‹ Théologie dogmatiqueChapitre 51 sur 69 · CIIAP. II. DE LA JUSTIFICATION DE L IMPIE. G · texte numérisé non relu

CIIAP. II. DE LA JUSTIFICATION DE L IMPIE. G

cité de la prière, qui procède de la confiance que Ton a dans la toute-puissance et la bonté de Jésus-Christ. L'Apôtre, A et., XIII, annonce que les péchés sont remis à ceux qui croient à Jésus-Christ et qui donnent d'une manière inébranlable leur assentiment à tout ce qu'il a enseigné. De là, celui qui croit en Jésus-Christ, et qui fait ce qu'il a prescrit de faire pour obtenir la rémission des péchés, est certainement justifié. Pour ce qui est des Ephésiens, il leur écrit qu'il faut mettre toute notre confiance et notre espoir dans les mérites de Jésus-Christ , ce dont personne ne disconvient. C'est pourquoi, Hébr., XI, il appelle la foi le fondement des choses qu'il faut attendre, parce que la foi par laquelle nous croyons en Dieu est le fondement de l'espérance ; car il ajoute : « La conviction des choses que l'on » ne voit pas. » Aussi poursuit-il : « C'est la foi qui nous » apprend que le monde est l'œuvre de la parole de Dieu... » Car il faut que celui qui vient à Dieu croie que c'est lui qui » récompense ceux qui le cherchent; » et tout ce qui suit, où il exalte la foi par laquelle les patriarches et les autres justes crurent fermement à la toute-puissance, à la fidélité et à la véracité de Dieu; mais il n'exalte nulle part la confiance qu'il faut avoir que ses péchés ont été pardonnes par l'appréhension de la justice (1). Telle est la manière d'interpréter les autres passages que Ton objecte, et qui ne souffrent pas d'autre explication.

On voit aussi par là ce qu'il faut répondre à ce qu'ils objectaient en dernier lieu concernant la promesse et l'acceptation ; si en effet la promesse est absolue, il ne faut rien de plus qu'une acceptation pure et simple; mais si elle est conditionnelle, il ne suffit pas de l'acceptation, il faut encore poser la condition. Mais dans le cas présent, les conditions, ce sont les dispositions que l'on requiert d'abord de nous. « Vous » le trouverez, pourvu que vous le cherchiez de tout votre » cœur, » est-il écrit, Deut., IV, 29, et Act., II, 32 : « Faites » pénitence, et que chacun de vous soit baptisé, etc. (2). »

article m.

Propriétés de la justification.

Les novateurs, partant du principe que la foi instrumentale, comme ils l'appellent, n'est qu'objective et extérieure, et

(1) Voy. Bellarm., pass. cit., c. 2, n. 4 et suiv.

(2) Voy. Bécan, Manuel de controv., liv. I, c. 16, quest. 4*

qu'elle ne produit aucune relation intérieure entre l'homme tombé et la miséricorde de Dieu et ses promesses que le fidèle saisit, en déduisent trois corollaires qui constituent trois propriétés de cette justification que la foi a produite. Et d'abord, ils disent que cette justification est certaine, d'une certitude de foi, de sorte que chacun est tenu de croire qu'il est cher et agréable à Dieu par la justice imputative du Christ ou de Dieu (1). Ils concluent, secondement, que cette justification est égale dans tous les hommes, puisqu'elle est la justice même du Christ ou de Dieu saisie par la foi et imputée. Ils concluent, troisièmement, que cette justification est inamissible, à moins que l'on ne perde la foi elle-même, d'après les luthériens , qui sont peu d'accord avec eux-mêmes, ou absolument inamissible, d'après les réformés ou calvinistes.

Mais pour mieux connaître le rapport de ces propriétés de la justification avec les autres parties de leur système tout entier, il faut se rappeler que Dieu seul opère la justification dans l'homme d'une manière active, pendant que celui-ci est purement passif. Or, comme Dieu seul a commencé de justifier l'homme en lui donnant la foi qui saisit la miséricorde ou la justice imputative du Christ, Dieu lui-même continue de croire, d'espérer, etc., dans l'homme justifié comme principe extrinsèque (2). Mais comme cette justice du Christ, saisie ou imputative, n'efface ni ne détruit dans l'homme le péché originel avec ses manifestations ou les péchés actuels, le péché originel continue de se manifester, de même que la justice imputative qui est communiquée à l'homme se manifeste aussi par des signes extérieurs, par la foi, l'espérance, la charité, les bonnes œuvres. Ce qui fait que ces deux espèces de manifestations ont lieu en même temps dans un seul et même homme justifié, savoir, les plus grands crimes avec la plus haute sainteté; les crimes qui sont l'œuvre de l'homme et qui, pourtant, ne lui sont pas imputés à peine par la foi qui persiste, et la sainteté qui naît de la foi dans l'homme justifié.

(1) Tel ça et là Calvin, tout le c. 2 du liv. III des Instit., où il écrit entre autres choses ce qui suit, p. 145, § 16 : « En somme, il n'y a de vrai fidèle d que celui qui est fermement persuadé que Dieu lui est propice et qu'il lui » est un père bienveillant, qui se promet tout de sa bienveillante bonté , et » qui, appuyé sur la bienveillance divine à son égard, attend sans hésitation » le salut. » Il dit encore, ibid. : « Il n'y a de fidèle que celui qui, appuyé » sur la certitude qu'il a d'être sauvé , insulte au diable et à la mort. »

(2) Voy. Moehler, ouv. cit., t. I, p. 171 et suiv.

