CIIAP. III. CONDITIONS REQUISES POUR LE MÉRITE
pour le mérite, c'est une chose certaine, d'après les paroles de Jésus-Christ, saint Jean, XV, 14 : « Gomme le cep ne peut » pas produire de fruit par lui-même et sans demeurer attaché » à la vigne, vous ne le pouvez pas non plus, à moins que » vous ne demeuriez en moi; » et d'après les paroles de l'Apôtre, I Cor., XIII, 3 : «Quand même je donnerais tous » mes biens aux pauvres , quand même je livrerais mon » corps, de manière à brûler, si je n'ai pas la charité, tout » cela ne me sert de rien. » Aussi saint Pie V condamna-t-il justement les propositions suivantes de Baïus , de même que Grégoire XIII les condamna justement aussi; XII : « C'est » l'opinion de Pelage, que la bonne œuvre, faite en dehors de » la grâce d'adoption, n'est pas méritoire pour le royaume » du ciel ; » XIII : « Les bonnes œuvres faites par les enfants » d'adoption ne tirent pas leur raison de mérite de ce qu'elles » sont faites par l'Esprit d'adoption qui habite dans les cœurs » des enfants de Dieu, mais seulement de ce qu'elles sont » conformes à la loi, et de ce que, par ces œuvres, on pratique » l'obéissance ; XYII : « Ils pensent comme Pelage , ceux qui » disent qu'il est nécessaire pour le mérite que la grâce » d'adoption élève l'homme à l'état déifîque (1). »
Du côté de l'œuvre, il faut, pour le mérite véritable, trois conditions : 1 . il faut qu'elle soit exempte de toute espèce de nécessité; 2. qu'elle soit bonne et honnête; 3. qu'elle soit surnaturelle, et quant à l'entité ou essence, et quant au motif ou la fin.
Quant à la première condition, c'est une chose de foi, comme le prouve la condamnation de la proposition de Jansénius, qui commence par ces mots : Ad merendum, etc., taxée d'hérésie, ainsi que nous l'avons montré en son lieu (2).
Quant à la seconde, la raison en est patente, parce qu'il n'y a rien de digne de récompense devant Dieu, qui est saint, que ce qui lui est agréable, que ce qui est droit et bon. Or, on regarde comme bonne et honnête une œuvre qui est telle, et de la part de l'objet, et de la part de la fin, et de la part de toutes les circonstances, d'après cet axiome admis de tous les théologiens : Bonum ex intégra causa, malum ex quocumque defectu.
(1) Hard., Act. conc, t. X, col. 1207. Ces propositions découlent du principe de Baïus, que la justice du premier homme fut naturelle, et qu'elle lui était due.
(2) Traité de Dieu créateur.
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La nécessité de la troisième condition se tire des controverses avec les pélagiens, contre lesquels nous avons démontré que ce qui constituait l'œuvre surnaturelle, c'était et le principe de cette œuvre, savoir, la grâce actuelle, et la fin ou le motif, savoir, qu'on la rapporte à Dieu, comme auteur de l'ordre surnaturel, pour qu'elle ait la proportion d'égalité avec la gloire (1).
Voilà les conditions que tout le monde tient pour certaines; mais plusieurs théologiens y en ajoutent une autre, savoir, que l'œuvre soit faite sous l'empire de la charité, d'après les paroles de saint Jacques, I, 12 : « Bienheureux l'homme qui souffre la » tentation , parce que , quand il aura été réprouvé , il recevra » la couronne de vie que Dieu a promise à ceux qui l'aiment. » Telle est aussi l'opinion de saint Thomas, 1, 2, quest. 114, a. 4 (2). D'autres pourtant, ainsi que nous l'avons dit, ne l'admettent pas (3) .
Il faut enfin de la part de Dieu, qui récompense, une promesse. Yoilà pourquoi les Ecritures désignent çà et là la vie éternelle sous le nom générique de promesse. L'Apôtre dit en effet, Hébr., VI, 12 : « Par la foi et la patience ils hériteront » des promesses; » et ibid., X, 36 : « La patience vous est » nécessaire pour que, faisant la volonté de Dieu, vous rem- » portiez la promesse. » Et c'est ce qu'a déclaré le concile de Trente, sess. VI, ch. 16, et la nature de la récompense, qui résulte nécessairement d'un pacte, exige cette condition.
Pour le mérite de congruo fallibili, il faut toutes les conditions que nous venons d'énumérer, outre l'état de grâce et la promesse de Dieu (4) .
(1) Voy. saint Thom., pass. cit., art. 1 et art. 2, où il dit, entre autres choses, ce qui suit : « La vie éternelle est un certain bien qui dépasse les propor- » tions de la nature créée, parce qu'il en dépasse aussi la connaissance et le » désir, d'après ces paroles, I Cor., II, 9 : L'œil n'a pas vu, l'oreille n'a pa3 » entendu, le cœur de l'homme n'a pas embrassé. Et de là vient que nulle » nature créée n'est un principe suffisant de l'acte méritoire de la vie éter- » nelle, à moins qu'il ne reçoive par subrogation quelque don surnaturel » appelé grâce. »
(2) « Le mérite, dit-il, de la vie éternelle appartient d'abord à la charité; r> il n'appartient que secondairement aux autres vertus, en tant que leura » actes sont commandés par la charité. Il est pareillement évident que ce » que nous faisons par amour, nous le faisons surtout volontairement; d'où il » suit que, comme il faut pour qu'il y ait mérite qu'il y ait volonté, c'est sur- » tout à la charité qu'on attribue le mérite. »
(3) Voy. Vasquez, pass. cit.
(4) Voy. Bellarm., de la Justif., liv. V, c. 12 et 14; voy. aussi Vasquez, sur I part., quest. 94, art. 1, dont. 4: « Nous appelons de môme, écrit-il,
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