SUR LE MÉRITE
Le concile de Trente propose dans les termes suivants la doctrine catholique sur le mérite des bonnes œuvres, sess. VI, c. 16 : « La vie éternelle est offerte à ceux qui agissent bien
(1) Voy. Bécan, ouv. cit., c. 16, quest. 3, n. 3.
(2) Les protestants renoncèrent peu à peu, et pour plusieurs causes, à cette doctrine absurde et désastreuse, savoir, parce quelle était inconciliable avec l'Ecriture, qu'elle exerçait une détestable influence sur les mœurs; ils y renoncèrent enfin à cause des objections que leur faisaient les catholiques. Aussi est-il dit seulement dans YApol. 4, de l'Âm. et de l'accompl. de la loi, § 50, p. 91 : « Cet accomplissement même de la loi, qui suit la rénovation, 1> est petit et impur; » § 46, p. 88 : « Nous ne pouvons pas satisfaire à la loi » dans cette vie. » Ainsi se concilient les diverses formules dont les protestants je servent pour exposer cet article.
(3) Voy. Moehler, ouv. cit., t. I, p. 244 et suiv.
» jusqu'à la fin et qui espèrent en Dieu, de même que la grâce » est miséricordieusement promise aux enfants de Dieu par » Jésus-Christ, de même que Dieu, en vertu de la promesse » qu'il en a faite, récompensera fidèlement leurs bonnes
» œuvres et leurs mérites Car, comme ce même Jésus-
» Christ verse continuellement la vertu sur ceux qui sont » justifiés; comme la tête sur les membres et le cep de vigne » sur les branches, cette vertu précède, accompagne et suit » toujours leurs bonnes œuvres , qui , sans elle , ne sauraient » être ni agréables à Dieu, ni méritoires, nous devons croire » qu'il ne manque rien plus à ceux qui sont justifiés, et qu'il » faut même penser que, par ces œuvres qu'ils ont faites en » Dieu, ils ont pleinement satisfait à la loi divine dans cette » vie, et qu'ils obtiendront la vie éternelle en son temps,
» pourvu toutefois qu'ils meurent en état de grâce Ainsi
» il ne faut pas considérer notre justice comme étant la nôtre » propre, pas plus qu'il faut ignorer ou rejeter celle de Dieu. » Car on l'appelle notre justice, parce qu'elle est inhérente » à notre personne et qu'elle nous justifie ; mais elle est aussi » la justice de Dieu, parce que c'est lui qui la répand en nous » par les mérites de Jésus-Christ. Il ne faut pas oublier non » plus que, quoique les saintes Ecritures aillent jusqu'à dire » que Jésus-Christ promet de récompenser même celui qui » donnera un verre d'eau au dernier des siens, et que l'Apôtre y> atteste que nos plus petites tribulations d'ici-bas seront ré- » compensées plus qu'au centuple dans le ciel, nous sou- » tenions pour cela, ce qu'à Dieu ne plaise, que le chrétien » doit avoir confiance ou se glorifier en lui seul , et non dans » le Seigneur, dont la bonté est si grande envers tous les » hommes, qu'il regarde en eux ses dons comme des mérites. » Or, le même concile a confirmé cette doctrine dans les can. 26 et 32, que nous citerons plus bas.
En attendant, il découle de cette proposition et de ces définitions, 1. que le juste mérite réellement une augmentation de grâce, la vie éternelle et un accroissement de gloire.
2. Que ce pouvoir de mériter s'appuie sur la miséricorde de Dieu, qui a daigné promettre une récompense éternelle à nos bonnes œuvres lorsqu'il aurait pu les exiger de nous sans espoir de récompense. Aussi saint Thomas observe-t-il justement « que Dieu ne s'est pas constitué simplement