CONCLUSION
Nous allons, les choses étant ainsi, résumer en quelques mots les questions que nous avons longuement développées et contre les Juifs, et contre les adversaires de la Bible, et contre les incrédules, afin de faire connaître l'enchaînement des preuves sur lesquelles nous nous sommes appuyé, et desquelles résulte la démonstration que nous avions entreprise, relativement à l'avènement et à la personne du Messie.
Il est donc certain, d'après ce qui vient d'être dit, 1. que Dieu promit au genre humain, dès le commencement du monde, un Messie quelconque; que, dans la suite des temps, il réitéra ses promesses, de manière qu'elles devinrent plus positives à mesure que s'approchait le temps où elles devaient
(1) Matth., XXVII, 45-51; Marc. XV, 33, 38; Luc, XXIII, 44-45.
(2) Traité de la vraie relig., p. 1, c. k prop. 1.
(3) Traité de Dieu, p. 412 et 413, à la 1.
(4) Voy. Opusc. intit. Jésus devaut Caïphe et Pilate ; Réfutation du chapitre de Salvador intitulé Jugement, condamnation de Jésus, par M. Dupin aîné, Paris, 1828.
s'accomplir ; que la croyance à ce libérateur futur exista plus ou moins chez tous les peuples, surtout chez le peuple d'Israël, que Dieu avait constitué le dépositaire et le gardien de ces mêmes promesses. 2. Que les caractères distinctifs et les fonctions du Messie promis sont précisés dans l'Ecriture, de manière que l'époque de son avènement ne pût pas en être retardée. 3. Qu'en outre, le Messie est un individu particulier et déterminé. 4. Que toutes les époques le concernant sont passées, que tout ce qui devait s'accomplir par lui s'est accompli, et que Jésus de Nazareth est le seul en qui se soient réalisées les prédictions des prophètes, les époques, les caractères, et tout, en un mot, ce qui devait précéder, accompagner ou suivre l'avènement du Messie, et que, par suite, 5. le Messie est venu et qu'il ne peut être autre que Jésus, ce que nous nous étions proposé de démontrer.
Nous en concluons contre les Juifs, non-seulement qu'ils se bercent d'un vain espoir en attendant encore le Messie, qui est venu depuis longtemps, mais encore qu'ils sont aujourd'hui dans l'impuissance absolue de démontrer que le Messie peut être tout autre que Jésus. Les prophéties qui annoncent l'avènement du Messie sont, en effet, d'une nature telle, qu'elles ne peuvent s'accomplir qu'une fois. Tel est le sens des prophéties qui fixent cet avènement sur la fin de l'empire juif, peu de temps avant la destruction de la ville et du temple; tel est aussi le sens de celles relatives à la dispersion des Juifs, à la vocation des Gentils, à l'abolition de l'alliance mosaïque et à la substitution d'une alliance nouvelle, d'un culte nouveau à cette alliance et à ce culte. Il est, en outre, d'autres prophéties qui sont telles que, si on les prend dans leur ensemble, elles s'appliquent tellement à un individu qu'elles ne peuvent pas convenir à d'autres, tels que les caractères personnels relatifs à l'origine, la naissance, la manière de vivre, la passion et la mort violente qu'il doit endurer, la gloire qu'il doit en retirer avec tous les accessoires qui doivent en découler. Il est enfin d'autres prophéties qui, si on tient compte des événements politiques, ou se sont accomplies ou ne s'accompliront jamais, quoique puissent prétendre les Juifs. Car, du consentement unanime des anciens et d'aprè^ les prophéties, le Messie promis devait descendre de la tribu de Juda, il devait naître de la famille de David; or, depuis la dispersion générale, les Juifs ont tellement perdu la connaissance des tribus et des
familles, elles se sont tellement confondues, qu'il leur est impossible de déterminer aujourd'hui la tribu, et, à plus forte raison, la famille à laquelle quelqu'un appartient. Les Romains détruisirent si complètement les descendants de David, qu'il n'en échappa pas un seul (1). Il est évident, par conséquent, que les Juifs ne peuvent plus espérer en aucun Messie futur; il résulte en outre, de là, que Jésus de Nazareth est le seul en qui ils puissent reconnaître le Messie.
Et il résulte de là une nouvelle preuve en faveur de la divinité de l'origine de la religion chrétienne. Car, pour peu qu'on examine l'action admirable de la Providence sur ce peuple particulier, l'enchaînement des faits, les vicissitudes par lesquelles il est passé, soit avant, soit après l'avènement du Christ, et qu'on les compare avec les prophéties qui les annoncèrent, on y reconnaîtra nécessairement, on y verra et la puissance de la prescience divine et les autres caractères de la révélation surnaturelle et divine.