Mais, sans nous arrêter mèr '.a, qui est-ce qui ne sait
que le mot I signifie parfois la v t de
trihulatton, d'après les paroles suivantes du 1^.3 ■ les
| Hiverneras avec une -, de fer, ■ et d'Is.. X. S. Tel est donc le sens dos paroles de Jacob : « La - g de l'affliction >^ ne sortira pas de Juda, jusqu'à ce que vienne 5 11 s'ensuit doue qjn V» n'a pas ts - poqoe determ.
à l'avènement du Mess
\ \ . . ta première preuve . V. t. [
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l'interprétation en question; on en trouve plusieurs, au contraire, où cette préposition exprime un terme (1).
Ceci anéantit aussi les interprétations du R. Bêchai et de Basnage, car elles emportent les mêmes difficultés et elles sont condamnées par la règle même de l'accentuation (2) .
Bép. 2. />. Que le mot sceveth signifie quelquefois verge d'affliction, avec une épithète signifiant affliction, C. en luimême, tel qu'on l'emploie dans la Bible , et dans le cas dont il s'agit ici, N. ; car l'autre hémistiche de la prophétie de Jacob exclut cette signification. On y oppose, en effet, au mot sceveth ou sceptre, le mot législateur ou chef, comme nous l'avons déjà fait observer; tous les autres accessoires de la prophétie, par lesquels on voit que Jacob prédit à Juda tout ce qui doit lui arriver, l'excluent aussi; enfin, cette explication est condamnée par l'histoire même, qui constate que l'empire juif fut florissant pendant au moins dix siècles , sans que personne pensât que les Juifs subissaient un joug d'affliction, comme cela eût eu lieu d'après le subterfuge tout fraîchement éclos du cerveau de ce rabbin.
(\) Tel que Genèse, XXVI, 13: « En allant en augmentant, jusqu'à ce » que (ad-ki) il eut extraordinairement cru, » et XLI, 49 : « Et Joseph » ramassa du blé... extraordinairement, jusqu'à ce qu'il (ad-ki) cessa de » compter. »
(2) Quiconque connaît la langue hébraïque, sait que l'accent athach, qui dans ces mots ad-ki précède l'hémistiche, sépare, quant au sens, le premier du dernier. Aussi Basnage sépare-t-il, dans l'intérêt de son interprétation, le mot ad de ki , contrairement aux règles de l'accentuation. On trouve, en note, les mêmes particules que dans les passages cités de la Gen., au II liv. Rois, XXIII, 19, et II Parai., XXVI, 15, et en plusieurs autres endroits. Or, le sens est le même dans tous ces passages.
L'interprétation de Hengstenberg pèche aussi en ce qu'il pose comme une chose certaine que ces deux mots désignent une liaison et non pas un terme, ce qui est faux, d'après ce que nous avons dit; 2° parce que, dès-lors, l'époque de l'avènement du Messie ne serait plus déterminée, et la prophétie ne serait plus une réponse aux Juifs, comme le prouve l'interprétatiou du rabbin Aben-Eora, qu'il loue et qu'il approuve; 3<> il ne faut pas dédaigner l'observation de Deyling, que Hengstenberg se fait à lui-même, Obs. sacr., II, p. 83 : « Le patriarche parle du sceptre temporel ; mais le sceptre et le » royaume du Messie sur la terre est mystique; donc il ne peut pas s'appli- » quer au règne du Messie, comme continuation du règne et du sceptre de » Juda. » Ou, si on l'aime mieux, ainsi que nous le dirons plus bas, la cessation du sceptre temporel de Juda est au sceptre et au règne du Messie ce que la substitution du règne d'un certain ordre est à celle du règne d'un autre ordre. On doit donc nécessairement conclure que la prophétie de Jacob est une marque propre à faire connaître que l'époque que Jacob mourant désignait pour l'avènement du Messie est passée. Et il n'en serait pas ainsi, si le mot ad-ki indiquait une continuation.
de l'époque de l'avènement du messie promis. 43 IIT. Obj. Que la prophétie de Jacob se rapporte au Messie, qu'elle détermine le temps de son avènement, je le veux bien; mais ce temps n'est pas encore accompli, comme une foule de choses nous portent à le croire. Et 1 . le sceptre n'est pas encore sorti de la maison de Juda , puisque les Juifs possèdent encore dés royaumes puissants en Amérique, en Asie, en Ethiopie et dans les autres contrées de l'Orient ; aussi, le rabbin Benjamin de Tadeia, dans l'histoire ou la relation de son voyage exécuté au douzième siècle , rapporte-t-il plusieurs traits relatifs à un iEchmalotarcha ou prince de la captivité , issu de la tribu de Juda, et qui commandait en Asie, sous l'autorité duquel vivaient de nombreuses troupes de Juifs observant ses lois, et qui occupaient des régions vastes et fortunées (1). 2. Mais, quand même le sceptre serait réellement sorti de la maison de Juda, nos adversaires n'en tireraient aucun avantage pour établir leur thèse , à moins qu'ils démontrassent que les descendants de Juda n'ont plus aucun droit à ce sceptre que leur ravirent, par une injustice souveraine, les Romains, comme le droit qu'ils y avaient persévéra pendant la captivité de Babylone. C'est pourquoi, ou le droit suffit pour que l'on puisse dire que le sceptre est encore dans la maison de Juda, ou ce droit est insuffisant ; dans le premier cas, la maison de Juda le possède encore, et dans la seconde hypothèse, la maison de Juda eût cessé de posséder le sceptre plus de cinq cents ans avant la ruine de l'empire juif, ce que personne ne saurait dire. 3. Ce qui fait, comme l'observe justement Salvador (2), que l'ancien empire des Juifs doit être rétabli dans son ancien état de splendeur, selon les prédictions du Lévit., XXVI, 40, 41, et du Deut., XXX, 32, 43. Sous le rapport politique et naturel, tout, en Orient, est encore provisoire ; tout indique la régénération prochaine des Juifs , qui sera le fruit d'une grande confédération des peuples, au moyen de laquelle la paix et le bonheur des Juifs ira croissant de jour en jour, sous la douce influence de la paix et du bonheur des autres peuples ; et dèslors les enfants d'Israël pourront encore habiter la terre de leurs pères, devenue stérile sous les pas des musulmans ; ils pourront rétablir le temple de Jéhovah, et rétablir le sanctuaire de la loi. Donc :
(1) Voy. Derossi, ouv. cit., c. 3, § 2.
(2) Ouv. cit., tom. III, liv. IV, p. 3C2.
Rép. N. A. Quant à la première preuve, D. Les Juifs possèdent encore plusieurs royaumes florissants dans l'imagination féconde des rabbins, C. sur la surface du globe terrestre, N, Il est vraiment curieux de voir les rabbins débiter de semblables fables, quand la science géographique a tant fait de progrès, qu'il reste à peine quelque coin de terre qui ne soit pas parfaitement connu. Nous passerons aussi sous silence toutes les merveilles vraiment fabuleuses qu'ils débitent sur le fleuve Sabbath (1), car ce serait perdre notre temps que de nous arrêter à réfuter de telles niaiseries.
Il faut aussi interpréter dans le même sens tout ce qui sort de l'officine du rabbin Benjamin de Tudela, dont le but est de faire illusion à ses coreligionnaires (2). Et, pour échapper à tous les subterfuges de ce genre, nous dirons que l'alliance que Dieu fit avec le peuple hébreu, et les promesses dont ce même peuple fut l'objet, étaient attachées au sol même de la Palestine, comme on le voit par le Pentateuque , et que c'était sur ce sol qu'elles devaient s'accomplir.
Rép. 2. N. Car il ne s'agit point ici d'une question de droit, mais bien d'un fait duquel seul parle Jacob ; car, dans l'hypothèse contraire, sa prédiction devenait inutile, puisqu'il eût été impossible aux Juifs de connaître l'époque à laquelle viendrait le Messie promis et attendu. Aussi l'ancienne synagogue juive attendit-elle toujours cet oracle du fait ou de la possession et non pas du droit.
On voit par là ce qu'il faut répondre au dilemme que l'on nous propose, savoir, qu'il ne suffit pas du droit pour prouver que la prophétie de Jacob ne s'est pas encore accomplie, mais qu'il faut encore la possession actuelle de ce sceptre. Et l'intervalle de la captivité de Babyione n'infirme pas la vérité de la prophétie de Jacob, soit parce qu'elle dura peu de temps, en raison des siècles nombreux qui s'écoulèrent, soit avant, soit après cette captivité ; elle fut d'environ trente ans, comme
(1) On peut voir ce que rapporte, de ce fleuve fabuleux, d'après les auteurs hébreux et surtout d'après la longue lettre de Eldad Haddani, écrite en 1283, aux Juifs, l'ill. Bartolocci, de l'ord. Cit., dans sa Biblioth. rabbinique, tom. I, p. 100 et suiv. Josèplie, liv. VII de la Guerre des Juifs, c. 5, édit. d'Anvers, raconte aussi des choses fabuleuses de ce fleuve, que vit Titus dans son voyage de Béryt dans les villes de la Syrie.
(2) Renaudet seul a eu le courage de soutenir que les fables racontées par le R. Benjamin de Tudela étaient vraies; voir, à ce sujet, Dictionn. de biog.» édit. Migne. N. T.
le démontre Tirinus (1), soit parce que les prophètes leur avaient annoncé d'une manière certaine, depuis longtemps, que leur captivité finirait et qu'ils rentreraient dans leur pays, surtout Isaïe et Jérémie (2) ; et par les promesses réitérées qu'ils en reçurent, pendant la captivité, de Daniel et d'Ezécliiel (3). Et cela, dans l'hypothèse que, par ce nom sceptre, on entend la succession royale; au reste, nous démontrerons plus bas qu'il est bien plus vraisemblable que, par ce sceptre, on désigne le seul pouvoir souverain qui s'étend à tout le peuple juif; et il est évident que ce pouvoir exista même pendant la captivité de Babylone.
Rép. 3. N. Car, comme il s'agit d'un fait, ainsi que nous l'avons dit, et qu'il est constant qu'il y a dix-huit siècles que les Juifs n'occupent plus la Palestine; quel que soit leur état présent, quelque espoir de régénération future et prochaine des peuples qu'ils nourrissent dans leur cœurs, comme des fruits qu'ils en attendent, ainsi que d'une foule d'autres choses semblables que se représente fantastiquement notre adversaire, il sera toujours vrai, soit que le sceptre est sorti de la maison de Juda, soit que, par conséquent , la prophétie de Jacob s'est accomplie, et, par suite, que le Messie est venu. Quant aux passages du Lévitique et du Deutéronome qu'on objecte, nous dirons en son lieu dans quel sens il faut les entendre.
§ II. — Explication de la prophétie de Daniel.
Daniel, dans sa captivité, gémissait devant le Seigneur pour obtenir le pardon des péchés du peuple, sa délivrance et le rétablissement de la ville et du temple. Pendant qu'il priait
(1) Voy. Chroniq. sacr., c. 35, concl. 3. Voici ce qu'on y lit : « 11 me paraît » plus vraisemblable que de l'an 11 de Sédécias, époque à laquelle furent » ruinés et le temple et la ville de Jérusalem, jusqu'à l'an 1 de la monarchie » de Gyrus, il ne s'écoula Di soixante-dix, ni soixante, ni cinquante-deux ans,... » mais seulement trente ans. » Conclusion qu'il confirme ensuite sur plusieurs preuves. Et, d'après ce sentiment, il faudrait faire partir les soixante-dix ans de servitude annoncés par Jérémie, de l'an 13 de Josias. Car en remontant de l'an 1 de Cyrus, où finit la captivité, jusqu'à la ruine du temple et de la ville, on ne trouve que trente ans; et de l'année de la ruine du temple et de la ville à l'an 13 de Josias, on en trouve quarante, ce qui fait en tout soixantedix ans. Mais on peut consulter le Comment, du même auteur sur l'Ane, et le Nouv.-Test., pass. cit., tom. I.
(2) Voy. Is., XIV, 1, XL, 1, XLVIII, 20; Jérémie, II, 15, XVI, 5, XXIV, 5, XXV, 12, XXIX, 10, XXX, XXXI, 9, XXX11, 37, XXXVI, 27.
(3) Ezéch., XI, 17; Dan., IX, 2, 25.
encore, l'ange Gabriel se présenta à lui et lui promit le pardon des péchés du peuple par le Messie qui devait venir ; il lui promit aussi que la ville et le temple seraient rebâtis , que le peuple reviendrait dans la terre de ses pères, où, pour les soixante-dix ans de captivité qu'il aurait souffert, il jouirait de la liberté pendant sept fois plus de temps. Tel est le langage que l'Ange tient à Daniel, chap. 9, 24 et suiv. : « Le temps a » été abrégé à soixante -dix semaines pour votre peuple et » en faveur de votre ville sainte, afin que la prévarication soit » abolie, que le péché trouve sa fin, que l'iniquité soit effacée, » que les visions et les prophéties soient accomplies, et que » le Saint des saints soit oint. Remarquez donc ceci et le » gravez dans votre esprit : Depuis l'ordre qui sera donné » pour rebâtir Jérusalem jusqu'au Christ, il y aura sept » semaines et soixante-deux semaines ; et les places et les mu- » railles de la ville seront rebâties de nouveau dans des temps » fâcheux et difficiles, et après soixante-deux semaines, le » Christ sera mis à mort, et le peuple qui le doit renoncer ne » sera point son peuple. Un peuple avec son chef, qui doit » venir, détruira la ville et le sanctuaire; elle finira par une » ruine entière, et la désolation qui lui a été prédite arrivera » après la fin de la guerre. Il confirmera son alliance avec plu- » sieurs dans cette semaine, et, à la moitié de la semaine, les » hosties et les sacrifices seront abolis ; l'abomination de la dé- » solation sera dans le temple, et la désolation durera jusqu'à » la consommation et jusqu'à la fin (1). »
Or, nous ferons observer que le texte hébreu diffère en quelques points de celui de notre Vulgate; ces différences portent, v. 24, sur ces mots : abbreviatœ sunt, à la place desquels on lit : resecatœ sunt, ou clecisœ, ou, comme le veulent quelques autres, dccretœ, ou statutœ sunt (2) ; ainsi, au même verset, nous lisons, nous : sanctus sanctorum, pendant que, dans l'hébreu, il y a sanction sanctorum, ou sanctisshnum (3) ;
(1) Voy. le texte hébreu lui-même.
(2) Les Septante portent breviatœ sunt; d'autres, cités par Origène, Hexaples, portent décréta sunt; d'autres, comme Hengstenberg, prétendent que le mot hébreu veut proprement dire resecare, d'après le texte chaldaïque et le texte rabbinique. Mais ces significations diverses reviennent presque au même, et la Vulgate le rend par abbreviatœ sunt. Le but de l'Ange, c'est de déterminer exactement l'époque. Voy. Hengstenberg, ouvr. cité, tom. II, part. I et H, Berlin, 1832, p. 413 et sui</.
(3) Ou, comme d'autres le prétendent, sanctitas sanctitatum.
de l'époque de l'avènement du messie promis. il et, v. 26, ces paroles : « Et, après soixante-deux semaines, le » Christ sera mis à mort, et le peuple qui doit le renoncer ne & sera point son peuple, » se lisent ainsi qu'il suit dans l'hébreu : «Et, après soixante-deux semaines, l'oint (ou le Christ) » extirpabiiur, ou excidetur, pour occidatur, de la Vul gâte, et » non ci, pour non erit ejus (1); » quant à celles qui suivent : « Un peuple, qui doit venir avec son chef, détruira la ville » avec le sanctuaire; elle finira par une ruine entière, et la » désolation qui lui a été prédite arrivera après la fin de la » guerre, » il y a, dans le texte hébreu : et nrbem, à la place de civitatem, destruet, pour dissipabzt, principis venturi, pour eum duce venturo, finietur in inundatione et usque ad finem est bellum, decretum ruinarum (2); pour et finis ejus vastitas, et post finem belli, statuta desolatio, que porte la Vulgate ; v. 27, il y a dans la Yulgate : et erit in templo abominatio desolationis 9 et usque ad consummationem et finem perseverabit desolatio, pendant que, dans l'hébreu, il y a : et super extremitatem [culmen) abominationum vastator et quidem usque completum et resectum stillabit ou fundetur super vastatum (3). On remarque moins de différence encore dans les autres parties. On voit que ces deux leçons sont les mêmes quant au sens, et que le texte hébreu exprime plus clairement même le sens de la prophétie.
Ceci posé, il nous reste à démontrer trois choses : c'est que la prophétie de Daniel s'applique au Messie: c'est qu'elle détermine l'époque de l'avènement du Messie ; c'est, enfin, que cette époque est passée depuis déjà bien longtemps.
Nous établissons la première de ces choses par les paroles mêmes de la prophétie , et par ses accessoires , et par le sentiment des anciens rabbins et de l'ancienne synagogue. Et d'abord, quant aux paroles mêmes de la prophétie et à ses accessoires, elle promet l'avènement de celui qui mettra un terme à l'iniquité, qui fera cesser le péché , qui effacera l'ini-
(1) Excisus fuit, si on n'y ajoute rien, indique, sans exception, une mort violente, comme Zach., XIII, 8, où on oppose le mot grec t<s au mot hébreu; le premier indique la mort par le glaive, et le second la mort par la faim et la peste. Voy. III Rois, XI, 6; des Impies, Ps. 36, 9; Prov., II, 22.
