quelquefois on le prend pour l'acquisition de la justice, comme I Cor., VI, 11 : « C'est ce » que vous avez été autrefois; mais vous avez été lavés, vous » avez été sanctifiés, vous avez été justifiés; » quelquefois on le prend pour une augmentation de justice, comme Apoc, XXII, 1 1 : « Que celui qui est juste se justifie encore; » on le prend quelquefois enfin pour une déclaration publique et extérieure de justice, comme V. G. lorsque le juge déclare qu'un homme est innocent du crime dont on l'accusait; c'est dans ce sens qu'il est dit, Prov., XVII, 15 : « Celui qui justifie » l'impie, et celui qui condamne le juste, sont également » abominables devant Dieu (1). »

Mais Luther et Calvin prétendent, et leurs sectateurs à leur suite, que ce mot n'a ce dernier sens que toutes les fois qu'il est question de la justification du pécheur dans les Ecritures, d'après leur système, que nous avons exposé un peu plus haut; d'où ils concluent : 1. que les péchés ne sont pas réellement remis par la justification, mais seulement qu'ils ne sont pas imputés; 2. que la justification ne produit pas de renouvellement intérieur par la grâce , qui est inhérente à l'âme , ou qu'elle ne produit qu'une imputation extérieure de la justice du Christ ; ou même, comme le pensa Osiander, par ï'inhabitation de la justice essentielle de Dieu en nous, justice qui fait que Dieu est essentiellement juste (2). Les autres exposent cette même doctrine d'une autre manière; mais tous s'accordent à vouloir que la justice ou la cause formelle de la justification de l'homme lui soit extrinsèque, et que par conséquent elle ne soit pas inhérente à Famé, de manière que l'homme soit véritablement juste intrinsèquement (3).

« La justification, d'après l'enseignement des catholiques, » est la translation de l'état dans lequel l'homme naît enfant » du premier Adam , dans l'état de grâce et d'adoption des » enfants de Dieu par le second Adam, Jésus-Christ notre » Sauveur. » D'après cette définition, qui est celle du concile

(1) Voy. Bellarm., de la Justif., liv. I, c. 1.

(2) Osiander, Harmonie évangélique, a pensé que la grâce sanctifiante çst une substance, « parce que, dit-il, la grâce n'est autre chose que la justice » et la sainteté de Dieu lui-même, coustituant l'homme juste et saint, comme » la lumière du soleil n'est autre chose que la présence de ce même soleil » sur toute l'hémisphère. » Voy. Gotti, t. III, sur la 1, 2, q. 3, dout. 2.

(3) Voy. Bellarm., de la Justif., liv. Il, c. 1.

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de Trente (1), il est évident que la justification, dans le sens catholique, consiste dans un renouvellement intérieur de Famé par la grâce, qui lui est inhérente à cause des mérites de Jésus-Christ notre Sauveur. Le concile, en outre, exposant la cause formelle de notre justification, poursuit en ces termes : L'unique cause formelle , c'est la justice de Dieu , non pas celle qui le rend juste lui-même, mais celle par laquelle il nous rend justes, savoir, qui renouvelle notre âme lorsque nous la recevons; et non-seulement nous sommes réputés justes, mais c'est à juste titre qu'on nous qualifie de la sorte et que nous le sommes réellement (2). » Et un peu plus loin : « C'est, dit-il, ce qui a lieu dans cette justification de l'impie, lorsque, par les mérites de la très-sainte passion du même (Jésus-Christ), l'Esprit-Saint répand la charité de Dieu dans les cœurs de ceux qui sont justifiés, et qu'elle leur est inhérente; d'où il résulte que, dans la justification elle-même, avec la rémission des péchés, l'homme reçoit en même temps par infusion, par Jésus-Christ en qui elle réside, les choses suivantes : la foi, l'espérance et la charité (3). » Comme ces paroles établissent la doctrine véritable de la justice intrinsèque et inhérente, de même elles ruinent l'erreur fondamentale de nos adversaires relativement à la justice extrinsèque, d'où découlent les autres erreurs relatives à la justice formelle de Dieu demeurant en nous, ou de la justice de Jésus-Christ qui nous est imputée, ou de la seule rémission des péchés quant à la peine et extérieurement [modo forensi), et autres semblables (4).

Donc, comme dans cette question toute la difficulté porte sur ce que , d'après les hérétiques, la faute originelle demeure dans l'homme et sa postérité, c'est-à-dire l'amas des péchés actuels, qui n'en sont que la manifestation, et dont la peine seule est remise , pendant que la coulpe est déguisée , il s'ensuit que la justice ou la cause formelle de la justification est extrinsèque; pendant que, d'après les catholiques, et le péché originel, et les péchés actuels, qui viennent uniquement de la libre volonté de l'homme, sont réellement remis, non-seule-

(1) Sess., VI, c. 4.

