CONDITIONS REQUISES POUR LE MÉRITE
Les novateurs posent, pour qu'il y ait mérite, certaines conditions; les catholiques en posent d'autres. Les novateurs, pour se procurer le moyen de rejeter le mérite tout entier tel que nous l'admettons, imaginent et demandent, pour qu'il y ait mérite, les quatre conditions suivantes : 1. c'est que l'œuvre soit parfaite ou numériquement absolue , et par conséquent exempte de toute espèce d'imperfection; 2. qu'elle ne soit due à aucun titre; 3. qu'elle soit notre œ-uvre, et non pas celle d'autrui, ou produite par la grâce; 4. qu'il y ait entre elle et la récompense proportion d'égalité. Les catholiques, eux^ au contraire, rejettent ces conditions, qui feraient que nos œuvres, si on les admettaient, seraient complètement privées de mérites , et en posent d'autres pour que l'œuvre soit méritoire; et, parmi ces conditions, il y en a de certaines et que tout le monde admet, et il y en a d'autres qui sont du domaine de la controverse.
Et d'abord, la distinction du mérite proprement dit, ou de condigno, et du mérite improprement dit, ou de congruo, supposée, autres sont les conditions qu'ils assignent au premier, et autres celles qu'ils assignent au second, soit en ce qui concerne celui qui opère , soit du côté de l'œuvre , soit du côte de celui qui récompense; nous allons brièvement les rapporter.
Pour le mérite de condigno, ils requièrent deux conditions du côté de celui qui opère : 1. c'est qu'il soit voyageur; 2. c'est qu'il soit juste ou en état de grâce.
Que celui qui mérite doive être voyageur, il ne peut pas y avoir de doute là-dessus, puisque Jésus-Christ dit, saint Jean, IX, 4 : a Vient la nuit, quand personne ne peut agir; » et l'Apôtre, Galat., VI, 10 : « Pendant que nous en avons le » temps, faisons le bien. » Aussi l'Ecclésiaste donnait l'avis suivant, IX, 10 : « Tout ce que votre main peut faire, hâtez- » vous de le faire, parce qu'il n'y a ni œuvre, ni raison, ni » sagesse, ni science dans les enfers, vers lesquels vous vous » précipitez à grands pas. » Quant à l'état de grâce, requis