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D était donc, en conséquence, tout naturel d'en conclure l'excellence, l'égalité, Tinamissibilité de la justice, parce que la sainteté et la justice appartiennent immédiatement au Christ; et c'est là la raison pour laquelle les protestants se comparent parfois non-seulement à quelque saint que ce soit, mais encore à la sainte Vierge et au Christ lui-même (1). Il était donc naturel aussi pour eux de conclure que les plus grands crimes ne nuisent point à la sainteté (2) , puisqu'ils ne peuvent nuire ni à la sainteté, ni à la justice du Christ. De là découle encore cette sécurité, cette allégresse dont les protestants se réjouissent au milieu des fornications, des adultères, des homicides et autres semblables péchés, pourvu qu'ils persistent à croire d'après Luther, ou pour qu'ils soient élus d'après Calvin.

Pour réduire en poudre ces détestables propriétés de la justification, qui sont un principe de ruine pour toute honnêteté morale, nous leur opposerons donc les propositions suivantes.

(1) Luther, serm. sur la Nativité de la bienheureuse vierge Marie. « Nous » tous, chrétiens, dit-il, nous sommes aussi grands que la mère de Dieu, nous » sommes aussi saints qu'elle. »

(2) C'est ce sur quoi Luther revient souvent; car dans le liv. de la Captivité de Bàbylone, t. II, p. 284, il dit : « Vous voyez par là combien le chrétien » est riche; quels que soient ses péchés, il ne peut pas perdre le salut, à » moins qu'il ne veuille pas croire. Il n'est pas de péché qui puisse le damner, » si ce n'est l'incrédulité. Quant à tous les autres, s'il recouvre la foi ou s'il » la conserve en vertu de la promesse faite à celui qui est baptisé, cette » même foi les absorbe da^.o un clin d'œil. » C'est du même principe que découle ce que ce même Luther écrivait, en 1521, à Mélanchthon : « Si vous » prêchez la grâce, prêchez non pas une grâce imaginaire, mais bien la » véritable grâce ; si c'est la véritable grâce, parlez du péché véritable et non » du péché imaginaire ; Dieu ne sauve pas les pécheurs d'une manière iinagi- » naire.

» Soyez pécheur et péchez hardiment, mais croyez et réjouissez-vous plus » fortement en Jésus-Christ , qui est le vainqueur du péché , de la mort et du » monde; nous pouvons pécher pendant que nous sommes ici-bas. Cette vie » n'est point le séjour de la justice ; mais nous attendons, dit Pierre, de nou- » veaux cieux et une terre nouvelle, séjour de la justice.

» Il nous suffit d'avoir reconnu, en vertu des richesses de la gloire de Dieu, » l'Agneau qui efface les péchés du monde ; le péché ne nous en séparera pas, » quand même nous le commettrions mille et mille fois le jour en forniquant » ou en tuant. Pensez-vous que la rédemption qu'un si grand et un tel Agneau » a opérée pour nos péchés ait si peu de valeur? » C'est par ces moyens que Luther cherchait à calmer les remords et les angoisses de sa conscience. Car, et le jour et la nuit, il se ployait aux exigences de ses vices. De là ce proverbe reçu parmi les premiers protestants qui voulaient passer le jour dans le crime : Hodie lutheranice vivamus (vivons aujourd'hui comme Luther). Voy. Moehler, ouv. cit., p. 105 et suiv. Ils portaient pourtant l'audace jusqu'à se comparer ou même à s'égaler au Christ en sainteté î

PREMIÈRE PROPOSITION

Personne, à moins d'une révélation spéciale, ne peut être certain d'une certitude de foi qu'il est justifié, et par suite il nest pas tenu de woire, comme une chose de foi, qu'il est justifié.

Cette proposition comprend deux parties, dont la première est certaine contre Ambroise Catharin, qui enseigne que quelqu'un peut être certain d'une certitude de foi divine, mais non catholique (1), qu'il est justifié; cet auteur nie néanmoins que l'homme soit justifié par cette foi, et il s'écarte en cela des novateurs. La seconde partie est dogmatique ou de foi contre les erreurs de Luther et de Calvin, que nous avons énumérées. Nous avons dit que la première partie de notre proposition était certaine , non-seulement parce que les théologiens l'admettent unanimement, mais encore parce que le concile de Trente le déclare ouvertement, sess. VI, c. 9, dans les termes suivants : « Comme aucun homme pieux ne doit douter de la » miséricorde de Dieu, des mérites de Jésus-Christ, de la vertu » et de l'efficacité des sacrements, de même, quand chacun se » considère lui-même, qu'il considère sa faiblesse, son peu de » dispositions, il peut craindre et trembler pour sa grâce, » puisque personne ne peut savoir, d'une certitude de foi et » infaillible, que Dieu lui a conféré sa grâce. » Il redit la même chose, c. 1 6 (2) .

Nous avons dit que l'autre partie était de foi ; le même corcile a en effet condamné l'erreur des novateurs dans les canons suivants, ibid., can. 13 : c< Si quelqu'un dit que tout homme » doit nécessairement, pour obtenir la rémission de ses » péchés, croire d'une manière certaine et sans hésiter, malgré » sa faiblesse et son manque de dispositions, que ses péchés » lui sont remis, qu'il soit anathème; » et can. 14 : « Si » quelqu'un dit que l'homme est absous de ses péchés et jus-

(1) Ambroise Gatharin établit cette différence entre la foi catholique et la foi divine, que celle-ci est proposée à l'Eglise universelle, pendant qu'il n'en est pas de même de celle-là, puisqu'elle est propre à chacun en particulier. Mais il s'est trompé en pensant que la foi divine pouvait être fausse, pendant qu'il n'en est pas ainsi de la foi catholique. Mais que serait-ce qu'une foi divine de ce genre ? Voy. ce que Bellarmin écrit contre cette distinction, de la Justifie, liv. III, c. 3, §§ Il et suiv.