(2) Voy. Hengstenberg, passage cité, 473 et suiv.; mais il y a réellement à la lettre : decretum vastatœ, c'est-à-dire, res vastatœ ou ruinœ. Le Prophète suit ici la même régie que plus haut: hebdomades sepluaginia decisum est ou decisœ sunt; ce qui fait que le sens est : dccretœ ruinœ.
(3) lbid.
quité et qui introduira la justice éternelle. Or, tous les prophètes ont unanimement annoncé que telles étaient les fonctions du Messie, que c'était là ce qu'il devait pleinement accomplir, surtout Isaïe, LXI, 1 ; Zacharie, III, 8 ; Malachie, III et IV; de sorte que saint Pierre a dit sans hésiter, (du Christ, Act., X, 43 : « Tous les prophètes attestent que tous d ceux qui croient en lui reçoivent la rémission des péchés par » son nom (1). » Cette prophétie annonce aussi que celui qui doit venir est appelé Saint des saints, ou, si on aime mieux, Sanctum sanctorum, sanctitas, sanciitatum, ou sanctissimum, et que c'est dans sa personne que doit s'accomplir la vision ou la prophétie. Or si, par Sanctum sanctorum, on doit entendre une personne, comme le traduisent, non-seulement la version Yulgate latine, mais encore les Septante et Théodotion (2), il
(1) Voy. le texte grec.
(2) Les Septante, d'après le sentiment commun, traduisent : et ungatur Sanctus sanctorum; car, gramm., le mot est à l'accus., et Théodotion traduit de la même manière, comme on le voit dans les Hexapl. d'Origène, II, p. 336. Ce qui fait que ces interprètes ont entendu les mots Sanctus sanctorum d'une personne. Ce ne sont pas seulement les interprètes chrétiens et les anciens Juifs qui ont pensé que ces mots désignaient une personne; les Juifs ont même pensé qu'ils désignaient le Messie, comme le démontre longuement Raym. Martini, II, chap. 3, § 16, au moyen de témoignages tirés du Berescit rabbà, R. MoseHaddarschan, des livres du Sanhédrin, dist. Chelk, R. Alexandre, R. Mose Nachmanide de Gerunde et de plusieurs autres personnes; nous nous bornerons à citer les paroles de Moïse, fils de Nachman; voici ce qu'il -dit, expliquant ces paroles : « Le Sanctuaire des sanctuaires (ou le Saint des » saints) c'est le Messie sanctifié des fils de David. » Schoettgen cite encore d'autres témoignages puisés dans les livres des Juifs, Heures hébr., tom. II, p. 263 et suiv.
Il en est plusieurs cependant qui prétendent que les mots hébreux ne peuvent se prendre d'une personne qu'au figuré. Et ils concluent qu'ils ne peuvent pas se prendre d'une personne, de ce que jamais, dans les Ecritures, on ne les applique à une personne, bien qu'on les y lise quarante-trois fois, et que, pour deux raisons, on doit les entendre dans un sens figuré : 1° parce que toutes les fois qu'il est parlé d'une onction matérielle et extérieure, cette onction s'explique, disent-ils, symboliquement de la sainteté intérieure, comme Exod., XXX, 22 et suiv., 409 et suiv., comp. avec Zach., IV, où l'huile est le symbole de l'Esprit de Dieu. 2° Parce qu'on voit plusieurs passages où l'onction se prend dans un sens métaphorique, tel que Ps. 44, 8, 9; Is., LXI, 1; III liv. Rois, XIX, 15 et suiv. On appelle, dans le N.-T., les dons du Saint- Esprit chrismata, I saint Jean, II, 20, 27; Act., IV, 27,10, § 8; II Cor., 1,21; et ils en concluent que le mot hébreu a la même signification Nouveau temple de Dieu, Eglise du Nouv.-Test., et par suite, qu'il désigne son chef, son auteur, savoir, le Messie. Aussi l'onction du Messie signifiait-elle -uniquement l'effusion des dons du Saint-Esprit, qui lui furent conférés pour remplir son ministère suprême, comme on le voit Is., XI, 1, et au baptême au moins pour la mis-ion extérieure. Voy. Hengstenberg, 1. c, p. 444 suiv. Voy. aussi Scholl, Comm. sur les soixante-dix semaines de Daniel, Francfort-sur-le-Mein , 1831.
de l'époque de l'avènement du messie promis. 49 est évident, qu'ainsi entendue, elle désigne le Messie, que seul on peut appeler Saint par excellence, et comme il est réellement appelé, Ps. 15, 10, et Is. XII, 6. Si, au contraire, comme d'autres le préfèrent, on prend les mots sanctum, sanctorum au neutre, de sorte qu'ils désignent une chose et non une personne, cette opinion revient au même; car, dans ce sens, il s'agit du temple mystique qui doit être oint spirituellement, et qui est opposé au temple temporel qui, suivant le Prophète, doit être détruit; et par conséquent il signifie le Messie, qui, d'après les prophètes, devait être le siège de Dieu, tel que Zach., VI, 12; Ps. 14, 1; Ps. 21, 4; il devait même être, qui plus est, l'Emmanuel, ou Dieu avec nous, Is., VII, 14. En lui ont été complétées et scellées et la vision et la prophétie, comme étant seul le terme et la fin des prophéties. Enfin, celui qui est promis est appelé Messie et Prince ou Chef (1); il doit
(1) C'est en vain que Berthold et les autres interprètes qui n'admettent pas le Messie, prétendent que le Messie, Prince de l'Ecriture, s'applique à un prince étranger. 1<> Car les biens que de toute part les prophètes (v. 24) prédirent, s'entendent du temps du Messie; si donc il y est question du roi qui doit venir vers la soixante-neuvième semaine, il s'ensuit qu'il dut venir peu de temps avant l'effusion de ces biens, et que c'est l'auteur même de ces biens qui est désigné ici. 2° Le nœud causal entre la personne et la distribution de ces biens est indiqué par le mot hébreu. Or, nous avons démontré que le mot sanctissimum désignait le Messie lui-même. 3» L'expression hébraïque n'exclut pas la relation au Messie, puisque cette même expression est employée par Ioaïe, LV, 44; Isaie, IX, 6; Mich., V, 1; Ezéch., XXXIV, 24; il en est de même de celle dont il s'agit ici, et qui indique la relation du particulier au général, et qui s'applique évidemment au Messie. Le mot hébreu, que le prophète emploie dans cette circonstance, sert à désigner un prince théocratique ; voy. I Rois, X, 1. Mais jamais roi païen ne fut ainsi désigné. Ce mot n'est employé pour Cyrus (ls., XLV, 1) que soit à cause des rapports spéciaux qu'il y a entre lai et la théocratie, soit à cause des dons que Dieu lui accorda pour sauver les Juifs; soit parce que, par son décret, il commença à connaître le vrai Dieu (voy. liv. Il, Parai., c. ult; Esd., I, 2), soit parce qu'il était une image typique du Christ-Messie. On peut même le considérer comme un roi théocratique, et c'est ainsi que le regarde Is., XLV, 1, 4. C'est aussi ce que prouve le contexte. Car s'il y a un mot qui leur est commun, il y en a un aussi qui les distancie et qui établit une opposition réelle. Or, d'après Ezéchiel, XXI, 32, il n'y eut pas de roi théocratique depuis Daniel; donc il s'agit ici du seul Messie. 5° Enfin le terme auquel doit s'accomplir cette prophétie indique-t-il le moment de la naissance du Christ ou celui de sa manifestation publique ? On admet généralement ce dernier point. .Voy. Pét., Science des temps, tom. XII, c. 33, tom. II, p. 264. Mais les soixante-neuf semaines, comme nous le démontrerons plus bas, se terminent au Christ. Après les soixante-dix semaines, l'œuvre du salut doit être achevée; jusqu'au Messie, il s'écoule soixante-neuf semaines, et il doit mourir au milieu de la soixante-dixième. Donc il reste trois ans et demi. Aussi le mot hébreu a-t-il la même valeur que celui-ci : jusqu'à la manifestation publique du Messie. Berthold lui-même pense que ces paroles s'appliquent au Messie; voici ce qu'il dit : « S'il n'est ni. k
en outre confirmer le pacte de Dieu et des hommes. Bien que, dans les Ecritures, il y en ait d'autres qui soient appelés christs ou chefs y le Messie seul pourtant est appelé Ch?ist et Chef par excellence, et Isaïe dit fréquemment qu'il est donné pour Y alliance du peuple, surtout LXII, 6, etLXIX, 8; Ma- ( lachie l'appelle en outre, III, 1, Y Ange du Testament ou de l 'alliance. Les paroles de Daniel, ainsi que les accessoires de sa prophétie, sont donc tels que, prise soit à part soit dans son ensemble, elles s'appliquent au Messie seul.
C'est aussi ce que prouvent admirablement et l'ancienne synagogue, et le sentiment et la croyance des anciens rabbins. Quant à la croyance de la synagogue, outre le rabbin Manassès, qui avoue que ses concitoyens pensent que la prophétie de Daniel s'applique au Messie, et qui avoue en outre que tous les Juifs qui prirent les armes sous Titus ou sous Yespasien furent du même avis; c'est aussi ce qu'atteste Josèphe, qui, d'après la croyance qui avait cours en son temps, dit que la prophétie de Daniel se rapporte à ce temps-là (1). C'est la seule cause, d'après les rabbins, pour laquelle Jonathan-Ben-Uziel ne publia pas sa paraphrase vulgaire sur le Cheduvien ou les Hagiographes, parmi lesquels se trouve Daniel, parce qu'il indique nettement l'époque de l'avènement du Messie, comme le prouve catégoriquement Rasci (2). Le Messie, de plus, d'après ces mêmes auteurs, dans le Berescit rabbà, chap. 14, sur la Genèse, p. 264, doit amener la justice des siècles; bien plus,
» pas nécessaire, il est au moins très-naturel d'appliquer ces paroles au Messie » Jésus, à sa mort et à sa croix. » Voy. Hengstenberg, 1. cit., p. 460.
(1) Arch., 1. X, § c. il, § 7, il dit : « Daniel a parlé de l'empire des Romains Tb et des grands ravages qu'ils feraient, » savoir, dans notre pays. Mais il s'exprime plus clairement encore dans sa Guerre des Juifs, liv. IV, c. 6, § 2, où il dit des zélateurs : « Ils firent que la prophétie qui avait été faite contre » le peuple s'accomplit. Car il y avait une ancienne tradition qui portait que » la ville serait prise , et que le temple du Seigneur serait brûlé , par droit » de guerre, dès que se serait élevée la sédition, et que des mains étrangères » auraient souillé le lieu saint. Quoique les zélateurs ne niassent pas cela, ils » s'en sont pourtant faits les instruments. » Hudson et Relaud sont du même avis sur ce point; ils pensent que cette tradition n'est autre chose que l'explication traditionnelle de la prophétie de Daniel, IX, 26.
(2) Seder-Holam, sur le Jalckut Siméon II, p. 79, 4 : « Le R. José dit : Il y a » soixante et dix semaines de la dévastation du premier temple à celle du » second. » Meghillah, fol. 3, 1 : « Pourquoi fut-il défendu à Jonathan, fils » d'Uziel, de publier le Targum hagiographique? » — Rép. « Parce qu'on y » trouve l'époque de l'avènement du Messie. » Rasci, là : « L'époque de » l'avènement du Messie se trouve dans Daniel. » On peut voir les autres témoignages dans Schoettgen, ouv. et liv. cit., pag. 264 et suiv.
de l'époque de l'avènement du messie promis. 51
le Messie est la justice éternelle; il est le Saint des saints, comme l'avouent Nachmanides, Moïse de Géronia, et Moïse Iladdarschan (1); bien plus, le R. Mordachai, dans son Scemen Amischà Aftarà, I, fol. 12 , avoue que le Messie est celui à l'avènement duquel conduisent les soixante-dix semaines de Daniel (2). 11 est donc constant, soit que nous interrogions l'ancienne synagogue, soit que nous consultions les anciens rabbins, que la prophétie de Daniel s'applique au Messie.
Quant à la seconde question, savoir, que cette prophétie détermine l'époque de l'avènement du Messie, on le prouve:
1. par la relation de ces soixante -dix semaines, avec les soixante-dix semaines d'années par lesquelles Jérémie prédit la captivité de Babylone, comme le prouve le contexte luimême (Dan., IX, 2). Mais personne ne peut dire que Jérémie a pris ces soixante-dix ans pour un temps indéterminé; il est évident aussi, et pour la même raison, que Daniel n'a pas pu prendre les soixante-dix semaines pour un temps indéterminé.
2. Par les caractères intrinsèques de la prophétie elle-même, qui indiquent une fixation chronologique. Car ne serait-ce pas en vain que le temps que comprend cette période de soixantedix semaines serait divisé en sept semaines, en soixante-deux semaines et en une semaine, et qu'il est encore divisé en deux, si le Prophète n'eût parlé d'un temps déterminé? 3. De ce que les deux termes sont clairement exprimés, savoir, le terme à partir duquel elles doivent commencer, qui doit être celui de la promulgation , de Y ordre, du décret de la réédification du temple, et le terme où doivent finir ces semaines, qui est celui qui précède la ruine de la ville et du temple. 4. Ce qui le prouve encore, c'est l'analogie de cette prophétie avec les autres du même prophète ; Daniel détermine, en effet, les temps où doivent s'accomplir les autres événements, tel que, ch. 4, et 12, 5. Enfin, par la croyance unanime des anciens Juifs, comme le prouve ce que nous avons dit un peu plus haut. Donc :
Il nous reste donc maintenant à établir que la prophétie de Daniel s'est accomplie, et la tâche est facile, d'après les principes que nous avons posés. D'après la prophétie de Daniel, il dut s'écouler, à partir de la promulgation du décret de réédifi-
(1) Ibidem.
(2) Derosfi, ouv. cit., p. 98, où se trouve le texte du R. Manassès, tiré da livre du Terme de la vie, p. 175.
cation de la ville jusqu'à sa destruction, soixante-dix semaines d'années, c'est-à-dire quatre cent quatre-vingt-dix ans; et c'était pendant ce temps-là que devait venir le Messie, qu'il devait recevoir l'onction, qu'il devait être mis à mort; c'était aussi pendant ce temps-là que devaient cesser les sacrifices de l'ancienne loi, que devait s'accomplir la vision, que devait être effacée l'iniquité, que devait venir la justice éternelle. Or, il y a dix-huit siècles que la ville et le temple sont détruits, que les sacrifices ont cessé, ou qu'est passée Y époque que Daniel avait assignée à l'accomplissement de sa prophétie; donc, ce qui devait se passer pendant ce temps-là s'est accompli, savoir : que le Messie est venu, qu'il a été oint, qu'il a été mis à mort, que la vision et la prophétie se sont accomplies , que l'iniquité a disparu et que la justice éternelle s'est manifestée ; ou, ce qui revient au même, il est constant, d'après la prophétie de Daniel, que l'époque assignée par Daniel à l'avènement du Messie est passée, et que le Messie est venu.
I. Obj. Il est faux, ou au moins il est incertain, que cette prophétie de Daniel s'applique au Messie; 1 . car on ne sait pas si Daniel n'a parlé que d'un seul ou a parlé de plusieurs messies (1); 2. on ne sait pas s'il parle de Cyrus ou d'Antiochus-Epiphane, comme le prétend Marsham , ou d'Alexandrele-Grand, ainsi que le veut Rosenmuller avec Berthold, ou de Séleucus IV, frère de Philopator et prédécesseur immédiat d'Antiochus-Epiphane, qui mourut par le poison, ou même de Séleucus II; 3. or, l'explication de Marsham, qu'admettent en substance les autres interprètes modernes, renferme des choses qui la rendent et plus probable et plus certaine. C'est aussi ce que prouvent le but du Prophète, qui n'avait souci que du sort futur de son peuple, comme aussi de celui de la ville et du temple; le calcul chronologique qui conduit à ce temps-là; l'inauguration du Saint des saints ou du temple, qui eut lieu sous Judas Machabée; la désolation du temple, qui dura jusqu'à la fin de la guerre; la confirmation de l'alliance, qui se contracta dans une semaine avec plusieurs, et qui eut lieu soit
(1) Tel est le sentiment des interprètes qui n'admettent pas le Messie dont i\ est ici question. Winer, dans son Petit Dictionnaire , prononce, comme du naut d'un trépied, « qu'il n'est question nulle part du Messie dans TAncien- » Testament »
par la constance des Juifs fidèles , soit par l'adhésion à Judas Machabée; le manque d'hosties ou de victimes et d'holocaustes au milieu de la dernière semaine, toutes choses qui s'accomplirent littéralement en ce temps-là ; enfin , la disparition du péché et de l'iniquité, ou la cessation des châtiments qu'encouraient les Juifs par leurs péchés, peines qui, dans l'Ecriture, sont appelées parfois péchés (1); comme aussi l'introduction de la justice éternelle, savoir, de la justice légale, en tant que désormais les Juifs ne se souillèrent plus par l'idolâtrie ou l'introduction du bonheur dont devaient jouir dorénavant les Juifs, sur qui ne pesait plus le joug de la servitude. 4. Donc, comme et la chronologie et tout ce qui entoure la prophétie elle-même s'est merveilleusement accompli au temps des Machabées , il n'est pas surprenant que les interprètes catholiques eux-mêmes, Hardouin et dom Calmet, aient admis sommairement et sans hésiter (2) cette interprétation. 5. Ou plutôt, comme le prouvent avec quelque fondement, Berthold, et Rosenmuller et plusieurs autres, que quelque faux Daniel, voyant que la prophétie de Jérémie, relative à l'état heureux qu'il avait annoncé aux Juifs, ne s'accomplissait pas dans le temps qu'il avait fixé, imagina, dans l'intérêt et pour l'honneur du Prophète, qu'il ne s'agissait point simplement de soixantedix années, mais qu'il s'agissait, au contraire, de soixante-dix semaines d'années ; et qu'il a fait concorder toutes les paroles de la prophétie avec les événements (3) , comme le font ordinairement les prophètes. Donc :
Rép. N. A. Quant à la première preuve, N. Car, quoique le Christ ou Messie ne soit pas expressément désigné ici, le contexte et l'opposition qu'il établit entre un roi étranger, prouve clairement de qui il est question. Car celui qui doit venir à la fin de la soixante-deuxième semaine (qui, comme nous l'avons dit, doit se montrer publiquement), est appelé Messie, Chef ou Prince. Quel autre Messie, que celui dont nous avons parlé, sera mis à mort après sept et soixante-deux semaines? De plus,
(1) Voy. Calmet, Diss. sur les soixante-dix semaines de Daniel, qui se trouve en tète du Commentaire sur ce même prophète. Or , il pense que par ces mots : Le péché sera détruit, etc., il fait allusion à Jérém., L, 18 et suiv., où il est question de la délivrance de la captivité.
