III. qu'elle s'est accomplie depuis longtemps
I. Quant au premier point, on le prouve et par la force même du Sciloh, et par ce qui est attribué à celui que désigne ce met sciloh. Quelle que soit enfin la racine de cette expression , sur laquelle les philologues ne sont point d'accord, il est certain qu'elle ne signifie ou n'exprime que le Messie seul. Car si on la fait venir du mot sciala (tranquille, ou qui fut en repos), comme il en est qui le prétendent, le Messie fut ainsi désigné parce qu'il devait donner au monde la joie et la tranquillité, qu'il devait lui apporter toute espèce de félicité ; aussi, parmi les autres noms que lui donne Isaïe, IX, 5, se trouve celui-ci : Prince de la paix. Le manuscrit samaritain est favorable à cette interprétation ; car on y lit : « Jusqu'à ce que » vienne le Pacifique (2) . » Mais si , comme il en est d'autres qui le prétendent, on fait dériver ce mot de scil, ou scialal, alors le mot sciloh est le même que celui-ci : son fils (filius (jus) , c'est-à-dire celui qui peut être appelé, par antonomase, fils de Juda, savoir, le Messie. Ou si enfin on aime mieux le faire dériver, avec d'autres, du mot scelloh, ce mot aura dès-lors la même valeur que celui-ci : qui est à lui, ou de qui il est, sous-entendu le royaume ou le sceptre dont parle ici Jacob, d'après ce qui se lit dans Ezéch., XXI, 32 : « Jusqu'à » ce que vienne celui à qui est le jugement (3), » ou le pouvoir souverain de juger et de commander. C'est dans ce sens que la lupart des anciens interprètes semblent avoir entendu ce mot; ■car les Septante lisent : « Jusqu'à ce que viennent les choses
(1) Voy. le texte hébreu .
(2) Bible Waltonienne.
(3) Voy. le texte hébw»*~
i) qui lui sont réservées (1), » ou, comme traduisent d'autres x « A qui il est réservé (2) . » Cette interprétation est pourtant plutôt celle d'Aquilée et de Symmaque. Voici le sens de ces interprètes : « Jusqu'à ce que vienne le royaume qui lui est » réservé, » savoir, au Messie (3) . Onkélos formule plus clairement encore ce sens, disant : « Jusqu'à ce que vienne le Messie, » à qui il appartient de régner. » C'est aussi à peu près le sens du Targum de Jérusalem. L'interprète syriaque traduit : « Celui de qui est celui-là, » et l'interprète arabe Saadias : « Celui à qui est. » Or, quelle que soit, des étymologies de ce mot, celle qui paraît la plus vraisemblable , il est reconnu que tous les interprètes , d'un consentement unanime, chose rare, Rosenmuller lui-même en convient , s'accordent à dire que le mot sciloh désigne le Messie lui-même ou quelqu'une de ses propriétés. C'est ce que confirme l'aveu des plus anciens Hébreux. Car les anciens Hébreux classèrent le nom Sciloh parmi les noms du Messie, comme on le peut voir dans le Talmud, dans le Sanhédrin, Perek, Chelek, dans le Berescit rabbà, et ailleurs (4) . Il est dit, dans le Talmud de Babylone, que nous avons cité, traité Sanhédrin , ou des Jugements, c. 9 : « R. Jochanan dit, en parlant du Messie : Quel est son nom? » Les disciples du R. Sila répondirent : Siîoh est son nom. Il » est dit en effet, Gen., XLIX, 10, jusqu'à ce que vienne » Siloh (5). »
Ce qui le prouve encore, c'est ce qui est attribué à ce Siloh; car il est dit aussitôt après, ibid. : ce Et sera l'attente des na- » tions, » ou : « Et les peuples lui obéiront. » Onkélos traduit ainsi ces paroles : « Les peuples obtempéreront à sa volonté ; » et Jarchi traduit : « Les peuples se réuniront à lui ; » c'est-àdire, comme le dit Isaïe, II, 2, un grand nombre de peuples se presseront autour de lui. L'un et l'autre arabe traduisent : « Et < les peuples se réuniront autour de lui, » les Septante : « Il es! b l'attente des nations (6), » et saint Jérôme les a suivis ;
(1) Voy. le texte grec.
(2) Voy. id.
(3) Jalm défend mordicus cette leçon dans son Append. herinéneut., diss. % p. 183 et suiv.; mais il n'a trouvé personne, que je sache, qui ait souscrit à sa manière de voir.