(2) Voy. Bellarm., ibid., c. 4.

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» tifié, parce qu'il croit d'une manière certaine qu'il est absous *> et justifié, ou que personne n'est réellement justifié, à moins » qu'il ne croie qu'il est justifié et que c'est par cette seule foi » que l'absolution et la justification sont complétées, qu'il soit » anathème. »

Quand nous disons néanmoins que l'on ne peut pas être certain, d'une certitude de foi divine ou catholique, que l'on est justifié, nous n'excluons pas pour cela la certitude morale, ou, pour parler plus exactement, la certitude conjecturale, qui s'appuie sur le bon témoignage de la conscience, d'où découle la paix et la tranquillité de conscience dont jouissent les justes.

Mais pour en venir enfin à prouver la vérité de notre proposition , comme la seconde partie dépend de la première comme de son principe et de son fondement, nous les établirons l'une et l'autre au moyen de l'argument suivant : Personne n'est tenu de croire d'une foi divine qu'il est justifié, si personne ne peut être certain d'une foi divine, sans une révélation spéciale, qu'il est justifié. Mais personne, sans une révélation spéciale, ne peut être certain de sa justification ; voici d'abord comme nous le prouvons par les Ecritures :

Il est dit dans l'Ecclés., IX, 1 : « Ils sont justes et sages, et » leurs œuvres sont entre les mains de Dieu, et cependant » l'homme ignore s'il est digne d'amour ou de haine, mais il » reste incertain pour l'avenir. » Prov., XX, 9, le Sage fait cette question : «. Quel est celui qui peut dire : Mon cœur est » pur, je suis exempt de péché? » Aussi l'Apôtre dit-il formellement de lui-même, I Cor., IV : ce Ma conscience ne » me reproche rien, mais je ne suis pas justifié pour cela; » mais celui qui méjuge, c'est le Seigneur. » Donc :

Les Pères sont unanimes à confirmer cette vérité ; Bellarmin a recueilli leurs témoignages sur ce point (1). Pour nous, nous ne citerons que saint Augustin, nos adversaires ne semblant estimer que lui seul. Or, voici ce qu'écrit le saint docteur (expliquant les paroles suivantes du Ps. 41 : « Mon âme a été » troublée en moi-même) : « Je sais que la justice de mon » Dieu demeure ; la mienne demeure-t-elle , c'est ce que » j'ignore (2). » Et dans le liv. Deperfect. just. : « De quelque » justice que soit doué l'homme, dit-il, il doit penser qu'il

(1) Voy. Bellarm., ibid,, c. 7.

» peut y avoir en lui quelque chose de répréhensible qu'il ne » voit pas (1). )> C'est ce qu'il répète souvent ailleurs. Tel est, en outre, le sentiment de tous les saints , qui plus ils avancent dans la perfection et la sainteté, plus ils craignent et plus ils s'humilient de l'imperfection de leur propre conscience, comme on peut le voir dans les histoires de leur vie.

C'est aussi ce que prouve la raison. Personne, en effet, ne peut croire, et à plus forte raison n'est tenu de croire que ce que Dieu a révélé ; or, il n'a été révélé à personne que tel ou tel en particulier possédait les dispositions nécessaires pour être justifié, ou qu'il a été justifié. Donc, quant à l'erreur des hérétiques, elle vient de ce qu'ils enseignent en vain que l'œuvre de la justification est l'œuvre de Dieu seul, sans que l'homme y coopère ; doctrine que nous avons précédemment réfutée. Mais même dans cette hypothèse erronée, qui, sans une révélation, pourra connaître d'une manière certaine qu'il a reçu la foi instrumentale pour percevoir la justice du Christ ou de Dieu ? Les protestants eux-mêmes n'exigent-ils pas les œuvres comme signes de la justification acquise? Or, il n'y a rien de plus incertain que cela, puisque les hommes sont souvent ou sujets à l'illusion, ou qu'ils agissent en vertu d'un principe naturel. Donc :

Objections.

I. Obj. Le texte de l'Ecclés. ne prouve pas que notre justice soit incertaine. 1. Car si on le prend à la lettre, voici quelle en est la teneur : Et amorem et odium non sciens homo, omnia ante eos (2), « l'homme ne sachant ni l'amour, ni la » haine, toutes choses avant eux. » 2. Ces choses prouvent, il est vrai, que l'homme ne peut pas connaître qu'il est agréable à Dieu par les événements extérieurs, parce que toute espèce de choses arrivent également au juste et à l'impie, comme le dit aussitôt après l'Ecclésiaste ; 3. autrement le pécheur ne pourrait pas savoir non plus qu'il est digne de haine. Donc :

Rép. N. Antéc. Quant à la première preuve, je réponds que le texte hébreu ne nuit point à notre interprétation, puisqu'il s'agit de l'amour ou de la haine devant Dieu. Au reste, la version de la Vulgate, qui est celle de saint Jérôme, et qui,

(2) On peut cou.sttlA&s J-'hébreu à ce sujet.

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par conséquent, est fort ancienne, rapporte élégamment et fidèlement en même temps le sens de î'Ecclésiaste (1). Les paroles qui viennent immédiatement après 2. ne sont point un obstacle non plus; car si Salomon parlait seulement de la connaissance qui résulte des événements extérieurs, et non pas d'une manière absolue, il n'eût pas ajouté : « Toutes choses » devant eux, » ou : « Tout demeure incertain pour l'avenir, » puisque l'homme pourrait se procurer cette connaissance, même présentement, par ses affections internes. 3. Ce qu'il ajoute en dernier lieu ne nuit point à notre assertion non plus, puisque I'Ecclésiaste parle des seuls justes (2).