(2) Ibid., c. 7.

(3) lbid.

(4) Voy. Bellarni., de la Justif., liv II, c. 2.

ment quant à la peine , mais même quant à la coulpe, par un renouvellement intérieur de l'homme , que produit la grâce sanctifiante déversée dans ce même homme, il s'ensuit évidemment qu'ici nous avons deux choses à faire :. il nous faut d'abord démontrer que les péchés sont réellement remis; ensuite, que la grâce par laquelle nous sommes justifiés est toutà-fait intrinsèque et inhérente à notre personne. Nous disons donc :

PREMIÈRE PROPOSITION

Dans la justification de l'impie, les péchés sont réellement remis et complètement effacés.

Cette proposition est de foi ; elle a été définie par le concile de Trente, can. 5, sess. VI : « Si quelqu'un dit que la grâce » de Jésus-Christ, qui est conférée par le baptême, n'efface » pas la faute [reatus) du péché originel, ou même soutient » qu'elle n'efface pas tout ce qui est la raison véritable et » propre du péché, et dit qu'il n'est que rayé ou qu'il n'est » pas imputé, qu'il soit anathème. » Et ce qu'on dit ici du péché originel, il faut aussi le dire des péchés actuels, puisque la raison est la même ; seulement , le concile de Trente ne fait ici mention que du péché originel , pour répondre à la pensée des novateurs.

Voici comment on prouve cette proposition par l'Ecriture : L'Ecriture enseigne que Dieu remet les péchés de manière qu'ils sont enlevés , qu'ils sont effacés , et que les hommes en sont complètement purifiés ; et qu'ils sont enlevés, ôtés, effacés d'une telle façon qu'il n'en reste plus rien, et que l'on dit de ceux qui sont justifiés qu'ils en sont lavés, purifiés, purgés, et qu'ils sont devenus brillants comme la lumière, qu'il ne leur reste plus aucune souillure. Donc, d'après l'Ecriture, les péchés sont remis, non-seulement quant à la peine, mais encore quant à la coulpe , de sorte qu'il n'en reste plus rien. Saint Jean dit en effet, de Jésus-Christ : « Yoici l'Agneau de » Dieu qui efface les péchés du monde, » Jean, I, 29 ; on lit au livre des Aetes, El, 19 : « Convertissez-vous, pour que vos » péchés soient effacés; » au liv. II, Rois, XII, 13 : « Le y> Seigneur a transporté votre péché, ou l'a remis. » On lit encore, Is., XLIV, 22 : « J'ai fait disparaître vos iniquités » comme une nuée, et vos péchés comme un nuage ; » de là David dit, Ps. 50 : « Vous me laverez, et je deviendrai plus

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30 blanc que la neige... créez en moi un cœur pur, ô mon » Dieu, et redressez mon esprit; » I Cor., VI, 11 : « Vous » êtes lavés, vous êtes sanctifiés, vous êtes justifiés ; » Hébr., I, 3, le même Apôtre écrit du Christ : « Purifiant des péchés; » ib., IX, 28 : « Le Christ s'est offert une fois pour effacer les » péchés de plusieurs; » Ephés., Y, 8 ; « Autrefois vous » étiez ténèbres, et maintenant vous êtes lumière dans le » Seigneur; » il atteste encore, ibid., 26, « que le Christ a » souffert, afin qu'en purifiant l'Eglise, il sanctifiât par les » eaux du baptême... pour que l'Eglise fût glorieuse à ses » yeux, qu'elle fut sans tache et sans souillure, et sans autre » chose de ce genre , mais qu'elle soit sainte et immaculée. » Il était assurément impossible d'exprimer plus formellement l'oblation parfaite de la faute, et la pureté et l'exemption de toute espèce de souillure qui en est résulté (1).

La tradition ne démontre pas d'une manière moins formelle cette vérité. Or, des nombreux témoignages des Pères qui appuient cette vérité, nous n'en citerons qu'un ou deux, pour ne pas être trop long. Saint Jean Chrysostôme dit : « Les » prêtres des Juifs ne purifiaient pas même la lèpre du corps, » leur ministère se bornait à attester qu'elle était purifiée... » Quant à ceux-ci (les nôtres), ils n'ont pas seulement reçu le » pouvoir d'attester que la lèpre du corps est guérie, mais » leur pouvoir s'étend encore, non-seulement à déclarer que » les souillures de l'âme sont guéries, mais même à les -» guérir entièrement (2). » Saint Augustin : « Nous disons » que, par le baptême, tous les péchés sont pardonnes, et qu'il » efface les crimes, ne les rayant pas seulement (3) . » C'est ce qu'il répète plusieurs fois ailleurs.