(4) Cit. par Raym. Mart., ouv. cité, p. II, c. 4.
(5) Voy. Ugolini, t. cit., p. 970.
(6) Voy. Rosenmuller sur ce pass., 7« édit., Leipsig, 1821,
de l'époque de l'avènement du messie promis. 35 « Et il sera l'attente des nations ; » l'interprète syriaque est du même avis : « Et les peuples l'attendront, » le faisant dériver de la racine kavah, ikkeath, qui, dans la conjug. pihel, est la notion d'attendre. Or, quel est celui, outre le Messie, de qui il soit permis de dire qu'il est l'attente des nations, aux ordres de qui les nations obtempéreront , à qui elles devront obéir, vers qui tous les peuples accourront? D'autant plus que Jacob semble indiquer ici la promesse que Dieu fît, soit à Abraham, soit à Isaac, soit enfin à lui-même, que toutes les nations seraient bénies dans leur postérité? C'est ce que dirent ensuite les prophètes, et surtout Isaïe, 1. cit., et XI, 10, XLIX, 6 et suiv., LI, 5 et suiv., LXV, 1, LXVI, 19. C'est aussi ce que confessent les Hébreux; ils le prétendent même (1). ïl est évident que cette prophétie ne peut s'entendre que du Messie, soit que F on considère la valeur du nom lui-même , soit que l'on tienne compte de ce qui est attribué à la personne désignée par ce nom.
II. Quant au second point, savoir, que cette prophétie indique le temps ou l'époque de l'avènement du Messie, on le prouve 1. par le mot hébreu lui-même, que les interprètes traduisirent toujours par jusqu'à ce que, jusque-là, jusqu'à ce temps, etc., comme l'enseignent tous les lexicographes (2), et comme le veut le sens lui-même et le contexte ; c'est aussi ce que prouvent toutes les versions et les paraphastes hébreux eux-mêmes (3) ; 2. ce qui le prouve encore, c'est le but que se propose Jacob, en disant que le pouvoir suprême se conserverait dans la maison ou au sein de Juda, jusqu'à ce que vînt celui à qui il devait échoir, savoir, le Messie, comme nous l'avons démontré ; il voulut, par ces expressions, apprendre à Juda et à ses frères comment ils pourraient reconnaître celui qui devait être envoyé ; car, s'il n'avait pas assigné le temps de son avènement, il ne leur eût pas donné le signe auquel ils
(1) De manière toutefois qu'il leur commande comme un roi temporel, puisque aujourd'hui les Juifs n'ont du Messie qu'une idée toute charnelle; voy. Orobe, troisième écrit adressé à Limborch, n. 4, 5. Et cette persuasion est im grand obstacle à ce qu'ils reconnaissent la dignité du Messie en Jésus- Christ.
(2) Voy. entre autres Winer, qui non-seulement traduit le mot hébreu, dont il est ici question, par jusqu'à ce que, mais il réfute en outre Glassius et de Wettz, qui prétendent que ce, mot, quand il s'agit d'une chose future , est ainsi placé, non pas pour désigner le terme certain d'une époque, mais môme pour exprimer le temps qui s'écoule.
(3) Voy. Bible polyglotte Waltonienne.
devaient le connaître; 3. ce qui le prouve encore, c'est le sens que lui ont reconnu et l'interprétation qu'en ont donné tous les anciens (1), qui ont pensé qu'il s'agissait ici de la fin de l'empire, ou du pouvoir du peuple juif, et de la transition de ce pouvoir au royaume du Messie.
III. La troisième chose enfin que nous devons démontrer, c'est que cette prophétie s'est accomplie depuis longtemps , et nous le faisons comme il suit : Jacob prédit que le sceptre ne sortira pas de Juda, ou que le pouvoir suprême ne sortira pas de sa tribu, l'autorité suprême, le droit de faire des lois jusqu'à ce que vienne le Messie. Or, depuis longtemps déjà, la tribu de Juda ne possède plus ce pouvoir suprême, cette autorité, ce domaine souverain ; donc cette prophétie s'est accomplie depuis longtemps, ou, ce qui revient au même, donc, depuis longtemps, le Messie est venu.