II. Obj. Non-seulement l'apôtre saint Paul établit en divers endroits la certitude en question, mais il la pose même comme un principe. Car il dit, Rom., VIII, 38 : « Je suis certain que » ni la mort, ni la vie... ni aucune autre créature ne pourra » nous séparer de la charité de Dieu, qui est en Notre-Seigneur » Jésus-Christ. » 2. Il en assigne la raison, ibid., v. 16, disant : « L'Esprit lui-même a rendu témoignage à notre » esprit que nous sommes les enfants de Dieu; » mais le témoignage du Saint-Esprit est certain et infaillible. 3. C'est pourquoi, appuyé sur ce principe, il provoquait dans les termes suivants les fidèles, II Cor., XIII, 5 : « Sondez- vous » vous-mêmes pour savoir si vous êtes dans la foi; éprouvez- » vous vous-mêmes. Ne connaissez- vous pas vous-mêmes que » Jésus-Christ est en vous? à moins que par hasard vous ne » soyez déchus de ce que vous étiez. )> 4. Il dit encore, I Cor., II, 12 : « Nous avons reçu, dit- il, l'Esprit qui vient de Dieu, » pour savoir les dons que Dieu nous a faits. » Mais à quoi bon cela s'il n'avait pas eu une certitude positive de ce genre? 5. Il affirme en outre hardiment de lui-même, II Cor., I, 12 : « Voilà quelle est notre gloire, c'est le témoignage de notre » conscience. » 6. Saint Jean est du même sentiment que Paul, lui qui dit, I ép., V, 13 : « Je vous écris ceci pour que vous » sachiez que vous avez la vie éternelle, vous qui croyez au » nom du Fils de Dieu. » Nous pouvons donc connaître d'une manière aussi certaine que le Christ est en nous, que nous sommes certains de notre foi; or, nous pouvons avoir une certitude absolue de notre foi. Aussi poursuit -il, ibid., 19 :

(1) Toutes les anciennes versions, grecque, syriaque, arabe, etc., ont le même sens, comme on peut le voir dans les Bibles polyglotes de Walton.

(2) Voy. Beliarm., pass. cit.

« Nous savons que nous venons de Dieu; » et c. 3, 14 : « Nous savons que nous avons été transportés de la mort à la » vie, parce que nous aimons nos frères; » et Apoc, II, 17 : « Je donnerai au vainqueur un pain caché. . . que personne ne » connaît, si ce nvest celui qui le reçoit. » Donc :

Bép. N. Antéc. Quant à la première preuve, D. Je suis certain, c'est-à-dire enrichi de la charité de Dieu et de ses bienfaits, et appuyé sur lui ; j'ai confiance que ni l'adversité, ni la prospérité, ni aucune créature, soit au ciel, soit sur la terre, ne me séparera de la charité de Dieu, C. je suis sûr parce que j'ai été justifié, N. Ce sens est tout-à-fait opposé à la pensée de l'Apôtre, de même que contraire à toutes les règles de l'exégèse. Car l'apôtre saint Paul, ici, après avoir rappelé soit la charité immense de Jésus -Christ pour les hommes, soit les bienfaits dont Jésus-Christ les a comblés, emporté comme par un mouvement divin, s'écrie, appuyé du secours divin, qu'il est certain ou qu'il a la persuasion qu'il n'est rien qui puisse le séparer de l'amour de Dieu, presque dans le même sens que le Psalmiste avait déjà dit : « J'ai dit » dans mon abondance : Je serai inébranlable pendant Féter- » nité (1). » On voit par là qu'il exalte sa confiance en Dieu pour l'avenir, en s'appuyant sur ce qui a déjà eu lieu (2). Sur quoi donc les protestants appuient-ils leur certitude et leur confiance pour la justification qu'ils ont déjà acquise?

(1) Ps. 29, 7.

(2) Voy. Bernard, de Pecquigny, sur le pass. cit. Mais il nous semble qu'il vaut mieux de confirmer cette interprétation par l'autorité d'un protestant rationaliste. Voici donc ce qu'écrit, sur le verset 35 de ce chapitre, G. Rosenmuller : « L'expression grecque [agape tou Christou) peut signifier l'amour » par lequel le Christ nous étreint, ou aussi l'amour que nous avons pour lui. » Il est plusieurs interprètes qui préfèrent la première signification, parce » qu'il est question des bienfaits de Dieu envers les fidèles, et de leur félicité. » Le sens sera donc alors : Qui pourra nous priver de l'amour que le Christ » a pour nous? ou nous priver de la bienveillance et de l'amour du Christ? » De quelque adversité que nous soyons frappés, nous aurons toujours la » persuasion intime que le Christ nous aime. Si ces mêmes paroles expriment » la piété envers le Christ, le sens dès lors sera : Qui brisera, effacera notre » amour pour le Christ? Qui nous poussera à abandonner la religion et h » déchoir de ce grand amour de Dieu et du Christ? Cette interprétation » semble préférable. Car l'Apôtre ne dit pas : Qui ôtera au Christ l'amour » qu'il a pour nous? mais bien : Qui nous enlèvera l'amour que nous avons » pour le Christ? Après tant et de si grands bienfaits, nous devons constamment » l'aimer. » Enfin il conclut, v. 39, d'après le sens de l'Apôtre : « Rien donc » dans la nature des choses ne pourra nous enlever l'amour que nous avons » pour Dieu à cause de Notre-Seigneur Jésus-Christ, amour qui découle des » bienfaits que Dieu nous accorde à cause et par Jésus-Christ et de sa doctrine. »

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Rép. 2. D. Le témoignage de l'Esprit-Saint est certain et infaillible en soi, C. par rapport à nous, N. Car, en tant qu'il nous est manifesté, il n'est certain que d'une manière conjecturale et moralement, en tant que nous ne sommes pas certains si les affections que nous éprouvons viennent du Saint-Esprit ou de l'esprit de ténèbres , qui se transforme parfois en ange de lumière (1).