(2) Hardouin, Chronologie de l'Ancien- Testament, Paris, 1609; Calmet, diss. cit.
(3) Tel Rosenmuller, sur Daniel, c. 9, p. 322, Leips., 1832.
la mort du Messie est posée comme principe causal de la ruine de la ville et du temple, comme son avènement (v. 25) se lie avec la collation des bienfaits (v. 24). Or, comme la bénédiction et la malédiction ont eu lieu en même temps, qui ne voit que l'auteur en est le même ? D'autant mieux que la mort violente du Messie est annoncée, et Ps. 21, 17, et Is., LUI, 5, et Zach., XII, 10. Il est donc faux de dire que l'on ne sait pas d'une manière certaine si Daniel parle, dans sa prophétie, d'un ou de plusieurs christs (1).
Rép. 2. N. Car si, comme nous l'avons dit précédemment, l'Ange , dans cette prophétie , ne parle que d'un seul et même Messie, qui doit venir et qui doit être mis à mort, comme aucun de ceux dont nous parle notre adversaire n'est mort de mort violente, surtout n'a été mis à mort par le peuple, il en résulte évidemment que cette prophétie ne peut s'appliquer ni à Cyrus, ni à Antiochus-Epiphane, ni à Alexandre-le-Grand. Les accessoires de cette prophétie , que nous avons énumérés plus haut, s'appliquent bien moins encore à aucun d'eux, non plus que la chronologie, comme le prouvera ce que nous établirons par la suite. On peut en dire autant pour ce qui est de Séleucus II et de Séleucus IV ; tout ce que notre adversaire avance ici est purement gratuit et arbitraire, et n'a pas même le plus léger fondement.
Rép, 3. N. Car I. le but que se propose le Prophète est contraire à l'assertion de nos adversaires, parce que , bien que le but de Daniel ait été de prier, d'après la leçon des prophéties de Jérémie, on ne lit nulle part qu'il ait prié pour le rétablissement précisément pour l'année que Jérémie avait annoncée à l'avance. Sa prière avait pour objet de demander le rétablissement, et du peuple, et de la ville, et du temple, sans que l'époque en soit précisée nulle part. Il est donc faux que la question n'embrasse que le rétablissement extérieur, et que la réponse ne concerne que le Messie. La prière a pour objet principal la rémission des péchés (v. 1 9) . Mais, comme de l'avis de tous les prophètes, le Messie devait pleinement les remettre, cette prière comprenait donc déjà l'avènement du Messie et de son règne. La réponse a pour objet, de plus, le peuple, la ville, le temple, qui ont une connexion réelle avec le Messie lui-même et ses destinées, dont F Ange parle plus loin. La réponse divine
(1) Voy. Hengstenberg, ouv. cit., p. 472 et suiv.
de l'époque de l'avènement du messie promis. 55
s'accorde donc parfaitement avec la pensée et la prière do Daniel (1).
IL Cette assertion trouve aussi sa réfutation dans la chronologie. Car si Y époque de laquelle partent les soixante-dix semaines de Daniel date du décret de réédification de la ville, comme le prouvent les paroles de l'Ange, cette époque remonte à la vingtième année du règne d'Àrtaxerxès-Longue-Main (Néhém., II, 1 suiv.). Or, en comptant 483 à partir de l'an 20 dv Artaxerxès , on arrive à l'an 782 de la fondation de la ville, ou à l'an 1 5 de Tibère-César, c'est-à-dire au moment de la manifestation publique du Christ (Luc, III, 1 et suiv.); et par conséquent on arrive à une époque fort éloignée du règne d'Epiphane, ou de tout autre prince désigné par nos adversaires (2), comme étant celui en qui devait s'accomplir la prophétie.
III. L'inauguration du temple n'est pas en sa faveur non plus ; 1 . car il ne s'agit pas dans la prophétie , comme le pensent nos adversaires, de Y inauguration ou de Y onction du temple ; car il est certain, d'après la tradition constante des Juifs, que le second temple ne fut jamais consacré, comme il est écrit du tabernacle qu'il le fut, Exod., XXX, 22 et suiv., ni sous Zorobabel, ni sous Judas Machabée (3); 2. parce que,
(1) Jahn, Appendice herméneutique, art. 1, Vienne, 1813, p. 125 et suiv.; il prétend, après Dathe, qu'il ne faut pas lire soixante-dix semaines, mais bien soixante-dix soixante-dix années, etc., comme si l'Ange avait répondu, dans ce cas, par une affirmation plus positive à la prière fervente de Daniel: Soixante-dix; or, il s'écoule ainsi soixante-dix ans, ou se hâtent, c'est-à-dire se précipitent vers leur fin, etc., en suppléant, dans le second verset, le mot supprimé par élision dans le premier. Mais cette interprétation de Jahn est arbitraire pour plusieurs raisons. 1° Parce que le mot semaines se trouve dans tous les manuscrits , sans exception; Kennicott en compte même treize où le mot se trouve en toutes lettres. Derossi y en ajoute cinq autres qui contiennent la leçon tout entière. Voy. Derossi, Variantes des leçons de l' Ane- Test., Parme, 1788, vol. IV, p. 143. 2° Parce que toutes les anciennes versions reproduisent la même leçon. Voy. Bible Waltonienne, sur ce passage. 3° Parce que les Hébreux, anciens et modernes, tiennent la même leçon.
(2) Voy. Pétau, de la Science des temps, liv. XII, c. 32, édit. d'Anv., 1703, vol. II, p. 261 et suiv.
(3) Ceux qui rapportent les choses qui sont énumérées au v. 24 au temps qui suivit immédiatement la fin de la captivité, comme Michaëlis et Jahn, rapportent, ces paroles à l'inauguration du temple rebâti par Zorobabel et Josué ; et ceux qui les rapportent au temps qui suivit l'oppression d'Aiitiochus- Epiphane, les rapportent à la nouvelle inauguration qui eut lieu après la profanation des Syriens. Et, dans l'un et l'autre cas, c'est improprement que l'on fait dire au mot hébreu qu'il signifie inaugurer, puisque, dans l'un et l'autre cas, il n'y eut pas proprement onction, et que, de l'avis de tous les Juifs,
ainsi que nous l'avons observé , il ne s'agit point ici du second temple matériel, mais bien d'une personne, comme le prouvent les anciennes versions , l'interprétation des anciens rabbins et le contexte ; 3. parce que, dans l'hypothèse de nos adversaires, cette consécration, d'après la prophétie, aurait eu lieu après l'an 490, mais, v. 27, c'est pour ce temps qu'est prédite la destruction du temple et non son inauguration ; 4. parce que cette hypothèse est contraire à la chronologie.
IV. Cette interprétation a encore contre elle la désolation du temple, telle que nos adversaires la supposent; car 1. les Syriens ne dévastèrent ni le temple, ni la ville ; ils profanèrent seulement le temple, pendant que Daniel parle d'une dévastation proprement dite (d'une inondation, représentant une invasion à main armée sous la figure d'une inondation); 2. il parle en outre de la dévastation dont il est question sur la fin du v. 25; il dit qu'elle est arrêtée et irrévocable; aussi est-il prédit qu'en vertu d'un décret irrévocable de Dieu, la ville et le temple doivent être ensevelis sous leurs ruines, v. 26; aussi est-il prédit, au v. 27, qu'ils seront l'un et l'autre ensevelis sous des ruines éternelles ; 3. parce que c'est à faux et gratuitement que nos adversaires supposent que la désolation du temple ne doit durer que jusqu'à la fin de la guerre, ou pendant soixante-dix semaines, puisqu'il s'agit d'une dévastatiou perpétuelle (1).
le second temple ne fut jamais consacré par l'huile sainte. Mais cette interprétation est fausse 1° parce que jamais l'expression qui se trouve ici, dans l'hébreu, n'est appliquée à un temple matériel; elle est toujours accompagnée d'un article, II Parai., III, 8, XXVI, 33; III Rois, VI, 16; elle se dit des autres choses sacrées, comme d'un autel, des sacrifices, du meuble, etc.; V. Concord., Buxtorf , voy. Ezéch., XLI, 4, avec XL1II , 12, XLV, 3; I Parai., XXIII, 13; elle doit être expliquée comme le fait Leclerc : « Tout ce » qui était consacré. » 2<> L'inauguration extérieure du temple ne cadre point avec le contexte, où sont promis les dons spirituels de Dieu, qui se rapportent à l'extirpation des péchés et qui portent les caractères du Messie ; le Prophète doit donc se proposer pour fin quelque chose de plus sublime, telle que la fin de l'oppression religieuse unie au commencement du règne du Messie. 3» S'il s'agit d'une nouvelle inauguration, on ne voit pas pourquoi le Prophète ne s'est servi que de paroles désignant simplement le Saint des saints, au lieu de se servir de paroles désignant tout le temple. C'est ce qu'a senti Berthold, p. 651, et, pour échapper à cette difficulté, il a cité comme exemple ce qui se lit, II Mach., V, 15; mais, vains efforts, parce que, bien que l'expression soit relative et bien qu'appliquée au temple, elle indique uniquement le Saint des saints; voy. Hengstenberg, Christologie, pass. cité, p. 439 et suiv.
(1) Le mot hébreu qui représente les mots stillabit {tombera goutte à goutte, ou sera déversé, pleuvra)) v. 27, est considéré comme le type fonda-
DE i/liFOQUE DE l' AVÈNEMENT DU MESSIE PROMIS.1 57
V. Cette interprétation ne repose pas non plus sur le pacte fait avec Dieu, dont ils parlent ensuite, soit par la constance des Juifs fidèles , soit par l'adhésion à Judas Machabée ; car, d'après l'article préfix, le mot multis [un grand nombre) indique que le grand nombre dont il s'agit ici appartient à un certain genre déterminé, savoir, ceux qui étaient l'objet des promessoe divines, c'est-à-dire les Juifs fidèles, comme le prouve le sujet occasionnel de la vision (1); il est en outre question de l'alliance que le Messie promis devait faire avec le peuple (2).
VI. Nos adversaires ne sont pas plus heureux dans leurs assertions relatives au manque d'hosties, de victimes ou de sacrifices; car tout cela ne manqua que partiellement sous Antiochus, pendant que, dans la prophétie, il s'agit d'un manque total et perpétuel, lié à la dévastation du temple et de la ville (3), lié en outre à la mort du Messie, et cette suppression totale des sacrifices n'est considérée que comme une conséquence de la mort de ce même Messie.
VII. Les assertions de nos adversaires, relatives et aux châtiments des péchés, et à la justice légale, et à la liberté et au bonheur que les Juifs devaient obtenir, ne sont enfin non plus
mental dans la destruction de Sodome et de Gomorrhe ; il est employé pour indiquer la pluie naturelle, Iï Rois, XXI, 10; d'après le IX, 33, pour la pluie surnaturelle, Gen., XIX, 24; aussi est-il appliqué aux impies au figuré, Ps. 10, 6; Ezéch., XXXVIII, 22; Parai., XXXIV, 21; Jérém., VII, 20, etc. Cette expression indique toujours une ruine totale; aussi est-il impossible de l'appliquer au règne des Machabées. Voy. Jahn, Append., diss. I, p. 164; Hengstenberg, p. 153 et suiv.
(1) Voy. Gompeg. Vitringa, des Observances sacrées, liv. III, Franéquère, 1691, lom. 11, p. 257 et suiv.
(2) Savoir, avec ceux qui sont l'objet des promesses divines.
(3) Voy. ce qui a été dit précédemment. Nous ferons observer en outre ici que cette suppression des sacrifices peut être considérée sous un double point de vue : en tant qu'elle est un bienfait, et en tant qu'elle est un châtiment. En tant que bienfait, le culte lévitique fit place au culte réel, dont il n'était que la figure ; en tant que châtiment, il est la punition de la partie infidèle du peuple qui mit à mort le Messie. Or, le contexte même prouve que la mort du Messie fut la cause de la suppression des sacrifices et de la destruction du temple. Et, si la suppression des sacrifices et du culte lévitique est un effet de la mort du Messie, il s'ensuit évidemment qu'il ne s'agit pas d'un simple fait, mais d'une abrogation légitime. La mort du Fils de Dieu a déjà abrogé l'ancienne alliance; donc le culte que l'on rendait à Jéhovah sous cette alliance n'a plus de raison d'être; qu'importe le temps pendant lequel il a été réellement pratiqué encore. J'en dis autant de la destruction extérieure de la ville et du temple, car la répudiation et la mort du Messie faisaient que la ville n'était plus sainte, que le temple n'était plus la maison de Dieu, que l'abomination y avait pénétré. Voy. Zach., XI; voy. Hengstenberg, ouv. cit., p. 492 et suiv.
d'aucune importance pour leur thèse; car il s'agit, dans la prophétie, des péchés eux-mêmes et de la justice proprement dite, comme d'un bienfait ou d'un don que le Messie, qui est l'objet premier de cette prophétie, devait apporter, et qui devait véritablement effacer les péchés et amener la justice qui accompagne la rémission des péchés, d'après ces paroles d'Isaïe, LIE, 10, 11. Au reste, on y compare les péchés avec Y iniquité et la faute, qui est la signification fondamentale de ce mot ; il est évidemment question , d'après le contexte , du pardon des péchés et des fautes, et l'accumulation des mots est telle ici, qu'elle embrasse la masse des péchés du genre humain, comme il en est qui l'ont observé (1). La justice qui doit être apportée est aussi appelée éternelle, c'est-à-dire continuelle, perpétuelle; on voit par conséquent qu'en l'expliquant, soit du châtiment des péchés, soit de la justice légale ou de l'ancienne liberté que l'on devait recouvrer, cette interprétation est forcée, puisque, d'après la prophétie, il s'agit bien plutôt de la désolation, de la punition d'un peuple infidèle et de l'abrogation totale de la justice légale (2).
(1) Certes, ce qui est annoncé dans les trois premiers membres se rapporte parfaitement à la confession des péchés faite par Daniel, v. 5 du même chapitre, où il ne s'agit pas du châtiment des péchés ou seulement des péchés typiques, mais bien des péchés proprement dits; car il dit : « Nous avons » péché, nous avons commis l'iniquité, nous avons agi avec impiété, et nous » nous sommes écartés de vos commandements et de vos jugements. » Donc, à moins de soutenir que l'Ange, v. 22, annonça à Daniel quelque chose de contraire à sa prière, il faut avouer qu'il ne s'agit point du châtiment des péchés, mais bien des péchés eux-mêmes, et que cette horreur de la destruction future de la ville et du temple est tempérée par la nouvelle du salut.
(2) Cette justice est appelle éternelle, parce qu'elle a pour principe un décret éternel de Dieu et qu'elle doit éternellement durer, par opposition à la justice et à la grâce transitoires de l'ancienne alliance et à toutes les créatures qui sont sujettes au changement. Cette explication s'appv.ie sur les Septante, Théod., la Vulg., la version syriaque et les anciens interprètes, si on en excepte quelques-uns, comme le R. Baraehia, dans la Berescit rabbà, sur le v. 14, il dit : « C'est là le Roi-Messie, de qui il est écrit, Dan., IX, qu'il » doit apporter la justice des siècles ou éternelle, » cité par Raym. Martini, p. 285, éd. citée. Mais il est facile d'accorder cette explication avec la précédente, puisqu'il y est question de l'auteur éternel lui-même.
J.-D. Michaëlis, et quelques interprètes modernes après lui, explique ainsi ces paroles de cette prophétie : « Pour ramener l'innocence des premiers » temps; » mais c'est en vain, 1° parce qu'il ne s'agit point ici de justice subjective ou de probité subjective, mais bien de la justice objective, en tant qu'elle est un don de Dieu, tout comme la rémission et le pardon des péchés, dont il est question plus haut, qui est pareillement objectif; voy. Ps. 131, 9.' 2° Parce que Daniel exalte (II, 44, VI11, 18, 27) l'éternité du règne du Messie et de ses dons. 3° Parce qu'il est faux que l'expression hébraïque désigne
Rép. 4. Je nie la conséquence, comme étant déduite de prémisses fausses. Si Hardouin et Calmet, tout en admettant que la prophétie de Daniel concerne le Messie, admirent néanmoins, en partie, l'interprétation de Marsham, ils agirent ici imprudemment et sans motifs graves; et les preuves qui réfutent l'interprétation de Marsham et des autres antimessiniens les réfutent aussi.