Et, d'abord, ce nom sceptre (sceveth) désigne le pouvoir suprême , V empire, la dignité impériale, comme on le voit 1. par le liv. Nomb., XXIV, 17; Is., XIV, 5; Zach., X, 11. Et il ne faut pas perdre de vue qu'on y voit presque la même phrase : ce Et le sceptre sortira de l'Egypte (2); » 2. c'est aussi ce que prouvent les anciennes versions; car les Septante et Théodotion traduisent le mot sceveth par prince (archon), et Symmaque par pouvoir (exousia); 3. par les paraphrastes chaldéens , parmi lesquels Onkélos dit : Exerçant la domination (3); et les deux autres, savoir, Jonathan et Jerusalmi : Tu gouverneras (4); 4. d'après l'autre hémistiche, ou membre de phrase, où le mot sceveth répond au mot mechokek, qui désigne proprement celui qui a statué, arrêté quelque chose (nomotheten) , qui désigne le législateur, comme il est dit de Moïse, Nomb., XXI, 19, et comme on l'emploie aussi pour désigner les premiers magistrats du peuple, tel que Jug., V, 14, et Ps. 59, 9, Juda est appelé prince, chef (mechokek).
Mais c'est un fait public , connu de tout le monde , visible à tous les yeux , que le pouvoir suprême ne réside plus dans la maison de Juda, ni même dans la nation juive tout entière. Car, depuis le moment où la ville de Jérusalem fut détruite,
(1) Voy. Mazocchi, Spicilége bibliq., Naples, 1762 , tom. I, diss. 8, part. I, cect. 3.
(2) Voy. texte hébreu.
(3) ïdem.
(4) lclem.
DE L'ÉrOQUE DE L* AVÈNEMENT DU MESSIE PROMIS. 37
sous Yespasien et sous Titus, les Juifs furent chassés de la Palestine, leur sol natal; ils furent dispersés parmi les divers peuples de l'univers; ils sont esclaves et obéissent à des princes étrangers; ils sont sans sceptre, sans droit, sans empire, sans autorité aucune.
Comme donc la prophétie de Jacob, ainsi que nous l'avons dit, a pour objet le Messie; comme, en outre, elle fixe et détermine l'époque de son avènement, qui doit avoir lieu quand le sceptre sera sorti de Juda, et comme enfin la maison de Juda ne possède plus ce sceptre, nous sommes en droit de conclure, de la prophétie de Jacob, que le Messie est venu.
Objections.
I. Ohj. 1. On ne sait pas, en premier lieu, si la prophétie de Jacob a pour objet le Messie, ou plutôt Moïse, David ou Jéroboam, qui fut proclamé roi d'Israël par le Silonite Ahias, ou Nabuchodonosor, qui enleva le sceptre de la maison de Juda, à qui tous les peuples obéirent, et duquel il est dit, dans Ezéch., XXI, 27 : « Jusqu'à ce que vienne celui à qui est le » jugement ; » aussi , le Prophète lui applique-t-il clairement la prophétie de Jacob. 2. Le mot sciloh peut aussi signifier repos ; de sorte qu'il faille ainsi traduire les expressions de la prophétie : « Jusqu'à ce que soit venu le Silonite, » comme le traduit le rabb. Lipman (1), sens que s'est efforcé d'établir, par des preuves tirées de la grammaire, de l'histoire et du dogme, G. -A. Teller, dans ses notes critiques et exégétiques sur ce chapitre (2), et par la phrase venit sciloh, du I Rois, IV, 12. Aussi 5 d'après Teller, Jacob parle ici du voyage que le peuple hébreu devait faire à travers les déserts de l'Arabie , voyage pendant lequel Juda devait toujours occuper la première place (Nomb., II, 3, 9), et marcher comme chef à la tête des autres tribus (Nomb., X, 14), jusqu'à ce qu'elles fussent arrivées au pays des Siluntes, et où Juda devait quitter le commandement, ou au moment que les autres tribus se séparèrent de Juda, ou aussitôt que les tribus de Ruben et de Gad eurent occupé la portion de terre qui leur était échue, ou peu
(1) Voy. le liv. intit. Nitzaclion, édité par Hackspan, p. 27.
