CHAPITRE II
De la matière^ de la forme et des effets du sacrement de Vexirêmeonction.
949. Conformément aux paroles de saint Jacques, « l'Église, dit « le concile de Trente, enseigne que la matière sacramentelle de ■■■ r extrême-onction est l'huile bénite par l'évéque. Eu effet, l'onc- '- îioD de l'huile représente très-bien la grâce du Saint-Esprit, dont « l'âme du malade reçoit invisiblement l'onction (l). » C'est ce que ïe catéchisme romain développe de la manière suivante : « Cette « matière est très-propre à représenter l'effet que le sacrement « produit intérieurement dans l'âme. Car, comme l'huile a la pro-
• priété d'adoucir les souffrances du corps, ainsi la vertu du sa- '• crement tempère la tristesse et la douleur de l'âme. L'huile est « encore un remède qui rétablit la santé; elle apporte la joie, elle <■ sert d'aliment à la flamme qui nous éclaire, et rend au corps fa- « tigué les forces et la liberté de ses mouvements (2). » Il est donc clair que l'huile est la matière du sacrement de l' extrême-onction. Et il s'agit de l'huile d'olive, la seule proprement appelée huile. « La matière de l'extrême-onction , ait Eugène IV, est l'huile « d'olive, bénite par l'évéque (3). » On voit, par le décret de ce pape, ainsi que par le concile de Trente, que l'huile des infirmes doit être bénite par Tévêque. Mais cette bénédiction est-elle nécessaire de nécessité de sacrement, c'est-à-dire nécessaire sous peine de nullité pour le sacrement? Les docteurs ne sont pas d'accord : les uns la regardent comme nécessaire à la validité de l'extrêmeonction; les autres ne la croient nécessaire que de nécessité de précepte. On ne peut, dans la pratique, s'écarter du premier sen timent (4).
950. La forme du sacrem.ent de l'extrênae-onction consiste dans les paroles que le prêtre prononce en faisant chaque onction. « V.^ " forme de ce sacrement, porte le Rituel romain, est la prière so-
* lennelle que le prêtre fait à chaque onction, lorsqu'il dit : « Que
(1) Session xiv, de l'extrêaie-onclion. ch. i (2) Catéchisme du concile de
Trente, sur V extrême-onction (3) Décret pour les arméniens. — (4| Voyei
ta Théologie morale à Umaoe des curés, tome ii, n° 614, etc.
DK t' EXTREME-ONCTION. ('.07
• par cette onction sainte, et sa grande miséricorde, le Seigneur x vous remette toutes lesfaiites que vous avez commises ^lar la
• vue ou par l'ouïe, etc. » Et que ce soit là la forme véritable de ce sacrement, saiut Jacques nous l'apprend par ces paroles : Qu'ils prient sur hd, et la prière de la foi sauvera le malade. Le concile de Trente et le pape Eugène IV prescrivent aussi la même formule pour l'administration de l'extrème-onction.
951. Il est de foi que l'onction des infirmes confère la grâce, remet les péchés, et soulage les malades. « Si quelqu'un dit que n l'onction sacrée des infirmes ne confère pas la grâce, ne remet " pas les péchés et ne soulage pas les malades...; qu'il soit ana- « thème (l). » C'est la décision du concile de Trente, qui explique en détail les effets de ce sacrement. « Quant à l'effet de l'extrème- ' onction, dit-il, il est expliqué par ces paroles : Et la prière de '■■ la foi sauvera le malade^ et le Seigneur le soulagera ; et s'il a « commis des péchés.^ ils lui seront remis. Car cet effet est la grâce « du Saint-Esprit, dont l'onction efface les péchés, s'il en est en- « core qui aient besoin d'expiation, ainsi que les restes du péché; ( elle soulage et fortifie l'àme du malade, excitant en lui une '< grande confiance en la miséricorde divine; en sorte (jue le malade « supporte plus facilement les incommodités et les douleurs de la ': vie ; il résiste avec plus de courage aux tentations du démon, et •< obtient quelquefois la santé du corps, si cela doit être expédient •< au salut de son âme (2). »
1)52. Ce sacrement remet-il les péchés mortels? Le catéchisme du concile de Trente enseigne qu'il remet les péchés, et principalement les péchés moins graves, qu'on appelle communément vé- •liels; mais que les fautes mortelles sont effacées par le sacrement de pénitence; que l'extrème-onction n'a point été directement instituée, primario loco, pour remettre les péchés mortels; que c'est l'objet et la fin du baptême et de la pénitence (3). Cependant il est communément reçu que le sacrement des mourants remet les péchés mortels, au moins indirectement ou secondairement. Il peut arriver, par exemple, qu'un malade, par suite d'une négligence qui ne va pas jusqu'au mortel, reçoive l'absolution sans avoir les dispositions requises; ou qu'après l'avoir reçue dignement, il
(1) Si quis (iixeiit, sacram infirmoriim unctionem non conferre gratiam, nec remittere peccala, nec alleviare infirmes, sed jaui cessasse, quasi olini tantun^ fuerit gratia ciiralioiium; aiiatliema sit. Sess. xiv, sur V extrême-onction, can. 11. — (2) Ibidem, cli. u. — (3) Catéchisme dn concile de Trente, sur l'extrème-onction.
608 DE L'EXTRéME-OXCTION.
tombe dans un péché mortel qu'il oublie presque aussitôt, sans avoir la pensée de s'en confesser. Alors, s'il reçoit l'extrême-onction avec la douleur de ses péchés, n'eût-il que i'attrition, il ob* tiendra le pardon, par la vertu même de ce sacrement (l).