Rép. 5. Bien plus, l'hypothèse de Berthold et (Je Rosenmuller est on ne peut plus mauvaise : 1 . parce que, bien qu'ils fassent profession de christianisme, ils ne rougissent pas d'arguer de mensonge le Christ lui-même, qui, Matth., XXIV, 15, non-seulement soutient que la prophétie de Daniel s'applique à la désolation future du temple, mais qui la donne même comme une chose vraie, en ce qui concerne et la ville et le temple, disant qu'en ce point encore elle doit s'accomplir : « Lorsque vous verrez l'abomination de la désolation prédite » par le prophète Daniel [non pas par le faux Daniel) envahir » le lieu saint, que celui qui lit comprenne. » On lit la même chose dans saint Marc, XIII, 14; saint Luc, XXI, 20; 2. parce que cet auteur imaginaire, dans l'hypothèse de nos adversaires, aurait accusé Jérémie de fausseté et lui eût fait une illusion parfaite. 3. Parce qu'il n'eût pu faire illusion à personne, puisque la nation juive tout entière voyait dans la prophétie de Jérémie les soixante-dix ans de la captivité (1). 4. Parce que le fait est opposé à cette interprétation; car notre auteur suppose, c. 1, 21, etc. 9, 2, la prédiction des soixantedix années, et il indique par là qu'il attend le Messie à cette époque, et il affirme qu'il vécut l'an premier de Gyrus. 5. Parce qu'il eût présenté Daniel comme un ignorant en histoire et ne
simplement et primitivement une durée indéterminée, et non une éternité, comme le prouve, à plusieurs reprises, Hengstenberg, 1. c, p. 427 et suiv. Ceci ruine aussi les interprétations de ceux qui prétendent que la justice éternelle désigne Y ancienne justice, comme celles de ceux qui soutiennent que ces mots renferment un sens hyperbolique, puisqu'il est impossible d'en assigner la cause ; soit enfin de ceux qui, comme Berthold, n'y voient que l'expression de l'ancienne liberté affranchie de tout joug politique ou religieux. Toutes ces interprétations des modernes sont forcées et ne reposent que sur une hypothèse erronnée tirée de la relation des diverses parties de ce verset. Le sens naturel ne sourit ni à Michaëlis ni à Jahn, qui le rapportent au temps qui suivit immédiatement l'exil de Babylone, ni à Berthold, qui le rapporte au temps qui suivit immédiatement l'oppression d'Antiochus-Epipane. A ce verset répond exactement le Ps. 68, 28. (1) Voy. II Parai., XXXVI, 21.
connaissant rien à la chronologie (1). 6. Il est inconcevable comment ce faux Daniel donna pour terme de sa prophétie la désolation perpétuelle plutôt que la liberté conquise sous les Machabées , puisque l'on suppose que cet auteur écrivit postérieurement à cette époque. 7. Mais, sans nous arrêter à d'autres preuves, cette hypothèse absurde de nos adversaires tombe devant le témoignage unanime de la tradition hébraïque. Voy. I Mach., VIII et XI, Josèphe Flavius, Guerre des Juifs, liv. VI, c. 5, 9. Ajoutez à ceci l'attente générale où l'on était au temps du Christ, attente provenant et de cette prophétie et du c. 2 du quatrième règne. C'est ce qui fait que les derniers interprètes juifs n'osèrent pas même abandonner, dans leurs discussions avec les chrétiens, ce témoignage qui leur est si défavorable, non plus que nier qu'il a trait au Messie et à la ruine du peuple juif par les Romains (2) . Il nous reste donc à conclure que cette hypothèse des rationalistes et des méthodistes est un monument incroyable de l'incrédulité et de l'impiété où les a poussés le principe protestant.
II. Obj. Quand même on admettrait l'authenticité de ces prophéties, il ne serait pourtant pas permis de considérer ces passages comme assignant d'une manière positive et certaine, à cette époque-là, le commencement et le complément du règne du Messie. Car, 1. si le Rédempteur refuse même aux anges qui sont dans le ciel la connaissance de l'avenir, s'il dit qu'il ne connaît lui-même ni le temps ni l'heure, Matth., XXIV, 36; Marc, XIII, 22, et même après sa résurrection, Act., I, 6, 7, il n'est pas possible de supposer qu'un autre prophète en ait joui, même bien antérieurement à lui, de manière qu'il ait pu en indiquer exactement et chronologiquement l'époque au peuple, soit d'après la mesure ordinaire du temps, soit au
(1) De Cyrus à la mort d'Antiochus-Epiphane, il y aurait alors quatre cent quarante -un ans (soixante -trois sem. d'an.), quoiqu'il ne se soit pourtant écoulé que trois cent soixante-douze ans ; ce qui fait qu'il y aurait une erreur de soixante-neuf aD s dans le calcul. Mais, d'après ces interprètes, Terreur serait plus grande encore, V. G. Berthold, p. 716, parce que cet auteur n'admet, après Cyrus, que quatre rois des Perses, et qu'il affirme que Cyrus fut battu par Alexandre. La période perse serait donc plus courte de cent quarante -sept, bien que ces cent quarante - sept dussent être ajoutés aux soixante-neuf de l'ère des Séleucides. Celle-ci consisterait par conséquent dans un ensemble de trois cent quatre-vingts ans, qu'il faut diviser entre huit rois, y compris Antiochus-Epiphane. Or, l'erreur ici est telle qu'elle suppose une ignorance crasse, bien que Daniel se montre très-habile et dans son bis- i toire et dans sa chronologie.
(2) Voy. Schoettgen, du Messie, liv. II, p. 264.
moyen d'une mesure mystique quelconque (1). 2. Il est assurément incroyable que Dieu ait fait dépendre la foi de la chronologie (2) ; nous devons en conclure que Daniel n'a pas exactement déterminé, défini dans sa prophétie l'époque où devait venir le Messie.
Rép. N. A. Quant à la première preuve, D. Le Rédempteur dénie aux anges mêmes la connaissance de sa manifestation glorieuse au jour du jugement ou de son second avènement, C. il leur dénie la connaissance de son premier avènement sur la terre, N. Or, il ne s'agit uniquement, dans les passages cités, que de son second avènement sur la terre, avènement qui sera glorieux, et du jour du jugement dernier, que ne connaissent maintenant ni les anges ni les hommes, puisque Dieu n'a pas voulu le leur révéler. Mais il ne s'ensuit nullement que Dieu n'a pas révélé le temps du premier avènement du Messie ; le fait contraire est constant, car non-seulement Daniel, mais Jacob et les autres prophètes annoncèrent l'époque de l'avènement du Messie promis. La raison elle-même nous dit qu'il dut en être ainsi ; car, comme cet avènement devait être modeste et particulier, il fallait, pour que les hommes ne fussent pas trompés, qu'ils en fussent avertis ; et cette raison ne milite certainement pas en faveur de son avènement glorieux, qui aura lieu aux yeux de tout le monde.
Quant à ce qu'ils ajoutent, que le Rédempteur s'est dénié à lui-même la connaissance de l'avenir, nous y avons déjà répondu ailleurs en faisant observer que le Christ n'a pas pu ignorer ce jour, puisqu'il a indiqué lui-même tous les signes qui le précéderont, d'autant mieux qu'il est Dieu, comme nous le prouverons ; nous devons donc nécessairement en conclure qu'il parlait du jour de sa manifestation, lorsqu'il dit : Personne ne le sait, pas même le Fils (3).
Rép. 2. N. Car autrement il n'y aurait pas de prophétie qui déterminât la chronologie ou Fépoque d'un événement futur quelconque, ce qui est faux, comme on le voit soit par toutes les prophéties et de l'Ancien et du Nouveau-Testament, qui précisent d'une manière admirable l'époque à laquelle doivent s'accomplir les événements qu'elles annoncent (4) ; comme les
(1) Tel Bleck, Ephémérid. théol., III, p. 234.
(2) Tel Goccéius, cité par Hengstenberg, liv. cit., p. 522.
(3) Voy. Traité de la Trinité, p. 552; mais nous en parlerons encore plus loin.
(4) Voy. Gen., XV, 13; Is., Vil, 8, XVI, 14, XXI, 16, XXIII, 15, etc.;
prophéties où sont signalées les circonstances accidentelles et contingentes qui les entourent. Car en quoi diffèrent -elles des autres accessoires accidentels et contingents de la chronologie connue? Donc, ou il faut rejeter toutes les prophéties, ou il faut admettre que rien ne s'oppose à ce que Dieu , qui dispose et des temps et des moments, ne puisse faire que notre foi dépende tout aussi bien du temps que de tout autre événement.
III. Obj. Mais en admettant même que la prophétie de Daniel s'applique au Messie et qu'il détermine l'époque de soa avènement, on ne sait pas si cette époque est passée. 1. Car qui sait en effet d'une manière certaine si Daniel parle plutôt de semaines d'années que de semaines de jours, ou de semaines septénaires, ou de semaines jubilaires, puisqu'il ne nous dit rien qui puisse nous faire juger qu'il parle d'une espèce de semaine plutôt que de l'autre? Rien ne s'oppose en outre 2. à ce que nous prenions ces soixante-dix semaines comme des périodes distinctes les unes des autres, et séparées de manière qu'elles ne se succèdent pas immédiatement les unes aux autres; l'accent athnach, qui se trouve entre les sept premières semaines et les soixante-deux autres, indique assurément qu'elles sont divisées (1) ; on voit en outre que la dernière semaine est aussi divisée des autres, soit par le contexte, car autrement on ne voit pas pourquoi on établirait une distinction entre cette semaine et les autres ; on le voit aussi par les interprètes nombreux qui rejettent le complément de ces semaines à la fin de 1 empire juif. Ceci posé, comme on ne sait pas si l'intervalle qui les sépare est plus ou moins long, il est évident qu'il est impossible d'établir d'une manière certaine si l'époque désignée par Daniel est ou n'est pas passée. 3. Aussi y a-t-il un certain nombre de Pères qui rapportent le complément de cette époque à la fin du monde. Donc :
Rép. N. A. Quant à la première preuve, nous disons que la nature de ces semaines peut être déterminée positivement de plusieurs manières : et 1. la matière de laquelle elles traitent prouve elle-même qu'on ne peut pas les prendre pour des semaines de jours; car seize mois seraient certainement insuffisants à l'accomplissement de tous les faits qui sont annoncés
Jérém., XXV, 11, XXVIII, 16, etc., pour ne pas citer un nombre presque
infini de passages où se trouvent des prophéties dont l'époque est déterminée.
(1) Tel Rosenmuller, sur le c. 9 de Dan., p. 315 et suiv., et, avant lui,
Marsham.
DE i/ÉrOQFE DE L* AVÈNEMENT DU MESSIE PROMIS. 63
soit au v. 24, soit dans les versets suivants; Daniel, en outre, voulant parler, c. 10, 2, 3, de semaines de jours, emploie à plusieurs reprises le mot jour, ce qui démontre clairement qu'il entend parler ici de semaines d'un autre genre. 2. On ne peut pas entendre non plus de semaines septénaires, non plus que de semaines jubilaires, cette prophétie; c'est aussi ce que prouve la nature des choses dont elle annonce l'avènement Car, s'il s'agissait de semaines septénaires, il faudrait à Tac* eomplissement de ces choses 3,430 ans, et il faudrait 24,500 ans s'il s'agissait de semaines jubilaires, quoique la ruine de 1< ville et du temple, qui y était prédite comme devant avoir liei au bout des 70 ans, soit consommée depuis longtemps, comme chacun le voit. 3. Nous sommes donc nécessairement obligés d'admettre que Daniel parle de semaines d'années, et ces 70 semaines donnent 490 ans. L'Ecriture se sert parfois de semaines de ce genre, car il est fait mention de semaines semblables, Lévit., XXV, 8; Gen., XXIX, 27, 28, et ailleurs (1);
(1) Voy. Lévit., XXVI, 34, 35, 43, et II Parai., XXXVI, 21, où la septième armée est appelée le grand sabbat, ou simplement le sabbat. Donc, comme, ainsi que nous l'avons insinué, la cause principale pour laquelle l'Ange parle des soixante-dix semaines ou sabbat, c'est la relation de ce nombre avec les soixante-dix années de Jéremie, qu'il a prédit que les Juifs, après leur retour de la captivité de Babylone, resteraient soixante-dix fois sept ans de plus dans la patrie de leurs pères qu'ils ne restèrent dans l'exil. Certes, l'Ange n'eût apporté aucune consolation à Daniel s'il lui eût annoncé que, pour les soixante-dix ans passés dans la captivité, ils resteraient soixante-dix ans dans leur pays, et qu'ensuite ils subiraient une nouvelle catastrophe. Ajoutez à cela que le nombre soixante-dix, multiplié par sept, constituait un nombre sacré. Le cycle durait en outre sept semaine^ d'années, et c'est à cette époque qu'avait lieu la restitution civile entière; on doit donc regarder la domière des soixante-dix semaines d'années comme le plus grand des sabbats et comme le temps de la restitution spirituelle complète où tendait la loi, et que Daniel prédit, v. 24. Voici donc la raison pour laquelle l'Ange s'est plutôt serri du mot soixante et dix semaines que de celui de quatre cent quatrevingt-dix ans. Voy. Hengstenberg, liv. cit., p. 408 et suiv.
Nous ferons observer, en outre, contrairement à ce que pensent quelques anciens, tels que Jules Africain, Théodoret, et quelques modernes, tels que Huet, Pérère, etc., qu'il ne s'agit point d'années lunaires de trois cent cinquante-quatre jours, mais bien d'années solaires de trois cent soixantecinq. Car, outre que le prophète ne dit pas qu'il se sert d'années lunaires, il eût embrouillé les choses s'il eût parlé d'années lunaires. Prideaux démontre en outre, dans son Histoire des Juifs, part. I, 1. V, qu'au temps de Daniel les années lunaires n'étaient point en usage. On peut aussi le conclure de ce que ce même Daniel, XII, 7, prédit que l'affliction du peuple durera pendant un temps, et un temps et un demi-temps, c'est-à-dire pendant trois ans et demi; et qu'ensuite, v. 11, il compte d'une autre manière et dit qu'elle durera pendant douze cent quatre-vingt-dix jours. Quoique ce nombre renferme douze jours solaires de plus, ce nombre ne peut donc pas entrer en parallèle
les anciens peuples connurent aussi les semaines d'années, puisque Marc Varron écrit, et que A. Gelli, auteur des Nuits attiques, liv. III, c. 10, met en tête du premier des livres intitulés Semaines, « qu'il a 12 semaines d'années, et qu'il a » écrit 70 semaines de livres. » La raison principale pour laquelle Daniel employa les 70 semaines d'années, se tire de ce que Jérémie emploie le nombre 70 ans, et que ces nombres ont certains rapports, chacune des années de la captivité de Jérémie correspondant à une des 70 semaines d'années de Daniel jusqu'à la dernière et complète ruine de la ville , qui arrive pendant la 70e semaine.
Rép. 2. N. Car la réponse divine embrasse, comme le prouve ce que nous avons dit, l'espace entier des 70 semaines d'années, ou 490 ans, espace pendant lequel devait s'accomplir tout ce qui est énuméré au v. 24 ; ce qui fait que la distinction des trois périodes a pour objet l'accomplissement des divers événements prédits, et non la prolongation d'un temps déjà fixé à l'avance. . '
Et l'accent athnach, placé entre les 7 premières semaines et les autres 62, ne s'oppose pointa cette interprétation, quoique Marsham et les autres interprètes qui l'ont suivi, et qui n'admettent pas le Messie, surtout Berthold et Rosenmuller, insistent beaucoup sur ce point. Car ces interprètes tiennent pour certain que l'accent athnach ne s'emploie qu'où nous employons la ponctuation principale, ce qui pourtant est faux. Car il arrive fréquemment que quand il faut évidemment une ponctuation principale, même dans les phrases incidentes, Y athnach soit employé là où nous n'employons qu'une petite ponctuation, nous, pour empêcher néanmoins de confondre ce qui doit être séparé (1) ; mais il était important de diviser ici l'espace en deux temps, pour que la destination ne parût pas arbitraire.
Quant à la dernière semaine, quoique l'accent en question ne s'y trouve pas, on doit répondre de la même manière. Or, les interprètes qui prétendent que cette dernière semaine n'a aucun rapport et ne peut pas être jointe aux autres 69 semaines, de même que ceux qui veulent qu'il faille séparer la moitié
avec celui cinquante-un, qui manquerait dans l'hypothèse des années lunaires. Voy. Nicolaï, diss. 16, sur Daniel.
(1) L'auteur cite plusieurs passages où l'accent devrait être placé autrement, tel que Ps. 36, v. 8; Ps. 84, v. 3; Prov., c. 6, v. 26.
d'une semaine du cycle des 70 semaines, ont été induits en erreur par l'opinion qui soutient que la ruine de Jérusalem, par les Romains, devait nécessairement s'accomplir dans l'étendue chronologique de notre prophétie. Scaliger avait déjà porté un rude coup à cette opinion (1); la prophétie pourtant ne parle pas de cela : il y est même dit que cette ruine n'aura lieu que lorsque se sera accompli le cycle des 70 semaines, et l'article hébreu indique même clairement à quelle semaine appartient cette part moyenne.