Enfin, on le prouve même par une raison théologique. Si, en effet, les péchés existaient encore après la justification, l'homme ne serait pas renouvelé intérieurement, et on ne pourrait pas dire des pécheurs que, par la grâce, ils sont passés de la mort à la vie, ou qu'ils sont ressuscites avec

(1) Voy. Bellarm., pass. cit., c. 7, où il observe, n. 8 : « L'Ecriture emploie » toutes les expressions imaginables pour exprimer la rémission des péchés, » au point que quand même quelqu'un chercherait à dessein des expressions » pour déclarer clairement que le péché est réellement effacé et détruit, il ne » pourrait pas en trouver que l'Ecriture n'ait pas employé déjà. »

(2) Du Sacerd., liv. III, n. 6.

(3) A Bonif., liv. I, c. 13, n. 26.

Jésus-Christ, et autres choses semblables. Or, ce sont des choses qu'affirment saint Jean, I ép., III, 14, et l'apôtre saint Paul, Rom., VI, 1. Donc :

Ce sont des choses si claires, que les derniers sectaires se sont appliqués de tout leur pouvoir à tempérer et adoucir les opinions de leurs maîtres, comme s'ils n'avaient voulu signifier que les péchés subsistent encore matériellement, en tant qu'il est toujours vrai qu'un tel homme viola autrefois la loi, mais qu'ils n'existent pas formellement quant au reatus de la coulpe ou de la peine (1). Mais il est positif que ceux qui interprètent ainsi l'opinion des anciens novateurs , ou n'ont pas complètement pénétré le sens de leur système, ou ont feint de ne l'avoir pas pénétré.

Objections,

I. Obj. 1 . Dans la justification de l'impie, les péchés sont seulement couverts, ou ils ne sont pas imputés à peine. 2. En effet, Ps. 31, il est dit : « Bienheureux ceux dont les iniquités » sont remises et dont les péchés sont couverts ; bienheureux » l'homme à qui le Seigneur n'a pas imputé son péché. » C'est donc une seule et même chose que les iniquités soient remises et couvertes, et qu'elles ne soient point imputées. 3. Comme on le lit encore, Prov., X, 12 : « La charité couvre tous les » péchés. » 4. Toutes ces choses-là sont confirmées par l'Apôtre, qui non-seulement, Rom., IV, 7, rapporte les paroles du Ps. 31, citées un peu plus haut, mais qui explique en outre, II Cor., V, 19, de quelle manière Dieu remet les péchés, disant : « Dieu était en Jésus-Christ, se réconciliant le » monde, et ne leur imputant pas leurs péchés. » Donc, Dieu

(1) C'est ainsi que l'abbé Moian rexpiique, Pensées privées; Bossuet, t. I, Œuvres posth., éd. Liège, 1767, p. 56 et suiv., où, après avoir expliqué la distinction entre 1 acte matériel qui passe et ce qu'on appelle le péché formel, il conclut : « Nous avons établi que les péchés tant actuels que habituels, » quant au formel ou quant au reatus de la coulpe et de la peine, étaient » véritablement et totalement effacés dans la justification par la rémission, la

» condonation et la non imputation Quant à ce que quelques théologiens

» protestants ont dit, que dans la justification le péché n'était point effacé, » mais qu'il demeurait, ils l'entendent du péché d'origine et spécialement de » la concupiscence mauvaise, qui demeure, prétendeDt-ils , dans ceux qui » sont nés de nouveaux, non pas quant au formel, mais quant au matériel, » savoir, quant à la propension habituelle au mal , toutefois sans en être » maître. » Mais telle n'est pas la doctrine des protestants, comme le prouvent les passages que nous avons cités, et une foule d'autres que nous pourrions encore citer.

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remet les péchés , non pas en les effaçant, mais bien en ne les imputant pas. 5. Certes, que telle ait été la pensée de l'Apôtre, c'est ce que prouve mieux encore ce qu'il écrit, Rom., VII, 17 : « Ce n'est pas moi qui fais cela, c'est le péché qui demeure en » moi. » Donc le péché existe encore dans ceux qui sont justifiés, et par conséquent il n'est pas effacé.

Rép. 1. D. Dieu couvre les péchés de manière qu'ils n'existent plus, C. de manière qu'ils existent encore, N. Et encore : Ils ne sont point imputés par la condonation, C. par la non imputation, N. Car lorsqu'on rapporte à Dieu ces expressions figurées, elles ne peuvent pas avoir d'autre sens; parce que si les péchés subsistaient encore réellement dans l'âme du pécheur quant à la faute de la coulpe, on ne pourrait pas dire qu'ils sont couverts devant Dieu, ni qu'ils ne sont pas imputés.