Rép. 3. D. De sorte que cette tentation et cette épreuve aient pour objet la foi qui opère les miracles, C. la foi théologique, ou N. ou je subdist., formée par la charité et dans l'assemblée même des fidèles, C. la foi seule prise dans chaque fidèle en particulier, N. Car, comme on le voit par le contexte, le but de l'Apôtre était de prouver par le don des miracles, qui était commun alors dans les églises, que le Christ était avec ceux auxquels il avait prêché ; d'où il conclut qu'il est le véritable apôtre de Jésus-Christ. Cette explication est aussi celle de saint Jean Chrysostôme (2). Il n'y a donc rien là de commun avec la foi des protestants.

Rép» 4. D. Pour que nous sachions les dons que Dieu nous a faits, c'est-à-dire les bienfaits que les mystères de Jésus- Christ ont conférés au genre humain tout entier et à l'Eglise, C. qui ont été conférés à chaque individu en particulier, par cette foi spéciale qu'établissent nos adversaires, N» L'ensemble du passage emporte encore ce sens (3).

Rép. 5. D. Parce qu'il a rempli sincèrement son ministère, C. parce qu'il est certain de sa justification, dont il n'est point ici question, N.

Rép. 6. D. Min. Nous pouvons avoir la certitude absolue de notre foi théorique ou spéculative, C. pratique, ou de celle qui vivifie et agit par la charité, N.

Quant aux deux autres textes, ils concernent l'ensemble des fidèles, et non chaque individu pris à part, non plus que sans la condition posée de l'amour.

(1) Le même auteur donne au v. 16 le sens suivant : « Ce sens lui-même et » cet esprit convainquent notre esprit que nous sommes les enfants de Dieu. » Cet esprit et cette manière de penser et d'agir, qui est plus large, fait que » nous ne nous guidons plus sur la crainte, mais bien d'après l'amour de » Dieu et la confiance entière que nous avons de bien agir, ce qui nous sert » en quelque sorte de preuve que nous sommes les enfants de Dieu. » Eu admettant cette explication l'objection tombe»

(2) Voy. Bernard, de Pecquigny, sur ce pass.

(3) Voy., pour les passages cités, le même commentateur.

Enfin, quant au texte de l'Apocalypse, il parle d'une certaine suavité interne de l'esprit , dont nous avons parlé dans notre réponse à la deuxième objection.

III. Obj. Les Pères, tant grecs que latins, affirment unanimement , 1 . que l'âme est certaine que ses péchés lui ont été remis , comme le disent saint Basile et saint Grégoire de Nazianze; 2. que le témoignage du Saint-Esprit ne nous laisse pas lieu de douter que nous sommes les enfants de Dieu, comme le disent saint Jean Chrysostôme et saint Cyrille d'Alexandrie; 3. que nous devons être sans anxiété comme sans soucis , ainsi que le disent saint Cyprien et saint Hilaire ; 4. que celui qui s'attache à Jésus-Christ, et qui est spirituel, est certain de son salut, tel que le disent saint Ambroise et saint Jérôme (1). 5. Ils nous exhortent à rendre grâces à Dieu pour la justification dont nous avons été gratifiés, tel que saint Augustin (passim), qui enseigne en outre que nous ne disons pas : « Pardonnez-nous nos péchés, que nous croyons » nous avoir été remis dans le baptême, à moins que nous ne » doutions de la foi elle-même (2). » Le saint docteur, par ces paroles, nous insinue que nous acquérons la certitude de notre justification par l'efficacité des sacrements, qui en sont comme autant de gages et comme les cachets. 6. C'est enfin ce qu'insinue aussi la raison; car, autrement, nous serions dans une anxiété et une incertitude perpétuelle, bien pourtant que l'Apôtre dise : « Etant donc justifiés par la foi, ayons la paix avec Dieu (3) . » Donc :

Rép. N. Puisqu' aucun des Pères cités ne parle de la certitude de foi qu'établissent les novateurs, et Catharin avec eux, mais bien seulement de la certitude morale , ou qui repose sur des conjectures , telle que peut la prouver le témoignage de la propre conscience, ou la vertu de l'espérance chrétienne, qui repose sur le fondement certain et inébranlable des promesses de Dieu, pourvu que nous fassions ce qui dépend de nous. Nous répondons comme il suit à chaque difficulé :

Rép. 1. D. Du côté de Dieu, C. de notre côté, je subdist.,

(1) Saint Ambroise, Sacrements, 1. V, c. % serm. 5; saint Jérôme, Comment. eur le c. 6 de l'ép. aux Galat.

(2) Traité sur le Ps. 88, et serm. 28, sur les paroles du Seigneur; traité ii, sur saint Jean, etc. Voy. ces textes de saint Augustin et des autres Père? dans Bellarm., de la Justifie, 1. III, c. 10.

(3) Rom., V, 1.