Rép. 3. D. Il est quelques Pères qui reportent l'accomplissement entier de cette prophétie à la fin du monde, tout en lui conservant le sens que lui donne l'interprétation commune, G. à l'exclusion de ce sens, N. Ces Pères ne virent dans la ruine de Jérusalem que comme une figure de la ruine entière du monde ; aussi appliquèrent-ils la prophétie de Daniel à cette ruine, sans pourtant en exclure l'objet principal, savoir, le Messie et la punition des Juifs à cause de la mort qu'ils donnèrent à ce même Messie (2).
§ ni. — Explication des prophéties (TAggée et de Malachie.
Nous réunissons ces deux prophéties, soit parce qu'elles s'éclairent mutuellement, soit parce qu'elles ont le même objet. Donc, comme les anciens Juifs étaient plongés dans la plus profonde tristesse, à leur retour de la captivité de Babylone et au souvenir présent encore pour eux de la magnificence du temple de Salomon, et qu'ils ne pouvaient retenir leurs larmes en voyant celui de Zorobabel, Dieu les console, par la bouche d'Aggée , en leur promettant que la venue du Messie futur rendra ce dernier temple plus glorieux que le premier.
Yoici le langage que le prophète Aggée tient aux Juifs de la part de Dieu, c. 2, 4 et suiv. : « Quel est celui d'entre ceux » qui sont revenus de la captivité qui n'ait vu cette maison » dans sa première splendeur, et en quel état la voyez-vous
(1) Voy. Vitringa, Hypothèse histor. et chronol., ï, p. 104.
(2) Voy. saint Irénée, Gont. les hérésies, c. 25, §§ 4 et suiv., édit. Massuéti; Origène, Gomm. sur saint Matth., ouv. éd. Bénéd., tom. III, p. 858 et suiv.; voy. à ce sujet, outre l'auteur cité, Jacques Ayrole, S. J., Livre sur les soixante-dix semaines de Daniel, Rome, 1714; Huet, Démonst. évang., prop. 9, c. 8; Toumemine, Diss. chronolog., 16, publiée à la suite du Gomm. de Menochius.
66 TRAITÉ DE L'iNCABNATTOîT? |T tAUT.* CHAP. IL
» maintenant? Ne vous semble-t-il pas qu'elle n'existe plus,
» auprès de ce qu'elle était? Encore un peu de temps, et
y> j'ébranlerai le ciel et la terre, la mer et l'univers entier. » J'ébranlerai tous les peuples, et le Désiré de toutes les nations » viendra; et je remplirai de gloire cette nouvelle maison, dit » le Seigneur des armées, et je donnerai la paix en ce lieu. »
Dieu tient, par Malacbie, c. 3, 1 et suiv., aux Juifs, qui se plaignaient de la divine Providence, le langage suivant, comme nous le prouverons amplement plus bas : « Je vais en- » voyer mon Ange, qui préparera la voie devant ma face ; et » bientôt le Dominateur que vous cherchez, et l'Ange de » l'alliance, si désiré de vous, viendra dans son temple. Le voici » qui vient, dit le Seigneur des armées. »
En suivant, pour expliquer ces prophéties, la méthode que nous avons suivie pour les autres, il ne nous sera pas difficile de démontrer, soit que le Messie en est l'objet, soit que l'époque de son avènement y est déterminée, soit enfin que cette époque est passée depuis longtemps.
Voici comment nous procédons pour la première de ces choses : d'après les prophéties que nous venons de citer, l'éclat de la dernière maison, ou du dernier temple, devait être plus grand que celui du premier, parce qu'il devait être visité par le Désiré, le Dominateur que les Juifs attendaient, que l'on appelle aussi l'Ange du Testament ou de l'alliance, et qui devait venir dans son temple, et à son arrivée le ciel et la terre devaient être ébranlés, de même que la mer et la terre ferme, et il devait venir sous peu. Mais il ne peut être question ici que du Messie, à qui seul peuvent convenir ces caractères, comme cela est patent, et comme on le voit par l'interprétation des plus célèbres rabbins, parmi lesquels brille, dans l'antiquité, R. Sira, qui fleurit avant la ruine du second temple, le Talmud, traité Sanhédrin, cil, et, parmi les modernes, on peut en voir plusieurs dans le Devarim rabbà, sect. I, p. 250, soit Rasci, pass. cit., Sanhédrin, p. 95, AkibaetR. Manassès, Conciliât., p. III, p. 184(1).
La seconde de ces choses se prouve par la prédiction , au moins négative, du terme de cet avènement; c'est que, d'après les prédictions des deux prophètes, le Messie promis devait
(1) Voy. Derossi, ouv. cité, c. 3, §§ 12 et suiv.; Raym. Martini, p. 376 et suiv., et 380 et suiv., édit. citée.
venir rehausser la gloire du dernier temple par sa présence, de sorte que le Désiré des nations devait le visiter avant qu'il ne fût détruit.
Mais comme il y a dix-huit siècles que les flammes consumèrent le temple de Zorobabel, on peut sans difficulté en conclure que l'époque désignée par Aggée et par Malachie est ! passée, et, par suite, ce qui en est la conséquence naturelle, que le Messie est venu.
I. Obj. Il est impossible d'appliquer la prophétie d' Aggée au Messie. Car le prophète fait découler la gloire du second temple, non pas de la présence du Messie, mais bien de Faffluence des richesses qui l'embelliront. Le sujet des larmes des vieillards de la Judée , c'est la différence qu'ils voyaient entre le temple bâti par Zorobabel et l'éclat et les richesses de celui de Salomon, comme le prouvent plus clairement encore les paroles qui suivent : « L'or est ma propriété, l'argent est aussi » mon bien, » comme s'il disait : « L'or est à moi, et l'argent » est aussi à moi, dit Jéhovah ; l'or et l'argent dont fut orné le » premier temple, je puis aussi en orner celui-là, et je l'en » ornerai en son temps, car tout ceci est en mon pouvoir. Ne » vous inquiétez donc pas de l'ornementation du temple qui » vient d'être édifié. » Tous les accessoires de cette prophétie ne supportent pas d'autre sens; en effet, ces mots : « Encore » un peu de temps, » ou, comme il est dit dans l'hébreu : « Encore un [temps), et j'ébranlerai le ciel, etc., » doivent ainsi s'interpréter : Je produirai de si grands changements dans l'universalité des choses, que toutes les nations en seront émues, et alors viendront le désir, c'est-à-dire les désirs (collectif singulier) ou les choses les plus désirées et les plus précieuses de toutes les nations. Aggée prédit donc ici que les dons les plus précieux que les nations enverront à Jérusalem, pour orner le temple de Jéhovah, feront que ce temple, qui maintenant est nu et sans ornements, acquerra un éclat tel qu'il n'en eut jamais autrefois; et je remplirai ce second temple de gloire, c'est-à-dire, je lui prodiguerai les ornements les plus précieux et les plus éclatants (1). Donc, soit que nous
(1) Tel Rosenmuller, Scholies sur l' Ancien-Testament, à l'occasion de ce
passage.
68 TRAITÉ DE i/lNCARNATION. I. PART. CHAP. II.
tenions compte et du but du prophète, et du sens naturel des paroles, et de tous les accessoires, il est évident, etc.
Rép. N. A. Quant à la preuve, nous nions aussi l'hypothèse de nos adversaires, qui prétendent que le prophète tire toute la gloire de ce second temple de la seule affluence des richesses qu'il recevra de toutes parts , et non de la présence du Messie, 1 . parce que cette explication opposée au Messie est en contradiction avec l'ancienne synagogue, comme le prouvent les témoignages que nous lui avons empruntés; 2. parce que la prophétie serait fausse; car, quoique les rois de Perse aient fait beaucoup pour l'ornementation du temple, surtout Hérode (1), jamais pourtant la gloire du second temple n'approcha, sous le rapport des richesses, de celle du temple de Salomon (2); 3. parce que, de l'aveu des Hébreux, le second temple ne posséda jamais les cinq ornements suivants, savoir: l'urim et le thumim, ou le rational du jugement, l'arche, le feu et la présence dans le propitiatoire, et le Saint-Esprit (3); 4. parce qu'il est absurde de s'imaginer que Dieu ait voulu annoncer à l'avance, avec tant d'apparat, les efforts de Hérode, sans dire un mot de la gloire que devait lui donner la présence du Messie, quoique pourtant l'Apôtre, Hébr., XII, 26, rapporte, conformément à la croyance traditionnelle de l'ancienne synagogue, cette prophétie au Messie. 5. Ce qui le prouve enfin, c'est la manière même d'agir de nos adversaires. Rosenmuller, que nous combattons ici, ne disconvient pas lui-même qu'Aggée, ou, comme il le dit, « que le prophète qui prédit ici » les temps du Messie, naît espéré qu'ils viendraient, » ne se rappelant plus ce qu'il a écrit dans ses scholies sur Aggée, il dit à l'occasion du c. 3, Malach., I : ce II viendra à son temple, » savoir, le second temple, qui, d'après la prédiction d Aggée,
(1) Voy. Josèphe, Archéol., liv. XV, c. 11, édit. Anv.
(2) Voy. p. I, Paralip., XII, 14, 29, 3 et suiv., II part., III, 4; voy. aussi J. Frischmuth, Gloire du second temple, sur le c. S, 7, 10 d' Aggée, tom. 1, Trésor théologico-philologique cit., p. 994 et suiv.
(3) Voy. Raym. Martini, p. 381, où il rapporte, entre autres témoignages, le passage suivant du Talmud, liv. Joma, dist. Schibbat : « Le R. Acha dit : « Que signifient ces paroles d' Aggée, I, v. 8, et je me complairai en lui» et je » l'honorerai? Quelle est ensuite son intention en laissant la lettre he? Ce » sont les cinq choses qui existèrent dans le premier temple et qui ne se » trouvaient pas dans le second; ces choses sont : l'arche avec le propitia- » toire, le chérubin, le feu, la divinité et l' Esprit-Saint, l'urim et le thumim. » On peut voir, dans le même ouvrage, une foule de choses qui ont traie à cette question.
de l'époque de l'avènement du messie promis. 69 » recevra plus de gloire de l'avènement du Messie que n'en » eut le premier. » La puissance de la vérité est telle, qu'elle arrache des aveux à ceux mômes qui lui sont contraires.
Il est facile, après cela, de réduire à néant tout ce qu'on accumule pour enlever à cette prophétie sa force, soit la paraphrase de Rosenmuller, soit l'interprétation du R. Kimchi, qui pense qu'il faut interpréter ainsi qu'il suit cette prophétie : « Tous les peuples que j'ébranlerai accourront de leurs pays » divers avec le désir (car il sous-entend préfixé) de toutes les » nations, c'est-à-dire, apporteront toutes les choses désirées » et précieuses qui se trouvent chez eux, telles que vases d'or » et d'argent, vêtements et pierres précieuses ; » et Isaïe, parlant dans ce sens, LX, 6, décrit ainsi l'état florissant du peuple juif pendant cet âge d'or; il dit entre autres choses : « Tu re- » cevras en abondance les riches produits de la mer, les trésors » des nations ; les troupeaux sans nombre de chameaux » t'écraseront pour ainsi dire, les dromadaires de Madian et » les éléphants, tous les habitants de Saba viendront, et ils » t'apporteront leur or et leur encens, et publieront les louanges » de Jéhovah. » Les faits, dans ce cas, n'eussent pas répondu à la prédiction. Il ne nous reste donc qu'à voir avec les anciens Hébreux, dans ce désir des nations, le Messie. Le but de cette prophétie, loin de s'opposer à cette interprétation, est au contraire fort en rapport avec elle. Car le prophète, d'après le contexte, semble s'être proposé de consoler les Juifs de ce qu'ils ne voyaient pas briller l'or et l'argent dans le second , comme s'il leur eût dit : Pourquoi vous inquiéter de l'or et de l'argent? L'or et l'argent m'appartiennent, ils sont à ma disposition, selon que je le veux ; mais la gloire de ce second temple, ce n'est ni, l'or ni l'argent; sa gloire lui viendra de ce qu'il sera visité par le Désiré, et, sous ce rapport, sa gloire sera bien plus grande que celle du premier (1). C'est ce qu'exprime plus clairement encore la prophétie de Malachie.
(1) Comme nos adversaires s'appuient surtout sur les paroles suivantes du v. 8 : « Et ils viendront, eux, le désir de toutes les nations, » nous leur donnerons ici la solution de cette difficulté par un homme qui ne doit pas leur paraître suspect, le D. Scheibel, Observ. crit. et exégét. sur les prophéties d'Aggée, Breslau, 1822, p. 27; voici ce qu'il dit : venient desideria; telle est la traduction des anciens interprètes. Les interprètes modernes traduisent venient pretiosa (savoir, les vases), et ils s'appuient sur le II liv. des Chron., XXXII, 27; Jérém., XXV, 34; Osée, XIII, 15; Nah., II, 10; II Chron., XXXVI, 10. Mais dans les passages des Chroniques (Paralip.) de Jérémie,
II. Obj. Quant à la prophétie de Malachie, au moins le contexte s'oppose à ce que nous l'entendions du Messie, car il ajoute aussitôt après les paroles citées : « Qui pourra seulement » penser au jour de son avènement, ou qui en pourra soutenir » la vue? Car il sera comme le feu qui fond les métaux, et » comme l'herbe dont se servent les foulons ; et il s'asseoira » comme l'homme qui fait fondre et qui épure les métaux, il » purifiera les enfants de Lévi, et il les rendra purs comme » l'or et l'argent qui a passé par le feu, etc. » Or, ceci est incompatible avec le caractère plein de douceur du Messie, tel que le décrit Isaïe, XLH, 1 et suiv. Donc :
Rép. N. Car cette difficulté s'évanouit si on tient compte du contexte et du but de la prophétie. Car, sur la fin du chapitre précédent, on voit rapportées les plaintes des Juifs contre la divine Providence : « Yous avez fait souffrir le Seigneur » par vos discours. Et en quoi, dites- vous, l'avons-nous fait » souffrir? En ce que vous avez dit : Tous ceux qui font le » mal passent pour bons aux yeux du Seigneur. Ces personnes » lui sont agréables, ou si cela n'est pas, où est donc ce Dieu » si juste? » C'est ce qui fait qu'il commence le c. 3 par ces mots : a Je vais envoyer, etc., » et il poursuit : « Et qui » pourra en soutenir la vue, etc., » prédisant qu'aucun de ceux qui se plaignaient ainsi, et qui désiraient voir un Messie
d'Osée, de Nahuin, on ne lit pas ce que prétendent nos adversaires, venient pretiosa, mais bien venient desideria, et les variantes qui s'y trouvent paraissent de peu d'importance aux interprètes de l'Ane .-Test.; encore sontelles soigneusement établies dans les autres auteurs et les autres langues. L'expression hébraïque, sans addition de singulier, ne paraît signifier uniquement que désir (desiderium), comme on peut le voir Ps. 106 (et Vulgate, 105), 24; Jérémie, III, 19; Dan., XI, 37; Jéréin., XII, 10; I Sam. (I Rois)r IX, 20, VIII, 10. Ils prétendent trouver, dans les paroles du verset suivant, une autre preuve de leur interprétation des vases précieux; mais c'est en vain, car ce qui se trouve dans le verset précédent peut à la fois s'entendre et du Messie et des vases qui devaient être réunis dans le temple. Les poètes (les prophètes) nous représentent le Messie comme la consolation, le désir, la joie de la terre entière, et par conséquent des païens, comme on le voit dans les passages suivants, Is., XLIX, 9, 10, XI, 4, XLI1, 3, XLI, 19, LXI, 1. 11 arrive souvent que la construction emporte l'expression hébraïque plurielle dont il est ici question. Voy. Glassius, liv. III, traité III, can. 54. On peut y ajouter Grotius, explicat. de ce pass. : « La gloire du second temple sera grande, dit-il, parce » qu'on y verra le roi de tous les hommes pieux, et qu'il y fera des miracles » (Voy. saint Matth., XXI, 12). Tous les Juifs qui vécurent avant la ruine du » premier temple crurent que le Messie y apparaîtrait. Et, dès ce temps-là, » les interprétations nouvelles et forcées travestissent ces passages, qui sont » très-clairs par eux-mêmes. » Voy. aussi Sanctius, Explic. des petits prophètes; Ackermann, Ann. des petits prophètes, Vienne, 1830.
le l'époque le l'avènement du messie promis. 71 victorieux des nations, ne subsisterait lorsqu'il viendrait. Car cette interrogation emporte un sens négatif. Il en dit ensuite la cause, présentant, savoir, les Juifs, et en première ligne les prêtres et les lévites comme participant de cette plainte blasphématoire , sous la figure d'une masse d'or et d'argent , ou d'étoffes et d'habits souillés qui doivent être purifiés, et eii qui il ne doit rester aucune scorie et rien d'immonde. Or, comme ceux qui purifient l'or et l'argent emploient un feu violent, et que les foulons se servent d'herbes renfermant des sels en abondance, de même le Messie qui doit venir séparera des bons et effacera (1), en les précipitant dans des supplices affreux, en les plongeant dans des maux sans fin, les méchants qui exhalent ainsi leurs plaintes blasphématoires, et qui soupirent après un Messie vainqueur des nations. Ce n'était pas le Messie lui-même qui devait accomplir cela, c'étaient les armes et les troupes des Romains, ou, comme le dit Daniel, le peuple du chef futur. Ainsi, tout ce que Malachie et les autres prophètes ont dit des châtiments que devaient éprouver les Juifs infidèles pour leurs crimes, s'accorde parfaitement avec le caractère plein de douceur, savoir, le caractère personnel qu'Isaïe dépeint en lui (2).
