‹ Théologie dogmatiqueChapitre 112 sur 135 · DE L ORDRE · texte numérisé non relu

DE L ORDRE

« n'ont aucun pouvoir (l). « On voit par ce décret que les évêqucs sont, de droit divin, supérieurs aux prêtres; car, comme le dit le concile, les évêques sont les successeurs des apôtres^ qui, à ce titre, étaient supérieurs aux soixante et douze disciples, auxquels «nt succédé les simples prêtres; ils appartiennent 'principalement à la hiérarchie divine^ et sont établis par le Saint-Esprit pout gouverner V Église de Dieu. On y voit aussi que la supériorité des évêques ne consiste pas dans le seul pouvoir qu'ils ont exclusivement de confirmer et d'ordonner; que cette supériorité s'étend aussi à tout ce qui tient à la juridiction tant extérieure qu'intérieure, au gouvernement de l'Église, dont ils sont chargés. Nonseulement ils peuvent conférer la confirmation et le sacrement de l'ordre, pouvoir que n'ont pcs les prêtres; mais ils peuvent , en outre , exercer plusieurs autres fonctions pour lesquelles les autres ecclésiastiques d'un ordre inférieur n'ont aucun pouvoir.

996. Le concile de Trente cite les paroles de saint Paul aux anciens qu'il avait fait venir d'Éphese à Milet. Voici en effetce que leur dit l'Apôtre : « Prenez garde à vous-mêmes et à tout le troupeau « sur lequel le Saint-Esprit vous a établis évêques pour gouverner « l'Église de Dieu , qu'il a acquise par son propre sang (2). >> Ceux que l'Apôtre appelle évêques sont les mêmes auxquels il donne, dans le même chapitre, le nom de prêtres, de vieillards, majores nafu. Quelquefois les noms de prêtres et d'évêques ont été pris l'un pour l'autre dans Tantiquité, parce que les évêques possèdent la plénitude du sacerdoce, et que les prêtres partagent avec eux le soin de veiller sur les fidèles : mais leurs fonctions ont toujours été distinctes ; ni les apôtres, ni les Pères, ni les conciles, n'attribuent le gouvernement de l'Église aux simples prêtres; jamais ils ne les ont regardés comme établis par l'Esprit Saint pour gouverner l'Église de Jésus-Christ. Aussi le concile de Trente n'applique qu'aux évêques les paroles de saint Paul , et s'en sert pour proclamer leur suprématie à l'égard des prêtres. Le même apôtre recommande à Timothée de ne point recevoir d'accusation

(1) Sacrosancfa synodiis detlarat, prroter cateros ecclesiasficos gradns, episcopos, qui in apostolorum locum siiccesserunt ad Ininc liierarcliiciini ordinem praecipue pertinere ; et positos, siciit idoni apostolns ait (^c<. opos^, c. 20), a Spiritu Saiicto, regere Ecclesiaiii Dei; eosque piesl)yteris siipeiiores esse; ac sacrameiitiim confiimationis coiifene; niinistro'; Ecclesit» ordinare; atque alia pieraqne peragere ipsos posse : qtiaïuiii fiinclioniini poteslafom reiiqui inferioris ordiiiis miUam liabeiit. Ibidem, ch. iv. — (2) Atteiidile vohis, et uiiiversc gregi, in qno vos Spiritns Sanctus itosnic episcopos regeic Ecclesiam Dei, quain âcquisivit sanguine suo. Actes des apôtres, c. xx, v. 28.

6SS , ^ DE l'ordre. «

contre un prêtre que sur la déposition de deux ou trois témoins ;

Adversus presbyterum accusationem noli recipere, nisi suh duobus aut tribus testibus (l). Or cet avertissement suppose évidemment que Timothée avait, comme évêque, une juridiction sur les prêtres : autrement, il n'aurait pas eu le droit de recevoir des accusations contre eux ; il n'aurait pu les juger. Un évèque ne peut être le juge que de ses Inférieurs,

