‹ Théologie dogmatiqueChapitre 56 sur 69 · DOCTRINE DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE SUR LE MÉRITE · texte numérisé non relu

DOCTRINE DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE SUR LE MÉRITE

fi notre débiteur , mais qu'il s'est fait son propre débi- » teur, en tant qu'il est du que ce qu'il a réglé s'accom- » plisse (1). »

3. Ce pouvoir de mériter s'appuie aussi sur les mérites de Jésus- Christ, desquels les œuvres des justes tirent tout le mérite qui leur est propre.

4. Que tous nos mérites sont des dons de Dieu, parce qu'ils découlent de la grâce soit actuelle, soit sanctifiante ou habituelle. Aussi saint Augustin dit-il fort justement : « Quand » Dieu couronne nos mérites, c'est purement ses dons qu'il » couronne (2). » On voit par là quelle estime la doctrine catholique a pour l'humilité chrétienne, au lieu de l'exclure, comme le vocifèrent les protestants.

Les théologiens ajoutent à ces dogmes, pour plus de clarté, que le mérite se distingue en mérite dit de condigno, et en mérite dit de congruo. Le premier est le mérite proprement dit, et celui qui est véritablement, réellement tel, savoir, celui auquel il est dû, en justice ou en fidélité, une récompense; le dernier, au contraire, est le mérite improprement dit , qui ne doit pas être récompensé, d'après le droit strict, puisqu'il n'a pas été fait de promesse à cet égard, et qui pourtant, décemment et convenablement, mérite d'être récompensé % à cause de la bonté même de l'œuvre.

Cette distinction est fondée sur la doctrine des Pères, surtout de saint Augustin, qui enseigne que les impies méritent la rémission de leurs péchés par la foi; il dit en effet : « Mais » la rémission des péchés elle-même n'est pas sans quelque » mérite si c'est la foi qui l'obtient. Car la foi n'est pas sans )) quelque mérite, la foi par laquelle celui-ci disait : Dieu, 3) sois-moi propice, à moi, pécheur; et il descendit justifié par » le mérite d'une humilité fidèle (3). » Mais ce n'est pas là le mérite strictement dit, ou de condigno; car, comme le même docteur poursuit au même endroit : ce Les mérites des justes » sont-ils nuls? Ils existent certainement parce qu'ils sont »( justes. Mais ils ne méritèrent pas de devenir justes (4). » Le mérite de congruo, ou improprement dit, est donc celui

(1) 1, 2, q. 114, a. 1, à la 3.

(2) Lett. 194, c. 5, n. 19.

(3) Lett. cit., c. 3, n. 9.

(4) Ibid., n. 6.

qui précède la justification. Le docteur angélique établit expressément cette même distinction (1).

Or, quoique ce que l'on enseigne sur cette distinction du mérite, sur son espèce et sa nature, soit admis de presque tous les théologiens, ce ne sont pourtant pas des choses de foi, puisque l'Eglise n'a rien défini à ce sujet, et qu'il en est quelques-uns qui le contredisent. C'est pourquoi Bellarmin écrit, sur la qualité du mérite : « Il y a sur ce point trois questions : » la première, faut-il dire, le mérite des justes est-il de con- » digno ou de congruo? l'autre, est-il de condigno en raison » de la promesse ou en raison de l'œuvre? la troisième, Dieu » récompense-t-il les œuvres des justes supra condignum, et » celles des impies ultra condignum (2)? »

Bien que l'Eglise n'ait rien défini d'une manière positive sur cette dernière question, savoir, que Dieu récompense les bonnes œuvres des justes, supra condignum, au-delà de ce qu'elles méritent, on ne peut pourtant pas maintenant révoquer en doute cette doctrine, après la proscription de la proposition 14 de Baïus, conçue en ces termes : « Les bonnes » œuvres des justes ne recevront pas, au jour du jugement, » de plus grande récompense que celle qu'elles méritent de » recevoir au juste jugement de Dieu. »

Il n'est pas de foi non plus que toutes les bonnes œuvres des justes sont méritoires de la vie éternelle, ou quelles sont les œuvres qui, en particulier, méritent la gloire et son accroissement; si ce sont les œuvres de la tempérance, de la foi, de l'espérance, et les autres œuvres outre la charité ; parce que le concile de Trente n'a pas défini que telles œuvres en particulier méritaient la vie éternelle. Bellarmin pense « qu'une » bonne œuvre n'est méritoire qu'autant qu'elle procède de la » charité (3). » C'est aussi l'opinion que soutinrent Scot, Gabriel, Durand et plusieurs autres. Vasquez, au contraire, prétend « que toute œuvre de l'homme juste est bonne, et que, » selon la vertu morale, elle est méritoire de la vie éter- » nelle (4) ; » et il attribue ce sentiment à saint Bonaventure, k Capréola et à Soto.

(1) 1, 2, quest. 114, à la 3, et sur la 2® sent., dist. 27.

(2) Ibid., c. 16.

(3) De la Justif., 1. V, c. 15.

(4) Voy. sur la 1, 2, saint Thoin., t. II, diss. 217, c. 2 et suiv.

Page 1