PROPOSITION IV
La mission et les devoirs que, d'après les prophètes, le Messie promis devait remplir, prouvent clairement quil est venu.
La mission du Messie promis, ses principaux devoirs, d'après les prophètes, c'était l'abrogation du culte de l'ancienne
(1) Voy. Jahn, Append. herméneut., diss. I, p. 57 et suiv., explic. de Malachie, II, 3, etc.
(2) « Le sens de la prophétie, dit Jahn, c'est : Le Messie que vous désirez » viendra réellement; niais ce ne sera pas le Messie guerrier que vous désirez » qui renversera l'empire des Gentils, qui vous soumettra les divers peuples, » mais ce sera un juge revêtu de la dignité divine, qui punira de châtiments » terribles les Juifs infidèles, surtout les chefs et les descendants de Lévi, » sans pourtant les exterminer entièrement. Il enverra devant lui un prophète » qui, par l'austérité de sa vie et la sévérité de ses réprimandes, semblable à » Elie, disposera leurs esprits ou leur inspirera les sentiments qui animèrent » leurs ancêtres, Abraham, lsaac et Jacob; mais, ces efforts devenant inu- » tiles, leur pays sera complètement dévasté. » Voy. aussi Sanctius, sur ce passage; Ackermann, Hengstenberg, ouvrage cité. Schoettgen démontre que les anciens Juifs ont entendu du Messie les prophéties et d'Aggée et de Malachie, et il s'appuie sur leurs propres témoignages, ouv. cit., p.217 et 224 et suiv.
loi et la substitution d'un sacerdoce nouveau au sacerdoce ancien ; c'était la vocation des Gentils à la connaissance du vrai Dieu et à son amour ; c'était l'exclusion et la dispersion du peuple juif. Donc, si nous démontrons, et que le Messie promis a rempli ces deux devoirs qui lui incombaient, d'après les prophètes, et que ces devoirs ont été remplis depuis longtemps, nous aurons atteint le but que nous nous proposons ; or, l'une et l'autre de ces choses est constante.
Et d'abord, que le culte ancien et le sacerdoce dussent être abrogés et remplacés par un culte nouveau et un nouveau sacerdoce, lors de Favènement du Messie, c'est ce que nous voyons clairement d'après Malach., I, 10 et suiv.; voici ce qu'il dit : « Mon affection n'est point en vous, dit le Seigneur des » armées, et je ne recevrai point de présents de votre main. » Car, depuis l'orient jusqu'à l'occident, mon nom est grand » parmi les nations, et l'on me sacrifie en tout lieu, et l'on » offre à mon nom une oblation toute pure, parce que son » nom est grand parmi les nations, dit le Seigneur. » Dieu, par ces paroles, annonce l'abrogation des anciens sacrifices que la loi prescrivait d'offrir dans le temple, et la substitution d'un sacrifice nouveau; c'est pourquoi 1. il parle d'un sacrifice extérieur proprement dit, ou qui doit être abrogé, ou qui doit être substitué; 2. il parle de la substitution de ce nouveau sacrifice qui doit être offert en tout lieu, contrairement aux sacrifices anciens, qui ne s'offraient que dans un seul lieu , le temple de Jérusalem. 3. Il parle du sacrifice comme du caractère principal auquel on reconnaîtra les peuples qui l'honorent, comme on reconnaissait autrefois les Juifs qui l'honoraient aux sacrifices qu'ils lui offraient dans le temple de Jérusalem; 4. il parle du genre de sacrifice qui doit lui être substitué, et qui ne consiste point dans l'immolation d'hosties sanglantes, mais dans une oblation pure, ou (comme le porte ordinairement le mot hébreu minchah, Lévit., II, 1, suiv.) une oblation (donum) composée de farine de froment, et même thehorah [pure, sans souillure)^ et par conséquent indépendante de la dépravation de ceux qui l'offrent, et pour laquelle il rejette les sacrifices légaux (1). Mais comme les sacrifices constituent la partie
(1) Voy. Bible de Vence, 5e éd., Paris, 1832, t. XVII, préface sur Malachie, prop. 469, suiv.; Hengstenberg , d'après les préjugés de sa secte, sur la Christologie de l'Ane .-Test., et Gomra. sur les prophéties qui concernent le Messie, part. III, Berlin, 1835, 414, il dit .* « L'hébreu fait allusion à une
DE i/ÉPOQUE DE L'AVÈNEMENT DU MESSIE PROMIS. 73
essentielle du culte extérieur ou de la religion publique, il s'ensuit qu'on ne peut pas changer les sacrifices sans changer le culte lui-même. De plus, le changement de sacrifice emporte aussi le changement de sacerdoce, à cause des relations intimes qui existent entre l'un et l'autre. Donc, d'après la prophétie de Malaehie, le culte et le sacerdoce mosaïque devaient être abrogés, et un culte et un sacerdoce nouveaux devaient leur être substitués. C'est ce qui devait avoir lieu au moment de l'avènement du Messie, c'est ce que devait opérer le Messie, comme on le voit par la prophétie de Daniel, que nous avons expliquée un peu plus haut, et où il est prédit que les sacrifices cesseront au milieu de la 70e semaine, et que même le temple sera détruit, que le peuple juif sera dispersé, parce qu'il n'a pas voulu recevoir le Messie ; donc, comme il y a dixhuit siècles que les sacrifices légaux ont cessé, ainsi que le sacerdoce mosaïque, et qu'une nouvelle religion, un culte nouveau, un nouveau sacrifice existent dans l'univers entier; il est évident que le Messie est venu, qu'il a abrogé l'ancien culte, et qu'il lui a substitué un culte nouveau (1).
2. Les livres saints enseignent à chaque page que le Messie devait faire connaître aux Gentils le vrai Dieu. Car c'est à ceci qu'ont trait les promesses qui furent faites aux anciens patriarches Abraham, Isaac et Jacob, d'après lesquelles les nations devaient être bénies dans leur postérité ; c'est à ceci que se rapporte la prophétie de Jacob, lorsqu'il dit : « Et il sera » l'attente des nations ; » ou : « Et les peuples lui obéiront ; » ou : « Il réunira les peuples ; » ou , comme l'interprète le paraphraste chaldéen Onkélos : « Et les peuples lui obéiront; » et l'autre interprète chaldéen Jonathan-Ben-Uziel : « Et à cause » de lui les peuples se diviseront ; » ou enfin , comme traduit le Targum de Jérusalem : « Le royaume tout entier de la
» œuvre qui doit s'accomplir bien postérieurement, et ce qu'il y a d'extérieur » est plus facile à saisir et n'est que comme la forme pure ou comme » l'écorce de l'idée. » Au reste, cet auteur est très-modéré, et, à quelques passages près où il ne se détache pas entièrement des siens , et où il blâme les principes catholiques, son ouvrage est excellent pour défendre le christianisme contre les rationalistes et les sociniens.
(1) Que l'ancienne loi ou l' Ancien-Testament dût être abrogé, d'après la croyance des anciens Juifs, et par conséquent le culte lévitique avec tous ses sacrifices et son sacerdoce, c'est ce que prouve longuement Schoettgen, liv. VII, du Messie, §§ 9, 10 et suiv.; voy. aussi Raym. Martini, p. 778 et suiv.,1 éd. Carpz.; voy. Biaise Ugolini, diss. ï Autel extérieur, qui se trouve t. X du' Trésor des antiquités judaïques; voy. aussi p. 685 et suiv.
74 TRAITE DE i/lNCARNATION. I. PART. CHAP. II.
» terre lui sera soumis (1).» Aussi, Ps. 2, Dieu promet au Messie:
« Demande-moi et je te donnerai les nations en héritage , et
» pour possession la terre tout entière ; » mais le Psalmiste
décrit clairement et expressément, Ps. 21, v. 28, le retour (2)
et la conversion des peuples païens au vrai Dieu : « Les habi-
» tants de tous les confins de la terre se ressouviendront du
» Seigneur, et ils se convertiront à lui, et tous les peuples
» de la terre se prosterneront devant lui pour l'adorer, parce
» que le règne appartient au Seigneur, et qu'il est le maître
» des nations. » C'est ce que répète Isaïe, c. 2, 2 et suivants :
« Dans les derniers temps, la montagne de la maison du
» Seigneur sera fondée sur le haut des monts, et elle s'élèvera
t> au-dessus des collines ; toutes les nations y accourront en
» foule, et plusieurs peuples y viendront, disant : Allons,
» montons à la montagne du Seigneur et à la maison de Jacob,
» et il nous enseignera ses voies, et nous marcherons dans ses
» sentiers, parce que la loi sortira de Sion, et la parole du
» Seigneur de Jérusalem. » La prophétie du même Isaïe, qui
se trouve c. 14 et qui a trait à la vocation des Gentils au culte
du vrai Dieu par le Messie, n'est pas moins formelle : « Voici
» que je l'ai donné comme témoin aux peuples, que je l'ai
» constitué le chef et le précepteur des nations. Voici que tu
» appelleras une nation que tu ignorais, et les peuples qui ne
» te connaissaient pas accourront à toi ; » qu'il nous suffise
d'avoir dit cela, quand il s'agit d'une chose qui, par elle-même,
est de la plus grande clarté.
Or, comme il est hors de doute que le Messie futur devait
(1) Voy. de Voisin, préface du Bouclier de la foi, p. 162 et suiv., éd. cit. Car, pour ne pas cous arrêter à en citer d'autres, on lit, dans le Berescit rabbà, sect. 88 : « Il est écrit dans Amos, IX, 11 : En ce jour, je réédifierai » le tabernacle de David, etc., de manière que le monde entier ne fasse » qu'un. » Sohar, Exod., 71, col. 281 : « Quand le Messie-Roi se manifestera, » alors tous les peuples se réuniront à lui, afin que ce qui est écrit se » confirme. » Is., XI, 10 : « Les nations chercheront la souche d'Isaïe, etc. » Schoettgen en donne d'autres preuves, ouv. cit., liv. VII, c. 1, §§ 26 et suiv. Ce qui prouve clairement que les anciens Juifs crurent que le Messie appellerait à la foi et à la connaissance du vrai Dieu les Gentils. Voy. aussi Pétau, liv. XVI, de l'Incarnat., c. 8, § 3.
(2) Voy., sur ce mot, les belles observations du P. Berthier, S. J., Explication sur les Psaumes. Aussi Rosenmuller dit-il froidement, Schol. sur le Ps. 22 (de la Vulg., XXI) : « Ils se souviendront de ce qu'ils entendirent dire » de Jéhovah, ils se convertiront à lui et ils viendront l'adorer. » Ceci ne doit pas étonner, car cet auteur judaïsant soutient, contre l'antiquité et contre l'enseignement manifeste du Nouv. Test., qu'il n'est point question du Messie dans ce psaume.
DE i/ÉrOQUE DE i/ AVÈNEMENT DU MESSIE PROMIS. 75
appeler les Gentils à connaître le vrai Dieu et à lui rendre le culte qui lui est dû, les prophéties qui annoncent que le peuple juif et la synagogue devaient être rejetés, dispersés, parce qu'ils avaient repoussé le Messie, ne sont pas moins formelles. Daniel prédit en effet, IX, 26 : « Le Christ sera mis à mort » après 62 semaines, et le peuple qui le reniera ne sera point » son peuple (1); » et Isaïe avait dit avant lui, VIII, li, parlant du Messie : « Et il deviendra votre sanctification, et il sera » une pierre d'achoppement, une pierre de scandale pour les » deux maisons d'Israël ; un piège et un sujet de ruine pour » ceux qui habitent Jérusalem. Plusieurs d'entre eux se y> heurteront contre cette pierre , ils tomberont et ils se brise- » ront ; ils s'engageront dans le filet et ils y seront pris (2) . » Osée nous apprend, par les paroles suivantes, III, 4, que cette
(1) Tous les anciens interprètes ont pensé qu'il fallait suppléer à l'ellipse et et non, qui existe dans le texte hébreu. Or, les ellipses n'ont lieu que pour des formules et des mots d'un usage commun, que le lecteur voit à la première lecture, et qu'il peut facilement remplacer. Mais ici elle ne peut être autre que populus, d'après la construction très-connue dans l'Ecriture de la phrase : « Vous serez mon peuple, ou le peuple de moi; il ne sera pas » mon peuple, ou il ne sera pas son peuple, » Deut., IV, 20, VII, 6, XIV, 2, XXIX, 13, XXVI, 18, XXVIII, 9; Exode, VI, 7; Lév., XXVI, 12; I Rois, XII, 22; II Rois, Vil, 23; Il Rois, XI, 47, etc. Il faut donc "ajouter, après le mot ne sera pas, son peuple, comme on le faisait autrefois : « Et il ne sera pas son » peuple; » de sorte que le sens soit : Le peuple qui renversera la ville et le temple ne sera pas son peuple saint, puisque Israël, en donnant la mort au Messie, cesse de constituer son domaine; et la cessation de son domaine sur le peuple de l'alliance coïncide parfaitement avec la destruction de la ville et du sanctuaire par le peuple d'un chef qui vient. Ceci réfute Rosenmuller, qui traduit ces mots et non ei par non erit sibi, c'est-à-dire inter viventes, ainsi que le traduit aussi Michaëlis ; car, d'après l'hébreu, il n'y a pas ipse non est, mais simplement non est. Les autres interprétations, savoir, de Gousset, d'Empereur, de Sack, sont plus absurdes encore ; voy. Hengstenberg, t. II, p. 474; voy. aussi Jahn, liv. cit., p. 149 et suiv.
(2) Les anciens Juifs ont aussi pensé qu'il s'agissait, dans ce passage, du Messie qui doit punir le peuple juif. Car on lit, dans le Gomm. de Martini sur le Sanhédrin, p. 343, édit. cit., chap. Echad : « Us disent (RR. Jéhudad et » Ezéchias, fils du R. Chia) : Le Fils de David ne viendra pas que ne soient » détruites les deux maisons des pères d'Israël, et elles sont la tète de la » captivité de Babylone, et le prince qui est dans la terre d'Israël, ainsi qu'il » est dit, ls., VIII, et il sera pour votre sanctification, et il sera une pierre » d'achoppement, et les deux maisons d'Israël viendront se briser contre cette » pierre, ce rocher, etc., Glose du R. Salomon. » — « Et il sera le Sauveur » d'Israël, il le préparera; il sera aussi une pierre d'achoppement, car il » brisera les pieds de la statue, savoir, le fer et l'argile, et il sera le rocher » contre lequel se briserout les deux maisons d'Israël. Il a dit (le rabbin qui » fit donner du vin aux enfants pour leur arracher les secrets de leur père) : » Mes petits enfants, vous êtes pour moi des épines dans mes yeux, ou, vous » jetez des épines dans mes yeux. »
réprobation du peuple juif doit durer longtemps : « Les enfants » d'Israël seront pendant longtemps sans roi et sans chef, sans » sacrifice et sans autel, sans éphod et sans théraphim. Et après » cela, les enfants d'Israël se convertiront, ils chercheront le » Seigneur leur Dieu et David leur roi ; et au dernier jour, » le Seigneur les remplira d'effroi, ainsi que la vue de son » bien. » Le Prophète nous apprend, par ces paroles, que pendant longtemps la condition du peuple d'Israël sera telle, que, quoiqu'il n'honore pas les dieux étrangers , Dieu pourtant ne lui sera ni propice ni favorable, jusqu'à ce qu'un jour il cherche et connaisse le Messie ; car, par le nom de David, comme les autres prophètes Jérémie, XXX, 9 ; Ezéch. , XXXIV, 23 , XXXVII, 24, il désigne évidemment le Messie, comme l'admettent tous les rabbins; aussi l'interprète chaldéen explique-t-il comme il suit les dernières paroles du prophète : « Ils chercheront quel est le culte de leur Dieu, et ils obéiront » au Messie, fils de David leur roi (1). » Amos dit la même chose, IX, 9 et suiv., de même que les autres prophètes (2).
Mais il y a dix -huit siècles que presque toutes les nations ont renoncé aux idoles pour honorer le vrai Dieu, et chaque jour il est des peuples nouveaux qui apprennent à le connaître et qui embrassent son culte; il y a dix-huit siècles que la nation juive est chassée de son pays, qu'elle vit dispersée parmi les divers peuples, et que l'on ne voit plus la Providence exercer sur elle cette influence bienfaisante dont elle fut pendant longtemps l'objet; ce sont là des faits palpables et indubitables, que chacun peut voir de ses propres yeux. Ce sont donc là autant de preuves que l'alliance que Dieu fit autrefois avec le peuple d'Israël, et par laquelle il lui promettait la possession de la Palestine et l'affluence de toute espèce de biens, s'il gardait la loi qu'il lui avait donnée, ou qu'il le châtierait paternellement toutes les fois qu'il n'observerait pas cette loi, lui promettant de le ramener dans cette même terre toutes les fois qu'il ferait pénitence de ses péchés, ainsi qu'il est écrit et dans l'Exode et dans le Deutéronome, est abrogée.
(1) On peut voir à ce sujet d'autres témoignages dans Rosenmuller, sur ce pass. d'Ezéchiel.
(2) Voy. Sanetius, sur ce pass., comme aussi Ackermann, ouv. cit.; Martini cite aussi, à ce sujet, plusieurs témoignages tirés de l'enseignement dea anciens Juifs, II part., V, §§ 2 et suiv., de même que Schoettgen, du Messie, p. 545 et suiv.