997. Aussi, dès le commencement on a cru, dans l'Église, à la prééminence des évêques; toute l'antiquité dépose en faveur de l'autorité qu'ils ont sur les prêtres. Écoutez ce que dit saint Ignace, évêque d'Antioche, qui avait vécu avec les apôtres : « Vous ne devez point user d'une trop grande familiarité avec «votre évêque, ni mépriser sa jeunesse; mais au contraire vous « devez lui rendre toute espèce d'honneur et de respect, selon la « puissance qu'il a reçue de Dieu le Père; ainsi que j'apprends « que font les saints prêtres de son Église, qui, sans prendre « avantage de la jeunesse dans laquelle il a été élevé à l'épiscopat, n lui sont soumis comme prudents en Dieu. Ou plutôt ce n'est • point à lui qu'ils sont soumis, mais à l'évèque de tous, au Père « de Jésus-Christ. Vous devez donc, pour la gloire de celui qui « vous l'ordonne, lui rendre une obéissance sincère, et éloignée ai « tout déguisement; car ce n'est point cet évêque visible que l'on «trompe, mais cet évêque invisible qu'on outrage; il ne s'agit « pas ici d'en imposer aux hommes, mais à Dieu même, qui pénè- « tre les plus secrètes pensées de nos cœurs... Ayant reconnu, par « ceux de vos frères qui sont venus vers moi, que la foi et la cha- « rite régnent parmi vous tous, je vous exhorte à vous conduire « en toutes choses avec cet esprit de concorde qui vient de Dieu, « regardant l'évèque comme tenant au milieu de vos assemblées X la place de Dieu même ; les prêtres^ comme formant l'auguste « sénat des apôtres; les diacres qui nous sont très-chers, comme « ceux à qui est confié le ministère de Jésus-Christ (2). Étant « soumis à l'évèque comme à Jésus-Christ même , vous ne parais- « sez pas agir selon les hommes, mais selon Jésus-Christ qui est « mort p»ur nous. Il est donc nécessaire, comme vous le prati- « quez, de ne rien faire sans l'évèque. Soyez aussi soumis aux " prêtres, comme apôtres de Jésus-Christ... Tous doivent honorer '( l'évèque comme celui qui est l'image du Père, et les prêtres ■« comme le sénat de Dieu, et comme étant unis au ministère

(1) 1" épitre à TimotUéc, c. v, v. 15. (2) Lettre aux Magnésien».

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« apostolique (1). » En comparant l'évêque à Dieu, à Jésus-Christ, et les prêtres aux apôtres, saint Ignace exprime bien clairement la supériorité des évéques sur les simples prêtres.

998. Suivant TertuUien , « le pouvoir de conférer le baptême « appartient d'abord au souverain prêtre, qui est l'évêque, ensuite « aux prêtres et aux diacres, mais seulement avec l'autorisation de » l'évêque (2). » Origène, parlant des devoirs des divers ordres de l'Église, dit que ceux de l'évêque sont bien plus importants que ceux du prêtre et du diacre , et qu'il aura un compte plus rigoureux à rendre, étant placé à la tête d'une Église (3^. Nous trouvons la même doctrine dans saint Cyprien, saint Hilaire, saint Basile , saint Ambroise , saint Épiphane , saint Optât , saint Chrysostome , saint Augustin ; dans les canons dits des Apôtres et les Constitutions apostoliques, dans les anciens conciles, et dans les Lettres des papes des premiers siècles de l'Église. Aussi l'Église a-t-elle repoussé l'hérésie d'Aérius, qui avait osé attaquer la supéuiorité des évêques sur les prêtres.

999. D'ailleurs , il suffit de jeter un coup d'œil sur l'histoire de l'Église, pour reconnaître que, dès le commencement, il n'y a jamais eu qu'un évêque dans chaque Église particulière; que l'évêque a toujours présidé à ce qui a rapport à la religion ; que les simples fidèles, les lévites, les diacres et les prêtres l'ont constamment regardé comme le guide et le pasteur du troupeau , comme le '.hef du diocèse, comme juge des controverses, comme législateur, infligeant des peines à ceux qui transgressent les lois ecclésiastiques ; suspendaHt, interdisant, excommuniant, déposant ceux des prêtres qui se montraient rebelles à ses ordonnances (4).

1000. Mais l'épiscopat n'est pas le plus haut degré de la hiérarchie, en matière de juridiction. Si les évêques sont, d'après l'ordre établi de Dieu, supérieurs aux prêtres, ils sont eux-mêmes inférieurs au pape. L'évêque de Rome, successeur de saint Pierre prince des apôtres, a, de droit divin, iuridiction sur tous les autres évêques de la chrétienté (5).

(i) Lettre aux Tralliens. — Voyez les lettres de saint Ignace, dans la collection des Pères apostoliques de Cotelier. — (2) Du Baptême, c. xvn. — (3) Traité de Oratione. — (4) Voyez ce que nous avons dit dans le tome j, n° 1007, et n° 1073.— (5) Voyez ce que nous avons dit des prérogatives du pape, au tome i, n? 1115, etc.

TRAITE

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