CHAP. II. EXISTENCE DU MÉRITE
Rép. 2. N. Quant à la preuve, D, Le prophète parle des péchés et de l'apparence de justice par lesquels les Juifs étaient punis, C. il parle des bonnes œuvres des justes, N. Il avait dit en effet avant : « Vous avez été à la rencontre de celui » qui est dans la joie et qui fait les œuvres de la justice; » ensuite, aussitôt après les paroles objectées, il ajoute ces paroles : « Et nous sommes tombés comme les feuilles sèches, » et nos iniquités nous ont emportés comme le vent (1 ) . »
III. Obj. 1 . Le Christ nous a mérité la vie éternelle. 2. Donc, ou les mérites de Jésus-Christ suffisent par eux-mêmes, ou ils ne suffisent pas; si nous admettons qu'ils suffisent, c'est en vain qu'on exige les bonnes œuvres; si nous disons qu'ils sont insuffisants, nous insultons au Christ. 3. Il s'ensuivrait au moins que si, outre ses mérites, nous exigeons encore nos mérites, à nous, pour obtenir la vie éternelle, nous partageons la gloire entre Jésus-Christ et les hommes.
Rép. 1. D. Jésus-Christ nous a mérité la vie éternelle, de manière toutefois qu'il faut, pour que nous l'obtenions, que
et répond à toutes les subtilités des calvinistes. Il y démontre en outre, contre Calvin, qu'il ne s'agit point ici de l'esclave {mancipium), mais bien du mercenaire ou serviteur à gage, qui ne travaille que pour la récompense qui lui est promise. Néanmoins, comme Kuinoel, qui marche sur les traces de Calvin, prétend qu'il ne s'agit point du mercenaire dans la parabole en question, de l'homme gagé, du laboureur, mais bien de l'esclave ( mancipium), nous allons le réfuter par le mot doulos, tel que les Grecs l'employaient. Si, en effet, le doulos des Grecs était l'esclave que l'on achète, Sophocle n'eût point dit, Œdipe, t. 4123 : Sane servus non emptus, sed domi educatus, etc.; et Thucydide n'eut point notamment distingué : Omnia et mancipia et servi et liberi; et, qui plus est, le Scholiaste de Théocrite, v. 5, enseigne, d'après Chrysippe , que même ceux que les Grecs appellent apelentérous ou libertos, sont appelés douloust servos. Donc le mot doulos n'exprime rien que le mot serviteur {•servus), de sorte qu'il a pour corrélatif le mot despotes, herus, et que le plus souvent il est l'opposé du mot éleuteros (I Cor., XII, 13), mais jamais le mot mancipium ; car, en grec, ceci se dit andrapodon, d'où dérive le mot andrapodistès, plagiarius, seumancipii venditor (I Tim.,1, 10), et les autres écrivains grecs, andrapodônès •, mancipiorum emptor. Nous avons fait ces observations, parce que les hérétiques concluaient de là , 1° que nos bonnes œuvres faites avec la grâce ne méritent aucune récompense, comme l'esclave, proprement dit, n'en reçoit pas non plus; 2<> ils concluaient aussi que nous ne pouvons faire aucune œuvre de surérogation, puisqu'il n'est pas une seule bonne œuvre qui ne soit due à Dieu, comme les esclaves doivent leur travail à leurs maîtres.
(1) Voy. Sanctius, sur ce passage; il pense que cette façon proverbiale de parler signifie uniquement que ces sacrifices des Juifs, que l'on appelle sacrifices de justice, étaient désagréables à Dieu, et que cette sainteté simulée lui faisait mal, de même que nos yeux se détournent de ce qui leur est désagréable, ou comme l'amertume et la crudité dégoûtent l'estomac. Voyez aussi Rosenmuller.
nous espérions par les œuvres méritoires, C. d'une manière absolue et sans que nous y coopérions, N. Car Jésus-Christ ne nous a pas mérité la vie éternelle dans ce sens que nous ne soyons tenu de rien faire ; mais il nous Ta mérité dans ce sens qu'il nous fournit les grâces , et qu'en y coopérant nous nous appliquons ses mérites, et que par là nos œuvres deviennent méritoires, comme nous l'avons démontré en son lieu, lorsque, nous parlions de la satisfaction de ce même Jésus-Christ.
Bép. 2. Je réponds ici, les mérites de Jésus-Christ suffisent et ne suffisent pas , suivant le point de vue sous lequel on les envisage. Ils sont suffisants en eux-mêmes, puisque Jésus- Christ a satisfait surabondamment, et qu'il a mérité bien audelà de ce qu'il fallait; ils sont insuffisants par rapport à nous, en vertu de la volonté expresse de Dieu, qui a exigé que, pour que les mérites de Jésus-Christ nous servissent, il fallait que nous y coopérassions. Et ceci, loin d'amoindrir les mérites de Jésus-Christ, ne fait tout au contraire qu'en rendre l'efficacité plus recommandable, puisque, par cette efficacité, il ne nous a pas seulement obtenu le droit à la vie éternelle, mais qu'il nous a même procuré la force et la puissance de la mériter. D'où il suit que, comme la vigne ne perd rien de sa gloire si ses branches produisent des fruits abondants , et que même plus ses fruits sont abondants, plus elle est digne d'éloges, parce que tout ce que les branches ont de suc vivifiant et de sève c'est d'elles qu'elles le tiennent, de même nos mérites ne déprécient pas la gloire des mérites de Jésus-Christ , puisque c'est d'eux qu'ils découlent; bien au contraire, ils rendent ceux de Jésus-Christ de plus en plus glorieux (1).
Rép. 3. N. Car si la grâce de Dieu ne nous aidait et ne nous prévenait pas, nos mérites seraient absolument nuls. Car nos mérites sont, ainsi que nous l'avons exposé plus haut, d'après la doctrine du concile de Trente, des dons de Dieu (2).
IV. Obj. Les Pères enseignent ça et là que Dieu nous donne gratuitement la vie éternelle, tel que saint Basile, comme aussi que nos mérites ne sont d'aucune valeur, tels
(1) Voy. Bellarm., pass. cit.
(2) C'est donc sottement à tort que Calvin a déblatéré contre le maître des sentences, de ce qu'il recommande le mérite des bonnes œuvres. Voici ce qu'il écrit, Instit., liv. III, c. 2, p. 843 : « Qui n'exécrerait justement de telles » bètes? 0 maître digne de disciples tels qu'il s'en est formé dans les écolei » insensées des méchants orateurs! »