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notre âme est certaine d'une certitude conjecturale et morale, C. d'une certitude de foi, N. Us ne disent pas un mot en effet de celle-ci , ils ne parlent que de celle qui découle de l'affection que nous avons pour Dieu et de la haine du péché, c'està-dire que ces Pères ne s'expriment ainsi qu'en supposant que, de notre côté, nous avons rempli les conditions voulues.

Rép. 2. D. Généralement, C. en particulier, je subdist., la condition qu'ils supposent et qu'ils exigent remplie , C. absolument, N.

Rép. 3. D. Pour ce qui dépend des promesses de Dieu, C. pour ce qui nous concerne, je subdist., en vertu d'une certaine certitude expérimentale et fondée sur des conjectures, C, complète et absolue, N. Le but de saint Cyprien est en effet ici de rendre tous les fidèles également aptes à tout supporter courageusement pour Dieu, et à mépriser une trop grande crainte d« la mort. Quant à saint Hilaire, il parle de la foi à la résurrection des corps, qui doit être réellement certaine.

Rép. 4. D. S'ils sont certains d'une certitude de foi qu'ils sont unis à Dieu par la charité véritable, et qu'ils sont spirituels, C. autrement, N. Ceci va de soi.

Rép. 5. D. Que nous avons la confiance de l'avoir acquise, quand nous avons mis la diligence voulue à poser les conditions nécessairement requises, C. que nous savons, d'une certitude de foi, l'avoir acquise, N. Saint Augustin, dans le passage cité , s'adresse en effet aux néophytes ; appuyés sur ce qu'on appelle la présomption qu'ils ont apporté toutes les conditions requises pour recevoir avec fruit le baptême, il leur suggère, avec plus de certitude, qu'ils ont été justifiés. Ainsi que nous en agissons nous-mêmes à l'égard des pénitents que nous jugeons bien disposés, lorsqu'ils s'approchent du sacrement de pénitence. De là nous croyons, nous aussi, que les sacrements sont efficaces par eux-mêmes, de manière qu'ils produisent la grâce, ex opère operato; cependant, s'il s'agit des adultes, nous disons qu'ils ne confèrent la grâce qu'à ceux qui sont bien disposés (1).

Rép. 6. N. Car pour obtenir la paix désirée, il nous suffit du bon témoignage de la conscience, et il résulte de l'accomplissement exact du devoir, d'après les paroles suivantes de

(1) Bellarm., pass. cit., où il discute avec le plus grand soin les témoignages de chaque Père.

saint Jean, III , 21 : « Si notre cœur ne nous reproche rien, » ayons confiance en Dieu. » Quelqu'autre paix que l'on cherche, elle sera fausse, pernicieuse. J'ajouterai, de plus, que la doctrine catholique est bien plus propre à rassurer et tranquilliser la conscience que le système des luthériens et des calvinistes. Car, comme dans le système des luthériens la foi peut s'affaiblir et se perdre, dès lors, par le fait même, la conscience du fidèle est en proie aux plus affeuses anxiétés , et comme la foi , dans l'hypothèse des calvinistes , est le propre des seuls élus, les hommes, dès lors, sont continuellement sous les coups du doute, puisque chacun est légitimement en droit de s'inquiéter s'il fait partie des élus ou s'il est classé parmi les réprouvés (1). C'est pourquoi les auteurs de la réforme eux-mêmes , ou , comme on se plaît à les appeler, les correcteurs des Ecritures, furent en proie aux plus poignantes anxiétés, bien qu'ils promissent aux autres une joie mensongère (2).

(1) Calvin qui, Instit., liv.'IÎI, § 16, avait dit à maintes éprises, que celuilà n'est pas fidèle qui n'est pas persuadé que Dieu lui est propice, et qui n'est point en sûreté sur son salut, § 17, se contredit honteusement. Voici en quels termes il se propose l'objection : « Or (quelqu'un dira peut-être) , les fidèles » éprouvent tout le contraire, eux qui, pour reconnaître la grâce de Dieu » envers eux, non-seulement sont soumis à des inquiétudes (ce qui leur arrive » souvent), mais sont même soumis aux plus graves terreurs, tant est grande » la violence des tentations qui trouble leurs esprits. Il y répond en ces * termes : Pour nous, quand nous enseignons que la foi doit être certaine, » nous n'imaginons pas une certitude exempte de tout doute, ni une sécurité » sans inquiétude; nous disons bien plutôt que les fidèles sont toujours en » lutte avec leur propre défiance. » C'est l'argument qu'il poursuit dans tout le chapitre, et il fait mention tantôt de la certitude, et tantôt du doute ; c'està-dire qu'il hésite entre son dogme hérétique et le dictamen pratique de sa conscience, qui détruit ce même dogme.

(2) Les paroles que nous venons de citer prouvent assez ce que Calvin a éprouvé intérieurement. Luther nous fait assez connaître ce qu'il a éprouvé, lui aussi, par ce quïl écrit dans ses colloques familiers. Nous allons en citer quelque chose d'après la version française de l'ill. Moehler : « J'ai tout cru, » dit-il, sur la foi du pape et des moines; mais à présent, ce que dit Jésus- » Christ, qui certes ne ment point, je ne le crois, je ne puis le croire assez » fermement. C'est là une chose fâcheuse ; n'en parlons plus jusqu'à l'autre

» vie L'esprit est prompt et la chair est faible, dit Jésus-Christ en parlant

» de lui-même. Saint Paul dit aussi : L'esprit voudrait se donner entièrement » à Dieu, aller à lui dans la foi et l'obéissance; mais la raison, la chair et les » sens résistent; ils ne veulent ni ne peuvent obéir. Aussi Dieu Notre-Seigneur » a-t-il patience avec nous, il n'éteint point la mèche qui fume encore; car » les fidèles ont seulement les prémices de l'esprit, mais non la dîme et la » perfection. — Comme quelqu'un demandait pourquoi Dieu ne nous donne » pas une connaissance parfaite? le docteur Martin Luther répondit : Si un » mortel pouvait croire véritablement, il ne pourrait de joie ni boire ni

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PROPOSITION IL

Les que Ton possède la justice, on la conserve et on T augmente devant Dieu par les bonnes œuvres; elle nest donc pas égale dans tous les hommes.