Rép. 2, ou à la prem. preuve, N. Car voici comment saint Augustin explique ce texte : ce Les péchés sont couverts, ils

» sont abolis, ils sont voilés Et gardez-vous d'entendre

» par ces mots : Ils sont cachés, qu'ils existent et qu'ils vivent » encore (1). » Or, que ce soit bien là le sens de ces paroles, c'est ce que prouve, soit le contexte, soit les autres passages que nous avons cités ; c'est même ce que demande la nature de la chose dont il est question ; car si les péchés subsistaient encore réellement, comment seraient-ils couverts aux yeux de Dieu, devant qui tout est à nu et à découvert (2).

Rép. 3, ou à la 2e preuve, D. La charité couvre, c'est-àdire éteint tous les péchés, comme saint Augustin interprète encore ce passage des Proverbes, C. elle les couvre comme un voile et une couverture, N. (3) .

Rép. 4. N. L'Apôtre, dans l'ép. Rom., pass. cit., ne rap-

(1) ExpL 2, sur le Ps. 31, n. 9.

(2) Voy. Bellarm., de la Just., liv. II, c. 9. Il se trouve à peine aujourd'hui quelques protestants qui soutiennent encore que ce n'est pas là le sens des paroles qu'on nous objecte, Il nous suffira de citer l'interprétation de Georges Rosenmuller, qui écrit ce qui suit, ch. 4, sur l'ép. aux Rorn., v. 6 : « C'est » une nouvelle formule qui semble être employée pour absoudre quelqu'un. » Car dans le Ps. 31, il est question de la rémission des péchés. Et dans le v. 7 il poursuit : « Ils sont heureux (dit David) ceux dont les péchés sont » condonés, dont les iniquités sent détruites, sont proprement couvertes, » c'est-à-dire sont entièrement remises et livrées à l'oubli. » Les expressions employées indiquent la rémission totale, Hébr., VIII, 12, X, 17. Ainsi dans Cicéron, pro Cœlio, on rappelle les vices objectés à de nombreuses vertus.

(3) Traité 1, sur la I saint Jean, n. 6.

porte les paroles du Ps. 31 que pour montrer que la justification est pleinement gratuite, et non pas pour en donner une notion absolue et adéquate, et bien moins encore pour enseigner, comme le pensent nos adversaires, que la rémission des péchés consiste dans la non imputation, et non dans une ablation complète. Ceci, d'ailleurs, ne se rapportait pas au but ïu'il se proposait d'atteindre, et était en outre opposé à ce qu'il avait enseigné ailleurs.

Le sens des paroles tirées de l'ép. aux Cor., d'après saint Jean Chrysostôme, les autres Pères grecs et l'interprète syriaque, est celui-ci : Dieu était dans le Christ, se réconciliant le monde, remettant gratuitement leurs péchés et les condonant par les mérites de Jésus-Christ, ou en vue de sa passion. C'est aussi le sens que leur donnent les Pères latins (1) .

Rép. 5. D. Le péché improprement, ou la concupiscence, C. le péché formel ou proprement dit, N. La raison pour laquelle l'Apôtre appelle péché la concupiscence, c'est parce que, comme le déclare le concile de Trente , « elle vient du péché, » et qu'elle incline au péché; » autrement, le même Apôtre n'aurait pas dit un peu auparavant : « Il n'y a maintenant » rien de damnable dans ceux qui sont en Jésus-Christ. »

IL Obj. 1. Le mot justifier s'emploie, dans les Ecritures, selon les formes judiciaires, de sorte qu'il signifie la même chose que prononcer que quelqu'un est juste, et non rendre juste; ainsi il est dit, Rom., VIII, 33 : « Qui osera accuser les » élus de Dieu? C'est Dieu qui justifie, qui est-ce qui con- » damnera? » et ailleurs. 3. C'est aussi ce que prouve l'usaga que les écrivains profanes font de ce mot, car ils ne l'emploient jamais que dans ce sens (2). Mais à quoi bon insister sur le mot, quand les Ecritures prouvent la chose elle-même; 4. puisqu'elles n'emploient, pour signifier l'œuvre complète de la justification, que des expressions empruntées aux formes judiciaires; ainsi, nous voyons le mot jugement , Ps. 145, 7; le mot juges, saint Jean, V, 17 ; le mot tribunal, Rom., XIV, 10; accusé, Rom., III, 19; accusateur, saint Jean, V, 45; témoins, Rom., II, 15; actes du procès, Coll., II, 14 ; avocat, I saint Jean, II, 1 ; sentence, Ps. 32, 1 ; exécution, Luc, XVI, 22, etc. Donc, comme toutes les formes judiciaires se ren-

(1) Voy. Bellarm., pass. cit., et Bernard, de Pecquigny, sur ce passage.

(2) Tel Kemnitius, cité par Bell., pass. cit.

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