‹ Théologie dogmatiqueChapitre 64 sur 69 · OBJET DU MÉRITE · texte numérisé non relu

OBJET DU MÉRITE

H est deux choses qui tombent sous le mérite : ce sont la, grâce et la gloire. Quant à la gloire, nous avons déjà démontré qu'elle tombe, comme son accroissement, sous le mérite de condigno dans l'homme juste, par les œuvres faites en Dieu.

Par rapport à la grâce, voilà ce qu'il y a de certain :

1. C'est que la première grâce, savoir, la grâce actuelle, ne tombe nullement sous le mérite, comme le prouve ce qui a été dit contre les pélagiens et les semi-pélagiens (1).

2. C'est que la grâce sanctifiante ne tombe pas, elle non plus, sous le mérite de condigno, comme nous l'avons dit plus haut, puisque, d'après l'Apôtre, Rom., III, 24, « nous sommes » justifiés gratuitement par sa grâce; » c'est aussi ce que dit ouvertement le concile de Trente, sess. VI, chap. 8.

3. C'est que l'homme juste peut mériter préalablement, de condigno, l'augmentation de la grâce sanctifiante, comme Ta défini le même concile de Trente, sess. VI, can. 23. Et si le juste peut mériter l'augmentation de la grâce sanctifiante, par le fait même il acquiert, par la justification, un droit aux grâces actuelles , qui sont nécessaires pour faire les bonnes œuvres desquelles dépend cette augmentation.

4. C'est que l'homme pécheur peut mériter préalablement, de congruo infallibili, la promesse de Dieu existant (2), la première grâce sanctifiante par la contrition parfaite et un acte d'amour de Dieu par-dessus toutes choses, comme par la dernière disposition pour l'obtenir infailliblement, d'après ces expressions de saint Augustin, que nous avons maintes fois citées : « Mais la rémission des péchés elle-même n'est pas

è mérite de congruo ce que nous appelons œuvre impétratoire, et mérite 9 impétratoire ce qu'on est dans l'usage d'appeler mérite de congruo; le mé- » rite de congruo est ce qu'obtient ce dont il est le mérite; le mérite congru 9 est dans la seule impétration. »

(1) Voy., en outre, saint Thomas, 1, 2, q. 114, a. 5.

(2) Comme nous avons dit plus haut que les théologiens excluaient de la notion du mérite de congruo la promesse divine , il est évident que cela doit b' entendre du mérite congru en général, ou faillible.

72 G TRAITÉ DE LA GRACE, m. PART.

» sans quelque mérite si la foi l'obtient, car le mérite de la foi » n'est pas nul (1). »

Mais les théologiens ne sont pas d'accord sur les points suivants : 1. si le juste peut mériter son pardon après sa faute;

2. s'il peut en outre mériter la persévérance finale pour lui;

3. si enfin le juste peut mériter pour un autre la grâce première.

Quant à la première question, il est certain que personne ne peut mériter cela de condigno pour lui; il ne peut pas même le mériter de congruo infallibili, puisqu'il n'existe là-desr/is aucune promesse divine, et que, par le péché, on perd toute espèce de droit à recouvrer la grâce; mais le juste le peut-il par le mérite de congruo fallibili? le sentiment le plus commun tient avec Bellarmin pour l'affirmative (2) . Il paraît certain que le juste peut au moins obtenir pour lui cette réparation par ses prières, à l'exemple de David, qui adressait à Dieu, Ps. 70, 9, la prière suivante : « Lorsque ma vertu aura défailli, ne rn'a- » bandonnez pas, Seigneur (3). »

Nous ferons à peu près la même réponse à la seconde question , parce que Dieu ne promet nulle part aux justes de leur accorder la persévérance comme récompense; les Ecritures, bien au contraire, exhortent les fidèles à faire leur salut avec crainte et tremblement, à se tenir sur leurs gardes pour ne pas tomber, et à s'appliquer à rendre, par leurs bonnes œuvres, leur vocation et leur élection certaine. C'est aussi ce qu'a sanctionné le concile de Trente, sess. VI, can. 16, cité plus liant. Cependant, l'opinion commune des théologiens est que le juste peut mériter la persévérance de congruo fallïbili, d'après cet adage connu de saint Augustin : Hoc Bel donurn suppliciter emereri potest, amitii contumacitèr nonpotest (4).

Quant à la troisième question , enfin , les théologiens catholiques s'accordent à dire que personne, sauf le Christ, ne peut mériter de condigno la première grâce pour un autre, puisque c'est là la fonction propre de notre Sauveur et Rédempteur, qui s'est livré lui-même pour nos péchés. Néanmoins, les catholiques tiennent généralement, après saint Thomas (5),

(1) Lett. 164, pass. cit.

(2) De la Justif., liv. V, c. 21, n. 3.

(3) Voy. saint Th., 2, 2, q. 180, n. 10.

(4) Du Don de perséo., c. 5, n. 10.

Page 1