Cette proposition est de foi, comme on le voit par le can. 24 du concile de Trente, de la Justif., conçu en ces termes : « Si quelqu'un dit que la justice reçue ne se conserve pas, ou *> même que les bonnes œuvres ne l'augmentent pas devant » Dieu, et que les bonnes œuvres ne sont que les fruits et les » signes de la justification acquise, et qu'elles ne sont point » une cause de l'augmenter, qu'il soit anathème. »

On ne peut pas confondre l'erreur des novateurs, que nous combattons ici, avec l'erreur de Jovinien, qui prétend que toutes les vertus sont égales, de même que les vices, comme renseignent les stoïciens (1). Les novateurs ne soutiennent pas que les vertus soient toutes égales , non plus que les vices ; ils pensent même que l'homme peut être plus ou moins vertueux, comme plus ou moins vicieux. Donc, la doctrine hérétique des novateurs, que nous combattons, consiste en ce qu'ils affirment que la justice formelle, par laquelle nous sommes justifiés, c'est la justice même de Jésus-Christ, qui nous est imputée extérieurement. Comme donc cette justice de Jésus-Christ* est tout-à-fait immuable, elle n'est susceptible ni d'augmentation ni de diminution ; ce qui fait qu'elle est absolument la même sous tous les rapports et dans tous les hommes. Comme ils enseignent en outre que, pour l'obtenir, il ne faut pas d'autres dispositions que la foi , il s'ensuit que les bonnes œuvres que nous comptons au nombre des dispositions requises de notre

» manger, ni faire quoi que ce soit. — Un jour on chantait à la table du » docteur Martin Luther ces paroles du prophète Osée : Hœc dicit Dominus. » Alors le docteur Luther dit au docteur Jonas : Aussi peu que vous croyez » que ce chant soit beau, aussi peu je crois assez fermement que la théologie » soit vraie. J'aime tendrement ma femme, je l'aime plus que moi-même ; oui, » n'en doutez pas, je mourrais volontiers pour elle, et pour ma pauvre petite » enfant. J'aime tendrement Jésus-Christ, qui, par son sang, m'a délivré de la » tyrannie et de la puissance du démon; mais ma foi devrait être beaucoup » plus grande et beaucoup plus vive. Ah! Seigneur, n'entrez point en juge- » ment avec votre serviteur, etc. » Symb., t. I, p. 172 et suiv. Telle était la sécurité et la tranquillité dont ils jouissaient!

(1) Voy. saint Jérôme , cont. Jov., liv. II.

part n'ont aucune action sur la justification, soit pour l'acquérir, soit pour que nous la conservions et l'augmentions lorsque nous la possédons. Enfin, comme dans ce système les bonnes œuvres ne sont que les signes ou les fruits de la justification acquise, et qu'elles ne servent de rien pour le salut, et que les mauvaises œuvres ne sont pas imputées à châtiment à cause de la foi, ils en concluent qu'elles ne nuisent pas du tout au salut. Nous devions faire ici ces observations, soit pour l'intelligence du canon du concile de Trente, soit pour donner une connaissance plus exacte du système des novateurs. Il découle évidemment de ce que nous venons de dire, que cette erreur n'est qu'un corollaire du principe de la justice imputative, externe, posé par eux, et que par suite elle est réfutée et réduite à néant par la proposition où nous avons démontré que la justice ou la grâce, par laquelle nous sommes formellement justifiés, est interne et est inhérente à notre personne. Par conséquent, les preuves que nous allons donner ici, en prouvant directement la proposition que nous venons de poser, confirment indirectement, et de plus en plus, le principe catholique de la cause formelle de la justification.

Nous prouverons donc en peu de mots, et comme il suit, notre proposition : 1. Nous voyons, par les saintes Ecritures, les justes s' avançant dans la sainteté. On lit en effet, Prov., IV, 18 : «La voie des justes est comme une lumière resplendis- » santé, elle progresse et croît jusqu'à un jour parfait. » II Cor., IX, 10 : « Dieu, dit Paul» augmentera les accroisse- » ments des fruits de votre justice. » Enfin, Apoc, XXII, 11 : a Que celui qui est juste se justifie encore, que celui qui est )> saint se sanctifie encore. » Donc, si la sainteté et la justice des justes s'augmente et s'accroît de telle façon que les justes qui ont acquis la justice peuvent toujours aller en avant dans cette voie , il est évident qu'elle n'est pas égale dans tous les hommes. 2. Ce que les mêmes saintes Ecritures disent de la charité s'applique aussi à cela. Puisque, ou la charité s'identifie avec la justice, ou elle en est inséparable; or, les saintes Ecritures enseignent constamment que les hommes justes ne possèdent pas la charité au même degré. Ainsi Jésus-Christ, saint Jean, XXI, 15, s'adresse à Pierre en ces termes : « M'aimez-vous plus que ceux-là? » Il est encore dit, ibid. , XV, 13 : « Personne n'a de plus grande charité que de donner sa » vie pour ses amis; » et I saint Jean, IV, 18 : « La charité

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» parfaite bannit la crainte; » c'est ce que Ton voit en une foule d'endroits (1).

