CIIAP. II. EXISTENCE DU MÉRITE
plissant la condition. Or, Dieu a adopté les hommes pour ses enfants, et ils ne peuvent obtenir son héritage qu'en remplissant les conditions qu'il y a mises lui-même, « et qui font » qu'ils deviennent dignes du royaume de Dieu, » comme le dit l'Apôtre, II Thess., I, 5, s'il est question des adultes (1); pour les enfants, ils y ont part en vertu de leur seul titre d'adoption.
Rép. 2. D. La vie éternelle est une couronne de miséricorde et de justice en même temps, C. de miséricorde seule, iV. On voit par ce que nous avons dit quelle est la réponse.
Rép. 3. D. En tant que la grâce de Dieu est le principe de tous nos mérites, C. en tant qu'elle est donnée d'une manière purement gratuite, sans coopération de notre part, et par conséquent sans qu'il soit tenu compte de nos mérites, N. Tel est à peu près le langage de saint Augustin, liv. de la Grâce et du libre arbitre, c. 8, 9, où il fait observer que l'Apôtre aurait pu dire justement : « La vie éternelle est la récompense de la » justice , » comme il a dit : « La récompense du péché, c'est » la mort (2). » L'Apôtre exprime ce sens d'une manière équivalente par les paroles suivantes, Rom., II, 6 : « Il rendra » (Dieu) à chacun selon ses œuvres : à ceux qui cherchent » au moyen de la patience , des bonnes œuvres , la gloire , » l'honneur et l'incorruptibilité, il leur donne la vie éter- » nelle ; mais quant à ceux qui vivent dans les dissensions. . . » ils auront en partage la colère et l'indignation. »
Rép. i. N. Le texte a trait, non pas à la vie éternelle, mais
(1) Voy. ce que nous avons dit, Traité de l'incarn.
(2) Pour mieux prouver que les novateurs s'écartent du sentiment et de là pensée de saint Augustin, qui, disent-ils hautement, est favorable à leur système de la justification, nous allons citer les propres paroles du saint docteur. Or, voici ce qu'il écrit, c. 8, n. 20 : « L'Apôtre après avoir dit : La grâce vous a » sauvé par la foi, et cela non pas par vous-même, mais par un don de Dieu, » non pas par les œuvres, de peur que quelqu'un s'en enorgueillît; il vit que » les hommes pourraient penser que cela avait été dit de telle façon que les » bonnes œuvres pouvaient être regardées comme inutiles pour ceux qui » croient, et que la foi seule leur suffit; et encore que les hommes pourraient .» s'enorgueillir de leurs bonnes œuvres, comme s'ils se suffisaient à eux- » mAmes en les faisant ; » aussi ajoute-t-il aussitôt : « Car nous sommes son » ouvrage, etc. » Et c. 9, n. 21 : « L'Apôtre, après avoir d'abord dit : La récorn-
» pense du péché, c'est la mort aurait pu ajouter aussitôt et avec justice :
» La récompense de la justice, c'est la vie éternelle ; mais il aima mieux dire : » La grâce de Dieu, c'est la vie éternelle, pour nous faire comprendre par là » que ce n'est pas pour nos mérites que Dieu nous donne la vie éternelle , » mais qu'il nous y conduit par un effet pur de sa miséricorde. »
bien à la grâce que Dieu donne dans cette vie, et qui est indiquée sous les symboles du lait et du vin. Or, personne ne nie que la grâce ne soit donnée gratuitement, mais il faut que nous y coopérions.
II. Obj. 1. Luc, XVII, 10, Jésus-Christ dit : « Après avoir » fait tout ce qui vous est prescrit, dites : Parce que nous » sommes des serviteurs inutiles, ce que nous devions faire, » nous l'avons fait. » Nos œuvres ne sont donc pas méritoires, puisqu'elles sont inutiles. 2. Non-seulement elles sont inutiles, mais elles sont en outre impures, comme l'atteste Isaïe, LXIV, 6, lorsqu'il dit : « Nous sommes devenus comme un » homme impur, et toutes les œuvres de notre justice sont » souillées comme le linge le plus sale. » Donc, par ellesmêmes, elles méritent plutôt l'indignation que la récompense.
Rép. 1. D. Pour exclure la jactance, C. pour exclure le mérite des bonnes œuvres qui sont faites en Dieu, N. Telle est l'interprétation que les Pères donnent ordinairement du passage qu'on nous objecte (1). Nous apprenons en effet, par là, que nous ne pouvons rien nous attribuer du bien que nous faisons ; car si la grâce de Dieu ne nous eût pas prévenus et ne nous eût aidés, nous n'eussions rien pu faire; tout l'avantage, en outre, doit nous en revenir, et non à Dieu, qui n'a pas besoin de nos œuvres, et cela d'après une promessse gratuite, fruit de sa libéralité, en vertu de laquelle il donnera à nos bonnes œuvres une récompense éternelle. Au reste, l'Apôtre, II Tim., II, 21, écrit : ce Si quelqu'un se conserve » pur de ces choses, il sera comme un vase d'honneur et » propre au service du Seigneur ; » et Jésus-Christ lui-même avait dit, saint Matth., XXV, 23 : « Courage, serviteur bon et » fidèle; parce que tu as bien administré le peu que je t'avais » confié, je t'en confierai davantage (2) . »
(1) Voy. Bellarm., Justif., liv. V, c. 5.
(2) Voy. Maldonat, à l'occasion du texte de saint Luc, XVII, 10, qu'on nous objecte, il prétend que le sens de ces paroles : « Lorsque vous aurez fait toutes » choses, etc., » n'est pas que nous n'acquérons aucun mérite en observant les préceptes, mais bien que nous ne méritons que la récompense qui répond à l'observation des préceptes. Jésus-Christ veut donc que nous ne noue glorifions pas, lorsque nous avons gardé les préceptes, parce que, bien que nous ayons mérité notre récompense, toutefois nous n'avons rien fait de particulier ni rien d'extraordinaire, nous n'avons fait que ce que tout serviteur doit faire. Nous ne sommes pas aussi louables de l'avoir fuit que nous serions blâmables si nous ne l'avions pas fait. Il n'y a de digne de gloire et de louange que ceux qui font des choses extraordinaires. Il développe longuement cette thèse,