Aussi est-ce avec justice que saint Jérôme, épître 129, à Dardanus, n. 7, réfute ainsi les Juifs : « Tu as commis bien » des crimes, ô Juda! Tu t'es constitué l'esclave de tous les » peuples qui t'entourent. Pour quel crime? C'est pour ton » idolâtrie. Comme tu le servis à plusieurs reprises, Dieu eut » pitié de toi, et il t'envoya des juges et des libérateurs pour d te sauver. Tu l'offensas en dernier lieu, sous les rois, et les o habitants de Babylone ravagèrent tout ton pays. Le temple
d fut désert pendant soixante-dix ans, la ville fut prise
o en dernier lieu, sous Vespasien et Titus, et le temple fut o détruit. Il resta ensuite quelques débris de la ville pendant » cinquante ans, jusqu'au règne de l'empereur Adrien. Il y a » environ cinq cents ans que les ruines de la ville et du temple » subsistent depuis que ce dernier fut détruit. Certes, tu » n'adores pas les idoles; mais, esclave des Perses et des Ro- » mains, réduit à une dure captivité, tune connais pas les » dieux étrangers. Comment le Dieu clément, qui tant de fois, » dans les siècles passés, eut pitié de toi, t'a-t-il oublié depuis » si longtemps, et ne met-il pas un terme à ta captivité?... » Pour quel crime énorme, dis-je, détour ne-t-il ses yeux de » toi? Tu l'ignores? Rappelle -toi ces paroles de tes pères : » Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants; et nous » n'avons pas d'autre roi que César, Tu as ce que tu as choisi, » tu seras le serviteur de César jusqu'à la fin du monde, jus- » qu'à ce que toutes les nations entrent sous son joug, et » ainsi tout Israël sera sauvé (1). » Cet argument acquiert tous les jours une nouvelle force tout-à-fait invincible, et, parmi les modernes, Grotius le développe admirablement, liv. V, de la Vérité de la religion chrétienne, § 16; il n'y a rien omis de ce qui paraît le corroborer.
Objections.
I. Obj, Et d'abord la preuve tirée de la prophétie est nulle, puisque 1. la raison par laquelle Dieu dit que son nom est grand chez les nations, c'est parce que , outre leurs dieux particuliers, elles adorent le Dieu suprême, qui est le Dieu d'Israël, ainsi que l'entendent le R. Salomon Jarchi et David Kimchi; ou bien encore parce que, comme le dit Aben-
(1) Edit. Vallarsi, œuv., t. I. Parmi les anciens, saint Jean Chrysostôme a parfaitement développé cette preuve dans cinq discours dirigés contre le3 Juifs, et surtout dise. 5, 1. 1, p. 587, édit. Bénéd.
Ezra, si Dieu eût ordonné aux nations de lui offrir des dons et des sacrifices, il aurait exigé que le sacrifice fût pur et sans tache , et il n'eût pas voulu d'hosties mutilées et chétives telles que celles que lui offraient les Juifs; ou enfin parce que les prières et les louanges que les Juifs lui offraient pendant qu'ils étaient captifs chez les Gentils, lui sont très- agréables. 2. Certes, disent-ils, comment le prophète eût-il annoncé que les sacrifices mosaïques devaient être abrogés, et par conséquent la loi et le sacerdoce, lui qui, chap. 3, 4, dit des lévites : « Et ils offriront des sacrifices à Dieu dans la justice. » Et le sacrifice de Juda et de Jérusalem sera-t-il agréable à Disu comme les jours du siècle et comme les ans anciens. » Et enfin ch. 4, 4, s'adressant aux Juifs : ce Souvenez- vous, leur » dit-il, de la loi de Moïse, mon serviteur, que je lui ai » donnée sur le mont Horeb pour tout Israël; n'oubliez pas les » préceptes et les jugements. Yoici que je vous enverrai le pro- » phète Elie avant le grand et terrible jour du jugement. » Donc :
Rép. N. A. Quant à la première preuve ou à l'interprétation des rabbins , nous ferons observer qu'elle tombe devant l'antithèse que le Prophète établit entre les sacrifices mosaïques et ce sacrifice qui, d'après la prédiction du Prophète, devait être offert parmi les Gentils au Dieu suprême , ainsi qu'on le voit par les preuves. J'ai dit d'après la prédiction, car il est connu que le prophète ne parlait point du temps présent , car toutes les nations étaient alors plongées dans l'idolâtrie, n'immolaient leurs victimes qu'aux idoles ou aux démons, comme l'atteste ailleurs l'Ecriture; et par conséquent il faut, de toute nécessité , entendre cette prophétie des temps à venir.
Il résulte de cette remarque générale que la première explication, savoir, que le nom de Dieu est grand parmi les nations parce qu'elles honorent le Dieu suprême avec leurs idoles, est absurde , parce que Dieu répète souvent qu'il est un Dieu jaloux, et qu'il rappelle souvent aux dix tribus leur impiété, parce qu'elles réunissaient les deux cultes (1). Cette interprétation est fausse en outre, puisque Dieu lui-même nous fait connaître la cause pour laquelle son nom est grand chez les Gentils; cette raison, c'est parce qu'on offre, de Portent à l'occident, des sacrifices purs et sans tache en son nom (2).
(1) Voy, liv. III, Rois, c. 16 et suiv., liv. IV, c. 17, 16 et suiv.
(2) Voy. Sanctius, sur ce pass. Toutes les règles de l'exégèse veulent que
L'autre interprétation, tirée de l'hypothèse où Dieu prescrirait aux Gentils de lui offrir un sacrifice , n'est pas moins absurde. Car on ne voit nulle part cette locution hypothétique; les paroles de Dieu sont absolues, et elles énoncent un fait.
Nous devons bien moins encore entendre ces paroles de Dieu des prières que lui offraient les Juifs ; cette troisième interprétation est contraire au contexte même , qui parle d'une ablation proprement dite que doivent lui offrir non pas les Juifs, mais bien les Gentils, et desquels il est dit, Is., LXYI, 21 : « Je choisirai parmi eux des prêtres et des lévites. »
Rép. 2. D. Les lévites ou les prêtres, pris parmi les Gentils, d'après les paroles d'Isaïe, C. les lévites ou les prêtres de la loi mosaïque, iV. Car Malachie, dans le même chapitre, parlant des lévites et des prêtres juifs, avait prédit que bientôt le Messie leur infligerait le dernier supplice, qu'il les punirait de
Ton entende cette prophétie uniquement d'une nouvelle loi et du temps de l'Eglise. Car il faut confronter cette prophétie avec les autres passages où est prédite l'abolition de l'ancienne alliance, de l'ancien sacerdoce lévitique, de même que le culte lévitique, avec les passages où est promis un nouveau sacerdoce, et par suite, un nouveau sacrifice; et enfin avec l'événement, car, s'il y avait encore quelques difficultés, il les fait disparaître. Car, comme l'ancien sacerdoce n'existe plus, non plus que l'appareil des sacrifices lévitiques; comme Jésus-Christ a institué le sacrifice eucharistique, que les prêtres doivent offrir dans toutes les parties du monde, préposés qu'ils sont pour cela, et pour toujours; comme les faits ont prouvé cette assertion, qu'est-il encore besoin de chercher? Cet argument perd-il de sa force parce que, après seize siècles, quelques malheureux hérétiques, qui se sont donnés le nom de protestants, rejettent cette vérité que professa, pendant tant de siècles, l'Eglise universelle ? Presque tous les Pères firent valoir cet argument contre les Juifs, tels que saint Irénée, 1. IV, Cont. les héré3., c. 17, n. 5, éd. Bénéd.; saint Cyprien, liv. ï, Cont. les Juifs, c. 16, éd. Bénéd.; saint Justin, M., Dial. avecTriphon, n. 41, éd. Bénéd., sans nous arrêter à en citer d'autres. Nous citerons les paroles de saint Irénée, pour faire connaître quelle était la croyance de l'Eglise avant l'an 202, ou au commencement du IIIe siècle de cette même Eglise : « Il donna à ses disciples, dit-il, le conseil d'offrir à » Dieu les prémices de ses créatures, non pas qu'il en eût besoin, mais » pour qu'ils lui montrassent leur gratitude, leur reconnaissance; il prit le » pain, et, rendant grâce, il dit : Ceci est mon corps. Il prit pareillement le » calice, qui, d'après nous, est la créature qui est son sang, comme il le con- » fessa, et il apprit quelle est l'oblation du Nouveau-Testament; l'Eglise l'a » reçue des apôtres, et elle l'offre à Dieu dans l'univers entier, à Dieu, qui » nous fournit nos aliments, les prémices de ses dons sous le Nouveau- » Testament, et qu'il a ainsi désignés à l'avance dans Malachie : Je n'ai plus » de volonté' en vous, etc., indiquent clairement par là que le premier peuple » a cessé d'offrir à Dieu, et qu'on lui offre en tout lieu un sacrifice pur, et » que les nations glorifient son nom. » Voy. Massuetus, diss. 3, art. 7, § 80, comme aussi F.-L. Stollberg, Hist. de la relig. de Jésus-Christ, p. IV, p. 166 et suiv., édit. de Hainb., comme aussi P. Figuier et Christ. Castrum, sur ce pass. de Malachie.
mort; il ne put donc pas parler [de ces mêmes prêtres et de ces lévites comme offrant à Dieu des sacrifices en justice ; il parla donc par conséquent des nouveaux prêtres que devait instituer le Messie, et qui devaient offrir à Dieu des sacrifices d'agréable odeur; et il se servit de l'image et de l'exemple du sacrifice de Juda et de Jérusalem, pour faire clairement percevoir aux Juifs ce dont il s'agit (1).
L'avertissement de Malachie n'est point un embarras (Mal. , IV, 4), caria loi mosaïque, et civile et cérémonielle, devait être observée tant que subsisterait et le gouvernement juif ei la synagogue. Mais comme, d'après ce prophète et d'après Daniel, IX, 25, l'une et l'autre devait être abolie de droit pan la mort du Messie , et de fait par la ruine de Jérusalem et du temple, il insinue par là ce qu'il arrive de la loi après cela. Ce que le même Malachie prédit de la mission du prophète Elie, avant la ruine de la Judée, n'est pas non plus une objection sérieuse, puisqu'il dit lui-même, c. 3, 1, qu'il servira au Messie de précurseur, qu'il lui préparera les voies, ou qu'il disposera le peuple à le recevoir, comme on le voit par le v. 6, c. 4, où il ajoute : « Et il réunira le cœur des pères avec » leurs enfants, et le cœur des enfants avec leurs pères, de » peur qu'en venant je ne frappe la terre (dans l'hébreu, » cette terre ou cette région) d'anathème. » C'est, comme nous l'apprend l'histoire, ce qui a donné un grand éclat à cette prophétie.
II. Obj. 1. Ce que les prophètes ont prédit de la vocation des Gentils doit s'entendre de la connaissance du vrai Dieu, que par leur dispersion chez les Gentils, dans l'univers entier, les Juifs devaient leur communiquer. C'étaient eux, en effet, qui devaient faire pénétrer dans l'esprit des païens la connaissance du vrai Dieu. 2. C'est ce qui s'accomplira dans toute sa plénitude lorsque, sous la conduite du Messie, les Juifs auront soumis à leur domination toutes les nations, auxquelles il doit d'abord déclarer la guerre; 3. à cette guerre succédera une paix universelle et perpétuelle; 4. pendant cette paix, les Juifs, à l'apogée de la gloire, jouiront de l'abondance de tous les biens prédits par les prophètes. Non-seulement donc les chrétiens ne peuvent tirer aucun avantage de la vocation des Gentils, mais elle emporte même une foule de choses qui ne se
(1) Voy. Ackermann, Petits Prophètes, p. 772 et suiv.
sont pas encore accomplies, et qui ne s'accompliront que plus tard; 5. car Gog et Magog, que, d'après Ezéchiel, ch. 38, le Messie doit subjuguer, ne le sont pas encore. Le temple et la ville de Jérusalem ne sont pas encore rebâtis, comme le dit le même prophète, XL, suiv.; 6. par conséquent, ce que les prophètes ont prédit comme devant être opéré par le Messie, ne s'est pas encore accompli, surtout d'après Isaïe, IJ, 2, qui prédit qu'il ne viendra que dans les derniers temps, quand, comme il a dit au même endroit : « La montagne du Seigneur » dominera toutes les collines, » et une foule d'autres choses de ce genre, que les prophètes ont annoncées et que nous devons encore attendre. Donc :
Rép. 1 . N. Car les paroles des prophètes, que nous avons citées, le prouvent clairement; il s'agit ici de cette vocation des Gentils , par laquelle ils devaient croire au Messie et arriver par lui, au moyen d'une défaite éclatante de l'idolâtrie, à la connaissance du vrai Dieu; il s'agit aussi de la substitution des peuples païens à la place du peuple juif, rejeté de Dieu, d'après les paroles du Ps. 46 : « Les princes des peuples se » sont réunis au Dieu d'Abraham (1). » Bien que les Juifs fussent dispersés parmi tous les peuples, les Romains, le& Perses, les Assyriens, avant la ruine de Jérusalem, ils n'avaient pourtant fait connaître à aucun peuple le vrai Dieu; à bien plus forte raison n'avaient-ils pas persuadé aux peuples, parmi lesquels ils vivaient, de renvoyer les apôtres de l'idolâtrie.
Rép. 2. Je nie que, comme le supposent nos adversaires, les Juifs doivent subjuguer tous les peuples et les soumettre à leur domination. Dieu s'est efforcé par ses prophètes , et à diverses reprises, de dissuader de cette fausse persuasion les Juifs. Car il les avertit, après leur retour de la captivité, que le Messie qu'ils attendaient ne viendrait point, comme ils se l'imaginaient à tort, pour subjuguer les nations, mais bien pour punir les Juifs insoumis et blasphémateurs (Malach., III, 1, suiv.). Il prédit que le peuple juif sera dispersé (Dan., IX, 25 suiv.). Il prédit au contraire, à diverses reprises, que le Messie sera propice aux Gentils; ainsi Zacharie dit de lui, IX, 10 : « Il adressera des paroles de paix aux Gentils. » Isaïe , XLII, 6, le Seigneur dit de ce même Messie : « Je t'ai constitua
(1) Eusèbe a réuni sur cette quesiion une foule de preuves dans sa Démons*, évang., liv. X.
ili. G
» l'alliance des peuples et la lumière des nations; » et ch. 11, 10 : ce Le rejeton de Jessé sera exposé comme un étendard » devant tous les peuples; les nations viendront lui offrir » leurs prières. » Partout le Messie est présenté comme l'attente des nations (Gen., XLIX, 10), comme le désiré de toutes les nations (Aggée, II, 8) ; pour quelle raison ferait-il donc la guerre aux nations? Pour détruire l'idolâtrie. Certes, si Ton juge du genre de la guerre par celui des armes, comme il n'est question que d'armes spirituelles , on doit en conclure que la guerre que fera le Messie sera toute spirituelle. Aussi Isaïe dit-il, XI, 4 : «Il frappera la terre par la verge de sa » bouche , et il tuera l'impie par le souffle de ses lèvres ; la » justice sera la ceinture de ses reins, et la foi le baudrier )> dont il sera toujours ceint. » Tel devait être l'appareil guerrier d'un roi humble et pauvre (Zach., 1. c), méprisé, et qui doit être mis à mort (Is., LIII).
Rép. 3. D. Spirituelle et intérieure, c'est-à-dire la paix de la conscience, C. une paix temporelle, N. Si la paix, en effet, est le fruit de la guerre, comme la guerre, ainsi que nous l'avons dit, est spirituelle, il faut nécessairement aussi que la paix so,it spirituelle.
Rép. i. D. S'ils eussent reçu le Messie, ou lorsqu'ils le recevront et le reconnaîtront , C. s'ils ne l'ont pas fait et ne le font pas, iV. Si toutefois il ne vaut pas mieux entendre cela du royaume spirituel du Messie ou de son Eglise, que les prophètes nous dépeignent sous des formes symboliques et par les plus vives images (1). Ou, si on aime mieux prendre ces paroles à la lettre, nous ne nions pas que, dans l'hypothèse que les Juifs eussent reconnu le vrai Messie, ou quand ils le reconnaîtront à la fin du monde, comme il en est qui le prétendent. Aussi Grotius fait-il observer avec justice « que Dieu promit » aux Hébreux bien des choses s'ils recevaient le Messie , et » s'ils lui obéissaient ; et si cela ne se réalise pas, ils n'ont qu'à
(1) Les méthodistes, ou modernes partisans de la Bible, prétendent que ceo prophéties sont la description du siècle d'or du règne du Messie. Mais le principe de cette interprétation est tout charnel et judaïque, et il est incompatible a^ec les autres prédictions des prophètes qui ont trait au Messie, à son /oyaume, savoir, l'Eglise. L'événement prouve que le seul sens que l'on puisse donner à ces prophéties, c'est un sens spirituel, car sans cela elles ne se seraient pas accomplies. Au reste, la grandeur et la majesté extérieure <3k l'Eglise est telle, qu'on peut lui appliquer les ligures dont se servent les prophètes.