(2) Pag, 130, 1766, qu'ont suivi Mendelsolm , Eichhorn, Ammon, Rosenmuller, dans deux premières éditions de l'Ecriture sainte, etc., outre Zirkei* Just, etc., et on peut ici consulter le texte.
après. Zirkel (1) suit aussi cette opinion, et il voit dans le mot sciloh, repos, l'expression du repos dont jouirent les Israélites lorsqu'ils eurent vaincu leurs ennemis. Cette interprétation plaît aussi à Justius, et il traduit les paroles en question par « jusqu'à ce que vienne le repos et que les peuples lui obéis- » sent. » Car, comme il le dit lui-même, « Juda y est repré- » sente comme un vainqueur qui ne doit déposer les armes et » le sceptre du commandement, que lorsqu'il aura subjugué » tous ses ennemis et soumis au repos les rebelles (2). » Enfin, Gesenius a aussi admis cette interprétation, de sorte qu'on peut aujourd'hui la regarder comme une interprétation commune (3). Mais il est évident qu'une fois cette interprétation admise , la prophétie de Jacob ne renferme pas un mot qui s'applique au Messie. Donc :
Rép. 1. N. Soit que nous examinions les paroles de Jacob lui-même, soit que nous tenions compte de la tradition. Car les attributs dont est investi le Sciloh dont parle Jacob, sont tels qu'on ne saurait les appliquer à personne, sans violenter le texte et sans aller contre toutes les lois de l'exégèse, qu'au Messie, comme nous l'avons démontré dans les preuves. Or, la tradition fait justice de tous les doutes qui peuvent surgir à l'occasion du sens réel de cette prophétie. Personne, parmi les anciens, ne douta jamais que Jacob ne parle dans cette prophétie du Messie, comme nous l'attestent les versions, les paraphrases, les témoignages particuliers, l'attente universelle sur la fin de l'empire juif. Personne, en outre, dans l'antiquité, n'a appliqué cette prophétie soit à Moïse, soit à Saûl, soit à David, soit à Salomon, soit à Jéroboam ou à Nabuchodonosor; de plus, jamais l'attente de l'avènement prochain du Messie ne
(1) Diss. sur la bénédiction de Juda, Gen., XLIX, 8, 12, Wirceburg, 1786. D'après cet auteur, le sens des paroles de Jacob serait : Que Juda soit le chef du peuple jusqu'à la soumission entière de la Palestine, jusqu'à ce que les ennemis soient vaincus et qu'il soit permis de venir au Silunte, ou au repos. « 11 est évident, dit-il, que ses descendants devaient revenir, sous la conduite » de Juda, dans des lieux qu'ils connaissaient, eux et les leurs, Bethel, » Sichem, etc.; il désire vivement qu'ils deviennent possesseurs de ces lieux, » et qu'ils voient dans la possession de ces mêmes lieux Silunte, ou le terme » de la guerre et des labeurs, et le symbole du repos, terme du bonheur et » de la tranquillité, et c'est ce qu'indique le nom de la promesse, car il veut » dire cesser, se reposer. »
(2) Hengstenbcrg, Christologie, Ancien-Testam., Berlin, 1829, p. I, sect. i, p. 76.
(3) Dernière édit. du Petit Voeabul., p. 2.
DE r/ÉPOQUE DE l' AVÈNEMENT DU MESSIE PROMIS. 39
fut plus grande qu'après la captivité. Les prophètes qui vécurent après les princes dont nous venons de parler, prédisent bien plus nettement l'avènement prochain du Messie que ceux qui les précédèrent. Il n'est aucun de ces rois, enfin, à qui conviennent les accessoires de cette prophétie , puisqu'on ne peut dire d'aucun qu'il fut l'attente des nations, ou que les peuples lui aient obéi dans le sens de la prophétie , ou , comme Dieu l'avait promis à Abraham, à ïsaac, à Jacob, que toutes les nations seraient bénies dans le descendant de ces patriarches, pour ne pas rappeler que la tribu de Juda conserva le sceptre bien longtemps après la mort de ces rois. On voit par conséquent ce qu'il faut répondre à l'objection tirée d'Ezéchiel, qui ne parle, dans le passage cité, que de la vengeance que Nabuchodonosor tira de l'impie Sédécias et de la ville de Jérusalem, comme l'indique le contexte et la motion dont il traite, et par conséquent les paroles d'Ezéchiel n'ont aucun rapport avec la prophétie de Jacob.