Cette thèse s'appuie sur tous les passages des Ecritures, qui établissent la diversité des récompenses et des couronnes, et cette distribution de récompenses différentes suppose la diversité de degrés des mérites, et par suite l'inégalité de la justice; mais nous avons cité ces textes en leur lieu (2).

Telle est aussi la doctrine des Pères. Sans nous arrêter aux autres, saint Augustin s'exprime comme il suit, serm. sur les paroles de l'Apôtre, 16, n. 5 : ce Nous sommes justifiés, dit-il, » mais notre justice s'accroît lorsque nous avançons; » et lett. 167, n. 13, à saint Jérôme : « Les saints sont revêtus de la justice, les uns plus, les autres moins (3). Enfin, traité 6, sur saint Jean, n. 8, il écrit : « Les saints eux-mêmes, dans » l'Eglise... sont plus saints les uns que les autres, les uns » meilleurs que les autres. »

Nous ajouterons enfin, à ces dernières paroles de saint Augustin, la raison théologique que fait valoir saint Thomas, lorsqu'il écrit : « La première cause de cette diversité vient de » Dieu même, qui dispense diversement les dons de sa grâce, » au point que de cette diversité de degrés découle la beauté » et la perfection de l'Eglise, comme il a aussi établi des degrés » parmi les créatures pour rendre l'univers parfait (4) . »

Les objections que l'on pourrait faire ici ont été déjà réfutées dans la proposition où nous avons établi que la cause formelle de la justification est intrinsèque et inhérente à notre personne.

PROPOSITION III

La justification est amissible, et on peut la perdre par un péché

mortel subséquent.

Cette proposition est de foi. Ce dogme catholique a été sanctionné par le concile de Trente, sess. VI, can. 23 : « Si » quelqu'un dit que quand l'homme a été une fois justifié ii » ne peut plus pécher ni perdre la grâce, et que, par suite ., » celui qui tombe et qui pèche n'a jamais été réellement

(1) Voy. Bellarm., de la Justif,, liv. III, c. 15.

(2) Traité de Dieu créât.

(3) Voy. même lettre , n. 15.

(4) 1, 2, quest. 112, art. 4.

» justifié qu'il soit anathème. » Ce canon frappe l'erreur

particulière des calvinistes, qui , après avoir posé en principe que la foi seule justifie les impies, et qu'elle est comme une cause instrumentale qui saisit la justice de Jésus-Christ sans aucune disposition préalable, en conclurent qu'aucun péché ne pouvait faire perdre cette même justice; car les péchés qui sont commis après la justification, dans leur hypothèse, ne sont plus imputés à faute; de là, celui qui est une fois justifié, quelque énorme péché qu'il commette, ne se rend néanmoins coupable d'aucune souillure. Ce privilège, néanmoins, n'est propre qu'aux élus, qui seuls peuvent être justes (1). J'ai dit que cette erreur était spéciale aux calvinistes; car les luthériens, comme nous l'avons fait observer ailleurs, furent peu d'accord avec eux-mêmes, puisqu'ils soutinrent, d'un côté , que la foi justifiante est indépendante des dispositions de l'impie, et que, par conséquent, Dieu seul la produit ou l'envoie dans l'homme sans sa coopération, et que, d'autre part, ils enseignèrent que l'infidélité fait perdre cette même foi, et que les péchés de ceux qui se trouvent dans ce cas leurs sont imputés subitement et de nouveau à faute (2), et que, par suite, ils sont soumis à la damnation éternelle, à moins qu'ils ne ressaisissent par la foi la justice qu'ils ont perdue (3). C'est

(1) Car, d'après Calvin, les seuls élus sont capables de la grâce divine, et croient véritablement, et craignent Dieu seul. Aussi ne peuvent-ils ni périr ni perdre la foi. Voici entre autres choses ce qu'il écrit, Instit., liv. III, c. 24, § 6 : « On dit de ceux que Jésus-Christ, après les avoir illuminés par la » connaissance de son nom, a fait entrer dans le sein de son Eglise, qu'il les » a reçus dans sa foi et sous sa protection. Tous ceux, quels qu'ils soient, » qu'il reçoit, on dit qu'ils lui ont été donnés et confiés par le Père, pour » les garder pour la vie éternelle. Que voulons-nous ? Le Christ crie à haute » voix que le Père lai a confié ceux qu'il veut sauver. » Et § 7 ; <t Je ne nie » point qu'ils aient ( les réprouvés ) des signes de vocation identiques à ceux » des élus, mais je ne leur accorde nullement la même stabilité d'élection » que celle que je veux que les fidèles demandent au Verbe de l'Evangile; » et poursuivant, il ajoute, § 8 : « Je confesse qu'il faut entendre ce membre » de ceux qui entrent dans l'Eglise en professent la foi, mais qui ne revêtent o jamais la sanctification du Christ. Ils sont un déshonneur pour l'Eglise de » Dieu; aussi ne les supportera-t-il pas toujours; mais, ainsi que l'exige leur » turpitude, il les rejettera. »

(2) Voy. Moehler, Symbolique, § 20.

(3) Luther disait en conséquence, disput., t. I , p. 523 : « Si on pouvait » commettre l'adultère dans la foi, il ne serait pas un péché. » Mélanchthon enseignait, appuyé sur le même principe, Lieux théolog., p. 92, que rien ne peut nuire à l'homme fidèle, pourvu qu'il tienne les fermes promesses qu'il saisit par la foi : « Quelles que soient les œuvres, boire, manger, travailler de » ses mains, enseigner, j'ajoute même, fussent-elles des péchés patents, etc.»

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