» s'en prendre à eux-mêmes. Mais il a fait d'autres promesses » définitives et sans condition; quanta ces choses-là, si elles » ne se sont pas encore réalisées, on peut en attendre l'accom- » plissement. Car il est constant, même parmi les Juifs, que e temps, ou le règne du Messie, doit durer jusqu'à la lin » des temps (1). »
Ré p. 5. Tr. Car on ne sait pas encore ce que le prophète Ezéchiel entend par la défaite de Go g et de Magog. Et il y a sur ce point presque autant d'avis que d'interprètes, non-seulement parmi les chrétiens, mais môme parmi les Juifs. Les uns l'entendent des Scythes, les autres des Perses, les autres des Syriens, etc.; d'autres, comme Grotius, le rapportent à Antiochus Epiphane; d'autres à Cambyse, tel que dom Galmet; d'autres l'interprètent symboliquement des victoires des justes sur les impies (2) . Comme tout ce qui tient à cette prophétie est incertain, celui qui abandonnerait les prophéties qui sont claires et certaines pour s'attacher à des choses incertaines, et se créer par là des difficultés , ferait absolument comme celui qui ferme ses yeux à la lumière pour marcher dans l'ombre et les ténèbres.
Les avis sont aussi divisés sur cette vision d'Ezéchiel relative au temple ; on doit, par conséquent, en juger comme de ce qui précède (3) .
(1) Vérité de la religion, 1. c.
(2) Ce serait chose longue et inutile que de citer l'opinion de tous les interprètes, soit hébreux, soit chrétiens. La dissension porte tout entière sur les noms, les peuples et les destinées de ces ruôines peuples. Les interprètes modernes semblent admettre l'opinion de Michaëlis, qui pense qu'il s'agit ici des Scythes. Au reste, saint Jean, dans son Apocalypse, renvoie à la fin du monde ce qu' Ezéchiel dit des entreprises et de la défaite de Gog. Ce qui fait qu'il en est plusieurs qui pensent qu'il s'agit ici de personnages mystiques ou
pies, de manière que Dieu promet, c. 38 et 39, à ses fidèles serviteurs qu'il les protégera contre les attaques d'ennemis puissants et féroces, et qu'il les prendra sous sa haute protection. Mais, jusqu'à ce jour, ceth promesse ne s'est appliquée qu'aux chrétiens, qui seuls sont demeurés fidèle; dans la pratiqua de son culte. Voy. Rosenmuller, Schol. sur l' Ane-Test., su* Ezécu., c. 38.
(3) Rosenmuller a recueilli ces diverses opinions, avec les noms de leurs auteurs, dans son Préambule sur le c. 10 d'Ezéch. Les uns prétendent qu'il décrit le temple de Zorobabel; d'autres, celui de Salomon; d'autres, un temple idéal; d'autres, un temple symbolique ou mystique; d'autres prétendent qu'il faut interpréter les paroles du prophète à la lettre ; d'autres, dans un sens spirituel; d'autres, enfin, dans un sens à la fois littéral et spirituel. Quoi qu'il en soit, on ne peut rien dire de positif à ce sujet. J.-B. Villalpand s'est appliqué à décrire, et dans sa forme et dans son étendue, le temple d'Ezéchiel, dans son ouv. intit. Dernière vision du prophète Ezéchiel, de
Rép. 6. D. Mal interprétées, C. entendues dans leur sens naturel et confrontées avec les autres prophéties , N. « H est » beaucoup de choses dans les saintes Ecritures, comme le dit » encore le même Grotius, qu'il ne faut pas prendre à la » lettre; il faut les entendre dans un sens figuré, comme le » savent les Juifs eux-mêmes, tel que lorsque l'on dit que » Dieu est descendu, qu'il a une bouche, des oreilles, des » yeux. Qui est-ce qui nous empêche d'interpréter ainsi la » plupart des choses que l'on dit relativement aux temps du » Messie? Comme lorsqu'on nous représente le loup habitant » avec l'agneau, le léopard avec le petit chevreau, le lion avec » la brebis; que l'enfant jouera avec les serpents, que la mon- » tagne de Dieu s'élèvera au-dessus des autres montagnes; » que les étrangers viendront sur la montagne de Sion pour » sacrifier (1). »
Par les derniers jours, Isaïe, comme les autres prophètes, entend le dernier âge, ou l'âge du Messie , ou en général les jours du Messie, comme l'admettent unanimement les Juifs, à quelque époque que cela puisse avoir lieu (2).
III. Obj. Vainement les chrétiens prétendent-ils que Dieu doit rejeter la nation juive et briser l'alliance qu'il contracta avec ce peuple par le ministère de Moïse. 1. Car les descendants d'Abraham sont appelés le peuple de Dieu , et ils sont unis à Dieu par une alliance éternelle (3). Il est dit en divers
J.-B.Villalpand, de Gordoue, de la soc. de Jésus, tom. II des Commentaires, partie seconde, où est reproduite et la forme du temple et celle des vases, avec des commentaires, p. 655, grand format, tom. III, Appareil de la ville et du temple de Jérusalem, p. I, c. 2, J.-B. Villalpand, S. J., de concert avec Prado, de la même société, Rome, 1604, p. 547. Ont écrit sur le même sujet, Louis Compiègne de Vegel, juif converti, Mathias Hanfereffer de Tubingue, Campegius Vitringa, Goccéius, Sturm, Meyer, Blasche, etc.
(1) Les anciens Juifs tenaient pour certain que l'avènement du Messie ne devait pas changer l'ordre de la nature, et souvent dans leurs livres, surtout dans le Sanhédrin, cité par Ugolini, tom. XXV, et dans le Sohar sur l'Exode, p. 93, où ils donnent un sens spirituel à ce qui se lit dans ce passage, Is., I, 2. Voy. Schoettgen, du Messie, p. 109. C'est aussi l'enseignement consigné dans le Pesikta rabbath, p. 62, 1 suiv.; ils l'entendent aussi uniquement du Messie dans divers autres endroits. Ce n'est donc point ici une interprétation arbitraire des chrétiens. Voy. ibid.,p. 241, 503, 599, 600, 626, etc., et J. Frischmuth, Diss. sur l'Evangile qui doit sortir de Sion, sur Is., II, 1 suiv., Trésor théol.philol., t. I, p. 685 et suiv.
(2) Observations de Kimchi sur ce passage : « Toutes les fois, dit-il, que » l'on trouve ces mots : postremos dies ou novissimos, ils désignent les temps » du Messie. » Voy. Jérém., XXIII, 20; Joël, III, 1 et suiv., etc.
(3) Gen., XVII, 7, etc.
endroits que la loi de Moïse doit toujours durer (1). 2. Si, au contraire, les Hébreux transgressent cette loi , Dieu doit leur infliger une correction paternelle; mais cette punition ne doit pas aller jusqu'à la rupture et à l'abolition de l'alliance; il leur promet même expressément que s'ils se corrigent après l'avoir violée, il les recueillera parmi les peuples au milieu desquels ils seront dispersés, et qu'il les rappellera (Deut., XXX, 2 et suiv.). 3. La captivité que subit actuellement le peuple d'Israël n'est donc que la punition de ses péchés ; 4. mais Dieu montre par là l'action de sa providence sur ce peuple, et l'amour qu'il a pour lui ; car Dieu réprimande et châtie ceux qu'il aime. 5. Car, dans toute autre hypothèse, les Juifs seraient de pire condition que ces hommes impies qui sont punis dans cette vie et dans l'autre. 6 . Donc, lorsque Dieu les aura suffisamment punis, leur captivité cessera, et, selon qu'il le leur a promis, il les rétablira dans la patrie de leurs pères. Donc :
Rép. N. A. Quant à la première preuve, D. C'est-à-dire jusqu'à l'avènement du Messie que préfigurait la loi, et auquel elle conduisait comme un guide, C. absolument, N. Aussi Dieu avertit-il souvent qu'il fera une nouvelle alliance avec la partie d'Israël qui demeurera fidèle, lorsqu'aura cessé la première, tel Jérém., XXX, 31 : « Voici que le temps vient, dit » le Seigneur, et je ferai une nouvelle alliance avec la maison » d'Israël et la maison de Juda; non pas comme celle que j'ai
» faite avec leurs pères alliance qu'ils ont rompue, etc. »
Comme aussi Isaïe, LV, 3 : « Je ferai avec vous une nouvelle » alliance, pour rendre stable la miséricorde que j'ai promise » à David. Voici que je l'ai donné pour témoin aux peuples, » et pour chef et pour précepteur aux nations, etc. » Les Juifs eux-mêmes conviennent qu'il est ici question du Messie (2) et des nations qui doivent être comprises dans cette alliance.
On voit par là ce qu'il faut répondre à ce qu'ils ajoutent concernant la loi de Moïse, de laquelle on peut dire qu'elle est éternelle, en ce sens qu'elle sera perfectionnée et qu'elle atteindra son apogée dans la personne du Messie et sous son règne (3).
Rép. 2. N. Les paroles des prophètes, que nous avons citées,
(1) Exode, XII, 14, et ailleurs.
(2) Raym. Martini, p. 782 et suiv., éd. Garpz., comme aussi p. 883 et suiv., tout le c. 20, 111 part., dist. 3, avec les observ. de Voisin.
(3) Grotius, ouv. cit., 1. V.
prouvent même le contraire, et on peut y ajouter celles d'Osée I, 9, III, 4, où il représente le peuple d'Israël sous l'image d'un fils auquel il ordonne de donner le nom de non mon peuple, comme aussi sous l'image d'une femme coupable de fornication, et qui attend depuis longtemps privée de son Dieu. Nous admettons volontiers, nous confessons même que les textes cités prouvent que Dieu ne rejettera pas pour toujours le peuple d'Israël, et qu'il viendra même un temps où ils se convertiront au Messie qu'il a envoyé s,ur la terre (1). Alors s'accompliront ces prophéties nombreuses où il est dit que les enfants d'Israël et de Juda jouiront de la paix sous un seul David leur roi (2) , comme aussi les autres promesses qui leur furent faites.
Rép. 3. D. Elle est en outre le châtiment du péché qu'ils commirent en rejetant le Messie, comme nous le prouverons plus bas, C. des péchés quels qu'ils soient, N. Car les Juifs ne se souillèrent pas seulement autrefois de fautes légères, comme nous l'apprennent les prophètes qui leur reprochent continuellement leurs adultères, leurs vols, leurs homicides et une foule d'autres crimes affreux, surtout le crime d'idolâtrie, dont ils se rendaient souvent et généralement coupables, et dont on les accuse à peine présentement ; la providence de Dieu veilla continuellement sur eux pourtant, et même, qui plus est, par ses menaces et ses promesses, ses châtiments et ses récompenses, elle prit d'eux un soin particulier. Il ne les tint pas captifs audelà de 70 ans, et plusieurs fois, pendant ce temps-là, il leur donna positivement à entendre qu'ils reviendraient dans leur
(1) Voy. Osée, III, 5, où Dieu tempère la sévérité de ses menaces par la promesse de temps meilleurs. Aussi est-il promis au même endroit que, bien des années après, les Juifs reviendront au culte du vrai Dieu, reuonçant aux rites et aux religions superstitieuses, et qu'après s'être sincèrement soumis, ils chercheront la grâce et honoreront Dieu avec zèle. Il est certain, d'après la prédiction des apôtres, qu'un jour les Juifs embrasseront la religion chrétienne, Rom., XI, 11 suiv.
(2) Gomme les Juifs renoncèrent au culte du vrai Dieu en se séparant de David, que Dieu leur avait donné pour roi, et de sa famille (III Rois, XII, 6), la correction dont il est parlé dans le passage cité devait donc s'opérer de manière qu'ils rentrassent dans le devoir; aussi y est-il ajouté et à David leur roi. Ce langage nous apprend donc que les Israélites doivent se réunir sous un roi de la descendance de David, et ce ne peut être d'autre roi que le Messie, ainsi qu'il est aussi écrit, Ezéch., XXXIV, 23, XXXVII, 24; Jérém., XXX, 9 ; aussi le paraphraste chaldéen traduit-il comme il suit ces paroles et lea suivantes : « Ils chercheront le culte du Signeur leur Dieu, et ils obéiront » au Messie, fils de David, leur roi. » Tel est le sentiment unanime des Juifs, Voy. Rosenmuller, pass. cit., Osée et Ezéchiel.
pays; il leur envoya des prophètes pour les consoler, il réveilla >ur foi par des miracles et des prophéties. Mais depuis que le iple a été de nouveau détruit, bien qu'ils se soient imposés des jeûnes rigoureux, qu'ils aient adressé à Dieu de ferventes prières, qu'ils s'accusent de leurs péchés, etc., comme si Dieu les avait abandonnés, ils sont sans consolation, sans espoir, sans appui. Il reste par conséquent démontré que la nation tout entière s'est rendue coupable d'un crime plus grave que l'idolâtrie même, et que, pour ce crime, l'ancienne alliance a été rompue, anéantie (1).
Rép. 4. D. S'il s'agissait de chaque individu en particulier et d'un châtiment mêlé d'amour, C. s'il s'agit de la multitude entière, ou, comme on le dit, de la masse, iV. Car il ne faut pas juger d'un châtiment qui atteint tout le monde, ou la masse d'une nation, comme de celui qui n'atteint que quelques individus. Car, bien qu'il soit vrai que parfois le peuple entier est puni pour les crimes de quelques particuliers, surtout si ces crimes sont fréquents et publics , qu'ils n'aient pas été expiés ; le plus souvent, pourtant, ces châtiments ne sont que partiels et temporaires, et même, qui plus est, extraordinaires, puisque, d'après l'ordre ordinaire de la Providence, ceux-là sont punis qui ont péché. On doit, au contraire, regarder comme un châtiment ordinaire le châtiment qui atteint la multitude et qui persévère, et dès lors on doit dire que la multitude est sous les coups d'un crime commun, ou que tout le monde est coupable de ce crime. Mais tel est le châtiment qui pèse sur la nation juive tout entière, surtout si l'on tient compte de Faction publique et ordinaire de la Providence sur ce peuple pendant tant de siècles , bien qu'il se fût rendu coupable de crimes graves, et surtout d'idolâtrie. Aussi, pendant tout le temps qui s'est écoulé depuis Moïse jusqu'à la dernière ruine de Jérusalem, on ne voit qu'un père corrigeant ses enfants ; car, pendant tout ce temps-là, l'amour et la grâce tempérèrent sa sévérité, pendant que, dans la période qui a suivi, on voit tous les caractères d'un Dieu qui punit des coupables en qualité de juge, quoi qu'il en soit de sa manière d'agir secrète et privée avec les individus de cette nation (2) .
Rép. 5. D. En tant que peuple, C. en tant qu'individus, N.
(1) Voy. Derossi, ouv. cit., c. 2, §§ 25 et suiv., p. 61 et suiv.
(2) Voy. Limborch, Entret. famil., c. 6, rép. au troisième écrit d'Crobe, p. 251 et suiv.
Car les hommes, pris en particulier, rendront compte de leurs propres péchés, et par conséquent Dieu les punira diversement selon qu'ils l'auront mérité , et selon qu'ils auront mis plus ou moins de malice dans leur résistance à la grâce divine.
Rép, 6. D. Lorsqu'après s'être convertis ils reconnaîtront le Messie, C. avant leur conversion, N. Nous avons laissé passer le premier membre de la distinction, puisqu'on ne sait pas encore dans quel sens il faut prendre les promesses divines concernant leur état après leur conversion (1). Quant à l'autre partie, nous l'avons légitimement niée, puisque les oracles divins prolongent la dispersion du peuple d'Israël jusqu'à leur conversion générale. Que se passera-t-il après la conversion de la nation juive tout entière? Dieu le sait. En attendant, leur conservation fournit aux chrétiens de très-grands avantages. Nous y trouvons, en effet, des témoins de l'authenticité des Ecritures, de l' Ancien-Testament, et surtout des prophéties relatives au Messie (2); ils nous sont une preuve vivante et continuelle de la miséricorde divine envers nous et de la rigueur de la justice divine envers les Juifs (3) ; nous y trouvons enfin une preuve irréfragable de la divinité de la religion chrétienne et de la divinité de la révélation, par l'accomplissement continuel des prophéties ; ce qui coupe court à toutes les arguties et les subtilités des incrédules.
(1) Ceci rentre dans l'hypothèse du règne de mille ans de quelques catholiques, mais surtout d'un grand nombre de protestants qui judaïsent. Voy. à ce sujet Muzarelli, Diss. choisies, Rome, 1807, diss. troisième, sur le Règne visible du Messie, pendant mille ans, sur la terre, comme aussi P. Mamachi, des Ames des justes, Rome, 1786, tom. I, p. 26 et suiv.
(2) C'est ce que remarque fréquemment saint Augustin, surtout dans son explication du Ps. 56, n. 9 ; il y dit entre autres choses ; « Ils sont dispersés » chez tous les peuples, ils ne sont stables nulle part, ils n'ont aucun endroit » fixe. Et les Juifs existent encore, conservant nos livres pour leur confusion. » Quand nous voulons prouver aux païens que le Messie fut prédit, nous » leur montrons ces pages. Et, pour qu'ils ne puissent pas nous dire que » nous les leur présentons d'autorité, et que, chrétiens, nous avons imaginé » les prophètes avec l'Evangile que nous prêchons, nous les convainquons » en leur démontrant que ces lettres où le Christ est prophétisé se trouvent » chez les Juifs, qu'ils les possèdent. Nous prenons des livres chez nos
» ennemis pour confondre d'autres ennemis Le livre sur lequel la
» croyance du chrétien repose, le Juif en est le possesseur. 11 est arrivé à » ceux d'entre nous qui étudient, ce qui arrive aux serviteurs qui succombent » sous le poids des livres qu'ils portent, pendant que les derniers en profitent
n en les lisant; il en est des Juifs qui portent l'Ecriture sainte comme de
» la face d'un aveugle dans un miroir; les autres la voient, et il ne la voit » pas, lui. » 11 répète la même chose en divers endroits.
(3) Rom., XI, 22.