Rép. 2. N. Qu'il soit possible d'admettre l'explication que nous donnent, des paroles de Jacob, R. Lipman, Teller, Zirkel, Juste et plusieurs autres; car Jacob, comme on le voit par l'ensemble du contexte, n'y parle pas d'une ville, mais bien d'une personne, d'un individu, et que les choses qu'il lui attribue ne peuvent pas s'appliquer à une ville. Et ce qui s'y oppose encore, et que l'on ne doit jamais perdre de vue, c'est la croyance traditionnelle de l'ancienne synagogue, qui n'admet jamais cette froide interprétation, pour nous servir du langage de Rosenmuller. Ces interprétations violentes, que les exégètes protestants nous jettent le plus souvent à la face, et qu'ils cherchent vainement à appuyer de preuves tirées de la grammaire, de l'histoire et du dogme, nous démontrent qu'il est fort imprudent de vouloir s'écarter de l'enseignement traditionnel de l'antiquité, qui doit constituer le fondement et la base d'une exégèse sûre et exacte ; car, dans l'hypothèse contraire, chacun pourrait, selon son bon plaisir, imaginer des interprétations nouvelles, s'en saisir et les prouver, non pas celles qui sont vraies et solides, mais bien plutôt celles qui sont nouvelles et ingénieuses, bien qu'elles soient fausses. Ajoutez à cela que, très-vraisemblablement, la ville Sciloh n'existait pas encore du temps de Jacob (1).
(1) 11 n'en est parlé nulle part., eu effet, dans le Pentateuqpie ; il en est
IL Obj. En admettant même que Jacob parle ici du Messie, qu'est-ce que cela fait aux chrétiens, puisqu'il n'assigne pas d'époque spéciale à son avènement. 1. Car, comme le remarque le R. Ahen-Ezra (1) : « Le sens des paroles ad-ki, ou » jusqu'à ce que , jusqu'au temps, etc., n'est pas que le » sceptre sortira de la tribu de Juda, lorsque sera venu Sciloh, » mais, au contraire, que cette locution est semblable à » celle-ci : Le pain ne lui manquera pas, jusqu'à ce que vienne » le temps où il aura des champs et des vignes en abondance » (c'est-à-dire, quand viendra le temps, à plus forte raison ne » manquera-t-il pas de pain) ; » il est aussi dit dans la Gen., XXVIII, 1 5 : « Je ne t'abandonnerai pas, jusqu'à ce que se » soit accomplie la promesse que je t'ai faite; » savoir, de te ramener dans cette terre; c'est-à-dire, qu'à bien plus forte raison, je ne t'abandonnerai pas quand je t'y aurai ramené. Il est donc dit pareillement : « Le sceptre ne sortira pas de Jéhu- » dah jusqu'à ce que vienne Sciloh, c'est-à-dire n'en sortira » jamais, et, à bien plus forte raison, n'en sortira-t-il pas » lorsque sera venu Sciloh. » Le R. Bêchai admet aussi ce sens, et, d'après son interprétation, voici quel en est le sens :
« Le sceptre, ne sortira pas de toute l'éternité, lorsque sera
» venu Sciloh. » Et cette interprétation sourit aux chrétiens eux-mêmes, puisque Basnage (2) observe que ad-ki signifie
question pour la première fois dans le livre de Josué, XVIII, 1, où il est dit que Josué conduit le peuple du camp de Galgala à Sciloh, et qu'il dresse une tente. Il est vraisemblable que ce lieu, comme Galgala, n'était qu'un lieu de campement, qui, à cause de l'agglomération d'hommes qui s'y fit plus tard, prit l'extension d'une bourgade et d'une ville. Ce qui déjà indique le repos (quies), et après avoir parlé de la réunion du peuple à Sciloh, l'écrivain sacré ajoute expressément : « Et la terre leur fut soumise. » Et, ch. 21, 42, comp. avec le 22, 4, il y est dit que le Seigneur leur donna la paix et le repos de la part de leurs voisins; voy. Bachiene, la Palaestina, II, 3, p. 409. Mais quand même elle eût existé, la mention d'un lieu inconnu a quelque chose d'extraordinaire en pareille circonstance. La bénédiction de Jacob, dans l'hypothèse de cette explication, eut pour but unique de constater que Juda devait être le chef de la foule. Or Moïse , que Dieu chargea solennellement de conduire le peuple, n'appartenait pas à cette tribu. Josué n'était pas de la tribu de Juda non plus. Et la promesse faite à Juda ne trouve pas son accomplissement dans la conduite du peuple, elle n'a même rien de commun avec cela. Je ne ferai pas remarquer que, d'après cette interprétation, dans le dernier membre on supplée gratuitement l'adverbe de lieu là, ici, etc. Voy. Hengstenberg, ouv. cit., et 1. c.
(1) Voy. Peutaphyllum rabbimcum, sur la Genèse, 49, étud. Loscani, pag. 22.
(2) Annal, politico-ecclésiast., Rotterd., 1706, torn. I, sur l'an 40 avant notre